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Full text of "Revue des documents historiques"

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ALVMNVS  BOOK  FVND 


p  m 


♦ 


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REVVE  t^V/V. 

DES  DOCVMENTS 

HISTORIQVES 

SVITE  DE  PIÈCES  CVRIEVSES   ET   INÉDITES 

PVBUésS  AVEC 

DES  NOTES  ET  DES  COMMENTAIRES 

PAR 

ETIENNE   CHARAVAY 

ARCHIYI  «TE-PALÉOCRAPHE 
TROISIÈME      ANNÉE 


PARIS 
A.   LEMERRE  ÉDITEVR  C   MOTTEROZ    IMPRIMEVR 

37  Passage  Choiseul  Rne  da  Dragon  3| 

1875-1876 


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•  ••  •     •.  ••  .•. 


Brucl 

Coiiecl'-o:i 


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REVUE 

DES 


,  DOCUMENTS   HISTORIQUES 


PIERRE  MIGNARD 


Oiarles  Le  Bnin  étant  mort  aux  Gobelins  le  la  février  1690,  Pierre 
Mignard,  son  rival  de  gloire,  lui  succéda,  le  i«'  mars,  comme  premier 
peintre  du  Roi.  Mignard  avait  refusé  de  feire  partie  de  rAcadémie,% 
alors  que  Le  Brun  en  était  directeur;  Louis  XIV  exigea  que  son  pre- 
mier peintre  fût  admis,  le  4  mars,  à  cette  même  Académie,  qui,  le  même 
jour,  éleva  son  nouveau  membre  à  la  dignité  de  chancelier.  Mignard, 
en  conséquence  de  sa  charge,  examinait  les  tableaux  envoyés  de  Rome 
par  les  élèves  que  le  Roi  entretenait  à  l'Académie  de  France.  Il  faisait  des 
rapports  à  Golbert  de  Villarcerf  :  en  voici  un  dont  Toriginal  est  dans  la 
collection  de  notre  ami  M.  Alfred  Bovet.  Cest  la  critique  d'un  tableau 
représentant  le  changement  d'Io  en  vache,  et  peint  par  Daniel  Sarabat, 
jeune  homme  à  l'imagination  vive,  au  travail  facile,  mais  ami  du  plaisir 
et  enclin  à  la  paresse,  qui  était  à  Rome  depuis  le  7  juin  1691  (i). 

Le  aa"'  décembre  1693. 
J'ay  veuë,  Monsieur,  le  tableau  que  l'on  vous  a  envoyé  de 

(1)  La  Tealière  dit»  dans  sa  lettre  du  4  août  1693  :  «  Le  k  Sarabat  a  fini  son  tableau 
^Jphigénie  ;  mais  Q  y  a  quelque  cbose  à  réformer,  qn*fl  prétend  faire  à  son  loisir.  Coomie  il 
l'appiiqae  fortement  quand  il  travaille,  ayant  Timaginatioa  assez  y/ire,  il  a  plus  de  peine  à 
rectifier  ou  effacer  ce  qu'il  fait,  aymant  son  {Saisir  et  craignant  le  travail  un  peu  plus  qu*un 
autre...  Depuis  son  tableau  d^Iphigénie,  il  en  a  fût  un  petit  de  la  Mort  de  Méduse  et  un 
tninème  du  CkangewieHt  d'Io  en  vache;  ils  sont  l*un  et  Tantre  de  quatre  à  dnq  fifurca  et 
de  meîDcor  ^ust  que  le  premier...  t  (VAcadémi€  de  France  d  Rome  par  Leooy  de  La 

s  ;  Paris,  Didier,  1874,  in-8,  p.  94.) 

TOMB  III.  I 


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r\i\enY^jk  A. 


2  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Roine..Geluy  qui  Ta  fait  ne  colore  pas  mal;  le  desseing  en  est 
\f()H-^à?flIe,  la  situation  du  lieu,  qui  est  propement  le  font 
...de-sop  tabïéçu,  est  pressé.  Il  ne  comprend  rien  de  Tespasse. 
■  Pour 'c&tfe  clans  le  peis  où  Ton  voit  des  palmiés,  il  en  a  fait  un 
qui  semble  un  panache  que  Ton  met  sur  la  teste  d^un  mulet.  Il 
faut  sur  tout  qui  ne  s'acoutume  pas  affaire  cest  drapperies  de 
practique,  voir  le  naturel  et  mesme  si  ce  peut  varié  les  estofFes, 
prendre  bien  garde  au  testes.  Il  y  a  qattre  famme  dans  son 
tableau;  une  est  veuc  par  derire  et  trois  de  profil.  Cest  les 
endrois  qui  faut  varié,  la  décoration  ni  est  pas  obeservée;  Ton 
ne  met  jamais  un  fleuve  em  pied  que  qand  il  cour  après  Are- 
tuzze.   Le  chois  de  sont  subjet  est  obesqure;  qui  s'acous- 
tume  à  fini  davantage.  Il  onts  de  si  beaux  tableaux  qui  ni  a 
qu*à  suivre  et  imité,  qui  voye  une  fois  la  semainne  le  tableau 
de  la  S^*  Cecille  d'après  Rafaël,  ou  celuy  de  S*  Pietro  in  mon- 
torio.  L'on  voy  qui  na  dans  son  esperit  que  les  peintres  du 
temps  qui  sont  à  Rome,  ce  qui  fait  cognoitre  qui  néglige  les 
ensiens.  Il  trouve  aparament  trop  de  peines  à  les  vouloir  imi- 
ter, et  il  est  très  sertaîn  que  si  Ton  ne  marche  sur  leurs  pas 
Ton  s^écartera  toujours  du  bien  et  de  la  perfection.  Il  est  bon, 
Monsieur,  que  vous  soyés  informé,  puisque  vous  voulé  prendre 
la  peine  d'en  escrire  à  M'  de  La  Tullière  (i),  de  luy  marqué  que 
lors  qu'il  auronts  la  liberté  de  faire  un  tableau  qui  facent  tou- 
jours le  chois  d'un  beau  subjet,  où  il  y  aura  hommes,  faoïmes 
et  enfants,  paisage  et  quelque  morceau  d'architecture.  Alors  le 
tableau  viendra  riche  et  plaisant.  S'il  y  veulents  peu  d'ouvrages, 
un  homme,  une  fanmie  et  un  enfant.  La  variété  est  toujours 
agréable;  sur  tout  qui  s'acoutume  à  fini.  Les  magnières  brois- 
sés  ne  sont  jamais  de  grand  prix  et  ne  sont  pas  dessirée.  Lors- 
que je  parle  de  la  décoration,  celuy  de  Carb  Marato  que  nous 
avonts  dans  nostre  garde  meuble,  il  est  si  plaint  de  nudittés  que 
le  Roy  ne  l'a  pas  voulu  dans  son  cabinet.  Il  faut  en  vérité  que 
la  teste  tourne  à  un  peintre  de  faire  un  fleuve  auprès  de  sa  fille 

(I)  La  TeuKèrt,  directenr  de  rAcadémie  de  France  à  Rome  depuis  1687. 


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PIERRE  MIGNARD  ^ 

Dafphné  qui  montre  des  parties  qui  doivent  estre  toujours  ca- 
chée. C'est  outré  la  décoration,  que  le  peintre  sage  doit  tou- 
jours garder.  L'on  peu  dire  icy  que  je  me  contredit,  puisque  il 
y  a  eu  de  nos  ensiens  qui  onts  fait  la  mesme  chose.  Je  dit  qui 
faut  marché  sur  leurs  pas  et  les  suivres,  mais  il  ne  faut  pas  laissé 
que  de  regarder  quelque  fois  à  cest  pieds,  et  tout  ce  qu'il  ont 
fait  de  beau  et  de  bien  limité  autant  que  Ton  peut. 


//fîtwr 


Dès  ce  que  je  sauray  que  vous  serés  à  Paris  je  vous  envoye- 
ray  le  tableau  que  j'ay  déjà  fait  voir  à  de  nos  officiei-s. 

En  tête  de  la  lettre  on  lit  ces  mots  : 

Si  Sarabat  par  son  tableau  est  plus  fort  que  le  peintre  qui  a 
eu  le  1*  prix  cette  année. 

Les  observations  de  Mignard  sont  d'autant  plus  curieuses  qu'elles  ex- 
posent les  doctrines  artistiques  du  maître.  Colbert  de  Villacerf  trans- 
mit, le  27  décembre  lôgS,  à  La  Teulière  le  jugement  du  premier  pein- 
tre de  Louis  XIV  dans  les  termes  suivants  :  «  Il  a  de  la  couleur,  il  est 
peint  fecilemcnt;  la  composition  n'est  pas  bonne  et  le  dessin  est  dé- 
bile. 1(1) 

Mignard  mourut  peu  après,  le  3o  mai  lôgS,  à  Paris,  rue  Richelieu  ; 
ilfot  inhumé  dans  l'église  Saint-Roch. 

ti)  L'Académie  de  France  à  Rome,  p.  95. 


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VOLTAIRE 


Cession  du  privilège  de  sa  tragédie  de  Tancrède  au  libraire  Prault. 
Cette  pièce  est  curieuse  surtout  par  Téaumération  des  titres  du  seigneur 
de  Femey. 

Nous  gentilhomme  ordinaire  de  la  chambre  du  Roy,  Tun 
des  quarante  de  PAcadémie,  seigneur  de  Femey,  Caille, 
Tourney,  Chambési,  Prégni,  donnons  et  transportons  au 
s' Louis  Praut,  libraire  à  Paris,  le  privilège  à  nous  accordé  par 
le  Roy  pendant  six  années  pour  l'impression  d^une  tragédie 
intitulée  Tancrède,  signé  Le  Bègue,  scellé  et.  registre  à  la 
chambre  sindicale  des  libraires,  consentant  que  le  dit  Louis 
Praut,  petit-fils,  jouisse  de  ce  privilège  aux  termes  d'icelui,  et 
m'en  dessaisissant  en  sa  faveur. 

Fait  au  château  de  Femey,  pays  de  Gex  en  Bourgogne, 
6  juin  1761. 

Voltaire. 


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NICCOLO    PICCINNI 


Le  1 3  juillet  1787  Piccinni  quitta  Paris  pour  se  rendre  a  Naplesoù  il 
arriva  le  5  septembre,  après  avoir  reçu  des  ovations  à  Lyon  et  dans  les 
principales  villes  de  Tltalie.  Bien  accueilli  du  Roi,  qui  lui  donna  une 
pension,  il  devint,  vers  la  fin  de  1792,  suspect  de  libéralisme  (i).  Tou- 
jours mal  traité  de  la  fortune,  il  fut  réduit  presque  à  la  misère,  et  c^est 
alors  qu'il  adressa  à  son  ami  Ginguené  la  lettre  suivante  où  il  raconte 
ses  malheurs  (a).  Ginguené,  qui  a  été  le  biographe  de  Piccinni  (3),  s'est 
servi  de  cette  lettre,  mais  il  a  omis  beaucoup  de  détails  intimes  qui  ne 
sont  pas  indififérents  pour  la  par&ite  intelligence  de  la  triste  situation  de 
l'illustre  musicien. 

L'original  de  cette  pièce  est  dans  la  collection  de  M.  Benjamin  Fillon, 
qui  nous  a  autorisé  à  la  publier. 

Naples,  19  octobre  1797. 

Mon  bon  ami,  jamais  de  la  vie  j'aurois  cru  de  me  trouver  où 
j'en  suis.  Je  parts  de  Paris  sans  bien,  et  rempli  de  dettes  de  mes 
deux  jolis  garçons,  que  j'ai  été  forcéd'endosser  jusques  à  dix  mille 
livres,  et  six  mille,  qui  en  ajoute  le  perfide  Morellet,  caissier 
des  domaines,  me  faisant  paroître  son  débiteur  (aprè  avoir 
joui,  ce  Tartufe,  1 1  ans  de  mon  fond  de  musique,  dont  la  vente 

(i)  Cf.  pour  let  deuils  Gluck  et  Piccinni  ptr  G.  Desnoiresterres;  Paris,  Didier,  1873, 
10-8,  p.  399  et  snîT. 

(1)  M.  Desnoiresterres  a  donné  on  passage  de  cette  lettre  d'après  ta  Décade  p/alotO' 
pkique,  an  VII,  i*  trimestre,  p.  559,  du  3o  frimaire. 

(3)  Notice  sur  la  vie  et  ta  ouvrages  de  Nicolas  Piccinni  par  Ginguené  ;  Paris, 
an  nr.  in-8. 


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6  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

de  la  seule  Didon  avoit  surpassé  les  2000  exemplaires,  qui 
avoit  remboursé  à  ce  coquin  toutes  les  dépenses  de  gravure, 
etain,  papié,  impression,  et  c*  et  c*  que  lui  avoit  faites)  je  me 
trovai  donc  débiteur  d'environ  18000  "•,  quoique,  ce  Tartufe, 
avec  sa  douceur,  son  zèle,  et  sa  modestie,  avoit  dit  à  M' et  M^ 
Laborde  3  ans  auparavant  le  89,  qu'il  avoit  mis,  de  coté,  en- 
viron dize  mille  livres,  et  que  dans  quelque  tems  il  en  auroit 
placé  au  moins  16000  "•,  mais  qu'il  les  prioit  de  garder  le 
secret,  parce  que  il  vouloit  me  surprendre  agréablement;  mais 
j'ai  été  surpris  par  le  mouvement  contraire,  et  cela  devoit  être 
ainsi,  étant  dans  les  mains  d'un  banqueroutier.  Un  autre 
article,  avant  de  passer  à  Naples.  Je  laisse  Josephîn,  châtré  ita- 
lien, que  vous  devez  connoître,  mon  procureur,  pour  ma  rente 
viagère  de  2000  cents  livres,  pour  la  pension  de  l'opéra,  et  pour 
cent  louis  sur  la  liste  civile,  où  on  m'avoit  inscrit  quelque  jour 
après  mon  départ  -,  en  lui  laissant  aussi  mon  fond  de  musique, 
qui,  par  parentèse,  ce  demi  homme,  demie  femme,  et  enfin 
neutre,  soi  disant,  m'a  vendu  pour  6000  ^  en  assignats.  Ce 
neutre  crue,  avec  un  de  ses  amis,  appelle  Gauton  clerc  de  no- 
taire, et  mon  cher  fils  l'ainé,  ce  triumvirat  a  manié  la  tourte, 
et  l'a  mangé,  parceque  depuis  5  ans  je  nage  dans  la  pauvreté 
sans  en  recevoir  un  obole  ;  mais  ne  manquant  pas  cependant 
de  m'écrire,  que  mon  fils  mangé  tout  ;  et  ce  fils  dénaturé,  que 
c'étoit  le  châtré  avec  Gauton,  desquels  j'aurois  dû  me  défaire, 
attendu  ces  deux,  si  j  e  n'allois  pas  réparer,  ils  alloient  me  réduire 
sur  la  paille.  En  vue  de  cela,  j'écris  à  mon  gendre,  Graslreau, 
à  Gêne,  marié  à  ma  fille,  Claire,  et  dans  le  même  tems, 
sachant,  qu'il  devoit  se  randre  à  Paris,  je  lui  remets  sur. 
le  papier  une  information  du  chatrè,  à  qui  malheureusement 
j'avois  laissé  ma  procuration,  avec  une  instruction  bien  det- 
taillée  de  tout  ;  une  nouvelle  procuration  à  lui,  avec  laquelle 
je  détruisois  celle  du  chatrè  ;  et  nos  certificats  de  vîe,  de  ma 
femme,  et  de  moi,  le  tout  légalisé,  et  approuvé  par  4  notaires, 
témoins,  juges,  et  c"^,  et  c^.  Cet  homme  arrive  à  Paris  ;  fait 


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NICCOLO   PICaNNI  7 

mander  le  chatrè,  qui  se  rend  sur  le  champ  avec  son  ami 
Gauton  pour  rendre  les  comptes  de  son  administration. 
3  Jours  de  suite  ils  y  vont  Tengouer,  et  lui  présenter  des 
tableaux  à  leur  manière;  ce  pauvre  esprit  se  rend,  se  per- 
suade, les  ambrasse,  et  leur  promet,  qu'ils  seront  toujours 
chargé  de  ma  procuration.  Dans  le  fait,  il  retourne  à  Gêne, 
et  de  Gêne  à  Naples  avec  les  mains  vuides,  et  voulant  par 
force  me  faire  'accroire,  que  mon  fils  a  tout  mangé,  et  que 
ces  deux,  sont  deux  parfaits  et  honnêtes  hommes  ;  en  me 
remettant  les  comptes,  et  toutes  les  pièces  dont  je  Pavois  pré- 
muni avant  son  départ,  qui  m'avoient  coûté  beaucoup  d'argent. 
Figurez- vous,  mon  ami,  Tétat  dans  lequel  je  suis  resté  après 
la  connoissance  de  cette  opération.  Je  ne  veux  pas  vous  en 
dire  d'avantage  ;  étant  plus  aisé  à  vous  de  pénétrer  dans  mon 
cœur,  que  à  moi  de  vous  en  faire  la  description.  Dans  ces 
comptes  j'y  ai  trouvé  un  petit  papier,  où  il  est  dit,  Pic- 
ciftni  ni  touche  pas  sa  pension  de  l'opéra  parceque  il  est 
émigré,  mais  parceque  on  veut  qu'il  vient  la  manger  en 
France  selon  la  loi.  Permettez-moi,  mon  bon  ami,  que  je 
vous  en  parle  là  dessus.  La  pension  de  l'opéra  dans  sa  cons- 
titution je  l'ai  toujours  jugé  une  rente  viagère,  et  non  pas  une 
pension.  Si  un  pauvre  auteur  est  obligé  de  la  gagner  après  six 
opéra,  qu'il  est  obligé  de  donner  à  un  prix  modique,  selon  ^ 
Farrêt  du  conseil  du  76,  vous  voyez  bien,  que  l'auteur  en  fait 
les  fonds  ;  qu'il  l'achète  avec  son  argent,  et  à  la  sueur  de  son 
front.  C'est  une  rente  libre  donc,  sur  la  quelle,  personne  ne 
peut  y  avoir  le  moindre  droit,  que  l'auteur  peut  la  manger  où 
bon  lui  semble,  et  toutes  les  lois  qui  si  opposoient,  seroient 
injustes,  comme  c'est  injuste  de  gagner  eux,  en  donnant  mes 
ouvrages,  et  de  faire  mourir  de  faim  l'auteur,  avec  Texcuse  de 
la  loi  (quand  cette  loi  ne  peut  exister). 

Mon  ami,  je  me  jette  dans  vos  bras  ;  plaidez  pour  votre 
pauvre  ami,  qui  est  réduit  à  la  mendicité  avec  sa  pauvre 
âunille;  si  M""  Marmontel  peut  y  contribuer,  priez-le  de  ma 


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8  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

part,  donnez  lui  le  souvenir  du  pauvre  Piccinni,  et  dites  lui, 
que  ma  pension  de  Topera  est  libre,  et  que  je  dois  en  jouir 
comme  en  jouissent  tous  les  auteurs,  quoique  absent  ;  il  le 
sait,  et  j^espere  qu'il  se  joindra  à  vous,  pour  la  justice,  pour 
Tamitié,  et  pour  Teloquence,  qui  lui  est  si  naturelle  ;  saluez-le 
de  ma  part,  et  uniment  à  M'  et  ses  chers  enfants,  de  la  part 
aussi  de  ma  femme  et  filles.  Mon  ami,  je  vous  fais  des  empres- 
sements aussi  pour  la  mise  de  ma  Qytemnestre.  Si  vous 
voulez,  vous  pouvez  y  parvenir.  Cet  ouvrage,  je  Tai  remis  en 
trois  actes  sur  la  partition  de  Topera  :  ces  bonnes  gens  préten- 
dent, que  cette  partition,  à  mon  départ,  je  Tai  emporté  avec 
moi;  non,  mon  ami,  ils  en  mentent,  tout  est  resté  chez  eux; 
je  n'emportai  à  mon  départ,  que  mon  original,  mais,  si  vous 
pouvez  parvenir  à  le  faire  donner,  et  ils  persistent  à  demander 
mon  original,  il  est  à  Gêne  dans  les  mains  de  M'  Eynard 
negotiant  établi  dans  ce  pay  là,  auquel  j'ecrirois  de  vous  le 
faire  parvenir  à  Paris,  restant  toujours  en  votre  pouvoir; 
comme,  pour  le  payement,  je  vous  laisse  carte  blanche  pour 
le  prix;  sous  la  condition  qu'ils  payent  la  somme  convenue  sur 
le  champ,  et  la  remettra  ici  à  M""  Trouvé,  qui  me  la  fera 
passer. 

A  mon  arrivée  à  Naples  tout  alla  à  seconde  de  mes  désirs. 
La  i'*  année  on  redonneront  mon  Alexandre  aux  Indes ^  au 
quel  j'y  ajoutai  3  airs,  et  un  trio.  Le  quarême  je  composai 
Gionata  oratoire  qui  eut  un  plein  succès.  Le  printems  un  opéra 
bouffon,  et  le  carnaval  Ercule  au  Termondonte  à  S*  Charles. 
Jusques  à  Tépoque  de  Topera  bouffon,  tout  se  passa  le  mieux 
du  monde.  Passé  cett'epoque,  un  jeune  negotiant  de  Lunel 
appelle  Pierre  Pradez  Prestreau  établi  à  Naples  depuis  9  ans, 
vint  me  demander  en  mariage  ma  fille  Claire,  la  dotant  de 
Boooo  ^''•,  et  lui  offrant  un  trousseau  de  5ooo  ducats  en  linge, 
habits,  joiaux,  et  quantité  de  bijoux  précieux.  Après  avoir 
exploré  la  volonté  de  ma  fille,  je  n'esitai  un  instant  pour  la  lui 
accorder.  Le  mariage  se  fit,  et  le  jour  de  la  noce  fut  célébré 


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NICCOLO   PICCINNI  9 

chez  son  futur,  avec  tous  les  négociants  francois,  M' de  la  Tour 
et  tous  les  officiers,  et  M""  Mahon  ministre  de  la  Republique 
qui  furent  tous  invités.  Ce  beau  jour  passé,  qui  avoit  été  tel 
pour  moi,  je  fus  calomnié  à  la  Cour,  et  à  la  ville,  et  je  fus 
accusé  pour  jacobin.  C'est  de  cette  époque,  mon  ami,  qu'en 
m'ensevelisant  vivant;  personne  m'a  plus  appelle  pour  com- 
poser; toute  la  cohue  de  musiciens  m'a  jette  la  pierre,  m'a 
méprisé,  et  a  espéré  de  me  voir  exilé,  et  dépouillé  de  la  pen- 
sion que  notre  bon  Roi  m'avoit  accordé. 

Ce  magnanime  prince  très  éclairé,  me  l'a  laissé,  et  c'est  avec 
cette  modique  pension  que  moi,  ma  femme,  4  fille,  et  deux 
sœurs  nous  traînons  notre  pauvre  vie;  mais  moi  et  mon  talent, 
quoique  vivants,  nous  sommes  descendu  au  tombeau;  et,  ce 
qui  est  terrible  !  choisir  pour  prison  ma  maison,  sans  plus  voir 
qui  que  ce  soit.  Voilà  la  raison,  mon  ami,  qu'en  recevant 
votre  charmante  lettre  par  M*"  Trouvât,  je  n'ai  pas  pu  vous 
donner  une  réponse,  ni  me  charger  de  la  liaison  dont  vous 
m'honoriez.  Il  commence  paroître  un  peu  de  beau  tems  ;  Dieu 
fasse  qu'enfin  cela  augmente.  Voilà  5  ans  que  je  souffre,  et  je 
ne  sais  pas  comment  j'en  ai  eu  la  constance.  Ah  !  mon  ami  ! 
je  ne  me  croiois  pas  réservé  à  tant  de  malheurs,  dont  je  vous 
en  épargne  le  récit.  Si  vous  voudriez  accepter  ma  procuration, 
6  Dieu,  combien  je  serois  heureux  !  je  pourrois  commencer 
voir  le  jour  dans  mes  affaires,  et  recevoir  quelque  soulagement. 
Faites  moi  savoir  là  dessus,  quels  sont  vos  intentions.  Donnez 
moi,  je  vous  prie,  des  nouvelles  de  ce  fils  dénaturé,  de  qui  je 
n'en  ai  pas  eu  depuis  un  an.  L'autre,  qui  est  à  Stockolm  suit  à 
la  piste  les  traces  de  celui  ci  ;  le  castrate,  il  en  fait  autant.  Tout 
est  enseveli  dans  l'obscurité.  Je  vous  y  joins  ci  une  lettre  pour 
la  citoyenne  Natalie  la  Borde  de  Nantiles  mon  ecolière,  que,  je 
vous  prie,  mon  bon  ami,  de  remettre  en  ses  propres  mains, 
et  d'entrer  en  matière.  Vous  lui  pouvez  peindre  mon  affreuse 
situation,  et  feire  en  sorte,  que  son  frère,  qui  vient  de  rentrer 
dans  les  biens  de  la  famille,  veuille  me  donner  les  fonds  de  la 

TOME   III.  2 


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10  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

rente,  que  feu  son  père  me  donna  pour  me  mettre  à  l'abri  de  la 
misère.  J^ai  su,  que  cette  rente  s'en  va  en  fumée,  qu'on  va 
payer  le  tiers  en  numéraire,  cet  à  dire,  700  ^^  et  le  reste  du 
capital  en  bons,  qu'ils  seront  presque  rien.  J'aurai  donc,  au 
lieu  de  2000  cent  livres,  700  pour  tout.  Moi  âgé  de  69  ans, 
comment  pourrai-je  donner  un  état  à  mes  pauvres  4  filles,  et 
quelque  subsistance  à  ma  femme  à  mon  decés?  Vous  voyez, 
mon  ami,  que  si  le  citoyen  Laborde  voudroit  avoir  pitié  de 
moi  et  d'une  famille  accablée  par  la  misère,  il  seroit  un  homme 
bienfaisant,  est  vrai,  mais  il  seroit  cent  fois  au  dessus,  satisfai- 
sant la  volonté  de  feu  son  père,  que  c'étoit  de  nous  donner  du 
pain.  Je  vous  charge  de  beaucoup  des  choses  à  la  foi.  Je  me 
suis  tu  6  ans,  la  bonde  est  lâchée  tout  d'un  coup.  Mon  ami, 
ayez  pitié  de  moi.  Je  me  jette  dans  vos  bras.  Oui  :  Dieu  vous 
aidera;  vous  réussirez  en  tout;  vous  aurez  la  gloire  de  relever 
votre  ami,  et  une  famille,  qui  vous  a  toujours  aimé,  toujours 
chéri.  Je  vous  embrasse  du  fond  de  mon  cœur  uniment  à  votre 
très  digne,  et  très  chère  moitié  ;  ma  femme  et  mes  filles  en  font 
autant,  et  pour  la  vie  je  suis 


Peu  après  Piccinni  quitta  Naples,  passa  par  Rome  et  vint  à  Paris, 
où  il  se  logea,  c  au  haut  du  faubourg  Saint-Honoré,  près  de  la  rue 
Verte,  dans  un  appartement  plus  qu'exigu,  sans  meubles  autres  que  les 
plus  indispensables,  et  manquant  de  tout.  1(1)  Plus  tard  il  obtint  un 
appartement  dans  Pancien  hôtel  d'Angivilliers,  mais  il  dut  encore  ré- 
clamer des  secours,  c  Piccinni,  s'écria-t-il,  meurt  de  feim  à  côté  du 
gouvernement  françois;  Piccinni  meurt  de  faim  à  côté  des  théâtres  qui 
ne  sont  riches  que  par  ses  talens.  1  (2)  Enfin,  épuisé,  il  mourut  à  Passy 
le  7  mai  1 800,  à  Page  de  soixante-douze  ans. 

(1)  Gluck  et  Piccinni,  p.  404. 

(2)  Id.»  p.  407. 


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LES  CARROSSES  AU  XVII"  SIÈCLE 

RÉVOCATION  DU  PRIVILÈGE  POUR  LES  CARROSSES  A  UN  CHEVAL  CIRCULANT 
DANS  PARIS.  —  FERME  DES  VOITURES  POUR  LA  SUITE  DE  LA  COUR.  — 
GAGES  DES  COCHERS  ET  MENEURS  DE  LITIERE  AUX  XVI*  ET  XVII*  SIECLES. 

L'usage  des  chars  et  voitures  de  toute  espèce,  si  répandu  dans  l'anti- 
quité, était  considéré  au  moyen-âge  comme  un  signe  de  faiblesse  et 
de  lâcheté.  Les  malades  et  les  infirmes  seuls  avaient  droit  de  se  faire 
transporter;  Thomme  ne  connaissait  que  son  cheval;  les  femmes  et  les 
moines  montaient  des  mules  ou  des  ânesses  (i).  Au  xiii*  siècle  cependant 
Tusage  des  voitures  devint  plus  fréquent  :  Philippe  le  Bel  défendit  par 
une  ordonnance  de  1294  que  les  bourgeoises  eussent  des  chars  [2).  Les 
rois  possédaient  des  chars  richement  ornés  dont  ib  ne  se  servaient 
qu^en  de  rares  circonstances.  Jusqu'au  xvi*  siècle  les  chariots  n'étaient 
guère  employés  que  pour  porter  les  bagages.  Sous  François  I*'  la  mode 
des  carrosses,  déjà  fort  goûtée  en  Italie,  s'introduisit  en  France.  Henri  III 
se  promena  en  coche  avec  sa  femme  dans  les  rues  de  sa  bonne  ville  de 
Paris  (3).  Cétait  un  exemple  que  ne  pouvaient  manquer  de  suivre  les 
mignons  et  les  gentilshommes,  mais  ce  nouvel  usage  était  considéré 
comme  im  indice  de  la  corruption  des  mœurs,  et  les  magistrats  refu- 
sèrent de  s'y  conformer  et  continuèrent  à  aller  au  Palais  sur  des 
mules  (4).  Les  voitures  devinrent  plus  nombreuses  sous  Henri  IV  :  ce 
prince  s'opposa  vainement  à  ce  que  les  hommes  employassent  ce  mode 
de  locomotion  ;  lui-même  périt  assassiné  dans  un  carrosse.  Toutefois 
les  particuliers  .seuls  —  et  encore  ne  s'agit-il  que  des  nobles  —  avaient 
alors  des  voitures.  Mais  bientôt  il  y  eut  des  coches  de  voyage  et  enfin 
des  carrosses  de  louage.  Nicolas  Sauvage,  dans  les  premières  années  du 
règne  de  Louis  XIV,  établit  à  Paris  rue  Saint-Martin,  vis-à-vis  la  rue 
Montmorency,  dans  une  maison  qui  avait  pour  enseigne  l'effigie  de 
Saint-Fiacre,  un  entrepôt  de  voitures  qu'il  louait  à  l'heure  ou  à  la 
journée  (5).  De  là  le  nom  de  fiacres  qui  s'est  perpétué  jusqu'à  nous. 
En  i65o  Charles  Villerme  avait  le  privilège  exclusif  des  voitures  de 
louage  dans  Paris  moyennant  quinze  mille  livres.  Au  mois  de  mai  1657 

(i)  Histoire  des  chars,  carrosses,  etc.,  par  D.  Rtmée;  Paris,  Amyot,  i856,  in-12,  p.  5i  et 

(a)  Traité  de  la  police  par  DeUmarre,  1. 1,  p.  418. 

(3)  Journal  de  rEstoille,  coU.  Michaad,  t.  XIV,  p.  63. 

(4)  Histoire  des  chars,  par  Ramie,  p.  76.  ~  (3)  Id„  p.  133. 


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12  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

M.  de  Givry  obtenait  un  privilège  pour  des  carrosses,  calèches  et  cha- 
riots attelés  de  deux  chevaux,  qui  devaient  rester  dans  les  carrefours  et 
lieux  publics  de  Paris  a  pour  y  être  exposés  depuis  les  sept  heures  du 
matin  jusqu'à  sept  heures  du  soir,  et  être  loués  à  ceux  qui  en  auront 
besoin,  soit  par  heure,  demi-heure,  journée  ou  autrement  (i).  »  Enfin 
Lx)uis  XIV  accorda,  le  3  avril  lôSg,  à  un  de  ses  mousquetaires,  le  sieur 
Nicolas  Picquet  de  Sautour,  un  privilège  pour  établir  dans  Paris  des 
calèches,  carrioles  ou  petits  carrosses  à  deux  roues  tirés  par  un  seul 
cheval.  Mais  la  dame  de  Cavoy  et  le  sieur  de  Montbrun,  chargés  de 
l'entreprise  des  chaises  portatives^  réclamèrent  si  vivement  contre  la 
concurrence  que  leur  faisaient  les  voitures  à  un  cheval  qu'ils  obtinrent 
que  le  Roi  retirât  au  sieur  de  Sautour  le  privilège  qu'il  lui  avait  octroyé. 
C'est  ce  qui  ressort  des  lettres-patentes  de  Lx>uis  XIV  données  à  Paris 
le  8  janvier  i66i  :  voici  le  texte  de  ce  document  dont  nul  historien,  à 
notre  connaissance,  n'a  fait  encore  mention. 

Louis,  par  la  grâce  de  Dieu  Roy  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  présents  et  advenir  salut.  Sçavoir  faisons  que  le  sieur 
Nicollas  Picquet  de  Sautour,  Tun  de  nos  mousquetaires,  et  la 
damoi^elle  sa  sœur,  ayants,  sur  le  renvoy  par  nous  faia  en 
nostre  Conseil  du  plaçet  qu'ils  nous  ont  cy  devant  présenté,  à 
ce  qu'il  nous  pleust  leur  faire  don  et  accorder  la  permission 
à  l'exclusion  de  tous  autres  d'establir  dans  nostre  bonne 
ville,  faulxbourg  et  banlieues  de  Paris,  des  galeches,  carioUes 
ou  petits  carosses  à  deux  roues  tirées  par  un  seul  cheval, 
obtenu  arrest  en  nostre  conseil  le  troisiesme  a\Til  mil  six  cens 
cinquante  neuf,  portant  advis  que  nous  leur  pourrions  accorder 
le  don  pour  ledit  establissement.  Et  ayant  depuis  esté  informé 
du  notable  préjudice  que  la  dame  de  Cavoy  et  le  sieur  de 
Montbrun  recevroient  au  don  que  nous  leur  avons  faict  des 
chaises  portatives  qu'ils  ont  estably  pour  la  commoditté  pu- 
blique dans  ladite  ville  et  faulxbourg  de  Paris,  si  celluy  des 
galeches,  carioUes  ou  petits  carosses  à  un  seul  cheval  si  faisoit, 
lequel  mesme  ne  fairoit  qu'acroistre  les  embarras  qui  ne  sont 
desja  que  trop  fréquentz  par  le  grand  nombre  des  carosses, 
charettes  et  harnois  qui  rouUent  incessamment  dans  les  rues 

(i)  Histoire  des  chars,  par  Ramée,  p.  134. 


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LES  CARROSSES  AD   XVII*   SIECLE  l3 

de  nostre  dite  ville,  faulxbourgs  et  banlieue  de  Paris;  à  ces 
causes  et  pour  autres  bonnes  considérations  à  ce  nous  mou- 
vans,  après  nous  estre  faia  représenter  ledit  brevet  et  arrest 
de  nostre  Conseil,  nous  avons  de  nostre  plaine  puissance  et 
aucthoritté  royalle  dit  et  déclaré  par  ces  présentes  signées  de 
nostre  main,  disons  et  déclarons  que  nostre  intention  est  que 
Festablissement  desdites  galeches,  carioUes  ou  petits  carosses 
à  deux  roues  tirés  par  un  seul  cheval,  n'ayt  point  de  lieu  et  ne 
soit  effectué  dans  nostre  bonne  ville,  faulxbourgs  et  banlieue 
de  Paris,  à  cet  effect  avons  révocqué  et  révocquons  par  ces 
mesmes  présentes  tous  brevetz,  lettres  de  don  et  arrest  que 
lesdits  de  Saucour,  sa  sœur  et  tous  autres  pourroient  avoir 
obtenu  ou  pourroient  cy  après  obtenir  pour  raison  dudit  esta- 
blissement  desdites  galeches  ou  carioUes^  voulant  que  le  tout 
demeure  nul  et  comme  non  advenu,  faisons  très  expresses  inhi- 
bitioDs  et  deffances  ausdits  de  Sautour,  sa  sœur  et  tous  autres 
de  s'aider  en  aucune  manière  dudit  don  ny  autre  chose  quel- 
conque en  conséquence  d'icelluy  pour  Testablissement  desdites 
galeches,  carioUes  ou  petits  carosses  à  deux  roues  tirés  par  un 
seul  cheval  dans  nostre  dite  bonne  ville  de  Paris,  à  peine  de 
confiscation  et  de  trois  mil  livres  d'amande.  Si  donnons  en 
mandement  à  nostre  prevost  de  Paris  et  tous  autres  nos  jus- 
ticiers et  oflSciers  qu'il  appartiendra  que  nos  présentes  lettres 
pattentes  de  déclaration  ils  ayent  à  enregistrer,  faire  garder  et 
observer  en  sorte  qu'il  n'y  soit  contreveneu,  et  en  cas  de  con- 
travention a«x  deffences  portées  par  icelles  faire  contraindre  les 
contrevenans  au  payement  de  l'amande  et  choses  y  contenues, 
car  tel  est  nostre  plaisir.  Et  aflfin  que  ce  soit  chose  ferme  et 
stable  nous  avons  faict  mettre  nostre  sceel  à  ces  dites  présentes 
données  à  Paris  le  viii*  jour  du  mois  de  janvier  Tan  de  grâce 
mil  six  cens  soixante  ung  et  de  nostre  règne  le  dix-huitiesme. 

Louis. 
Par  le  Roy  : 

De  Lomenie. 


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14  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Cette  même  année  on  établit  des  voitures  i  quatre  chevaux  destinées 
à  conduire  ceux  qui  désiraient  aller  aux  châteaux  où  se  trouvait  la 
G)ur;  on  les  nommait  voitures  pour  la  suite  de  la  Cour.  Le  sieur  de 
Beauvais  qui  avait  le  privilège  desdites  voitures  éprouva  le  même  sort 
que  Le  mousquetaire  de  Louis  XIV  (i)  :  ce  fut  un  certain  Jean  Paumier 
qui  lui  succéda,  comme  le  prouve  la  pièce  suivante  qui  concerne  les 
voyages  faits  par  les  comédiens  français  et  italiens  à  Fontainebleau  en 
Tannée  1687. 

En  la  présence  des  conseillers  du  Roy,  notaires  gardenottes 

de  Sa  Majesté  au  chastelet  de  Paris,  soubzsignez^  sieur  Jean 

Paumier,  officier  de  la  maison  du  Roy  et  fermier  général  de 

touttes  les  voitures  pour  la  suitte  de  la  Cour,  demeurant   à 

Paris  rue  Saina  Nicaise,  parroisse  Sainct  Germain  T Auxerois, 

a  confessé  avoir  eu  et  receu  de  messire  Philippes  Lefebvrc^ 

conseiller  du  Roy,  trésorier  général  de  la  maison  de  Sa  Majesté 

et  conunis  à  Texercice  de  la  charge  de  trésorier  des  memis 

plaisirs  et  affaires  de  la  chambre  de  sa  dicte  Majesté,  la  somme 

de  quinze  cens  quarante  huict  livres  pour  louage  de  charetes 

qui  ont  voiture  les  coffres  et  meubles  des  comédiens  françois 

et  italiens  et  des  musiciens  tant  pour  Tallée  que  pour  le  retour  à 

Fontainebleau  en  mil  six  cens  quatre  vingt  sept,  dont  quit« 

tance,  promettant,  obligeant,  renonceant,  etc.  Faict  et  passé  à 

Paris  en  la  demeure  du  dict  sieur  Paumier  sus  désignée  Tan 

mil  six  cens  quatre  vingt  huict  lé  neuâesme  jour  de  décembre 

avant  midy,  et  a  signé. 

Jean  Paumier. 
Beaufort.  Ogier. 

Pour  terminer  voici  quelques  quittances  qui  nous  fixent  sur  les  gages 
des  cochers  de  la  Cour  depuis  i55i  jusqu'à  i633.  Elles  nous  font 
connaître  aussi  les  divei^  titres  que  portaient  ces  serviteurs. 

i55i,  10  octobre.  —  André  Tuyard,  meneur  de  litière  de  Madame 
Elisabeth,  reçoit  45  livres  tournois  a  pour  la  despence  de  deux  mul- 
letz  de  lictiere  de  madite  dame  »  pendant  un  trimestre. 

(i)  Lettre  de  Sdfodio^  au  procureur-général  de  Harlty,  datée  de  Versailles  le  34  juillet 
i685.  On  y  lit  :  «  Monsieur,  je  vo«s  envoyé  les  lettres  pattentes  portant  revocation  du  pri- 
vilège des  carosses  et  coches  de  la  Cour  accordé  au  s^-  de  Beauvais,  afin  qw  vous  les  fusiez 
s'il  vous  plaist  registrer.  »  {Dictionnaire  de  Jal,  art.  Carrostet,  p.  3 18.) 


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LES  CARROSSES  AU   XVIl'   SIECLE  l5 

i553,  2  juillet  —  Par  devant  le  tabellion  royal  juré  en  la  prévôté  de 
Saint-Germain-en-Laye,  Silvain  Pichot,  conducteur  de  la  litière  du 
corps  de  la  Reine  (i),  reçoit  36  livres  5  sous  tournois  i;)Our  un  voyage 
qu'il  a  fedt  avec  quatre  mulets  pour  le  service  du  Dauphin  de  Saint- 
Germain  à  Fontainebleau,  et  pour  la  nourriture  des  dits  mulets. 

i56o,  5  juin.  —  Guillaume  Ruelle,  capitaine  de  six  chevaux  de  char- 
roi de  la  Reine  mère  du  Roi,  reçoit  55  livres  i6  sous  tournois  pour  la 
nourriture  et  dépense  de  six  chevaux  de  trait  qui  ont  servi  ordinaire- 
ment pendant  le  mois  de  mai  a  mener  et  conduire  les  garde- robes  de 
l'écurie  de  la  dite  dame,  à  raison  de  6  sous  tournois  par  cheval  chaque 
jour. 

i577,  21  janvier.  —  François  Mezelier  et  Ambroise  Coudray, 
cochers  de  la  Reine  mère  du  Roi,  reçoivent  120  livres  tournois  pour  la 
dépense  de  deux  cochers  et  de  deux  hommes  a  pour  servir  à  mener  es 
pals  le  chariot  du  lict  de  poste  et  des  femmes  de  chambre  de  ladite 
dame  »  pendant  le  mois  de  novembre  1576. 

1577,  12  février.  —  Guillaume  BouUard,  conducteur  de  l'un  des  cha- 
riots branlants  de  la  Reine  douairière,  reçoit  7  livres  16  sous  4  deniers 
tournois  pour  un  quartier  de  rente. 

1578,  4  novembre.  —  Par  devant  le  notaire  royal  de  Toulouse,  Jean 
Mesnier,  cocher  du  Roi  (2),  reçoit  112  écus  soleil  et  un  tiers  pour  la 
dépense  et  nourriture  de  quatre  chevaux  de  coche  à  raison  de  1 5  sous 
par  jour  pour  chaque  cheval  et  de  10  sous  par  jour  pour  la  dépense  du 
cocher. 

1579,  '  *  octobre.  —  René  Bruneau,  conducteur  de  la  litière  du  corps 
de  la  Reine  mère  du  Roi,  reçoit  8  écus  un  tiers  pour  un  quartier  de 
««gages. 

1 584,  5  janvier.  —  Guillaume  Regnault,  cocher  de  la  Reine  mère  du 
Roi,  reçoit  1 5  écus  soleil  pour  un  quartier  de  ses  gages. 

1629,  3o  novembre.  —  Y  von  Moysan,  postillon  du  grand  carrosse  du 
Roi  (3),  reçoit  180  livrés  tournois  pour  ses  gages  durant  Tannée  1629. 

1634,  2  décembre.  —  Antoine  Belin,  postillon  du  second  carrosse 
delà  Reine  (4),  reçoit  326  livres  tournois  pour  ses  gages  durant  l'an- 
née 1634. 

(I)  Catiierine  de  Médids 
(a)  Heori  UL 

(3)  Unis  XIII. 

(4)  Marie  de  Médcis. 


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PROCÈS  CRIMINEL  A  GRENOBLE 

EN    1769 


M.  Léon  Dewez  nous  communique  des  lettres-patentes  de  I-ouisXV 
concernant  un  procès  criminel  qui  se  déroula  devant  la  cour  du  Dauphiné 
en  Tannée  1 769.  Les  parties  étaient  Joseph  Suel  Lambert,  bourgeois  de 
la  ville  de  "Romans,  demandeur,  et  Jacques-François-Raymond  Merlin 
Du  Cheylas,  conseiller  en  la  cour  du  Dauphiné,  et  Jean-Jacques  I>evaux, 
domestique  du  dit  Du  Cheylas ,  défendeurs.  Du  Cheylas  était  accusé 
d'avoir  assassiné  en  duel  Jacques-Thomas  Suel  Lambert  Béguin,  capi- 
taine dans  la  légion  de  Flandre,  fils  du  demandeur.  Le  duel  avait  eu 
lieu  en  dehors  de  la  ville  de  Romans  :  les  faits  sont  relatés  dans  l'acte. 
Le  conseiller  était  contumace,  mais  le  domestique  était  détenu  à  la 
conciergerie  du  palais.  Le  jugement  reconnut  l'accusé  coupable  et  le 
condamna  au  supplice  de  la  roue,  mais  en  même  temps  il  ordonna  que 
le  procès  serait  fait  à  la  mémoire  de  la  victime,  coupable  aussi  d'avoir 

contrevenu  aux  lois  sur  le  duel. 

• 

Louis  par  la  grâce  de  Dieu  Roy  de  France  et  de  Navarre, 
Dauphin  de  Viennois,  comte  de  Valantinois  et  Dyois,  à  tous 
ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront  salut.  Sçavoir  faisons 
que  procès  criminel  auroit  été  mû  et  intenté  par  devant  notre 
cour  de  Parlement,  aides  et  finances  de  Dauphiné,  entre  Joseph 
Suel  Lambert,  bourgeois,  habitant  de  la  ville  de  Romans, 
demandeur,  en  requette  de  plainte  du  dix  neuf  juillet  mille  sept 
cent  soixante  neuf,  et  en  réparation  du  crime  d'assassinat 
commis  en  la  personne  de  Jacques  Thomas  Suel  Lambert 
Béguin,  son  fils,  capitaine  dans  la  légion  de  Flandres,  et  en 


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PROCÈS  CRIMINEL  A  GRENOBLE  I7 

domages  intérests,  suivant  les  fins  de  la  requette  du  vingt-huit 
aoust  suivant,  et  notre  amé  et  féal  procureur  général,  accusa- 
teur en  crime  de  duel  et  d^assassinat,  demandeur  en  exécution 
de  Tarret  de  la  cour  du  vingt  du  dit  mois  de  juillet,  d'une  part, 
Jacques  François  Reymond  Merlin  Du  Cheylas,  conseiller  en 
la  cour,  accusé  contumax,  Jean  Jacques  Devaux,  domestique 
du  dit  Du  Cheylas,  détenu  dans  les  prisons  de  la  conciergerie 
du  palais,  accusés,  d'autre,  et  entre  notre  amé  et  féal  procureur 
général,  accusatair  en  crime  de  duel,  et  demandeur  en  exécu- 
tion de  Tarrêt  de  la  cour  du  dix-sept  du  dit  mois  d'aoust,  d'une 
part,  M^  André  Suel  Lambert,  avocat  en  notre  ditte  cour, 
curateur  nommé  à  la  mémoire  du  dit  Jacques  Thomas  Suel 
Lambert  Béguin,  son  fi*ère,  deffendeur,  d'autre.  Vu  le  procès 
verbal  du  lieutenant  de  juge  par  l'ordonnance  en  la  judicature 
du  mandement  de  Pe3rrins  du  dix-huit  juillet  mil  sept  cent 
soixante  neuf  contenant  l'état  et  la  reconnoissancc  du  cadavre 
du  dit  Béguin,  la  description  de  ses  habits  et  de  l'endroit  où  il 
a  été  trouvé,  le  rapport  de  Joannis  et  Entelme,  chirurgiens, 
assistés  de  M®  Monfort,  médecin,  lieutenant  du  premier  chirur- 
pen  du  Roy  au  département  de  Saint  Marcellin,  portant  que 
Béguin  a  reçu  quatre  coups  d'épée  mortels  et  un  cinquième 
coup  qui  perce  de  part  en  part  le  carpe  de  la  main  gauche,  la 
requette  de  plainte  de  l'ancien  procureur  aux  juridictions 
de  Romans  faisant  fonction  du  procureur  juridictionnel  de 
la  terre  de  Peyrins  contenant  qu'il  résulte  du  rapport  des 
chirurgiens  que  Béguin  est  mort  de  plusieurs  coups  d'épée, 
répondue  le  dix-neuf  du  dit  mois  de  juillet  d'un  décret  de  per- 
mission d'informer,  la  requette  de  plainte  de  Suel  Lambert 
B%rin  père  par  laquelle  il  demande  qu'il  soit  informé  de  l'as- 
sassinat commis  en  la  personne  de  son  fils  hors  les  murs  de 
Romans,  entre  la  porte  de  Jaquemart  et  celle  de  Sainct-Nicolas, 
répondue  le  dit  jour  d'un  décret  conforme,  l'information  faite 
le  dit  jour  par  k  lieutenant  par  l'ordonnance  contenant  Taudi- 
tioQ  des  onze  témoins^  la  requette  de  plainte  de  notre  amé  et 

TOME  m.  3 


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l8  REVUE  DES   DOCUMENTS   H1STX>RIQUES 

féal  procureur  général  tendante  à  ce  qu'il  soit  informé  du  dit 
duel  et  de  la  mort  du  dit  Béguin  tant  à  charge  qu'à  décharge, 
circonstances,  et  dépendances,  l'extrait  de  rarrêt  qui  ordonne 
qu'il  sera  informé  du  dit  duel  et  de  la  mort  du  dit  Béguin,  cir- 
constances et  dépendances,  et  porté  décret  de  prise  de  corps 
contre  le  dit  Du  Cheylas  et  un  quidam  habillé  de  jaune,  du  vingt 
du  dit  mois  de  juillet,  les  exploits  d'assignation  aux  témoins 
pour  déposer  et  être  recollés  dans  leurs  dépositions  des  vingt- 
deux,  vingt-trois,  vingt-quatre,  vingt-cinq,  vingt-six,  vingt-sept, 
vingt-huit,  vingt-neuf,  trente  et  trente  et  un  du  dit  mois  de 
juillet;  premier,  second,  trois,  quatre,  cinq,  huit,  neuf  et  douze, 
vingt-un,  vingt-quatre  aoust  suivant,  et  quatre  et  cinq  sep- 
tembre, après  l'information  faite  par  nos  amés  et  féaux 
de  Revol  père  et  de  Galbert,  conseillers  en  notre  ditte  cour, 
commissaires  en  cette  partie  députés,  commencée  le  vingt-deux 
du  dit  mois  de  juillet,  contenant  cinquante-six  dépositions,  la 
continuation  d'informations  faites  par  les  dits  commissaires,  les 
huit,  neuf,  douze,  treize,  vingt  et  vingt-deux  aoust  suivant,  con- 
tenant l'audition  de  six  témoins,  la  continuation  d'information 
faite  les  quatre  et  cinq  septembre  de  la  ditte  année  par  nos 
amés  et  féaux  de  Garnier  et  de  Chalcon,  conseillers  en  notre 
ditte  cour,  commissaires  députés  par  l'arrêt  de  notre  ditte 
cour  du  trente-un  août  précédent,  contenant  l'audition  de  six 
témoins,  la  procédure  de  recollement  des  témoins  et  leurs  dépo- 
sitions, commencée  le  vingt-six  du  dit  mois  de  juillet,  faite  par 
nos  dits  amés  et  féaux  de  Revol  et  de  Galbert,  la  continuation 
du  dit  recollement  faite  par  nos  dits  amés  et  féaux  de  Gamier 
et  de  Chalcon,  des  quatre  et  cinq  septembre  suivant,  l'ordon- 
nance rendue  sur  le  réquisitoire  du  substitut  de  notre  amé  et 
féal  procureur  général  le  vingt-six  juillet  dernier  portant  injonc- 
tion à  Bon  et  Colomb  de  remettre  entre  les  mains  du  greffier 
de  la  procédure  les  parties  de  l'épée  du  dit  Béguin  qu'ils  ont  en 
leur  pouvoir,  le  procès-verbal  de  la  ditte  remission  faite  le  dit 
jour  par  le  dit  Bon  de  trois  morceaux  de  lames  d'épée,  l'or- 


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PROCES  CRIMINEL  A  GRENOBLE  I9 

donnance  contenant  nomination  d'oflSce  de  deux  experts  pour 
procéder  à  la  vérification  des  trois  morceaux  de  la  lame  d'épée 
et  donner  leur  rapport  par  forme  de  déposition  de  Tétat,  lon- 
gueur et  grosseur  des  morceaux  d'épée,  le  procès  verbal  de 
perquisition  du  dit  Du  Cheylas  et  devant  son  domestique  con- 
tenant assignation  à  quinzaine  pour  le  remettre  dans  les  pri- 
sons de  la  conciergerie  du  palais  du  vingt-deux  du  mois  de 
juillet,  rexploit  d'assignation  à  cris  publics  au  dit  Du  Cheylas 
et  Deveau  du  sept  aoust  suivant,  la  requette  de  notre  amé  et 
féal  procureur  général  et  l'arrêt  de  notre  ditte  cour  qui  commet 
nos  amés  et  féaux  Depina  et  Deplan  de  Sieyes/conseillers  en 
notre  ditte  cour,  pour  prendre  les  réponses  personnelles  de 
Joseph  Renchon  dit  Revol  et  de  Pierre  Lambert,  domestiques 
du  dit  Du  Cheylas,  qui  avoient  étés  constitués  prisonniers, 
du  trois  aoust  suivant,  les  réponses  personnelles  du  dit  Joseph 
Renchon  dit  Revol  et  Pierre  Lambert  du  dit  jour,  la  requette 
de  notre  amé  et  féal  procureur  général  et  l'arrêt  qui  met  en 
Kberté  les  dits  Ruchon  dit  Revol  et  Lambert  et  ordonne 
qu'ils  seront  assignés  pour  déposer  en  l'information  du  douze 
du  dit  nQois  d'aoust,  les  conclusions  de  notre  amé  et  féal  pro- 
cureur général  tendantes  à  ce  que  le  procès  soit  réglé  à  l'extra- 
ordinaire et  que  le  procès  soit  fait  à  la  mémoire  de  Béguin, 
l'extrait  de  l'arrêt  qui  règle  le  procès  à  l'extraordinaire  et 
ordonne  que  le  recollement  vaudra  confrontation  au  dit 
Du  Cheylas  et  que  le  procès  sera  fait  à  la  mémoire  du  dit  Bé- 
guin et  nomme  pour  curateur  André  Suel  Béguin  son  frère, 
l'exploit  d'assignation  au  curateur  pour  prêter  serment  et 
donner  ses  réponses,  la  procédure  de  prestation  de  serment  du 
dit  André  Suel  Béguin,  les  réponses  personnelles  du  dix-sept 
du  dit  mois  d'aoust,  les  conclusions  de  notre  dit  amé  et  féal 
procureur  tendantes  à  ce  que  le  procès  soit  réglé  à  l'extraordi- 
naire et  les  témoins  confrontés,  si  besoin  est,  au  curateur,  l'extrait 
de  l'arrêt  qui  règle  le  procès  à  l'extraordinaire  et  ordonne  que 
les  témoins  seront  confrontés,  si  besoin  est,  au  dit  Suel  curateur. 


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20  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

du  dix-huit  du  dit  mois  d^aoust,  la  requette  de  notre  dit  amé  et 
féal  procureur  général  et  l'ordonnance  de  notre  ditte  cour  sur 
icelle  qui  subroge  nos  amés  et  féaux  de  Chalcon  ou  de  Revol 
père,  conseillers  en  notre  ditte  cour,  la  procédure  contenant  la 
confrontation  de  douze  témoins  au  dit  curateur,  des  vingt- 
deux  et  vingt-trois  aoust,  l'exploit  d'intimation  au  dit  Deveau 
de  Tarrêt  portant  décret  de  prise  de  corps  contre  luy  sous  la 
dénomination  d'un  quidam  habillé  de  jaune  du  vingt-neuf  aoust^ 
contenant  le  procès  verbal  d'écrou  du  dit  Deveau  dans  Içs 
prisons  de  la  Conciergerie  du  palais  où  il  s'est  remis,  la  requette 
de  notre  dit  amé  et  féal  procureur  général  tendante  à  ce  que  De- 
veau soit  interrogé,  l'extrait  de  l'arrêt  portant  que  le  dit  Deveau 
sera  interrogé  par  les  commissahres  rapporteurs  du  procès,  les 
réponses  personnelles  du  dit  Deveau  du  vingt  neuf  août,  les 
conclusions  de  notre  dit  amé  et  féal  procureur  général  tendante 
à  ce  que  le  procès  soit  réglé  à  l'extraordinaire  vis  à  vis  le  dit 
Deveau  et  que  les  sieurs  conseillers  commissaires  soient  au- 
thorisés  à  recevoir  la  déposition  des  témoins  qui  pourront  être 
produits,  à  recoller,  confronter,  interroger  et  decretter  s'il  y 
échet,  et  ordonner  qu'ils  se  transporteront  à  Romans,  l'arrêt 
de  notre  cour  conforme  aux  dittes  conclusions  du  trente  du  dit 
mois  d'août,  les  exploits  d'assignations  aux  témoins  pour  être 
confrontés  au  dit  Deveau  des  premier,  second,  trois  et  quatre 
septembre  suivant,  la  procédure  contenant  cinquante-deux 
confrontations  des  témoins  au  dit  Deveau  commencé  le  pre- 
mier septembre  et  finie  le  neuf  du  dit  mois,  les  réponses  per- 
sonnelles du  dit  Deveau  du  quatre  du  dit  mois  de  septembre, 
les  exploits  d'assignation  à  Jean  Pierre  Migouret  pour  compa- 
raître pour  être  confronté  au  dit  Deveau  du  deux  du  dit  mois 
de  septembre,  la  requette  du  substitut  de  notre  amé  ^  féad 
procureur  général  et  ordonnance  sur  icelle  des  sieurs  conseil- 
lers commissaires  portant  injonction  au  dit  Migouret  de  satis- 
faire aux  dittes  assignations  à  peine  d'amende  et  d'y  être  con- 
traint par  corps,  l'exploit  d'intimation  au  dit  Migouret  de  la 


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PROCES  CRIMINEL  A  GRENOBLE  21 

dittc  requette  et  de  Tordomiance  du  quatre  du  dit  mois,  autre 
requette  de  plainte  du  dit  substitut  de  notre  amé  et  féal  procu- 
reur général  contre  ceux  qui  ont  pratiqué,  intimidé  et  fait  ab- 
senter les  témoins,  l'ordonnance  des  dits  sieurs  commissaires 
portant  qu'il  sera  informé  des  faits  y  contenus  tant  à  la  charge 
qu^à  décharge,  circonstances  et  dépendances  du  cinq  du  dit 
mois  de  septembre,  l'exploit  d'assignation  aux  témoins  du  dit 
jour,  l'information  aussy  faite  le  dit  jour  contenant  l'audition 
de  quatre  témoins,  les  réponses  personnelles  du  dit  Deveau  du 
neuf  du  dit  mois  de  septembre,  la  requette  de  notre  amé  et 
féal  procureur  général  et  l'arrêt  sur  icelle  qui  ordonne  que  le 
dit  Deveau  sera  recollé  en  ses  interrogatoires  et  confronté  au 
dit  B^uin  Suel  curateur  et  que  le  recollement  vaudra  confron- 
tation vis  à  vis  le  dit  Du  Cheylas,  du  treize  du  dit  mois  de  sep- 
tembre, le  recollement  du  dit  Deveau  en  ses  interrogatoires  et 
sa  confrontation  au  dit  Suel  Béguin  curateur,  du  dit  jour,  les 
rq)onses  derrière  le  barreau  du  dit  Suel  Béguin  curateur,  les 
réponses  sur  la  selette  et  par  atténuation  du  dit  Deveau  du  treize 
du  dit  mois.  Vu  de  la  part  du  dit  Suel  Lambert  père  la  procu- 
ration qu'il  a  passé  le  vingt  cinq  août  dernier  à  Dubois,  son 
procureur,  pour  poursuivre  le  procès  et  demander  des  domages 
intérests,  la  cédulle  de  présentation  faite  le  vingt  huit  du  dit 
mois  d'août  par  le  dit  Dubois,  la  requette  remonstrative  et 
Textrait  de  la  rémission  du  procès  au  greffe  de  la  cour  signifié 
le  dit  jour  ;  Vu  les  conclusions  et  additions  des  conclusions  de 
notre  amé  et  féal  procureur  général  des  onze  et  treize  sep- 
tembre mil  sept  cent  soixante  neuf  au  rapport  de  M' Chanet, 
substitut,  et  oui  le  rapport  de  nos  amés  et  féaux  Françob  Sé- 
bastien DefHna  et  Jean  Deplan  de  Sieyes,  conseillers  en  notre 
ditre  cour,  commissaires  en  cette  partie  députés,  le  tout  vu  et 
examiné,  notre  ditte  Cour,  les  chambres  assemblées  ou  étoit  le 
s'œmte  de  Clermont  Tonnerre,  lieutenant  général  pour  le  Roy 
en  Dauphiné,  dit  la  contumace  bien  instruite  contre  le  dit  Du 
Cbeylas,   et  adjugeant  le  proffit  d'icelle.  Ta  déclaré  atteint  et 


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22  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

convaincu  des  crimes  de  duel,  de  s'estre  rendu  au  lieu  du  com- 
bat avec  des  précautions  defifensives,  d'avoir  traîtreusement 
assassiné  de  plusieurs  coups  d^épée  le  dit  Béguin  à  terre  et  hors 
de  deffenses,  pour  réparation  de  quoi  a  déclaré  le  dit  Du 
Cheylas  privé  et  déchu  de  son  état  et  office  de  conseiller  en 
notre  ditte  cour  et  le  dit  office  vaccant  par  forfaiture,  duquel 
office  le  dit  Seigneur  Roy  est  supplié  d'éteindre  le  titre,  conunc 
aussi  a  dégradé  le  dit  Du  Cheylas  de  noblesse  et  Ta  déclaré 
infâme,  a  condamné  le  dit  Du  Cheylas  à  être  livré  entre  les 
mains  de  l'exécuteur  de  la  haute  justice  pour  être  par  lui  tra- 
duit en  la  ville  de  Romans,  et  là  en  chemise,  teste  nue,  la 
corde  au  col,  ayant  au  poing  une  torche  ardente  de  cire  jaune 
du  poid  de  deux  livres,  être  conduit  devant  la  porte  de  la  prin- 
cipalle  égKse  de  Romans,  où  à  genoux  il  déclarera  que  mé- 
chamment et  traîtreusement  il  a  assassiné  le  dit  Béguin  de 
plusieurs  coups  d'épée  à  terre  et  étant  hors  de  deffenses  et  qu*il 
en  demande  pardon  à  Dieu,  au  Roy  et  à  la  justice,  et  de  suite 
il  sera  conduit  à  la  place  principale  de  la  ditte  ville  de  Romans 
pour  y  avoir  les  bras,  jambes,  cuisses  et  reins  rompues  sur  un 
echaffeau  qui  sera  dressé  à  cet  effet  et  ensuite  mis  sur  une  rôtie 
la  face  tournée  vers  le  Ciel  pour  y  rester  jusqu'à  ce  que  mort 
naturelle  s'en  suive,  ses  armes  préalablement  noircies  et  brisées 
en  sa  présence  au  bas  du  dit  echaffeau  par  le  dit  exécuteur,  a 
déclaré  le  dit  Seigneur  Roy  quitte  et  déchargé  envers  le  dit 
Du  Cheylas  de  la  finance  et  gages  du  dit  office  et  de  quelqu'au- 
tres  choses  que  ce  puisse  être  dont  le  dit  Seigneur  Roy  pour- 
roit  être  redevable  envers  le  dit  Du  Cheylas,  comme  aussi  a 
condamné  le  dit  Du  Cheylas  en  l'amende  fixée  aux  deux 
tiers  de  ses  biens  appliquables  sous  le  bon  plaisir  du  dit  Sei- 
gneur Roy  par  égale  part  et  portion  à  l'hôpital  général  de  Gre- 
noble, à  celuy  de  la  Providence  de  la  même  ville,  et  à  l'hôpital 
général  du  dit  Romans,  attendu  l'extrême  besoin  des  dits  hô- 
pitaux, a  condamné  le  dit  Du  Cheylas  en  l'amende  de  dix  livres 
envers  le  dit  Seigneur  Roy,  et,  attendu  la  contumace  du  dit  Du 


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PROCES  CRIMINEL  A  GRENOBLE  23 

Cheylas,  ordonne  que  le  présent  arrêt  sera  exécuté  par  effigie 
sur  la  place  du  dit  Romans,  au  surplus  pour  les  causes  résul- 
tantes des  procédures,  a  condamné  le  dit  Du  Cheylas  en  la 
somme  de  douze  mil  livres  envers  le  dit  Suel  Lambert  père 
pour  luy  tenir  lieu  de  domages  intérests  ;  et  en  ce  qui  concerne 
le  dit  Béguin  Ta  déclaré  mort  coupable  du  crime  de  duel;  pour 
réparation  de  quoi  ordonne  que  sa  mémoire  sera  et  demeurera 
éteinte  et  suprimée  à  perpuité,  a  pareillement  déclaré  le  dit 
Seigneur  Roy  quitte  et  déchargé  envers  le  dit  Béguin  de  tous 
arrérages  d'appointements,  pensions  et  de  toutes  autres  choses 
que  ce  puisse  être,  dont  le  dit  Seigneur  Roy  pourroit  être  re- 
devable envers  le  dit  Béguin,  ordonne  que  sur  les  biens  du  dit 
Béguin  il  sera  prélevé  une  amende  fixée  aux  deux  tiers  des  dits 
biens,  laquelle  cédera  au  proffit  du  dit  Suel  Lambert  père,  et 
en  ce  qui  concerne  le  dit  Deveau  Ta  condamné  pour  les  causes 
résultantes  des  procédures  à  tenir  prison  pendant  une  année  et 
ensuite  à  servir  le  dit  Seigneur  Roy  sur  ses  galères  en  qualité  de 
forçat  pendant  l'espace  de  quatre  ans,  étant  préalablement  flétry 
par  le  dit  exécuteur  à  la  place  du  Breuil  de  cette  ville  sur  Té- 
paule  droite  d'un  fer  ardent  portant  l'empreinte  des  trois  lettres 
G  A  L,  lui  fait  inhibitions  et  defFenses  de  rompre  son  ban  sous 
peme  de  la  hart  et  l'a  condamné  en  l'amende  de  dix  livres  en- 
vers le  dit  Seigneur  Roy  et  aux  dépens  le  concernant,  a  con- 
damné le  dit  Du  Cheylas  aux  dépens  envers  le  s'  Lambert 
père,  ensemble  en  tous  ceux  des  procédures  et  frais  de  justice, 
même  solidairement  en  ceux  cy  dessus  prononcés  contre  le  dit 
Deveau,  au  surplus  faisant  droit  sur  le  réquisitoire  de  notre 
amé  et  féal  procureur  général,  ordonne  que  Constalin,  ouvrier 
en  fer  blanc,  demeurant  au  dit  Romans,  et  la  Moret  mère,  dé- 
signée et  mentionnée  dans  les  procédures,  seront  adjoumés  en 
personne  aux  délays  et  à  la  forme  de  l'ordonnance  pour  ré- 
pondre de  leur  bouche  aux  interrogats  qui  leur  seront  faits 
par  les  commissaires  rapporteurs  du  présent  arrêt  pour,  les 
dittes  réponses  et  les  conclusions  de  notre  amé  et  féal  procureur 


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24  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

général  vues,  être  pourvu  ainsy  qu'il  appartiendra,  ordonne  que 
le  présent  arrêt  sera  imprimé  et  affiché  dans  les  villes  de  Ro- 
mans et  de  Grenoble  et  par  tout  ailleurs  où  besoin  sera.  Sy  don- 
nons en  mandement  au  premier  notre  huissier  dans  cette  ville 
et  son  territoire  et  hors  la  ditte  ville  et  son  territoire  à  Tun  des 
huissiers  ou  sergents  requis  à  la  requette  de  Joseph  Suel  Lambert 
mettre  le  présent  arrêt  à  due  et  entière  exécution  de  point  en 
en  point  selon  sa  forme  et  teneur  à  rencontre  de  tous  qu'il 
appartiendra,  en  contreignant  réellement  et  d'eflFet  par  toutes 
sortes  de  voyes  de  justice  dues  et  raisonnables  tous  ceux  qui 
pour  ce  seront  à  contraindre,  et  pour  ce  faire  toy  dit  huissier 
faira  tous  actes  et  exploits  de  justice  requis  et  nécessaires  de 
ce  faire  te  donnons  pouvoir  ;  en  témoin  de  quoy  nous  avons 
fait  mettre  et  apposer  le  scel  de  notre  chancellerie  à  ces  dittes 
présentes.  Donné  à  Grenoble  en  Parlement,  les  chambres  ex- 
traordinairement  assemblées,  le  seize  septembre  Tan  de  grâce 
mil  sept  cent  soixante  neuf  et  de  notre  règne  le  cinquante  cin- 
quième. Par  la  cour  :  Laporte  (?). 

A  la  suite  du  document  on  lit  la  note  des  droits  qui  s'élève  à  i  SaS  livres 
9  sous  6  deniers. 

Le  conseiller  Du  Cheylas  méritait,  selon  la  juridiction  du  xvin*  siècle, 
doublement  la  mort,  d'abord  comme  duelliste,  puis  comme  homicide 
avec  guet-apens.  Aussi  lui  appliqua-t-on  le  supplice  de  la  roue  édicté  par 
une  ordonnance  de  Henri  II,  de  iSSy,  contre  les  meurtres  et  homicides 
de  guet-apens (i). 

Citons,  pour  bien  montrer  la  différence  des  peines,  deux  condamna* 
tions  prononcées  à  la  même  époque  contre  un  duelliste  et  un  meur- 
trier. 

En  1763  Vive  PAmour,  cavalier  au  régiment  de  Çonti,  est  pendu 
pour  avoir  tué  en  duel  un  cavalier  en  garnison  à  Gray. 

En  1778  Pierre  Labrouille  est  condamné,  pour  assassinat  avec  pré- 
méditation, <c  à  avoir  les  bras,  jambes,  cuisses  et  reins  rompus  vife, 
puis  à  être  exposé  sur  une  roue,  la  £aice  tournée  vers  le  ciel,  jusqu'à  ce 
que  mort  s'ensuive  (2J.  » 

(i)  Les  pénalités  anciennes^  par  Charles  Desmtze;  Paris,  Pion,  1866,  in-8,  p.  78. 
(2)  Curiosités  des  anciennes  justices  d*après  leurs  registres,  par  Charles  Desmaie  ; 
Paris,  Pion,  1867,  in-8,  p.  340. 


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VENTE  D^UNE  PIÈCE  DE  PRÉ 

SITUÉE  PRÈS  SAINT-JEAN  DE  LOSNE 
1274 


Acte  de  janvier  1278  (1274,  n.  s.)  par  lequel  Gniet  de  Saint-Jean  de 
Losne  vend,  par  devant  le  curé  et  les  échevins  du  dit  Saint-Jean  de 
Losne,  à  Laurent,  fils  de  feu  Gautier,  une  pièce  de  pré  sise  en  la  prairie 
de  Saint-Jean  et  de  Saint-Eusèbe,  moyennant  vingt-sept  sous  forts  de 
Dijon. 

Voici  le  texte  et  la  traduction  de  ce  document  ;  nous  appelons  Tatten- 
tioD  des  linguistes  sur  certaines  formes  de  noms  propres  contenues 
dans  cette  charte. 

In  nomme  Domini  amen^  anno  incaraationis  ejusdem 
M*  ce*  Lxx*  tertio  mense  januarii ,  ego  Groetus  de  Sancto 
Johanne  juxta  Laudonam  notum  £ado  omnibus  presentibus  et 
fiituris  quod  ^o,  pro  utilitate  et  neccessitate  mea,  laude  et  con- 
sensu  Gualie,uxoris  mee,  Arguae  et  Mariete,  fiiiarum  mearum, 
vendidi,  tradidi,  concessi  et  quitavi  in  hereditatem  perpetuam 
Larentio,  filio  quondam  Valterii,  et  ejus  heredibus,  vendidi,  tra- 
didi, cocKessi  et  quitavi  in  hereditatem  perpetuam  unam  pedam 
prati  continentem  drdter  mediam  secturam  prati  sitam  in 
preeria  de  Sanao  Johanne  et  de  Sancto  Eusebio  ubi  dicimr  en 
pré  Borjon  juxu  pratum  Terrid  dicti  Paquer  ex  una  parte,  et 

TOME  III.  4 


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26  REVUE  DES  DOCUBIENTS  HISTORIQUES 

juxta  pratum  Vionis  dicti  Noire  de  Sancto  Johanne,  ex  altéra^ 
scilicet  pro  predo  vinginti  septem  solidorum  fcntium  Dsrvio- 
nensium  de  quibus  ego  recepi  et  habui  a  diao  Laureniio  per- 
fectum  et  legitimum  pagamentum  in  pecunia  numerata«  Et 
propter  hoc  ego  de  dicta  pecia  prati  omnino  devestiens  predic- 
tum  Larentium  et  ejus  heredes  corporaiiter  investivi.  Insuper 
ego  predictus  Groetus,  Gualie,  uxor  sua,  Arguae  et  Marieta, 
fiiie  ejusdem,  tenemur  et  promittimus  per  juramentum  nostnim 
prestitum  corporale  super  sancta  Deî  evangelia,  pro  nobis  et 
nostris  heredibus,  quos  nos  ad  hoc  obiigamus,  dictam  pedam 
prati  dicto  Larentio  et  ejus  heredibus  semper  et  ubique  garan- 
tire  et  nos  opponere  pro  eis  in  omni  curia  et  respundere  propter 
hoc  contra  omnes  personas,  quodenscunque  super  hoc  fiierimus 
requisiti,  et  conservare  indempnes  si  qui  calumpniatores  appa- 
rerent,  quod  absit,  et  in  nuUo  contraire  de  cetero  per  nos  vel 
per  alios,  verbo,  faao  vel  consensu  seu  ratione  qualibet  quae 
jure  canonico  et  civili  contra  predicta  posset  obid  seu  did.  In 
cujus  rd  memoriam  et  testimonium  ego  Haymo,  curatus  ec- 
desie  Sancti  Johannis,  et  nos  Henricus,  filius  Acon,  clericus, 
Bisundus  Oylerius,  Andréas  Borrelerius  et  Petrus  li  Ayvrous, 
tune  ville  Sancti  Johannis  juxta  Laudonam  scabini  et  jurati,  ad 
requisitionem  parcium  litteris  istis  sigilla  nostra  apposuimus, 
scilicet  nos  predicti  scabini  apposuimus  sigillum  'communie 
dicte  ville  Sancti  Johannis.  Actum  anno  et  mense  predictis. 

Au  nom  du  Seigneur  amen.  L'an  de  l'incarnation  dudit  Seigneur 
M  ce  Lxx  trois,  au  mois  de  janvier,  je  Gruet  de  St-Jean  de  Losne,  savoir 
fais  à  tous  présents  et  à  venir  que  je,  pour  mon  utilité  et  nécessité,  avec 
l'approbation  et  le  consentement  de  Gualie,  ma  femme,  d'Argué  et 
de  Mariete,  mes  filles,  j'ai  vendu,  délivré,  concédé  et  quitté  en  toute 
propriété,  à  Laurent,  fils  de  feu  Gautier,  et  à  ses  héritiers,  une  pièce 
de  pré,  contenant  environ  une  demi-£auchée  de  pré  (i),  sise  en  la  prairie 
de  S^-Jean  et  de  St-Eusèbc,  au  lieu  dit  en  pré  Borjon  près  le  pré  de 

(t)  Sectura  prati  est  Téquivalent  âefalcata  pratijun^  fauchée  de  pré  désignait  l'étendue 
de  terrain  qu*uo  homme  pouvait  faucher  dans  la  journée. 


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VENTE   d'une   pièce  DE  PRÉ  27 

Thierry,  dit  Paquer,  d'une  part,  et  près  le  pré  de  Guyon,  dit  Noire  de 
St-Jean,  d'autre  part;  à  savoir  pour  le  prix  de  vingt-sept  sous  forts  de 
Di)on,  dont  j'ai  reçu  et  eu  dudit  Laurent  partit  et  légitime  paiement  en 
argent  comptant.  Et  à  cause  de  ce,  je  de  ladite  pièce  de  pré  (me)  dévé- 
tissant  entièrement  ai  investi  corporellement  le  susdit  Laurent  et  ses 
héritiers.  En  outre,  je  susdit  Gruet,  Gualie,  ma  femme.  Argue  et 
Manete,  mes  filles,  nous  sommes  tenus  et  promettons  par  notre  ser- 
ment corporel  prêté  sur  les  S^  Evangiles  de  Dieu,  pour  nous  et  nos  hé- 
ritiers, que  nous  obligeons  à  ce,  de  garantir  toujours  et  partout  cette 
pièce  de  pré  audit  Laurent  et  à  ses  héritiers,  et  de  nous  porter  garant  pour 
eux  en  toute  G>ur,  et  de  répondre  à  cause  de  ce  contre  toutes  personnes, 
autant  de  fois  que  sur  ce  en  aurons  été  requis,  et  de  les  maintenir  in- 
demnes si  quelqu^un  leur  intentait  une  action,  ce  qu'à  Dieu  ne  plaise,  et, 
du  reste,  n'aller  en  rien  à  rencontre  par  nous  ou  par  d'autres,  en  parole, 
en  action,  ou  par  consentement^  ou  par  quelque  cause  que  ce  soit,  qui 
par  droit  canonique  et  civil  pÛt  être  objectée  ou  dite  contre  les  choses 
susdites.  En  mémoire  et  témoignage  de  quoi,  je,  Haymon,  curé  de 
Féglise  de  St-Jean,  et  nous,  Henri,  fils  d'Acon,  clerc,  Bisunce  Lhuil- 
lier,  André  Lebourrelier,  et  Pierre  le  Ayvrous,  à  présent  échevins  et 
jurés  de  la  ville  de  S^-Jean  de  Losne,  à  la  requête  des  parties,  avons  à 
ces  lettres  apposé  nos  sceaux,  à  savoir,  nous  échevins  susdits,  avons 
apposé  le  sceau  de  la  commune  de  ladite  ville  de  SWean.  Fait  Tan  et 
le  mois  susdits. 

La  charte  est  munie  des  sceaux  du  curé  et  de  la  commune  de  Salnt- 
Jean-de-Losne  avec  les  légendes  suivantes  : 

/  ^  CVRATI  SCI  mus  LAVDVNE 
-♦-  S    CONMVNIE    SCI     lOHANIS 


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SOULÈVEMENT  DE  LA  VENDÉE 

Mars  1793 


Le  10  mars  1793,  à  la  nouvelle  de  la  levée  extraordinaire  décrétée  par 
la  Convention,  une  insurrection  éclata  dans  TAnjou.  Le  même  jour, 
les  paysans  du  Marais  se  soulevèrent  et  s'emparèrent  de  Machecoul.  Le 
directoire  du  département  de  la  Vendée  prit  aussitôt  des  mesures  pour 
réprimer  les  troubles.  A  Fontenay-le-Comte  le  mouvement  fut  étou£Eë, 
mais  l'insurrection  gagna  les  campagnes  de  Clisson,  de  Châtillon,  de 
Bressuire  (i).  Une  bande  conduite  par  le  perruquier  Gaston  occupa,  le 
i5  mars,Challans  dont  les  administrateurs  s'étaient  réfugiés  aux  Sables^ 
puis  Chantonnay.  Le  général  Marcé  marcha  contre  les  insurgés,  mais 
ses  troupes,  surprises  au  milieu  des  marais  par  les  paysans,  furent  mises 
en  déroute  le  19  mars.  Cest  dans  ces  graves  circonstances  que  les  admi» 
nistrateurs  des  districts  de  Challans  et  des  Sables,  alarmés  du  récent 
triomphe  des  rebelles  qui  les  menaçaient  de  si  près,  écrivirent  au  mi- 
nistre de  la  guerre  la  lettre  suivante  pour  exposer  la  situation  de  la 
Vendée  et  demander  un  prompt  secours  : 

Les  Sables,  le  23  mars  1793 
Tan  2*  de  la  République. 

Les  adniinistrateurs  des  districts  de  Qiallans  et  des  Sables, 
réunis  au  conseil  général  de  la  commune  de  la  dite  ville  et  au 
conunissaire  du  département  de  la  Vendée, 

Au  citoyen  ministre  de  la  guerre. 

Les  administrateurs  du  département  de  la  Vendée  ne  sont 
pas  maintenant  à  vous  prévenir  de  Tinsurrection  qui  s^est  ma- 
nifestée les  premiers  Jours  de  ce  mois  dans  un  coin  de  notre 
ressort,  suite  de  celle  de  Machecoul.  Certe  nos  supérieurs  n'ont 
pas  oublié  de  vous  en  instruire  et  nous  sommes  convaincus  que 

(i)  Cf.  Histoire  de  la  Révolution  française  par  Louis  BItnc,  t.  VIII,  p.  191  et  sut.  Le 
récit  du  soulèvement  de  U  Vendée  a  été  fait  d'après  les  docomeats  originaux  que  possède 
M.  Benjamin  Fillon. 


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SOULEVEMENT  DE  LA  VENDÉE  2g 

ces  ravages  ont  fait  le  principal  objet  de  la  correspondance  des 
commissaires  de  la  Convention  départis  dans  ce  département. 

Le  feu  de  cette  insurrection  allumé  sur  les  limites  du  dé- 
partement de  la  Loire  inférieure  a  percé  dans  celui  de  la  Ven- 
dée. Nous  avons  fait  tous  nos  efforts  pour  Téteindre,  mais  en 
vain.  L^incendie  en  fort  peu  de  temps  a  fait  des  progrès  rapides 
et  désastreux,  elle  embrase  maintenant  tout  le  département. 
Nos  malheurs  sont  incalculables  ;  nous  avons  à  regreter  et  en 
grand  nombre  des  hommes  utiles  devenus  les  victimes  des 
poignards  éguisés  par  le  fanatisme  religieux  et  nobilier  :  k 
souvenir  nous  déchire  le  cœur. 

Vous  peindre  notre  position  présente  est  pour  le  salut  de  la 
République  un  tableau  indispensable.  Vingt  cinq  lieues  de 
côtes  sont  occupés  par  plusieurs  hordes  de  brigands.  Dans  cette 
étendue  sont  pluzieurs  petits  ports  intéressants,  tels  que  ceux 
de  Fromantine  et  Saint-Gilles  sur  Vie,  soit  pour  se  préparer 
une  fuite  ou  donner  l'entrée  aux  émigrés  ou  tout  autre  ennemi 
de  la  patrie.  Nous  ne  doutons  nullement  que  la  ville  des  Sables 
ne  soit  l'objet  de  convoitise  des  insurgés;  sa  position  favorise- 
rait on  ne  peut  mieux  leurs  projets  ;  son  port  une  fois  à  leur 
possession  deviendrait  à  l'instar  des  isles  de  Jersey  et  Gueme- 
sey  Tassemblage  des  corsaires  qui  seroient  dans  le  cas  d^inter- 
cepter  tout  le  commerce  du  golfe  de  Gascc^e  ;  cette  place,  avec 
des  fortifications,  est  un  azile  à  se  maintenu-  long  temps,  il  n'y 
a  que  le  bombardement  qui  pourait  aisément  débusquer  Ten- 
nemi. 

Qtoyen  ministre,  depuis  vingt  jours  nous  sommes  en  guerre; 
abandonné  à  nous-même,  sans  armes,  sans  munitions  et  pres- 
que sans  forces,  à  la  rézerve  de  cinq  cents  hommes  de  Tisle  de 
Rhé  qui  ont  eu  la  générosité  de  voler  à  notre  secours  et  qui 
font  notre  prindpalle  défense,  il  est  difficile  de  sortir  de  Tétat 
d'esclavage  où  nous  nous  trouvons  ;  touttes  communications 
avec  Nantes,  Challans,  Machecoul  et  Fontenay,  nous  sont 
couppées^  et  sans  espoir  de  pouvoir  les  ouvrir,  si  nous  ne 


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30  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

sommes  promptement  secourus.  Enveloppés  de  dnq  i  six 
armées  de  ces  scélérats  composées  d'émigrés,  de  prêtres  dé- 
portés, d'aristocrates  du  pays  et  des  paysans  égarés,  présentent 
une  force  formidable  tant  par  le  nombre  que  par  des  retran- 
chements;  Timpossibilité  où  nous  sommes  de  pouvoir  les  attar 
quer  nous  fait  craindre  que  la  famine  n'augmente  le  poid  de 
nos  malheurs. 

Nous  nous  dispenserons  de  vous  fatiguer  les  oreilles  du  rédt 
des  atrocités  et  des  actes  de  brigandages  qu'ont  exercés  ces 
monstres  sur  les  patriotes  des  contrées  qu'ils  ont  conquises.  La 
vie  des  femmes  et  des  enfants  en  bas  âge  n'a  pas  été  respectée. 

Qtoyen  ministre,  nous  avons  juré  de  vivre  libre  ou  mourir. 
Cette  devise  est  bien  gravée  dans  nos  cœurs,  mais  avec  le  peu 
de  forces  que  nous  avons  dans  nos  murs,  nous  voyons  avec  la 
plus  vive  douleur  ne  pouvoir  résister  long  temps. 

Nous  vous  le  répétons,  la  conquête  entière  de  ce  riche  dé- 
partement dépend  presque  dans  la  ville  que  nous  défendons. 
Venés  promptement  à  notre  secours  ;  le  péril  est  imminent. 

Gourdon.  —  Benoist, —  Robert,  administrateur  des  Sables. 
—  Miourain,  vice-président  du  district  de  Challans.  —  Merlet, 
administrateur  de  Challans.  —  Bermond,  administrateur  des 
Sables.  —  Merland,  premier  S3nidic  de  Challans.  —  Merle- 
reau  (?),  administrateur  des  Sables.  —  Biret,  premier  syndic 
des  Sables.  —  P.  Gaudin  jeune,  maire  des  Sables.  —  ChevaJ- 
lereau,  officier  municipal.  -^  Gillet  (?),  commissaire  du  dépar- 
tement. 

Le  29  mars,  vendredi  de  la  semaine  sainte,  dix  mille  paysans  vendéens 
vinrent  attaquer  les  Sables  et  bombardèrent  la  ville  à  boulets  rouges. 
Les  Sablais  se  défendirent  vigoureusement,  et,  profitant  du  désordre 
causé  parmi  les  assi^eants  par  Texplosion  de  deux  barils  de  poudre, 
sortirent  de  la  place  et  mirent  en  fuite  les  paysans,  après  en  avoir  mas- 
sacré un  grand  nombre  (i). 

(i)  Cf.  Louis  Blanc,  qui  a  raconté  ces  faits  d'après  tes  Mémoires  manuscrits  de  Mercier 
du  Rocher,  qoi  sont  entre  les  mains  de  M.  Benjamin  Fillon. 


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ENTRÉE  DE  CHARLES  V  A  SAINT-DENIS 

Mai  i364 


Les  obsèques  du  roi  Jean  ayant  eu  lieu  à  Saint-Denis  le  7  mai  1 364^ 
Charles  V  se  rendit  à  Reims  où  il  fut  couronné  le  19  mai  avec  sa 
femme  ;  puis  il  revint  à  Paris,  en  s'arrêtant  à  Saint-Denis.  La  quittance 
suivante  (i)  témoigne  de  la  somme  payée  pour  élargir  et  mettre  en  état 
la  porte  principale  de  Féglise  de  Saint- Denis  par  où  le  Roi  fit  son  entrée. 

Mathieu  Brunen,  maçon,  demeurant  à  Saint  Denis  en  France, 
confesse  avoir  eu  et  receu  de  honorable  homme  et  sage  maistre 
Edouart  Tadelin,  paieur  des  euvres  de  l'entrée  de  l'église  Saint 
Denis  par  où  le  Roy  est  entrez,  sezc  frans  d'or  du  coing  du  roy 
Jehan  nostre  sire  que  Dieux  absoille,  pour  despecier  Pentrée 
de  la  maistre  porte  de  la  dicte  église  par  où  le  Roy  est  entrez 
au  venir  de  son  sacre  et  pour  le  reflFaire  et  mectre  à  point.  De 
la  quele  sonmie  ledit  Mahieu  se  tient  pour  content  et  à  bien 
paiez,  etc.,  quîcte  de  ce  le  Roy  nostre  sire  et  le  dit  maistre 
Edouart  et  tous  autres,  etc.,  et  promet  non  venir  contre,  etc., 
tous,  etc.,  obligeant,  etc.  Fait  Tan  mil  ccc  lxhii  le  samedi 
premier  jour  de  juing. 

Ph.  Duvivier. 

(t)  BibJ.  nat.,  quittances,  t.  XV,  pièce  18* 


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LE  CARDINAL  DE  RICHEUEU 


Acte  par  lequel  Georges  de  Brancas,  marquis  de  Villars,  vend  au 
Roi,  représenté  par  le  cardinal  de  Richelieu,  surintendant-général  de  la 
navigation,  un  vaisseau  appelé  le  Bon  Secours,  moyennant  6000  livres 
tournois.  Voici  le  texte  de  ce  document  : 

Fut  présent  en  sa  personne  messire  Georges  de  Brancàs^ 
chevalier,  marquis  de  Villars,  lieutenant-général  pour  sa 
Majesté  au  gouvernement  de  Normandie,  estant  de  présent  à 
Paris  logé  es  faulxbourgs  Saint-Honoré  parroisse  Saint-Roch, 
lequel  a  recongneu  et  confessé  volontairement  avoir  vendu^ 
quicté  et  délaissé,  vend,  quicte  et  délaisse  par  ces  présentes  au 
Roy  nostre  souverain  seigneur^  le  acceptant  par  Monseigneur 
Tillustrissime  et  révérendissime  Cardinal  de  Richelieu,  grand 
maistre,  chef  et  surintendant  général  de  la  navigation  et  com- 
merce de  France,  gouverneur  pour  Sa  Majesté  de  la  ville  du 
Havre  de  Grâce,  en  vertu  du  pouvoir  à  luy  donné  par  sa  dicte 

Majesté  en  date  de (i),  à  ce  présent  et  acceptant, 

ung  vaisseau  appelle  le  bon  secours,  du  port  de  deux  cens  ton- 
neaux ou  environ,  garny  de  ses  cables,  voilles,  ancres  et  autres 
apparaux,  mousquets,  picques,  avec  six  canons  de  fer  couUé, 
servans  au  dict  vaisseau,  que  le  dict  seigneur  de  Villars  pro- 
mea  fournir  et  livrer  es  mains  de  Monsieur  le  G>mmandeur 
de  La  Porte  en  la  présence  du  contrôleur  général  de  la  marine 
ou  son  commis  dans  six  sepmaines  prochaines,  dont  sera  faict 
inventaire  lors  de  la  dicte  délivrance  pour  en  faire  et  disposer 

(i)  La  date  est  restée  en  blanc. 


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LE  CARDINAL  DE  KICHELIEU 


33 


F 


1 


4 


•^ 


II 


TOME  m. 


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34  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

par  sa  dicte  Majesté  ainsy  que  bon  luy  semblera.  Geste  vente 
faicte  moyennant  la  somme  de  six  mil  livres  tournois  que  mon 
dict  seigneur  Cardinal  en  promect  faire  payer  comptant  au  dict 
seigneur  de  Villars  par  le  trésorier  de  la  marine  de  Ponant  de 
présent  en  exercice,  promettant,  obligeant^  remettant,  etc. 
Faia  et  passé  par  mon  dict  seigneur  Cardinal  avant  midy  Tan 
mil  six  cent  vingt  sept  le  vingt  neufviesme  jour  d'avril  en  son 
hostel  et  par  le  dict  seigneur  de  Villars  en  son  hostel  le  vingt 
ung*  may  ensuivant  au  dit  an. 

Armand  Card.  de  Richelieu. 
George  de  Branquas. 
Ogier.  De  Beauvais. 

Par  quictance  passée  par  devant  Ogier  &t  De  Beauvais,  Tun 
des  notaires  soubzsignez,  le  vingt  neufiesme  juillet  uvi^  vingt 
sept,  apert  noble  homme  André  Patelé,  cy  devant  trésorier  de 
la  marine  de  Ponant,  avoir  payé  à  M'*  Georges  de  Branquas, 
marquis  de  Villars,  les  six  mil  livres  tournois  que  monseigneur 
le  cardinal  de  Richelieu  luy  avoit  promis  faire  payer  par  le 
trésorier  de  la  marine  pour  le  vaisseau  du  bon  secours  men- 
tionné au  marché  cy  dessus  et  délivré  par  escript,  laquelle 
quiaance  aux  fins  du  présent  escript  a  esté  représentée  aux 
notaires  soubzsignez  par  le  dia  s'  Patelé  ce  jourdhuy  premier 
mars  mil  six  cens  trente  trois  et  à  luy  à  Tinstant  rendue. 

Patelé. 
Morel.  De  Beauvais, 

Nous  reproduisons  en  fec-simile  les  signatures  du  cardinal  de  Riche- 
lieu et  du  marquis  de  Villars,  ainsi  que  deux  renvois  paraphés  par  le 
cardinal. 

Cette  pièce  m'est  communiquée  par  Monsieur  le  Marquis  de  Ju- 
milhac. 


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CONCESSION  DE  PLACE  DU  BANC  D 'ŒUVRE 

DANS  l'ÉGUSE  saint- PAUL  A   PARIS 
1706 


Nous  Marguillicrs  de  Tœuvre  et  fabrique  de  l'église  Saint- 
Paul  à  Paris,  ayant  égard  à  ce  qui  nous  a  été  représenté  par 
Monsieur  Delpéche,  conseiller  secrétaire  du  Roy,  receveur 
générai  des  finances  d'Auvergne  et  fermier  général  de  Sa  Ma- 
jesté, que  Monsieur  le  Marquis  de  CaiUy  luy  a  le  dix-huit  juillet 
dernier  ceddé  et  délaissé  la  jouissance  d'un  ban  à  quatre  places 
du  costé  de  l'œuvre  numéroté  2,  3,  4  et  5,  et  qui  avoit  esté 
conceddé  audit  sieur  de  Cailly  par  nos  prédécesseurs  mar- 
guilliers,  veu  la  concession  dudit  sieur  marquis  de  Cailly,  avons 
conceddé  et  accordé,  conceddons  et  accordons  par  ces  présentes 
à  mondit  sieur  Delpech  ledit  banc  pour  en  jouir  pour  luy  et 
Messieurs  ses  enfans  tant  et  si  longuement  qu'ils  demeureront 
sur  laditte  parroisse,  tout  ainsy  que  ledit  sieur  marquis  de 
Cailly  en  a  jouy  ou  deub  jouir,  en  considération  de  quoy 
Monsieur  Delpesche  a  fait  présent  à  l'oeuvre  de  la  somme  de 
deux  cents  livres,  laquelle  a  esté  mise  ès-mains  de  M.  Geoffroy 
faisant  la  recepte,  et  outre  à  la  charge  de  payer  six  livres  de  re- 
devance par  chacun  an  audit  œuvre,  dont  le  premier  payement 
échera  au  dernier  décembre  prochain.  En  foy  de  quoy  nous 
avons  signé  ces  présentes  et  fait  mètre  et  apposer  le  scel  des 
armes  de  laditte  église.  Fait  au  bureau  dudit  œuvre  le 
quatorzième  jour  de  septembre  mil  sept  cent  six. 

Suaire. 

Le  Mar^  de  Boufflers.  Noblet. 

Geoftoy. 


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JEAN  LEMAIRE  DE  BELGES 


Jean  Lemaire  (ij  naquit  à  Bavai,  dans  le  Hainaut,  vers  1473  (a).  Il 
était  neveu  de  Jean  Molinet  (3),  qui  fut  à  la  fois  son  précepteur  et  son 
protecteur  (4].  En  1498  il  habiuit  Villefranche  en  Beaujolais  comme 
«  clerc  des  finances  au  service  du  Roi  et  de  Monseigneur  le  bon  duc 
Pierre  de  Bourbon  (5)  ».  Cest  à  la  louange  de  ce  prince,  mort  le 
8  octobre  i5o3,  qu'il  composa,  Tannée  suivante,  son  premier  livre. 
Le  Temple  d'Honneur  et  de  Vertus  (6).  Lemaire  fut  quelque  temps 
précepteur  des  enjoints  d*un  gentilhomme  bourguignon,  M.  de  Balleurre, 
puis  devint  secrétaire  de  Louis  de  Luxembourg,  comte  de  Ligny;  ce 
seigneur  mourut  le  3i  décembre  i5o3,  et  Lemaire  entra  au  service 
de  Marguerite  d'Autriche,  fille  de  l'empereur  Maximilien  I**",  par  la 
protection  de  son  oncle,  alors  bibliothécaire  de  cette  princesse  (7].  11 
portait  le  titre  d'indiciaire  et  historiographe;  Molinet  étant  mort  en 
i5o7,  Lemaire  lui  succéda  dans  la  charge  de  bibliothécaire.  Cest  en 

(i)  Cest  rortbographe  adoptée  par  Lemaire  dans  ses  lettres.  Dans  Its  ouvrages  imprimés 
800  nom  est  écrit  Le  Maire  oa  le  Maire. 

(a)  Daos  la  dédicace  de  ses  Illustrations  de  Gaule  Lemaire  dit  qvH  a  commencé  ce  Uvre 
en  i5oo,  à  l'âge  de  37  ans  environ. 

(3)  Les  prénoms  de  Molinet  et  ^  Lemaire  étant  semblables,  il  est  probable  que  Lemaire 
était  le  filleul  de  son  oncle. 

(4)  Lemaire  prend  le  titre  de  disciple  de  Molinet  dans  son  premier  ouvrage,  Le  TempU 
d'Honneur  et  de  Vertus, 

(5)  Pierre  de  Beanjeu,  mari  d*Anne  de  France,  fille  de  Louis  XL  II  était  duc  de  Bourboo 
depuis  la  mort  de  son  frire  Jean  11  (i«r  avril  1488). 

(6)  Cf.  la  description  de  ce  volume  dans  le  Manuel  du  Libraire  de  Brunet 

(7)  Cf.,  pour  les  deuils  biographiques,  Recherches  sur  la  pie  et  les  ouvrages  de  Jean 
Le  Maire  par  l'abbé  Sallier  {Mémoires  de  l^ Académie  des  Inscriptions,  t.  XIII,  p.  593),  et 
Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  littéraire  des  dix-sept  provinces  des  Pays-Bas,  de  la 
principauté  de  Liège,  et  de  quelques  contrées  voisines  (par  Paquot);  Lonviin.  1765»  3  toI. 
in-fol.,  1. 1,  p.  331. 


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JEAN  LEMAIRE  DE  BELGES  ij 

cette  qualité  qu'il  écrivit  (i)  la  lettre  suivante  à  Marguerite  d'Autriche 
avec  cette  suscription  :  «  A  Madame,  ma  très  redoubtée  dame  »  (2). 

Madame,  depuis  peu  de  jours  en  ça  Mons""  m"  Loys  Baran- 
gier  vous  fit  requeste  pour  moy  que  vostre  bon  plaisir  fiist  me 
donner  doresenavant  mon  séjour  ordinaire,  provision  et  rési- 
dence en  vostre  conté  de  Bourgoigne  et  mesmement  en  vostre 
ville  de  Dole,  à  cause  de  Testude  et  université,  laquelle  re- 
queste il  vous  a  pieu  me  ottroyer,  comme  ledit  s'  m'a  dit,  dont 
Je  vous  mercije  le  plus  humblement  que  faire  puis,  vous  sup- 
pliant, Madame,^  que  vostre  bon  plaisir  soit  le  confermer  et 
ratiflBjer  par  ordonnance  expresse,  estât  et  appoinctement  sur 
ce,  tel  qu'il  vous  plaira  et  par  voz  lettres  patentes. 

Mais  afiSn,  Madame,  que  vostre  excellence  entende  plus  à 
plain  les  causes  motifves  de  madicte  requeste,  lesquelles  par 
aventure  pourroient  estre  interprétées  sinistrement  et  souspe- 
çonnées  d'inconstance,  plaise  vous  les  entendre  benignement  par 
ceste  escripture,  laquelle  m'est  plus  ydoine  (3)  que  le  parler. 

Madame,  feu  monseigneur  de  Ligny,  mon  maistre,  que  Dieu 
par  sa  grâce  absoille,  de  son  propre  mouvement  avoit  assigné 
mon  lieu,  avec  estât  compétent  et  prommesse  de  la  première 
prébende  vacante,  en  sa  ville  de  Ligny,  disant  que  le  repos 
m'estoit  nécessaire  pour  mieubc  labourer  (4),  et  le  bruit  conti- 
nuel de  court  contraire. 

A  l'exemple  de  quoy.  Madame,  tantost  après  que  je  fuz  venu 
en  vostre  service,  pour  la  première  supplication  que  je  vous 
feiz,  ce  fut  d'avoir  mon  séjour  en  quelque  lieu  solitaire,  et  vous 
le  m'accordastes  en  la  ville  d' Annessy  en  Savoie.  Pareillement 
au  premier  voyaige  d'AUemaigne  je  le  demanday  à  Besen- 
son,  et  depuis  que  fustes  de  retour  par  deçà  je  vous  fiz  requeste 
de  mesmes  pour  me  tenir  à  Louvain,  à  cause  de  l'université. 

(i)  La  lettre  est  sans  date,  mais  elle  doit  être  de  peu  antérieure  i  la  première  édition  des 
Rhtstrations  de  Gaule  qui  fut  imprimée  à  Lyon  en  iSog. 
(3)  Je  possède  actoeilement  l'original  de  cette  pièce. 
PI  Du  ktin  idaueus,  coorenable. 
M  TwvMOcr,  de  tabarare. 


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38  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Mais  puis  que  ces  choses  n'ont  point  sorty  leur  efifect,  se  je  re- 
quiers présentement  ma  résidence  finalle  en  vostre  pays  de 
Bourgoigne,  plaise  vous  non  le  imputa  à  la  légiéreté  maïs  i 
vraye  raison  fondée  en  expérience. 

Car,  Madame,  j'ay  expérimenté  que  la  manière  de  vivre  de 
par  deçà  me  seroit  trop  reculant  mon  estude  et  tn^  plus  cous- 
tengeuse  (i)  que  mon  estât  ne  le  sçauroit  porter. 

Oultre  plus,  Madame,  j'ay  trouvé  pour  certain  que  nul  n'est 
prophète  en  son  pays,  car,  comme  il  appert,  j'ay  receu  par 
deçà  trop  de  malheurs,  oultraiges,  envies  et  scandales,  i  la 
grand  dampnation  de  ceulx  qui  les  ont  faulsement  controuvez, 
lesquelz  sont  si  très  lasches  que  ce  qu'ilz  disent  en  mon  absence, 
oncques  n'en  osèrent  sonner  mot  en  ma  présence,  combien  que 
je  me  soye  offert  à  toute  espreuve  et  aye  procédé  contre  eulz 
par  voye  juridicque,  et  néantmoins  j*ay  bien  cogneu  que  par 
longue  et  fréquente  détraction  de  mesc^sans  on  peut  bien  estre 
esloigné  de  benivolence. 

Là  où  au  contraire,  es  marches  drconvoisines  de  Boui^oigne, 
c'est  assavoir  Lyonnois  et  Bourbonnois,  où  ma  petitesse  s'est 
premièrement  eslevée  (2),  j'ay  toujours  trouvé  amisdé,  crédit, 
faveur,  recueil  et  humanité,  autant  ou  plus  que  nul  autre  jeune 
estrangier,  conme  scevent  pluiseurs  gens  de  bien  de  vostre 
maison,  voire  et  telle  renommée  et  estimation,  ce  que  sans  van- 
tise  je  puis  dire,  que  de  toutes  choses  venans  de  ma  main, 
mesmes  faisans  à  vostre  louenge  et  à  leur  désavantaige,  ilz  en 
font  sans  comparaison  plus  grand  feste  que  ceulx  de  par  deçà, 
excepté  ceulx  de  vostre  maison,  et  en  ont  ou  désirent  avoir  les 
doubles,  ou  par  escript,  ou  par  impression,  tant  es  cours  de 
leurs  princes  comme  ailleurs;  laquelle  chose  me  donne  tous- 
jours  couraige  de  mieulx  faire,  car,  comme  on  dit  en  proverbe 
latin  :  Honneur  nourrit  les  sciences,  et  sont  les  hommes  espris 
de  bien  faire  pour  avoir  renommée. 

(I)  Coûteuse. 

(3)  Lemaire  tTait  été  clerc  da  dac  de  Boorboo  à  ViUefrancbe  en  Benfctais. 


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JBAN  LEMÂIRE  DE  BELGES  Sg 

Parquoy,  Madame,  ce  n'est  pas  merveille  se  j'ay  plus  grand 
apparence  de  demander  ma  retraicte  en  vostre  pays  de  Bour- 
goigne  que  ailleurs.  Joinct  à  ce  que,  oultre  toutes  les  chose 
dessus  diaes,  vous  ferez  euvre  méritoire  envers  Dieu,  car  du 
bien  que  vous  me  faictes.  Madame,  j^en  fay  pardcipans  deux 
petiz  nepveux  de  bon  esperit  que  j'ay  recueilliz  et  que  je  tiens  à 
TescoUe  à  mes  despens,  délaissez  comme  orphenins  de  mon 
frère  aisné,  leur  oncle,  lequel  est  derrenièrement  mort  bon 
gentdarme  en  vostre  service  en  la  guerre  de  Gheldres,  soubz  la 
charge  deMons'  d'Aymeries  (i),  lesquelz  deux  jeunes  enfans  et 
leurs  povres  parentz  prieront  Dieu  tousjours  pour  vostre  bonne 
santé  et  prospérité. 

Et  afiBn,  Madame,  que  vostre  bénignité  entende  quelz  eu- 
vres  j'ay  en  main  commencées  mais  imparfaiaes  par  faulte  de 
séjour,  toutes  intitulées  à  vostre  haultesse,  et  dont  vous  avez 
veu  les  aucunes  mais  les  autres  non,  j'en  ay  icy  noté  les  tiltres  : 

Le  deuxiesme  livre  de  la  couronne  margariticque,  lequel  est 
tout  minuté;  ne  reste  que  le  mettre  au  net 

Les  trois  livres  des  singularitez  de  Troye,  qui  sont  à  corriger 
et  parfaire,  lesquelz  j'espère  de  brief,  s'il  vous  plet,  faire  im- 
primer à  Lyon,  car  tout  le  monde  les  demande. 

La  forte  haye  du  vergier,  qui  sera  la  première  expédiée,  se 
Dieu  plet. 

L'abrégé  de  voz  cronicques  et  continuation  d'icelles,  qui  ne 
se  peut  faire  synon  par  temps. 

Ce  sont  les  choses  prindpalles  qui  désirent  la  première  expé- 
dition. 

Et  oultre  plus  autres  choses  qui  s'ensuivent  si  comme  : 

Le  commencement  du  palaix  d'honneur,  lequel  est  de  vostre 
propre  invention  et  primitive  ordonnance  et  que  premier  me 
commandastes  à  Thurin,  lequel  je  feray  venir  cy  après  au  pro- 
pos de  la  couronne  margariticque. 

{i)  Louis  de  RoUin,  seigneur  d'Aymeries.  (Cf.  Correspondance  de  l'empereur  Maximi- 
lienh*  et  de  Marguerite  d'Autriche,  publ.  par  Le  Glay,  1. 1,  p.  a.) 


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JEAN  LEMAIRE  DE  BELGES  4I 

Ua  bc  mondain. 

Le  navigaige  des  Indes  nouvellement  trouvé,  que  j'ay  na- 
guières  recueilly  par  plusieurs  pièces  en  Ytalie,  sans  perdre 
temps. 

La  généalogie  de  vostre  maison  depuis  le  temps  du  déluge 
jusques  aux  princes  modernes,  que  j'ay  cueilly  des  meilleurs 
lîbraries  de  chrestienté. 

Toutes  lesquelles  choses,  se  Dieu  me  donne  la  grâce  de  les 
mettre  en  lumière  soubz  Tauctorité  du  très  heureux  tiltre  de 
vostre  nom  auguste,  ceulx  qui  viendront  aprez  nous  vous  en 
rendront  grâces  et  louenges. 

A  tant,  ma  très  redoublée  dame  et  princesse,  ordonnez  de 
mon  petit  estât  ce  qu'il  vous  plaira,  et  vous  plaise  vous  sou- 
venir de  ces  quatre  vers  adressans  à  ma  petitesse,  lesquelz  il 
vous  pleust  une  fois  escripre  de  vostre  main  et  dicter  de  vostre 
noble  esperit,  en  approuvant  ma  rude  et  simple  industrie, 
dont  je  me  tins  et  tiendray  toute  ma  vie  pour  bienheureux  : 

Ton  escriptoire  a  si  bonne  practicque 
Que  si  la  crois  sera  bien  estimée; 
Parquoy  concluz  :  ensuyz  sa  rhétoricque, 
Car  tu  scez  bien  que  par  moy  est  aymée. 

La  première  partie  des  Illustrations  de  Gaule  et  Singularité^  de 
Troye  fut  imprimée  à  Lyon  par  Etienne  Baland  (i)  :  le  privilège  du  Roi 
est  daté  de  Lyon,  le  20  juillet  1 5o9  (2).  A  la  suite  se  trouve  le  Triumphe 
de  V Amant  ver/,  en  deux  épîtres  dans  lesquelles  Lemaire  célèbre  un 
perroquet  de  Marguerite  d'Autriche,  qui  mourut  de  chagrin  d*être  sé- 
paré de  sa  maîtresse  (3).  C'est  à  l'occasion  de  ces  épîtres  que  la  noble 

(i)  Xai  vainemeot  cherché  à  U  Bibliothèqae  nationale  la  première  édition  décrite  par  Brunet, 
mab  fai  consulté  on  exemplaire  conservé  sons  le  numéro  La  ^  4  et  qui  contient  les  trais  livres 
des  ttlmstrations  de  Gaule,  imprimés  par  Geofiiroi  de  Mamef,  à  Paris,  en  i5i2  et  i5i3. 

(2)  Bmmt  dit,  par  erreur,  30  août.  Cest  à  cette  dernière  date  que  forent  délivrées  les  lettres 
d'entérinement. 

(3)  Dans  sa  lettre  à  Jean  Perréal,  imprimée  en  tête  de  ses  épttres,  Lemaire  dit  :  >  Dont 
comme  je  fensse  proochain  de  mettre  lin  à  l'impression  du  premier  livre  des  Illustrations  et 
Singularité^,  |e  me  suis  ndvisé  que  ce  ne  serait  point  chose  malséant  ne  désagréable  aux 
lecteurs  de  aussi  fiûre  imprimer  ladicte  epistre.....  • 

TOME  ni.  6 


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42  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

dame  adressa  au  po€te  le  quatrain  qui  termine  la  lettre  publiée  d-dessos, 
et  qui  a  été  imprimé  après  la  première  épitre  avec  cette  légende  :  Ma 
dame  à  l'acteur  (i). 

Quoique  Jean  Lemaire  eût,  en  i5o7,  écrit  Les  chansons  de  Namur 
pour  la  victoire  eue  contre  les  François  à  Saint-Hubert  d^Ardetme^  il 
s'était  depuis  singulièrement  concilié  la  ûiveur  de  la  cour  de  France  par 
la  première  partie  de  ses  Illustrations  de  Gaule,  Les  conseils  de  Jean 
Perréal,  premier  peintre  de  Louis  XII  (2),  durent  agir  fortement  sur 
Lemaire  qui,  pauvre,  ne  pouvait  se  passer  d'un  protecteur  puissant  et 
généreux.  De  même  qu'il  avait  publié,  en  1 509,  la  Légende  des  Véni- 
tiens^ pour  célébrer  la  ligue  de  Cambrai  conclue  par  Marguerite  d'Au- 
triche, il  fit,  en  1 5 1 1 ,  à  l'instigation  de  Louis  XII,  un  traité  de  la  diffé- 
rence des  schismes  et  des  conciles  de  VÉglise  dirigé  contre  le  pape 
Jules  II,  alors  en  guerre  avec  le  Roi  de  France.  En  même  temps,  sa 
très-redoutée  dame  lui  faisait  surveiller,  â  Bourg,  la  construction  de 
l'église  de  Brou  (3).  Chargé  de  choisir  V albâtre  destiné  à  cet  édifice, 
Lemaire  le  fit  tirer  de  la  perrière  de  Saint-Louthain,  qui  avait  fourni 
les  marbres  employés  à  la  sépulture  des  ducs  de  Bourgogne  à  Dijon  (4)  ; 
mais  il  essuya,  à  ce  propos,  d'acerbes  critiques  et  eut  à  se  plaindre  des 
religieux  du  prieuré  voisin.  Ces  ennuis,  non  moins  que  la  considération 
dont  il  jouissait  à  la  cour  de  France,  déterminèrent  Lemaire  à  accepter 

(i)  Là  Bibliothèqae  nttiooale  possède  une  édition  originale  dn  Triumpke  de  rmmant  wert 
(La  ^  1)  qui  n>st  pas  mentionnée  par  Bronet.  C'est  un  in-4  de  is  ff.  non  chiffrés,  sîg.  d.-^.  ; 
il  conunence  par  une  lettre  de  l'auteur  •  Jan  Le  Maire  de  Belges^  tresbumble  disciple  et 
Içingtain  imitateur  des  meilleurs  Indiciaires  et  historiographes  an  sien  tressingulier  patron  et 
protecteur  Maistre  Jehan*  Perreal  de  Paris,  Painctre  et  varlet  de  chambre  ordinaire  dn  Roy 
treschrestien  >,  datée  de  Lyon,  i*'  mars  iSio.  Puis  vient  le  titre  :  ■  Seosait  la  piemfcic 
epistre  de  l'amant  vert  A  Madame  Marguerite  Auguste  •.  On  lit  au  5«  feuillet  I«  quatrain  <le 
Marguerite  d'Autriche  ;  au  verso  commence  la  seconde  épttre.  Au  ia«  feuillet  (recto)  est  la 
marque  de  l'imprimeur  avec  cette  mention  : 

I  Imprime  a  Lyon  |  par  Estienne  Baland  Imprimeur  de  ladicte  cite  demonrant  on  lien  dit 
Paradis  |  entre  la  grand  Rue  du  pont  de  Rbone  et  de  Nostre  Dame  de  Confort. 

«  Et  se  vendent  andit  Heu. 

«  Et  chez  maistre  Jehan  Richier  de  Paris  Rhetoriciicn  En  la  Grad  Rne  de  saint  Jehan  Près 
de  Porte  Froc  douant  le  Faulcon.  Et  en  Rue  Mercière  près  du  maillet  Dargent.  • 

(3)  Dans  la  lettre  imprimée  en  tfte  du  Triumphe  de  Vamant  vert  Lemaire  dit  à  Jean 
Perréal  :  t  Tout  ce  peu  et  tant  que  j'ay  de  bien  procède  de  ton  amistié,  benivolence  et  avan- 
oement.  »  Il  recommanda  son  protecteur  à  Marguerite  d'Autriche  pour  la  décoratioo  de 
l'église  de  Brou  (lettre  du  30  novembre  i5io  citée  pins  loin). 

(3)  Marguerite  d'Autriche,  veuve  dès  1 504  de  Philibert  le  Beau,  duc  de  Savme,  fit  élever 
cette  admirable  église  pour  accomplir  un  voeu  de  sa  beUe-mère  Marguerite  de  Bourbon. 

(4)  Lettre  de  Lemaire  de  Belges  i  Marguerite  d'Autriche,  écrite  de  Bourg  le  so  novembce 
i5io  (vente  du  36  avril  1S75). 


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JEAN   LEMAIRE   DE  BELGES  43 

la  charge  d'indiciaire  et  d'historiographe  de  la  reine  Anne  de  Bretagne. 
Dès  novembre  1 5 1 1  il  était  à  Tours,  correspondant  toutefois  encore 
avec  son  ancienne  maîtresse  (  i  ).  Mais  si  le  premier  livre  des  Illustrations 
de  Gaule  avait  paru  sous  les  auspices  de  Marguerite  d'Autriche,  le  se- 
cond  livre,  imprimé  à  Paris  en  août  i5ia  sur  les  presses  de  Geoffroi  de 
Marnef,  fut  dédié  à  Madame  Claude,  fille  de  sa  nouvelle  souveraine.  Le 
troisième  livre  parut  en  juillet  1 5 1 3  sous  ce  titre  :  «  Le  tiers  livre  des 
Illustrations  de  Gaule  et  Singularitez  de  Troye  intitulé  nouvellement 
de  France  Orientale  et  Occidentale.  »  C'était  un  titre  plus  conforme  à  la 
condition  présente  de  Tauteur  qui  mettait  cette  fois  son  œuvre  sous  la 
protection  de  la  reine  Anne. 

Il  semble  qu'après  cet  ouvrage  Lemaire  se  reposa.  De  tous  les  autres 
livres  qu'il  avait  projetés  et  que  mentionne  sa  lettre  publiée  plus  haut, 
la  Couronne  Margaritique  seule,  retrouvée  en  manuscrit,  après  la  mort 
de  l'écrivain,  par  un  de  ses  élèves,  Claude  de  Saint-Julien,  seigneur  de 
Balleurre,  fut  publiée  en  1 549  (2)  sous  ce  titre  :  «  La  Couronne  Marga- 
ritique, composée  par  Jean  le  Maire,  Indiciaire  et  Historiographe  de 
Madame  Marguerite  d^Austriche  et  de  Bourgongne,  Duchesse  de  Savoye, 
Dame  de  Bresse,  etc.  »  Cest  un  recueil  en  vers  et  en  prose  qui  se  ter- 
mine par  ce  quatrain  : 

Et  quant  à  moy  qui,  certes  bien  confesse 
Que  mes  escrits,  sont  trop  mal  compassez 
Pour  illustrer  si  hautaine  noblesse, 
Pardonnez  moy,  car  i'ay  de  pev  assez. 

De  peu  assej,  teUe  était  la  devise  de  Jean  Lemaire  qui  avait  inscrit 
sur  le  blason  placé  en  tête  de  ses  Illustrations  de  Gaule  :  «  Si  non  utile 
est  quod/acimus  stulta  est  gloria.  » 

Sous  François  I»',  Lemaire  tomba  dans  une  obscurité  telle  qu'on 
ignore  la  date  de  sa  mort 

(1)  Œ  trois  lettres  de  Lemtire  de  Belges  adressées  en  i5ii  et  i5i3  à  Marguerite  d*Aa- 
trkbe  et  à  Loais  Btrangier  (Le  Gliy,  AnaUcUs  historiques;  Paris,  Téchener,  i838,  in-8. 
p.  9  et  %xàw.}, 

{3)  Les  Illustrations  de  Gaule  et  Singularité^  de  Troye  par  maistre  Jean  le  Maire 
de  Belges.  Avec  la  Couronne  Margaritique,  et  plusieurs  autres  œuvres  de  luy^  non 
jamais  encore  imprimées.  Le  tout  reveu  et  fidèlement  restitué  par  maistre  Antoine  du 
Moulin  MasconnaiSf  Valet  de  chambre  de  la  Royne  de  Navarre  ;  Lyon,  Jeao  de  Tournes, 


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CHARLES  SECONDAT  DE  MONTESQUIEU 


M.  Louis  Dangeau,  auteur  de  la  Bibliographie  de  Montesquieu^  vient 
de  trouver  dans  les  registres  de  la  paroisse  de  Saint-Michel,  à  Bordeaux, 
Tacte  de  mariage  du  grand  écrivain.  Je  dois  à  son  obligeance  de  ûdre 
part  aux  lettrés  de  cette  découverte,  en  publiant  le  texte  de  ce  docu- 
ment qu'avaient  vainement  cherché  les  biographes  de  Montesquieu. 

Le  3o  avril  171 5,  après  la  cérémonie  des  fiançailles  et  la 
publication  de  2  bans  faite  par  deux  diversions  de  dinian- 
ches  ou  fêtes  commandées,  sans  avoir  découvert  aucun  en^)ê- 
chement  civil  ou  canonique  reconnu,  vu  la  dispense  du  3*, 
en  date  du  3o'  avril,  signée  Bensemens,  vicaire  général,  ont 
reçu  la  bénédiction  nuptiale  messire  Charies  Secondât  de  Mon- 
tesquieu, chevalier,  seigneur  baron  de  La  Brède,  conseiller  au 
pariement,  habitant  de  la  paroisse  de  Saint-Mexant,  d^une 
part;  et  demoiselle  Jeanne  Lartigue,  de  cette  paroisse,  de 
l'autre. 

Ledit  mariage  fait  en  présence  du  sieur  Antoine  Brocad, 
écuyer,  colonel  général  des  Costes,  M^*^  Estienne  Brossier, 
m^  tailleur,  habitant  de  la  paroisse  S^*  Eulalie,  témoins  à  ce 
requis  qui  ont  signé,  excepté  le  dit  Brossié  : 

Secondât  de  Montesquieu,  époux  ; 

Janne  Lartigue,  etpouse  ; 

Moreau  ; 

A.  Brocad  et  Grimaud  curé  de  Seause. 


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PRIEURÉ  DE  SAINT-GILLES  DE  DUN 

1243 


Charte  réglant  le  débat  qui  s'est  élevé,  devant  Tofficial  de  Tarchidiacre 
de  l'église  de  Reims,  entre  le  prieur  de  Saint-Gilles  de  Dun  et  un  prêtre 
deDun  (i}.  Le  prêtre  est  condamné  à  une  redevance  annuelle  de  dix  sous 
forts  envers  le  dit  prieur. 

L'acte  est  passé  la  veille  de  Saint-Gilles,  c'est-à-dire  le  3i  août  (a). 

Jacobùs,  decanus  Christianitatis  de  Landres  (3),  et  Thomas, 
clericus,  patronus  de  Montigneio(4),  universis  présentes  litteras 
visuris  salutem  in  domino.  Noverint  universi  quod  cum  dis- 
cordia  moveretur  coram  magistro  Ade,  officiali  magistri  H., 
Remencis  ecclesie  archidiaconi,  inter  G.,  priorem  Sancti  Egidii 
de  Duno,  ex  una  parte,  et  Johannem,  presbiterum  de  Duno,  ex 
altéra,  super  eo  quoddictus  prior  petebat  a  diao  J.,presbitero, 
decem  solidos  yeterum  Cathalaunensium  pro  capella  de  Duno, 
et  super  eo  quod  dictus  J.,  presbiter,  a  memoratopriore  petebat 
duos  solidos  veterum  Cathalaunensium  in  precipuis  festivita- 
tibus  anni,  videlicet  Natali  domini^  Pasca,  Penthecoste.  Cum 
non  redderet  dictus  prior  eîdempresbitero  nisi  duos  solidos  Pa- 
risiensium  veterum,  tandem  de  bonorum  virorum  cuncilio  et 
licentia  Curie  in  nos  duos  cumpromiserunt.  Nos  autem,  veri- 

(1)  Don-flor-Meose^  dans  le  duché  de  Bar.  (Cf.  Dict.  géogr,  de  Bnuen  de  La  Martioière  ) 

(2)  L'original  de  cette  pièce  fait  partie  de  ma  collection  de  chartes. 

(3)  n  7  a  on  village  de  ce  nom  dans  le  pays  Messin.  —  (4)  Montigny,  près  de  Don. 


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46  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

tate  diligentius  inquisita,  ita  pronuntiavimus  quod  dictus  pres- 
biter  tenetur  reddere  annuatim,  octo  diebus  ante  Nadvitatem 
domini,  domui  bead  Egidii  de  Duno,  decem  solidos  fordum» 
cum  istud  idem  prior  cuntra  prefatum  presbitenim  per  legi- 
timos  testes  probaverit,  et  in  hoc  dictum  J.,  presbitenim,  cum- 
dampnavimus.  Pronunciavimus  insuper  quod  dictus  presbiter 
débet  habere  duos  solidos  dictos  de  eadem  moneta  dequa  cum- 
muniter  obladones  in  altari  persolvuntur,  maxime  in  prellbatis 
fesdvitadbus.  In  eu  jus  rei  tesdmonium  sigilla  nostra  presendbus 
litteris  apposuimus.  Datum  anno  domini  M^  CC^  quadragesimo 
terdo  mense  augusto,  in  vigilia  bead  Egidii. 

Jacques,  doyen  de  la  Chrétienté  de  Landres,  et  Thomas,  clerc,  patron 
de  Mondgny,  à  tous  ceux  qui  ces  présentes  lettres  verront  salut  dans  le 
Seigneur.  Sachent  tous  que  comme  débat  était  mû  par  devant  maître 
Ade,  officiai  de  maître  H.,  archidiacre  de  l'église  de  Reims,  entre  G. , 
prieur  de  Saint-Gilles  de  Dun,  d*une  part,  et  Jean,  prêtre  de  Dun, 
d'autre,  sur  ce  que  le  dit  prieur  réclamait  du  dit  Jean,  prêtre,  dix  sous 
vieux  de  Chalons  pour  la  chapelle  de  Dun,  et  sur  ce  que  le  dit  Jean, 
prêtre,  réclamait  du  dit  prieur  deux  sous  vieux  de  Chalons  aux  fêtes 
principales,  à  savoir  Noël,  Pâques,  Pentecôte.  Comme  le  dit  prieur  ne 
payait  au  dit  prêtre  que  deux  sous  vieux  Parisis,  enfin  sur  le  conseil 
de  prud'hommes  et  la  permission  de  la  Cour,  ils  firent  devant  nous  deux 
un  compromis.  Mais  nous,  ayant  recherché  plus  diligemment  la  vérité, 
nous  avons  ainsi  prononcé  que  le  dit  prêtre  est  tenu  de  rendre  annuel- 
lement, huit  jours  avant  la  nativité  du  Seigneur,  à  Téglise  de  Saint- 
Gilles  de  Dun,  dix  sous  forts,  comme  le  dit  prieur  contre  le  dit  prêtre 
par  légitimes  témoins  Ta  prouvé,  et  en  ce  avons  condamné  le  dit  Jean, 
prêtre.  De  plus  nous  avons  prononcé  que  le  dit  prêtre  doit  recevoir  les 
deux  sous  dits  de  la  même  monnaie  dont  communément  les  offrandes 
sur  l'autel  sont  payées,  surtout  dans  les  susdites  fêtes.  En  témoin  de  quoi 
nous  avons  apposé  nos  sceaux  aux  présentes  lettres.  Donné  Tan  du  Sei- 
gneur 1243,  au  mois  d'août,  la  veille  de  Saint-Gilles. 


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LA  GUILLOTINE 

CORRESPONDANCE   ET  INSTRUCTIONS  DU  DOCTEUR    LOUIS. 

GUILLOTIN.   —  ARTICLE  DE  POTION. 

TABATIÈRE  A  LA   GUILLOTINE. 


L'Assemblée  constituante,  héritière  des  principes  philosophiques  et 
humanitaires  des  Encyclopédistes,  prit  à  tâche  de  réformer  l'ancienne 
l^islation  criminelle  et  ses  pénalités  horribles  qui  avaient  si  souvent 
soulevé  rindignation  publique.  Un  député  de  Paris,  le  docteur  Ignace 
Guillotin,  proposa,  dans  la  séance  du  lo  octobre  1789,  de  réduire  les 
divers  supplices  à  un  seul,  la  décapitation  qui,  jusqu'alors  réservée 
aux  nobles,  n'entraînait  pas  Tinfamie.  Il  exprima  aussi  le  vœu  qu'on 
substituât  à  la  décapitation  par  la  hache  une  machine  à  décoller  qui, 
rendant  le  supplice  plus  sûr  et  plus  rapide,  abrégerait  les  souflfrances 
du  condamné.  Cette  motion  essentiellement  humanitaire  fut  renvoyée  à 
la  discussion  du  Code  criminel,  mais  l'Assemblée  décréta,  dès  le  ■«'dé- 
cembre suivant,  l'égalité  des  peines,  premier  résultat  obtenu  par  Guillotin. 
En  1791,  conformément  à  la  proposition  de  ce  dernier,  on  inscrivit 
dans  Tarticle  3  du  titre  I*'  du  Code  pénal  que  tout  condamné  à  la  peine 
de  mort  aurait  la  tête  tranchée  :  puis  on  s'occupa  de  la  construction 
d'une  machine;  le  docteur  Antoine  Louis  (i),  secrétaire  perpétuel  de 
l'Académie  de  chirurgie,  consulté  par  le  conûté  de  législation,  fit  son 
rapport  le  7  mars  1792  et  indiqua  les  moyens  usités  en  Angleterre  (2). 
Une  correspondance  active  fut  échangée  à  ce  sujet  entre  Louis,  Roede- 
rer,  procureur-syndic  du  directoire  du  département  de  Paris,  et  le  mi- 

(1)  Antoine  Loois,  né  à  Metz  le  i3  février  1733,  était  partisan  de  la  décapitation,  parce 
qu'il  la  considérait  comme  le  mode  le  plus  prompt  de  supprimer  la  rie.  Il  avait,  en  1747, 
publié  one  Lettre  sur  la  certitude  des  signes  de  la  morty  dont  une  nouvelle  édition  fat 
donnée  an  moment  même  où  l'anteur  s'occupait  de  la  machine  à  décoller. 

(3)  Voici  le  texte  de  ce  rapport  d'après  une  copie  faite  par  ViUenave  : 
•  Les  difScoltés  concemaat  l'exécution  de  l'article  3  du  Code  pénal  sont  bien  fondées  ; 
Texpérience  et  la  raison  démontrent  également  que  le  mode  en  usage  par  le  passé  pour  tran- 
dier  la  tête  i  an  criminel,  l'expose  à  un  supplice  plus  afireux  que  la  simple  privation  de  la 
vie  suivant  le  vœa  de  la  loi.  L'exécution  doit  être  faite  en  un  instant  et  d'an  seul  coup.  Les 
exemples  prouvent  combien  il  est  diflBdle  d'y  parvenir. 

«  Le  souvenir  de  la  décapitation  de  M.  de  Lally  est  récent.  Il  était  à  genoux,  les  yeoz 
bandés  :  rexécuteur  l'a  frappé  à  la  nuque,  le  coup  n'a  pas  séparé  la  tête  et  ne  pouvait  le  faire. 
Le  corps,  à  la  chute  duquel  rien  ne  s'opposait,  a  été  renversé  en  devant,  et  c'est  par  trois 


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48  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

nistre  des  contributions  publiques,  Qavière  (i).  Un  Allemand,  nommé 
Schmidt,  focteur  de  pianos,  vint  proposer  un  plan  de  machine  à  dé- 
coller à  Louis  qui  recommanda  Tinventeur  à  Roederer  par  la  lettre 
suivante  (2)  : 

Monsieur, 

Un  allemand,  facteur  de  clavecins,  a  cru  pouvoir  exercer  son 

ou  quatre  coups  de  tâbre  que  la  tête  a  été  séparée  da  tronc  :  oa  a  tq  arec  borreor  cette 
hacherie^  s'il  est  permis  de  se  servir  de  ce  terme. 

«  En  Allemagne,  où  les  exécuteurs  sont  plus  expérimentés,  par  la  fréquence  de  ces  aortes 
d'exécutions,  principalement  parce  que  les  personnes  du  sexe  féminin,  de  quelque  coDditioo 
qu'elles  soient,  ne  subissent  pas  d'autre  supplice,  cependant  la  parfaite  exécution  manque 
souvent,  malgré  l'attention  de  fixer  le  coupable  assis  dans  un  fauteuil. 

•  En  Dannemarck,  il  y  a  deux  positions  et  deux  instrumens.  L'exécution,  qu*on  poorrait 
appeler  honorifique,  se  fait  avec  sabre  on  coutelas.  Le  criminel  a  on  bandeau  sur  les  yeux, 
il  est  à  genoux  et  a  les  mains  libres. 

•  Si  le  supplice  doit  porter  infiimie,  le  coupable  est  cooché  rar  k  rentre,  et  on  lui  coape  la 
tête  avec  une  hache. 

•  Personne  n'ignore  que  les  instrumens  tranchants  n'ont  que  peu  ou  point  d'effet  lorsqullt 
frappent  perpendiculairement  ;  et,  en  les  examinant  au  microscope,  on  voit  qu'ils  ne  sont  que 
des  scies  plus  ou  moins  fines,  qu'il  fiiut  faire  agir  en  glissant  sur  les  parties  à  diviser.  On  ne 
réussirait  pas  à  décapiter,  d'un  seul  coup,  avec  une  hache  on  couperet  dont  le  tranchant  serait 
en  ligne  droite;  mais,  avec  un  tranchant  convexe,  comme  aux  anciennes  haches  d'armes,  le 
coup  assené  n'agirait  perpendiculairement  qu'au  milieu  de  la  portion  du  cercle  :  mais  llna- 
trument  en  pénétrant  dans  la  continuité  des  parties  qu'il  divise,  a  une  action  oblique  en 
glissant,  et  atteint  sûrement  son  but. 

•  La  structure  du  col  dont  la  colonne  vertébrale  est  le  centre,  composée  de  plusieurs  oa  dont 
la  connexion  forme  les  enchevauchures  de  manière  qu'il  n'y  a  point  de  joint  à  chercher, 
montre  qu'il  n'est  pas  possible  d'être  assuré  d'une  parfaite  séparation  en  la  confiant  à  un  agent 
susceptible  de  varier  en  force  et  en  adresse  par  des  causes  morales  et  physiques.  11  faut 
nécessairement,  pour  la  certitude  du  procédé,  qu'il  dépende  de  moyens  mécaniques  invariablea 
dont  on  puiise  également  déterminer  la  force  et  l'effet.  Cest  le  parti  qu'on  a  pris  en  Angle- 
terre :  le  corps  du  criminel,  fixé  entre  deux  poteaux,  est  couché  sur  le  ventre.  Du  haut  d'une 
traverse  qui  unit  les  deux  poteaux  on  fait,  au  moyen  d'une  déclique  (ou  lâcher  la  corde 
passée  dans  une  poulie,  rien  de  plus  simple),  tomber  la  hAche  convexe  dont  le  dos  doit  être 
assez  fort  et  assez  lourd  pour  agir  efficacement,  comme  le  mouton  pour  enfoncer  des  pilotis  ; 
on  sait  que  sa  force  augmente  suivant  la  hauteur  d'où  il  tombe. 

•  L'effet  d'une  pareille  machine,  d'une  très-facile  construction,  est  immanquable  :  la  décapi- 
tation sera  faite  en  un  Instant,  suivant  l'esprit  et  le  voeu  de  la  loi  sur  la  peine  de  mort.  » 

(1)  La  correspondance  de  Rosicrcr  et  de  Clavière  a  été  publiée  par  Tasclwreau  dans  sa 
Revue  rétrospective  (janvier  i835,  p.  5  et  suiv.).  Le»  lettres  du  docteur  Louis  étaient  dans 
la  collection  de  Villenave,  qui  les  a  indiquées,  sans  le*  publier,  dans  l'article  Guillotine  de 
l'Encyclopédie  des  gens  du  monde.  Ces  pièces  et  les  notes  de  Villenave  pour  Varticle  susdit 
sont  en  ma  possession  :  je  publie  les  lettres  de  Louis  qui  sont  le  complément  du  travail  de 
Taschereau. 

(a)  Cette  pièce  n'est  qu'en  copie  au  dossier  Villenave. 


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LA  GUILLOTINE  49 

génie  pour  la  machine  à  décoller.  Je  ne  le  connais  pas,  mab  je 
loue  son  industrie.  Le  patient  ne  sera  ni  lié,  ni  couché.  Sa  tête, 
au  pilori,  sera  tranchée  d'une  manière  sure  par  une  coupe 
oblique.  Je  me  &is  un  devoir  de  vous  adresser  ce  machiniste 
et  un  plaisir  de  vous  assurer  des  sentiments  respectueux  dont 
je  suis  pénétré  pour  vous.  Monsieur. 
Ce  24  mars  1 792 .  Louis. 

Sur  Tordre  du  directoire  Louis  donna  ses  instructions  au  charpentier 
ordinaire  du  domaine;  il  informa  ensuite  Rœderer  de  ses  démarches  tt 
loi  envoya  le  double  de  ses  instructions  (1). 

A  Paris,  le  3o  mars  1792. 
Monsieur, 

J'ai  rempli  sans  perte  de  temps  la  mission  que  le  Directoire 
m'a  donnée,  et  le  jour  même  j'ai  été  m'informer  de  la  demeure 
du  s' Guidon,  charpentier  ordinaire  du  domaine,  et  je  lui  ai 
écrit  à  son  domicile  fauxbourg  du  Temple,  au  coin  de  la  rue 
Fontaine  aux  rois.  Il  est  venu  ce  matin  :  je  lui  ai  lu  et  laissé 
Pinstruction  que  j'avois  préparée  et  dont  je  joins  icy  copie.  Il  a 
très  bien  conçu  la  construction  de  la  machine.  Il  s'étoit  fait  ac- 
compagner, par  précaution,  d'un  de  ses  confrères,  expert  dans 
l'art  de  charpenterie.  Nous  nous  sommes  parfaitement  expliqués 
et  entendus.  Le  s'  Guidon  ira  recevoir  vos  ordres  ultérieurs  et 
sera  porteur  de  mon  paquet. 

Je  suis  avec  respea. 
Monsieur, 


(I)  Lcsorigiiiaaxdi  Cil  plèoMfMit  parti*  do  dotticriniltiittt. 
TOME  m. 


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5o  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Instruction  donnée  au  s'  Guidon,  charpentier  du 
Domaine  pour  la  construction  de  la  machine 
à  décoller. 

Cette  machine  doit  être  composée  de  plusieurs  pièc»  : 
I*  Deux  montans  parallèles  en  bois  de  chêne  de  la  haut»ir 
de  10  pieds,  joints  en  haut  par  une  traverse  et  montés  solide- 
ment sur  une  sole,  avec  des  contrefiches  de  côté  et  par 
derrière. 

Ces  deux  montans  seront,  dans  oeuvre,  à  un  pied  de  dis- 
tance, et  auront  six  pouces  d^épaissenr  ;  à  la  face  interne  de  ces 
montans  sera  une  cannelure  longitudinale,  quarrée  d^un  pouce 
de  profondeur,  pour  recevoir  les  oreillons  d'un  tranchoir.  A  la 
partie  supérieure  de  chacun  de  ces  montans,  au-dessous  de  la 
traverse  et  dans  leur  épaisseur^  sera  placée  une  poulie  de 
cuivre. 

7,^  Le  tranchoir  de  bonne  trempe,  de  la  solidité  des  meilleurs 
couperets,  fait  par  un  habile  taillandier,  coupera  par  sa  convexité. 
Cette  lame  tranchante  aura  huit  pouces  d'étendue  transversale 
et  six  de  hauteur.  Le  dos  de  cette  lame  coupante  sera  épais 
comme  celui  d'un^  hache  ;  sous  ce  dos  seront  par  le  forgeronr 
pratiquées  des  ouvertures  pour  pouvoir,  avec  des  cerceaux  de 
fer,  fixer  sur  ce  dos  un  poids  de  trente  livres  ou  plus;  si  dans 
les  essais  on  trouvoit  convenable  de  rendre  plus  lourde  la 
masse  de  cette  espèce  de  mouton,  ce  poids  sera  garni  d'un  an- 
neau de  fer  dans  son  milieu. 

Le  tranchoir  devant  glisser  de  haut  dans  les  rainures  des 
deux  montans,  son  dos  aura  un  pied  en  travers,  plus  deux 
oreillons  quarrés  d'un  pouce  de  saillie,  pour  entrer  dans  ces 
rainures. 

3**  Une  corde  assès  fone  et  d'une  longueur  suffisante,  passera 


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LA  GUILLOTINE  5l 

dans  Tanneau  et  soutiendra  le  tranchoir  sous  la  traverse  su- 
périeure :  chaque  bout  de  cette  corde  sera  engagé  de  dedans  en 
dehors  sur  la  poulie  correspondante,  et  sera  arrêté  extérieu- 
rement vers  le  bas  de  chaque  montant. 

4*  Le  billot  de  bois  sur  lequel  doit  être  posé  le  col  du  patient, 
aura  huit  pouces  de  haut  et  quatre  pouces  d'épaisseur.  Sa  base 
aura  un  pied  de  largeur,  mesure  de  la  distance  des  deux  mon- 
tans;  une  cheville  amovible  traversera  chaque  montant  et 
fixera  de  chaque  côté  le  dit  billot  par  sa  base.  La  partie  supé- 
rieure de  ce  billot  n'aura  que  huit  pouces  de  largeur.  Elle  sera 
creusée  supérieurement  d'une  gouttière,  pour  recevoir  le  bord 
tranchant  du  couperet  convexe.  Ainsi  les  rainures  latérales  in- 
ternes des  deux  montans  ne  doivent  pas  s'étendre  plus  bas  que 
cette  gouttière,  afin  que  le  billot  ne  soit  pas  coupé  par  le  tran- 
choir. La  partie  supérieure  du  billot  sera  légèrement  échan- 
crée  pour  loger  à  l'aise  le  col  du  patient. 

5®  Mais  pour  assujettir  la  tête  et  qu'il  ne  puisse  la  relever  au 
moment  de  l'exécution,  il  faut  qu'un  croissant  de  fer,  en  ma* 
nière  de  fer  à  cheval,  bien  arrondi  par  ses  bords,  embrasse  le 
col  du  patient,  au  haut  de  la  nuque,  au  niveau  de  la  base  du 
crâne,  où  finit  le  cuir  chevelu,  et  que  les  extrémités  de  ce  crois- 
sant assez  prolongées  soient  percées  pour  être  assujetti  par  un 
boulon  qui  traversera  la  base  de  la  partie  supérieure  du  billot 
dont  l'épaisseur  est  de  quatre  pouces. 

Le  patient,  couché  sur  le  ventre,  aura  la  poitrine  soulevée  par 
ses  coudes,  et  son  col  sera  placé  sans  gêne  dans  l'échancrure  du 
billot.  Toutes  choses  bien  disposées,  l'exécuteur  placé  derrière 
ta  machine  pourra  réunir  les  deux  bouts  de  la  corde  qui  sou-? 
tient  le  tranchoir,  et,  les  lâchant  en  même  temps,  cet  instru- 
ment tombant  de  haut,  par  son  poids  et  l'accélération  de  la  vi- 
tesse séparera  la  tête  du  tronc,  en  un  clin  d'œil. 

S'il  y  avait  quelques  erreurs  dans  ces  détails,  elles  seraient 
faciles  à  vérifier  par  le  constructeur  le  moins  intelligent. 

Guidon  demanda  5, 660  livres  pour  la  construction  de  la  première 


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S2  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

machine,  se  fondant  sur  la  difficulté  de  trouYer  des  ouvriers  pour  on 
pareil  travail  réputé  infiunant.  Louis  adressa  le  devis  â  Rœderer  (t)  : 

A  PariS)  le  i*'  avril  1792. 
Monsieur, 

J'ai  vu  ce  matin  le  s'  Guidon,  charpentier,  chargé  de  la 
fourniture  des  bois  de  justice,  titre  que  portent  ses  provisions, 
qui  m'a  donné  connoissance  du  devb  de  la  machine  pour  déca* 
piter.  Vous  serés  peut-être  effrayé  du  prix  qu'il  demande  pour 
sa  construction  :  il  estime  qu'elle  pourra  durer  5o  ans  et  que, 
d'après  son  modèle,  la  construction  des  autres  pourra  ne  coûter 
que  de  12  à  iSoo^-  Il  m'a  démontré  que  les  ouvriers  qu'il  em- 
ployé étoient,  par  un  absurde  préjugé  mais  difficile  i  détruire, 
des  espèces  de  proscrits,  qu  il  lui  falloit  payer  exorbitamment 
et  qui  ne  trouveroient  pas  d'ouvrage  dans  un  autre  attellier  de 
charpeqterie,  qu'il  étoit  obligé  à  entretenir  chevaux,  voitures  et 
manœuvres,  pour  dresser  et  enlever  à  chaque  exécution  les 
échaffauds.  Dans  ce  prix  il  comprend  les  escaliers,  enceinte,  etc. 
Il  croit  que  les  coulisses  doivent  être  garnies  en  cuivre; 
enfin  il  a  bien  saisi  le  plan  et  senti  les  avantages  de  la  con* 
struction  la  plus  soignée. 

Je  suis  avec  respect. 
Monsieur, 
Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Louis. 

Rœderer  transmit  la  lettre  de  Louis  et  le  devis  au  ministre  des  con- 
tributions publiques  qui  n'accepta  pas  le  prix  fixé  par  Guidon  (2). 
Schmidt  fut  chargé  de  la  construction  de  la  machine,  moyennant 
824  livres^  et  Louis  prépara  les  expériences,  ainsi  qu'il  le  fit  savoir  par 
la  lettre  suivante  (3)  :  "* 

A  Paris,  le  12  avril  1792. 
Monsieur, 

Pendant  que  le  s' Schmitts,  faaeur  d^instrumens  de  musique, 

{i)  Original  dn  dottier  Villenave. 

(i)  Cf.  lettres  de  Roederer  du  5  lyril  179a  et  de  Clt?i4K  du  9  tvril  1799  {Repue  réfrot- 
pective,p.  11), 
(3)  Origiotl  du  dowier  VilltntTe. 


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LA  GUILLOTINE  53 

s'occupp<»t  SOUS  VOS  (ordres  de  la  construction  de  cehiiqui  a  une 
toute  autre  destination,  je  ne  perdois  pas  de  vue  le  voeu  général 
pour  la  plus  prompte  fabrication  de  cette  madiine.  J'aip^révenu 
le  chirurgien  de  Bicetre  dont  je  vous  envoyé  la  réponse  qui 
prouve  son  zèle  pour  la  chose  publique.  Le  mécanicien  vient 
de  me  dire  que  l'expérience  peut  avoir  lieu  mardi  prochain. 
Elle  doit  avoir  un  témoin  nécessaire,  celui  qui  doit  opérer  pu- 
bliquement et  en  réalité.  Ainsi,  Monsieur,  il  faut  enjoindre  par 
un  ordre  précis  à  l'exécuteur  de  se  transporter  mardi  prochain 
àdix  heuresdu  matin  au  château  de  Bicetre  où  je  me  trouverai 
pour  dresser  procès-verbal   de    l'expérience.   Il  demandera 
H'  CuUerier,  chirurgien  principal  de  cette  maison. 
Je  suis  avec  respect, 
Monsiwr, 
Votre  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 

Louis. 

L'expérience  eut  lieu  â  Bicetre  devant  l'exécuteur  des  hautes-œuvres 
Sanson;  elle  réussit  parfiiitement,  ainsi  que  Louis  s'empressa  de  l'an- 
noncer a  Rœderer  par  sa  lettre  du  19  avril  (1). 

A  Paris»  le  19  avril  1790. 
Monsieur, 

Les  expériences  de  la  machine  du  s'  Schmitt  ont  été  faites, 
mardi,  à  Bioètre  sur  trois  cadavres  qu^elle  a  décapités  si  net* 
temeot,  qu'on  a  été  étonné  de  la  force  et  de  la  célérité  de  son 
action.  Les  fonctions  de  l'exécuteur  se  borneront  i  pousser  la 
bascule  qui  permet  la  chute  du  mouton  portant  le  trang^v^ 
après  que  ses  valets  auront  lié  le  criminel  et  l'auront  mis  en 
situation.  C'est  de  la  boime  trempe  de  l'instrument  coiqpant 
que  dépendra,  la  sûreté  de  l'opération. 

Je  pense  qu'il  serdt  utile  qu'il  fut  construit,  pour  tous  les  dé- 
partemens,  sous  la  direction  du  s' Schmitt,  son  ingénieux  in« 
venteur  :  car  on  trouvera  partout  des  charpentiers  pour  le 

(I)  Copie  du  àoêiier  VaieotTt. 


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54  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

reste,  d'après  les  dessins  et  les  proportions  qu'ils  indique- 
ront. 

Monsieur  Moreau,  juge  du  second  tribunal  criminel^  m'avok 
dépêché  à  Bicétre  un  de  ses  greffiers,  pour  savoir  de  nioi  quand 
la  machine  pourroit  servir  en  réalité.  Le  charpentier  ordinaire 
du  Domaine  étoit  présent  aux  expériences  avec  Texécuteur,  ses 
deux  frères  et  son  fils.  Ils  n'ont  trouvé  aucune  difficulté  à 
prêter  leur  triste  ministère  dès  le  lendemain.  Mais  k  charpen- 
tier a  observé  que  Téchafaud  devoît  avoir  une  construction  plus 
solide  qu'à  Tordinaire,  et  que  la  première  exécution  ne  pour« 
roit  être  faite  avant  lundi.     . 

Le  greffier  du  tribunal  a  porté  ma  réponse  à  Monsieur  Mo- 
reau,  et  j'avois  pensé  que  vous  seriez  infcumé  par  lui  de  ce  qui 
s'étoit  passé. 

Je  suis  avec  respect,  Monsieur, 

Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Louis. 

Le  23  avhl,  en  effet,  la  machine  de  Schmidt  fonctionna  pour  la 
première  fois  en  place  de  Grève  pour  trancher  la  tête  d^un  voleur  de 
grands  chemins,  nommé  Pelletier.  Ce  jour  même  Rooderer,  prévoyant 
que  cette  exécution  attirerait  une  foule  de  curieux,  pria  Laiayette  d'or- 
donner aux  gendarmes  de  veiller  à  ce  qu'on  ne  fît  aucune  dégradation 
à  la  machine  (i). 

Dès  longtemps,  à  vrai  dire,  le  mode  de  décapitation  adopté  par  l'As- 
semblée nationale  était  connu  et  employé.  On  voit  une  machine  à  dé- 
coller représentée  sur  une  gravure  au  xy«  siècle,  et  c'est  une  doloire 
glissant  entre  deux  poteaux  de  bois  qui  décapita,  dans  la  cour  du  Capi- 
tôle  de  Toulouse,  le  maréchal  Henri  II  de  Montmorency  (2).  Cepen- 
diEmt  ce  mode  d'exécution  était  rarement  appliqué,  tandis  que  la  ma- 
chine inventée  par  Schmidt,  mieux  construite  et  pl^s  pratique  que  les 
anciennes,  remplaça  désormais  tous  les  autres  supplices.  Un  dessin  du 
temps  (3)  donne  le  plap  du  nouvel  (instrument.  Il  a  été  publié  en  1843 

'    (i)  Revue  rétrospective,  p.  ao. 

(s)  a.  Guillotin  et  la  guillotine  par  le  D'  Cbereau;  Paris,  1870,  in-8. 
(3)  Ce  desaia  était  resté  inédit  jusqu*à  la  publicatioD  de  M.  Du  Bois. 


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LA  GUILLOTINE 


55 


A.  Poteaux.  —  B.  Traverse.  —  C.  Hache  convexe  du  poids  d'un 
quintal,  attachée  par  deux  anneaux,  et  qui  tombe  en  glissant  entre 
deux  rainures.  —  D.  Les  deux  rainures.  —  E.  Planche  immobile  qui 
couvre  la  hache  convexe  avant  Pexécution.  —  F.  Corde  qui  roule  sur 
une  pouHe  et  qui  ti«nt  à  une  dédique.  —  G.  Hache  concave  à  demeure 
sur  laquelle  se  réunit  la  convexe  lorsqu'elle  tombe.  —  H.  Planche  à 
laquelle  il  ÙLUt  donner  la  même  concavité  qu'à  la  hache.  Cette  planche 
s'échappe  par  le  bas  au  moment  où  la  hache  convexe  se  réunit  à  la 
concave,  ce  qui  a  lieu  par  un  rappel  mécanique.  —  I.  Ediafiiud  auquel 
on  donnera  rétendue  convenable  afin  que  le  patient  puisse  se  coucher 
sur  le  ventre,  de  manière  i  ce  qu'il  soit  décollé  conformément  à  la 
Consultation  ou  Avis  du  docteur  Louis. 


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56  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

par  M.  Louis  Du  Bois  (i  ),  mais  la  brochure  qui  le  contient  est  si  rare  que 
je  juge  utile  de  reproduire  ici  ce  plan  qui  senrira  à  Tintelligence  des  in- 
structions du  docteur  Lx>uis  (2). 

La  machine  de  Schmidt  fut  appelée  d'abord  Lauisette  et  petite  Lùui^ 
lofiy  mais  le  docteur  Louis,  n'ayant  pas  de  situation  politique,  était 
peu  connu  du  public,  et  sa  mort  arrivée  peu  après  (20  mai  1792]  le  fit 
oublier  tout  à  fait.  Guillotin  au  contraire,  membre  de  l'Assemblée 
constituante,  était  exposé  aux  colères  et  aux  railleries  de  ses  adversaires 
politiques.  Sa  motion  fut  chansonnée  dans  les  Actes  des  Apôtres  (3)  ; 
le  nom  de  guillotine  fut  plaisamment  proposé;  il  prévalut,  d'où  In 
croyance  populaire  que  Guillotin  était  l'inventeur  de  la  nouvelle  ma- 
chine. Le  pauvre  docteur,  devenu  si  célèbre  malgré  lui,  mourut  ft 
Paris  k  26  mars  1814,  Je  publie  k  fiic-simile  d'une  ordonnance  de 
Guillotin ,  délivrée  le  1 1  fructidor  an  X  (29  août  1802). 

Cependant  la  nouveUe  machine  fidsait  merveille  :  elle  avait  rendu  les 
exécutions  plus  rapides  et  c'était  besoin,  car  si  les  membres  de  l'Assem- 
blée constituante  avaient  proposé  l'abolition  de  la  peine  de  mort,  leurs 
successeurs  au  contraire  érigèrent  cette  même  peine  en  principe  fonda- 
menul  de  gouvernement.  D'abord  des  royalistes,  comme  Arnaud  de 
Laporte,  intendant  de  la  liste  civile,  et  de  Roxoi,  rédacteur  de  VAmi 
du  Roif  montèrent  sur  l'échaâiud  (24  août  1792),  puis  ce  fîit  k  tour  de 
Louis  XVI.  Ensuite,  la  discorde  ayant  éclaté  au  sein  de  la  Convention, 
divisée  en  montagne  et  en  plaine^  k  parti  k  plus  avancé  renversa  le  plus 
modéré  (3i  mai-2  juin  1793).  Les  Girondins  furent  proscrits;  les  uns, 
arrêtés,  périrent;  les  autres  purent  s'enfuir.  Parmi  ces  derniers  était 
Jérôme  Pétion,  qui  avait  été  maire  de  Paris  après  Bailly.  Partisan  des 
idées  nouvelles,  instigateur  de  la  chute  de  la  royauté,  il  âdsait  partie 
du  groupe  de  députés  philosophes  qui,  si  révolutionnaires  en  1789,  se 
révoltèrent  contre  les  excès  de  1793  et  furent  vaincus  dans  une  lutte 
que  kur  conduite  antérieure  devait  leur  rendre  fiitale.  Ami  de  Ver- 
gniaud,  il  partagea  sa  disgrftce,  mais,  plus  heureux  (si  toutefois,  dans  de 
telles  circonstances,  on  peut  considérer  comme  un  bonheur  U  lente 
agonie  qui  k  sépara  de  U  mort),  il  parvint  à  gagner  Saint-Émilion  avec 
Buxot  et  Barbaroux.  U,  les  trois  proscrits  trouvèrent  asUe  dans  U 
maison  du  pauvre  perruquier  Trocart  k  i*^  pluviôse  an  II  (ao  jan- 
vier 1794).  Petion  ne  quitu  cette  retraite  que  k  3o  prairial  suivant 

{i)Reek€r€keikiiioHpi£$  €t  pkytUlogiqmes  imr  ki  gmiihiine  et  déisiU  sur  Sém$m 
•nvTûgt  rédigé  tut  pièctif^fkUlUê  par  M.  Lomis  Dm  BoU;  P«rb,  Frinec,  1845,  in-S. 
(3)  J«  4qU  k  coaunankatkui  4t  cent  brodiiire  à  foblifctiice  de  M.  lUtlMry. 
(3)  a  k  brtdnn  de  M.  Look  Du  BoU  oft  cettt  ditotoa  tM  rtpii»^ 


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Là  GUILLOTINE  5j 

Fac-similé  d'une  ordonnance  du  docteur 
Guillotin 

I  ï  firucridor  an  X 


TOME  ni. 


8 


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58  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISfTOMQUES 

(20  juin],  alors  que,  dénoncé,  il  allait  être  arrêté  (t).  Buiot  et  Petion 
avaient  rédigé  ensemble  une  déclaration  dans  laqudle  ils  exprimaient  la 
résolution  de  se  donner  la  mort.  Petion,  sûr  désormais  d'édiapper  â 
réchafiud,  exprima  son  horreur  pour  les  excès  sanglants  des  Monta- 
gnards dans  un  article  qu^il  rédigea  sur  la  guillotine.  Dans  cette  pièce, 
dont  l'original  appartient  &  M.  Alfred  Sensier,  Petion  qui,  jadis,  avait 
demandé  l'abolition  de  la  peine  de  mort  (2),  raille  impitoyablement  ces 
gouvernants  qui,  à  tous  les  arguments,  répondent  par  la  guillotine,  et, 
devant  cet  échaâiud  qu'il  brave,  devant  la  mort  certaine  qui  le  guette, 
il  déplore  les  maux  innombrables  qui  pèsent  sur  la  France. 

Guillotine,  article  absolument  neuf  adressé  aux  nouveaux 
éditeurs  de  TEncyclopédie. 

Le  mot  de  guillotine  vient  de  Guiilotin,  médecin  de  la  fitculté 
de  Paris  et  membre  de  rassemblée  constituante^  qui  inventeur 
de  cette  machine  lui  a  donné  son  nom.  Son  mécanisme  est  si 
connu  de  tout  le  monde  qu^il  est  inutile  d'en  faire  la  descrip*» 
tion.  Nous  nous  contenterons  de  dire  qu'il  est  extrêmement 
simple  et  que  son  exécution  est  très  rapide. 

La  guillotine  a  remplacé  la  décoladon  avec  le  damas  pour 
les  nobles;  la  potence,  les  échafauds,  la  roue  et  le  feu  pour  les 
roturiers.  Il  n'est  plus  qu'un  genre  de  suplice  en  France  pour 
donner  la  mort;  il  est  uniforme  pour  les  citoyens,  et  toute 
distincdon  injurieuse  à  cet  égard  est  effacée. 

Le  but  principal  de  cette  ihvention  a  été  d'éviter  dans  les 
suplices  ces  recherches  atroces  qui  outragent  la  nature  et 
deshonorent  l'humanité.  Elle  a  aussi  l'avantagemoral  d'abréger 
les  souffrances  de  l'honmie  condanmé  à  mort 

L'application  de  ce  supplice  étoit  extrememem  rare.  L'as* 
semblée  constituante  avoit  porté  l'œil  de  la  philosophie  et  de  la 
raison  dans  la  réforme  de  nos  loix  criminelles.  Elle  avoit  laissé 
subsister  avec  r^ret  la  peine  de  mort;  mais  au  moins  avoit* 
elle  limité  cette  peine  à  l'incendiaire  et  à  l'assassin. 

Sous  le  régime  soi-disant  républicam  cette  peme  s'est  telle- 

(t)  et  roavragt  d«  M.  Chartes  Vattl,  Charlotte  Corday  §t  les  Ginmdint. 

(a)  auprès  de  Jér4me  Petion  f  Paris»  Gamcry,  an  1  (1793^  3  vol.  iii-8^  t  m,  p.  58c. 


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LA  GUILLOTINE  $9 

ment  étendue  que  les  l^islateurs  actuels  en  ont  fait  le  principal 
ressort  de  leur  gouvernement. 

Un  particulier  a-t-il  mis  en  réserve  une  portion  de  grain 
qu'on  juge  excedder  celle  qui  est  neccessaire  à  sa  consom- 
mation?   la  guillotine. 

Un  marchand  a-t-il  £dt  une  déclaration  inexacte  des  marchan* 
dises  qu'il  a  dans  son  magasin? la  guillotine. 

Un  cocher  de  fiacre,  une  servante  se  sont-ils  permis  de 
parler  de  la  royauté? la  guillotine. 

Un  citoyen  murmure-t-il  contre  les  maux  a£fireux  qui  dévo- 
rent la  France  ? la  guillotine. 

Un  général  éprouve^t-il  un  échec?  ou  ne  veut-il  pas  être  le 
vil  instrument  de  la  facdon  dominante?  ....    la  guillotine. 

Le  peuple  est-il  mécontent,  pour  Tappaiser  lui  faut-il  des 
victimes? la  guillotine. 

Quelle  est  maintenant  la  bannière  sous  laquelle  on  rallie 
les  armées  dites  révolutionnaires  et  qu'on  porte  à  leur 
tête? la  guillotine. 

Il  n'y  a  pas  une  seule  grande  ville  en  Çrance  où  on  n'ait 
planté  des  guillotines  dans  les  places  publiques  pour  convertir 
les  énemis  du  maratisme  et  de  la  sainte  montagne. 

Les  effets  que  cette  machine  produit  sur  les  écrits  sont 
surprenans.  Elle  les  frape  de  stupeur  et  les  pétrifie  au  lieu  de 
les  indigner,  de  les  soulever.  Les  commissaires  de  la  Conven- 
tion nationale  sont  dans  l'usage  d'en  traîner  plusieurs  à  leur 
suittepour  les  exposer  dans  les  lieux  où  ils  passent  Si  l'aspect 
momentané  de  ces  machines  n'opère  pas  le  bien  qu'ils  en  atten- 
dent ils  les  mettent  (suivant  leurs  expressions)  en  permanence. 
Alors  le  remède  est  souverain  (et  suivant  encore  leurs  expres- 
sions) ça  va. 

Pour  insjfMrer  de  bonne  hpure  aux  enfans  des  principes  de 
morslt  et  d'htmiimité  on  leur  remet  de  bonne  heure  entre  les 
mains  de  petites  guillotines  en  bois  ou  en  ivoire  très  artisteùient 


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6o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

travaillées.  Ce  sont  des  joujoux  avec  lesquels  en  s'amusant  on 
leur  apprend  rhistoire  de  la  révolution. 

De  prétendus  hommes  à  principes,  des  pédans  soutiennent 
que  le  supplice  d'un  homme  est  un  spectacle  affreux  dont  la 
société  ne  devroit  pas  donner  l'exemple,  mais  les  philosophes 
révolutionnaires  ont  démontré  jqsqu'à  Tévidence  que  ces  rado- 
teurs n'étoient  pas  à  la  hauteur  des  circonstances;  que  c'est . 
sur  le  sang  qu'on  fonde  les  gouyememens  libres;  que  la  guillo- 
tine devoit  êtrç  un  divertissement  public,  et,  pour  dissiper  les 
sombres  idées  que  l'image  de  la  guillotine  pourroit  faire  naître, 
ils  appellent  le  jeu  de  cette  machine  le  jeu  de  la  main  chaude, 
attendu  que  le  patient  a  les  mains  attachées  derrière  le  dos* 
lorsqu'on  place  sa  tête  sous  le  fer  qfuidoit  la  trancher. 

Aussi  le  peuple  a-t-il  bien  profité  des  leçons  de  ses  vrais^ 
amis  les  fervens  apôtres  du  sans  clilotisme.  Autrefois  il  avoit.la 
foiblesse  de  s'attendrir  à  la  vue  du  coupable  qu'on  alloit  mettre 
à  mort;  il  détoumoit  ses  regards  au  moment  où  on  lui  portoit 
les  coups.  Aujourd'hui  plein  d'une  énergie  républicaine  il 
regarde  avec  une  joie  avide  la  guillotine,  et  quand  il  a  vu  la 
tête  séparée  de  son  tronc,  qu'on  lui  présente  cette  tête  toute 
sanglante  en  signe  de  triomphe,  il  fait  retentir  l'air  de  ses  cris 
d'allégresse  et  de  Vive  la  république. 

O  législateurs  barbares  !  jusqu'à  quel  point  vous  avez  dépravé 

la  morale  du  peuple;  jusqu'à  quel  point  vous  avez  dénaturé  le 

caractère  d'une  nation  sensible  et  généreuse.  Non,  jamais  vous 

ne  pourrez  expier  les  inombrables  maux  que  vous  avez  fait  à 

la  France. 

PrnoN. 

J'ai  communiqué  cette  pièce  à  Thistorien  de  Charlotte  Corday  et  des 
Girondins,  à  M.  Charles  Vatel,  qui  en  a  déterminé  la  date.  La  déclara- 
tion de  Buzot  et  de  Petion,  que  j'ai  citée  plus  haut,  est  postérieure  au 
12  floréal  (i2  mai  1794).  c  Après  Pavoir  écrite  et  recopiée  deux  fois, 
m'écrit  M.  Charles  Vatel,  Petion,  deliheratâ  morte  ferocioTy  a  composé 
l'article  ironique  où  il  se  raille  de  la  guillotine.  La  preuve  se  trouve 
dans  renoncé  même  de  la  lettre.  Petion  parle  d'un  cocher  de  fiacre, 


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LA  GUILLOTINE  6l 

d'une  servante  envoya  à  l'échaÊiud.  Or,  il  n'y  a,  parmi  les  vicdmes  du 
Tribunal  Révolutionnaire,  qu'un  cocher,  F.-A.  Mangiû,  condamnera 
mort  le|7  floréal  (26  avril)  et  une  domestique,  M.-F.  Rolland,  femme 
de  chambre  de  M"<>  Dutillet,  condamnée  et  exécutée  en  même  temps 
que  sa  maîtresse,  le  20  mai  (  i^^  prairial).  Les  Girondins,  réfugiés  à 
Saint-Émilion,  recevaient  quelques  journaux  :  ils  pouvaient  lire  les 
listes  des  guillotinés,  leurs  qualités^  leurs  professions.  En  tenant 
compte  du  temps  nécessaire  pour  que  ces  journaux  parvinssent  de  Paris 
à  Saint-Émilioa,  on  peut  admettre  que  la  lettre  de  Petion  aura  été 
écrite  dans  les  premiers  jours  de  prairial  (dernier  de  mai),  bien  peu  de 
temps  avant  qu'il  ne  fût  contraint  de  mettre  sa  funeste  résolution  à 
exécution.  > 

M.  Charles  Vatel  ajoute  encore  ces  renseignements  :  «  La  pièce 
est  intacte,  très-bien  conservée,  avec  ses  quatre  plis  et  sa  marge, 
suivant  Thabitude  invai^abie.  de  Petion.  Pour  savoir  comment  elle  nous 
est  parvenue ,  suivons  Fit^Aéraire  des  autres  papiers  des  Girondins. 
Saisis  par  Marc -Antoine  JuUien,  le  proconsul  de  Bordeaux,  ils  ont  été 
expédiés,  par  estafette,  au  Comité  de  Salut  public  et  remis  à  Robes- 
pierre. De  là,  ils  sont  passés  entre  les  mains  de  René  Vatar,  l'imprimeur 
particulier  du  Comité  et  du  Journal  des  hommes  libres.  Puis  après  le 
9  thermidor,  ils  ont  été  communiqués  p^  Vatar  à  ses  coreligionnaires 
politiques,  Laurent  Lecointre,  Bassal,  son  àmi,  et  le  conventionnel 
Charles  Du  val,  l'un  des  rédacteurs  du  journal  de  Vatar.  Ses  succes- 
seurs ont  été  successivement  sa  fille;  Caroline  Duval,  M.  Raveau,  mari 
de  cette  dernière,  un  sieur  Rozier,  son  neveu,  un  sieur  Chauliac  et, 
finalement,  M.  France,  qui  a  vendu  l'ensemble  de  ces  manuscrits  en 
1864.  Telle  est  la  route  qu'a  dû  suivre  la  lettre  de  Petion.  Il  serait  inté- 
ressant de  savoir  comment  elle  est  parvenue  à  son  dernier  possesseur.  » 

Le  20  juin  1794,  Buzot  et  Petion,  traqués  par  Marc-Antoine  JuUien, 
envoyé  du  Comité  de  Salut  public  à  Bordeaux,  quittèrent  leur  retraite 
et  s'enfuirent  dans  les  bois  de  Cafol,  près  de  Castillon  sur  Dordogne. 
Là,  ib  se  donnèrent  la  mort  et  on  trouva  leurs  cadavres  à  demi  dévorés 
par  ks  chiens. 

Un  point  curieux  de  Tartiicle  de  Petion  est  celui  qui  concerne  les 
petites  guillotines  données  aux  enfants  comme  joujoux.  Ce  feit  bizarre, 
qu'on  pourrait  imputer  à  la  haine  de  Petion  contre  ses  adversaires  po- 
litiqueSy  paraît  confirmé  par  les  détails  suivants  :  Le  représentant  Le- 
jeune,  dit  le  Moniteur  du  18  prairial  an  III  (6  juin  1795),  est  accusé 
d'avoir  h\t  périr  sur  Téchafaud  un  grand  nombre  de  patriotes,  c  Lejeune, 
pour  repaître  son  imagination  sanguinaire,  avait  £ût  construire  une 


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6a 


REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 


petite  Ettillotine  avec  laquelle  il  coupait  le  cou  i  toutes  les  volailles  des- 
tinées pour  sa  table  ;  il  s'en  servait  mime  pour  couper  les  firuits.  Sou^ 
vent,  au  milieu  des  repas,  il  se  fidsait  apporter  cet  instrument  de  mort 
et  en  fusait  admirer  le  jeu  4  tous  les  convives.  Cette  guillotine  est  dé* 
posée  au  Comité  de  législation.  •  (i)  D'ailleurs,  la  guillotine  servait 
d'emblème  :  le  cachet  ft  la  guillotine  a  été  reproduit  par  M.  Charles 
Vatel;  l'assiette  i  la  guillotine,  si  discutée,  a  £ût  l'objet  d'un  travail  de 
M.  Gustave  Gouellatn  (s).  Enfin,  M.  Vatel' possède  une  tabatière  qui 
porte  sous  le  verre  du  couvercle  une  image  coloriée  de  la  guillotine. 
J'en  reproduis  ici  la  figuratidn  : 


il)  Ce  Mt  m  coaMl§BénMûiMnÊ  In  Mémoiret  de  MémmBiel,)iw,  11. 
(3)  VassieUe  dite  à  la  guillotime  ptr  Gasuvt  GoaeUaia,  avM  unt  plaacbt  ea  cookur  ; 
Ptrii,  Jotttatt,  187s,  io-8. 


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ÉTABLISSEMENT  DE  CARROSSES  DE  PLACE 

A  VERSAILLES  EN    1768 


M.  F.  Pouy  me  communique  la  copie  d'une  denumde  de  priril^  au 
roi  Louis  XV  pour  l'établissement  des  carrosses  de  place,  dits  fiacres,  ft 
Versailles,  en  1768. 

Le  S.  de  la  Borde,  huis^er,  du  cfibinet  de  la  Reine,  suplk  sa 
Majesté  de  Touloir  bkn  lui  accorder  le  privilège  exclusif  d'établir 
dans  la  ville  de  Versailles  des  Çiarpsses  de  place  dits  Fiacres,  avec 
la  faculté  de  suivre  la  cour  dans  les  grands  voyages  de  sa 
Majesté  et  de  conduire  dans  tous  les  environs  de  cette  ville,  i 
Texception  des  endroits  où  les  voitures  de  la  cour  ont  bureau 
étabU. 

AL  le  comte  de  Noailles,  qui  protège  le  s' de  la  Borde  et  qui 
a  connaissance  de  sa  demande,  Ta  recommandé  au  secrétaire 
d'état  chargé  de  rendre  compte  de  ces  objets  à  sa  Majesté. 

On  propose  i  sa  Majesté  de  fixer  ce  privilège  à  i5  années 
par  des  lettres  patentes  qui  seront  expédiées  aux  conditions 
qu'il  ne  dérogera  en  rien  au  privilège  des  voitures  de  la  cour  et 
de  plus  qu'il  payera  à  la  caisse  des  écoles  vétérinaires  2  ^  par 
jour  pour  chaque  carosse  pour  la  i^  aimée,  3  '  pour  la  seconde 
et  4  ^  pour  les  années  subséquentes. 


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LOUIS   XIII 


J'ai  réuni  trois  lettres  du  roi  Louis  XIII  ;  je  vais  les  publier  successi- 
vement. La  première  est  datée  de  Laleu,  le  4  octobre  1628  ;  Louis  XIII 
rend  compte  à  sa  mère  d'une  attaque  des  Anglais  pour  secourir  La  Ro- 
cheUe  (i): 

Madame 

Les  Anglois  sont  venus  rataquer  ce  matin  nostre  année 
navalle  et  nous  ont  anvoyié  onze  bnileaux,  lesquels  ont  esté 
tous  arestés  par  nos  chaloupes  qui  ont  très  bien  fait  leur  devoir. 
Jjt  conbat  a  duré  2  heures,  et  a  esté  tiré  du  costé  des  enemis 
douze  ou  quinze  sans  coups  de  canon  un  peu  de  loin.  Ils 
n'osent  plus  aprochér  de  nous  à  cause  des  bateries  de  terre.  De 
nostre  costé  il  a  esté  tiré  des  vesseaux  quelque  460  coups  de 
canon  et  des  bateries  de  Chef  de  bois  60.  Nous  n'avons  pas 
voulu  tirer  davantage  parce  que  ils  estoint  trop  loin.  J'ay  dé- 
fandu  à  nos  vesseaux  que  une  autre  fois  de  ne  plus  tirer  que  à 
trois  cens  pas  et  de  laisér  tirer  les  enemis  sans  leur  faire  réponce, 
si  ils  tirent  de  loin  comme  ils  ont  fait  aujourduy.  J'oubliois  à 
vous  dire  que  le  feu  a  pris  à  un  vesseau  des  leurs  et  avons  veu 
sottér  tout  ce  qui  estoit  dedans.  Nous  croyions  que  ils  nous 
attaquerons  encore  toutes  les  marées,  tant  qu'ils  auront  de  bru- 
leaux,  et  que,  quand  ils  auront  jette  tous  leurs  dits  bruleaux, 
ils  s'en  iront  sans  oser  attaquer  ta  digue.  Le  vesseau  de  Sou- 

(t)  L'original  de  cette  pièce  est  actuell'ïment  entre  mes  mains. 


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LOUIS  XIII  65 

bise  (i)  n'a  pas  aproché  d'une  lieue  et  demie  de  nostre  année  et 

tiroit  force  coups  de  canon  qui  ne  venoient  pas  à  moitié  chemin. 

Il  n'a  esté  tué  aujourduy  ny  blesé  aucun  des  nostres  (2).  Tout  le 

monde  a  veu  donner  dans  leurs  vesseaux  sinq  ou  six  coups  de 

canon  des  nostres  sans  ceux  que  nous  ne  pouvons  pas  avoir 

veux.  Le  conbat  a  commancé  entre  six  et  sept  et  finy  à  neuf 

heure.  Si  ils  font  toujours  comme  ils  ont  fait  aujourduy  ils  ne 

couront  pas  grand  hazart,  car  ils  tirent  de  bien  loin.  Je  ne 

manqueray  à  vous  donner  avis  de  tout  ce  qui  se  passera.  Je 

vous  suplîe  de  m'aimer  toujours  en  vos  bones  grâces  et  de 

croire  que  je  suis 

Madame 

Vostre  très  humble  et  très  obéisant  fils 

LOUIS. 

A  Laleu  ce  4™*  octobre  1628, 
à  dix  heures  du  matin. 

J'ettoîs  à  la  baterie  une  heure  devant  que  le  conbat  eut  com- 
mancé. 

La  flotte  anglaise,  forte  de  cent  quarante  navires  montés  par  six 
mille  hommes,  était  arrivée  en  vue  de  La  Rochelle  le  29  septembre. 
Elle  n'attaqua  Tarmée  royale  que  le  3  octobre  et  tira  contre  elle 
cinq  mille  coups  de  canon  qui  ne  tuèrent  que  28  hommes.  Le  lende- 
main elle  renouvela  son  attaque  •  avec  Ain  égal  succès ,  ainsi  que 
Louis  XIII,  présent  au  combat,  s'empressa  de  le  mander  à  sa  mère 
par  la  lettre  précédente.  Les  Anglais  bornèrent  là  leurs  efforts  pour 
délivrer  La  Rochelle  qui  se  rendit  le  28  octobre. 

La  seconde  lettre  de  Louis  XIII,  datée  de  Sainte-Geneviève-des- 
Bob,  près  Corbeil,  le  23  novembre  i638,  est  relative  à  la  campagne 
de  ]638.  Le  duc  Bernard  de  Saxe-Weimar  assiégeait  Brisach,  tandis 
que  le  duc  de  Longueville  tenait  tête  en  Franche-Comté  au  duc  de 
Lorraine.  Ce  dernier,  après  de  vains  efiforts  pour  secourir  Brisach, 
s'empara  de  Lunéville  ;  le  duc  de  Longueville  vint  assiéger  cette  place 
venlafindu  mois  d'octobre;  il  la  prit  dans  les  premiers  jours  de 
novembre  et  fit  environ  600  prisonniers,  parmi  lesquels  le  sieur  De  Ville, 

(1)  Benjamia  de  Rohan,  deuxième  fils  de  Catherine  de  Parthenay. 
(3)  Bazin  {JRisUHre  de  France  sous  Louis  XIII,  t.  II,  p.  109)  dit  que  Tannée  rojftle  perdit 
six  hommes. 

TOBIE  111.  9 


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66  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

principal  ministre  du  duc  de  Lorraine  (i).  Lx>uis  XIII  se  réjouit  de  cette 
nouvelle  dans  la  lettre  suivante,  qui  m'est  communiquée  par  M.  Delau- 
nay,  de  Corbeil  : 

De  S^«  Geneviève  des  Bois  ce  23*  novambre  i638. 

J'ay  esté  bien  aise  d'aprandre  la  prise  de  Lunéville.  Je  vou- 
drois  que  Deville  fut  où  vous  le  souhétés.  Si  la  nouvelle  de 
M'  de  Vilarceaux  est  vraye  de  la  défaite  de  M'  de  Loraine,  je 
tiens  Brisac  pris  dans  peu  de  temps.  Je  trouve  bon  que  on  face 
revenir  d'Italie  les  rég^s  de  Freseliere  et  Canisi. 

Il  est  très  à  propos  d'envoyier  le  régt  de  La  Tour  à  Casai. 
Je  le  voudrois  envoyiér  par  mer  jusque  à  Nice  de  peur  qui  se 
débande  par  les  chemins. 

Je  trouve  aussi  bon  que  on  envoyé  les  rég^s  que  vous  me 
mandés  à  Pignerol  et  dans  les  valées  de  Dauphiné. 

J'aprouve  le  choix  de  la  religieuse  du  lis  pour  renplir  la  place 
de  i'abesse  à  qui  j'ay  doné  Tabaye  de  Jouare. 

LOUIS. 
La  troisième  lettre,  datée  de  Saint-Germain-en-Laye  le  ii  dé> 
cembre  1640,  est  adressée  â  Claude  de  Bullion,  surintendant  des 
finances  et  garde  des  sceaux,  serviteur  dévoué  du  cardinal  de  Richelieu. 
Louis  Xlll  défend  qu'on  expédie  aucune  affaire  au  sieur  de  Cinq-Mars 
sans  son  exprès  commandement.  Â  la  fin  de  Tannée  1640  cependant, 
le  roi  semblait  ne  pouvoir  se  passer  de  son  favori  qu'il  comblait  de 
faveurs.  Cette  lettre,  qui  m'est  communiquée  par  mon  ami  M.  Alfred 
Bovet,  prouve  que  dès  cette  époque  Louis  XIII,  prévenu  par  Richelieu 
et  mécontent  de  Tarrogance  du  grand  écuyer,  prenait  des  mesures 
contre  Cinq-Mars  qui  ne  fut  arrêté  que  le  1 1  juin  1642. 

De  S^  Germain  en  Laye  ce  1 1®  décembre  1640. 
Mons'  de  Bulion,  je  vous  escris  cette  lettre  pour  vous  faire 
savoir  que  mon  intantion  est  que  vous  n'expediyés  aucune  afaire 
ny  aucun  don  au  s'  de  Cinc  Mars,  mon  grand  Ecuier,  sans 
mon  exprès  comandement,  et  ce  sur  peine  d'ancourir  mon  in- 
dignation, à  quoy  croyiant  que  vous  ne  ferés  faute,  je  finiray 
en  priant  Dieu,  M' de  Bulion,  qu'il  vous  tienne  en  sa  s^e  garde. 

LOUIS. 
(1)  Mémoires  de  Richelieu,  coll.  Micbaud,  t  XXIII.  p.  366. 


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HENRI    III 


LES   RÉFORMÉS   DANS  LE  VIVARAIS 


en   1677 


M.  Firmin  Boissin  me  communique  la  copie  d'une  lettre  du  roi 
Henri  III,  écrite  le  3o  juin  iSyy  à  t  M.  de  La  Barge,  chevalier  du- 
dii  seigneur,  conseiller  en  son  conseil  privé ,  capitaine  de  5o  lances  de 
SCS  ordonnances  et  son  lieutenant -général  en  Vivarais,  et  en  son 
absence  au  sieur  de  Peloux,  commandant  audit  gouvernement.  » 

Henri  III  avait,  au  mois  de  mai  1 576,  accordé  aux  Huguenots,  par 
un  édit  de  pacification,  l'exercice  public  de  leur  religion.  Les  catho- 
liques indignés  se  soulevèrent  et  formèrent  la  Sainte  Ligue  ;  les  États 
de  Blois  arrêtèrent  le  26  décembre  1 576  que  le  roi  serait  supplié  de 
réunir  tous  ses  sujets  à  la  religion  catholique  c  par  les  meilleures  et 
plus  saintes  voies  et  moyens  que  faire  se  pourroit  »  et  d'expuber  de 
Fiance  tous  les  ministres  de  la  religion  prétendue  réformée.  Le  i*' jan- 
vier 1577,  Henri  III  déclara  aux  députés  des  États  €  que,  suivant  leur 
advis  et  requeste,  il  n'entendoit  et  ne  vouloit  qu'en  tout  son  roiausme 
il  y  eust  exercice  de  religion  autre  que  de  la  catholique ,  apostolique 
et  rommaine  ;  et  qu'il  revoquoit  ce  qu'au  contraire  il  auroit  accordé 


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68  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

par  le  dernier  édit  de  pacification,  comme  par  force  et  contrainte  »  (i). 
Cette  déclaration  ralluma  la  guerre  civile  :  le  roi  de  Navarre,  le  prince 
de  Condé  et  le  maréchal  Damville  se  soulevèrent,  et  le  duc  d'Alençon 
marcha  contre  les  rebelles.  Cepedlant  Henri  III  Élisait  connaître  aux 
commandants  des  provinces  ses  intentions  à  Fégard  des  Réformés  ;  il 
les  leur  rappela  au  mois  de  juin  par  la  lettre  suivante,  adressée,  comme 
je  Tai  dit,  à  son  lieutenant-général  en  Vivarais. 

Monsieur  de  la  Barge,  je  ne  doubte  pas  que,  suivant  le  mé- 
moire que  je  vous  ay  cy  devant  envoyé  contenant  la  déclaration 
de  mon  intention  à  Tendroict  de  ceulx  de  la  nouvelle  opinion 
et  aultres  leurs  adhérans,  vous  n'ayez  faict  appeler  devant  vous 
ceulx  de  votre  charge  pour  leur  faire  entendre  ma  dicte  intention 
quant  à  fere  fere  les  promesses  et  submissions  y  contenues 
à  ceulx  qui  se  seront  présentez.  Mais  comme  j'ay  esté  adverty 
qu'il  y  en  a  encore  plusieurs  de  ceulx  qui  sont  demeurez  paisi- 
blement en  leurs  maisons,  lesquels  ne  se  sont  mis  en  aucun 
devoir  de  fere  les  diaes  submissions  y  contenues,  ce  qui  faict 
toujours  doubter  et  craindre  qu'il  leur  demeure  quelque  mau- 
vaise volunté  pour  Texécuter  quand  ils  verront  l'occasion.  Et 
pour  ce,  je  désire  que  s'il  y  en  a  en  l'estendue  de  votre  dicte 
charge  qui  n'ayent  faia  les  dictes  submissions,  vous  et  les  bailliz 
de  l'estendue  d'icelle,  les  faciez  appeler  et  venir  devant  vous, 
leur  fète  fère  les  dictes  submissions  et  en  retirez  d'eulx  ung  acte 
signé  de  leurs  mains,  conune  il  est  déclaré  par  les  dicts  articles 
et  lettres  par  nous  à  vous  et  à  nos  bailliz  et  sénéchaux  envoyez. 
Et  d'autant  que  j'ay  aussi  entendu  que  quelques-ungs  de  ceulx 
qui  se  sont  eslevez  en  armes  contre  mon  service  et  auaorité 
reviennent  aprez  en  leurs  maisons,  ce  qui  n'est  pas  comme  il 
est  à  croire,  sinon  pour  se  remonter  d'argent  et  de  chevaux 
pour  avoir  moyen  de  continuer  leurs  mauvaises  délibérations, 
vous  enquerrez  et  sçaurez  s'il  y  en  aura  aucuns  qui  se  soient 
retirez  en  votre  dicte  charge,  et  les  ferez  prendre  et  mettre  pri- 
sonniers, et  incontinent  m'advertirez  de  leurs  noms  et  demeu- 

(t)  Journal  de  t^Estoille,  coll.  Michaad.  t.  XIV,  p.  8o. 


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HENRI    ni  69 

rances,  en  quoy  m'assurant  que  vous  n'obmettez  rien  de  ce  qui 
sera  requis  pour  Texécution  de  ma  dicte  intention. 

Je  prieray  Dieu  qu'il  vous  ayt,  monsieur  de  la  Barge,  en  sa 
saincte  garde. 

Escrit  à  Chastellerauit  le  dernier  jour  de  juin  1 577. 

HENRY. 

La  guerre  ne  se  prolongea  pas  longtemps  ;  catholiques  et  huguenots 
étaient  las  de  tant  de  désordres  ;  les  subsides  manquaient.  Le  17  sep- 
tembre 1577,  un  traité  fut  signé  à  Bergerac;  l'édit  de  pacification  fut 
publié  à  son  de  trompe  dans  les  carrefours  de  Paris  le  samedi  5  octobre. 
L'Estoille  assure  qu'il  fut  fort  mal  accueilli  et  il  rapporte  à  ce  sujet 
Tanecdote  suivante  :  «  Decest  édit,  frère  Maurice  Poncet,  docteur  fort 
renommé,  curé  de  Saint- Pierre  des  Arsis  et  ung  des  bons  et  renommés 
prédicateurs  de  Paris ,  preschant  dans  Téglise  Saint-Supplice  à  Paris, 
où  j'estois,  dit  ces  mots  :  «  J'oy  tousjours  crier  par  ces  rues  Tédit  du 
Roy  Élit  avec  ceux  de  la  nouvelle  opinion  pour  la  pacification  des 
troubles  et  leurs  fiebvres  quartaines.  Devant  que  jamais  il  fust  fait  on 
m'en  demanda  mon  advis  ;  monsieur  nostre  maistre  (me  dit  Ton)  :  que 
vous  en  semble? —  Il  me  semble,  leur  dy-je  lors  tout  hautement  et 
franchement  (comme  je  feray  toujours  en  telles  matières,  y  allast-il  de 
ma  teste  et  de  ma  vie),  que  Tédit  et  ceux  qui  Font  fait  et  les  conseillers 
d'icelui,  que  tout  n'envault  rien.  —  Taisés-vous!  taisés-vous!  monsieur 
nostre  maistre  fme  respondirent-ils)  ;  ce  n'est  que  pour  les  attraper. 
De  ma  part,  je  vous  déclare,  si  j*estois  huguenot,  que  je  ne  m'y 
fierois  pas.  Ils  ont  autant  d'ame  trestous  comme  des  mulets.  » 


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NAPOLEON   I" 

SÉJOUR  A  L'ILE  D'AIX  ET  A  ROCHEFORT  EN  JUILLET  i8i5 


M.  Garnier,  imprimeur  à  Chartres,  a  bien  voulu  me  transmettre  les 
copies  de  trois  pièces  qui  concernent  le  séjour  de  Napoléon  à  Hle 
d'Aix  et  à  Rochefort  en  i8i5.  Napoléon,  après  son  abdication  (22  juin 
181 5),  fut  envoyé  par  le  gouvernement  provisoire  a  Rochefort,  sous  la 
conduite  du  général  Beker.  Parti  de  la  Malmaison  le  29  juin,  il  n'arri\'a 
que  le  4  juillet  à  Rochefort  où  il  trouva  les  frégates  la  Saale  et  la 
Méduse  mises  à  sa  disposition.  Mais  Napoléon,  qui  n'avait  pu  se  décider 
à  accepter  les  moyens  de  fuite  qui  lui  étaient  proposés,  résolut  de  se 
confier  à  ses  ennemis,  et  le  i3  juillet  il  écrivit  au  prince  régent  d'An- 
gleterre qu'il  venait,  comme  Thémistocle,  s'asseoir  au  foyer  du  peuple 
britannique.  Ce  même  jour,  le  comte  de  Jaucourt,  ministre  de  la  ma- 
rine, ignorant  encore  la  décision  de  Napoléon ,  dépêcha  à  Rochefort 
le  capitaine  de  frégate  Henri  de  Rigny  (i),  accompagné  du  lieutenant 
de  vaisseau  Fleuriau,  afin  de  s'assurer  de  la  pen^onne  de  Tex-cmpereur. 
Il  lui  donna  les  instructions  suivantes  que  je  n'ai  pas  trouvées  men- 
tionnées par  les  historiens. 

Paris,  le  1 3  juillet  181 5. 

Monsieur,  vous  ferés  à  Tinstant  toutes  vos  dispositions  pour 
vous  rendre  à  Rochefort  et  vous  scrés  accompagné  par  M.  Fleu- 
riau, lieutenant  de  vaisseau,  qui,  s'il  y  a  lieu,  vous  secondera 
dans  la  mission  que  vous  avés  à  remplir  et  exécutera  les  ordres 
quMl  recevra  de  vous. 

Voici  l'objet  de  votre  mission  : 

1°  Napoléon  Buonapartc  doit  être  actuellement  embarqué 
sur  la  frégate  la  Saale,  commandée  par  M.  Philibert,  cap*"  de 

(i)  Henri  Gauthier,  com  c  de  Rigny,  né  à  Toul  le  2  février  178a,  était  capitaine  de  frégate 
depui<«  181 1.  I^  victoire  de  Navann  en  1827  lui  valut  le  grade  de  vice-amiral.  Il  mourut  à 
Paris  le  7  novembre  i835. 


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NAPOLÉON   1*'  71 

vaisseau,  et  si  M.  le  B^  Bonnefoux,  préfet  maritime,  s'est 
conformé  aux  ordres  que  je  luf  ai  adressés  le  1  o  de  ce  mois, 
une  seconde  frégate  et  un  aviso  qui  avaient  été  mis  sous  le 
commandement  de  M.  Philibert  ont  dû  quitter  la  rade  de  Tlsle 
d'Aix  et  remonter  la  Charente. 

Vous  vérifierez  quel  est  Tétat  des  choses  à  cet  égard;  quelles 
sont  les  dispositions  des  esprits  à  Rochefort;  quelle  sensation  y 
a  produite  l'arrivée  de  Napoléon  Buonaparte,  quelle  conduite  il 
y  a  tenue;  vous  vous  assurerés  de  la  manière  la  plus  positive 
auprès  de  M.  le  B^  Bonnefoux  si  Napoléon  Buonaparte  est 
ou  non  à  bord  de  la  frégate  la  Saale;  si,  depuis  qu'il  est  embar- 
qué, il  a  fait  des  tentatives  pour  se  faire  mettre  à  terre.  Dans 
ce  dernier  cas,  vous  demanderés  sur  quel  point  de  la  côte  il 
voulait  se  faire  conduire.  Vous  vérifierez  si,  dans  la  supposition 
de  son  débarquement,  des  mesures  ont  déjà  été  prises  pour 
s'assurer  de  sa  personne. 

2*  Napoléon  Buonaparte  embarqué  comme  passager  d'après 
les  ordres  du  Gouvernement  provisoire  qui  a  cessé  d'exister  dès 
le  moment  où  le  Roi  est  rentré  dans  sa  capitale  n'est  plus  au- 
jourd'huy  qu'un  prisonnier  placé  sur  une  frégate  c^u  Roi  et 
dont  le  commandant  est  responsable  à  Sa  Majesté  et  aux 
Souverains  ses  alliés.  Conséquamment  cette  frégate  ne  doit 
plus  sortir  de  la  rade  de  l'Isle  d'Aix  jusqu'à  nouvel  ordre  du 
Roi. 

3°  Napoléon  Buonaparte  n'est  pas  même  prisonnier  du  seul 
Roi  de  France,  il  est  celui  de  tous  les  Souverains  garants  des 
Traités  de  Paris  et  tous  les  princes  envers  lesquels  il  a  violé 
ses  propres  engagements  en  portant  la  guerre  et  la  révolte  en 
France,  ont  un  droit  égal  sur  sa  personne. 

4**  Dans  de  telles  circonstances,  il  est  donc  d'une  consé- 
quence naturelle  que  les  moyens  (quelque  soit  le  Souverain  qui 
peut  en  faire  un  prompt  usage)  propres  à  s'assurer  de  Napoléon 
Buonaparte  soyent  déployés  immédiatement;  et  ce  serait  en 
vain  que  le  Roi  de  France  tenterait  de  faire  prévaloir  la  géné- 


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72  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

rosité  si  naturelle  à  son  cœur;  il  ne  s'agit  pas  aujourd'huy  de 
sa  cause  personnelle  seulement,  il  s'agit  de  celle  de  toute  l'Eu- 
rope que  Napoléon  a  contraint  de  s'armer. 

5*  Je  vous  préviens,  en  conséquence,  que  le  Commandant 
des  forces  anglaises  qui  bloquent  les  rades  de  l'Isle  d'Aix  est 
chargé  par  son  gouvernement  de  sommer  le  commandant  du 
Bâtiment  sur  lequel  se  trouve  Napoléon  Buonaparte  de  le  lui 
remettre  immédiatement. 

6*  Je  vous  charge  en  conséquence  d'une  lettre  adressée  par 
M,  Crocker,  secrétaire  de  l'amirauté  d'Angleterre,  au  comman- 
dant de  cette  station.  J'y  joins  un  ordre  de  moi  à  M.  Philibert 
et  un  ordre  du  ministre  de  la  guerre  au  commandant  de  l'Isk 
d'Aix. 

J'enjoins  à  M.  Philibert  de  remettre  son  prisonnier  au  com- 
mandant anglais-,  le  Ministre  de  la  guerre  prescrit  au  com- 
mandant de  l'Isle  d'Aix  de  n'apporter  aucune  opposition  à 
l'exécution  de  cet  ordre  et  tous  deux  sont  prévenus  que  s'ils 
y  résistaient,  ils  seraient  responsables  du  sang  qui  coulerait  et 
qu'ils  s'établiraient  en  rébellion  ouverte  contre  le  Roi  leur 
légitime  Souverain  et  qu'ils  compromettraient  eux-mêmes 
l'existence  du  prisonnier,  s'ils  étaient  assés  coupables  ou  assés 
aveuglés  pour  s'exposer  sans  succès  à  un  combat  inégal  dans 
la  seule  intention  de  désobéir  aux  ordres  qu'ils  auront  reçus. 
Ceux  dont  vous  êtes  porteur  sont  donc  diaés  par  le  sentiment 
de  l'humanité  ;  ce  sentiment  a  seul  déterminé  dans  cette  cir- 
constance l'intervention  des  Ministres  du  Roi,  puisque  les  Sou- 
verains alliés  pourraient  agir  sans  le  concours  de  la  France. 

7**  Lorsque  vous  aurés  eu  avec  M.  de  Bonnefoux  des  con- 
férences suffisantes,  lorsque  vous  aurés  recueilli  des  notions 
bien  positives  sur  la  situation  des  Bâtiments  et  sur  la  présence 
de  Napoléon  Buonaparte,  vous  vous  rendrés  à  bord  du  com- 
mandant de  la  station  anglaise,  vous  lui  remettrés  les  pièces 
dont  vous  êtes  chargé,  vous  lui  ferés  part  dans  les  plus  grands 
détails  de  tout  ce  que  vous  aurés  recueilli  à  Rochefort  et  je 


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NAPOLÉON     I*'  73 

VOUS  autorise  même  à  lui  communiquer  la  présente  dépêche 
dont  les  dispositions  ont  été  concertées  avec  le  Ministre  de 
S.  M.  B.  afin  de  conserver  tous  les  égards,  tous  les  ména- 
gements que  la  circonstance  comportait  et  surtout  de  prévenir 
des  malheurs  qui  affligeraient  profondément  Sa  Majesté. 

8"  Dès  que  vous  croirés  pouvoir  le  faire  d'une  manière  par- 
faitement sure,  vous  me  rendrés  compte  de  votre  arrivée  à 
Rochefort,  de  ce  que  vous  aurés  appris  et  fait,  mais  si  votre 
correspondance  pouvait  être  compromise,  vous  vous  abstien- 
driés  de  m'écrire  et  vous  reviendriés  en  toute  diligence  à  Paris, 
aussitôt  que  le  commandant  de  la  station  anglaise  aurait  exé- 
cuté les  ordres  de  son  gouvernement  :  vous  lui  offirirés  de  vous 
charger  des  dépêches  qu'il  désirerait  faire  parvenir  à  Paris. 

Je  compte  entièrement,  Monsieur,  sur  votre  zèle,  sur  votre 
dévoûment  au  Roi  et  sur  votre  discrétion. 

J'annonce  à  M.  le  B°°  Bonnefoux  par  la  lettre  ci-jointe  que 
vous  vous  rendes  à  Rochefort  ainsi  que  M.  Fleuriau  pour 
remplir  une  mission  particulière  et  je  le  prie  de  satisfaire  aux 
demandes  que  vous  lui  adresserés  pour  tout  ce  qui  pourra 
assurer  le  succès  de  votre  mission. 

J'ai  l'honneur  de  vous  saluer. 

Le  Ministre  Secrétaire  d'Etat  au  dép^  de  la  Marine 
et  des  Colonies 

LE   d*^    DE  JAUCOURT. 

p.  s.  Il  est  bien  entendu  qu'il  ne  peut  y  avoir  aucune  espèce 
de  doute  sur  l'existence  de  Napoléon  Buonaparte  à  bord  d'un 
bâtiment  de  Sa  Majesté,  en  rade  de  l'Isle  d'Aix,  ou  sur  son 
évasion. 

Vous  êtes  donc  autorisé  à  communiquer  sous  le  secret  cette 
dépêche  à  M.  le  Baron  Bonnefoux  qui  devra  envoyer  un  offi- 
cier sûr  à  bord  du  bâtiment  sur  lequel  Napoléon  Buonaparte 
a  dû  s'embarquer  afin  de  s'assurer  de  sa  présence,  ou  de  son 
départ.  Cet  officier  vous  rapportera  ce  qu'il  aura  vérifié  et  il 
signera  sa  déclaration  sur  le  fait. 

TOME    III.  ÏO 


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74  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Vous  devés  aussi  prévoir  le  cas  où  Napoléon  Buonaparte  se 
voyant  menacé  par  la  station  anglaise  chercherait  à  s'enfermer 
dans  le  fort  de  Tlsle  d'Aix.  Alors  M.  le  Baron  Bonnefoux 
devra  interdire  toute  communication  avec  cette  Isle  et  la  faire 
cerner  par  des  embarcations  qui  s'empareront  de  Napoléon 
Buonaparte  s'il  tentait  de  s'évader  et  le  remettront  au  com- 
mandant de  la  station  anglaise. 

La  seconde  pièce  que  me  communique  M.  Garnier  est  un  rapport  du 
sous-commissairc  de  la  marine  Pickôme  qui  relate  les  détails  du  séjour 
de  Napoléon  à  Rochefort  et  de  son  embarquement  sur  le  Bellérophon, 

DÉTAILS  DEPUIS  l'aRRIVÉE  DE  l' EMPEREUR  EN  RADE 

Le  8  Napoléon  est  arrivé  à  bord  de  la  frégate  la  Saal^  où 
il  est  resté  avec  la  majeure  partie  de  sa  suite,  l'autre  ayant  été 
embarquée  sur  la  Méduse, 

Le  9,  il  est  descendu  pour  visiter  les  fortifications  de  l'Ile 
d'Aix. 

Le  10,  les  vents  étant  favorables  pour  partir,  mais  voyant 
qu'il  était  de  toute  impossibilité  d'éluder  la  vigilance  active  des 
croiseurs  anglais  dont  le  nombre  avait  considérablement  aug- 
menté depuis  quelques  jours  et  ayant  perdu  tout  espoir  d'ob- 
tenir les  saufs-conduits  qu'il  attendait,  et  qu'il  était  tromj^é  par 
la  commission  du  gouvernement,  et  ne  voulant  pas  exposer 
la  vie  de  700  marins  et  2  frégates,  pour  lui,  qui  ne  se  consi- 
dérait plus  que  comme  un  homme  ordinaire,  la  vie  de  ces  marins 
étant  plus  utile  pour  la  défense  de  la  patrie  qui  la  réclamait,  il 
se  décida  à  envoyer,  dans  la  nuit  du  10  au  1 1 ,  le  duc  de 
Rovigo  et  le  Conseiller  Las  Cases  en  parlementaire  sur  la 
mouche  n**  24,  qui  fut  à  bord  du  Bellérophon,  monté  par 
l'amiral  Hotham,  qu'elle  rencontra  à  6  lieues  dans  l'ouest  de 
la  tour  de  Chassiron,  ainsi  que  5  frégates,  2  corvettes,  plu- 
sieurs cutters  et  autres  bâtiments  légers. 

Le  1 1  au  matin,  le  parlementaire  fut  de  retour  sur  la  rade 


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NAPOLÉON   l"  75 

de  l'Ile  d'Aix,  et  les  messagers  rendirent  compte  à  Napoléon 
que  Tamiral  était  prêt  à  le  laisser  passer,  s'il  était  porteur  de 
saufs-conduits;  que  dans  le  cas  contraire,  si  sa  personne  courait 
quelque  danger,  en  restant  plus  longtemps  en  France,  il  pour- 
rait se  réfugier  à  bord  avec  sûreté,  mais,  sans  cependant  lui 
donner  aucune  garantie,  au  nom  de  son  gouvernement.  Le 
Bellérophon  et  2  frégates  anglaises  vinrent  accompagner  le 
parlementaire  jusqu'à  2  portées  de  canon  de  l'Ile,  où  ils  jet- 
tèrent  l'ancre,  car  ils  ignoraient,  jusqu'alors,  que  Napoléon  fut 
réellement  sur  la  rade,  croyant  que  l'on  avait  répandu  cette 
nouvelle,  à  l'Ile  de  Ré  et  à  Oleron,  pour  détourner  leur  sur- 
veillance d'un  autre  point  où  il  aurait  pu  s'embarquer  et  se 
sauver  avec  plus  de  facilité. 

La  nuit  du  11  au  12,  le  prince  Joseph  vint  visiter  Napo- 
léon :  il  lui  annonça  la  dissolution  du  gouvernement  et  l'entrée 
du  Roi  à  Paris. 

Le  lendemain  il  est  descendu  avec  toute  sa  suite  composée 
de  (A  personnes,  ses  bagages  et  ses  voitures,  qu'il  a  fait  dé- 
barquer de  l'Ile  d'Aix  ;  il  a  été  constamment  avec  son  frère, 
les  généraux  Bertrand,  Rovigo  et  L'Allemand. 

Le  12,  dans  la  nuit,  il  est  arrivé  à  l'Ile  d'Aix,  2  chaloupes 
demie-pontées  de  la  Rochelle,  qu'il  avait  fait  acheter  par  le 
Préfet.  Il  les  a  fait  armer  et  installer  de  suite  et  on  y  a  em- 
barqué des  provisions  et,  dans  la  nuit  du  1 3  au  14,  il  a  quitté 
l'Ile  avec  les  généraux  Bertrand,  L'Allemand  et  M.  de  Las- 
Cases  ainsi  que  quelques  personnes  de  sa  suite. 

Les  embarcations  se  dirigeant  au  large,  on  présumait  qu'elles 
allaient  prendre  la  mer,  malgré  que  la  clarté  de  la  lune  ne  leur 
était  pas  favorable,  mais  on  apprit  le  lendemain  qu'il  s'était 
rendu  à  bord  du  brick  français  VEpervier^  stationné  à  Boyard, 
près  d'Oleron,  l'autre  côté  de  la  rade. 

Le  général  Becker  fut  constamment  en  parlementaire  toute 
la  journée  du  14,  à  bord  de  l'amiral  anglais  et  le  soir,  à  son 
retour  auprès  de  Napoléon,  celui-ci  envoya  chercher  toute  sa 


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76  REVUE  DES    DOCUMENTS   HISTORIQUES 

suite  et  ses  bagages  à  Tlle  d'Aix,  qu'il  fit  embarquer  à  bord  du 
brick.  Dans  la  nuit  du  14  au  i5  il  mit  sous  voile,  en  parle- 
mentaire, et  se  fit  transporter  à  bord  du  Bellérophon,  que 
Tamiral  anglais  mit  à  sa  disposition;  d'où  il  a  écrit  au  Prince 
Régent,  que  nouveau  Thémistocle,  il  se  livrait  avec  confiance 
à  lui,  comptant  sur  sa  générosité  comme  le  plus  grand  et  le 
plus  loyal  de  ses  ennemis.  L'amiral  a  fait  partir  immédiate- 
ment sa  lettre  pour  le  prince  par  une  frégate  de  sa  croisière  à 
bord  de  laquelle  le  général  Gourgaud  et  le  conseiller  Las  Cases 
étaient  embarqués,  et  le  vaisseau  a  pris  en  même  tems  le 
large. 

On  ignore  qui  a  pu  le  déterminer  à  prendre  une  résolution 
aussi  désespérée,  car  il  y  avait  encore  quelques  chances  favo- 
rables à  tenter  avant  de  se  livrer,  surtout  d'après  les  disposi- 
tions que  l'on  avait  prises  pour  faciliter  son  départ  sur  les  deux 
chaloupes  de  la  Rochelle;  puisque  celui  des  frégates  devenait 
presqu'impossible,  il  est  probable  qu'il  aurait  passé,  puisque 
ces  embarcations  devaient  le  transporter  à  40  ou  5o  lieues  au 
large,  par  une  hauteur  donnée,  à  bord  d'un  smack  danois, 
sorti  depuis  24  heures  de  la  Charente,  chargé  d'eau-de-vie, 
pour  un  port  de  la  Hollande  où  il  était  supposé  devoir  se  rendre 
après  la  visite  qui  fut  faite  à  son  bord  par  la  croisière  anglaise 
devant  l'Ile  d'Aix,  qui  lui  permit  de  continuer  son  voyage 
d'après  la  vérification  de  ses  expéditions.  Ce  smack  devait  re- 
cevoir 200,000  firancs  s'il  parvenait  à  le  débarquer  à  la  Nou- 
velle-Orléans où  sa  suite  devait  aller  le  rejoindre,  mais  au  mo- 
ment d'exécuter  ce  projet  dont  le  succès  paraissait  certain. 
Napoléon  changea  de  résolution  disant  qu'il  ne  voulait  pas  se 
noyer. 

Il  a  été  très-bien  reçu  du  commandant  du  Bellérophon  que 
l'amiral  Hotham  montant  le  Superbe,  avait  mis  à  sa  disposi- 
tion, il  se  présenta  à  bord  en  uniforme  de  colonel  général  de 
chasseurs,  ainsi  que  les  généraux  et  autres  officiers  qui  l'accom- 
pagnaient et  qui  jusqu'à  ce  jour  étaient  restés  comme  lui  en 


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NAPOLEON    l*''  77 

boorgeoissur  la  Saal  et  dans  Tlleoù  d'après  ses  ordres  aucuns 
honneurs  militaires  ne  lui  ont  été  rendus. 

A  son  arrivée  à  bord  du  Bellérophon  il  a  témoigné  au 
capitaine  le  désir  de  voir  son  état-major  et  son  équipage  et  de 
visiter  l'intérieur  du  vaisseau,  ce  qui  lui  a  été  accordé. 

De  toute  sa  suite,  c'est  le  général  Bertrand  qui%  semble  être 
le  plus  affeaé  et  le  plus  absorbé  par  les  réflexions. 

Pour  extrait  conforme  au  journal  tenu  à  bord  de  la  Saal, 
par  le  soussigné  S.  Com'*  de  marine  emp*  aux  armements  du 
port  de  Rochefort,  pendant  son  séjour  en  rade  où  il  avait  été 
envoyé  par  M.  le  Préfet  maritime  pour  constater  l'embarque- 
ment de  Bonaparte  et  de  sa  suite. 

PiCKÔME. 

La  troisième  pièce  est  une  lettre  du  vice-amiral  anglais  Henry 
Hotham  adressée  au  capitaine  de  frégate  Henri  de  Rigny.  L'amiral 
accuse  réception  de  la  dépêche  du  comte  de  Jaucourt,  qui  devient  sans 
objet  par  suite  de  l'embarquement  de  Napoléon  sur  le  Bellérophon. 

H.  M.  Ship  Superb,  Basques  roads, 
July  i9^h  ,81 5. 
Sir, 
Monsieur  le  Lieutenant  Fleuriau  bas  delivered  the  lettcr  you 
hâve  donc  me  the  honor  to  address  to  me  and  the  dispatch 
you  was  charged  with  from  M*"  Croker,  the  secretary  of  the 
admiralty  of  Great  Britain;  the  object  of  which  has  been 
rendered  unnecessary,  as  you  observe,  by  the  embarkation  of 
Napoléon  on  board  one  of  H.  B.   M.  Ships,  in  which  he 
sailed  for  England  on  the  16**»,  and  as  M'  Croker  informs  me 
he  has  communicated  to  the  British  Government  the  purpost 
of  the  letter  you  took  charge  of,  there  will  be  no  occasion  to 
send  another  ship  to  England  on  that  account. 

Under  other  circumstances  I  should  hâve  bcen  happy  to 

hâve  had  the  honor  of  concerting  with  you  measures  for  the 

accompJishment  of  the  wishes  of  our  respective  Governments; 

and  under  those  which  exist  I  beg  leave  to  express  my  opinion 


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78  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

that  you  hâve  done  right  to  Keep  the  dispatches  you  was 
equally  entrusted  with,  for  the  Captain  of  the  Amphitrite,  and 
the  Commandant  of  Isle  d'Aix. 

I  shall  deliver  this  înto  the  hands  of  the  Lieutenant  Fleu- 
riau,  together  with  my  dispatches  for  M'  Croker,  which  I 
beg  leave  to  recommend  to  your  care.  I  request  you  will 
accept  the  assurances  of  my  high  considération,  and 

I  hâve  the  honor  to  be, 

Sir, 
your  very  obedient  servant 

Henry  Hotham 
rear-Admiral. 

A  bord  du  vaisseau  de  S.  M.  le  Superbe 
Baie  de  Biscaîe,  19  juillet  181 5. 

Monsieur, 

M.  le  lieutenant  Fleuriau  a  remis  la  lettre  que  vous  m'avez  fait  Thon- 
neur  de  m'adresser  et  la  dépêche  dont  vous  avez  chargé  M.  Croker, 
secrétaire  de  TAmirauté  de  la  Grande  Bretagne,  dont  le  but  a  été  rendu 
inutile,  comme  vous  le  faites  observer,  par  rembarquement  de  Napoléon 
à  bord  d'un  des  vaisseaux  de  S.  M.  sur  lequel  il  a  fait  voile  pour  l'An- 
gleterre, le  16,  et  comme  M.  Croker  m'apprend  qu'il  a  communiqué 
au  gouvernement  anglais  le  contenu  de  la  lettre  dont  vous  vous  étiez 
chargé,  il  n'y  aura  pas  lieu  d'envoyer  un  autre  vaisseau  en  Angleterre, 
à  ce  sujet. 

Dans  d'autres  circonstances,  j'aurais  été  heureux  de  m'entendre  avec 
vous  sur  les  mesures  à  prendre  pour  Taccomplissement  des  désirs  de 
nos  gouvernements  respectifs;  et,  dans  les  circonstances  présentes,  je 
demande  la  permission  d'exprimer  mon  sentiment  pour  déclarer  que 
vous  avez  bien  agi  en  gardant  les  dépêches  qui  vous  avaient  également 
été  confiées  pour  le  capitaine  de  VAmphitrite  et  le  commandant  de  l'île 
d'Aix. 

Je  remettrai  la  présente  missive  entre  les  mains  du  lieutenant  Fleu- 
riau, avec  mes  dépêches  pour  M.  Croker  que  je  prends  la  liberté  de 
recommander  a  vos  bons  soins. 


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NAPOLEON     I^'  79 

Je  VOUS  prie  de  vouloir  bien  recevoir  les  assurances  de  ma  haute 
considération,  et 

J'ai  rhonneur  d'être, 
Monsieur, 
Votre  très-obéissant  serviteur, 

Henry  Hotham, 

contre-amiral. 

L'étonnement  fiit  grand  en  Europe  quand  on  apprit  que  Napoléon 
s'était  volontairement  livré  aux  Anglais.  Le  gouvernement  britannique 
délibéra  aussitôt  sur  les  mesures  à  prendre  à  Tégard  de  son  prisonnier. 
«  Les  plus  savants  jurisconsultes  de  l'Angleterre,  consultés  à  cette 
occasion,  éprouvèrent  un  assez  grand  embarras.  Pourtant,  en  présence 
du  repos  universel  toujours  menacé  par  Napoléon,  cet  embarras  ne 
pouvait  pas  être  de  longue  durée.  Notre  qualité  de  Français  conservant 
une  sympathie  toute  naturelle  pour  le  vieux  compagnon  de  notre  gloire, 
ne  doit  pas  nous  faire  méconnaître  une  vérité  évidente,  c'est  que  l'Eu- 
rope, bouleversée  pendant  vingt  ans,  tout  récemment  encore  arrachée  à 
son  repos  et  réduite  à  verser  des  torrents  de  sang,  ne  pouvait  renoncer 
â  se  garantir  contre  les  nouvelles  entreprises,  toujours  à  redouter,  du 
plus  audacieux  génie  (i).  v  Aussi  arrêta-t-il  de  désigner  pour  prison  à 
l'ex-empereur  l'île  Sainte-Hélène,  située  au  milieu  de  l'Atlantique. 
Napoléon,  instruit  de  cette  décision,  protesta  le  4  août  181 5  contre  la 
conduite  de  l'Angleterre  ;  puis  il  choisit  pour  compagnons  de  captivité 
les  généraux  Bertrand,  Montholon  et  Gourgaud.  Il  dut  se  séparer  de  ses 
fidèles  serviteurs  Savary,  duc  de  Rovigo,  et  Lallemand,  car  les  ordres 
du  gouvernement  britannique  défendaient  à  ces  deux  généraux  de 
suivre  leur  maître.  Savary,  inquiet  de  cette  exclusion,  écrivit  à  Jacques 
Laffitte  la  lettre  qui  suit  : 

A  bord  du  Bellérophon  le  2  août  181 5. 

Conformément  à  ce  que  vous  m'avez  dit,  mon  cher  La  Fitte, 
je  fais  passer  à  M"  Boering  les  lettres  que  je  suis  dans  le 
cas  d'écrire  à  Paris.  J'ai  même  pris  la  liberté  de  réclamer 
leur  assistance  et  celle  de  leurs  amis  dans  la  position  où  je  me 
trouve.  Faites-moi  le  plaisir  de  me  recomander  à  leur  intérêt. 
On  me  persuade  icy  que  je  dois  être  transféré  en  France.  Je 

(i)  Histoire  du  Consulat  et  de  l'Empire  par  Ad.  Thîcrs,  t.  XX,  p.  562. 


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8o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

me  refuse  à  le  croire,  parce  que  ce  seroit  m'assassiner  sans 
motif  ni  de  justice,  ni  d'utilité,  vous  le  sçavez  bien. 

Dites  mille  choses  dé  ma  part  à  Perregaux  et  croyez  que 
quoi  qu'il  m'arrive  je  serai  toute  ma  vie  reconnaissant  de  vos 
bons  procédés. 

Savary  et  Lallemand  furent  conduits  à  Malte  pendant  que  le  Nor- 
thumberland  emportait  a  Sainte-Hélène  Napoléon  et  ses  compagnons. 
Pendant  sept  mois  ils  furent  enfermés  dans  le  fort  Emmanuel.  Dans  la 
nuit  du  7  au  8  avril  i8i6,  Savary  s'évada  et  parvint,  sur  une  chaloupe, 
à  Smyrne.  En  1819  il  rentra  à  Paris  pour  purger  le  jugement  qui  Tavait, 
le  25  décembre  18 16,  condamné  à  mort.  Il  fut  acquitte  et  rétabli  dans 
son  grade.  Il  s'occupa  dès  lors  de  l'achèvement  de  ses  Mémoires  com- 
mencés dans  la  prison  de  Malte.  Il  vivait  à  Rome  lors  de  la  révolution 
de  i83o.  Il  rentra  alors  à  Paris,  et  devint,  le  16  décembre  i83i,  com- 
mandant en  chef  de  Tarmée  d'Afrique,  et  mourut  à  Paris  le  2  juin  i833, 
à  l'âge  de  cinquante-neuf  ans. 


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FRANÇOIS-SÉVERIN  DESGRAVIERS  MARCEAU 


Pièce  par  laquelle  Marceau,  alors  capitaine  dans  la  légion  germanique* 
et  son  camarade  Richer  demandent  à  être  employés  dans  Fétat-major 
général  de  Tarmée  des  côtes  de  La  Rochelle. 

ÉTAT  BES  SERVICES  DES  CÎTOYENS  MARCEAU  ET  RICHER,   ACTUEL- 
LEMENT   CAPITAINES    DANS    LA   LEGION   GERMANIQUE. 

Marceau  a  servi  quatre  ans  en  qualité  de  sergent  dans  les 
troupes  de  ligne,  puis  au  mois  de  juillet  1789  est  entré  dans  la 
garde  nationale  parisienne  en  qualité  d^oflScier  jusqu'au  mois 
de  janvier  1790;  a  servi  depuis  en  qualité  de  capitaine  dans  la 
garde  nationale  de  Chartres  jusqu'au  mois  d'octobre  1791, 
q>oque  à  laquelle  il  s'est  enrôlé  comme  volontaire  dans  le 
i*'  bataillon  d'Eure  et  Loir  où  il  a  été  nommé  par  le  suffrage 
de  ses  concitoyens  capitaine,  puis  adjudant-major  par  le  gé- 
néral de  division,  puis  enfin  lieutenant-colonel,  où  il  a  fait  la 
guerre  jusqu'au  sept  novembre,  époque  à  laquelle  il  a  été 
nommé  par  le  ministre  de  la  guerre  Pache  lieutenant  en  i*' 
dans  les  cuirassiers  de  la  légion  germanique  où  il  sert  en 
qualité  de  capitaine,  place  que  lui  a  mérité  son  ancienneté 
daos  le  corps. 

Richer  a  servi  sept  ans  dans  les  troupes  de  ligne  puis  a  été, 
à  la  formation  de  la  garde  nationale  de  Chartres,  nommé  lieu- 
tenant, et  a  servi  en  cette  ditte  qualité  dans  les  grenadiers  de 
la  ditte  garde  nationale  jusqu'à  l'époque  du  mois  d'octo- 
bre 1791  où  il  s'est  enrôlé  comme  volontaire  et  a  été  élu  par 
le  suffrage  de  ses  concitoyens  à  la  place  de  capitaine  au  i*'  ba- 
taillon d'Eure  et  Loir,  grade  dans  lequel  il  a  fait  la  guerre 
jusqu'au  mois  de  novembre  qu'il  a  été  nommé  avec  son  cam- 
marade  Marceau  à  une  lieutenance  dans  les  cuirassiers  de  la 
légion  germanique  où  il  sert  en  qualité  de  capitaine,  place  que 
lui  a  valu  son  ancienneté  dans  le  corps. 

TOME  m.  Il 


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82  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Demandent  l'un  et  Tautre  à  être  employés  dans  Fctat-major 
de  Tannée. 


Nous  représentans  de  la  nation  députés  par  la  Convention 
nationale  près  Tarmée  des  Cotes  de  La  Rochelle  renvoyons 
la  présente  pétition  au  citoyen  chef  de  Tétat  major  avec  invi- 
tation d'y  faire  droit  s'il  est  possible. 

A  Tours  ce  ig  juin  ijgS,  Tan  deux  de  la  République  une 
et  indivisible. 


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PROCÈS  CONTRE  UNE  SORCIÈRE 


Mai    i655 


De  tout  temps  on  crut  aux  puissances  occultes  et  on  y  croit  encore, 
le  peuple  attribuant  volontiers  à  une  influence  surnaturelle  tout 
effet  qui  frappe  son  imagination  ou  qui  étonne  son  ignorance.  Au 
moyen  âge,  la  magie  dominait  les  esprits  inexperts  à  reconnaître  les 
causes  naturelles  des  choses  (i).  Ceux  qui  cultivaient  les  sciences 
étaient  suspects  de  rapports  avec  le  démon  ;  savant  et  médecin  étaient 
synonymes  de  sorcier  et  de  magicien.  Il  semble  que  cette  croyance  à 
l'intervention  de  la  sorcellerie  dans  la  médecine  soit  innée  chez 
l'homme,  car  on  la  retrouve  chez  les  sauvages,  qui  ne  reconnaissent 
qu'à  leurs  sorciers  le  don  de  guérir. 

S'il  y  eut  des  sorciers,  plus  grand  fut  encore  le  nombre  des  sor- 
cières. L'esprit  malin  s'attaque  plus  volontiers  aux  femmes,  et  ce  sont 
elles  qui  dansent  aux  grands  sabbats.  La  femme  a  en  elle  le  don  de 
soigner,  et  elle  s'est  toujours  occupée  de  l'étude  des  simples.  Si 
l'homme,  seul  apte  à  coordonner  des  ^lotions  systématiques,  s'est 
attribué  la  prérogative  d'exercer  l'art  merveilleux  de  la  médecine,  la 
femme  a  d'instinct  appris  à  guérir,  et  elle  a  arraché  aux  plantes  le 

(i)  Ci,  La  Magie  et  l'Astrologie  dans  l'antiquité  et  au  moyen»Sge  par  M.  Alfred 
Mtwy;  Ptrif,  Didier,  1860,  in-8. 


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84  REVUE   DES    DOCUMENTS   HISTORIQUES 

secret  de  leurs  vertus.  Yseult  la  Blonde  est,  du  viii*  au  xv  siècle,  le 
type  par  excellence  des  vierges  guérisseuses. 

La  recherche  des  propriétés  curatives  des  simples  conduisit  à  la 
découverte  de  leurs  principes  vénéneux.  L'emploi  de  ces  plantes,  leurs 
mystérieux  effets,  inspirèrent  une  terreur  superstitieuse.  On  attribua 
aux  femmes  qui  composèrent  leurs  remèdes  avec  ces  plantes  une 
influence  maligne,  et  de  là  naquirent  les  accusations  de  magie.  Quel- 
ques-unes de  ces  créatures  firent  servir  leur  science  à  des  actes  crimi- 
nels; on  les  poursuivit  comme  possédées  du  Démon.  Mis  à  la  torture, 
sorciers  et  sorcières  confessaient  leurs  prétendus  crimes  et  étaient 
punis  par  le  supplice  du  feu. 

Avec  le  moyen  âge  ne  disparut  pas  la  croyance  à  la  magie  :  les 
légistes  des  temps  modernes  ne  se  montrèrent  pas  moins  impitoyables 
que  leurs  devanciers,  et  au  xvii*  siècle  plusieurs  procès  de  sorcellerie 
firent  grand  bruit.  Ceux  de  Louis  Gaufifridi,  prêtre  de  Marseille,  brûlé 
à  Aix  en  1610  (i),  et  de  la  maréchale  d'Ancre,  sont  restés  fameux. 
Le  premier  fut  l'occasion  d'une  dissertation  sur  les  marques  des  sor- 
ciers due  à  un  médecin  d'Aix,  nommé  Jacques  Fontaine,  qui  dédia  son 
œuvre  à  Marie  de  Médicis  (2).  Fontaine  raconta  que  Gaufifridi  était 
marqué  en  plusieurs  endroits,  entre  autres  sur  les  reins,  et  qu'on  pou- 
vait fourrer  une  aiguille  avant  dans  la  chair  sans  produire  aucune  sen- 
sation. En  effet,  les  marques  que  Satan  imprime  à  ceux  qui  se  livrent 
à  lui  donnent  à  la  chair  une  complète  insensibilité  ;  les  parties  atteintes 
sont  comme  mortes,  «  rendues  telles  par  la  malice  du  Diable,  lequel 
ne  prétend  qu'à  la  mort  de  nostre  ame  et  de  nostrc  corps,  du  tout 
opposé  à  son  créateur.  »  De  là  une  certitude  entière  pour  distinguer 
les  marques  sataniques  des  autres  signes  qu'on  trouve  sur  le  corps  des 
hommes. 

La  dissertation  de  Fontaine  est  d'autant  plus  singulière  qu'elle  a  une 
prétention  scientifique.  C'est  comme  médecin  qu'il  donne  son  opinion 
sur  les  marques  des  sorciers. 
Les  théologiens,  de  leur  côté,  ne  manquaient  pas  d'étudier  et  de 

(i)  Ce  procès  est  longuement  raconté  par  Michelet  dans  La  Sorcière,  p.  313  et  tuir. 

(2)  Discovrs  des  marqves  des  sorciers  et  de  la  réelle  possession  que  le  diable  prend 
sur  le  corps  des  hommes.  Sur  le  subiect  du  proce^  de  l'abominable  et  détestable  Sor- 
cier Louys  Gau/ridy,  Prestre  bénéficié  en  VEgiise  Parrochiale  des  Accoules  de  Mar- 
seille^ qui  n'aguieres  a  esté  exécuté  à  Aix  par  Arrest  de  la  Cour  de  Parlement  de 
Prouence.  Dédie  a  la  Reine  Régente  de  France.  Par  lacqves  Fontaine  Conseiller  et 
Médecin  ordinaire  du  Roy,  et  premier  professeur  en  son  Vniuersité  de  Bourbon  en. 
a  ville  d'Aix.  A  Paris,  chez  Denis  Langlois,  rué  S.  lacques  près  les  lacobins.  M.D.CXT. 
Aucc  permission.  —  In- 12  de  45  page';. 


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PROCES   CONTRE   UNE   SORCIERE  85 

dévoiler  les  artifices  de  l'esprit  malin.  Vers  Ta  fin  du  xvii®  siècle,  le  Père 
Louis  Sinistrari  d'Ameno  composa  un  traité  De  Dœmonialitate^  où  il 
examina  les  rapports  de  Thomme  avec  Satan  (i).  Il  exposa  que  le 
Démon  ne  s'accole  aux  sorciers  et  aux  sorcières  qu'après  une  profes- 
sion solennelle  en  onze  cérémonies  :  !<>  conclusion  d'un  pacte  exprès 
avec  le  Démon  en  présence  de  témoins;  —  2*>  abjuration  de  la  foi 
catholique  ;  —  3«  rejet  de  toute  marque  de  Tordre  religieux  auquel  on 
appartient;  —  4°  serment  d'obéissance  et  de  soumission,  c  les  doigts 
posés  sur  un  certain  volume  très-noir  »;  —  5o  promesse  d'enrôler  dans 
leur  secte  d'autres  créatures  mâles  et  femelles; — 60  administration  par 
le  Démon  d'une  sorte  de  baptême  sacrilège,  qui  leur  confère  un  autre 
parrain  et  une  autre  marraine  et  un  nom  nouveau,  qui  le  plus  souvent 
est  un  sobriquet  bouffon  ;  —  7°  offrande  au  Diable  d'une  partie  de 
leurs  propres  vêtements;  —  8«  confirmation,  dans  un  cercle  tracé  sur 
la  terre  par  le  Démon,  des  serments  faits  précédemment;  —  90  demande 
au  Diable  d'être  rayés  du  livre  du  Christ  et  d'être  immatriculés  dans  le 
sien,  et  enregistrement  dans  le  livre  très-noir  sur  lequel  le  serment  a 
été  prêté;  —  10**  promesse  d'offrir  au  Diable,  à  des  époques  détermi- 
nées, des  sacrifices,  comme  le  meurtre  d'un  enÊmt;  —  11  <>  enfin,  après 
ces  épreuves,  le  Démon  marque  ses  fidèles  d'un  signe  qui  a  diverses 
formes.  «  Tantôt  c'est  l'image  d'un  lièvre,  tantôt  une  patte  de  crapaud, 
tantôt  une  araignée,  un  petit  chien,  un  loir.  Il  s'imprime  dans  les 
endroits  du  corps  les  plus  cachés  :  chez  les  hommes,  sous  les  pau- 
pières, ou  sous  l'aisselle,  ou  sur  les  lèvres,  sur  l'épaule,  au  fondement 
ou  ailleurs;  quant  aux  femmes,  c'est  généralement  aux  seins  ou  aux 
parties  sexuelles  (2).  » 

A  tous  les  documents  connus  sur  la  sorcellerie  au  xvii«  siècle,  j'a- 
joute un  procès  criminel  intenté  en  mai  i655  à  une  femme  nommée 
Barbille,  convaincue  de  sorcellerie.  L'affaire  fut  jugée  à  Moudon, 
petite  ville  de  Suisse,  située  dans  le  canton  de  Vaud.  La  malheureuse, 
qui  portait  sous  sa  langue  la  marque  satanique,  confessa,  après  la 
troisième  torture,  son  crime,  et  raconta  comment  elle  s'était  livrée  au 

<ij  Ce  curieux  traité  a  été  récemment  découvert  par  M.  Isidore  Liseux  qui  l'a  publié  sous 
ce  titre  :  De  la  Démoniaîité  et  des  animaux  Incubes  et  Succubes  où  fon  prouve  qu'il 
existe  sur  terre  des  créatures  raisonnables  autres  que  l'homme,  ayant  comme  lui  un 
corps  et  une  âme,  naissant  et  mourant  comme  lui,  rachetées  par  N.  S.  Jésus-Christ 
et  capables  de  salut  et  de  damnation,  par  le  R.  P.  Louis- Marie  Sinistrari  d'Ameno, 
de  tordre  des  Mineurs  Réformés  de  l'étroite  observance  de  S^-Franfois,  ouvrage 
inéiit  publié  d'après  le  manuscrit  original  et  traduit  du  latin  par  Isidore  Liseux  ; 
Paris,  Liseux,  1875,  în-8. 

h)  Le  Père  Sinistrari,  p.  19. 


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86  REVUE   DBS  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Démon.  On  verra  dans  ce  récit  des  détails  analogues  à  ceux  que  men- 
tionnent la  dissertation  du  médecin  Fontaine  et  le  traité  du  Père  Sinis- 
trari.  Je  publie  la  relation  de  ce  procès  d'après  l'onginal,  qui  porte  le 
sceau  du  châtelain  de  Moudon. 

S'ensuit  le  proceds  criminel  de  Barbille,  femme  de  Pierre 
Vesin,  de  Mouldon,  détenue  prisonnière  audit  lieu  pour  avoir 
esté  accusée  de  cas  de  sorcellerie  en  grandes  realitez  et  soustenuë 
par  confrontation  par  Genon,  fenune  d'Anthoyne  Ansonnet^du- 
dit  lieu,  dernièrement  suppliciée,  d'estre  autant  sorcière  qu'elle. 
Dont  leurs  Excellences  ayants  esté  adverdes,  comme  aussi  des 
déportements  de  ladite  Vesin,  on  Tauroit  en  suite  de  leur  or- 
donnance sérieusement  examinée  sur  ladite  accusation,  et  à 
confesser  ses  fautes  et  péchez,  après  avoir  esté  visitée  au  préa- 
lable quant  à  la  marque  satanique,  laquelle  luy  ayant  esté 
treuvée  sammedi  29  du  dernier  mois  d'apvril,  elle  en  auroit 
faict  négative  et  n'auroit  rien  voulu  confesser,  tellement  qu'on 
Tauroit  remise  au  lundi  suivant  à  penser  à  sa  conscience  et  à 
s'adviser,  sur  quel  jour  l'honorable  Justice  l'ayant  derechef 
exhortée  amiablement,  elle  a  esté  obstinée  comme  auparavaat 
et  à  nier  ladite  marque,  laquelle  ayant  esté  revisitée,  elle  f'est 
treuvée  disparue  (1),  laquelle  estoit  en  sa  langue. 

De  sorte  qu'on  auroit  pris  examen  de  sa  vie  et  ses  desporte- 
ments, et  pariceluy  s'estants  descouvertzde  grandscrimes  de  sor- 
celleries, on  auroit  eu  plus  ample  occasion  de  la  suivre.  Et  partant 
comme  convaincue  de  ladite  marque  par  l'attestation  sermen- 
taie  de  l'exécuteur,  laquelle  toutesfois  il  n'avoit  peu  espreuver, 
d'autant  que  bien  avant  en  la  langue,  on  Tauroit  adjugée  à  la 
simple  torture,  sécutivement  à  la  seconde  avec  la  petite  pierre, 
et  tiercement  à  la  troisième  avec  Ut  pierre  de  5o  livres,  de  jour 
à  autre  et  par  les  formalitez  usitées,  elle  seroit  tous)  ours  de- 
meurée en  son  obstination  et  n'auroit  voulu  confesser  aucun 

(i)  Jacques  FootaiM,  dans  rouvrafe  dté  plut  haut,  p.  i8,  examine  si  les  marques  dee 
sorciers  se  peuvent  eflacer  ou  non.  Il  raconte  que  Madeleine  de  La  Palud,  une  des  héroïnes 
du  procès  Gauffiridi,  Tit  ses  marques  disparaître  après  de  grandes  douleurs.  Les  théologieas 
difièrent  d*opinion  sur  le  point  de  savoir  si  c'est  Dien  ou  le  Démon  qui  effiMe  ces  marques. 


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PROCÈS  CONTEE   UNE  SORCIERE  87 

poinct  de  son  examen.  En  après  comme  on  auroit  faict  semblant 
de.rattacher  à  la  dernière  géhenne  avec  la  pierre  du  quintal  en 
laquelle  cependant  elle  n^a  esté  eslevée,  icelle,  après  encor 
sérieuse  exhortation  que  luy  a  esté  faicte,  a  confessé  ce  que 
s'ensuit  : 

Premièrement,  qu'il  y  a  environ  24  ans  que  s'en  venant  de 
certain  essert  Satan  s'apparut  i  elle  au  grand  chemin,  habillé 
de  noir  (i),  au  lieu  dit  vers  S^-Theodeloz,  qui  la  solicita  à  se 
bailler  à  lui,  lequel  s'estant  dédairé  à  elle  qu'il  estoit  le  diable, 
dk  invoqua  Dieu  et  il  se  disparut.  Et  deux  jours  après  il  se 
rappanit  à  elle  en  son  curtil  vers  le  portail  de  la  ville  dia  de 
Mauborget,  habillé  comme  devant  de  noir,  qui  avoit  les  pieds 
fendus  comme  un  boeuf,  qui  la  persuada  de  plus  fort  à  le 
prendre 'pour  son  maistre,  qu'elle  estoit  desjà  sienne  pour  avoir 
fakt  des  faux  jurements  et  devoit  renoncer  Dieu  son  créateur 
pour  s'abandonner  i  luy,  ce  qu^dle  fit  sans  autre  résistance,  et 
incontinent  il  la  marqua  avec  la  main  (2)  en  la  langue  au  lieu  où 
la  marque  avoit  esté  treuvée,  puis  luy  bailla  de  la  graisse  dans 
une  boitte  avec  commandement  d'en  faire  mourir  gens  et  bestes, 
et  luy  dit  qu'elle  devoit  souffler  contre  des  personnes  pour  les  faire 
mourir,  lequel  s'içpelloit  Pierrasset  Laquelle  graisse  peu  de 
temps  après  elle  jeaa  en  la  Broyé  (3),  et  une  autre  fois  il  luy  en  re- 
bailla et  du  pusset,  luy  ayant  recommandé  d'en  semer  par  des- 

(I)  Le  D^Doa  eroprantait  toutes  sortts  de  ferme*.  Le  Père  Sinistrari  riconu  {p.  33) 
|1iistoire  d'une  femme  nariée,  d'excellentes  mœurs,  nommée  Hierooyma,  qui  fût  poorsoiTie 
peodant  de  longneA  années  par  le  Démon.  L'esprit  malin,  dit  notre  théologies,  c  apparut  4  sa 
bcfle  soos  la  forme  d'un  jeane  garçon  ou  petit  homme  de  la  plus  grande  beauté,  4  la 
chevchire  dorée  et  frisée,  à  la  barbe  blonde  et  resplendissante  comme  Tor,  aux  yeux  glauques 
partBs  i  la  fleur  du  lin,  et,  pour  ajouter  au  charme,  élégamment  vitu  à  l'espagnole.  >  Pour 
toMcr  un  «fiacre  (p.  i33)  il  prit  les  formet  d'un  squelette,  d'an  cochoo,  d'un  oiseau,  et  même 
il  ei^uuta  la  figure  du  prieur  du  courent. 

{i)  Fontaine  (p.  17)  croit  que  Satan  marque  les  sorciers  avec  le  fer  chaud  et  un  ceruin 
oigacat  quH  applique  sur  les  parties  touchées.  D'autres  prétendent  qu'U  feit  cette  opération 
avec  le  doigt,  «  quand  il  a'eat  revestu  d'un  corps  humain  on  d'un  aérien.  1 

(3)  La  Broyé,  ririère  de  Suisse  qui  a  sa  source  près  de  Semsales,  dans  le  canton  de 
Fribovfi  et  qaif  aprèt  avoir  passé  à  Oitm,  Rue^  Moudon,  Payeme,  traTerse  le  lao  de  Morat, 
«I  aort  à  Sogics,  et  va  a*  f«t«r  dans  le  rive  droH*  du  lae  de  Nenchàtal,  près  da  La  Sauge. 


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88  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

SUS  les  herbes  des  jardins,  et  le  jecta  aussi  à  bas  Teau  sans  s'en 
estre  servie,  et  une  fois  il  la  voulut  battre  pour  ce  qu'elle  ne  voiî- 
loit  employer  la  graisse  qu'il  luy  bailloit,  tellement  que  crainte 
d'estre  battue  elle  en  essaya  en  une  sienne  beste  porcine  et  en 
une  chèvre  qui  en  moururent,  et  luy  avoit  persuadé  de  faire 
mourir  son  mari  et  ses  enfantz.  Et  luy  a  eu  baillé  de  l'argent, 
s'il  luy  sembloit  qui  ne  fut  que  feuilles  de  chesnes,  fors  une 
vieille  batz  (i)  qui  ne  valloit  rien. 

Item  a  confessé  avoir  faia  mourir  un  petit  enfant  masle  au 
Curial  dudit  Mouldon  soubsigné,  il  y  a  environ  1 8  ans,  ayant 
soufflé  contre  en  le  baisant. 

Item  un  autre  enfant  masle  à  feu  le  s' Isaac  Buttet,  il  y  a 
environ  dix  ans,  ayant  aussi  soufflé  contre  en  le  baisant. 

Item  un  autre  à  Pierre  Frarin,  meusnier  dudit  Mouldon, 
de  mesmes  ayant  soufflé  contre  en  le  tenant,  lequel  peu  de 
temps  après  devint  tout  galleux,  les  ongles  luy  tombèrent  de 
la  vioUence  du  mal  et  devint  comme  sec,  et,  ayant  langui 
long  temps,  il  en  mourut  il  y  a  environ  six  ans. 

Item  a  confessé  que  le  diable  se  faisoit  toucher  la  main  par 
icelle  et  luy  commandoit  de  toucher  quelque  personne  le  mesme 
jour  qu'il  la  toucheroit,  et  celuy  qu'elle  toucheroit  en  mouroit 
sans  user  d'autres  inventions. 

Item  a  confessé  avoir  baillé  mal  en  touchant  avec  sa  main 
gauche  sur  Tespaule  à  la  femme  d'Anthoni  Vayre  dudit 
Mouldon,  il  a  environ  trois  ans,  aux  dernières  monstres  géné- 
rales, estant  sur  le  pont  dudit  lieu,  qui  en  devint  subitement 
grandement  incommodée,  cependant  n'en  est  pas  morte,  et 
encor  à  présent  elle  en  est  grandement  incommodée  et  ne  peut 
qu'à  peine  travailler  la  vie  d'elle  et  de  sa  pauvre  famille. 

Item  a  confessé  avoir  esté  à  la  secte  diabolique  vers  la  ma- 
ladière  de  Mouldon  et  au  grand  pré  rière  ladite  ville,  en  laquelle 
elle  y  a  veu  et  cogneu  réellement  les  ci-devant  suppliciées,  item 
Catherine  Argaud  qui  s'est  sauvée  de  la  prison  où  on  l'avoit 

(i)    Monntie  de  Suisse  qui  T«ot  144  iScentiines  de  France. 


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PROCES  CONTRE   UNE  SORCIERE  89 

mise  après  avoir  subi  la  moyenne  torture  sans  avoir  rien  voulu 
eoûfésaer. 

Item^  Eve^  femme  de  François  Canin,  tisseran,  habitant 
audit  Mouldon,  desjà  précédemment  accusée  de  réalité  par 
Genon  Ansonnet,  laquelle  Eve  est  à  présent  détenue,  et  dont 
la  procédure  est  aussi  envoyée  à  leurs  Excellences  avec  la  pré- 
sente. 

Item  elle  y  a  veu  et  cogneu  et  y  est  allée  souvent  avec  la 
vefve  de  Jacques  Ribet  qu'estoit  charpentier  dudit  Mouldon,  et 
se  sont  fréquentées  dans  leurs  maisons,  parlants  souventz  des 
fadcts  de  sorcelleries,  laquelle  Ribet  luy  a  eu  confessé  d'avoir 
faict  mourir  une  moge  ou  génisse  à  honnorable  Jean  Dutoict,  et 
sousdent  que  c^est  ladite  Ribet  qui  a  eu  faict  perdre  à  diverses 
fois  le  laia  aux  vaches  dudit  Dutoict,  lequel  les  tient  en  une 
grange  là  près;  item  que  c^est  elle  qui  a  eu  faict  mourir  un 
cheval  à  Pierre  Bochard,  et  il  y  a  4  ans  qu'elle  scait  qu'elle  est 
sorcière,  lequel  bestail  par  effea  a  esté  mort  et  le  laict  s'est  perdu 
auxdites  vaches,  et  il  y  a  apparence  que  Tune  ou  l'autre  comme 
voisines  les  ayent  faiaes  mourir  et  ayent  faia  perdre  le  laia 
auxdites  vaches,  laquelle  Ribet  a  eu  tenu  un  mauvais  et  mal« 
heureux  train  à  son  mari  et  est  soupçonnée  de  l'avoir  faict 
mourir,  est  coustumière  à  des  maudissons,  jurementz  et  exécra- 
tions, et  a  esté  veuë  toute  noire  de  coups  par  le  visage  sans 
qu'on  ait  sceu  qui  l'avoit  battue. 

Item  y  a  veu  et  cogneu  formellement  Jaques  Vuagnierres 
dict  Simon,  favre  de  Mouldon,  qui  ont  eu  parlez  ensemble  de 
jour  vers  ledit  S*  Theodeloz  au  grand  chemin,  et  elle  luy  ayant 
dit  qu'il  avoit  baillé  les  malins  esprits  à  la  femme  d'Esdraz 
Viret  dudit  lieu,  il  s'en  rioit  et  respondit  que  si  mesmes  il  les 
luy  avoit  baillez  il  ne  s'en  repentiroit  pas  et  que  ladite  Viret 
estoir  comme  une  nommée  Connette.  Surquoy  ladite  détenue 
luy  répartit  qu'il  avoit  fairt  grand  péché  de  les  avoir  baillez  à 
une  femme  si  jeune.  Item  a  déclairé  que  ledit  Vuagnierres 
estoit  le  capitaine  de  la  bande  et  tant  sorcier  qu'il  n'en  pouvoit 
TOME  III.  12 


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90  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

plus  et  que  totalement  il  ne  vaut  rien,  lequel  a  desjà  esté  accusé 
par  d'autres  et  est  de  très  mauvaise  réputation  et  a  esté  desjà 
exilé  pour  avoir  commis  à  diverses  fois  acte  d'adultère. 
.  N'ayant  ladite  détenue  voulu  confesser  autre  chose  et  ayant 
requis  fin  de  proceds,  voire  soustenu  toutes  ses  confessions  et 
accusations  estre  bien  véritables  et  jouxte  icelles  vouloir  vivre 
et  mourir,  et  comme  y  ayant  apparence  de  repentance  en  elle 
on  ne  Ta  suivie  plus  outre. 

Et  a  esté  cogneu  et  jugé  par  Thonnorable  justice  que  d*autant 
ladite  détenue  a  esté  si  malheureusement  oubliée  d'avoir  renié 
et  délaissé  Dieu  son  créateur  pour  s'abandonner  à  Satan  en- 
nemi du  genre  humain  et  le  prendre  pour  son  maistre,  duquel 
elle  a  receu  sa  marque  et  de  la  graisse  pour  en  faire  mourir 
gens  et  bestes  et  exécuter  sa  meurtrière  et  exécrable  volonté, 
comme  elle  a  faict,  icelle  devoir  estre  remise  entre  les  mains  de 
Texécuteur  de  la  haute  justice  pour  estre  menée  au  lieu  accous- 
tumé  de  supplicier  semblables  abominables  et  détestables  mal- 
faiaeurs  et  criminels  et  là  estre  mise  sur  un  eschaffaut  de  bois 
pour  estre  bruslée  toute  vive  et  son  corps  réduict  en  cendres 
pour  fin  de  sa  vie,  punition  de  ses  crimes  et  forfaicts  et  pour 
servir  d'exemple  à  d'autres,  et  ses  biens  escheuz  à  qui  de  droict, 
sauf  la  grâce  de  nos  souverains  seigneurs  et  supérieurs. 

Daté  soubz  le  sceau  de  noble  et  vertueux  Philippe  de  Sta- 
vaye,  seigneur  de  Bussi  et  chastelain  de  Mouldon,  et  signa- 
ture duCurial  dudit  lieu  soubsigné  le  onzième  may  i655. 

GiRAUDET. 


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PHILIPPE-AUGUSTE 


II93 


Charte  par  laquelle  le  roi  Philippe-Auguste  confirma,  en  11 93,  le 
don  que  Pierre,  comte  de  Ne  vers,  avait  fait  de  Saint-Cyr  à  Guillaume  de 
Garlande.  M.  Léopold  Delisle  mentionne  cette  pièce  dans  son  Cata- 
logue des  actes  de  Philippe- Auguste.  J'en  donne  ici  le  texte,  la  traduc- 
tion et  le  fac-similé  d'après  l'original  qui  m'a  été  gracieusement  com- 
muniqué par  M.  Eugène  Minoret. 

In  nomine  sancte  et  individue  Trinitatîs.  Amen.  Philippus, 
Dei  gratia  Franconim  rex.  Noverint  universi,  présentes  pariter 
et  fiituri,  quod  dilectus  consanguineus  fidelis  noster  Petrus, 
comes  Nivemensis,  Sanctum'Qricum,  cum  omnibus  perti- 
nentiis  suis,  dédit  in  perpetuum,  in  feodum  et  hommagium, 
Willelmo  de  Garlanda,  militi  nostro,  et  heredibus  suis,  prop- 
ter  servitium  quod  idem  Willelmus  sepius  et  fideliter  eidem 
comiti  eribuit.  Predictus  autem  comes  nos  rogavit  ut  id  confir- 
maremus.  Nos  igitur,  ad  petitionem  ipsius  comitis,  id  confir- 
mâmus.  Quod  ut  perpetuam  obtineat  stabilitatem,  sigilli  nostri 
autoritate  et  r^  nominis  karaaere  inferius  annotato  presentem 


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92     .  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

paginam  precepimus  communiri.  Actum  Parisius,  anno  incar- 
nati  verbi  M®  O  XO  tercio,  regni  nostri  anno  quarto  dedmo^ 
astantibus  in  palatio  nostro  quorum  nomina  supposita  sunt  et 
signa.  Dapifero  nullo.  Signum  Guidonis,  buticularii.  Signum 
Mathei,  camerarii.  Signum  Droconis,  omstabularii. 
Data,  vacante  cancellaria. 

Au  nom  de  la  sainte  et  individuelle  Trinité.  Amen.  Philippe,  par  la 
grftce  de  Dieu,  Roi  de  France.  Sachent  tous,  présents  et  à  venir,  que 
notre  cher  fidèle  parent  Pierre,  comte  de  Nevers,  a  donné  à  toujours, 
en  fief  et  hommage,  Saint-Cyr,  avec  toutes  ses  dépendances,  à  Guil* 
laume  de  Garlande,  notre  chevalier,  et  à  ses  héritiers,  à  cause  du  ser- 
vice que  le  dit  Guillaume  a  souvent  et  fidèlement  rendu  au  dit  comte. 
Le  susdit  comte  nous  a  prié  de  confirmer  ce  don.  Nous  donc,  à  la 
demande  du  dit  comte,  nous  le  confirmons.  Afin  que  cela  obtienne 
une  perpétuelle  force  nous  avons  ordonné  de  munir  la  présente  chane 
de  l'autorité  de  notre  sceau  et  du  caractère  du  nom  royal  apposé  cis 
dessous.  Fait  à  Paris,  Tan  de  Tincamation  M.  G.  XC  trois,  la  quatorzième 
année  de  notre  règne,  étant  présents  en  notre  palais,  ceux  dont  les 
noms  et  les  signatures  sont  apposés  ci-dessous.  L'écuyer  n'étant  pa- 
présent.  Signature  de  Gui,  boutellier.  Signature  de  Mathieu,  camérier. 
Signature  de  Drocon,  connétable. 

Donné,  la  chancellerie  étant  vacante. 


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ANTOINE  DESGODETZ 


Antoine  Desgodetz,  architecte  du  Roi  et  professeur  à  TAcadémie 
royale  d'architecture  (i),  rend  compte  du  jugement  que  vient  de  rendre 
VAcadémie  de  peinture  dans  le  concours  des  prix.  Le  premier  prix  de 
sculpture  est  décerné  au  s' Calliot  (2),  et  le  second  au  s'  Coustou  (3)  ; 
ceux  de  peinture  sont  mérités  par  les  s^  Cornicai  (4)  et  Dulin  (5).  Seu- 
lement ces  deux  derniers,  soupçonnés  d'avoir  été  aidés  dans  leur  travail, 
seront  soumis  par  le  directeur  de  l'Académie,  NoCl  CoTpel,  â  une 
nouvelle  épreuve. 

A  Paris  le  i*'  aoust  1696 

Monsieur, 

Il  y  a  eu  aujourdhuy  assemblée  à  rAcadémie  de  peinture 
pour  juga:  les  prix.  Le  s' Calliot  a  eu  les  voix  pour  le  premier 
prix  de  la  seculpture  et  le  s'  Coustou  pour  le  second  ;  et  les 
s"  Conicart,  élève  de  M' Boulogne  Tesné  (6),  et  Dulin,  élève  de 
M' Boulogne  le  jeune  (7)  ont  eu  les  voix  esgalles  tant  pour  le 
premier  que  pour  le  second  prix  de  la  peinture,  à  la  réserve 

(1)  Né  en  i653,  mort  cp*  1738,  Desgodeu  a  laissé  deaz  oarrages  célèbres  :  Les  édifices 
OMtiqnet  de  Romedessin0  et  mesurés  très -exactement,  et  Les  lois  des  bâtiments  suipont 
la  coutume  de  Paris. 

(2)  Je  n'ai  pat  troQTé  de  renseignements  sur  ce  sculpteur. 

p)  GnillauDe  i*^  Constoii,  fils  de  François  et  frère  de  Nicolas,  né  en  1677,  mort  en  1746. 

(4)  Michel  Comicat,  appelé  par  Desgodetz  Conicart,  était  né  en  1668.  Il  aniva  à  l'Aca- 
démie de  Rome  en  1699,  devint  peintre  ordinaire  da  Roi  et  mourut  à  Paris  le  3i  mars  1705 
à  Vàgt  de  trente- sept  ans.  (Cf.  Dictionnaire  de  Jal.) 

(5)  Pierre  Dnlin  on  d*Ulin,  né  en  1670,  arriva  à  Rome  la  22  mars  1700.  {CI.  lettre  de  Hooassc 
da  3o  mars  1700  dans  l'Académie  de  France  à  Rome  par  A.  Lecoy  de  la  Marche»  p.  1 17.) 
n  devint  peintre  ordinaire  du  Roi,  et  mourut  à  Paria  le  s8  janvier  1748.  Laocret  fut  au 
KMDbrc  de  ses  élèves.  (Cf.  Dictionnaire  de  Jal  J 

(6)  Bon  Boologne,  né  en  1649,  mort  en  1719. 

(7J  Louia  n  Booloffoc,  né  en  1654,  mort  en  1733. 


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94  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

que  le  s'  Conicart  a  eu  une  voix  de  plus  pour  le  second  prix. 
Il  sembloit  que  naturellement  les  s"  Conicart  et  Dulin  auroient 
deub  tirer  au  sort  pour  le  premier  prix  et  Tautre  auroient  eu  le 
second  prix,  mais  ils  ont  esté  tous  deux  soubçonnez  d'avoir 
esté  aydez  de  leurs  protecteurs,  ce  qui  a  fait  que  Ton  a  jugé  à 
propos  de  leur  faire  peindre  quelque  chose  dans  Tacadémie 
devant  les  officiers  pour  voir  si  ce  qu'ils  feront  sera  de  la  même 
force  que  leurs  tableaux,  et  on  a  pris  jour  pour  cela  à  mardy 
prochain.  M*Coypel  leur  donnera  un  sujet  le  matin  qu'ils  pou- 
ront  faire  pendant  la  journée  sans  sortir,  et  le  soir  on  enfermera 
ce  qu'ils  auront  fait  pour  estre  examiné  en  la  prochaine  as- 
semblé. 

Je  suis  avec  un  profond  respect 

Monsieur 


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HENRI  IV 


14  février    1604 


Pennis  de  chasse  accordé  par  le  roi  Henn  IV,  le  14  février  1604,  au 
sieur  La  Fontaine  le  Duc. 

Henry,  par  la  grâce  de  Dieu  roy  de  France  et  de  Navarre, 
à  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lettres  verront  salut.  Sçavoir 
faisons  que  nous,  désirant  gratifier  et  favorablement  traicter 
le  s'  de  La  Fontaine  le  Duc,  nous  luy  avons  permis  et  per- 
mettons par  ces  présentes  signées  de  nostre  main  de  chasser  et 
tirer  de  Pharquebuz  et  faire  chasser  et  tirer  par  Tung  des  siens, 
en  sa  présence  et  non  aultrement,  à  toute  sorte  de  gibier  non 
deffendu  par  noz  ordonnances,  tant  en  ses  boys,  sur  ses  terres 
et  domaynes,  que  sur  nos  estangs,  marais  et  rivières,  sans 
qu^au  moyen  des  deffenses  par  nous  faictes  de  chasser  et  tirer 
de  rharquebuz  ny  en  user,  ledit  s""  de  La  Fontayne  le  Duc  y 
puisse  estre  troublé  ou  empesché  par  qui  ny  en  quelque  sorte 
et  manière  que  ce  soit,  de  la  rigueur  desquelles  noz  dépenses 
nous  l'avons  dispensé  et  dispensons  et  à  icelles  dérogé  et 


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96  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

dérogeons  pour  ce  regard  seuUement,  à  la  charge  touteffob  de 
n'aprocher  avecq  ladite  harquebuz  de  demye  lieue  près  de  nos 
foretz,  bois  et  buissons,  sur  les  peines  portées  par  nos  dites 
deffenses.  Si  donnons  en  mandement  à  noz  amez  et  féaubi 
conseillers  les  gens  tenans  noz  Cours  de  parlement,  grandz 
maistres  anquesteurs  et  généraubc  réformateurs  de  nos  eaues  et 
forestz,  maistres  particuliers  d'icelles,  cappitaines  de  noz 
chasses,  prévostz  de  noz  très  chers  et  féaulx  cousins  les  Connes- 
table  et  Mareschaulx  de  France  et  à  tous  nos  aultres  justiciers 
et  officiers  qu'il  appartiendra,  que  de  cette  nostre  permission  et 
contenu  cy  dessus  ilz  facent,  souffrent  et  laissent  ledit  s' de  La 
Fontayne  le  Duc  jouir  et  user  plainement  et  paisiblement, 
cessans  et  taisant  cesser  tous  troubles  et  empeschemens  au 
contraire,  car  tel  est  nostre  plaisir.  En  tesmoin  de  quoy  nous 
avons  faict  mettre  nostre  scel  à  ces  dites  présentes,  données  à 
Paris  le  XIIII*  jour  de  febvrier  Tan  de  grâce  mil  six  cens 
quatre  et  de  nostre  règne  le  quinziesme. 


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LOUIS    DE  LUXEMBOURG 


COMTE  DE  SAINT-POL 


Lettre  de  Louis  de  Luxembourg,  comte  de  Saint-Pol,  connétable  de 
France,  écrite  de  Noyon  le  7  septembre  (1471)1  au  Roy  mon  souverain 
sdgneur  »  (  i  ).  Elle  est  relative  aux  négociations  qui  précédèrent  le 
traité  du  Crotoy,  conclu,  le  3  octobre  1471,  entre  Louis  XI  et  Charles 
^c  Téméraire  (a).  Louis  XI  se  servait  en  cette  occurrence  du  conné- 
table de  Saint-Pol,  que  cependant  il  soupçonnait  déjà  de  complicité 
avec  le  roi  d'Angleterre  et  le  comte  d'Armagnac  (3). 

Mon  souverain  seigneur,  je  me  recommande  à  vostre  bonne 
grâce  si  très  humblement  que  puis.  Et  vous  plaise  savoir,  Sire, 
qae,  pour  le  dangier  de  la  peste  (4)  qu'on  dit  estre  à  Roye,  les 
gens  de  Monseigneur  de  Bourgoigne  et  moy  avons  conclut  de 
besongner  en  ceste  vostre  ville  de  Noyon,  où  sommez. 

{1)  L'origiiia],  que  j'ai  actneltement  entre  les  malos,  ne  porte  que  la  signature  du  connétable 
deSaÎQt-Pol.  La  souscription  qui  existe  au  fac-similé  a  été  écrite  par  le  secrétaire. 

{2}  Us  Chroniques  de  Jean  de  Troyes  disent  :  «  Depuis  ledit  mois  de  juillet  jusques  ao 
iocr  de  Noél,  ne  fat  rien  fiait  audit  Royaume  de  France,  sinon  que  les  Ambassadeurs  du 
Koy  et  de  mondit  Sei^çneur  de  Bourgogne  firent  plusieurs  allés  et  venues  et  les  uns  arec  les 
autres,  pour  pacifier  et  trouver  moyen  de  paix  et  accord  entre  eux.  » 

13)  Cest  ce  qui  ressort  de  la  présente  lettre  où  le  connétable  déclare  ignorer  ce  que 
ligBtfient  des  lettres  suspectes  que  le  Roi  loi  a  fait  tenir. 

(4)  En  1471  il  y  eut  en  eâiet  plusieurs  épidémies  qui  occasionnèrent  une  grande  mortalité 
àxoi  leroyanme.  (Cf.  Chroniques  de  Jean  de  Troyes,  édition  Godefroy,  t.  II,  p.  144.) 
TOME    III.  l3 


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gS  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Sire,  nous  avons  receu  le  povoir  avec  ung  mémoire  des  en- 
treprinsez  et  excès  commis  par  mondia  seigneur  de  Boui^oi- 
gne  et  ses  gens,  en  enfraignant  les  traictiez  d'Arras  (i),  de 
Conflans  (2)  et  de  Péronne  (3),  ensamble  i'informadon  faicte 
touchant  la  guerre  par  luy  encommancée  en  Normandie  (4), 
que  maistre  Guillaume  de  Cerisay  a  envoyée,  mais  Ton  ne  nous 
a  point  envoyé  de  instructions,  mémoires  ne  adverdssemens 
des  matierez  que  deverons  mettre  avant,  ne  des  ouvertures  et 
fins  à  quoy  deverons  tendre,  et  sy  est,  mons'  de  Craon  (5) 
retourne  devers  Monseigneur  de  Bourgoigne.  Jehan  de  Bouzey 
m'a  bien  dit  que  ly  avez  parlé  touchant  Rethest(?).  Si  vous 
plaise,  Sire,  moy  mander  sur  tout.vostre  bon  plaisir,  et  pour 
ce  que  n'avons  point  de  secrétaire  vous  plaise  nous  en  envoyer 
ung. 

Sire,  je  vous  remercye  des  bonnes  paroUes  que  avez  dictez 
de  moy  au  dict  Jehan  de  Bouzey.  Et  touchant  le  brevet  que 
m'avez  envoyé,  faisant  mencion  d'Armignac  (6)  et  de  connes- 
table,  sur  mon  âme  je  n'y  entendz  riens  et  ne  sçay  que  s'est 
ne  que  ce  peut  ou  veult  estre,  et  n'ayme  ne  vouldroyc  aymer 
personne  ne  faire  chose  qui  fust  en  vostre  préjudice. 

Au  regart  de  la  lettre  escripte  en  anglais  je  n'y  entens  aussy 
riens  et  n'ay  personne  qui  les  sceust  lyre,  mais  si  tost  que 
pourray  trouver  homme  qui  les  sache  lyre  les  feray  lire,  et  s'il 
y  a  chose  que  bonne  ne  soit,  soit  contre  aucuns  de  mes  servi- 

(I)  Conclu,  le  22  septembre  1435,  entre  Charles  VII  et  le  duc  de  Bourgogne  Philippe  le      ^ 
Bon,  pour  détacher  ce  dernier  de  l'alliance  anglaise- 
(3)  Ce  traité,  signé  le  5  octobre  1465,  termina  la  guerre  du  Bien  public. 

(3)  Traité  imposé  par  Charles  le  Téméraire  4  Louis  XI  le  14  octobre  1468. 

(4)  11  s'agit  des  tentatives  faites  par  les  Bourguignons  sur  les  côtes  de  Normandie. 

(5)  Antoine  de  Craon  était  le  principal  envoyé  de  Charles  le  Téméraire.  (Cf.  Histoire  des 
ducs  de  Bourgogne  par  Barante,  t.  VI,  p.  244.  ; 

(6)  Jean  V,  comte  d'Armagnac,  prince  fameux  par  la  dépravation  de  ses  mœurs,  banoi,  co 
1460,  pour  avoir  osé  contracter  mariage  avec  sa  propre  sœur,  gracié  par  Louis  XI, 
entra  dans  la  ligue  du  Bien  public,  puis  se  réconcilia  avec  son  souverain  pour  le  trahir  bientôt 
de  nouveau.  En  septembre  1470  le  Parlement  de  Paris  prononça  contre  Armagnac  la  coq- 
iîscation  de  corps  et  de  biens;  celui-ci  s'attacha  dès  lors  au  duc  de  Guyennd  qu'il  excita 
contre  son  fièrc.  Après  la  mort  du  duc  le  comte  d'Annagnac  résista,  dans  Lectoure,  aux 
armes  royales,  mais  il  dut  se  rendre,  et  fut  tué  peu  après  par  ordre  de  l^uis  XI  (5  mars  1473). 


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LOUIS  DE   LUXEMBOURG  99 

teurs  OU  aultrez,  j'en  feray  tellement  que  ce  sera  exemple  à  tous 
et  que  en  serés  bien  contant. 

Sire,  touchant  le  fait  de  Eu  (i),  vous  en  avez  très  bien  ap- 
pointé de  vostre  grâce  avec  Monseigneur  de  Nevers,  et  vous 
supplie  qu'il  vous  plaise  tousjours  continuer  en  la  matière  qui 
sera  pour  vostre  seur  et  vostre  filleul. 

Sire,  j'ay  receu  par  Loyset  l'argent  que  vous  avoye  preste  à 
Saint- Walery,  et  vous  fait  bon  prester,  car  vous  rendez  très 
bien,  et  quant  vostre  plaisir  sera  y  mettre  soixante  hommes  de 
pied,  ce  qui  est  de  neccessité  faire,  ce  sera  la  seureté  de  la  ville, 
et  sans  icelle  Je  ne  voy  pas  qu'elle  se  puisse  bien  garder,  car 
les  gens  de  cheval  n'y  peullent  guères  demourer. 

Sire,  j'ay  sceu  que  Mons''  le  mareschal  Joachin  (2)  a  prins  par 
vostre  commandement,  comme  il  dit,  Nicolas  aux  Coulombz, 
commis  de  par  moy  pour  vous  bailli  de  Eu.  Se  le  dict  Nico- 
las a  fait  chose  crimineuse,  et  j'en  eusse  esté  adverti,  je  l'eusse 
prins  le  premier,  et  en  ce  cas  n'en  parle  pas,  mais.  Sire,  se  aul- 
tre  chose  y  a,  plaise  vous  le  faire  délivrer  à  caucion  de  ester  à 
droit  et  respondre  à  tout  ce  qu'on  luy  vouldra  demander. 

Mon  souTerain  seigneur,  je  prye  Dieu  nostre  créateur  qu'il 
vous  doint  l'entier  acomplissement  de  voz  très  haulx  et  très 
nobles  désirs.  Escript  en  vostre  dicte  ville  de  Noyon  le  sep- 
tyesme  jour  de  septembre. 


(i)  Charies  d'Artois,  comte  d*Eu,  étant  mort  au  mois  de  juillet  147 1,  «  fut  mise  saditte 
Conté  (TEq  en  la  aiain  du  Roy,  et  mise  et  baillée  ès-mains  de  Mgr  le  G>anestable,  à  la 
grand  desplaisance  de  Mgr  le  Comte  de  Nerers,  frère  de  mondit  Seigneur  d'Eu,  et  qui  après 
bditie  mort  cuidoit  bien  joOyr  de  laditte  Comté  d'Eu  et  des  autres  terres  dudit  deffunct 
cooune  ion  vray  héritier.  »  (Chroniques  de  Jean  de  Troyes^  P-  144»  ) 

(3)  Jooctrim  Ronanlt,  maréchal  de  France. 


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NOÉL   COYPEL 


Lettre  de  Noël  Goypel,  alors  directeur  de  TAcadémie  de  peinture, 
adressée  à  Coibert  de  Villacerf.  Elle  donne  d'intéressants  détails  sur 
TAcadémie,  et  montre  que  Coypel  était  en  butte  à  l'inimitié  de  quel- 
ques-uns de  ses  collègues,  qui  le  traitaient  avec  un  mépris  dont  il  se 
plaint  amèrement. 

Monsieur 

Je  n'ay  sceu  que  lundy  au  soir  que  vous  étiez  à  Paris.  Je  fus 
mardy  au  matin  pour  avoir  Thonneur  de  vous  rendre  mes  très 
humbles  respects,  mais  vous  étiez  déjà  party.  J'ay  receu  la  let- 
tre que  vous  m'avez  fait  Phonneur  de  m'écrire,  Monsieur,  par 
laquelle  vous  me  marquez  être  satisfait  de  la  délibération  de 
l'Académie  au  sujet  des  places.  Je  suis  bien  aise  que  vous  y 
ayez  donné  votre  approbation,  Monsieur,  à  cause  de  la  trans- 
position du  Recteur  et  du  Proffesseur  qui  se  treuve  différente 
des  status,  et  que  vous  m'avez  marqué,  Monsieur,  que  vous  ne 
prétendiez  pas  que  Ton  fit  rien  au  contraire  sans  votre  permis- 
sion. Je  soumets  mon  jugement.  Monsieur,  sur  l'article  des 


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NOËL  COYPEL  •..•  :  •:  ;    V  lOî  * 

status  qui  dit  que  nul  ne  peut  être  Chancelier  .qujl  àjaîr'ççç: 
Recteur  (aflfin  qu'il  soit  coneu  capable  de  la  ditte  charge)',  aihs'y  * 
que  dans  la  conduitte  que  j'ay  tenue  jusqu'à  aujourd*huy  dans 
TAccadémie,  où  j'ay  creu  avoir  contribué  tout  ce  que  j'ay  peu 
pour  y  maintenir  la  paix  et  l'union  que  vous  m'ordonnez. 

Je  m'apperçoy.  Monsieur,  que  des  gens  que  je  sçay  qui  ont 
eu  rhonneur  de  vous  voir  ce  voyage,  dont  les  manières,  com- 
posées de  miel  et  d'absinte,  m'ont  attribué  auprès  de  vous  les 
choses  qu'ils  font  et  dont  ils  se  lavent  les  mains.  Je  suis  au 
déseq>oir.  Monsieur,  que  l'on  me  fasse  passer  auprès  de  vous 
pour  ce  que  je  ne  suis  pas,  et,  si  j'ay  quelque  qualité  désagréa- 
ble à  ceux  qui  m'en  imposent,  c'est  d'être  trop  droit  et  trop 
intègre.  Je  scay  que  c'est  le  vice  des  honnestes  gens  et  que  la 
fourberie  et  l'imposture  sont  plus  à  la  mode  et  plus  utille  pour 
parvenir  à  ces  fins,  mais  je  croy,  Monsieur,  que  sy  ces  qualitez 
d'honneste  homme  me  sont  préjudiciables,  elles  méritent  d'au- 
tant plus  votre  protection. 

Je  vous  ay  déjà  dit,  Monsieur,  que  quelque  officier,  contre 
rhonnesteté  et  ce  qui  c'est  toujours  pratiqué  envers  Mess'"  le 
Brun  et  Mignard,  a  aflfeaé  dans  son  quartier  de  ne  me  pas 
faire  la  moindre  honnesteté,  qui  consiste  à  venir  prendre  les 
ordres  du  directeur  au  commencement  du  quartier,  mais  qui 
encore  ces  derniers  jours  m'a  envoyé  inviter  de  me  treuver  à 
l'Académie  pour  me  communiquer  quelque  chose  concernant 
la  compagnie.  Je  ne  sçay.  Monsieur,  sy  je  me  trompe,  mais 
ces  manières  me  semblent  fort  méprisantes,  et  que  personne 
de  l'Académie  n'est  en  droit  d'en  user  de  la  sorte,  eu  égard  à 
mon  caractère,  la  même  personne  me  faisant  en  touttes  occa- 
sions des  malhonnestetez  grossières,  dont  jusques  à  présent  je 
n'ay  rien  voulu  témoygner,  ainsy  que  vous  me  l'aviez  ordonné. 
Vous  voyez.  Monsieur,  qu'il  est  difficille  de  vivre  en  union  avec 
un  homme  de  ce  carractère,  qui  voudroit  dominer  partout  et 
me  mettre  le  pied  sur  le  ventre.  Comme  je  ne  suis  pas  d'hu- 
meur à  le  souffrir,  cela  fait  depuis  long  temps  contre  moy  le 


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102  .'  '    REVUE  DBS   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

:'sQiçl25t'*c^son.V^  me  regardant  comme  un  obstacle  à  son 

ambition  et  à  ces  fins.  Vous  m'ordonnez  cependant,  Monsieur, 
de  soutenir  mon  carraaère.  Je  tacheray  de  le  faire  toujours  avec 
honneur,  mais  j'ay  besoingpour  cela  de  toutte  votre  protection. 
J'espère  que  vous  voudrez  bien  me  faire  cette  grâce,  Monsieur, 
ne  croyant  pas  faire  rien  qui  m'en  rende  indigne  et  que  soute* 
nant  l'honneur  que  vous  m'avez  procuré  vous  soutiendrez  vo- 
tre ouvrage,  puisque  je  suis  avec  tout  le  respec  que  je  vous  dois 


Monsieur, 


A  Paris,  ce  2 1  aoust  1696. 


Cette  lettre  fait  partie  d'une  collection  qui  sera  vendue  au  mois  de 
décembre  1875. 


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^.Av 


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PIERRE   DES  BARRES 

1269 


Pierre  des  Barres,  chevalier,  seigneur  de  Chautnont-sur- Yonne, 
atteste  qae  Colin,  gendre  de  G>nstant  Rouce,  de  Villeneuve-la-Guyard, 
Changea  avec  les  moines  de  PruUy  une  pièce  de  terre  sise  en  la  vallée 
d'Escorche-cu  pour  un  arpent  et  demi  de  terre  près  Bois-le-Comte  (1). 

Je  Pierres  des  Barres,  chevaliers,  sires  de  Qiaumont,  fais 
asavoir  à  touz  ceus  qui  ces  lestres  verront  que  Colins,  li  gendres 
Coûtant  Rouce,  de  Villenœve  la  Guiard,  am  ma  présance  dona 
et  otreia  â  toujorz  au  moines  de  Proilli  une  arpant  et  demi  de 
terre  qui  siet  au  Bois  le  Conte  delez  la  vigne  au  devandiz 
moines,  por  une  arpant  et  demi  de  terre  qui  siet  an  la  valée 
d'Escorchecu,  que  li  ont  donée  cil  moine  devandit  an  tel  me- 
nière  que  cil  Colins  sera  tenuz  à  moi  randre  chacun  an  sis  de- 
niers de  cens  de  celé  terre  que  li  frère  de  Prulli  li  ont  baillié, 
ansim  cum  il  les  me  randoit  de  la  devandite  terre  dou  Bois  le 
Conte,  et  li  frère  de  PruUi  tenront  toujorz  celé  devandite  pièce 
de  terre  dou  Bois  le  Conte  ausim  franchemant  con  il  faisoit 
celui  d'Escorchecu.  Ces  lestres  furent  donoées  an  Tan  nostres 
Seignor  mil  et  deus  cenz  et  cinquante  VIII,  ou  mois  demarz  (2). 

iij  Cette  pièce  est  actuellement  eotre  mes  mains. 

(a)  1359,  n.  a.  L'année  ia58  allait  du  34  mars  ta58  au  i3  a?ril  1359. 


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ETIENNE-ALEXANDRE  BERNIER 


PACIFICATION  DE  LA  VENDEE 


Étienne-Alezandre  Bernier  (i),  curé  de  Saint-Laud  en  1789,  refusa 
de  prêter  serment  à  la  Constitution  et  devint  un  des  chefs  influents  du 
parti  royaliste.  Il  se  jeta  dans  le  mouvement  de  la  Vendée,  commanda, 
pour  ainsi  dire,  avec  Tévêque  d'Agra,  Tarmée  d'Anjou,  exaltant  par  ses 
prédications  les  paysans  bretons,  qui  l'appelaient  Vapôtre  de  la  Vendée. 
Forcé  de  se  cacher  après  la  grande  défaite  de  Tarmée  royaliste,  il  alla 
offrir  ses  services  à  Charette,  qui  les  refusa,  puis  à  Stofflet,  qui  Tac- 
cueillit  avec  faveur  et  le  chargea  de  négocier  la  paix  avec  le  gouver- 
nement républicain.  La  paix  fut  en  effet  conclue  le  20  avril  1795,  mais 
avec  une  certaine  défiance  de  part  et  d'autre,  comme  le  témoigne  la 
lettre  suivante  écrite  par  Bernier  le  2  juillet  suivant  (2)  : 

Neri,  2  juillet  1795. 
Monsieur 

J'ai  reçu  avec  toute  la  satisfaction  qu^elle  devoit  m'inspîrer  la 
lettre  que  vous  m'avez  adressée  conjointement  avec  Monsieur 
Blin.  Il  n'a  manqué,  pour  la  rendre  complene,  que  votre  pré- 
sence. N'est-il  donc  pas  possible  que  l'un  de  vous  reste  à  son 

[i)  Né  i  Daon  (Ma}cnne)  le  3i  octobre  1762. 

(2)  C«tte  pièce  fait  partie  d'une  collection  qui  sera  vendue  tn  décembre  1875. 


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ETIENNE-ALEXANDRE   DERNIER  Io5 

poste  pour  dissiper  les  nuages  et  que  Tautre  accompagne  à 
Paris  nos  envoyés  ?  Les  trames  ourdies  par  la  perfidie  de  quel- 
ques individus  ne  sont-elles  pas  aussi  à  craindre  à  Paris  qu^à 
Nantes?  Ne  doit-on  pas  de  préférence  porter  les  premiers 
coups  à  la  malveillance  auprès  du  Comité  de  salut  public,  plu- 
tôt que  de  lui  donner  la  facilité  d'employer  ses  moyens  insi- 
dieux à  Paris,  tandis  qu'on  s'appliquera  à  en  détourner  les  ef- 
fets à  Nantes.  Rarement  on  est  écouté  quand  on  plaide  sa 
cause  à  une  distance  éloignée.  Les  écrits,  sans  les  explications 
verbales,  font  ou  une  légère  impression  par  la  multitude  des 
affaires  qui  absorbent  l'attention,  ou  sont  sujets  à  des  interpré- 
tations qu'un  cœur  droit  n'a  »pu  prévoir. 

Nous  espérons  quelque  succès  de  nos  démarches.  Nous  vou- 
lons le  bonheur  du  peuple,  même  au  dépens  du  nôtre.  Nos 
intentions  sont  pures.  Mais  nous  avons  trois  grands  obstacles 
à  vaincre  :  la  malveillance  et  les  insinuations  perfides  de  quel- 
ques Terroristes  réfugiés,  le  préjugé  d'une  guerre  antérieure 
longtems  soutenue,  et  l'obscurcissement  de  la  paix  dans  les  con- 
trées qui  nous  avoisinent. 

Quand  on  ne  voit  des  députés  qu'avec  l'œil  du  soupçon, 
n'ont-ils  pas  besoin  d'être  étayés  de  la  voix,  des  talens,  du  cré- 
dit d'un  ami,  contre  lequel  on  n'a  ni  les  mêmes  prétextes  à 
alléguer,  ni  les  mêmes  défiances  à  élever.  Vous  m'entendez. 
Pesez  ces  raisons  avec  Monsieur  Blin,  auquel  j'offre  mon  res- 
pect, et  prenez  telle  détermination  que  les  circonstances,  le 
bien  public,  le  salut  de  votre  enfant  (r)  et  l'amour  de  la  paix 
vous  dicteront. 


(i)  Je  ne  sais  à  qui  cette  pièce  est  adressée,  mais  dans  une  aatrc  lettre  de  Beruier,  éga- 
lement sans  adresse,  et  écrite  du  château  du  Lavoir,  le  9  messidor  an  m  (27  juin  1793),  on 
retrouve  à  peu  près  les  mêmes  termes  :  «  Charmé,  Monsicar,  de  la  confiance  que  vou> 
m'avez  témoignée  à  la  dernière  entrevue  de  la  Jaunay,  je  me  joins  à  M.  Leveneur  pour 
preadre  en  considération  l'état  de  votre  enflant  chéri.  Il  est  plus  en  danger  que  jamais.  Je  vou> 
invite  à  venir,  s'il  vous  est  possible,  conférer  avec  nous  sur  les  moyens  de  par\'cnir  à  nos 
fins,  qui  sont  ceHes  du  bien  public.  Au  nom  de  cet  enfant  chéri,  du  salut  public  et  de  l'amitié, 
car  fose  employer  ce  mot,  venez...  Stofflet,  Fleuriot,  Scépeaux  et  autres  vous  disent  mille 
choses.  •  {L'Amateur  d'Autographes,  n*  23,  p.  363.) 

TOME   III.  H 


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106  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  un  sincère  et  respectueux  attache- 
ment 


La  paix  fut  rompue  peu  après,  et  la  guerre  civile  désola  de  nouveau 
la  Vendée.  Hoche  triompha  cette  fois  de  Charette  et  de  Stofflet;  ce 
dernier  fut  pris  et  fusillé  à  Angers  le  23  février  1796,  le  jour  même  où 
Bonaparte  était  nommé  général  en  chef  de  Tarmée  d'Italie.  Bemier 
parvint  à  s'échapper  et  il  reparut  à  l'armée  du  comte  d'Autichamp; 
mais,  fotigué  de  cette  vie  errante,  voyant  tout  espoir  perdu  .'pour  la 
cause  qu'il  avait  défendue  jusqu'ici,  il  prit  le  rôle  de  médiateur.  Il  s'a- 
boucha avec  Bonaparte,  et  eut  une  grande  part  à  la  pacification  de  la 
Vendée.  L'ancien  chef  de  l'armée  d'Anjou,  le  compagnon  de  Stofflet , 
prodigua  les  flatteries  au  premier  consul.  Le  5  thermidor  an  vm 
(24  juillet  1800),  il  lui  écrivit  en  termes  emphatiques  (i)  pour  le 
féliciter  de  la  victoire  de  Marengo  et  de  la  paix  qui  allait  en  résulter  (2  . 
Il  l'assura  en  même  temps  de  la  fidélité  des  provinces  de  l'Ouest. 

Au  premier  consul 

Général 

Si  au  milieu  de  vos  triomphes  vous  pouviez  attacher  quelque 
prix  aux  félicitations  d'un  particulier,  je  vous  adresserois  les 
miennes,  mais  que  pourroient-elles  ajouter  aux  témoignages 
éclattans  de  la  satisfaction  et  de  l'admiration  des  Français  au 

(1)  Bernier,  en  efTet,  était  prodigue  de  louanges.  Cf.  dans  r Amateur  ^Autographtt, 
n«  23,  p.  262,  une  lettre  de  lai  à  Louis  Bonaparte,  où  il  exalte  le  héros  sauveur  de  la  France 
qui  vient  de  ceindre  la  couronne  impériale. 

(2)  L'original  de  cette  lettre  est  actuellement  en  mes  mains. 


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ÉTlENNE-ALEXANDRE   BERNIER  IO7 

14  juillet  (i)  ?  Ce  jour,  Général,  a  du  être  pour  vous  le  plus  déli- 
cieux de  votre  vie.  Cest  à  ce  moment  que  vous  avez  senti,  plus 
que  jamais,  le  prix  des  services  glorieux  rendus  par  vous  i  la 
patrie. 

Les  échos  des  rives  de  la  Loire  ont  r^>été  i  Tenvi  les  ac- 
cens  de  Paris.  Le  cœur  les  dictoii  id,  comme  là  où  vous  êtes. 
Ces  contrées  devenues  vraiment  libres,  puisqu'elles  tiennent  de 
vous  tout  ce  qu^elles  désiroient,  forment  pour  vous  les  mêmes 
vœux  que  le  reste  de  la  France.  La  paix  y  produit  les  plus 
heureux  fruits.  Le  commerce  renait,  Tagriculture  voit  ses  tra- 
vaux récompensés  par  la  perspective  de  la  plus  abondante 
moisson.  Tout  prend  un  aspect  riant  et  flatteur. 

C'est  en  vain  que  l'Angleterre  a  fait  paroitre  sur  nos  côtes 
une  partie  de  ses  flottes.  Cette  apparition  subitte  eut  pu  dans 
d'autres  tems  exciter  des  troubles.  Elle  n'a  produit  danscelui-cy 
que  le  mépris  et  l'indignation.  Le  peuple  mieux  instruit  a 
senti  le  pi^  et  a  scu  l'éviter.  Ses  malheurs  lui  ont  appris  i 
connoitrelegénie  de  cette  nation  qui  necherche,  dans  nos  troubles, 
qu'une  diversion  utile  à  ses  projets  et  qui  voudroit,  en  armant, 
par  de  fausses  promesses,  les  Français  contre  les  Français,  se 
former,  au  milieu  de  ses  ennemis  même,  une  armée  d'auxiliaires. 
Ces  tcms  ne  sont  plus.  A  peine  a-t-elle  trouvé  deux  hommes 
qui  voulussent  courir  les  chances  cruelles  d'une  nouvelle  in- 
surrection, et  ces  deux  hommes  ont  fait  de  vains  e£forts  pour 
acquérir  des  partisans.  Partout  repoussés  par  le  peuple,  ils  ont 
pris  le  parti  de  se  dérober  à  la  poursuite  qu'  en  ont  faite  les 
habitans  de  nos  campagnes.  La  paix  est  plus  ra£fermie  que 
jamais  parmi  nous.  Puisse-t-elle  bientôt  étendre  ses  bienfaits 
sur  tout  le  continent.  La  France  l'attend  de  vos  efforts.  C'est 
au  vainqueur  de  Maringo  qu'il  appartient  de  la  donner  i 
l'Europe.  Elle  sera  le  fruit  de  ses  triomphes  et  la  plus  douce 

(i)  La  fSte  da  14  joillet  1800  fot  célébrée  avec  one  grande  pompe.  Le  Premier  CoqsqI  se 
rendit  ao  Cbamp-de-Mars  pour  recevoir  la  garde  consulaire,  qui  était  arrivée  d'Italie  le 
mazia  et  apportait  les  drapeaux  pris  dans  la  dernière  campagne.  (Cf.  Histoire  du  Consulat 
et  de  l'Empire,  par  M.  Ad.  Thiers,  1. 1,  p.  48S.) 


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I08  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

récompense  qu'il  puisse  espérer  après  tant  de  travaux,   de 
combats  et  de  victoires. 

Recevez,  Général,  Tassurance  inviolable  des  sentimens  qui 
m'attachent  à  vous  et  du  profond  respea  que  je  vous  ai  voué. 

Bbrnier. 
Angers,  5  thermidor  an  8. 

En  tête  de  cette  lettre  se  trouve  l'apostille  suivantâ,  écrite  par  Bour- 
nenne  et  signée  par  Bonaparte  : 

Je  prie  le  c*"  Talleyrand  de  faire  connaître  à  Bernier  que 
j'ai  reçu  sa  lettre  et  que  je  le  remercie. 

Bonaparte. 


^Ç-.^'^tt'. 


.jiA~^ 


Une  note  marque  que  la  réponse  de  Talleyrand  fut  faite  le  19  ther- 
midor suivant. 

La  paix  avec  Tempcreur  d'Allemagne  fut  signée  à  Lunéville  le 
9  février  1801.  Bernier  travailla  à  la  conclusion  du  Concordat  avec 
Pie  VII  et  obtint  Tévêché  d'Orléans  (11  avril  1802).  Il  mourut  le 
i**"  octobre  1806. 


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JEAN     PERREAL 


PEINTRE    DE    LOUIS    XII 


Jean  Perreal,  dit  Jean  de  Paris,  valet  de  chambre  et  peintre  du  Roi 
dès  1498  ;i\  reçut,  en  i5o4  ;2),  de  Marguerite  d'Autriche,  petite-fille 
de  Charles  le  Téméraire,  une  pension  de  vingt  écus  d*or  au  soleil. 
Cette  princesse,  veuve,  cette  même  année,  de  Philibert  le  Beau,  duc  de 
Savoie  (3),  résolut  d'accomplir  le  vœu  qu'avait  fait,  en  1480,  sa  belle- 
mère,  Marguerite  de  Bourbon,  d'élever  à  Brou,  près  de  Bourg-en- 
Bresse,  une  église  et  un  monastère  de  Tordre  de  Saint-Benoît  (4).  Elle 

(i)  Cf.  Jean  Perreal  par  M.  Charvet;  Lyon,  Clairon- Mondet,  1874,  in-8. 

(2)  Dans  une  lettre  écrite  à  Marguerite  le  i5  novembre  (iSog),  publi«îe  par  M.  Dufay  {Essai 
biographique  sur  Jean  Perreal,  186 +,  in-8),  citée  et  commentée  par  M.  Charvet,  Perreal 
rédama  le  paiement  de  la  pension  que  Marguerite  lui  avait  accordée.  Voici  les  termes  de 
cette  lettre  :  «  Madame,  depuis  le  temps  que  je  receu  une  lettre  de  vous  contenant  en  somme 
que  vouliez  que  fusse  paie  d'une  pension  que  de  piessa  vous  pieu  me  donner  et  de  bon  cœur 
octFoier,  de  laquelle  ay  }oy  deux  ans,  et  jà  sont  passés  troys  que  je  n'en  ai  rien  receu,  j'ay 
esté  co  cour  tousjours,  en  ceste  dernière  guerre  contre  les  Vénitiens,  où  ay  eu  plus  de  dangier 
que  de  mal.  > 

(3)  Philibert  le  Beau,  duc  de  Savoie,  mourut  au  château  de  Pont  d'Ain  le  10  septembre  1 504, 
à  rage  de  2  (  ans. 

(4)  Marguerite  de  Bourbon  avait  fait  ce  vœu  pour  obtenir  du  ciel  la  guérison  de  sen  époux 
Philippe  II  qui  s'était  cassé  le  bras.  Elle  mourut  en  1483,  laissant  à  son  mari  le  soin  d'ac- 
complir ce  vœu.  Ce  prince  mourut  en  1497,  confiant  cette  tâche  à  son  fils  Phi  libert  II,  qui 
Itti-mcme  mourut  en  i5o4  avant  d'avoir  pu  la  remplir. 


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I  10  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

obtint  d'abord  du  pape  Jules  II  de  modifier  les  termes  de  ce  vœu,  en 
mettant  ladite  église  sous  le  vocable  de  saint  Nicolas  de  Tolentin  (i), 
qu'elle  honorait  d'une  dévotion  particulière,  et  en  plaçant  dans  le  cou- 
vent des  Augustins  et  non*des  Bénédictins.  Le  3  septembre  suivant,  les 
religieux  prirent  possession  de  l'emplacement  qui  leur  était  destiné  (2). 
La  construction  du  couvent  se  poursuivit  assez  rapidement ,  malgré 
Téloignement  de  Marguerite  d'Autriche,  appelée,  en  i507,  P^^  ^^^  P^^^ 
l'empereur  Maximilien  à  gouverner  les  Pays-Bas.  Cette  princesse,  qui 
avait  confié  à  son  indiciaire  et  historiographe  Jean  Ltmaire  la  direction 
des  travaux  de  Brou  (3),  ne  manqua  pas  de  s'assurer  le  concours  des 
artistes  en  renom.  Perreal,  peintre  du  Roi  de  France,  collaborateur  du 
célèbre  sculpteur  Michel  Colombe  dans  le  tombeau  des  ducs  de  Bre- 
tagne à  Nantes  (4),  ne  fut  pas  oublié.  Il  était  à  Lyon,  revenant  d'Italie, 
où  il  avait  accompagné  son  souverain  dan$  la  guerre  contre  les  Véni- 
tiens, terminée  par  la  victoire  d'Agnadel  (14  mai  1 509I, lorsque  Lemaire, 
son  protégé,  vint  lui  demander  de  faire  les  dessins  des  tombeaux 
que  Marguerite  voulait  faire  ériger  à  la  mémoire  de  son  mari  et  de  sa 
belle-mère.  Perreal  répondit,  le  i5  novembre  iSog,  a  Marguerite  (5)  : 
«  Sy  me  suis  mis  après  tant  comme  mon  devoir  envers  Vostre  Ma- 
jesté que  pour  l'amour  que  je  vous  doy,  etay  revysé  mes  pourtraictures, 
au  moins  des  choses  antiques  que  j'ay  eu  es  parties  d'Italie,  pour  faire 
de  touttes  belles  fleurs  ung  trossé  bouquet  dont  j'ay  monstre  le  jet  au 
dict  Le  Maire,  et  maintenant  fais  les  patrons  que  j'espère  arez  en  bref.  • 

II  manda  aussi  qu'il  avait  trouvé  à  bon  compte  de  l'albâtre  c  la  plus 
blanche  du  monde  »,  et  un  bon  ouvrier,  •  disciple  du  nommé  Michel 
Coulombe».  Il  ajouta  :  «  Combien  que  je  seroye.voulontiers  près  de 
luy,  car  vous  entendez  assez  que  rien  n'en  empireroit,  et  mesmement 
pour  le  visaige  de  feu  Monseigneur  et  autres  choses.  »  Ces  offres  de 
service  furent  agréées  :  Perreal  devint  peintre  et  valet  de  chambre  de 
Marguerite  d'Autriche  (6),  qui  lui  fit  payer  par  un  mandement,  véri- 

(1)  RtUgieaz  Auguttia,  né  dans  It  Marcbe  d'Anodoe,  renommé  par  ses  vertus  et  pu  son 
talent  pour  la  prédication,  mort  le  10  septembre  i3o9,  canonisé  par  le  pape  Eogène  IV 
en  1446. 

(2)  Cf.  Histoire  et  description  de  Véglise  de  Brou  par  le  P.  Rousselet,  et  Histoire  de 
fégiise  de  Brou  par  Jules  Baux. 

(3)  Fait  déjà  consigné  dans  mon  travail  sur  Jean  Lemaire  de  Belges. 

(4)  Ce  travail  fat  exécuté  de  i5os  à  i5o6.  (CL  Notice  sur  Michel  Colombe  par 
M.  Benjamin  Fillon;  Fontenay-le-Comte,  i865,  in-8.) 

(5)  Lettre  reproduite  en  partie  par  M  Charvet,  p.  5i. 

(6)  Cest  sans  doute  en  i5io  que  Perreal  fut  nommé  peintre  de  Marguerite  d'Autriche.. 
Dans  sa  lettre  du  i5  novembre  iSog  il  prend  la  qualité  de  peintre  du  Roi^  tandis  que,  le  3 
janvier  1 3 1 1 ,  il  signe  peintre  de  Madame,  ^ 


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JEAN   PERREAL  III 

fié  le  1 5  juillet  i3io,  soixante  écus  d'or  au  soleil  pour  trois  ans  de  ses 
gages  et  pour  les  c  pourtraiz  par  luy  faiz  et  qu'il  nous  a  derrenièrement 
envoyez  par  Jehan  Le  Maire,  nostre  indiciaire,  pour  dresser  les  sépul- 
tares  que  £ûsons  fère  en  nostre  couvent  de  Saint-Nicolas-de-Tolentin- 
lès-Bourg,  en  Bresse  (i]  ». 

Si  le  couvent  de  Brou  s'édifiait  vite,  l'église  n'était  même  pas  com- 
mencée. Les  projets  ne  manquaient  pas  sans  doute,  mais  aucun  n'était 
définitivement  adopté.  Jean  Lemaire  était  desservi  auprès  de  sa  souve- 
raine par  les  artistes  ou  ouvriers  qu'il  dirigeait;  on  lui  reprochait  d'à* 
voir  choisi  de  l'albâtre  de  mauvaise  qualité.  Le  20  novembre  iSio,  il 
écrivit  de  Bourg  à  Marguerite  d'Autriche  pour  se  disculper,  et  il 
recommanda,  pour  la  construction  de  l'église,  Perreal,  de  Paris,  peintre 
et  valet  de  chambre  de  la  princesse,  «  riche  de  science,  d'enten- 
dement, d'ingéniosité,  d'audace,  d'honneur,  d'avoir  et  d'auctorité». 
Perreal,  en  effet,  était  tout  â  la  fois  peintre,  sculpteur  et  architecte, 
n  avait  bonne  envie  de  se  rendre  utile  et  même  indispensable.  Agréé 
de  nouveau  par  Marguerite  d'Autriche,  il  écrivit  le  4  janvier  1 3 1 1  â 
cette  princesse  et  à  Louis  Barangier,  son  premier  secrétaire  et  maître 
des  requêtes,  c  Madame,  ditrii  à  Marguerite,  touchant  Êdre  une  plate 
forme  pour  l'esglise,  je  suis  très  joyeux  m'y  emploier,  et  me  aideray 
de  tout  ce  que  je  ay  veu  en  Italie  touchant  couvens,  où  sont  les  plus 
beaux  du  monde,  et  feray  sans  excéder  vostre  voulenté,  combien  que 
le  logis  ja  fait  est  sy  grant  et  sy  magnifique  que  je  ne  sçay  que  l'on 
dira,  sinon  que  religieux  sont  plus  dignes  que  Dieu  d'estre  sump- 
toeusement  logez  (2)  ».  A  Barangier,  il  parla  de  la  même  af&ire,  mais 
en  termes  plus  précis.  «  Aussy  bien  l'esglise  n'est  pas  fiiite,  qui  est  le 
principal,  de  laquelle  esglise  madite  Dame  m'a  rescript  fidre  ung  patron 
ou  plate-forme  ;  mais  c'est  chose  qui  ne  se  fait  pas  sans  y  penser,  tant 
au  lieu  que  à  la  convenance  et  selon  ce  qu'elle  me  demande  »  (3). 

L'Oise  donc  n'était  pas  commencée  au  mois  de  janvier  iSii,  et 
Jean  Perreal  en  faisait  le  plan.  Le  3o  mars  iSii,  il  écrivit  â  Louis 
Barangier  :  f  Mons'',  vous  voiez  la  payne  que  je  prends  et  de  bon 
cuer,  tant  en  invencions  que  patrons.  Et  sur  ma  foy  les  derniers  pour- 
traiz ou  patrons  que  j'ay  faiz,  tant  celuy  de  l'esglise  que  des  trois  aul- 


(1)  PuW.  par  M.  Chtrvct,  p.  45.  —  M.  Charvet  pense  que  Perreal  a  fourni  en  i5o5  les 
plans  dn  couvent  de  Brou.  Les  termes  de  cette  lettre  du  i5  novembre  iSoç,  du  mandement 
du  27  juillet  1 3 10  et  d'une  lettre  de  Jean  I^maire  du  20  novembre  i5io  (citée  dans  mon 
travaO  sur  Lemaire),  ne  semblent  pas  favorables  à  cette  hypothèse. 

(a)  Oiarvet,  p.  69.  Lettre  appartenant  à  M.  B.  Fillon. 

(3)  Charvet,  p.  66.  Pièce  publiée  par  M.  B.  Fillon  dans  son  travail  sur  Michel  Colombe. 


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112  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

très,  m'ont  donné  baucoup  de  payne  ;  et  joujours  y  va  du  mien,  tant 
aux  alées  que  venues  et  aultres  despences  »  (i). 

Perreal  se  plaignait,  non  seulement  de  ses  dépenses,  mais  aussi  de 
ses  collaborateurs.  Un  sculpteur  de  Salins,  nommé  maître  Thibault, 
lui  était  particulièrement  hostile,  ce  qui  retardait  les  travaux.  Per- 
real se  rendit  cependant  à  Bourg  le  9  septembre  1 5 1 1  avec  Jean 
Lemaire  et  les  maîtres  maçons  M*  Henriet  et  f^^  Jehan  de  Lorraine 
€  pour  besoigner  aux  pourtraictz  de  Téglise  »  {2).  Il  rendit  compte  de 
sa  visite,  le  9  octobre  suivant,  a  M«  Louis  Barangier,  dans  une  lettre 
restée  jusqu'ici  inédite  (3). 

Mon  très  honoré  seigneur,  très  humblement  à  vostre  bonne 
grâce  me  recommande,  vous  avisent  que  ung  peu  devant 
Tasumpcion  de  nostre  Dame  en  aoust  j'ay  receu  les  très  gra- 
cieuses lettres  de  Madame  et  ay  veu  ce  qu'elle  escript  à  messei- 
gneurs  de  Bourg  et  aux  aultres,  maiz  quant  aux  lettres  miennes 
je  suis  tant  joieux  qu'il  plest  à  Madame  se  servir  de  moy  et 
qu'elle  estime  mon  très  petit  sçavoir  et.  s'en  veult  de  tel  servi- 
teur servir. 

Mons%  je  vous  averti  que  je  avec  maistre  Jehan  Lemaire  me 
suis  transporté  audit  lieu  de  Bourg  et  nous  sommes  présentez 
à  mesdits  seigneurs  et  avons  mené  deux  maistres  massons,  et 
avec  ceulx  de  Brou  avons  bien  calculé,  spéculé  et  regardé  le 
lieu  tant  à  bastir  que  ccluy  qui  est  basti  pour  les  frères,  et  fis- 
mes  par  cordeaux  pour  mieulx  juger  du  tout,  maiz  considérant 
le  bastiment  jà  fait  qui  n'est  pas  peu,  nous  sommes  tous  d'un 
acord  délibéré  de  faire  une  esglise  à  iceluy  correspondent,  con- 
sidérant plus  faire  ouvrage  de  fille  d'empereur  que  pour  aultre 
regard.  Sy  me  suis  mis  après  et  ay  fait  une  plate  forme  que 
mons*"  rindiciaire  porte,  laquelle  a  porporcions  et  mesures  par 
le  commandement  de  géométrie;  sy  peu  que  j'en  ay  veu  et  au 
moins  mal  ay  fait  correspondre  Tesglise  au  bastiment,  comme 

(i)  Charvei,  p.  80.  Publiôo  d'abord  par  Le  Glay  dans  les  Mémoires  de  la  Société  des 
sciences,  de  l'agriculture  et  des  arts  de  Lille,  année  i85o. 

(2)  Lettre  de  Jean  Lemaire  du  8  septembre  1 5 1 1.  {Mémoires  de  la  Société  des  sciences  de 
Lille,  année  i85o,  p.  336.) 

(3)  L*origina]  fait  partie  d'une  collection  qui  sera  vendue  prochainement 


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JEXN    PERREAL  1  l3 

il  est  nécessaire.  Voiez  le,  lisez  les  lettres  dessus  escriptes.  J'ay 
envoyé  à  Madame  le  compas  dont  me  suis  aidé,  par  lequel  elle 
peust,  comme  bien  le  scet,  faire  cognoistre  touttes  les  largeurs, 
haulteurs,  longueurs,  tant  du  tout  que  des  parties. 

Pour  ce,  Mons',  sy  vous  plest  de  par  vous  seray  excusé  se 
masson  me  blasme,  disent  que  ne  suis  qu'un  paintre.  Certes 
f  ay  veu  de  théorique  ès-ars  mathématiques  quelque  peu  qui 
fiadt  assez  â  propos  de  mettre  en  acte,  ce  que  voiez,  car  vous  y 
trouvères  des  choses  plus  nouvelles  que  je  ne  voiz  jamaiz  et  me 
suis  totailement,  avec  le  conseil  de  maistre  Jehan  Lemaire,  des- 
dié  et  mis  mes  petis  scavoirs  au  regard  et  à  Tœul  de  tous  pour 
enc^urer  le  faiz.  Maiz  quant  Madame  et  vous  tous,  Messei- 
gneurs,  arez,  par  bon  conseil  et  meure  délibéradon  ou  seulle- 
ment  avec  le  vouloir  de  Madame,  ordonné  que  ainssy  se  face, 
et  quant  tel  honneur  me  sera  escheu  que  de  Madame  je  sois 
ordonné  à  ce,  je  vous  prometz  ma  foy  que  je  feray  plus  que 
ne  voiez,  non  pour  me  avancer  ne  le  dis  maiz  pour  ce  que  je 
me  sens  fort  et  seur,  maiz  j'entends  quant  il  vous  plairoit  de 
venir  dessà,  car  avec  vous  vouldroie  communiquer  et  vivre,  et 
ne  vouldroie  point  d'homme  avec  moy  moindre  de  bon  vouloir 
que  moy,  et  pour  ce  à  vous  m'adresse  et  ne  di  cecy  synon 
que  je  ne  sçay  à  qui  m'adresser  quant  je  viens  à  Bourg,  et  m'en 
suis  bien  aperceu  par  vostre  absence,  combien  que  madame 
vostre  belle  mère  et  madame  vostre  bonne  femme  m'onlt  fait 
honneur  de  leurs  biens  et  des  vostres,  à  telles  enseignes  que 
j'ay  fait  de  croions  qui  n'est  que  demy  couleurs  le  visaige  de 
madame  la  maistresse,  vostre  femme.  Elle  cuide  que  ce  soit 
grant  chose,  maiz  quelque  jour  en  vostre  présence  nous  ferons 
mieulî. 

A  revenir  à  propos  je  vous  ay  bien  voulu  escripre  au  long 
afin  qu'il  vous  plaise  donner  à  entendre  à  Madame  que  je  ne 
vouldroie,  en  telle  affaire  que  TesgUse,  point  estre  garssonné 
ne  gourmande  maiz  avoir  autorité  à  tout  le  rpoins  de  conduire 

i5 


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114  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

les  choses  à  la  vérité.  Je  le  di  pour  ramour  dp  la  sépulture,, 
de  quoy  Je  suis  bien  empesché  avec  Thomme  que  sçavez  (i)^ 
et  croy  que  je  ne  sçay  que  je  feray,  combien  que  je  faiz  faire 
les  patrons  depuis  que  j^ay  sceu  que  Madame  veult  qu'elle  se 
face.  Maistre  Jehan  Lemaire  vous  dira  bien  la  douleur  ou 
trouble  en  quoy  j'en  suis,  et  pleust  à  Dieu  que  je  vous  deusse 
faire  une  ymage  d'albastre  ou  de  painture  et  je  ne  fusse  que 
seul.  Je  ne  di  plus;  une  aultre  foiz  escriprey  à  Madame  la 
vérité  se  je  scay  qu'elle  se  veuUe  servir  de  moy,  maiz  aussy  je 
vous  prie  que  en  se  que  me  pourrez  aider  vous  me  soiez  pro- 
pice et  non  fors  que  pour  excécuter  Thonneur  de  Madame  et 
esviter  dommage. 

Mons%  je  vous  rescrips  non  pour  vous  rompre  la  teste  maiz 
pour  vous  donner  à  entendre  que  se  Madame  se  veult  servir 
de  moy  en  tel  cas  comme  de  Tesglise  et  sépultures,  certes  il  est 
forcé  que  je  soie  obéy  en  ce  qu'elle  veult  et  ce  qui  sera  de  rai- 
son, ou  je  ne  viveroye  pas  comme  j'ay  acoustumé  qui  est  que 
tousjours  j'ay  aymé  science  et  la  perfection  d'icelle.  Je  n'ose  dire 
tout,  maiz  avoir  la  response  de  Madame  touchant  l'esglise  qui 
n'est  pas  petitte  chose  je  vous  rescripray  ou  parleray  plus  à 
plain.  Aussy  vous  dira  mons""  Tindiciaire  au  vray  ma  bonne 
voulenté.  Jus  ta  illud  difficile  est  indigent  i  bene  operari, 
combien  que  ce  n'est  pas  ce  qui  me  mainne  en  tout,  maiz  c'est 
de  bien  commencer,  de  non  avoir  faubc  raports  et  estre  obéy 
en  bien  faisent.  Or  je  me  débas  de  la  chappe  du  moyne.  Nous 
verrons  que  Madame  dira,  ou  celle  en  veult  oster  ou  mettre 
son  vouloir  soit  fait,  et  je  vous  supplie,  conuiie  en  celuy  en  qui 
j'ay  parfaitte  fience,  m'en  rescripre  à  peu  près  sa  concepcion. 
Et  encor  diray  je  se  mot  que  je  feroye  voulentiers  le  voyage 
jusques  en  Flandre  ce  karesme,  se  tant  il  plaisoit  à  Madame, 
pour  dire  ce  que  en  papier  je  n'ose  penser.  Je  ne  sçay  qu'il 
en  aviendra. 

Mon9%  je  vous  prie  me  pardonner  et  sur  ce  vous  dis  adieu 

•n  Maître  Thibaut. 


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JEAN   PERREAL  {  1  5 

qu'il  VOUS  doint  santé  et  sa  grâce.  A  Lyon  ce  vnii*  de  octobre. 
Devostre 

Très  humble  serviteur 
Jehan  Pbrreal  de  Paris,  p.  d.  M.  (i). 

S'yl  vous  plaisoit  de  sçavoir  pour  quoy  j'ay  envoyé  ung  filz 
de  XVIII  ans  que  j'ay  aux  estudes  à  Dole,  c'est  pour  deux  cas, 
car  il  y  a  ja  bonne  université,  Fautre,  car  Madame  m'en  sara 
gré  et  celle  que  ne  nomme,  c'est  que  mon  petit  argent  sera  de 
lœsure  (2). 

La  susciiption  porte  : 

A  mon  très-cher  et  honoré  seigneur  mons'  le  maîstre, 
maîstre  Loys  Barangier,  en  la  court  de  Madame. 

La  pièce  est  scellée  d'un  cachet  portant  Tempreinte  d'un  camée 
antique. 

PeiTcal  demandait  à  rester  seul  directeur  des  travaux.  Il  feitiguait  la 
princesse  et  son  secrétaire  de  ses  réclamations,  et  Lemaire  se  joignait 
à  lui  (3).  Ce  dernier  se  rendit  à  Tours,  pour  c  faire  fisiire  les  patrons  de 
terre  des  sépultures  9,  mais  maître  Thibaut  refusa  de  raccompagner. 
Aussi  Lemaire  écrivit-il,  le  9  octobre  i5ii,  à  Marguerite  pour  se 
I^aindre  du  tailleur  d'images.  «  Nulz  ouvriers  d'estime,  dit-il,  ne  veullent 
besoigner  soubz  lui  (4)  >.  L'indiciaire  s'adressa  à  Michel  Colombe, 
•  habitant  de  Tours  et  tailleur  d'ymaige  du  Roy  nostre .  sire  »,  qui 
reçut,  le  3  décembre  suivant,  quatre-vingt-quatorze  florins  d^or  pour 

(i)  Peintre  de  Madame. 

(3)  Ce  fiut  de  TeoToi  du  fils  de  Perreal  à  TUnivereité  de  Dole  m'a  aidé  à  fixer  la  date  de 
la  lettre.  En  efiet  Jean  Lemaire  écrivit  de  Dole,  le  9  octobre  i5i  i,  à  Marguerite  d'Aatnchc, 
pour  loi  faire  part  do  voyage  de  ce  jeune  homme:  «  Madame,  depuis  mesdictes  lettres 
escripiei,  f  ay  diligente  en  l'affaire  par  Vostre  Haulteste  à  moy  enjoinct  ;  comme  verrez,  s'il 
TOBS  plait,  par  les  lettres  que  M*  Jehan  de  Paris,  vostre  painctre.  vous  en  escnpt,  lesquelles 
jt  vous  envoie  par  mon  serviteur  présent  porteur.  J*ay  amené  le  filz  dudit  de  Paris  en  ceste 
voetre  université  de  Dole  aux  estudes  de  loix  et  de  décret,  afin  que  son  père  soit  tousjours 
ploa  endin  &  voetre  service  ;  ce  qu'il  est  desjà  assez,  espérant  que  sondit  filz  vous  sera  pour 
recommandé.  >  {Mémoires  de  la  Société  des  sciences  de  Ulle,  année  i85o,  p.  337.) 

(3)  Lemaire  dit,  dans  sa  lettre  du  9  octobre  1 5 1 1,  déjà  citée  :  ■  Madame,  je  pars  d'icy  pour 
lier  à  Tours,  selon  le  conseil  et  advis  dudit  de  Paris,  pour  fisire  faire  les  patrons  de  terre  des 
sépaltnres,  ainsi  qu'il  vous  a  pieu  me  commander  par  voz  derrenières  lettres.  Madame,  je  suis 
contraint  avec  ledit  de  Paris  de  poursuivre  toutes  ces  choses  à  noz  despens.  • 

{4)  Mémoires  de  la  Société  des  sciences  de  Lille,  p.  337. 


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Il6  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

faire,  en  petit,  la  sépulture  du  feu  duc  Philibert  de  Savoie,  c  selon  le 
pourtraict  et  très-belle  ordonnance  fiedcte  de  la  main  de  maistre  Jehan 
Perreal  de  Paris,  painctre  et  valet  de  chambre  ordinaire  du  roy,  nostre 
dit  seigneur  p. 

Pendant  ce  temps,  Perreal,  qui  résidait  à  Lyon,  d^où  il  allait  à  Bourg 
quand  besoin  était,  avait  terminé  le  plan  de  l'église  de  Brou.  Il  avait 
reçu  une  lettre  favorable  de  Marguerite  d'Autriche;  il  y  répondit  le 
ler  décembre  i5ii  (i)  : 

Madame,  tant  et  sy  très  humblement  que  faire  puis  à  vostre 
bonne  grâce  me  recommande. 

Madame,  j'ay  receu  une  vostre  lettre  escripte  à  Bosleduc  (2) 
dont  VOUS  remercie  faisent  mencion  que  avez  receu  la  mienne 
que  vous  escrips  comme  j^avoie  esté  à  Brou  et  mené  les  mais- 
tres  pour  aviser  de  Tesglise. 

Madame,  je  vous  avise  que  j'ay  fait  le  patron  ou  pourtrait 
de  ladite  esglise,  et  y  ay  fait  tout  ce  que  j'ay  peu  inventer  et  que 
j'ay  veu  par  tout  où  j'ay  esté.  Vray  est  que  Ton  peult  adjouster 
out  ce  quUl  vous  plaira,  aussy  Tay  mis  soubz  vostre  correcdon 
comme  verrez  par  mes  lettres.  J'ay  aussy  fait  le  couvent  bastî 
en  trois  parchemyns.  Vous  plaira  avoir  le  tout  à  gré.  Il  y  a 
plus  de  deux  moy  que  tout  est  fait,  maiz,  comme  j'ay  peu  sça- 
voir,  Jehan  Le  Maire  est  demouré  malade  (3)  sus  les  champs, 
comme  Ton  m'a  dit,  il  a  esté  à  Tours  vers  Michel  Coulombe 
pour  soliciter  les  patrons  que  je  faiz  faire  de  la  sépulture  et  y  a 
esté  long  temps  comme  il  m'a  rescript.  Je  croy  qu'il  est  sus  les 
champs  pour  tirer  vers  et  portera  tout. 

Madame,  je  vous  ay  bien  voulu  rescripre  pour  ce  que  ce 
pourteur  est  homme  seur  et  aussy  que  je  me  tire  tousjours  vers 
luy,  car,  sans  mentir,  je  l'ay  trouvé,  quant  je  suis  à  Bourg, 

(1)  Cette  lettre  de  Perreal,  qui  fait  suite  à  la  précédente,  ni*a  été  obligeamment  communiquée 
par  M.  le  comte  Gilbert  Borromée,  de  Milan,  qui  possède  une  précieuse  réunion  de  lettres 
d'artistes. 

(3)  Bois-le-Duc,  ville  du  Brabant  septentrional. 

(3)  Jean  Lemaire  s'était  rompu  le  bras  et  était  allé  se  faire  soigner  à  Lyon,  à  ses  grands 
despens.  Il  le  dit  lui-même  dans  une  lettre  écrite  à  Jean  de  Mamix  la  3  mai  i5i  i  (Mémoires 
de  la  Société  des  sciences  de  Lille,  p.  333).  C'est  peut-Ml^  encore  des  suites  de  c«t  accident 
qu'il  fut  malade  pendant  son  voyage  à  Dole. 


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JEAN    PERREAL  I  I  7 

celuy  qui  plus  congnoist  mon  intencion  et  congnoist  bien  que 
j'ay  veu  conunent  tout  doit  aler.  J'ay  plus  communiqué  avec 
luy  que  aux  aultres.  Il  vous  pourra  dire  ce  qu'il  m'en  semble. 
Et,  comme  je  vous  ay  rescript  par  Jehan  Le  Maire,  se  vous 
entendez  que  de  vostre  esglise  je  y  aye  Touel  ainssy  que  m'avez 
rescript  il  fauldroit  que  j'eusse  par  vous  quelque  peu  d'auaorité 
et  pour  vostre  profit,  car  à  présent  je  n'y  ay  pas  grant  crédit. 
Ce  que  j'en  dis  est  afin  tendent  de  bien  conduire  voz  afifaires, 
car  ce  dis-je  pour  maistre  Thibault  duquel  ne  puis  chevir  et 
ne  puis  avoir  ouvriers  tant  qu'il  y  sera,  et  puis  il  ne  scet  rien 
et  veult  tout  faire.  Il  a  receu  cent  escus  et  ne  veult  bailler 
argent  pour  paier  les  petis  patrons  que  je  faiz  faire,  maiz  les 
paie  de  mon  argent. 

Madame,  vous  en  ferés  ce  qu'il  vous  plaira,  maiz  avec  luy 
ne  saroie  vivre.  Je  amasse  mieulx  avoir  entreprins  tout  seul, 
car  aussy  bien  fault  il  que  je  fasse  tout  et  que  je  mette  les  ou- 
vriers en  œuvre  et  que  je  les  envoyé  quérir. 

Madame,  je  prie  au  benoist  filz  de  Dieu  qu'il  vous  doint  sa 
grâce.  A  Lyon  ce  premier  jour  de  décembre.  De  vostre 


La  suscription  porte  :  « 

A  Madame,  Madame  Marguerite. 

La  faveur  de  Perreal  ne  dura  guère  :  maitre  Thibaut  (1),  le  tailleur 
d'images,  triompha  du  peintre  de  Madame.  Ce  dernier  était  sans  cesse 

(ij  Les  comptes,  publiés^  par  Dufay  dans  sa  Dissertation  sur  les  nouveaux  documents 
concernant  l'église  de  Brou^  condenoent,  à  l'année  iSoç,  cette  mention  : 

■  A  nuistrc  Thibaut  sur  sa  taiche  à  lui  baillée  de  uiller  la  sépulture  de  mondict 
Kigneur m «c  fl.  • 


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Il8  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

exposé,  tant  à  la  jalousie  des  artistes  et  maîtres  maçons,  qu'au  mauvais 
vouloir  et  aux  railleries  des  ouvriers.  Ses  projets,  soit  qu'ils  fussent 
trop  savants,  soit  qu'ils  parussent  choquants  par  leur  nouveauté  (i), 
rencontraient  une  vive  opposition.  On  lui  reprochait  de  n'être  qu'un 
peintre  (2],  et,  quoiqu'il  protestât  de  ses  connaissances  ès-arts  mathé- 
matiques, il  ne  put  convaincre  ses  détracteurs.  Bref  la  situation 
devint  de  plus  en  plus  difficile  pour  Perreal,  qui  recourut,  mais  en 
vain,  à  sa  protectrice  (3).  Marguerite,  fiatiguée  des  plaintes  de  son 
peintre,  circonvenue  par  les  ennemis  de  celui-ci,  se  décida  à  confier 
l'exécution  de  l'église  de  Brou  au  Flamand  Louis  van  Boghen  (octo- 
bre i5i2).  Dès  lors  Perreal  reprit  ses  fonctions  à  la  G)ur  de  France, 
Quelle  part  revient  à  cet  artiste  dans  la  contruction  de  l'église  de  Brou  ? 
Ses  plans  servirent-ils  à  son  successeur  ?  Ce  sont  là  des  faits  sur  lesquels 
on  est  réduit  à  des  conjectures  (4).  Perreal,  on  le  sait,  montra  plus 
tard  à  Lyon  ses  talents  d'architecte.  Il  mourut  vers  i5a8. 

(i)  Perreal  insiste,  dans  ses  lettres,  sur  la  nouTeanté  de  ion  plan  et  il  déclare  t'êtri  inspiré 
de  Tarchitecture  Italienne. 
(3)  Perreal  le  dit  lui-même  dans  sa  lettre  du  8  octobre  publiée  plus  haot. 

(3)  et  lettres  du  30  juillet  et  du  17  octobre  i3i3,  publiées  par  M.  Chanret»  p.  88  et  89. 
On  lit  dans  la  première  :  «  Madame,  je  croy  que  vous  avez  recau  la  t^>ulture  de  pierre 
ensemble  les  ymaiges  que  vostre  valet  de  chambre  Pierrechon  vous  a  portées.  • 

(4)  M.  Charvet  traite  ces  questions  ex  professa  dans  son  travail,  auquel  je  renvoie  mes 
lecteur». 


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JEAN-SIFFREIN    MAURY 


I  M.  Tabbé  Maury  passe  pour  un  des  orateurs  les  plus  distingués 
de  nos  jours.  Les  Panégyriques  qu'il  a  fait  imprimer,  et  ses  succès 
multipliés  dans  les  principales  chaires  de  Paris  et  dans  celle  de  la  Cour, 
ont  donné  de  lui  cette  idée  avantageuse  :  elle  est  confirmée  par  son 
Discours  de  réception  à  l'Académie  Françoise,  qui  lui  a  obtenu  l'accueil 
le  plus  favorable  du  public.  »  C'est  en  ces  termes  que  l'abbé  de  Fon- 
tenai  (i)  commençait,  dans  le  numéro  du  i5  février  1785  du  Journal 
général  de  France  (2),  son  compte-rendu  du  discours  de  réception  pro- 
noncé par  l'abbé  Maury  à  l'Académie  le  jeudi  27  janvier  1785.  L'abbé 
Maury,  prédicateur  ordinaire  du  Roi,  s'était  dès  longtemps  acquis  une 
réputation  d'orateur  à  laquelle  avait  ajouté  encore  son  Traité  de  V élo- 
quence de  la  chaire^  paru  en  1777.  Aussi  avait-il  obtenu,  en  décembre 
1784^  le  fauteuil  du  poète  lyrique  Lefiranc  de  Pompignan.  Peu  après  il 
prêcha  le  carême  à  Versailles  devant  Louis  XVI  et  vit  la  foule  des 
gentilshommes  et  des  courtisans  se  presser  dans  la  chapelle  royale 
pour  l'écouter.  Cet  enthousiasme  flattait  l'heureux  abbé,  avide  de  renom- 
mée.Maury  constata  lui-même,  dans  une  lettre  du  22  février  1785  (3), 
ses  triomphes  oratoires,  et,  ne  négligeant  pas  les  journalistes,  qui,  par 
leurs  articles,  pouvaient  étendre  sa  réputation,  il  envoya  ses  remercie- 
ments à  l'abbé  de  Fontenai  pour  l'article  cité  plus  haut  ;  il  le  fit  prier 
aussi  de  venir  entendre  à  Versailles  un  de  ces  sermons  dont  Louis  XVI 
disait  :  «  C'est  dommage  !  si  l'abbé  Maury  nous  avait  parlé  un  peu  de 
religion,  il  nous  aurait  parlé  de  tout  (4).  » 

Versailles,  cour  de  la  Chapelle,  22  février  1785. 

Je  viens  de  lire,  Monsieur,  avec  autant  de  plaisir  que  de 
reconnaissance  l'extrait  que  M.  Tabbé  de  Fontenay  a  bien 

(i)  Louis-Âbel  de  Bonafous,  abbé  de  Fontenai,  né  en  1737,  à  Castelnau  de  Brassac,  prè», 
de  Castres,  mort  à  Paris  le  38  mars  1806.  11  a  fait  plusieurs  ouvrages  ou  compilations  :  le 
plus  estimé  est  le  Dictionnaire  des  Artistes. 

[t]  Depuis  le  i"-  mai  1776,  l'abbé  de  Fontenai  rédigeait  le  Journal  général  de  France 
qui  paraissait  les  mardi,  jeudi  et  samedi  de  chaque  semaine  par  numéro  de  quatre  pages  in-4. 
Le  prix  de  Tabonnement  était  de  seize  livres  quatre  sous  pour  Paris  et  la  province. 

(3)  Cette  lettre  appartient  à  M.  le  baron  de  Girardot,  qui  a  bien  voulu  m'en  envoyer  copie. 

(4)  Cf.  Le  cardinal  Maury,  sa  vie  et  ses  œuvres^  par  M.  Poujoulat;  Paris,  i855,  in-8, 
p.  56.  >-  Je  ne  sais  si  ce  mot  de  Louis  XVI  est  autlientique,  mais  c'est  le  cas  de  dire  :  Se  non 
è  pero,  è  ben  trovato. 


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I20  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

voulu  faire  de  mon  discours.  Je  suis  très-flatté  de  son  sufirage  ; 
je  trouve  dans  ses  critiques  mêmes  (i)  un  ton  de  bienveillance 
qui  me  plaît  infiniment  et  qui  donne  une  nouvelle  autorité  aux 
éloges  dont  il  m^honore.  Permettez-moi  de  lui  transmettre  par 
votre  organe  mes  remerciements  les  plus  sincères,  en  attendant 
que  j'aie  Thonneur  de  les  lui  renouveler  de  vive  voix  dès  que 
je  serai  de  retour  à  Paris. 

Il  y  a  une  affluence  extraordinaire  à  mes  sermons  qu^on 
daigne  écouter  icy  avec  la  plus  extrême  indulgence.  Le  Roy  y 
assiste,  même  les  jours  ouvriers,  et  vous  verriez  qu'il  n'est  pas 
facile  de  trouver  place  dans  la  chapelle.  J'ay  reçu  l'ordre  de 
prêcher  le  panégjnrique  de  saint  Vincent  de  Paul,  et  je  le  destine 
au  quatrième  dimanche,  6  mars  prochain.  C'est  précisément 
le  jour  que  vous  avez  choisi  pour  venir  m'entendre  avec  mon 
frère.  Vous  me  combleriez  de  joie  si  vous  m'ameniez  M.  l'abbé 
Brotier  (2)  et  M.  l'abbé  de  Fontenay.  Nous  dinerions  tous 
dans  mon  petit  réduit  apostolique,  et,  pendant  l'intervalle  du 
dîné  au  sermon,  fe  vous  procurerai  la  permission  d'aller  passer 
une  demi-heure  avec  M.  le  Dauphin  (3).  Vous  serés  enchanté  de 
la  bonrte  mine  et  de  la  gaietté  de  ce  jeune  Prince.  Au  surplus^ 
vous  allés  croire  que  je  plaisante,  mais  en  honneur  je  crois  que 
nous  aurons  un  fort  bon  diné.  Je  serois  trop  heureux  si  Ma- 
dame de  la  Tour  vouloit  être  de  la  partie.  C'est  une  pares- 
seuse qui  ne  fait  jamais  un  pas  pour  les  apôtres,  et  je  dois  me 
borner  à  lui  renouveller  l'hommage  de  mon  respect,  sans  es- 
pérer qu'elle  fasse  ce  petit  pèlerinage.  Je  la  garderois  pourtant 

(I)  L'abbé  de  Fontenai  critiqua  le  passage  où  Maury  disait  que  rAcadémie  française  «  ren- 
fermait les  premiers  hommes  de  la  littérature  et  les  plus  yertueux,  les  plus  dignes  amis  des 
lettres  et  leurs  plus  zélés  protecteurs.  »  Il  déclara  que  ces  éloges  devenaient  injurieux  pour 
ceux  qui  n'étaient  pas  de  l'Académie,  «  et  qui  sont  persuadés  que  le  titre  d'Académicien  n'a- 
joute rien  au  mérite  de  l'Homme  de  Lettres,  n  II  trouva  que  le  récipiendaire  se  montrait 
sévère  pour  les  poésies  sacrées  du  marquis  de  Pompignan  et  il  releva  quelques  expressions  et 
quelques  tournures  défectueuses. 

(3)  Il  s'agit  sans  doute  de  l'abbé  Gabriel  Brotier,  savant  humaniste,  membre  de  l'Académie 
des  Inscriptions,  né  en  1723,  mort  en  1789. 

(3)  Louis- Joseph-Xavier- François,  fils  aîné  de  Louis  XVI,  né  à  Versailles,  le  22  octobre 
1781,  mort  à  Meudon,  le  4  juin  1789. 


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JEAN-SiFFREiN   MAURY  121 

au  coin  d'un  feu  royal  et  nous  ne  nous  quitterions  pas  sans  rire 
un  peu  aux  dépens  de  qui  de  droit.  Je  suis  certain  qu'elle  ne 
seroit  pas  fâchée  d'avoir  vu  la  cour  à  son  aise  ;  je  la  ferois 
bien  placer,  et  elle  n'auroit  pas  trente  pas  à  faire  pour  arriver 
de  mon  logement  à  la  chapelle.  Il  n'y  a  que  dix  marches  à 
monter  pour  être  au  coin  de  ma  cheminée. 

On  dit  icy  que  M.  l'archevêque  de  Toulouse  (i)  a  la  nomi- 
nation de  l'Empereur  au  cardinalat  pour  la  première  promotion 
des  couronnes,  et  que  M.  Necker  (2)  a  reçu  de  M.  le  baron 
de  Breteuil  une  lettre  ministérielle  par  laquelle  on  lui  donne  le 
conseil  de  ne  pas  revenir  à  Paris,  Je  ne  vous  réponds  pas  de 
ces  deux  nouvelles,  surtout  de  la  première,  quoiqu'on  s'en 
contente  icy  comme  si  elle  étoit  authentiquement  certaine. 

Vous  voyez  qu'au  milieu  de  mes  inconcevables  travaux,  je 
n'oublie  point  mes  amis.  J'espère  que  vous  regarderez  ce  sou- 
venir comme  une  sûre  déclaration  de  franche  amitié  et  que 
vous  ne  recevrez  pas  sans  intérêt  ce  foible,  mais  en  vérité  bien 
méritoire  hommage  du  tendre  et  respectueux  attachement  avec 
lequel  je  vous  embrasse.  Monsieur,  du  meilleur  de  mon  cœur. 
Cet  épanchement  vaut  mieux  que  toutes  les  formules. 

L'abbé  Maury. 
La  suscription  porte  : 

A  Monsieur,  Monsieur  de  la  Tour,  secrétaire  du  Roy,  rue 
Saint-Jacques,  vis  à  vis  celle  des  Mathurins,  à  Paris. 

Le  panégyrique  de  saint  Vincent-de-PauI,  prononcé  d'abord  dans 
relise  de  Saint-Lazare,  fut  en  effet  prêché  devant  le  Roi,  le  6  mars 
1785.  Cet  exposé  éloquent  de  la  glorieuse  vie  de  Vincent  de  Paul  émut 
beaucoup  les  assistants,  qui  ne  connaissaient  du  grand  saint  que  le 
nom,  et  Louis  XVI  érigea,  dans  son  propre  palais,  une  statue  à  l'il- 
lustre apôtre  de  la  chanté. 

(i)  Étienne-Charles  de  Loménie  de  Brienne,  arcbevSquede  Toulouse  (i763},  ne  parvint  au 
cardinalat  que  le  i5  décembre  1788. 

(a)  Necker,  disgracié  depuis  1781,  vivait  dans  sa  campagne  près  de  Saint-Ouen.  Il  avait 
pablîé,  en  1 784,  sous  le  titre  d'Administration  des  finances^  un  compte-rendu  de  son  admi- 
nistraticMi.  Cet  ouvrage  avait  produit  en  France  et  en  Europe  la  plus  vive  sensation.     ' 


Ib 


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PIERRE  DE  BERULLE 


Le  Père  Pierre  de  Bérulle,  fondateur  de  l'Oratoire,  fut  élevé  au  car- 
dinalat par  le  Pape  Urbain  VIII,  au  mois  de  septembre  1627.  Louis  XIII, 
qui  Tafiectionnait  particulièrement,  lui  fît,  à  cette  occasion,  un  don  de 
dix-huit  mille  livres  tournois.  Le  nouveau  cardinal  donna  quittance  de 
cette  somme  le  26  septembre  1627  (1). 

Nous  Pierre,  cardinal  de  Bérulle,  confessons  avoir  receu 
comptant  de  M*  Paul  Ardier,  s'  de  Beaur^ard,  conseiller  du 
Roy  en  son  conseil  d^estat  et  trésorier  de  son  espargne,  la 
somme  de  dix-huict  mil  livres  tournois  à  nous  ordonnée  par 
sa  Majesté  pour  remmeublementqu^elleluy  a  pieu  de  nousdonner 
à  cause  de  nostre  promotion  au  cardinalat  De  laquelle  somme 
de  XVIII**  11.  nous  nous  tenons  contant  et  bien  payé,  en  quit- 
tons ledit  sieur  de  Beauregard,  trésorier  de  Tespargne  susdite , 
et  tous  autres,  tesmoing  nostre  seing  cy  mis  le  vingt-sixiesme 
jour  de  septembre  mil  six  cens  vingt-sept. 

Pierre  cardinal  de  Bérulle. 
Pour  la  somme  de  dix  huict  mille  livres  (2). 

Le  26  octobre  suivant,  la  Reine-Mère  remit  le  bonnet  de  cardinal  au 
Père  de  Bérulle,  qui,  deux  jours  plus  tard,  informa  de  ce  fait  le  cardi- 
nal de  Richelieu  (3). 

(i)  Cette  pièce  est  oonsenrée  dans  rexempUire  de  Y  Histoire  des  Français  de  Sismondi 
Ilustré  par  mon  pèrci 

(2)  La  signature  et  cet  mots  sont  seuls  autographes. 

(3)  Ci,  Collection  de  lettres  autographes  et  de  documenU  historiques  sur  le  règne  de 
Louis  Xm,  formée  par  feu  M.  A.  Pécard,  décrite  et  précédée  d'une  notice  par  Etienne 
Charavay;  Paris,  1873,  in-8,  p.  63. 


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CHARLES    ERRARD 

COMPTES   DE   l'académie   DE   FRANCE   A   ROME 


L'Académie  de  France  à  Rome  fiit  fondée,  en  1666,  par  Colbert,  sur  la 
proposition  de  Charles  Errard,  qui  en  fut  le  premier  recteur.  Les  statuts 
de  F  Académie,  arrêtés  par  le  Ministre  le  1 1  février  1666,  fixèrent  le 
nombre  des  élèves  à  douze  :  six  peintres,  quatre  sculpteurs,  deux  archi- 
tectes (1).  Errard  revint  en  France  en  1673,  mais  il  retourna  à  Rome 
en  1675  avec  le  titre  de  directeur.  Colbert  avait  coutume  d'envoyer 
à  Errard  les  fonds  nécessaires  à  Fentretien  des  élèves  et  aux  dépenses 
de  l'Académie  (2),  et  tous  les  trois  mois  le  directeur  rendait  compte  au 
Ministre  de  l'emploi  de  ces  fonds.  Un  de  ces  états,  qui  contient  les 
dépenses  du  second  trimestre  de  Tannée  i683,  est  conservé  dans  le 
riche  cabinet  de  M.  le  comte  Gilbert  Borromée,  de  Milan,  qui  m'a 
gracieusement  autorisé  à  en  publier  le  texte. 

Estât  de  la  recepte  et  despenses  faictes  en  T  Académie  Royalle 
de  Peinture,  Sculpture  et  Architecture,  establie  à  Rome  par  sa 
Magesté  très  chrétienne,  pendant  les  mois  d'avril,  may  et  juein 
de  la  présente  année  mil  six  cens  quastre  vingt  trois,  que  rend 
à  Monseigneur  jColbet  (3),  marquis  de  Ceignelay  et  austres  lieux, 
conseiller  du  Roy  en  tous  ses  conseils  et  du  conseil  Royal,  pre- 
nûer  ministre  et  segrétaire  d'Estat,  trésorier  général,  grand 
commandeur  de  ses  ordres,  contrôleur  général  des  finances  et 

(i)  Cf.  la  notice   historique  de  M.  Lecoy  de  La  Marche  en  tête  de  son  onvrage  intitulé 
L'Académie  de  France  à  Rome;  Paris,  Didier,  1874,  in -8. 

(2)  Colbert  dit  à  Errard,  dans  sa  lettre  du  26  février  i68a  :  c  Je  vous  envoyé  une  lettre  de 
change  de  10,000  livres  poar  les  dépenses  de  l'académie,  i  {Correspondance  de  Colbert 
FwbKée  par  Pierre  Qément,  t.  V,  p.  424.) 

(3}  J'ai,  comme  fe  m'en  suis  tqpjours  fait  une  règle,  suivi  scrupuleusement  l'orthographe 
de  ce  document,  quelque  bizarre  qu'elle  fût.  I^  scribe  était  im  Italien  qui  estropie  souvent 
les  mots  et  surtout  les  noms  propres. 


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124  REVrE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

surintendant  général  des  Batimants,  jardins,  arts  et  manefacr 
tures  de  France,  Charles  Errard,  peintre  et  architeae  ordinère 
du  Roy  et  Recteur  de  la  ditte  Accademie. 

Premièrement. 

Recepte. 

De  la  somme  de  neuf  mil  ceinq  cens  veingt  une  livre  dix  sols 
neuf  denier  pour  le  débet  et  solution  du  compte  de  F  Académie 
des  trois  dernier  mois  passé,  jenvier,  febvrier  et  mars  de  la 
présente  année  i683,  rendus  par  le  s'  Errard,  Recteur  de  la 
ditte  Académie,  le  6'  may  i683,  à  Monseigneur  Colbert,  pre- 
mier ministre  et  segretaire  d'estat,  cy 9521I.  10.  9. 

Toutte  la  recepte  du  présente  compte  se  monte  à  la  somme 
de  neuf  mil  ceinq  cens  veingt  une  livre  dix  sols  neuf  de- 
niers, cy 9521  1.  10  s.  9  d. 

Despenses  faictes  en  TAcadémie  Royalle  pendant  les  mois 
d'avril,  may  et  juein  de  la  présente  année  i683. 

De  la  somme  de  cent  escus  monoye  de  Rome  payé  par  ad- 
vanse  suivant  la  coutume  de  Rome  au  sig'  Pietro  Caffarelli 
pour  le  loyer  du  palais  que  T  Académie 'occupe  pendant  trois 
mois  commancé  le  premier  julliet  et  doive  finir  le  dernier  sep- 
tembre de  la  présente  année  i683,  suivant  sa  quitanse  du  pr. 
julliet  1 683  revenant  monoye  de  France  à.  .  .  .     354.  16.  9. 

De  la  somme  de  dix  escus  monoye  de  Rome  payé  ausy  par 
advanse  à  Monsignor  Vicentini  pour  le  loyer  d'un  magazin  que 
Ton  tient  de  luy,  le  quel  est  occupé  de  quantité  de  caises  apar- 
tenantes  au  Roy  dans  lesquelles  sont  les  reliefs  de  la  colonne 
Trajanne,  et  se  pendant  six  mois,  commancé  le  premier  juein  et 
doive  finir  le  dernier  novenbre  de  la  présente  année  i683 
suivant  sa  quitanse  du  i6*  juein  i683,  revenant  monoye  de 
France  à ^. 35.  9.  8. 

Pour  de  Pastellier  de  la  longare  du  quel  Ton  paye  trente 
escus  Tannée,  monoye  de  Rome,  Ton  ne  Ta  pas  encorre  payé 


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CHARLES  ERRARD  125 

la  présente  année,  parce  que  les  propriétaires  plaident.  L'on  ne 
sait  pas  à  qui  il  eschera. 

Somme  de  ce  chapitre  :  III^  IIII"  Xll.  VI  s.  VI d.  (i). 

Austres  despenses. 

Pour  la  prowision  du  Recteur  de  TAcadémie  Royalle,  nou- 
riture  et  entcetennement  des  eslèves  pensionères  aux  arts  de 
Peinture,  Sculpture,  Architecture,  Mathématiques,  Anathomie 
et  austres  nobles  arts ,  à  raison  de  600 11.  chaqun  par  année  et 
200 11.  à  chaqun  de  ceux  qui  s'en  retourne  en  France  après 
qu'ils  ont  faict  les  estudes  nécessaires  pour  se  perfectioner  dans 
leurs  arts,  suivant  leurs  quitanses. 

De  la  somme  de  sept  cens  cinquante  livres  pour  le  segond 
quartier  d'avril,  may  et  juein  de  la  présente  année  i683,  de  la 
provvision  du  s'  Errard,  Recteur  de  la  ditte  Académie  Royalle, 
sa  Magesté  luy  ayant  accordé  la  somme  de  trois  mil  livres 
chaque  année  de  service,  cy 75o.  o.  o. 

De  la  somme  de  cent  trente  quastre  escus  quastre  veingt 
bajocque  payé  à  M*  Jasques  Goubert,  despensier  de  l'Acadé- 
mie Royalle,  pour  la  nouriture  de  huict  eslèves  pensionères, 
savoir  sellç  du  s' Joly  (2)  depuis  le  premier  avril  jusque  au  27* 
du  dit  mois,  qui  faict  sept  escus  et  trente  neuf  bajocque,  selle 
du  s'  Rousellet  (3)  pendant  tout  le  mois  d'avril  qui  est  8  escus, 

(1)  Cette  addition  a  été  faite  après  l'arrivée  du  mémoire  à  Paris.  De  même,  en  facs  de 
chaque  article  on  lit  des  mentions  comme  celles-ci:  Veu  la  quittance,  Passé. 

(a)  Jean  Joly  avait  obtenu  le  premier  prix  de  sculpture  au  concours  du  28  septembre  1680 
dont  le  sujet  était  le  fratricide  de  Gain  (Liste  des  prix  de  Rome  dans  le  t.  V  des  Archives  de 
fart  français,  p.  378).  Il  devint  sculpteur  ordinaire  des  bâtiments  du  Roi  et  travailla  aux 
décorations  de  Versailles.  (Cf.  quittance  de  lui  donnée  le  27  décembre  1688,  conservée  dans 
la  collection  de  M.  Cario  Morbio,  de  Milan^  et  analysée  dans  le  travail  de  M.  Ulysse  Robert 
sur  les  quittances  d'artistes  qui  sont  à  la  Bibliothèque  nationale).  Nous  voyons  aussi  ce  Jean 
Joly,  dont  le  nom  est  omis  dans  les  biographies,  figurer  le  38  janvier  i685,  à  l'acte  de  ma- 
riage d'Eliwbeth  G>ustou,  sœur  de  Nicolas  et  de  Guillaume.  (CC  Dictionnaire  critique  de 
Jal,  article  Coustou,  p.  144,  f*  colonne.) 

(3)  Jean  Rousselet,  sculpteur,  fils  du  graveur  Gilles  Rousselet,  fut  reçu  à  l'Académie  de 
peinture  le  a8  juin  1686,  sur  un  marbre,  représentant  la  Poésie  et  la  Musique^  qui  est 
aifctaeltement  au  musée  du  Louvre.  11  mourut  le  i3  juin  1693,  à  l'âge  de  37  ans.  (Cf. 
Archipes  de  Fart  français  j  1. 1,  p.  372,  et  t.  H,  p.  386.) 


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Ï26  REVUE   DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

deux  julles  et  2  bajocque,  et  selle  des  s^Costu  (i)  et  Barois  (2) 
de  puis  le  24^  may  jusque  au  dernier  juein,  qui  sont  chaqun  un 
mois  et  sept  jours  et  demie,  qui  faict  pour  les  deux  veingt 
quastre  escus  cinquante  ceinq  bajocque,  et  selle  des  s"  Feme- 
ry  (3),  Bruant  (4),  Carbonet  (5)  et  Levasseur  (6),  pendant  les 
mois  d'avril,  may  et  juein,  qui  font,  pour  eux  quastre,  nouante 
huict  escus  soixante  quastre  bajocque,  tous  à  raison  par  chaqun 
mois  de  buict  escus,  deux  julles  et  deux  bajocque,  revenant 
monoye  de  France  à  29 11.  3.  4.,  touttes  les  quelles  sommes 
joinctes  en  senbles  font  selle  de  cent  trente  quastre  escus  et 
quastre  veingt  bajocque  suivant  sa  quitan§e  du  premier  juillet 
i683,  revenant  monoye  de  France  à 478.  6.  9. 

(i)  Ce  Costu  n*est  autre  que  Nicolas  Coustou,  né  à  Lyon  le  9  janvier  lySS,  qui  avait 
remporté  le  premier  prix  de  sculpture,  au  concours  de  1 68a,  dont  le  sujet  était  Cain  t>âtissaiit 
la  ville  d'Héaoch.  Ce  grand  artiste  moumt  à  Paris  le  i^  mai  1733. 

(2)  François  Barrois,  né  à  Paris  en  i656,  avait  obtenu  le  second  prix  de  sculpture  au  con- 
cours de  1682.  Il  fut  employé,  comme  sculpteur  du  Roi,  aux  travaux  de  Versailles.  (Quittance 
du  36  août  1689,  dans  le  travail  de  M.  Ulysse  Robert,  p.  68.)  11  devint  membre  de 
'Académie  le  3o  octobre  1700  sur  un  marbre  ronde-bosse  de  Qéopâtre  mourante,  puis 
adjoint  à  professeur  le  34  juillet  1703,  professeur  le  3  juillet  1706,  et  adjoint  à  recteur  le  36 
octobre  1730.  n  mourut  le  10  octobre  1736  à  Tâge  de  70  ans  ^et  demi.  (Cf.  Archives  de  fart 
français,  1. 1  et  II.) 

(3)  Frémery  obtint  le  second  prix  de  sculpture  au  concours  de  1680,  dans  lequel  Joly 
remporta  le  premier  prix. 

(4)  Peut-€tre  Jacques-Libéral  Bruand,  fils  de  Tarchitecte  Jacques  Bruand,  né  le  33  octobre 
i663  0»  membre  de  l'Académie  d'architecture  le  5  mai  1699  D,  mort  en  1733.  (Cf. 
Dictionnaire  critique  M  Jal  tX  Archives  de  V art  français,  1. 1,  p.  420.) 

(5)  Architecte. 

(6)  Architecte  que  Colbert  envoya  à  Rome  en  1683.  Dans  sa  lettre  du  30  mars  le  ministre 
dit  à  Errard:  c  J'ay  donné  un  ordre  au  nommé  Levasseur,  jeune  architecte,  pour  estrereçu 
à  l'Académie  de  Rome.  Prenez  soin  de  lui  comme  des  autres,  »  (Correspondance  de  Colbert , 
t.  V,  p.  425.) 

(*)  La  généalogie  de  la  famille  Bruand  a  été  reconstituée  par  Jal.  Jacques  Bruand,  mort  en 
1664,  avait  eu  neuf  enfants,  dont  deux  portent  le  prénom  de  Jacques- Libéral  et  eurent  pour 
parrain  leur  oncle  Libéral  Bruand.  Le  premier  naquit  le  37  juillet  16  58  et  le  second  le  33 
octobre  i663.  Je  pense  que  le  pensionnaire  de  Rome  devait  être  ce  dernier,  car  il  est  probable 
que  le  premier  Jacques- Libéral  mourut  très-jeune  et  qu'en  souvenir  de  cet  enfant  on  donna 
à  un  des  fils  qui  vinrent  après  lui  le  même  nom  et  le  même  parrain. 

i*^)  Un  autre  Bruand  devint  membre  de  l'Académie  d'architecture  en  1706.  11  s'appelait 
François  et  était  fils  de  Libéral  Bruand,  mais,  étant  né  le  20  avril  1668,  il  était  trop  jeune 
en  i683  pour  être  pensionnaire  à  Rome. 


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CHARLES    ERRÂRD  127 

Aus*"  Desforest  (i ),  peintre,  la  somme  de  veingt  quastre  escus 
soixante  six  bajocque  pour  le  payement  de  sa  nouriture  pen- 
dant les  mois  d^avril,  may  et  juein,  à  raison  de  huict  escus  deux 
julles  et  deux  bajocque,  revenant  monoye  de  France  à  29 11. 3. 4. 
par  diaqun  mois,  suivant  sa  quitanse  du  premier  juillet  i683, 
revenant  monoye  de  France  à 87.  10.  o. 

Au  s'  Jean  Batiste  Goy  (2),  sculpteur,  la  somme  de  quastre 
veingt  livres  dix  sols  pour  sa  nouriture  pendant  les  mois  d'avril, 
may  et  jueint,  ausy  à  la  ditte  raison  de  29 11.  3.  4.  par  chaqun 
mois,  cy 87.  10.  o. 

De  la  somme  de  cent  livre  payé  pour  deux  valest  à  TAcadé- 
mie,  cy 100.  o.  o. 

Aux  s"  Desforest,  peintre,  et  Femery,  Costu  et  Barois, 
sculpteurs.  Bruant,  Carbonet  et  Levasseur,  architectes,  la 
somme  de  cent  deux  escus  septante  sept  bajocque,  revenant 
monoye  de  France  à  trois  cens  soixante  quastre  livres  onze 
sols  huia  deniers,  pour  la  prowision  de  leurs  entretennement 
pendant  le  segond  quartier  de  la  présente  année,  avril,  may  et 
juein,  savoir  trois  cens  douze  livres  dix  sols  aux  s"  Desforest, 
Femery,  Bruant,  Carbonet  et  Levasseur,  pour  leurs  entreten- 
nement pendant  les  mois  d'avril,  may  et  juein,  et  la  somme  de 
cinquante  deux  livres  un  sols  huict  deniers  pour  Tentretenne- 
ment  des  s"  G)stu  et  Barois  depuis  le  24*  may  jusque  au  der- 
nier juein,  lesquelles  sommes  joinaes  en  semblés  font  selle  de 
trcHs  cens  soixante  quastres  livres  onze  sols  huia  deniers,  à  rai- 
son de  tous  de  20 11.  16.  8.  par  chaqun  mois,  suivantleur  qui- 
tanse du  premier  juillet  i683,  cy 364.  11.  8. 

(i)  Charles  Desforest  ayait  remporté  le  premier  prix  de  peinture  ta  concours  du  38  sep- 
tembre 1680,  dont  le  sujet  était  le  fratricide  de  Caln. 

(3)  •  Jean-Baptiste  Goy,  prCtre,  docteur  en  théologie  de  la  faculté  de  Parii,  premier  curé 
de  Véglise  Sainte-Marguerite  du  faubourg  Saint- Antoine,  à  Paris,  avait  été  sculpteur  dans 
sa  îeunesse,  et  il  subsiste  encore  de  ses  ouvrages.  Il  se  dégoûta  de  sa  profetfion  et  embrassa 
rétai  ecclésiastique,  dans  lequel  il  s'est  rendu  recommanda ble  par  la  charité  de  ses  mceurs.  Sa 
sœur,  Marguerite  Catherine  Goy,  avait  épousé  M.  Errard,  directeur  de  F  Académie  royale  de 
peinture,  établie  i  Rome.  J.-B.  Goy  avait  été  à  Rome  et  parlait  assez  bien  des  aru.  H  est 
mort  le  1 3  janvier  1738,  d'une  fluxion  de  poitrine,  Agé  de  70  ans.  •  {Àbecedario  de  Mariette^ 
t.  II,  p.  327.) 


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128  REVUE   DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Au  S'  Jean  Batiste  Goy,  sculpteur,  la  somme  de  soixante 
deux  livres  dix  sols  pour  son  entretennement  pendant  le  segond 
quartier  de  la  présente  année,  avril,  may  et  juein,  ausy  à  la 
ditte  raison  de  20 11.  16.  8.  par  chaqun  mois,  cy.     62.  10.  o. 

De  la  somme  de  cent  livres  payé  à  Carlo  Guerrier,  modelle 
de  l'Académie,  pour  le  service  qu'il  a  rendus  à  la  ditte  Acadé- 
mie pendant  le  segond  quartier  de  la  présente  année,  avril,  may 
et  juein,  suivant  sa  quitanse  du  premier  juillet  i683, 
cy 100.  o.  o. 

De  la  somme  de  trente  escus  monoye  de  Rome  payé  au  s*" 
Vitale  Giordane,  professeur  Royal  pour  les  Mathématiques, 
pour  les  avoir  enseigné  aux  eslèves  pendant  le  segond  quartier 
de  la  présente  année,  avril,  may  et  juein,  suivant  sa  quitanse 
du  premier  julieti683,  revenant  monoye  de  France, 
à 106.  9.  o. 

De  la  somme  de  soixante  escus,  monoye  de  Rome,  payé  au 
s'  Jio  Pietro  Beretta,  marchant  de  couleurs,  pour  son  paye- 
ment de  deux  grandes  toilles  sur  lesquelles  le  s'  Desforest  doit 
copier  la  dispuste  du  S^  Sacrement  que  Raphaël  a  peint  dans 
Tune  des  salles  du  palais  Vatican  (i),  et  de  touttes  les  couUeurs, 
huilles  et  pinseaux  qu'il  a  fourny  à  l'Académie,  suivant  son  mé- 
moire et  quitanse  du  3 1  juein  i683,  revenant  monoye  de  France 
à 212.  18.  o. 

De  la  somme  de  veingt  quastre  escus  quarante  ceinq  ba- 
jocque  payé  à  M*  Bartolomeo  Gregoni,  maitre  menussier,  pour 
son  payement  de  touttes  les  ouvrages  de  menuisseris  qu'il  a 
faict  et  fourny  pour  le  service  du  Roy  en  son  Académie,  sui- 
vant son  mémoire  et  quitanse  du  4*  juein  i683,  revenant  mo- 
noye de  France  à 86.  i5.  o. 

De  \a,  somme  de  cinquante  un  escus  trente  sept  bajocque 
payé  au  s' Jio  Martine  Fourgonne,  marchant  de  marbre,  pour 

(i)  Colbcrt  avait  écrit  à  Errard  le  25  juin  16S3:  c  II  est  bon  mesme  que  vous  me  fassiez 
sçavoir  ce  que  Ton  pourroit  à  présent  faire  copier  de  plus  beau;.à  Rome,  soit  en  peinture, 
soit  en  sculpture,  soit  des  plus  belles  6gures  que  je  n'ay  pas  encore  lait  copier,  soit  de  celles 
qui  n'ont  pas  esté  copiées  avec  toute  la  perfection  convenable,  t 


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CHARLES  ERKARD  129 

900  payement  de  deux  beloc  de  marbre  blanc  pour  faire  deux 
^ures  pour  le  Roy,  suivant  sa  quitanse  du  premier  may  1 683, 
revenant  monoye  de  France  à •.  .     182.  5.  5. 

De  la  somme  de  deux  escus  nonante  bajocque  payé  à  Carlo 
Saranni,  maitre  cheretier,  pour  son  payement  d'avoir  apporté 
deux  beloc  de  marbre  si  desus  du  port  de  rip^^rande  de  Rome 
à  r Académie,  suivant  sa  quitanse  du  19*  may  i683,  revenant 
monoye  de  France  à 10.  5.  8. 

De  la  somme  de  trente  six  escus  monoye  de  Rome  payé  à 
Carlo  Fllibert,  marchant  de  charbon,  pour  son  payement  de 
quarente  somme  de  charbon  qu'il  a  foumy  pour  le  service  du 
Roy  en  PAcadémie,  suivant  sa  quitanse  du  12*  may  i683,  re- 
venant monoye  de  France  à 127.  14.  9. 

De  la  somme  de  cent  cinquante  six  livres  seize  sols  huict 
deniers  payé  à  Antonnio  et  Pietrouche,  lustrateurs,  pour  leurs 
payement  de  touttes  les  journée  qu'ils  ont  travaillée  à  lustrer  et 
polir  et  lustrer  la  figure  du  Ganimède,  que  le  s""  Joly  a  copié  de 
marbre,  et  à  lustrer  et  polir  le  segond  vaze  de  Tlphigénie  (  i  ) ,  de- 


(t)  Golbert  avait  ordonné  i  Çrrard  de  fidre  copier  à  Rome  plasleort  yases  antiques.  Cet 
oopiet  étaient  destinées  à  l'ornement  des  jardins  des  maisons  royales.  Dans  sa  lettre  du 
sB septembre  1679  (pob\.  par  Pierre  Oément,  p.  4o5),  Colbert  dit:  «  11  est  aussy  nécessaire 
que  TOUS  lassiez  copier  les  grands  vases  de  marlwe  blanc  qui  sont  à  Rome,  sçavoir  :  le  grand 
vase  de  k  vigne  de  Médicis  sur  lequel  est  en  bas-relief  la  fiible  d'Ipbigénie.  Il  font  encore 
fdre  £dre  deux  copies  des  mesmes  vases  que  vous  avez  envoyez  sur  la  dernière  fluste.  H 
y  a  encore  un  autre  vase  à  Rome  qu'il  laut  faire  copier  de  mesme,  parce  que  ces  vases  sont 
très-nécessaires  pour  les  jardins  des  maisons  royales.  1 

Errard  s'occupa  aussitôt  d'exécuter  les  ordres  du  ministre  et  il  demanda  l'autorisation  de 
choisir,  pour  ces  travaux,  des  sculpteurs  romains.  Colbert  lui  écrivit,  à  ce  sujet,  te 
39  février  1680:  c  Faites  venir  ces  marbres  dans  les  ateliers  et  £dtes-y  travailler;  mais 
prenez  garde  qu'il  n'y  ayt  rien  de  changé  aux  originaux,  c'est-à-dire  que  les  copies  que  vous 
erez  foire  soyent  des  mesmes  mesures,  et  que  les  omemens  soyent  foits  avec  soin  et  amour. 
Cboisîasez,  pour  cela,  les  sculpteurs  de  Rome  les  plus  propres  pour  cet  ouvrage,  et  vous 
devez  estre  «ssuré  qu'aussytost  que  l'argent  vous  manquera,  je  vous  en  feray  remettre  de 
nouveau,  s  Le  16  man  suivant,  il  entretint  encore  Errard  de  ce  même  sujet  *  c  Je  vous  ay 
desja  foit  sçavoir  que  f  approuvois  la  proposition  que  vous  avez  faite,  de  prendre  des  sculp- 
tnrs  romains  pour  foire  les  vases.  Convenez  du  marché,  en  sorte  que  la  dépense  soit 
raiaonoable  et  que  les  ouvrages  soyent  bien  foits.  1 

Errard  fit  loscrer  let  vases  de  Borgbèse  et  trartOler  i  celui  dTphigénie.  Golbert  lui  manda 
TOME  III  17 


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l30  REVUE   DBS  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

puis  le  premio:  avril  jusque  au  3o*  juein  de  la  présente  année 
i683,  suivant  le  roUe  et  sertificat  du  s"*  Errard  du  3*  julliet  i683, 
cy i56.  i6.  8. 

De  la  somme  de  cent  trente  neuf  livres  treize  sols  huia  de- 
nier payé  à  Pietro  Veniano,  sculpteur  scarpeillein,  et  à  Sanson^ 
lustrateur,  pour  leurs  payement  de  touttes  les  journée  qu'ils  ont 
travaillé,  savoir  Venitiano  à  esbaucher  la  figure  de  la  meusse 
Uranie,  et  Sanson  à  lustrer  et  polir  le  segond  vaze  de  Tlphi- 
génie,  depuis  le  premier  avril  jusque  au  3o*  juein,  suivant  le 
rolle  et  sertificat  du  s'  Errard  des  dits  jour  et  an  cy  desus^ 
cy 139.  1 3.  8. 

De  la  somme  de  nonante  six  livres  dix  sols  trob  deniers  payé 
au  s'  Canonville(i),  peintre,  pour  son  payement  de  touttes  les 
journée  qu'il  a  travaillé  à  copier  le  tableau  de  TAtila  que  Ra- 
phaël a  peint  dans  Tune  des  salles  du  Palais  Vatiquan,  depuis 
le  premier  avril  jusque  au  3o'  juein,  suivant  le  rolle  et  sertifi- 
cat du  s'  Errard  des  dits  jour  et  an  cy  desus,  cy.    96.  10.  3, 

De  la  somme  de  cent  veint  trois  livres  neuf  sols  dix  deniers 
payé  pour  tous  les  menus  frais  et  despenses  qui  ont  estée  faicts 
pour  le  service  du  Roy  en  TAcadémie  pendant  les  trois  mois 
d'avril,  may  et  juein  de  la  présente  année,  suivant  le  mémoire 
et  sertificat  du  s*"  Errard  des  dits  jour  et  an  cy  desus, 
cy 123.  9.   10. 

ptr  ta  lettre  du  s  5  juin  1683  de  ne  rien  négliger  pour  la  beauté  et  la  perfection  de  ces  vases  : 
«  J'apprends,  par  vostre  lettre  du  3  de  ce  mois,  que  tous  avez  fait  lustrer  le  second  rase  de 
Borghèse,  et  que  vous  fiiites  avancer  celuy  d'Iphigénie.  Continuez  de  £iire  travailler  à  ces 
deux  vases  et  à  les  rendre  les  plus  par&its  qu'il  sera  possible.  • 

Les  lettres  de  Colbert  des  9  juillet,  24  août  et  24  septembre  168a,  parlent  encore  de  ces 
mêmes  vases. 

(1)  Pierre  Canovelle  ou  Canonville  avait  remporté  le  2*  prix  de  peinture  an  concours  du 
38  septembre  1680  dont  le  sujet  était  Ufrairicidtde  Càim,  Convaincu  de  nuuvaise  conduite 
•t  de  désobéissance  aux  ordres  du  Directeur,  il  fut  chassé  de  l'Académie.  Colbert  écrivit  à 
Errard  le  18  juin  168a  :  «  Sur  le  tesmolgnage  que  vous  me  rendez  de  la  mauvaise  conduite 
de  Canonville  et  du  peu  d'obéissance  qu'il  a  aux  ordres  que  vous  luy  donnez,  je  vous  envoyé 
mon  ordre  pour  le  mettre  hors  de  l'académie.  •  —  Canonville  s'amenda  et  il  obtint  son  par- 
don. Aussi  le  voyons-nous  ûgurer  dans  Téut  des  pensionnaires  de  l'année  i683. 


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CHARLES  ERRARD  l3l 

De  la  somme  de  douze  escus  cinquante  bajocque  payé  au 
s'  Beaudri,  marchant,  pour  son  payement  des  estofes  qu'il 
a  vandus  pour  vestir  le  suisse  du  Roy  à  FAcadémie,  suivant 
son  mémoire  et  quitanse  du  3o®  juein  i683,  revenant  monoye 
de  France  à 44.  6.  o. 

De  la  somme  de  quarante  ceinq  julles  payé  à  Calo  [Carlo] 
Reusch,  tallieure  suisse,  pour  son  payement  d'avoir  faict  Pabit 
du  suise  du  Roy  en  T Académie,  suivant  sa  quitanse  du 
premier  juUiet  1 683,  revenant  monoye  de  Franse  à  i5.  8.  3. 

De  la  somme  de  veingt  quastre  escus^  monoye  de  Rome^ 
payé  au  s'  Jio  de  Manche,  marchant  frangé,  pour  son 
payement  de  tout  le  galon  de  velour  et  austres  fournitures 
qu'il  a  faia  et  foumy  pour  Pabit  du  suisse  du  Roy  en  l'Aca- 
démie, suivant  son  mémoire  et  quitanse  du  2*  juillet  i683, 
revenant  monoye  de  France  à 85.  3.  2. 

De  la  somme  de  dix  huict  escus  trente  six  bajocque  payé  au 
s'  de  la  Pasience  pour  son  payement  de  plusieurs  chosses 
qu'il  a  achepté  pour  le  suisse  du  Roy  en  l'Académie,  suivant 
son  mémoire  et  quitance  du  premier  juillet  i683,  revenant 
monoye  de  France  à ,  .     65.  3.  o. 

Somme  toutte 3873  11.  i3.  7. 

Toutte  la  recepte  du  présent  compte  se  monte  à  la  somme  de 
neuf  mil  ceinq  cens  veingt  une  livres  dix  sols  neuf  deniers, 
cy 9521  11.   10.  9. 

Et  la  despense  faicte  en  l'Académie  Royalle  depuis  le  premier 
avril  jusque  au  dernier  juein  de  la  présente  année  i683  se 
monte  à  la  somme  de  trois  mil  huict  cens  septante  et  trois 
livres  treize  sols  sept  deniers,  cy 3873  11.  i3.  7. 

Partant  le  s'  Errard,  Recteur  de  la  ditte  Académie,  a 
encore  entre  ses  mains  pour  solution  du  présent  compte  la 
somme  de  ceinq  mil  six  cens  quarante  sept  livres  dix  sept  sols 
deux  deniers,  cy 5647  U.  17.  9. 


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l32  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Faia  à  Rome  ce  5*  jour  de  joUiet  mil  six  cens  quastre  veingt 
trois. 


(jimm  t/rrâm 


Colbert  accusa  réception  de  la  pièce  précédente  i  Errard  le 
28  juillet  i683  :  t  J'ay  reçu  avec  Tostre  lettre  Testât  des  dépenses  de 
l'académie  pendant  les  mob  d'avril,  may  et  juin;  je  Texamineray, 
Tarresteray  et  vous  en  enverray  le  duplicata  dmis  peu  de  jours.  •  Puis 
il  examina  Tétat  et  y  mit  son  visa  qui  est  conçu  en  ces  termes  : 

Veu  par  nous  conseiller  du  Roy  en  ses  conseilz,  surintendant 
et  ordonnateur  général  des  bastimentz,  artz  et  manufacturez 
de  France,  les  recepte  et  ^espense  faittes  par  le  s'  Errard 
pendant  le  quartier  d^avril  dernier,  lesquelles  nous  avons 
vériffiées  et  approuvées,  reste  qui  est  deub  par  ledit  s'  Errard 
la  somme  de  cinq  mil  six  cens  quarente  sept  livres  dix  sept 
soiz  neuf  deniers,  de  laquelle  somme  il  fera  recepte  au  compte 
qu'il  rendra  du  présent  quartier  de  juillet.  Faia  et  arresté  à 
Fontainebleau  le  septiesme  aoust  i683. 

Colbert. 

Cet  état  de  dépenses  de  l'Académie  de  France  à  Rome  est  le  dernier 
que  Colbert  ait  vu  et  signé,  car,  un  mois  plus  tard,  le  ministre 
mourait  dans  son  hôtel  de  la  rue  Neuve-des-Fetits-Champs  (6  septem- 
bre i683). 


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CARL  VON    LINNÉ 


M.  le  comte  Roger  de  Beauflfort  veut  bien  me  communiquer  la 
lettre  de  âdre  part  de  la  mort  du  fils  du  grand  botaniste  Linné. 
L'exemplaire  qu'il  conserve  dans  sa  collection  fut  adressé  à  Malesher- 
bes.  Il  est  imprimé  en  lettres  capitales,  et  )'ai  conservé  la  disposition 
et  la  variété  des  caractères  dans  la  figuration  que  j'en  donne 
ci-contre.  La  pièce  est  ornée  des  armes  de  la  £unille  Linné,  que  je 
reproduis  ici. 


Linné  fils  était  né  à  Falhun  le  20  janvier  1741.  Il  fut  un  botaniste 
distingué,  mais  bien  inférieur  ^â  son  père,  auquel  il  avait  succédé, 
en  1763,  comme  professeur  de  botanique  à  Upsal. 


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N.UNCIUM, 

VIRUM 
PERILLUSTREM  atque  NOBILISSIMUM 

DOMINUM 

CAROLUM  A  LINNÉ 

MEDICINiE  DOCTOREM;  ad  REGIAM  ACADEMIAM 
UPSALIENSEM  MEDICINiE  ac  BOTANICES 

PROFESSOREM,  cet. 
GENEROSISSIMIQUE   EJUSDEM  NOMINIS  ULTIMUM 

PJLEMATURA  MORTE  OCCUBUISSE, 
UPSALIiE    D.    I    NOVEMB.    MDCGLXXXIII 

KTATIS  8UJ£  ZUII 


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LE  CARDINAL  DE  ROHAN 
&  CAGLIOSTRO 


Les  rapports  entre  le  cardinal  Louis  de  Rohan  et  CagUostro  sont 
bien  connvis.  Le  cardinal  avait  une  foi  entière  dans  le  génie  de  cet 
aventurier;  il  professait  pour  lui  une  sorte  de  culte  depuis  qu'à 
Strasbourg,  en  1780,  Cagliostro  avait  fait  quelques  cures  qualifiées  de 
prodigieuses.  En  1789,  le  fameux  thaumaturge  résolut  d'aller  visiter  la 
Suisse,  la  Savoie  et  le  Piémont.  Il  se  rendit  à  Lyon,  muni  d'une  lettre 
du  cardinal  de  Rohan,  adressée  probablement  à  Tarchevéque  de  cette 
ville.  Il  prenait  alors  le  nom  de  comte  Phénix,  Cette  lettre  du  cardinal 
a  été  conservée,  et  son  possesseur  actuel,  M.  Alfred  Sensier,  veut  bien 
me  la  communiquer.  Elle  est  des  plus  curieuses  par  les  termes  dans 
lesquels  elle  est  conçue,  et  eHe  témoigne  que  la  vénération  du  cardinal 
pour  Cagliostro  n'avait  pas  diminué. 

Vous  m'avez  entendu  souvent,  Monseigneur,  parler  du 
comte  de  Calliostro  et  vous  sçavez  comme  j*ai  toujours  parlé 
de  ses  excellentes  qualités,  de  son  amour  pour  faire  le  bien  et 
de  ses  vertus  qui  lui  ont  mérité  et  captivé  J'estime  des  personnes 
les  plus  distinguées  de  TAlsace  et  de  moi  mon  attachement 
particulier.  Or  actuellement  que  je  sçai  qu'il  est  à  Lyon  sous 
le  nom  de  comte  Phénix,  je  vous  le  reconunande  avec  la  plus 
vive  instance  ;  ce  que  vous  voudrés  bien  faire  lui  captivera  les 
attentions  générales.  Je  vous  prie  aussi  de  prévenir  M' Gaze. 
Je  suis  persuadé  que  vous  prendrés  pour  cet  être  bienfaisant 
les  sentiments  que  je  vous  exprime.  C'est  avec  vénération  que 


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l36  REVUE  DBS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

j'ai  reconnu  sa  pente  constante  vers  ce  qu'il  croit  être  bien  (ait 
et  juste.  J'ai  dit  tout  ce  qui  est  fait  pour  vous  engager  â  lui 
témoigner  égard  et  amitié  particulière,  mais  je  n'ai  pas  dit  tout 
le  bien  que  je  pense  de  lui. 

L'abbé  Maury  voudroit  bien  que  nous  fussions  ft  Paris  (i). 
J'espère  et  je  désire  qu'il^  réussisse,  mais  nous  ne  lui  aurions 
pas  nuis.  J'ai  écrit  à  W  Seguier  et  au  cardinal  de  Lujrnes  en 
sa  faveur.  Vous  pensés  bien  que  l'Alsace  retentit  déjà  du  bruit 
de  guerre.  Je  parirois  qu*il  y  aura  guerre,  et  je  sub  intimement 
persuadé  qu'il  n'y  en  aura  pas. 

Adieu,  Monseigneur.  Je  vous  suis  attaché  dqpuis  longtems 
et  pour  toujours  de  tout  mon  cœur. 

De  Saveme  7  décembre  1789. 

Cette  pièce  porte  au  bas  de  la  première  page  la  signature  de 
Ca^iostro. 


CagUostro  voulait  peut-être,  en  apposant  sa  signature,  donner  plus 
de  poids  à  la  recommandation  du  cardinal. 

On  sait  que  ce  voyage  en  Italie  termina  les  aventures  de  ce  fameux 
charlatan.  Arrêté  à  Rome,  condamné  à  mort  comme  sorcier  par  le 
tribunal  du  Saint-Office,  il  vit  sa  peine  commuée  en  la  détention 
perpétuelle,  et  mourut,  en  1795,  au  château  de  Saint- Léon,  dans  le 
duché  d'Urbin. 

(1)  Le  Cardinal  de  Rohan  atiit  été  élu  dépoté  aux  ÉtaU  généraux  par  let  bailliaget  de 
HagMoau  et  de  Witsembourg.  L'abbé  Maury  rédamait  sans  doute  loo  cooooun  dans  ta 
lutte  contre  Mirabeau, 


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FRÉDÉRIC    II 


ROI  DE  PRUSSE 


Frédéric  II  monta  sur  le  trône  de  Prusse  le  3i  mai  1740.  Le 
20  octobre  suivant  l'empereur  Charles  VI  mourut,  laissant  la  couronne 
à  sa  fille  Marie-Thérèse.  La  nouvelle  impératrice  fut  aussitôt  attaquée 
par  les  électeurs  de  Bavière  et  de  Saxe  et  le  roi  d'Espagne,  soutenus 
par  la  France  et  la  Prusse  qu'unissait  un  traité  d'alliance  signé  le 
5  juillet  1741.  Frédéric  II  cependant  fit,  le  9  octobre  suivant,  une 
trêve  avec  l'Autriche,  mais  il  la  rompit  bientôt,  envahit  la  Moravie, 
mais,  mal  secondé  par  ses  alliés,  il  dut  rétrogader  en  Bohème.  Là  il 
remporta,  près  de  Czaslau,  le  17  mai  1742,  sur  le  prince  Charles  de 
Lorraine  une  mémorable  victoire.  Il  profita  de  cet  heureux  succès 
pour  négocier  la  paix  avec  l'Autriche  qui  lui  offrait  la  cession  de  la 
Silésie.  Le  10  juin  1742  il  écrivit  (i)  à  ce  sujet  au  cardinal  de  Fleury 
qui,  le  20  du  même  mois,  répondit  à  Frédéric  II  que,  puisque  leur 
alliance  était  rompue,  il  ne  fallait  plus  songer  qu'à  la  paix.  Cest  au  roi 
de  Prusse  à  en  régler  les  conditions.  «  Je  connais  trop,  ajoute  le  cardi- 
nal, sa  bonne  foi  et  sa  générosité  pour  avoir  le  moindre  soupçon  qu'elle 
consente  à  nous  abandonner,  après  les  preuves  authentiques)  que  nous 
lui  avons  données  de  notre  fidélité  et  de  notre  zèle  pour  ses  intérêts. 
Votre  Majesté  devient  l'arbitre  de  l'Europe,  et  c'est  le  personnage  le 
plus  glorieux  que  Votre  Majesté  puisse  jamais  faire.  Achevez,  Sire,  de 
le  consommer  en  ménageant  vos  alliés  et  l'intérêt  de  l'Empereur 
autant  que  possible.  • 

(1)  Frédéric  II  tenait  à  ménager  la  France.  Dans  V Histoire  de  mon  temps  (dans  le  t.  II, 
p.  143,  des  Œuyres  de  Frédéric  II  publiées  à  Berlin  en  1846),  il  dit  à  l'occasion  de  sa  paix 
avec  rAotriche  :  «  La  bienséance  demandait  que  cette  paix  qu'on  venait  de  conclure  se 
notifiât  aux  anciens  alliés  de  la  Prusse.  Le  Roi  avait  eu  de  bonnes  raisons  pour  en  venir 
là  ;  mais  les  unes  étaient  de  nature  à  ne  point  être  publiées,  et  les  autres  ne  pouvaient  se 
dire  sans  accabler  la  France  de  reproches.  Le  Roi,  loin  d*avoir  intention  d'offenser  cette 
puissance,  voulait  conserver  tous  les  dehors  de  la  bienséance  envers  elle;  seulement  il  se 
bornait  i  ne  point  courir  la  carrière  périlleuse  où  elle  éuit  engagée,  et  à  devenir  simple 
spectateur,  d'acteur  qu*il  avait  été.  • 

TOME   lU.  18 


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l38  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Frédéric  II  écrivit  de  nouveau  au  cardinal  de  Fleury  le  28  juillet  1742, 
le  jour  même  où  il  signait  la  paix  avec  l'Autriche.  Sa  lettre,  qull  n'a 
pas  reproduite  dans  VHistoire  de  mon  temps,  est  des  plus  remarqua- 
bles. J'en  dois  la  communication  â  mon  ami  M.  Alfred  Bovet. 

A  Charlotenbourg,  ce  28  de  juillet  1742. 

Monsieur  mon  G>usin, 

Quoi  que  j^avois  prévu  les  suites  qu^auroient  la  disolution 
de  Talliance  et  que  j^use  toujours  persisté  dans  la  resolution  de 
remplir  mes  engagemens  avec  toute  la  rigidité  posible,  une  en- 
chainure  de  fautes  faites  par  les  généraux  tant  françois  que 
bavarois,  en  diminuant  le  nombre  de  mes  alliez  me  chargoit 
d'autans  plus  dû  fardau  de  la  guerre.  De  plus  le  risque* des 
opérations  devenoit  de  jour  en  jour  plus  problématique,  et  la 
dificulté  à  reunir  les  respectifs  alliez  sur  un  plan  d'opération 
fixse  et  praaicable  m'oblija,  appres  avoir  fait  toute  sorte  de 
tentatives  inutilles  à  la  Cour  de  Viene  pour  lui  arachér  quel- 
que partie  de  ses  Etats  en  faveur  de  T  Empereur  et  de  la  Saxse, 
d'accepter  les  conditions  de  paix  si  souvans  ofertes  et  tant  de 
fois  refusées,  ne  pouvant  seul  soutenir  à  la  longue  le  poix  de 
cette  guerre  qui  sembloit  tirer  en  longuer  et  pour  la  quelle  il 
y  auroit  falû  des  flots  de  sang  répandus  et  des  campagnes 
nombreuses  pour  la  terminer  au  gré  des  parties  contractantes. 

Je  suis  persuadé  que  la  maison  d'Autriche  n'oublira  tant 
qu'elle  subsistera  ny  la  Loraine  ni  la  Silesie,  et  que  par  conse- 
quant  nos  intérêts  seront  toujours  les  mêmes.  Vous  veréz  de 
plus  par  toute  mes  démarches  que  jamais  je  n'enfraindrai  rien 
contre  les  renonsiasions  que  j'ai  fait  de  mes  prétentions  sur  les 
Duchéz  de  Juillers  et  Bergues  (i).  J'ai  trop  d'obligations  à  la 

(1)  On  voit  dans  la  lettre  au  cardinal  de  Fleary  que  le  grand  Frédéric  a  reproduite  dans 
VHistoire  de  mon  temps  { p.  149),  les  mëinea  expressions  :  «  Je  ne  révoquerai  famais  la 
renondatioQ  que  j'ai  souscrite  des  pays  de  Juliers  et  de  Berg  ;  je  ne  troublerai  ni  directement 
ni  indirectement  l'ordre  établi  dans  cette  succession  :  plutdt  mes  armes  tourneraient-elles 
contre  moi-même  que  contre  les  Français.  On  me  trouvera  toujours  un  empressement  égal 
à  concourir  à  l'avantage  du  roi  votre  maître  et  au  bien  de  son  royaume.  » 


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FRÉDÉRIC   II,   ROI  DE  PRUSSE  iSg 

France  pour  la  payer  d'une  si  noire  ingratitude,  et,  quelque 
resorts  que  l'Angleterre  face  jouer,  on  ne  tirera  ni  directement 
ny  indireaement  le  moindre  secours  de  moy  contre  la 
France.  Mon  treté  de  paix  sera  imprimé.  Il  n'y  a  point 
d'article  secret,  et  par  cette  publicasion  toute  l'Europe  sera 
convaincu  que  je  n'ai  voulu  autre  chose  si  non  me  soustraire 
au  hazards  de  la  guerre  et  remetre  mes  provinses  par  la  paix 
que  le  tumulte  de  la  guerre  avoit  dérangées. 

Je  n'ai  point  presé  le  Roy  de  Pologne  pour  faire  sa  paix.  Il 
lui  a  été  simplement  déclaré  qu'il  dependeroitde  lui  d'accedér  à 
ce  treté,  à  condition  qu'il  retireroit  ses  troupes  de  la  Bohème, 
ce  qui  veut  dire  a  peu  près  en  termes  sinonimes,  si  vous  voulez 
faire  la  paix  ne  faite  plus  la  guerre. 

Je  ne  suis  point  etoné  des  discours  du  public  en  France. 
Les  gens  qui  ne  sont  pas  instruits  ne  pasent  jamais  pour  jugez. 
La  postérité  est  la  seule  qui  puisse  décider  de  la  réputation  des 
Princes.  Pendant  leur  vie  ils  n'ont  que  des  flateurs  et  des  en- 
vieux (i).  Vous  pouvez  être  persuadé,  Monsieur,  que  j'emploirai 
tout  ce  que  je  puis  employer  pour  être  utille  à  l'Empereur,  que 
vous  me  trouverai  un  zelle  semblable  pour  la  gloire  de  la 
France,  et  une  estime  plaine  d'amitié  et  admirations  pour  le 
vénérable  Mentor  de  la  France,  avec  laquelle  je  sub  à  jamais 

Monsieur  mon  Cousin 

Votre  très  fidelle  ami  et  Cousin 

Federic. 
Au  cardinal  de  Fleuris, 

(i)  Dans  FaTant-propos  de  V Histoire  de  mon  temps,  Frédéric  II  développe  cette  pensée  : 
•  Comme  je  n'écris,  dit-il,  que  pour  It  postérité,  |e  ne  serai  gêné  par  aucune  coasidé- 
ratioD  do  pnblic,  ni  par  aocon  ménagement  :  je  dirai  toat  haut  ce  que  beaucoup  pensent 
tout  bas,  en  peignant  les  princes  tels  qu'ils  sont,  sans  me  prévenir  contre  mes  ennemis,  et 
sans  prédilection  pour  ceux  avec  lesquels  j'ai  été  en  alliance.  Je  ne  parierai  de  moi-même 
que  lorsque  je  ne  pourrai  pas  faire  autrement;  tout  homme,  quel  qu'il  soit,  ne  mérite  guère 
l'attention  des  siècles  à  venir.  Tant  qu'un  roi  vit,  il  est  l'idole  de  sa  cour  ;  les  grands  l'en- 
censent, les  poètes  le  chantent;  le  peuple  le  craint,  ou  ne  l'aime  que  faiblement  :  est-il 
mort  ?  alors  la  vérité  parait,  et  souvent  l'envie  se  venge  avec  trop  de  rigueurs  des  Cideurs 
que  k  flatterie  Im  avait  prodiguées.  » 


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JEAN-PAUL  MARAT 


Marat,  docteur  en  médecine,  qui  avait  publié  en  1773  un  livre  inti- 
tulé :  De  V homme  ou  des  principes  et  des  lois  de  Vinfluence  de  Pâme 
sur  le  corps  et  du  corps  sur  l'âme  (i),  fut  nommé,  le  24  juin  1777,  mé- 
decin des  gardes  du  corps  du  comte  d'Artois  (2).  Dès  lors  il  s'adonna  avec 
passion  aux  travaux  scientifiques,  s'occupant  tour  à  tour  d'optique,  de 
physique,  d'électricité,  d'aérostation,  etc.  (3).  Ufaisait  toutes  sortesd'in- 

(1)  Voltaire  rendit  compte  de  ce  livre  dtas  U  Galette  littéraire.  (La  Framce  littéraire, 
ptr  Quértrd,  t.  V,  p.  3o3.) 

(3)  M.  Charles  Vatcl  a  publié,  dans  sa  Bibliographie  dramatique  de  Charlotte  Corday, 
p.  CCCXXXin,  le  texte  du  brevet  accordé  à  Marat.  Ce  document,  conservé  aux  Archives 
nationales,  série  O  ipSS-igSG,  réfute  Terreur  des  biographes  qui  donnent  à  Marat  le  titre 
de  médecin  des  écuries  d'Artois  :  aussi  j'en  donne  id  de  nouveau  le  texte  : 

«  Aujourd'hui  34  juin  1777,  Mgr  le  Comte  d'Artois,  étant  à  Versailles;  sur  le  rapport  qui 
lui  a  été  Ciit  des  bonne  vie  et  mœurs,  des  lumières  et  expérience  dans  Tfrt  de  la  raédediie 
du  sieur  Jean-Paul  Marat,  Docteur  en  médecine  de  plusieurs  fiicultés  d'Angleterre  n«  voulant 
lui  donner  une  marque  de  sa  bieaveillance»  Mgr  lui  a  accordé  et  lui  accorde  la  place  de 
médecin  de  ses  gardes. 

•  Voulant  et  entendant  que  ledit  sieur  Marat  jouisse  des  honneurs,  prérogatives  et  avantages 
qui  peuvent  7  être  attachés,  et  qu*il  puisse  s*en  qualifier  dans  tous  les  actes  publics  et  parti- 
culiers. 

«  Et  pour  assurance  de  sa  volonté,  Monseigneur  m'a  commandé  d'expédier  ce  présent 
brevet,  quHl  a  signé  de  sa  main  et  fidt  oontre-signer  par  mol,  Conseiller  à  ses  conseils. 
Secrétaire  de  ses  commandements,  Maison,  Finances  et  de  son  Cabinet.  » 

(3)  Q:  Histoire  de  Marat  par  M.  A.  Bougeard  (Paris,  Bruxelles,  i865,  a  vol  in>8).  XJt 
livre,  qui  est  une  apologie  de  Marat,  contient  cependant  d'intéressants  renseignements  sur 
Marat,  en  tant  que  savant.  —  Le  Catalogue  d'une  importante  collection  de  documents 
autographes  et  historiques  sur  la  Révolution  française  rédigé  par  mon  père  (Paris, 
J.  Charavay,  1863,  in-8,  p.  33a)  décrit  un  dossier  de  164  pièces  sur  Marat,  parmi  lesquelles 
deux  lettres  de  Formey,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  de  Berlin,  adressées  à  Marat  en 
1779  et  1788  sur  ses  ouvrages  scientifiques. 

n  C'est  à  Londres  et  en  langue  anglaise  que  Marat  publia,  en  1774,  ses  Chaînes  de 
l'esclavage.  Cette  même  année,  le  i5  juillet,  il  fut  reçu  à  Londres  dans  U  Maçonnerie  par  U 
loge  des  Free  and  accepted  masons.  Le  diplôme  délivré  à  Marat  a  été  décrit  par  mon  père 
dans  le  Catalogue  d'une  importante  collection  de  documents  autographes  et  historiques 
sur  la  Révolution  française  (Paris.  J.  Charavay,  1863,  in-8,  p.  353). 


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JEAN-PAUL  MARAT  I4I 

vendons,  et  croyait  que  ses  découvertes  devaient  profiter  au  bonheur  de 
rhumanité.  N'ayant  pas  trouvé  en  France  la  protection  qu'il  désirait, 
il  se  tourna  vers  la  Cour  d'Espagne.  C'est  ce  que  nous  apprend  une  lettre 
adressée  le  6  novembre  1783  à  M.  de  Saint-Laurent,  à  Madrid  (i).  11 
n'est  pas  inutile,  je  crois,  de  publier  cette  pièce  qui  montre  le  futur 
révolutionnaire  sollicitant  la  protection  d'un  grand  Roi. 

Paris,  le  6  novembre  1783. 

Je  croiois,  mon  cher  ami,  vos  aflfaires  et  les  miennes  termi- 
nées et  je  vois  pour  mon  compte  que  j'ai  encore  besoin  de 
patience.  Je  désire  que  la  vôtre  ne  soit  pas  longtemps  à 
répreuve.  Vous  m'annonces  de  nouvelles  informations.  Je  ne 
saurois  imaginer  sur  quoi  elles  peuvent  porter.  Quoiqu'il  en 
soit^  je  me  flatte  pouvoir  soutenir  le  plus  strict  examen.  J'aurois 
pensé  toutefois  être  assés  avantageusement  connu  du  public 
pour  que  Ton  m'en  eut  dispensé.  Au  surplus  vous  me  marqués 
de  la  part  de  Monsieur  le  Comte  de  Florida  Blanca  (2)  qu'avant 
le  1 5  de  ce  mois  mon  affaire  serait  terminée,  et  nous  voilà  au 
six,  sans  que  Monsieur  le  C.  d'Aranda  (3)  m'ait  communiqué 
un  seul  mot.  Peut-être  le  voyage  de  Fontainebleau  a-t-il  causé 
ce  retard.  Vous  m'exhortes  à  la  patience,  mon  cher  ami,  en 
considération  de  l'importance  de  l'affaire  pour  la  gloire  de 
l'Espagne  et  la  mienne.  Quant  à  mon  triomphe,  il  ne  sauroit 
me  manquer;  mais  j'ai  mis  mon  bonheur  à  porter  les  sciences 
exaaes  et  utiles  au  plus  haut  point  qu'elles  peuvent  'atteindre. 
J'ai  besoin  pour  réussir  de  la  protection  d'un  grand  Roy  et  je 
serois  au  comble  de  mes  vœux  si  je  puis  consacrer  mes  talents 
au  bien  d'une  nation  que  j'aime  et  respecte. 

Poursuives  donc  comme  vous  avés  commencé  et  ne  laissés 
pas  la  tâche  imparfaite. 

(1)  Cette  pièce  avait  été  conservée  dans  les  papiers  du  comte  Real. 

(3)  Joseph  Monino^  comte  de  Florida-Blanca,  premier  ministre  du  roi  d'Espagne  Charles  Ili. 
né  à  Morde  en  1739,  mort  à  SéviUe  en  1809. 

p)  Don  Pedro- Pablo  Abaraca  y  Bolea,  comte  d'Aranda,  né  le  18  décembre  17 18,  mort  en 
1799.  il  ^ttit  tlors  ambassadeur  d'Espagne  à  Paris. 


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142  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

J'ai  VU  M.  Solano  plusieurs  fois.  Il  a  vu  mes  expériences 
fondamentales  et  n'a  rien  à  objecter.  Au  reste,  je  ne  sais  s'il 
est  convaincu  des  erreurs  de  Newton  en  optique  :  il  me  paroit 
aussi  réservé  qu'aimable.  Peut-être  s'ouvrira-t-il  à  moi  lorsque 
nous  serons  plus  liés,  et  ne  doutés  point  que  je  ne  fasse  tout  ce 
qui  dépendra  de  moi  pour  le  triomphe  de  la  vérité. 


La  suscription  porte  : 

Monsieur,  Monsieur  de  Saint- Laurent,  à  Madrid. 

Derrière,  M.  de  Saint- Laurent  a  écrit  ces  lignes  : 

1783  :  novembre  6.  M'  de  Marat  est  prêt  à  répondre  aux 
objections  qu'on  poura  lui  faire. 


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JOSEPH  ET  CARLE  VERNET 


Lorsque  M.  de  Vandières  qui  avait  obtenu,  par  le  crédit  de  sa  sœur, 
la  marquise  de  Pompadour,  la  survivance  de  la  charge  de  surintendant 
des  bâtiments  du  Roi,  alors  occupée  par  M.  de  Tournehem,  alla  visiter 
Rome  en  lySo,  il  vit  le  peintre  Joseph  Vernetet  lui  commanda,  au  nom 
de  sa  sœur,  deux  tableaux  (i).  Quand  Vemet  revint  en  France,  il  con- 
serva la  protection  de  M.  de  Vandières,  devenu  marquis  de  Marigny 
et  surintendant.  En  1753,  ce  dernier  lui  demanda  un  tableau  que 
Fartiste  exécuta  Tannée  suivante  et  dans  lequel  il  représenta  une 
Tempête  et  Naufrage  d'un  vaisseau  (2).  En  lySS,  Vemet  fit  aussi 
pour  le  marquis  un  Paysage  avec  un  groupe  de  pêcheurs  et  de  lavan- 
dières (3).  En  1761,  M.  de  Marigny  sollicita  encore  du  peintre,  qui 
était  alors  à  La  Rochelle  pour  peindre  une  vue  de  ce  port,  deux  petits 
tableaux,  un  paysage  et  une  tempête  (4).  Il  en  fut  si  satisfait  qu'il 
écrivit  à  Vemet  la  lettre  suivante  : 

A  Versailles,  le  17*  novembre  1761. 

Je  suis  extrêmement  content,  Monsieur,  de  vos  deux  petits 
tableaux,  surtout  de  Forage  que  je  mets  fort  au  dessus  du 
calme.  J*en  suis  si  content  que  j^ay  changé  leurs  destination  et 
que  j'en  omeray  mon  cabinet  qui  Test  desjà  de  deux  grands 
tableaux  de  vôtre  façon.  Mandez  moy  absolument  ce  dont  je 

(1)  Cf.  Joseph  Vemet  et  la  peinture  auXVÏÏI^  siècle  par  Léon  Lagrange  ;  Paris,  1864, 
ia-8,  p.  56. 

(2)  Ce  tablean  fut  exposé  aa  Salon  de  1755  (Livret  réimprimé  par  M.  J.-J.  Gnidrey,  p.  a5) 
n  figura,  en  178a,  dans  la  vente  du  marquis  de  Marigny  et  fut  payé,  avec  les  Lapandières 
6631  livres. 

(3)  Ce  taUean  fut  exposé  au  salon  de  \^b^  (Livret  réimprimé  par  M.  J.-J.  Gnilfrey.  p.  30.) 
n  fut  vendu,  en  1783,  6631  livres  avec  le  Paysage  indiqué  plus  haut. 

(4)  Ces  deux  tableaux  furent  vendus  33oo  livres  en  1782. 


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144  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

VOUS  suis  débiteur.  Je  vous  en  feray  toucher  le  montant  par 
une  rescription  sur  Rochefort  ou  La  Rochelle.  J'ay  l'honneur 
d'êtte,  Monsieur,  vôtre  très  humble  et  très  obéissant  ser- 
viteur. 

Lb  M"  DE  Maricnt. 

Le  marquis  de  Marigny  mourut  à  Paris  le  lo  mai  1781.  Joseph 
Vemet  réclama  alors  auprès  des  héritiers  du  marquis  le  payement  des 
quatre  tableaux  mentionnés  plus  haut.  Voilà  la  note  qu'il  rédigea  à  cet 
effet  et  dont  Toriginal,  écrit  tout  entier  par  Vemet,  est  actueUement 
entre  mes  mains. 

Note  instructive  sur  la  réclamation  de  M'  Vernet 

AUPRÈS  DES   HÉRFIIERS   MeNARS 

En  1753  MMe  Marquis  de  Marigny  ayant  témoigné  à 
M'  Vemet  le  désir  d'avoir  de  ses  ouvrages,  ce  dernier  luy  fit 
Tannée  d'ensuite  un  tableau  représentant  une  tempête  de 
4  pieds  3  pouces,  sur  deux  pieds  huit  ppuces  de  haut. 

En  1758  sur  une  nouvelle  demande  de  M'  le  Mar*  de 
Marigny^  il  fit  pour  pendant  un  paj^sage  de  même  grandeur 
avec  des  blanchisseuses  sur  le  devant  (i).  Ces  deux  tableaux 
furent  très  bien  accueillis  par  M'  de  Marigny,  mais  il  garda  le 
silence  sur  leurs  prix  et  se  borna  à  promettre  des  récompenses 
à  M'  Vernet. 

En  1 761,  il  luy  écrivit  à  La  Rochelle  pour  lui  en  demander 
deux  autres  de  18  pouces  de  large  sur  12  de  haut  pour  Mad''  la 
Mac?*  de  Pompadour.  Cependant,  lors  qu'ils  lui  furent  par- 
venus, il  jugea  à  propos  de  les  garder  pour  son  cabinet  et  se 
mit  pour  lors  en  devoir  de  les  payer. 

M' Vernet  crut  qu'il  devoit  le  laisser  arbitre  du  prix  et  lui 
fit  une  réponce  en  conséquence.  Mais  M*"  de  Marigny,  imagi- 
nant sans  doute  que  M""  Vernet  se  trouveroit  assez  payé  par 
les  faveurs  qu'il  pouvoit  lui  faire  obtenir  du  Roy,  lui  renou- 

(i)  On  lit  dans  le  L/yre  de  vérité  publié  par  M.  Lagraoge,  p.  341  :  «  Le  pendant  da 
tableau  que  j*ay  fait  à  M.  de  Marigny  doit  être  de  la  largeur  des  toiles  ordinaires  d'Empereur 
et  doit  avoir  trois  pieds  neuf  pouces  et  demy  de  haut.» 


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JOSEPH   ET  CARLB  VERNET  146 

vella  Tassurance  d^un  dédomagement.  M' Vernet  a  attendu, 
vainement,  TefiFet  de  ces  promesses  et  n'a  obtenu  ni  pensions, 
ni  aucunes  des  récompenses  qui  sembloient  lui  être  dues  à 
beaucoup  d'autres  titres  étrangers  à  la  question  présente  et 
que  M'  de  Marigny  étoit  plus  que  tout  autre  dans  le  cas  de 
sentir  et  de  faire  valoir. 

On  demandera  pourquoy,  depuis  qu'il  a  été  remplacé  par 
M'  le  comte  d'Angiviller,  M'  Vernet  n'a  formé  aucune 
réclamation  auprès  de  lui. 

M'  Vernet  peut,  à  cet  égard,  être  taxé  de  négligeance,  mais 
il  considéroit,  d'un  côté,  que  M'  de  Marigny,  restant  adjoint  à 
son  successeur,  étoit  encore  à  même  de  lui  être  utile;  d'autire 
côté,  il  espéroit  que  son  fils,  étant  dans  la  carrière  des  arts, 
obtiendroit  par  ce  moyen  une  protection  que  les  services  et  les 
procédez  du  père  lui  mériteroient  plus  aisément. 

M' Vernet  demande  si  les  lettres  de  M' le  Mar*  de  Marigny, 
depuis  l'époque  de  1761,  qu'il  a  entre  les  mains,  peuvent  être 
des  titres  suffisants  pour  former  une  demande  en  justice  des 
jMTx  des  quatre  tableaux  de  lui  qui  se  sont  trouvez  dans  la 
succession. 

Cette  réclamation  ne  paraît  guère  fondée  quand  on  Ut,  dans  le  Livre 
de  vérité  y  que  Veraet  a  reçu  de  M.  de  Marigny  1000  livres  pour  le 
tableau  des  lavandières  (p.  363)  et  1 5o  livres  (p.  36a)  pour  un  autre 
tableau. 

En  1789  Joseph  Vernet  exposa  au  Salon  plusieurs  tableaux  dont  il 
dressa  lui-même  la  note  que  voici  : 

NOTTE  DES  TABLEAUX   QUE  M'  VeRNET  SE   PROPOSE  d'eXPOSER 
AU  SALON  DU   LoUVRE  CETTE  ANNEE    I789 

Deux  tableaux  dont  un  représente  une  tempeste  et  le 
nauffrage  d'un  vaisseau  ;  Tautre  une  mer  calme  au  coucher  du 
soleil,  avec  l'entrée  d'un  port  de  mer  et  la  famille  de  Fauteur. 

Un  tableau  représentant  un  incendie  dans  la  nuit. 

Un  tableau  représentant  un  brouillard  au  lever  du  soleil. 

TOME  m  ^9 


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146  REVUE   DBS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Deux  tableaux  ovales,  Tun  en  [l>aisage,  Tautre  en  marine. 
Ces  six  tableaux  sont  tirez  du  cabinet  de  feu  M' Paupe. 

Deux  tableaux  :  une  mer  calme  au  coucher  du  soleil;  l'autre 
une  fin  d'orage  avec  le  naufFrage  d'un  vaisseau  d'où  c'est 
sauvé  le  capitaine,  sa  femme,  son  enfant  et  quelques  matelots. 
La  femme  se  jette  au  pied  d'une  croix  qu'elle  trouve  là  par 
hazard  et  remercie  Dieu  de  l'avoir  sauvée;  l'enfant  se  Jette  sur 
sa  mère,  la  voyant  éplorée;  [le  capitaine]  est  au  désespoir 
d'avoir  perdu  son  vaisseau. 

Deux  tableaux  :  une  mer  orageuse  avec  le  naufirage  d'un 
vaisseau  dans  le  fond  du  tableau,  l'autre  une  pêche  au  lever  du 
soleil  par  un  temps  de  brouillard. 

Ces  deux  tableaux  appartiennent  à  M*^  Delaage  de  Belle- 
faye  (i). 

Un  tableau  représentant  une  marine  au  coucher  du  soleil  (2). 

Deux  tableaux,  un  repprésentant  un  païsage  au  lever  du 
soleil,  et  l'autre  le  nauffrage  de  Virginie  à  l'Isle  de  France, 
tiré  d'un  ouvrage  de  M*"  de  Saint-Pierre  (3). 

Cette  exposition  fut  Tadieu  du  peintre  qui  mourut  à  Paris  le  4  dé- 
cembre 1789.  Il  laissait  deux  fils,  dont  l'un,  Carie,  s'était  déjà  acquis 
une  réputation  dans  la  peinture  de  genre.  J'ai  sous  les  yeux  l'original 
du  traité  suivant,  passé  entre  ce  dernier  et  l'éditeur  Auber  pour  la  com- 
position de  six  dessins  : 

Entre  les  parties  soussignées  il  a  été  arrêté  et  convenu  ce 
qui  suit,  savoir  : 
Article  i*'.  Moi  Carie  Vemet,  peintre  d'hbtoire,  demeu- 

(1)  Ce  renseignement  n'est  pas  consigné  dans  le  liyret. 

(2)  Ce  tableau,  qui  a  pour  légende  dans  le  livret  {p.  i5)  Un  Calme  au  coucher  du  soleil 
appartenait  à  M.  Imbert,  premier  chirargien  du  duc  d'Orléans. 

(3)  On  sait  qne  c'est  Joseph  Vemet  qui  décida  Bernardin  de  Saint-Pierre  à  publier  Pau 
et  Virginie  {Cf.  M.  Lagrange,  p.  392).  Le  tableau  du  Naufrage  de  Virginie  est  son  dernier 
ouvrage.  —  Le  livret  du  salon  de  1789  mentionne  encore  de  Joseph  Vernet  :  Un  Temvs 
orageux  dans  un  lieu  sauvage  et  Plusieurs  autres  tableaux  sous  le  même  numéro. 


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JOSEPH   ET  CARLB   VERNET  I47 

rant  rue  de  Lille  n^  2 1 ,  promets  et  m*engage  de  faire  pour  le 
compte  de  M' Auber  six  dessins  de  figures  équestres  de  la  gran- 
dcQT  et  dimention  de  celui  que  je  fais  en  ce  moment  représen- 
tant l'Empereur  des  Français^  les  dits  dessins  colorés,  et  ce 
pour  le  prix  de  mille  livres  tournois  chacun. 

Article  2.  Je  m'engage  de  plus  à  faire  chacun  des  dits  six 
dessins  dans  l'espace  de  six  semaines,  deux  mois  au  plus,  à  la 
condition  que  M'  Auber  sera  tenu  de  me  remettre  5oo  livres 
lorsque  mon  dessin  sera  à  peu  près  fait  à  moitié,  et  les  5oo  livres 
restantes  en  le  lui  remettant  entièrement  terminé. 

Article  3.  Moi  Auber,  éditeur,  demeurant  rue  S^-Lazare, 
chaussée  d'Antin,  no  42,  promets  et  m'engage  de  remettre  à 
M' Carie  Vemet,  mille  livres  pour  prix  de  chacun  des  six  dessins 
qu'il  me  fera,  dont  Je  lui  désignerai  les  sujets,  et  ce,  5oo  livres 
lorsqu'un  dessin  sera  fait  à  moitié,  et  les  5oo  livres  restantes 
en  me  remettant  le  dessin  entièrement  fini. 

Article  4.  Il  est  bien  convenu  entre  les  parties  soussignées 
que  si,  par  des  raisons  qu'on  ne  peut  prévoir,  M'  Auber  ne 
jugeoit  pas  à  propos  de  faire  faire  les  six  dessins,  il  ne  seroit 
tenu  que  de  payer  à  Monsieur  Carie  Vemet  ceux  dont  il  l'auroit 
prié  de  se  charger. 

Fait  double  entre  les  parties  pour  être  exécuté  de  bonne  foi. 

Paris,  ce  19  aoust  1807. 

Approuvé  l'écriture.  Auber. 

Approuvé  l'écriture.  Carle  Vernet. 


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LE  CONNÉTABLE  DE  LESDIGUIÈRES 


Lettre  adressée  à  c  Messieurs  de  la  Chambre  des  comptes  et  tréso- 
riers généraulx  de  France  en  Daulûné  i  par  le  connétable  de  Lesdi- 
guières.  Elle  fournit  un  curieux  détail  sur  les  privilèges  pécuniaires 
que  Henri  IV  accorda  à  Gabrielle  d'Estrées.  Le  connétable,  en  habile 
courtisan,  engage  Messieurs  de  la  Chambre  des  comptes  à  ménager  la 
toute-puissante  favorite,  auprès  de  laquelle  il  s'était  personnellement 
engagé  en  cette  occasion. 

Messieurs,  j^ay  esté  présent  quand  les  agentz  de  Madame  la 
Marquise  de  Monceaux  luy  ont  faict  entendre  que  vous  appor- 
tez des  obstacles  et  traverses  â  la  vente  du  sel  de  la  traicte  que 
sa  Majesté  luy  a  accordée  pour  estre  vendue  firanchement  et 
générallement  dans  le  pais  de  Daulphiné.  Elle  en  a  esté  fort 
courroucée  et  en  voulloit  faire  plainte  à  sa  Majesté,  si  je  ne 
Teusse  asseurée  que  vous  ne  Tempeschez  plus  à  la  libre  vente 
dudit  sel,  puis  que  c'est  Tintention  de  sa  Majesté,  à  laquelle  et 
vous  et  moy  fault  que  nous  nous  rangions.  Je  vous  ay  voullu 
donner  advis  de  ce  que  dessus  et  vous  supplier  de  vouloir  faire 
en  sorte  que  la  cause  de  ces  plaintes  vienne  i  cesser,  affin  que 
je  me  trouve  en  tout  Véritable  envers  madite  dame,  les  agentz 
de  laquelle  s'accommoderont,  je  m'asseure,  à  quelque  honneste 
composition  avecques  tous,  pourveu  aussy  que  de  vostre  costé 
vous  vous  mettiez  à  la  raison,  comme  je  me  promectz  que  vous 
ferez,  et  que  sans  les  faire  crier  davantage  vous  tascherez  d'en 


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LE  CONNÉTABLE  DE  LESDIGUIERES  149 

tirer  doucement  ce  qui  se  pourra,  car,  prenant  cest  affaire  à  la 
rigueur,  je  croys  que  vous  perdriez  le  tout  et  formeriez  une 
mauvaise  voUonté  contre  vous  en  madite  dame  qui  vous  por- 
teroit  plus  de  préjudice  que  ne  vous  peult  revenir  d'utilité  de  ce 
que  vous  sçauriez  prendre  à  la  rigueur  sur  ladite  traiae.  Je 
vous  supplie  encores  de  vouloir  prendre  cest  advis  en  bonne 
part  de  moy  qui  le  vous  propose  avec  autant  de  sincérité  que 
je  suis. 

Messieurs, 

Vostre  bien  humble  pour  vous  fere  service. 

Lesdiguières. 

A  Paris,  le  xxiiii*  février  1597. 

Messieurs,  Messieurs  de  la  Chambre  des  comptes  et 
trésoriers  généraulx  de  France  en  Daulfiné. 

Cette  pièce  fait  partie  de  la  collection  de  feu  M.  E.-J.-B.  Rathery. 


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CHARLES  IX 

SIÈGE    DE    LA    ROCHELLE 
1573 


Après  les  massacres  de  la  Saint-Barthélémy,  il  sembla  que  le  parti 
huguenot  se  fût  englouti  dans  ces  torrents  de  sang  versé.  Plus  de  chefs, 
plus  de  parti,  telle  avait  été  sans  doute  la  raison  d'état  qui  avait  servi 
de  prétexte  à  ces  horribles  exécutions.  Mais,  bientôt,  dans  les  provinces, 
les  huguenots  revinrent  de  leur  stupeur  et  se  groupèrent  pour  résister 
à  leurs  implacables  ennemis.  La  Rochelle,  qui  depuis  longtemps  déjà 
était  le  boulevard  de  la  Réforme,  refusa  de  recevoir  son  gouverneur, 
Biron.  Charles  IX,  inquiet  de  cette  résistance,  envoya  un  protestant, 
le  sieur  du  Viegean,  pour  faire  entendre  raison  à  ses  coreligionnaires, 
qui  l'accueillirent  avec  défiance  et  le  traitèrent  même  en  ennemi.  Alors 
le  Roi  dépêcha  aux  Rochelois,  en  novembre  iSja,  un  autre  des  leurs, 
François  de  Lanoue,  guerrier  illustre,  compagnon  de  Coligny,  qui 
avait  maintes  fois  combattu  pour  le  parti  protestant  et  avait  perdu  un 
bras  au  siège  de  Fontenay.  Lanoue  n'obtint  pas  grande  concession 


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CHARLES  IX  l5l 

mais,  dans  l'espoir  d'amener  les  révoltés  à  ùlïtc  la  paix,  il  resta,  de 
Taveu  du  Roi,  dans  La  Rochelle  (i). 

Cependant  Biron  et  Philippe  Strozzi  commencèrent  le  siège  de  la 
ville  rebelle.  Pour  accélérer  les  travaux,  et  peut-être  aussi  pour  essayer 
de  nouer  des  négociations  plus  heureuses,  Charles  IX  résolut  d'envoyer 
au  camp  son  frère  le  duc  d'Anjou.  Ce  dernier  quitta  Paris,  le  lo  janvier 
1 573,  accompagné  de  son  plus  jeune  frère,  le  duc  d'Âlençon,  de  son 
beau-frère,  le  roi  de  Navarre,  de  son  cousin,  le  prince  de  Condé,  et  de 
plusieurs  autres  princes  et  gentilshommes.  Il  était  à  peine  parti  que 
déjà  on  regrettait  à  la  Cour  de  l'avoir  chargé  d'une  entreprise  si  impor- 
tante. On  le  soupçonnait  de  ne  pas  surveiller  avec  assez  de  rigueur  son 
frère,  esprit  léger  et  prompt  à  Tintrigue,  le  roi  de  Navarre  et  le  prince 
de  Condé,  qu'une  conversion  forcée  ne  rendait  que  plus  dangereux 
Le  bruit  même  se  répandit  que  le  duc  d'Anjou,  informé  qu'une  flotte 
devait  venir  d'Angleterre  sous  les  ordres  du  comte  de  Montgommery 
pour  secourir  La  Rochelle,  avait  résolu  de  réunir  une  forte  armée  de 
mer  pour  combattre  ces  nouveaux  ennemis,  et  qu'il  avait  dessein  d'en 
confier  le  commandement  au  duc  d'Alençon  et  au  roi  de  Navarre. 
Aussitôt  la  cour  s'émut  et  le  secrétaire  d'état  Villeroy  rédigea  une  dé- 
pêche qu'il  écrivit  lui-même  et  fit  signer  par  le  Roi  .11  remontra  au  duc 
d'Anjou,  dans  sa  lettre,  combien  sa  résolution  était  contraire  à  la  vo- 
lonté royale  et  lui  recommanda  de  ne  pas  permettre  aux  princes  de  le 
quitter  un  seul  instant  (2). 

Mon  frère,  j'ay  esté  adverty  que  vous  préparez  une  grande 
et  forte  armée  de  mer  pour  combatre  ceulx  qui  s'ingéreront  de 
doner  secours  aux  Rocheloys.  Vous  le  m'avez  aussy  mandé, 
dont  j'ay  esté  bien  fort  ayse,  car  il  me  semble  que,  ce  passage 
cmpesché,  vous  aurez  bien  tost  la  raison  desdits  Rocheloys, 
lesquelz  continuront  tousjours  en  leur  oppiniastreté  et  obstina- 
tion, tant  qu'ils  auront  espérance  de  pouvoir  estre  secouruz  par 
cestendroict.  Mais  aussy,  mon  frère,  il  en  fault  doner  la  charge 
à  personne  expérimenté  qui  la  sçache  conduire  comme  il  appar- 
tient, et  que  la  considération  de  sa  personne  n'empesche  l'exé- 

(1)  Q.  Histoire  des  deux  sièges  de  La  Rochelle,  le  premier  soubs  le  règne  du  Roy 
Charles  IX  en  l'année  iSjS,  et  le  second  soubs  le  Ror  Louis  XIII  à  présent  heureuse^ 
ment  régnant,  es  années  1627  ^t  1628;  Parii,  Targa,  i63o,  in-ia. 

(2)  Cette  pièce  fidt  partie  de  la  ooUectioD  de  iea  M.  Rathery. 


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l52  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

cution  d^une  entreprise  hazardeuse  quant  elle  s^ofirira.  Ce  que 
je  dictz,  mon  frère,  est  par  ce  que  Ton  me  rapporte  qu'aucun 
proposoyt  d'en  doner  la  charge  à  mes  frères  les  ducs  d'Alançon 
et  Roy  de  Navarre,  chose  que  je  ne  trouve  en  aucune  manière 
bonne  ny  convenable,  et  ne  puis  croire  que  vous  y  douiez 
consentement,  car  vous  scavez  bien  que  leur  permetant  aller 
avecques  vous  c'a  esté  à  la  charge  qu'ilz  ne  vous  habandonne- 
royent  aucunement,  ains  se  tiendroyent  ordinairement  prez  de 
vous  et  n'iroyent  en  aucune  faction  sans  vous.  Au  moyen  de 
quoy,  mon  frère,  je  vous  prie  faire  entendre  à  tous  ceulx 
qui  doueront  ce  conseil  et  feront  ceste  proposition  que  non 
seullement  je  ne  Tay  agréable,  mai  que  je  la  trouve  très  mau- 
vaise, et  de  vostre  part  empescher  qu'elle  ne  passe  outre  sur 
tant  que  désirez  mon  contantement,  me  faisant  fort  que  mes- 
dits  frères,  comme  sages  et  bien  affectionnez  à  me  com- 
plaire, se  conformeront  à  mon  intention,  et  vous  croiront 
entièrement,  de  quoy  je  vous  prie  me  mander  au  plus  tost 
des  nouvelles. 

Mon  frère,  je  suis  contant  que  le  général  Cbastellier  continue 
prez  de  vous  la  charge  de  mes  finances,  tout  ainsy  qu'eust  faict 
le  feu  s' de  Marillac,  suivant  la  commission  qu'il  luy  en  a  esté 
à  son  partement  expédiée,  m'assurant  conmie  il  vous  a  con- 
tante jusques  icy  et  qu'il  m'a  tousjours  très  fidellement  et  soi- 
gneusement servy  en  toutes  occasions  où  il  a  esté  employé, 
qu'il  s'efforcera  doresnavant  de  mieulx  faire  encores  s'il  est 
possible,  et  comme  il  est  tout  bon  besoing,  attendu  vostre 
nécessité  d'argent  et  les  abus  qui  se  conunettent  au  payement 
de  mes  gens  de  guerre.  Mon  frère,  j'ay,  suivant  ce  que  vous 
m'avez  escript,  mandé  aux  s"  de  Bouille  et  La  Mailleraye 
taire  tout  leur  possible  pour  recouvrer  en  dilligence,  chascun 
en  leur  gouvernement,  six  vaisseaulx  bien  armez  et  esquipcz 
pour  vous  estre  envoyez  dedans  quinze  jours  après,  ayant  dé- 
pesché  à  chascun  ung  vallet  de  chambre  pour  les  solliciter  de 
ce  faire,  ausqbelz  j'ay  faia  commandement  demeurer  près 


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CHARLES  IX  l53 

d'eulx  Jusques  à  ce  que  lesdits  vaisseaulx  soyent  partyz.  Je  prie 
Dieu,  mon  frère,  vous  avoir  en  sa  %ainte  garde.  De  Paris,  le 
XI*  jour  de  février  1573. 


cû. 


Mon  frère  le  duc  d'Anjou  et  de  Bourbonno3rs. 

On  voit  que  Charles  IX  avait  commencé  à  signer  sa  lettre  sans 
mettre  de  sa  main  la  formule  de  politesse  obligatoire  entre  frères. 

Le  siège  de  La  Rochelle  se  continua.  Lanoue  dirigeait  les  sorties  des 
assises  et  le  duc  d'Anjou  pressait  les  travaux.  Les  troupes  royales, 
d'une  part,  subissaient  des  pertes  sensibles,  et,  le  3  mars,  le  duc  d'Au* 
maie  fut  tué  d'un  coup  de  couleuvrine.  D'autre  part,  le  convoi  amené 
par  Montgommery,  parvenu  en  vue  de  La  Rochelle,  ne  put  pénétrer 
dans  la  ville.  Lanoue,  suspecté  par  ses  coreligionnaires,  perdant  espoir 
de  rien  obtenir  pour  la  pacification,  abandonna  la  cité,  où  les  ministres 
réformés  entretenaient  ThéroTsme  de  la  population,  décidée  à  tout 
souffrir  plutôt  que  de  se  soumettre.  Sur  ces  entrefaites,  le  duc  d'Anjou 
ayant  été  élu  roi  de  Pologne,  il  devenait  urgent  de  réduire  La  Rochelle, 
et  Catherine  de  Médicis  chargea  ViUeroy  de  reprendre  les  négociations. 
Villeroy  proposa  aux  Rochelois  non  plus  une  capitulation  mais  une  paix 
pour  tout  le  parti  huguenot.  Dès  lors  on  ouvrit  des  conférences  qui 
aboutirent  à  un  traité  signé  à  La  Rochelle  le  6  juillet  iJyS. 

TOME  m  20 


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MARIE-ADÉIAÏDE  DE  SAVOIE 

DUCHESSE  DE  BOURGOGNE 


Marie-Adélaïde  de  Savoie,  née  à  Turin  le  5  décembre  i685,  était  la 
fille  aînée  du  duc  de  Savoie  Victor-Amédée  II  et  de  sa  première  femme 
Anne-Marie  d'Orléans,  fille  du  frère  de  Louis  XIV.  Élevée  avec  som 
par  sa  mère,  elle  fut  promise,  en  1697,  au  duc  de  Bourgogne,  fils  du 
Dauphin  de  France.  Cette  union  avait  pour  but  de  détacher  la  Savoie 
de  la  ligue  européenne.  Ma  rie- Adélaïde  avait  douze  ans.  Son  mariage 
fut  célébré  avec  une  grande  magnificence  à  Versailles  le  samedi 
7  décembre  1697.  Le  cardinal  de  Coislin  officia  à  la  place  du  grand 
aumônier,  le  cardinal  de  Bouillon,  alors  à  Rome,  c  La  journée  se 
c  passa  assez  ennuyeusement,  »  au  dire  de  Saint-Simon.  On  soupa  et, 
en  sortant  de  table,  on  alla  coucher  la  mariée,  c  de  chez  laquelle  le 
t  Roi  fit  sortir  absolument  tous  les  hommes.  »  La  Reine  d'Angleterre 
donna  la  chemise.  Pendant  ce  temps  le  duc  de  Bourgogne  se  déshabil- 
lait dans  Tantichambre  et  le  Roi  d'Angleterre  lui  donnait  la  chemise. 
Une  fois  la  duchesse  couchée,  le  duc  entra  et  se  mit  dans  le  lit  à  sa 
droite,  en  présence  des  Rois  et  de  toute  la  Cour.  Tout  le  monde  sortit 
alors,  sauf  Monseigneur,  les  dames  de  la  princesse  et  le  duc  de  Beau- 
villier.  Après  une  causerie  qui  dura  un  quart  d'heure,  Monseigneur  fit 
relever  son  fils,  en  lui  permettant  cependant  d'embrasser  sa  femme, 
malgré  l'opposition  de  la  Duchesse  du  Lude.  Le  Roi,  à  cette  nouvelle, 
exprima  son  mécontentement,  c  et  dit  qu'il  ne  vouloit  que  son  petit» 
c  fils  baisât  le  doigt  de  sa  femme  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent  tout-à-fait 
€  ensemble.  *  Tandis  que  Louis  XIV  se  montrait  si  rigide,  son  autre 
petit-fils,  le  duc  de  Berri,  t  trouva  bien  mauvaise  la  docilité  de 
i  Monsieur  son  frère,  et  assura  qu'il  seroit  demeuré  au  lit  (i).  » 

Marie-Adélaïde,  par  sa  hardiesse  et  sa  familiarité,  par  son  caractère 
enjoué,  par  ses  saillies  spirituelles,  charma  la  Cour.  Quoique  régu- 
lièrement laide,  selon  Saint-Simon,  elle  régna  par  la  grâce  et  par 
l'esprit  et  gagna  irrésistiblement  tous  les  cœurs,  même  celui  de 
Louis  XIV,  qui,  vieux  et  fatigué,  accablé  de  soucis  et  de  revers,  pro- 

(I)  Saint-Simon,  édition  Regoier  fils,  t.  i,  p.  ^88 


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t. 


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MARIE-ADÉLAÏDE  DE  SAVOIE  l55 

menait  son  ennui  dans  ses  palais  de  Versailles  et  de  Marly.  Peut-être, 
par  sa  coquetterie  ravissante,  par  son  amour  des  plaisirs,  par  son 
jesprit  primesautier  et  incisii,  rappelait-elle  au  Roi  cette  belle  duchesse 
d'Orléans  qui,  dans  des  temps  plus  heureux,  avait  été,  elle  aussi,  l'or- 
nement de  la  Cour  et  la  véritable  reine  des  fêtes  splendides  de 
Versailles,  que  Louis  XIV  organisait  en  son  honneur  (i).  Toujours 
est-il  que  la  duchesse  de  Bourgogne  devint  aussitôt  l'enfant  gâtée  du 
Roi,  qui  donna  pour  elle  fêtes  et  bals  magnifiques.  Aussi  s'empressa- 
t-elle,  le  3i  janvier  1698,  de  racontera  sa  grand'mère  (2}  combien 
elle  était  heureuse  et  choyée  à  la  cour  de  France  (3). 

Ce  3 1  janvier. 

Si  je  vous  faisois  part  de  tous  mes  plaisirs,  ma  chère  grand 
maman,  ma  lettre  seroit  bien  longue.  La  ménagerie,  S*  Qr, 
la  promenade  sur  des  asnes,  la  comédie,  Topera,  les  masca- 
rades et  plus  que  tout  les  bontés  du  Roy  me  font  passer  les 
jours  bien  agréablement.  Ils  me  paroissent  bien  courts.  On 
ira  la  sq)maine  qui  vient  à  Marli.  Il  y  aura  un  bal  et  j'irai  en 
masque  avec  M' le  D.  de  B.  Je  suis  bien  persuadée  de  vostre 
amitié,  ma  chère  grand  maman,  et  j'en  conserve  une  bien 
tendre  pour  vous. 

Le  tour  de  cette  lettre  est  d'une  naïveté  charmante,  et  toutes  celles 
que  j'ai  vues  sont  d'un  style  non  moins  agréable.  Ces  fêtes  de  Marly, 
ces  bals  masqués  où  elle  accompagnait  son  mari  nous  sont  connus  par 
les  récits  de  Saint-Simon.  La  duchesse  de  Bourgogne  y  r^nait  sans 
partage  et  les  animait  singulièrement.  On  ne  craignait  pas,  dans  ces 
mascarades,  de  faire  de  grosses  plaisanteries,  dont  le  Roi,  tout  grave 
qu'il  fût,  était  le  premier  à  rire.  L'aventure  du  pauvre  maréchal  de 
Luxembourg,masqué  et  affublé  d'une  coiffure  surmontée  d'un  bois  de 
cerf,  emblème  de  ses  mésaventures  conjugales  que  lui  seul  ignorait,  est 
des  plus  plaisantes  (4).  C'est  là  un  trait  de  mœurs  qui  peint  merveil- 
leusement la  cour  de  Louis  XIV. 

(i)  CL  Revue  des  Documents  historiques,  t  II.  p.  i. 

(3)  Marie-Jetnne  de  Savoie,  fille  de  Charles-Âmédte,  duc  de  Nemours,  veuve  en  1674  de 
Chtrks-Emxnaauel  II,  doc  de  Savoie,  et  mère  de  Victor- Amédée  II. 

(3)  Cette  lettre  est  empruntée  i  la  collection  de  feu  M.  Ratbery. 

(4)  Saint-Simon,  t.  H,  p.  399. 


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DIDEROT  &  FRÉRON 


En  1757  Denis  Diderot  avait  cultivé  les  diverses  branches  de  la 
littérature,  sauf  Fart  dramatique.  En  véritable  encyclopédiste,  il  résolut 
de  s'essayer  au  théâtre  et  il  composa  une  comédie  en  cinq  actes  et  en 
prose,  Le  Fils  naturely  qu'il  fit  imprimer.  La  pièce,  venant  d'une  per- 
sonnalité aussi  considérable,  fut  accueillie  avec  enthousiasme  par  les 
amis  et  admirateurs  de  Tauteur,  avec  curiosité  par  les  sceptiques,  avec 
malignité  par  les  adversaires  des  idées  philosophiques  représentées  par 
Diderot.  Parmi  ces  derniers,  Fréron  tenait  une  des  premières  places 
dans  son  Année  littérairej  dont  la  devise,  empruntée  à  Martial,  était 
Parcere  personisy  dicere  de  vitiis,  il  se  flattait  de  diriger  le  goût  du 
public  quant  aux  œuvres  nouvelles.  Il  louait  les  uns,  flagellait  les  autres. 
Les  Encyclopédistes  étaient  surtout  en  butte  à  ses  attaques.  Fréron 
avait  pris  le  rôle  de  champion  des  idées  religieuses  ;  il  soutenait  les 
Jésuites  et  tous  ceux  qui  réagissaient  contre  le  courant  philosophique 
et  social  dont  Voltaire  était  le  chef  et  TEncylopédie  Tévangile.  Le 
Fils  naturel  ne  pouvait,  en  raison  de  son  origine,  échapper  à  Texamen 
sarcastique  du  critique.  Tout  aussitôt  Fréron  rédige  son  réquisitoire, 
mais  il  est  arrêté  dans  son  élan.  Il  apprend  que  M.  de  Malesherbes  veut  le 
réconcilier  avec  Diderot.  Or  M.  de  Malesherbes  était  le  directeur  de  la 
librairie  :  sans  sa  permission  nul  écrit  ne  pouvait  paraître.  Fréron  n'était 
pas  homme  à  ne  pas  ménager  une  telle  puissance.  Il  se  hâte  d'écrire  à 
M.  de  Malesherbes  pour  lui  dire  qu^il  se  conformera  à  sa  volonté.  Sa 
lettre  est  un  véritable  mémoire,  où  la  malignité  s*allie  parfois  au  bon 
sens.  Fréron  y  pèse  les  avantages  et  les  inconvénients  de  cet  accord 
forcé  entre  Diderot  et  lui,  et  s'attache  à  prouver  combien  ses  intérêts 
seraient  lésés.  Enfin,  tout  en  protestant  de  sa  par£eiite  obéissance  aux 
désirs  du  ministre,  il  démontre  les  impossibilités  morales  et  matérielles 
qui  s'opposent  à  ce  qu'il  devienne  l'ami  de  Diderot  (i). 

(i)  Cette  lettre  fkit  ptrtie  de  la  coUectioa  de  feu  M.  Ratfaery 


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I 


DIDEROT  ET  FRÉRON  iSy 

Monsieur, 

.  On  m^a  dit  que  vous  souhaitiez  que  je  devinsse  l'ami  de 
M.  Diderot,  et  qu'une  autre  personne  en  place,  qu'on  ne  m'a 
point  nommée,  avoit  également  à  cœur  cette  réunion.  Je  suis 
trop  jaloux.  Monsieur,  de  faire  quelque  chose  qui  puisse  vous 
être  agréable  pour  avoir  un  instant  balancé  sur  le  parti  que 
j'avois  à  prendre.  Je  m'habillois  pour  aller  vous  rendre  compte 
mercredi  dernier  de  mes  sentimens,  lorsque  mon  libraire  m'en- 
voya dire  que  vous  étiez  chez  lui.  J'y  courus,  j'arrivai,  et  vous 
étiez  déjà  parti.  Je  fis  arrêter  sur  le  champ  à  l'imprimerie  l'ar- 
ticle ànjils  naturel,  dont  on  avoit  imprimé  seize  pages.  Il  m'a 
fallu  remplacer  cet  article  considérable  qui  m'a  coûté  plus  de 
huit  jours,  et  qui  auroit  occupé  près  de  deux  feuilles  d'impres- 
sion. J'ai  veillé  jour  et  nuit  pour  remplir  ce  vuide,  et  pour  que 
ma  feuille  parût  au  temps  marqué;  malgré  cela  elle  sera 
retardée  de  quatre  ou  cinq  jours.  Ce  travail  extraordinaire  ne 
m'a  point  permis.  Monsieur,  de  vous  aller  faire  ma  cour  ni 
de  vous  écrire  plus  tôt.  Je  saisis  le  premier  moment  que  j'ai  de 
libre  pour  vous  communiquer  quelques  réflexions  sur  ce  qu'on 
désire  de  moi. 

L'association  de  M.  Diderot  avec  des  gens  qui  n'ont  cherché 
et  qui  ne  cherchent  encore  qu'à  me  nuire  ;  avec  des  gens  qu 
ont  fait  tous  leurs  efforts  pour  me  faire  exclure  de  l'Académie 
de  Nancy,  et  pour  m'enlever  la  protection  dont  m'honore  le 
Roi  de  Pologne,  duc  de  Lorraine;  avec  des  gens  qui  m'ont  fait 
ôter  le  journal  étranger  pour  le  donner  à  un  certain  petit  de 
Laire  (i)  qui  n'a  d'autre  mérite  que  d'être  leur  croupier  et  qu'on 

(t)  Alexandre  Deleyre,  né  aux  Portets  (Gironde)  en  janvier  1736,  fax  éleré  chez  les  jésuites, 
mais,  quoiqu'il  eut  commencé  à  porter  llubit  de  cet  ordre,  il  abandonna  la  vie  religieuse  et 
embrassa  les  idées  philosophiques.  Il  fut  Tadversaire  de  Fréron  contre  lequel  il  publia,  en 
1756,  la  Revue  des  feuilles  de  Fréron  (Cf.  Quérard).  11  coopéra  au  mouvement  révolution- 
naire, ûit  député  À  la  Convention  par  le  département  de  la  Gironde  et  vota  la  mort  de 
Louis  XVI,  en  compagnie  du  fils  de  son  ancien  adversaire.  Il  fut,  en  1795,  élu  au  Conseil 
des  Anciens  et  à  l'Institut  (classe  des  Sciences  morales  et  politiques).  H  mourut  le 
37  mars  1797*  « 


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l58  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

est  obligé  de  remercier,  parce  que  six  cens  souscripteurs  ont 
quitté  et  qu^on  en  perd  tous  les  jours  depuis  qu'il  est  chargé  de 
cet  ouvrage  ;  avec  des  gens  qui  m'ont  fait  mettre  à  la  Bastille, 
en  irritant  sous  main  contre  moi  le  ministre  d'une  Cour  étran- 
gère qui  n'avoit  fait  aucune  attention  à  l'article  de  mes  feuilles 
dont  il  ne  s'est  plaint  que  trois  semaines  après  que  cet  article 
avoit  paru;  avec  des  gens  qui  ont  répondu  aux  critiques  que 
j'ai  faites  de  leurs  ouvrages  par  un  gros  volume  d'injures  qu'ils 
ont  dictés  à  un  quidam  que  personne  ne  connoit,  et  à  qui  ils 
ont  donné  copie  d'une  lettre  abominable  du  comte  de  Tressan, 
qu'il  n'a  peut-être  jamais  écrite  ou  du  moins  qu'il  n'avoit  pas 
écrite  dans  l'intention  qu'elle  fut  imprimée  (  i)  ;  avec  des  gens  qui 
me  ferment  toutes  les  voies  aux  récompenses  littéraires  que  je 
crois  mériter  aussi  bien  qu'eux  pour  le  moins;  qui  me  flétrissent 
dans  le  monde  par  mille  infâmes  calomnies,  et  qui,  s'ils  le  pou- 
voient,  me  perdroient  comme  la  Motte  et  Saurin  ont  perdu  le 
grand  Rousseau  (2)  ;  avec  des  gens  enfin  qui  ont  mis  tout  en 
en  œuvre  pour  vous  indisposer  contre  moi,  et  qui  peut-être 
sont  parvenus  à  vous  donner  de  ma  façon  de  penser  des  idées 
fausses  et  injurieuses.  Du  moins,  ai- je  quelque  fois  eu  lieu  de 
le  craindre  par  les  discours  qu'ils  vous  ont  attribués  sur  mon 
compte  et  par  quelques  reproches,  vagues  à  la  vérité,  que  vous 
m'avez  faits,  auxquels  j'ai  été  extrêmement  sensible  :  je  vous 
avoue.  Monsieur,  que  l'union  de  M.  Diderot  avec  de  pareilles 
gens  ne  m'avoit  pas  donné  une  idée  bien  avantageuse  de  la 
bonté  de  son  caractère,  ni  même,  j'ose  le  dire,  de  sa  probité; 
et  j'aurois  tout  naturellement  conclu  qu'il  participoit  à  leurs 
noirceurs,  si  des  personnes  dignes  de  foi  ne  m'avoient  assuré 
qu'il  étoit  incapable  d'entrer  dans  ces  menées  odieuses  qui 
deshonorent  les  lettres,  et  qui  les  perdront  tôt  ou  tard.  J'ai 

(i)  V.  la  lettre  de  FréroD  que  je  publie  après  celle-ci.  Elle  contient  le  dénoftment  de 
cette  affaire  da  comte  de  Tressan. 

(2)  Cest  ainsi  que  Fréron  avait  coatnnie  d'appeler  Jean-Baptistt  Rousseau.  (Q.  article  de 
Y  Année  littérairej  177a,  B  III,  p.  23.) 


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DIDEROT  ET  FRERON  iSg 

donc  distingué  M.  Diderot  de  ceux  avec  qui  il  a  le  malheur  de 
vivre,  je  ne  lui  en  ai  jamais  voulu  personnellement;  je  fab 
quelque  cas  de  son  esprit  et  de  ses  connoissances,  et  je  le  crois 
un  très  galant  homme  sur  ce  qu'on  m'en  a  dit. 

Mais,  quoique  je  ne  sois  pas  son  ennemi,  quoique  j^aie  même 
de  la  disposition  à  devenir  son  ami,  je  ne  puis  vous  dissimuler, 
Monsieur,  que  je  redoute  cette  liaison.  M.  Diderot  et  ses  adhé- 
rens  sont  des  novateurs  très  dangereux  en  matière  de  littéra- 
ture et  de  goût,  pour  ne  parler  que  de  ces  objets,  les  seuls 
qui  soient  de  ma  compétence  ;  c'est  sur  eux  principalement  que 
doivent  tomber  les  traits  de  la  critique,  parce  qu'ils  ont  la  fa- 
veur d'un  certain  public,  et  que  leurs  fautes,  leurs  erreurs,  ont 
des  suites  plus  pernicieuses  que  celles  des  Chevriers  (  i  ),  des 
Mailhols,  des  la  Morlières,  etc.  Personne  ne  s'intéresse  plus 
vivement  que  vous.  Monsieur,  au  progrès  des  lumières  hu- 
maines et  au  maintien  du  bon  goût,  et  j'ose  vous  répondre  que 

(i)  Chevrier  a?ait  ea  souvent  des  démSIés  a?ec  Fréron.  Il  avait  porté  plainte  plusienit 
ibis  contre  le  critiqae,  et  notamment  dans  la  lettre  saivante  adressée  i  Malesherbes  et  que 
fempnmte  à  la  collection  Rathery  : 

•  Paris,  ce  14  janvier  1755. 
«  Monsieur, 

c  Voicy  la  troisi&me  plainte  que  f  ay  l'honneur  de  vous  adresser  contre  le  sieur  Fréron  ; 
au  mens-  de  juillet  dernier  vous  eûtes  la  bonté  de  me  promettre  justice  de  quelques  person- 
nalités  dont  lliomme  le  moins  susceptible  auroit  pu  se  plaindre  sans  afficher  de  l'humeur 
J*ignore  les  ordres  que  vous  avés  donnés,  en  conséquence,  mais  je  sais  que,  trois  mois  après, 
il  continua  de  m'attaquer  personnellement.  Les  noirceurs  du  sieur  Fréron  m'arrachèrent 
alors  une  réponse  plus  modérée  que  le  contre-poison,  mais  moins  heureuse,  puisque  vous 
n'avés  pas  jugé  à  propos  d'en  permettre  l'impression. 

t  J'avois  pensé  qu'en  ra'empêchant  de  me  rendre  une  justice  autentiquc,  vous  aviés  résolu 
de  m'en  iaire  une  particulière,  et  j'ay  été  tranquille  jusqu'à  l'apparition  de  la  35*  feuille.  C'est 
dans  ce  nouveau  libelle  que  le  sieur  Fréron,  sans  parler  d'aucun  de  mes  ouvrages  et  dans  la 
seule  vue  de  m'injurier,  me  nomme  dans  les  termes  les  plus  indignes.  Un  auteur  doit  aban- 
donner ses  écrits  à  la  critique,  mais  c'est  à  la  sagcisc  d'un  magistrat  éclairé  à  mettre  sa 
personne  et  son  nom  à  l'abri  des  insultes.  Cette  dernière  réflexion  me  persuade  que  cette 
lettre  aura  un  sort  plus  heureux  que  celles  qui  l'ont  précédée.  Votre  vocation  est  d'être 
juste  :  remplisses  la  dans  cette  conjoncture  en  réprimant  un  critique  odieux  dont  la  bile 
avilit  les  lettres  et  décourage  ceux  qui  les  cultive. 

«  Je  suis  avec  respect, 

«  Monsieur, 

«  Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

«  Chevrier.  » 


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l6o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

si  on  laisse  faire  M.  Diderot  et  ses  semblables,  et  les  lettres  et 
le  goût  seront  anéantis  en  France  avant  dix  ans.  Si  M.  Diderot 
étoit  aussi  isolé  que  je  le  suis,  s^il  ne  tenoit  à  aucune  seae,  à 
aucune  cabale,  j'éprouverois  plus  de  plaisir  que  de  peine  à 
nous  unir  ;  mais  il  est  le  chef  d^un  grand  corps;  il  est  à  la  tète 
d'une  société  nombreuse  qui  pullule  et  se  multiplie  tous  les 
jours  à  force  d'intrigues.  Il  me  priera  sans  cesse  de  ménager 
ses  amis,  ses  confrères,  ses  admirateurs;  je  ne  pourrai  parler 
ni  de  l'Encyclopédie,  ni  d'aucun  encyclopédiste;  il  faudra  m^h- 
terdire  pour  mes  feuilles  et  ce  Dictionnaire  et  les  ouvrages  de 
plus  de  cent  écrivains  peut-être  qui  nous  inonderont  tout  à  leur 
aise  de  leurs  délires  philosophiques,  c'est-à-dire,  Monsieur,  que 
je  m'abstiendrai  de  rendre  compte  des  écrits  qui  prêtent  le  plus 
à  la  censure,  et  dont  le  public  sensé  attend  de  moi  que  je  relève 
les  défauts.  Qu'est-ce  qui  me  restera  pour  mes  feuilles?  De 
mauvais  vers,  de  plats  romans;  ce  ne  sera  plus  guère  la  peine 
que  je  travaille. 

Permettez-moi,  Monsieur,  de  vous  faire  observer  encore 
qu'il  est  assez  singulier  qu'on  choisisse  pour  nous  rapprocher, 
M.  Diderot  et  moi,  le  moment  où  il  vient  de  donner  un  ouvrage 
au  public.  Il  ne  faut  pas  avoir  la  vue  bien  longue  pour  voir  que 
M.  Diderot  vise  à  l'Académie  françoise  (i),et  que  ceux  qui  lui 
veulent  du  bien  appréhendent  avec  raison  que  je  ne  démontre 
(comme  je  crois  l'avoir  fait)  que  son  Fils  naturel,  le  seul  ou- 
vrage qu'il  ait  écrit  du  genre  de  l'Académie,  est  une  pièce 
détestable.  Voilà,  Monsieur,  du  moins  à  ce  que  je  présume,  le 
nœud  de  l'affaire.  Je  parierois  presque  que  c'est  un  artifice 
inventé  par  quelques  encyclopédistes.  Ils  ont  parfaitement  senti 

(i)  Diderot  ne  parvint  jamais  à  être  admis  à  l'Académie  française.  Les  efforts  de  Voltaire 
urent  impuissants  devant  l'aversion  de  Louis  XV.  Malesherbes  dit,  dans  une  lettre  d'avril 
1758  (Bibl.  nat.,  recueil  Anisson  Duperron,  F,  Fr,  22191,  p.  g)  : 

•  Pour  M.  Oiderot,  il  a  fait  des  fautes  et  il  en  a  été  puni  sévèrement,  mais  ces  fautes  sont- 
elles  irréparables.  Les  disgrâces  qu'il  a  déjà  éprouvées  et  celles  qu'il  éprouve  encore^  puisque 
l'entrée  des  Académies  luy  est  interditt  pour  le  moment  présent^  ne  sont  elles-pas 
suffisantes.  • 


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DIDEROT  ET  FRÉRON  l6l 

que  vous  éûz  trop  juste.  Monsieur,  pour  me  défendre  de  par- 
ler du  Fils  naturel. 

Qu'ont-îls  fait?  Us  ont  imaginé  de  me  rendre  Tami  de  pas- 
sage de  M.  Diderot,  uniquement  pour  ne  pas  tourner  sa  comé- 
die en  ridicule,  bien  déterminés,  après  qu'ils  auront  obtenu 
ce  qu'ils  veulent  pour  le  moment,  à  rire  de  ma  simplicité 
d'avoir  donné  dans  ce  piège.  Peut-être  même  auront-ils  l'inso- 
lence de  faire  entendre,  s'ils  ne  le  disent  pas  ouvertement, 
qu'ils  scavent  me  faire  taire  quand  bon  leur  semble.  Dès  que 
M.  -Diderot  sera  reçu  de  l'Académie  françoise,  je  suis  persuadé 
qu'on  me  l'abandonnera  ;  mais  il  est  important  qu'il  y  soit 
admis,  et  ime  critique  bien  faite  dans  laquelle  on  prouveroit 
invinciblement  que  It^ls  nalurel  est  contre  le  bon  sens  et  le 
bon  goût,  ne  hâteroit  pas  sa  récepdon.  Jugez  vous  même, 
Monsieur,  si  je  dois  être  bien  flatté  des  motifs  intéressés  qui 
font  qu'on  recherche  mon  amitié  ou  plutôt  mon  silence. 

On  m'a  assuré  que  M.  Ûiderot  ignoroit  les  démarches  qu'on 
vouloit  bien  faire  pour  nous  rendre  amis.  Lorsqu'il  en  sera 
informé,  il  pourra  s'en  offenser,  les  désavouer  même.  La  phi- 
losophie moderne  est  orgueilleuse.  Il  pensera,  ou  du  moins  ses 
associés  ne  manqueront  pas  de  répandre  dans  le  public  que 
j'aurai  fait  les  premières  avances.  Ils  me  prêteront  une  lâcheté 
à  laquelle  je  ne  m'abaisserai  jamais:  je  ne  crains  ni  M.  Di- 
derot ni  aucun  de  ces  Messieurs;  je  n'envie  ni  leurs  talens,  je 
m'en  crois  autant  qu'ils  s'en  donnent;  ni  leur  fortune,  je  scais 
m'en  passer;  ni  leurs  honneurs  littéraires,  ils  ne  sont  flatteurs 
que  lorsqu'on  les  mérite;  ni  la  considération  dont  ils  jouissent, 
elle  est  fort  équivoque. 

Mais  si  ces  Messieurs  veulent  sincèrement  la  paix,  quelles 
sont  les  conditions  qu'ils  y  mettent  ?  Il  faut  que  deux  parties 
contractantes  trouvent  un  avantage  à  peu  près  égal  dans  un 
traité.  Qu'ils  me  fessent  autant  de  bien  qu'ils  m'ont  fait  de 
mal.  Us  ont  voulu  me  faire  chasser  d'une  Académie  ;  qu'ils  me 
fiassent  recevoir  de  l'Académie  françoise,  je  me  flatte  d'avoir 

TOME  III  21 


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l62  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOIUQUES 

assez  de  mérite  pour  y  occuper  une  place;  j^en  juge  par  eux- 
mêmes;  ils  m^ont  fait  perdre  huit  mille  francs  par  an  que  me 
valoit  le  journal  étranger;  quMls  me  fassent  donner  des  pen- 
sions ou  des  intérêts  dans  des  afTaires  qui  me  rapportent  le 
même  revenu.  Alors  je  pourrai  entendre  i  un  accomoKxle- 
ment;  alors  je  m^engagerai,  non  à  dire  du  bien  de  leurs  ou- 
vrages,  mais  à  ne  rien  dire  de  ceux  qui  seroient  aussi  mauvais 
que  le  fils  naturel.  Mais  j'aurois  beau  être  leur  ami  :  je  suis 
bien  sûr,  Monsieur,  quUls  ne  m^en  aimeroient  pas  davantage; 
le  dévots  et  les  auteurs  ne  pardonnent  jamais;  tout  le  fruit  de 
cette  réconciliation  normande  sennt  pour  eux;  je  n^y  gagne- 
rois  rien;  j^y  perdrois  au  contraire;  mes  feuilles  en  devien- 
droient  moins  intéressantes;  le  public  se  plaindroit,  et  je  me 
verrois  réduit  au  sot  personnage  de  dupe  :  ainsi,  Monsieur, 
tout  bien  considéré,  il  vaudroit  mieux  pour  l'intérêt  des  lettres^ 
pour  celui  du  public,  et  pour  le  mien,  que  nous  restassions 
comme  nous  sonmies. 

Au  reste,  Monsieur,  ce  que  je  viens  de  dire  des  conditions 
d'un  traité  de  paix  entre  les  puissances  philosophiques  et  les 
puissances  critiques,  n'est  qu'une  plaisanterie.  Il  suffit  que 
vous  désiriez  que  nous  vivions  en  bonne  intelligence,  M.  Di- 
derot et  moi,  pour  que  je  m'y  prête  de  bonne  grâce,  comme 
j*ai  déjà  eu  l'honneur  de  vous  le  dire.  Tout  ce  que  j'ambi- 
tionne, c'est  que  vous  soyez  persuadé  que  c'est  en  votre  consi- 
dération seule  que  mon  cœur  se  résout  à  recevoir  des  senti- 
mens  tout-à-fait  nouveaux  pour  lui,  et  que  je  vous  fais  le  plus 
grand  sacrifice  que  j'aie  fait  de  ma  vie  en  qualité  d'honmie  de 
lettres.  Je  n'exige  aucun  retour  de  M.  Diderot;  je  suis  trop 
dédommagé  si  j'ai  le  bonheur  de  vous  plaire.  Il  peut  donc 
continuer  d'insérer  dans  son  Dictionnaire  tous  les  sarcasmes 
qu'on  lui  fournira  contre  moi.  Des  épigrammes  enfouies  dans 
un  in-folio  ne  me  piquent  guère.  J'ai  un  peu  plus  beau  jeu;  il 
n'y  a  point  de  parité  entre  de  petites  feuilles,  misérables  à  la 
vérité,  mais  que  tout  le  monde  lit,  et  un  gros  Dictionnaire  très 


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DIDEROT  ET  FUÎRON  l63 

beau,  très  sçavant,  très  sublime,  mais  qu^on  ne  fait  tout  au 
plus  que  consulter  de  temps  en  temps. 

Comme  j'ai  lu,  Monsieur,  à  plusieurs  personnes  l'extrait 
du  Jih  naturel  à  mesure  que  je  le  faisois  et  que  le  public  s'at- 
tend à  le  voir  dans  mes  feuilles,  je  ne  sçais  ce  que  je  répon- 
drai lorsqu'on  me  demandera  pourquoi  je  n'en  fais  aucune 
mention.  Il  peut  encore  arriver  que  quelqu'un  à  qui  on  aura 
dit  par  hazard  la  façon  dont  je  m'y  prenois  pour  anal}rser  cet 
ouvrage,  adopte  cette  façon  et  s'en  serve  pour  une  critique 
particulière.  J'en  serois  désespéré;  vous  pourriez  penser.  Mon- 
sieur, que  j'aurois  fait  imprimer  clandestinement  l'article  qui 
n'auroit  point  paru  dans  mes  feuilles.  Cette  idée  m'afiSige,  et  ne 
croyez  pas,  Monsieur,  que  je  vous  en  prévienne  ici  par  poli- 
tique et  pour  me  mettre  4'avance  à  l'abri  du  soupçon.  Je 
suis  incapable  de  ces  indignes  manœuvres;  la  franchise  et  la 
bonne  foi  forment  mon  caractère.  J'engage  ma  parole  d'hon- 
neur la  plus  authentique  et  la  plus  solemnelle  que  pas  une 
ligne  de  ce  que  j'ai  écrit  sur  le  fils  naturel  ne  paroîtra  dans 
le  public  de  mon  aveu. 

Tout  ceci  m'attriste  et  m'embarrasse,  Monsieur;  je  prends 
la  liberté  de  vous  demander  vos  conseils  sur  la  conduite  que 
j'ai  à  tenir.  Si  vous  voulez  bien  avoir  la  bonté  de  m'indiquer 
un  jour  et  une  heure  où  je  puisse  avoir  l'honneur  de  vous 
voir,  je  me  rendrai  à  vos  ordres. 

Je  suis  avec  un  profond  respect. 

Monsieur, 


/^/^tV  CA'C^^'  2X-*^^V7    /2^. 


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164  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Les  désirs  de  Malesherbes  ne  fiir^t  pas  sttisfeits  :  Diderot  et  Fféron 
restèrent  chacun  dans  leur  camp  (i).  Seulement  le  critique  fut  obligé 
de  suspendre  ses  coups,  tant  qu'on  paria  du  Fils  naturel.  Quelques 
mois  plus  tard  cependant  il  fut  permis  à  Fréron  de  dire  son  opinion 
sur  cette  pièce.  La  lettre  VII  de  V Année  littéraire  contint,  à  la  date  du 
3o  juin  1757,  un  compte-rendu  du  ^1/5  naturel, 

Fréron  déclare  qu'il  est  imprudent  à  un  critique  de  parier  d'an  écrit 
qu'une  foule  bruyante  de  ïbmx  connaisseurs  proclame  un  chef-d'œuvre. 
Aussi  a-t-il  attendu,  pour  rendre  compte  du  Fils  naturel,  qu'on  ne 
parlât  plus  de  cette  pièce,  c  Au  reste,  je  suis  bien  sûr  de  ne  point  bles- 
ser, dans  l'examen  que  j'en  vais  faire,  les  égards  que  mérite  M.  Diderot. 
Je  suis  certain  encore,  d'après  tout  ce  qu'on  m'a  dit  de  son  caractère 
et  de  sa  £piçon  de  penser,  qu'il  est  moins  fait  qu'un  autre  pour  s'indigner 
avec  hauteur  d'une  critique  juste,  honnête  et  polie.  •  Puis  il  analyse 
les  cinq  actes  et  formule  ses  critiques  contre  le  Fils  naturel  en  vingt 
paragraphes,  mais  avec  modération.  Il  s'élève  surtout  contre  les  person- 
nages de  Dorval,  le  modèle  des  amis,  et  de  Constance,  que  Fauteur 
représente  comme  une  philosophe,  mais  qui  f  est  tout  aussi  ridicule 
que  tant  de  mères,  de  tantes  et  de  sœurs  d'une  certaine  maturité,  qui, 
dans  un  grand  nombre  de  nos  comédies,  font  rire  le  Public  à  leurs  dé- 
pens. >  Il  termine  par  des  compliments,  c  Quelque  défectueux  qu'on 
trouve  cet  écrit,  il  doit  faire  d'autant  plus  d'honneur  à  M.  Diderot,  que 
c'est  son  coup  d'essai  dans  un  genre  qu'il  n'a  jamais  cultivé.  Les  études 
mêmes  auxquelles  il  s'est  livré  jusqu'à  présent,  les  ouvrages  qu'il  nous 
a  donnés,  le  travail  immense  dont  il  est  occupé,  sembloient  l'éloigner 
de  la  carrière  Dramatique  ;  et  je  ne  puis  assez  m'étonner  que  les  pre- 
miers pas  qu'il  y  hazarde  soient  si  fermes  et  si  assurés.  » 

L'influence  de  Malesherbes  est  visible.  Fréron  est  forcé  de  contenir 


(i)  On  troave  dans  X Annie  littéraire  de  1757,  t.  VIII,  p.  i23.  une  lettre  où  Pafistot 
8*excu8e  d'avoir  attribaé  une  épigramme  A  on  grand  philosophe.  Fréron  ajoute  en  note  le 
passage  suivant: 

«  Je  ne  me  souviens  pas  de  l'épigramme  en  question.  Je  m  en  rappdle  seulement  le  fond 
qui  vouloit  dire  que  ceux  qui  critiquoient  ht,  Diderot  étoient  des  rats  maladroits  qui  Toa- 
loient  attacher  le  grelot  au  cou  du  chat.  Ce  chat  étoit  M,  Diderot^  Les  deux  derniers  ven  me 
reviennent  dans  la  mémoire  : 

•  Minet  s'éreille  et  les  regarde  :  zeste, 

•  Vous  les  voyez  tous  rentrer  dans  leur  trou. 

•  La  comparaison  de  M.  Diderot  à  un  chat  n'est  pas  juste.  Car  lediat  est  un  animal  pateUa 
tartuffe,  vicieux  de  sa  nature,  comme  Fa  démontré  M.  de  Buffoo  danstoo  Histoirt  nëtmrtlle 
tome  VI,  article  Chat,  • 


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BIOratOT  ET  FUbtON  l65 

sa  Terre  satirique  et,  s'il  attaque  la  pièce,  il  est  plein  de  déférence  pour 
Fauteur. 

Fréron  cependant,  continua  la  guerre  contre  les  Encyclopédistes, 
tellement  que  D'Alembert  se  fâcha  et  demanda  justice  à  M.  de  Males- 
herbes.  Ce  dernier,  je  l'ai  déjà  dit,  était,  depuis  lySo,  directeur  delà 
librairie.  Nulle  situation  n'était  plus  délicate  que  la  sienne.  Ami  de  la 
plupart  des  philosophes,  il  dut  souyent  poursuivre  leurs  ouvrages  et  gar- 
der dans  i'exerdce  de  ses  fonctions  une  impartialité  bien  difficile.  Males- 
herbes  était  doué  d'un  esprit  de  justice  et  d'un  bon  sens  pratique  qu 
contrebalançaient  sa  bonté  et  sa  faiblesse.  Il  savait  résister  à  ses  amis 
et  en  cette  occurence  il  refusa  de  châtier  Fréron.  c  Mes  principes,  dit-il, 
sont  qu'en  général  la  critique  littéraire  est  permise  et  que  toute  critique 
qui  n'a  pour  objet  que  le  livre  critiqué  et  dans  laquelle  l'auteur  n'est 
jugé  que  d'après  son  ouvrage  est  critique  littéraire.  >  Il  fit  cependant  des 
remontrances  à  Fréron,  qui  écrivit  au  tout-puissant  ministre  la  lettre 
suivante,  qui  est  le  corollaire  obligé  de  celle  que  je  viens  de  publier  (i). 

Monsieur, 

Il  m'est  impossible  de  vous  envoyer  la  note  des  articles 
cnqrclopédîques  où  je  suis  direaement  ou  indirectement  atta- 
qué. Je  n'ai  jamais  lu  toute  V Encyclopédie  ni  ne  la  lirai  Jamais, 
à  moins  que  je  ne  commette  quelque  grand  crime,  et  que  je 
ne  sois  condamné  au  supplice  de  la  lire.  D'ailleurs,  ces  Mes- 
sieurs me  font  venir  à  propos  de  botte  dans  les  articles  les 
plus  indîfiférens  et  où  je  ne  soupçonnerois  jamais  qu'il  fut 
question  de  moi.  On  m'a  dit  qu'à  l'article  Cependant^  par  exem- 
ple, il  y  avoit  deux  traits,  l'un  contre  Dieu,  l'autre  contre  moi. 
Mais  l'article  où  ils  se  sont  le  plus  déchaînés  sur  mon  compte, 
c'est  l'article  Cn7i(7«e;  il  yen  a  mille  autres  que  je  ne  me 
rappelle  pas,  et  mille  autres  que  je  n'ai  pas  lus  (2). 

(i)  Dans  k  t  n  de  tes  Causeries  du  lundis  Sainte-BeaTe  a  ooniacré  A  Bftksherbet  «a 
artide  plein  de  réréUtioiia  piquantes  et  d'aperçoi  ingénieux.  0  cite  phisieon  lettres  adressées 
i  ftlalesberbes,  mais  sans  mentioan«-  la  sonrce  de  ces  documents  nouveaux.  Or,  M.  Manrka 
Toomeox  a  retrouvé  A  la  Bibliothèque  nationale,  dans  la  collection  Anissoo  Duperroo 
(t.  i3x,  F.  Fr.  33i9i)t  toutes  les  pièces  qui  ont  senri  A  Sainte- Bauve,  et  c'est  grâce  A  ses 
adicatioas  que  f  ai  pn  les  compulser  et  donner  id  cette  seconde  lettre  de  Fréron. 

(i)  Cette  première  partie  de  la  lettre  a  été  publiée  par  Sainte-Beuve  dans  ses  Csuseries 
dm  Itmdi,  U  ii,  p-  418.  Le  reste  est  inédit,  sauf  le  passafe  que  fti  lawricnnl  d-tprèa 


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l66  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Au  reste,  Monsieur,  ce  n^est  point  le  mal  qu^ils  peuvent  dire 
de  moi,  mais  le  mal  qu'ils  ont  voulu  et  qu'ils  veulent  encore 
me  faire,  qui  me  les  rend  justement  odieux.  Vous  sçavez  vous- 
même,  Monsieur,  qu'ils  se  sont  efforcés  de  m'ôter  la  protec- 
tion du  Roi  de  Pologne  Duc  de  Lorraine,  de  me  faire  chasser 
de  l'Académie  de  Nancy,  qu'ils  ont  écrit  mille  horreurs  contre 
moi  à  la  cour  de  Lunéville,  et  qu'ils  ont  engagé  M.  de  Tressan, 
qui  étoit  mon  ami,  à  écrire  lui-même  cette  lettre  infâme  que 
d'Alembert  a  fait  imprimer.  Au  mois  de  septembre  dernier 
que  le  Roi  de  Pologne  étoit  à  Versailles,  j'allai  lui  faire  ma 
cour,  et  j'y  trouvai  M.  de  Tressan  qui  vint  le  premier  à  mol, 
m'embrassa  et  me  demanda  pardon  devant  M.  de  La  Galai- 
sière,  M.  Hulin  et  M.  le  marquis  de  Bonnac,  de  cette  lettre 
abominable;  il  m'avoua  qu'il  avoit  été  indignement  trompé 
par  ces  Messieurs,  et  qu'il  ne  se  pardonneroit  jamais  d'être 
entré  dans  les  vues  de  leur  ressentiment  Je  vous  dte^  Mon- 
sieur, mes  témoins  qui  sont  existans  et  dignes  de  foi.  Le  Roi 
de  Pologne  me  donna,  à  l'occasion  de  ces  viles  manœuvres, 
la  marque  la  plus  glorieuse  et  la  plus  chère  des  bontés  dont  il 
m'honore.  Il  écrivit  à  une  personne  respectable  qu'il  avoit 
déclaré  à  M.  de  Tressan  i  mon  sujet,  qu'il  ne  vouloit  point 
qu'on  lui  dît  du  mal  de  quelqu'un  dont  tout  le  monde  lui 
disoit  du  bien.  Ce  sont  ses  propres  paroles;  j'ai  une  copie  de 
sa  lettre.  Ma  détention  à  la  Bastille  est  encore  l'ouvrage  de  ces 
Messieurs.  Il  y  a  quatre  ans  que  le  Roi  de  Prusse  m'avoit 
agréé  pour  être  de  son  Académie  de  Berlin.  Lorsque  Diderot 
et  d'Alembert  le  sçurent,  ils  signifièrent  à  M.  de  Maupertub 
qu'ils  renverroient  leurs  patentes,  si  j'étois  reçu.  Voilà,  Mon- 
sieur, une  partie  de  ce  que  je  sçais  qu'ils  ont  fait  contre  moi  ; 
ce  que  j'ignore  est  sans  doute  bien  pis.  Malgré  les  justes  sujets 
que  j'ai  de  ne  pas  les  aimer,  mon  éloignement  pour  eux  n'entre 
pour  rien  dans  le  compte  purement  littéraire  que  je  rends  de 
leurs  ouvrages;  je  tâche  de  n'écouter  que  les  intérêts  de  la 
vérité  et  du  goût.  Ils  ont  beau  écrivailler,  s'exalter  réciproque- 


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DIDEROT  ET  FtÉRON  167 

ment,  £aire  les  enthousiastes^  jpettrè  dans  leur  parti  des  femmes 
et  des  petits-maîtres;  ils  ne  seront  jamais  que  d'insolens  mé- 
diocres. Je  crois  que  je  m'y  connois  un  peu,  Monsieur;  je  sçais 
ce  qu'ils  valent,  et  je  sens  ce  que  je  vaux.  Qu'ils  écrivent 
contre  moi  tant  qu'ils  voudront,  je  suis  bien  sûr  qu'avec  un 
seul  trait  je  ferai  plus  de  tort  à  leur  petite  existence  littéraire 
qu'ils  ne  pourront  me  nuire  avec  des  pages  entières  de  VEnç/" 
clopédie  (i).  Ils  le  sentent  eux-mêmes,  et  c'est  parce  que  leur 
plume  ne  sert  pas  bien  leur  haine,  qu'ils  ont  recours  à  d'autres 
moyens  pour  se  venger.  A  cet  égard  ils  auront  toujours  l'avan- 
tage sur  moi.  J'ignore  l'art  des  intrigues  sourdes  et  des  basses 
manœuvres.  Je  n'ai  d'autre  ambition  que  de  travailler  en 
homme  de  lettres  avoué  par  le  Gouvernement,  de  vivre  en 
bon  citoyen^  et  de  bien  élever  ma  famille.  Je  respecte  dans  ma 
conduite  et  dans  mes  écrits  la  religion,  les  mœurs,  l'Etat,  et  mes 
supérieurs.  Telle  a  été  et  telle  sera  toujours  ma  façon  dépenser 
et  d'agir,  quelque  chose  que  puissent  dire  et  faire  mes  ennemis. 

Je  suis  avec  un  profond  respect  et  une  vive  reconnoissance 
de  toutes  vos  bontés.  Monsieur, 

Votre  très-humble  et  très-dévoué  serviteur, 

Fréron. 
Ce  27  janvier  1758. 

On  voit  par  cette  lettre  que  ramitié  de  Diderot  et  de  Fréron  était 
encore  à  Tétat  de  désir.  L'apparition  de  VÉcossaise  n'aida  pas  au 
rapprochement  (2).  Dans  la  relation  de  la  grande  bataille^  Fréron  a 
peint  le  chef  des  Encyclopédistes  sous  le  nom  de  Dortidius,  dont 
Palissot  avait  afiiiblé  Diderot  dans  sa  comédie  des  Philosophes,  En 
même  temps  il  écrivait  à  Malesherbes  une  lettre  où  il  malmenait  Vol- 

(i)  Cet  deux  phrases,  à&pm»  :  Jt  crois  que  Je  wCy  connois  un  peu,  josqa'id,  ont  ité 
pobliéet  pu*  Sainte-BeuTel 

(«)  Cl  Voltaire  aux  délices,  ptr  GosUtc  Detnoiretterret;  Ptrit,  Didier,  1873,  lii-8 
p.  473  et  tOÎT. 


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l68  REVUE  DBS  DOCOMKirrS  HISTORIQUES 

tiire,  l'abbé  de  La  Porte,  Gnmm  et  Diderot*  Il  traitait  ce  dernier  de 
tartuffe  (i). 

Le  Fils  naturel  ne  parut  à  la  scène  que  quatorze  ans  après  ;  il  fut 
)oué  au  Théâtre- Français  le  jeudi  26  septembre  1771,  sur  les  instances 
de  Mole.  Les  camarades  de  ce  dernier  ne  le  secondèrent  point  :  Ma- 
dame Préville  entre  autres  montra  une  mauvaise  volonté  incroyable  (2]. 
Diderot,  pour  éviter  toute  contestation,  retira  sa  pièce,  qui  n'eut  ainsi 
qu'une  seule  représentation  (3).  A  cette  occasion  le  Fils  naturel  fut 
encore  une  fois  l'objet  de  louanges  et  de  critiques  également  exagérées. 
Grimm  déclara  que  c  les  nouvelles  religions  ne  s'établissent  pas  sans 
tumulte  (4).  >  Fréron,  ce  semble,  ne  parla  pas  de  cette  représentation, 
car  je  n'ai  pas  trouvé  dans  l'année  1771  de  V Année  littéraire  d'article 
concernant  l'œuvre  dramatique  de  Diderot. 

(1)  Fréron  dit,  dtat  une  lettre  A  Maletherbei  du  3i  jofllet  1760  (RecoeO  Anisaon  Doper- 
roo,  F.  Fr.  39 191,  p.  379)  : 

•  Qnoi,  il  s«n  permit  i  oe  naOïeareax  Voltain  de  Yonir  It  cikNonie,  fl  sera  permis  A  cm 
inOme  abbé  de  La  Porte  de  me  déchirer  dans  set  feuillet,  il  tera  permis  i  ce  Utrh^fe  de 
Diderot,  à  ce  bas  flatteur  Grimm«  d'aller  an  parterre  de  la  Comédie,  le  jour  de  la  première 
représenutk»  de  TÉcottoise,  exciter  kor  cabale  et  leur  donner  le  tignal  de  rapplaoditetment  1 
Et  je  ne  pourrai  jetter  tor  mes  Tils  ennemis  on  ridicule  léger!  1 

(3)  M.  Asséxat  a  donné  l'historique  de  cette  représentation  dans  ton  éditioo  des  Œuvres 
complHit  d€  Diderot^  t  Vil,  p.  7. 

(3)  On  comptait  sor  une  seconde  représentation  pour  le  dimanche.  En  efiet  Mademoitdle 
de  Letpinaste  dit  dans  une  lettre  inédite  i  Coodoroet  do  samedi  38  septembre  1771  : 
f  Dites  i  Madame  de  Meulan  que  j*irai  demain  dimanche  dans  sa  loge  entendre  le  Fils 
nëturtl.  • 

(4)  Correspondance  littérntre^  norembre  1771. 


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JEAN-BAPTISTE-MARIE  PIERRE 


Jean-Baptiste-Mane  Pierre,  né  à  Paris  en  171 3,  étudia  la  peinture 
dans  l'atelier  de  Natoire,  remporta  en  1 734  le  grand  prix,  fut  reçu  à 
TAcadémie  le  3i  mars  1742,  et  nommé  professeur  le  6  juillet  1748, 
adjoint  à  recteur  le  3o  janvier  1 768  et  directeur  de  la  compagnie  le 
7  juillet  1770.  Premier  peintre  du  duc  d'Orléans,  en  1752,  il  remplaça 
Boucher  comme  premier  peintre  du  Roi  en  1770.  C'est  en  cette  qualité 
qu'il  signa  la  quittance  suivante  pour  le  paiement  de  deux  copies  des 
portraits  de  Loub  XVI  et  de  Marie-Antoinette,  exécutées  par  les 
peintres  Duplessis  et  Ducreux. 

Je  soussigné  reconnois  avoir  reçu  de  M.  Loiseau  de  Béren- 
gcr,  trésorier-général  de  Monseigneur  le  duc  d'Orléans,  la 
somme  de  six  cent  ^livres  pour  pareille  somme  que  j'ai  payée 
aux  s"  Duplessis  et  Ducreux,  peintres,  pour  une  copie  de  deux 
portraits  du  Roy  et  de  la  Reine  pour  être  placés  dans  la  gallerie 
de  Saint-Qoud,  dont  quittance  à  Paris  ce  treize  janvier  mil 
sept  cent  soixante  dix-sept. 


Pierre  mourut  à  Paris  le  1 5  mai  1 789. 


TOME   III.  22 


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ANDRÉ    DACIER 

BIBLIOTHÈQUE    DU    ROI 


L'helléniste  André  Dacier  devint  le  a  3  mars  170a  garde  des  livres  du 
cabinet  du  Louvre.  Ce  poste,  qui  comportait  la  surveillance  des  livres 
particuliers  du  Roi  (i  ),  était  vacant  depuis  1694,  et  son  dernier  titulaire 
avait  été  un  académicien,  Tabbé  de  Lavau  (2).  Le  garde  des  livres  du 
cabinet  du  Louvre  était  indépendant  en  quelque  sorte  du  garde  de  la 
bibliothèque  du  Roi.  Cette  dernière  charge  était  occupée  depuis  1684 
par  Tabbé  de  Louvois.  Ce  dernier,  âgé  alors  de  neuf  ans,  avait  obtenu 
des  lettres  de  provision  ,grâce  au  crédit  de  son  père,  mais  l'archevêque 
de  Reims,  son  oncle,  était  le  véritable  bibliothécaire.  Il  fut  confirmé 
dans  sa  charge  le  21  août  1691. 

Dacier  remplit,  ce  semble,  avec  conscience  les  devoirs  de  sa  charge, 
mais  il  était  privé  de  ressources  pécuniaires,  et  ne  pouvait  augmenter 
la  bibliothèque  ni  même  entretenir  le  local.  Il  adressa  ses  doléances  au 
comte  de  Pontchartrain,  ministre  de  la  maison  du  Roi,  qui,  pour  se 
procurer  des  fonds,  conçut  le  projet  de  vendre  les  doubles  de  la  biblio- 
thèque  du  Roi.  Il  demanda  donc  à  Dacier  d'en  dresser  la  liste.  Celui-ci 
se  mit  à  l'œuvre  et  écrivit,  le  3i  décembre  1709,  la  lettre  suivante  au 
ministre  (3j  : 

Monseigneur, 

Je  vous  envoyé  enfin  le  catalogue  que  vous  m'avés  fait  Thon- 
neur  de  me  demander  des  livres  dont  on  peut  se  dé£aire.  Quoy 
quUl  ne  soit  pas  grand,  il  n^a  pas  laissé  d^estre  long  à  faire, 

{i)  Le  garde  des  liTret  du  caUnet  du  Loont  te  nommait  d'abord  Ubraire  du  Rùi  ou 
Garde  des  livret  de  la  Chambre,  (Cf.  Essai  historique  sur  la  Bibliothèque  du  Rai  pur 
Le  Prince,  édition  Lonia  Paris;  Paris,  i856,  in- 13,  p.  375.) 

(2)  Louis  Irland,  abM  de  Lavau,  fot  nommé  membre  de  1* Académie  française  en  1679  à 
la  place  d'Habert  de  Montmor.  11  acheta  en  1679  le  brevet  de  garde  des  Uyies  dn  cabinet  du 
Louvre  et  mourut  le  i**  février  1694. 

(3)  Cette  lettre  fait  partie  de  la  collection  de  feu  M.  Radiery. 


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ANDRÉ  DAaBR  I7I 

car  il  a  fiedlu  remanier  tout  le  cabinet  et  examiner  ce  que 
chaque  édition  a  de  bon  ou  de  mauvais.  Vous  verrez,  Monsei- 
gneur, que  ceUa  ne  nous  avancera  pas  beaucoup  et  que,  quand 
mesme  on  pourroit  les  troquer  à  peu  près  selon  leur  prix,  ce 
n'est  pas  pour  le  cabinet  du  Roy  une  ressource.  Le  temps  n'est 
pas  favorable  pour  demander  d'autres  moyens  de  Tenrichir. 
Cependant,  Monseigneur,  je  ne  laisseray  pas  de  vous  repré- 
senter mes  besoins,  bien  persuadé  que  vous  les  soulagerez 
quand  les  conjonctures  vous  le  permettront. 

Je  n'ay  dans  ce  cabinet  ni  bureaux  ni  tables. 

Il  seroit  à  souhaiter  que  M.  de  Launay  eust  ardre  de  fournir 
un  médailler  avec  la  suite  des  médailles  du  Roy. 

Tous  les  livres  d'estampes  gravés  par  l'ordre  de  Sa  Majesté 
devroient  estre  dans  ce  cabinet,  préfèrablement  à  tout  autre 
lieu. 

Les  livres  en  blanc  dépérissent  et  j'aurois  besoin  d'un  fonds 
de  cinq  cens  livres  par  an  pour  faire  relier  par  le  s*"  Boyer 
ceux  qui  méritent  d'estre  gardés.  Les  prix  sont  réglés  avec  luy. 

Il  fsiudroit  encore  un  autre  fonds  de  pareille  somme  tous  les 
ans  pour  acquérir  tous  les  livres  les  plus  rares  qu'on  imprime 
dans  les  pays  estrangers  et  les  vieux  livres  qui  nous  manquent. 

Moyenant  cella.  Monseigneur,  en  peu  d'années  ce  cabinet 
seroit  digne  de  sa  Majesté  et  feroit  honneur  au  bibliothéquaire. 

J'espère,  Monseigneur,  qu'en  m'accordant  votre  protection 
pour  m'ayder  à  donner  à  ce  cabinet  tout  l'éclat  qu'il  doit 
avoir,  vous  voudrez  bien  qu'elle  serve  en  mesme  temps  à 
embellir  ma  charge.  Vous  ne  donnerés  jamais  des  marques  de 
vostre  bonté  à  personne  qui  ayt  pour  vous  un  plus  fidelle  atta* 
chement  que  moy. 

Mons'  l'abbé  Bignon  m'a  dit  que  je  pouvois  prendre  la 
liberté  de  joindre  icy  un  petit  mémoire  de  quelques  menus  frais 
que  j^ay  faits  pour  [le]  cabinet,  et  que  vous  auriés  la  bonté  de 
les  faire  adjouter  à  la  petite  ordonnance  de  cette  année. 

Si  ines  vœux  sont  exaucés.  Monseigneur,  vous  serés  comblé 


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172  REVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

de  prospérités  et  vous  jouirez  longues  années  d'une  santé  par- 
faite. Je  suis  avec  un  profond  reqpea, 


Voici  le  mémoire  annoncé  dans  la  lettre  : 

Mémoire  des  menus  frais  que  j'ay  faits  pour  le  cabinet  du 
Roy. 

Pour  deux  registres  in-folio,  Tun   pour  les   livres  de  la 
bibliothèque,  et  Tautre  pour  leslivres  de  privilège 22  II. 

Pour  des  tablettes  de  sapin  pour  mettre  les  livres 
en  blanc 3o  11. 

Pour  faire  racommoder  des  pupitres  et  les  bancs 
des  musiciens  à  la  chappelle  du  Louvre  pour  la  Saint 
Louis 14  II. 

Pour  des  relieures  en  carton  de  quelques  livres  de 
la  bibliothèque 8  II- 

Total.    ...    74  U. 


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ANDRE  DACIER  îji 

Le  ministre  renvoya  la  lettre  de  Dacier  à  Tabbé  Bignon.  On  trouve 
au  verso  la  note  suivante  : 

A  M.  Tabbé  Bignon. 
Voilà  enfin  ce  que  j'ay  receu.  Je  vous  prie  de  Texapiner  à 
fond.  Je  ne  sçaissi  vous  penserez  comme  moy,  mais  je  ne  trouve 
pas  que  ce  soit  satisfaction.  J^attendray  votre  avis  et  je  répon- 
dray  comme  vous  me  le  conseillerez. 

Le  12  février  1710,  Dacier  écrivit  de  nouveau  au  comte  de 
Pontchartrain(i)  : 

Monseigneur 
J'espérois  d'avoir  l'honneur  de  vous  porter  moy  mesme  le 
catalogue  que  vous  m'avés  demandé  des  livres  qu'il  faut  garder 
dans  le  cabinet  du  Roy,  mais  la  maladie  de  ma  fille  m'empes- 
chant  d^aller  à  Versailles,  je  prends  le  parti  de  vous  l'envoyer. 
Vous  verres  par  là.  Monseigneur,  que  ce  cabinet  est  assés 
pauvre  et  que  j'ay  grand  besoin  de  vostre  secours  pour  l'en- 
richir. La  bonté  que  vous  avés  de  me  demander  un  catalogue 
des  livres  qu'il  faut  y  adjouter  me  fait  espérer.  Monseigneur, 
qu'il  commencera  bientost  à  prendre  une  meilleure  forme.  Je 
vays  y  travailler  incessamment  et  faire  le  plus  beau  choix  des 
livres  qui  conviennent.  La  bibliothèque  demande  le  grand 
nombre  et  ne  dit  jamais,  c'est  assez,  mais  le  cabinet  demande 
le  choix,  les  plus  belles  éditions  et  le  plus  beau  papier.  Je  suis 
avec  beaucoup  de  respect  et  de  reconnoissance, 
Monseigneur^ 
Vostre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

Dacier. 
A  Paris  le  12  de  février  1710. 

Le  5  novembre  17 18  mourut  Tabbé  de  Louvois,  qui  fut  remplacé 
par  Tabbé  Jean-Pâul  Bignon.  Ce  dernier  voulut  réunir  à  sa  charge  de 
bibliothécaire  du  Roi,  celle  de  garde  des  livres  du  cabinet  du  Louvre. 
Il  s'arrangea,  vers  la  fin  de  Tannée  171 9,  avec  Dacier  qui  se  réserva, 
sa  vie  durant,  les  fonctions  et  les  appointements  de  sa  place. 

André  Dacier  mourut  le  18  septembre  1722,  à  Page  de  71  ans. 

(  i)  GoUwtioo  de  ien  M.  Rctiiery. 


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LA  MARQUISE  DE  POMPADOUR 


Lettre  écrite  de  Choisy,  le  9  juin  1746,  à  Monsieur  d'Orbesstn, 
président  à  mortier  au  Parlement  de  Toulouse  (1).  La  marquise  de 
Pompadour  annonce  qu'elle  a  obtenu  du  Roi  les  lettres  patentes 
érigeant  en  académie  royale  la  société  des  sciences  de  Toulouse. 

A  Choisy  ce  9  juin  1746. 

M'*  de  S^  Florentin  que  j'ay  vu  aujourd'huy,  Monsieur  le 
président,  et  à  qui  j'ay  demandé  des  nouvelles  de  vos  letres 
patentes  m^a  dit  qu'enfin  on  en  étoit  actuellement  à  les  expé- 
dier. Je  suis  fort  aise  d^avoir  contribué  à  la  satisfaction  de 
M"  de  la  société  des  sciences  de  Toulouse  et  de  leur  avoir 
donné  une  preuve  de  Testime  et  du  cas  que  je  fais  des  sciences 
et  des  beaux  arts.  Je  suis  ravie  en  particulier  de  vous  avoir 
prouvé  l'amitié  que  j'ay  pour  vous. 

La  m***  de  Pompadour. 
Cène  lettre  fait  partie  de  la  collection  de  feu  M.  Rathery. 

(i)  Anae-Mtrie  d'Aigntn,  baroo  d'Orbetstn,  d6  à  Toilonte  le  16  ttmia  1709,  tvnt 
tucoédé  à  son  père,  en  1738,  dAm  la  charge  de  préeident  à  mortier  a«  parleme^  de  Toilooie» 
11  mourut  prte  d*Auch  eu  1801 


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L'AMIRAL  COLIGNY 


L'édit  de  pacification  du  17  janvier  1 562  qui  accordait  aux  huguenots 
la  permission  de  s'assembler  dans  les  campagnes  avait  suspendu  la 
guerre  civile  :  le  massacre  de  Vassy  (i***  mars  i562)  la  ralluma.  De 
part  et  d'autre  on  se  livra  à  des  actes  de  cruauté  et  de  âinatisme.  L'évé- 
nement le  plus  remarquable  de  cette  lutte  fut  la  bataille  de  Dreux, 
livrée  le  19  décembre  i562.  Les  chefe  des  deux  armées,  le  connétable 
de  Montmorency  et  le  prince  de  Condé,  lurent  hits  prisonniers.  Sur 
ce  le  duc  de  Guise  fut  nommé  lieutenant-général  du  royaume  ;  aussitôt 
il  alla  assiéger  Orléans,  défendu  par  Dandelot,  mais  il  fiit  assassiné  le 
18  février  i563  par  Poltrot.  Catherine  de  Médicis  proposa  alors  la  paix 
à  la  princesse  de  Condé,  et  signa  avec  le  prince  le  1 2  mars  un  édit  de 
pacification  qui  fut  publié  à  Amboise  le  19  mars  i563.  Coligny,  à  la 
nouveUe  des  négociations,  quitta  la  Normandie  et  se  dirigea  sur 
Orléans.  Cest  dans  ces  circonstances  qu'il  écrivit  la  lettre  suivante 
que  j'emprunte  à  la  collection  de  feu  M.  Rathery. 

Monsieur  le  G>nte,  il  me  déplaist  bien  que  je  n^ay  moyen 
de  vous  veoir  comme  j'en  ay  le  désir,  veu  mesmement  vostre 
bonne  volume  que  j'ay  entendue  tant  par  vostre  lettre  que  par 
ce  porteur,  oultre  ce  que  m'en  avez  faict  quelqueflFois  cognoistre. 
Et  vous  puis  asseurer  que  si  je  n'estoîs  pressé  de  partir  pour 
aller  à  Orléans,  suyvant  ce  qu'on  m'a  mandé,  je  ne  m'y  fusse 
acheminé  sans  vous  veoir,  comme  j'ay  faia  plus  amplement 
entendre  à  cedit  porteur,  sur  lequel  me  remectant  je  ne  m'es- 
tendray  à  vous  faire  la  présente  plus  longue,  si  ce  n'est  pour 
vous  dire  qu'il  me  semble  que  vous  devez  vous  en  aller  incon- 


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176  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

tinant  audit  Orléans  où  vostre  présence  pourra  profiter.  Sur 
ce  je  me  recommenderay  affectueusement  à  vostre  bonne  grâce 
aprez  avoir  prié  Dieu  vous  donner, 

Monsieur  le  Conte,  en  santé  bonne  et  longue  vie.  De  Cacn 
ce  XVI*  mars  i562  (i). 

Il  me  samble  que  vous  ne  açauriez  mieulz  ûdre  que  de  vous 
acheminer  à  Orléans  où  j^espère  que  j'auré  le  moien  de  vous 
veoir,  et  ce  pendant  aseurés  vous  qu'il  ne  tiendra  point  en  moy 
que  nous  n'ayons  une  paix,  mais  si  on  la  pensse  faire  aveques 
les  articles  que  j'ay  veus  l'on  ne  peult  espérer  que  plus  grans 
troubles  en  ce  royaulme  que  jamais,  car  c'est  trop  grand  pitié 
que  de  limiter  ainssy  certains  lieux  pour  servir  i  Dieu,  omune 
s'il  ne  le  vouloit  estre  en  tous  endroicts  (2). 


l/r^^  <riJlrra 


imrx. 


A  Monsieur,  Mons"*  le  Conte  Rhingrave. 

Coligny  arriva  à  Orléans  le  23  mars;  la  paix  était  signée.  Il  fit  de 
vife  reproches  au  prince  de  Condé  sur  ce  que  Tédit  restreignait  les 
églises  réformées  a  une  ville  par  bailliage  et  ne  garantissait  que  les 
droits  de  la  noblesse.  On  a  vu  par  la  lettre  ci-dessus  que  Tamiral,  à  qui 
on  avait  communiqué  les  articles  du  traité,  considérait  d'avance  que  les 
bases  offertes  ne  pouvaient  être  acceptées  par  le  parti  huguenot. 

(i)  i563,  Car  Pâques,  en  i563,  tombait  le  ii  avriU 
(3)  Ce  post-scriptom  est  de  la  maia  de  Coligny. 


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BAUDOUIN    VII 


COMTE  DE  FLANDRE 


Baudouin,  coiAte  de  Flandre,  £edt  savoir  à  tous  les  princes  et  barons 
de  sa  terre  et  à  tous  les  fidèles  chrétiens  présents  et  à  venir,  qu'il  a  don- 
né en  possession  ecclésiastique  i  Téglise  de  Saint-Tron,  moyennant 
vingt-cinq  marcs  d'argent,  soixante  quatre  mesures  de  terres  sises  au 
territoire  de  Bruges,  lesquelles  lui  ont  été  rendues  par  Lithnot,  un  des 
officiers  de  sa  cour. 

L'acte  a  été  passé  à  Bruges,  dans  le  chœur  de  Saint  Donatien,  le  1 5 
des  calendes  de  novembre  1 1 1 3  (i6  octobre  1 1 1 3). 

Cette  pièce  m'est  commimiquée  par  M.  le  docteur  Bonnejoy. 

In  nomine  sancte  et  iadîvidue  Trinitatis. 
Ego  Balduinus,  Dei  gratia  Flandrensium  cornes^  notum 
facio  omnibus  terre  nostre  principibus  et  baronibus  cunctisque 
tam  presentis  etatb  quam  successure  posteritatis,  vere  reiigio* 
nis  cultoribus,  quod  Lithnotus,  nostre  curie  quidam  minister, 
Lxnii  mensuras  terre  in  Bruggensi  territorio  drca,  videlicet 
Cortabriga  jacentis,  quam  a  me  in  feodo  tenuit  legaliter,  michi 
reddidit,  redditamque  michi  terram  eandem  ego  ipse  ecclesie 
sancti  Trudonis  in  manum  Godeberû,  ipsius  ecclesie  advocati, 

TOME  in.  23 


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178  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

in  ecclesiasticam  possessionem  pro  vadimonio  xxv  marcanun 
a  nuUo  prêter  me  redimendam  in  presentia  quamplurium 
nostrorum  âdelium  dedi.  Et  ne  quis,  quod  absit,  seu  nostris 
seu  fiituris  in  temporibus  hujus  modi  donum  evacuare  pré- 
sumât sigilii  mei  impressione  corroborare  curavi  anno  incar- 
nationis  dominice  M*  C*  XI IP  indictione  VI  iuna  V*  XV  kaien- 
das  novembres.  Actum  Bruggis  in  choro  sancti  Donatiani  in 
presentia  et  sub  testimonio  Bertulfi,  prepositi,  Helie,  decani, 
Fromoldi,  nostri  notarii  et  prepositi  littere,  Gummari,  prepo- 
siti  et  canonici,  Hugonis,  Gualteri,  sacerdotum  et  canonico- 
rum,  Ripperti,  diaconi  et  canonici,  Folperti,  diaconî  et 
canonici,  Guaiteri,  Ledberti,  Gotelonis,  Symonis,  Riquardi, 
ceterorumque  quamplurium  idoneorum  clericorum.  Laici 
autem  huic  negocio  testes  aderant,  Karolus,  noster  consan- 
guineus,  Gualterus,  castellanus,  Hachet,  Manachinus,  Lam- 
bertus,  Albus,  Fromoldus  de  Wingina,  Hugo,  camerarius, 
Froolfus,  castelianus,  Reinger,  Fremetha  magnus,  Disdir 
Gildebrida,  Foioardus,  frater  ejus,  Sigaardus. 

Baudouin  VII,  comte  de  Flandre,  avait  succédé  en  1 1 13  à  son  père 
Robert  II.  Il  fut  surnommé  Baudouin  à  la  Hache  et  mourut  le  1 1  juin 
II 19  au  château  d^Aumale  d'un  coup  de  lance  au  visage  reçu  devant 
Eu.  Il  était  âgé  de  trente  ans. 


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LA  MARQUISE  DE  VERNEUIL 


Procuration  donnée  par  Catherine-Henriette  de  Balzac  d'Entraigues, 
marquise  de  Vemeuil,  maîtresse  du  roi  Henri  IV,  pour  vendre  une 
tapisserie  qu'elle  possédait  dans  son  hôtel  à  Paris. 

Cette  pièce  est  empruntée  à  la  collection  de  feu  M.  Rathery. 

Fut  présente  haulte  et  puissante  dame  Henriette  Catherine 
de  Balsac,  marquise  de  Vemeul,  contesse  de  Beaugenssy, 
barronne  de  Villiers  Sainct  Paul,  estant  de  présent  en  son 
chastei  de  Verneul,  laquelle  pour  elle  et  en  son  nom  a  faict  et 
constitué  son  procureur  Blaize  de  Tourinon,  son  maistre 
d''hostel,  auquel  elle  a  donné  pouvoir  de  vendre  et  disposer  en 
vertu  des  présentes  la  tapisserie  qu'elle  a  en  la  ville  de  Paris  en 
son  hostel  rue  Plastrière  à  telle  personne  et  pour  tel  pris  que 
sondict  procureur  advisera,  du  pris  en  bailler  quictance  et 
recepvoir  les  deniers  au  nom  de  ladicte  dame  et  faire  tout  ce 
qui  sera  besoing  et  nécessaire  pour  ladicte  vente,  comme  sy 
ladiae  dame  présente  en  personne  y  estoict,  jaçois  que  le  cas 
requier  mendement  plus  spécial,  promettant  tenir  et  avoir 
aggréable  tout  ce  que  par  sondict  procureur  sera  faia, 
obligent,  etc.  Ce  fiict  faict  et  passé  audia  chastei  de  Vemeul 
le  dixiesme  jour  d'avryl  mil  six  cens  et  douse  du  matin  en 
la  présence  de  M®  Nicolas  Le  Torgeur,  procureur  au  bail- 
liaige  et  siège  présidial  de  Senlis,  et  Charles  Le  Torgeur, 


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l80  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

praticien  audict  lieu,  tesmoings  qui  ont  avec  ladicte  dame  et 
nottaire  signé. 


^/W  M^^  ^ 


Letorgeur.    Letorgeur.    De  Sainct  Leu. 


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APPROVISIONNEMENT  DES  COUVENTS 

DE  PARIS 
1675-1676 

Cet  état  du  yin  nécessaire  à  la  consommation  des  couvents  de  Paris 
m'a  été  communiqué  par  M.  Adolphe  Rochas.  Il  m'a  paru  curieux  en 
ce  qu'il  donne  la  nomenclature  des  maisons  religieuses  de  la  capitale 
sous  Louis  XIV.  On  sait  que  les  couvents  jouissaient  de  la  franchise 
des  droits  d'entrée. 

État  du  vin  qui  entrera  en  la  ville^  fauxbourgs  et  baniieuede 
Paris,  pendant  Tannée  commencée  le  premier  jour  d^octobre 
1 675  et  qui  finira  le  dernier  jour  de  décembre  1 676,  pour  la  pro-. 
vision  des  maisons  religieuses  et  hôpitaux  cy  après  nommez, 
sans  payer  aucune  chose  des  droits  de  quatorze  livres  3  s.  2  d. 
pour  muid  de  vin,  parisis  aliéné,  nouveau  sol  pour  livre  des 
dits  droits^  et  parisis  des  cinq  sols  des  pauvres^  et  dix  deniers 
de  ceinture-reine,  sol  pour  livre  ordonné  être  levé  par  édit  du 
mois  de  février  1657,  attribuez  aux  offices  de  contrôleurs,  con- 
servateurs et  leurs  lieutenants,  ensemble  des  vingt  sols  de  Thos- 
pital  général,  six  deniers  pour  livre  d'iceux  des  trésoriers  des 
fermes,  cinq  sols  du  domaine,  parisis,  sol  et  six  deniers  pour 
livre  d'iceux,  ni  pareillement  des  treize  sols  six  deniers  pour 
livre  d^iceux  muids  de  vin,  compris  dans  la  ferme  générale  des 
aydes.  (i) 

Premièrement  : 

Pour  les  G>rdeliers  du  grand  couvent,  quatre  cens 
cinquante  muids,  cy IIIICL 

Pour  les  Augustins  du  grand  couvent,  deux  cens 
muids,  cy IIC 

(i)  Cf.  Encyelopédie  méthodique  des  Finances  (1784-87,  3  vol.  in-4),  pour  l'explicttion 
des  termes  Parisis  aliéné  (t  III,  p.  385),  sol  pour  livre  (t  III,  p.  536),  ceinture  de  la 
reine  (t.  I,  p.  314^,  et  parisis,  sol  et  6  deniers  (t.  III,  page  385). 


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l82  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Pour  les  Cannes  du  grand  couvent,  cent  quarante 

muids,  cy CXL 

Pour  les  Jacobins  du  grand  couvent,  deux  cens 

muids,  cy IIC 

Pour  rhôpital  des  Incurables IIC 

Pour  THôtel-Dieu  de  Paris,   huit  cent  muids,  cy    VIIIC 
Pour  le  tiers  ordre  Saint-François,  cinquante  muids, 

cy L 

Pour  les  Augustins  réformez  de  la  reine  Marguerite, 

cent  muids,  cy C 

Pour  rhôpital  de  la  Charité  du  faubourg  Saint- 
Germain,  deux  cens  muids,  cy IIC 

Pour  les  Augustins  déchaussées,  cent  muids,  cy.  .    C 
Pour  les  Carmes  déchaussés  de  Charenton,  soixante 

muids,  cy LX 

Pour  les  Carmes  des  Billetes,  soixante  muids,  cy.  .     LX 
Pour  les  Jacobins  de  la  rueSaint-Honoré,  cent  vingt 

muids,  cy CXX 

Pour  le  Noviciat  des  Jacobins,  soixante  muids,  cy.  .     LX 
Pour  les  Pères  minimes  de  la  Place  Royale,  cent 

muids,  cy C 

Pour  les  Jésuites  de  la   rue  Saint-Antoine,   cent 

muids,  cy.  .* C 

Pour  les  Jésuites  du  noviciat,  cent  muids,  cy C 

Pour  les  Jésuites  du  Collège  de  Clermont,  trois  cens 

muids,  cy IIIC 

Pour  les  Religieuses  Augusdnes  du  faubourg  Saint- 
Marcel,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Pères  de  l'Oratoire,  deux  cens  muids,  cy.  .     IIC 
Pour  les    Filles  Saint-Thomas,  proche  la  porte 

Montmartre,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Cordeliers  Saint-Marcel,  quarante  muids,  cy .    XL 


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APPROVISIONNEMENT  DES  COUVENTS  DE  PARIS  l83 

Pour  les  Filles  pénitentes  de  la  rue  Saint-Denis, 

soixante  muids,  cy LX 

Pour  les  Filles  de  la  Passion,  trente  muids,  cy.  .  .    XXX 

Pour  les  Chartreux,  deux  œns  muids,  cy IIC 

Pour  les  Pères  de  la  Doctrine  chrétienne XL 

Pour  les  Religieux  du  collège  de  la  Mercy,  quinze 

muids,  cy XV 

Pour  les  Filles  Audrietes  de  TAssomption,  vingt 

muids,  cy XX 

Pour  les  Filles  de  PAve  Maria,  cent  muids,  cy.  .  .  C 
Pour  les  Filles  de  la  Magdeleine,  soixante  muids,  cy.     LX 

Pour  les  Religieux  de  la  Mercy,  soixante  muids,  cy.  LX 
Pour  les  Religieuses  hospitalières,  quarante  muids, 

cy XL 

Pour  les  Filles  Saint-Joseph,  trente  muids,  cy.  .  .  XXX 
Pour  les  Capucins  des  trois  maisons,  cent  cinquante 

muids,  cy CL 

Pour  les  Feuillans  Saint-Michel,  vingt  muids,  cy.  .  XX 

Pour  les  Religieux  de  Piquepuce,  cent  muids,  cy.  .  .  C 

Pour  les  Augustins  de  Piquepuce,  trente  muids,  cy.  XXX 
Pour  les  Religieuses  de  la  Visitation  Sainte-Marie, 

rue  Saint-Antoine,  quarante  muids,  cy XL 

Pour  les  Religieuses  du  Val-de-Grâce,   cinquante 

muids,  cy L 

Pour   les    Religieuses    Bernardines    du    faubourg 

Saint-Germain,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Pères  de  la  Doctrine  chrétienne  Saint- Julien 

des  Menestriers,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Feuillants  de  la  rue  Saint-Honoré,  quatre- 
vingts  muids,  cy IIIIXX 

Pour  le  séminaire  Saint-Charles,  quarante  muids,  cy*  XL 
Pour  les  Carmes  déchaussez  du  faubourg  Saint-Ger- 
main, cent  vingt  muids,  cy CXX 


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184  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Pour  les  Religieuses  Saint-Antoine-lès-Paris,  qua- 
rante muids,  cy XL 

Pour  les  Feuillantines,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Recolets  Saint-Laurent,  trente  muids,  cy.  .    XXX 
Pour  les  Filles  de  TAnnontiade  du  Saint-Esprit  de 

Popincourt,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Filles  Sainte-Elisabeth,  vingt  muids,  d.  .    XX 

Pour  les  Théatins,  quarante  muids,  cy XL 

Pour  les  Barnabites,  trente  muids,  cy XXX 

Pour   les   Religieuses  Sainte-Marie  du   faubourg 

Saint-Jacques,  vingt  muids,  cy XX 

Pour  les  Pères  Minimes  du  bois  de  Vincenne,  pour 

les  XLV  s.  seulement  soixante  muids,  cy LX 

Pour  les  prestres  de  la  maison  Saint-Lazare,  deux 

cens  muids,  cy , IIC 

Pour  les  Bénédictins  anglois,  trente  muids,  cy.  .  .    XXX 
Pour  les  Filles  Sainte-Marie,  établies  rue  Montor- 

gueil,  six  muids,  cy VI 

Pour  les  Religieuses  Recoletes  de  Tlmmaculée  con- 
ception de  la  Vierge,  3u  faubourg  Saint-Germain, 

dix  muids,  cy X 

Pour  la    Communauté   des  prêtres  du  séminaire 
Saint-Nicolas  du  Chardonnet,  trente  muids,  cy.  .    XXX 

Pour  l'hôpital  général,  mille  muids,  cy M 

Pour  l'hôpital  des  Petites  Maisons,  cent  muids,  cy .  .    C 
Pour  les  Capucins  de  la  rue  Saint-Honoré,  vingt 

muids,  cy XX 

Pour  l'hôpital  des  soldats  estropiez,  établi  au  fau- 
bourg Saint-Germain,  trois  cens  muids,  cy.  .  .  .     IIIC 
Total  de  la  quantité  de  vin  contenue  au  présent  état  : 
Six  mille  neuf  cens  trente-sept  muids. 

Il  est  ordonné  à  M' Martin  du  Fresnoy,  fermier  général,  des 
droits  de  quatorze  livres  trois  sols  deux  deniers  pour  muid  de 


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APPROVISIONNEMENT  DES  COUVENTS  DE   PARIS  l85 

vin,  parisis  aliéné,  nouveau  sol  pour  livre  des  dits  droits,  et  pa- 
risis  des  pauvres  et  des  dix  deniers  de  ceinture-reine,  des 
vingt  sols  de  Fhôpital  général,  six  deniers  pour  livre  des  Tré- 
soriers des  fermes  et  cinq  sols  du  domaine,  parisis,  sol  et  six 
deniers  pour  livre  d^iceux,  comme  aussi  des  treize  sols  six  de- 
niers pour  muid  de  vin  compris  en  la  ferme  générale  des  aydes 
unie  à  celle  des  entrées,  revenant  le  tout  ensemble  à  celle  de 
dix-sept  livres  dix  sols  deux  deniers  pour  muid  de  vin,  de 
laisser  passer  pour  la  provision  des  Maisons  religieuses  et  hô- 
pitaux mentionnez  au  présent  état,  pendant  Tannée  com- 
mencée au  premier  jour  d'octobre  mil  six  cens  soixante  et 
quinze,  la  quantité  dudit  vin  mentionnée  en  chacun  article  du- 
dit  état  revenant  ensemble  à  six  mil  neuf  cens  trente-sept 
muids,  sans  faire  payer  les  dits  droits  de  dix  sept  livres  dix 
sols  deux  deniers  pour  muid,  et  rapportant  par  le  dit  du 
Fresnoy  le  présent  état  et  les  certificats  des  supérieurs  ou  pro- 
cureurs des  dites  Maisons  religieuses  et  hôpitaux,  contenant  la 
quantité  de  vin  qui  aura  entré  pour  leur  dite  provision,  sans 
payer  aucune  chose  des  susdits  droits.  Il  luy  sera  tenu  compte 
de  la  somme  à  laquelle  monteront  les  susdits  droits,  pour  la 
quantité  de  vin  contenue  aux  dits  certificats  n'excède  point, 
pour  chacune  maison  et  hôpital,  ce  qui  est  porté  en  chacun 
article  cy-dessus. 

Fait  et  arrêté  au  G)nseil  royal  des  finances  tenu  à  Ver- 
sailles, le  dix-neuvième  jour  d'octobre  mil  six  cens  soixante  et 
quinze.  G>llationné.  Signé,  Bechameil. 


TOME  m.  24 


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ERRATA. 


N»  3o,  p.  92. 

Dans  la  traduction  de  la  charte  de  Philippe-Auguste,  il  faut  rectifier 
les  erreurs  suivantes  : 

La  formule  :  astantibus  in  palatio  nostro  quorum  nomina  suppasita 
suni  et  signa^  doit  être  ainsi  traduite  :  c  étant  en  fonctions'  dans  notre 
palais  [les  officiers]  dont  les  noms  et  les  signes  sont  ci-dessous  placés.  > 

Les  mots  :  dapi/ero  nulle  signifient  :  c  la  charge  de  sénéchal  étant 
vacante  :  » 

C'est  à  M.  Léopold  Delisle  que  je  dois  ces  rectifications  et  je  lui  en 
exprime  ici  toute  ma  reconnaissance. 

N»  3o,  p.  93. 

Le  sculpteur  Calliot,  sur  lequel  je  n'avais  pas  trouvé  de  renseigne- 
ments biographiques,  s'appelait  Augustin  Cayot,  Né  à  Paris,  il  fut  reçu 
à  l'Académie  de  peinture  et  de  sculpture  le  3 1  décembre  17 1 1  et  lïiourut 
le  6  avril  1722,  à  Tâge  de  55  ans.  (Cf.  Archives  de  Vart  français^  t.  L) 


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TABLE  DES  PIÈCES  INÉDITES 


CONTENUES  DANS  CE  VOLUME 


Alençon  (François,  duc  d*).  — Assiste 
au  siège  de  La  Rochelle  en  i573, 
p.  i5i. 

Allemagne.  — Lettre  de  Frédéric  II, 

p.  r37. 
Angleterre.  —  Lettre  de   Tamiral 

Hotham,  p.  77. 

Archîtectdre.  —  Lettre  d'Antoine 
Desgodetz,  architecte,  p.  93. — 
Lettre  de  Jean  Perreal  sur  la  con- 
struction de  réglisede  Brou,  p.  109 
à  118.  —  Rapport  de  Charles  Er- 
rard,  p.  i23. 

Auxerrois.  —  Charte  de  Pierre  des 
Barres,  p.  io3. 

Barangier  (Louis).  —  Lettre  de  Jean 
Perreal  à  lui  adressée,  p.  112. 

Baudouin  VIÎ,  comte  de  Flandre. 
—  Charte  de  lui,  p.  177. 

Belgique.  -—  Lettre  de  Lemaire  de 
Belges  et  notes  biographiques  sur 
cet  écrivain,  p.  36  à  4}.  —  Charte 
de  Baudouin  VII,  comte  de  Flan- 
dre, p.  177. 

Bbrnier  (Etienne-Alexandre).  —  Let- 
tres de  lui,  p.  104  à  108. 

BiRULLE  (Pierre  de).  —  Quittance  de 
lui,  p.  122. 

Bibliothèque  DU  roi. — Lettres  d'An- 


dré Dacier  à  elle  relatives,  p.  170 
et  suiv. 

Boufflers  (le  maréchal  de).  —  Acte 
signé  par  lui  comme  marfifuillier  de 
l'œuvre  et  fabrique  de  Tégiise  Saint- 
Paul,  p.  25. 

Bourgogne  (Marie-Adélaïde  de  Sa- 
voie, duchesse  de).  —  Lettre  d'elle, 
p.  i55. 

Brancas  (Georges  de),  marquis  de 
Villars.  —  Vente  par  lui  d'un  vais- 
seau au  cardinal  de  Richelieu,  p.  32. 

Bresse.  —  Documents  sur  la  cons- 
truction de  l'église  de  Brou,  p.  109 
à  118. 

Brou  (église  de).  —  Documents  sur 
la  construction  de  cette  église,  p. 
109  à  I 18. 

BuLUON  (Claude  de).  —  Lettre  de 
Louis  XIII  à  lui  adressée,   p.  66. 

Cagliostro.  —  Lettre  du  cardinal  de 
Rohan  le  concernant,  p.  i35. 

Carrosses.  —  Privilège  de  1661  pour 
les  carrosses  à  un  cheval  circulant 
dans  Paris,  p.  12.  —  Pièces  sur  les 
voitures  pour  la  suite  de  la  cour, 
p.  lA. —  Etablissement  de  carrosses 
de  place  à  Versailles  en  1768,  p.  63. 

Champagne.  —  Charte  sur  le  prieuré 
de  Saint-Gilles  de  Dun,  p.  45. 


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i88 


REVUE  DES   DOCUMENTS   HISTOR[QUES 


Charles  V,  roi  de  France.  —  Pièce 
sur  son  entrée  à  Saint-Denis  en 
mai  1 364,  p.  3 1 . 

Charles  IX,  roi  de  France.  —  Lettre 
de  lui,  p.  i5o. 

Chartres  (ville  de).  — Pièce  sur  Mar- 
ceau, p.  81. 

Chasse.  —  Permis  de  chasse  accordé 
par  Henri  IV,  p.  95. 

Chevrier.  —  Lettre  de  lui,  p.   159. 

Cinq-Mars.  —  Lettre  de  Louis  XIII 
relative  à  lui,  p.  66. 

Clergé.  —  Pièce  sur  les  couvents  de 
Paris,  p.  181. 

Cochers.  —  Quittances  donnant  les 
gages  des  cochers  de  la  cour,  de 
i55i  à  i633,  p.  I4eti5. 

CoLBERT  (Jean- Baptiste^.  —  Rapport 
de  Charies  Errard  à  lui  adressé, 

p.    123. 
COLBERT  DE   ViLLACERF.  —  LettTC   dc 

Mignard  à  lui  adressée,  p.  1.  — 
Lettre  de  Coypel  à  lui  adressée, 
p.  100. 

CoLiGNY  (ramiral).  —  Lettre  dc  lui, 

p.  175. 
CoRBEiL    (ville    de).  —    Lettre    de 

Louis  aIII  datée  de  Sainte-Gene- 

viève-des-Bois,  près  Corbeil,  p.  66. 
CoYPEL  (Noël).  —  Lettre  de  lui,  p. 

100. 

Dacier  (André).  —  Lettres  de  lui,  p. 
1 70  et  suiv. 

Dauphiné.  —  Procès  criminel  à  Gre- 
noble en  1769,  p.  16.  —  Lettre  de 
Lesdiguières,  p.  148. 

Des  Barres  (Pierre).  —  Charte  de 
lui,  p.  io3. 

Desgodetz  (Antoine).  —  Lettre  dc 
lui,  p.  93. 

Diderot  (Denis).  —  Lettre  de  Fréron 
toute  relative  à  lui,  p.  i56  et 
suiv. 

Errard  (Charies).  —  Rapport  de  lui 

à  Colbert,  p.  i23. 
EsTRÉEs  (Gabrielle  d*).  —  Lettre  du 

connétable  de  Lesdiguières  à  elle 

relative,  p.  148. 


Flandre.  —Charte  de  Baudouin  VÏI, 
comte  de  Flandre,  p.  177. 

Fleury  (le  cardinal  de).  —  Lettre  de 
Frédénc  II  à  lui  adressée,  p.  i38. 

FoNTENAi  (Fabbé  de).— Son  apprécia- 
tion de  l'abbé  Maury,  p.  119. 

Franche-Comté.  —  Charte  de  1274, 

p.  25. 

Frédéric  II,  roi  dc  Prusse.  —  Lettre 
de  lui,  p.  i38. 

Fréron  (Elie-Catherine).  —  Lettres 
de  lui,  p.  i56  et  suiv. 

Gingi«:né.  —  Lettre  de  Piccinni  à  lui 
adressée,  p.  5. 

Grenoble  (ville  de).  —  Procès  crimi- 
nel en  1769,  p.  16. 

Guillotine.  —  Documents  inédits, 
p.  47  et  suiv. 

Guyenne.  —  Acte  de  mariage  de  Mon- 
tesquieu, p.  44. 

Henri  III,  roi  de  France.  —  Lettre 
de  lui,  p.  68.  —  Lettre  de  Char- 
les IX  à  lui  adressée,  p.  1 5o. 

Henri  IV,  roi  de  France.  —  Permis 
de  chasse  accordé  par  lui,  p.  95. — 
Sa  Darticipaiion  au  siège  de  La  Ro- 
chelle en  1573,  p.  i5i. 

Hotham  (ramiral  Henri).  —  Lettre  de 
lui,  p.  77. 

Ilb-de-France.  —  Pièce  sur  l'entrée 
du  roi  Charles  V  à  Saint-Denis,  p. 
3 1 .  —  Etablissement  de  carrosses 
de  place  à  Versailles  en  1768,  p.  63. 

Italie.—  Lettre  de  Piccinni,  p.  5. — 
Rapport  d'Errard  sur  l'Académie 
de  France  à  Rome,  p.  i23.  —  Let- 
tre de  la  duchesse  de  Bourgogne, 
p.  i55. 

Jaucourt  (le  comte  de).  —  Lettre  de 
lui,  p.  70. 

La  Rochelle.— Lettre  de  Louis  XIII 
sur  le  siège  de  cette  ville,  p.  64.  — 
Lettre  de  Charles  IX  sur  le  siège 
de  cette  ville  en  1673,  p.  i5o. 

Lbmaire  de  Belges  (Jean).  —  Lettre 
de  lui  et  notes  biographiques,  p. 
36  à  43.  —  Cité  dans  les  lettres  oe 
Jean  Perreal,  p.  1 12  et  suiv. 


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TABLE  DES  PIÈCES  INÉDITES 


Î89 


Lesdiguières  (le  connétable  de).  — 
Lettre  de  lui,  p.  148. 

LsspiNASSE  (mademoiselle  de).  — 

Phrase  d'une  lettre  inédite  d'elle,  p. 

168. 
Linné  fils.  —  Lettre  de  faire  part  de 

sa  mort  et  armoiries  de  sa  famille, 

p.  i33et  134. 

Lorrains.  —  Lettre  de  Louis  XIII 
sur  la  prise  de  Lunéville,  p.  66. 

Louis  XI,  roi  de  France.  —  Lettre 
du  connétable  de  Saint-Pol  à  lui 
adressée,  p.  97. 

Louis  XIII,  roi  de  France.  —  Lettres 
de  lui,  p.  64  à  66. 

Louis  XIV,  roi  de  France.  —  Privi- 
lège pour  les  carrosses  à  un  cheval 
circulant  dans  Paris,  p.  12. 

Louis  XV,  roi  de  France. —Arrêt  sur 
un  duel  à  Romans  en  1769,  p.  i6. 

Louis  (Antoine).  —  Lettres  de  lui  sur 
la  machine  à  décapiter,  p.  48,  49, 
52,  53. 

Lunéville  (ville  de).  —  Lettre  de 
Louis  XIII  sur  la  prise  de  cette 
ville,  p.  66. 

Lyon  (ville  de).  —  Lettre  du  cardinal 
de  Rohan  à  l'archevêque  de  cette 
ville,  p.  i35. 

Malksherbes.  —  Lettre  de  faire  part 
de  la  mort  du  fils  de  Linné  envoyée 
à  Malesherbes,  p.  i33.  —Lettres 
de  Fréron  à  lui  adressées,  p.  1 56 
et  suiv.  —  Lettre  de  Chevrier  à  lui 
adressée,  p.  iSg. 

Marat  (Jean-Paul).  —  Lettre  de  lui, 
p.  140. 

Marceau  (le  général).  —  Pièce  de  lui,, 
p.  81. 

Marguerite  d'Autriche,  gouvernante 
des  Pays-Bas.  —  Lettres  de  Le- 
maire  de  Belges  à  elle  adressées, 
p.  37.  —  Lettre  de  Jean  Perreal 
a  elle  adressée,  p.  116. 

Marie  de  Médicis,  reine  de  France. 
Lettre  de  Louis  XIII  à  elle  adres- 
sée, p.  64. 

Marigny  (le  marquis  de).  —  Lettre 
de  lui  à  Joseph  Vernet,  p.  143. 


Marine.  —  Vente  d*un  vaisseau  au 
cardinal  de  Richelieu,  p.  32. 

Maury  (Jean-Siffrein).  —  Lettre  de 

lui,  p.  119. 
Mignard  (Pierre). — Lettre  de  lui,  p.  i . 

Montesquieu.  —  Son  acte  de  mariage, 

p.  44. 
Musique.  —  Lettre  de  Piccinni,  p.  5. 

Napoléon  I»'.  —  Documents  sur  son 
séjour  à  111e  d'Aix  et  à  Rochefort 
en  181 5,  p.  70  et  suiv.  —  Lettre 
de  Bernier  à  lui  adressée,  p.  106. 

NrvERNAis.  —  Donation  faite  par  le 
comte  Pierre  de  Nevers  en  1193, 
p.91. 

NoYON  (ville  de).  —  Lettre  du  conné- 
table de  Saint-Pol  datée  de  cette 
ville,  p.  97. 

Orbessan  (le  baron  d*).  —  Lettre  de 
M"»«  de  Pompadour  à  lui  adressée, 
p.  174. 

Paris.  —  Privil^e  de  1661  pour  les 
carrosses  à  un  cheval  circulant  dans 
Paris,  p.  12.  —  Concession  de 
place  du  banc  d'oeuvre  dans  réélise 
Saint-Paul,  en  1706,  p.  35.  —Let- 
tres d'André  Dacier  sur  la  Biblio- 
thèque du  Roi,  p.  170  et  suiv.  — 
Pièce  de  la  marquise  de  Verneuil, 
p.  1 79  —  Pièce  sur  les  couvents  de 
Paris,  p.  181. 

Peinture.  —  Lettre  de  Mignard.  p. 
I .  —  Lettre  d'Antoine  Desgodetz, 
p.  93.  —  Lettre  de  Noël  Coypel, 
p.  joo.  —  Lettres  de  Jean  Perreal, 
p.  109  à  118.  — Rapport  de  Char- 
les Errard,  p.  i23.  —  Lettres  et 
pièces  de  Joseph  et  Carie  Vernet, 
p.  143  et  suiv.  —  Quittance  de 
Pierre,  p.  169. 
Perreal  (Jean).  —  Est  le  protecteur 
de  Jean  Lemaire  de  Belges,  p.  42. 
—  Lettres  de  lui  et  notes  biogra- 
phiques sur  ce  peintre,  p.  109  à 
118. 
Petion  (Jérôme).— Article  sur  la  guil- 
lotine, p.  58. 
Philippe-Auguste,  roi  de  France.  — 
Charte  de  lui,  p.  91- 


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igo 


REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 


Picardie.  —  Lettre  du  connétable  de 
Saint- Pol  datée  de  Noyon,  p.  97. 

PicciNNi  (Niccolo).  —  Lettre  de  lui, 
p.  5. 

Pierre  (J.-B.-M.),  peintre.  —  Quit- 
tance de  lui,  p.  109. 

PoMPADouR  (la  marquise  de).  —  Let- 
tre d'elle,  p.  174. 

PoNTCHARTRAiN  (le  comte  dej.  —  Let- 
tres à  lui  adressées  par  Dacier,  p. 
170  et  suiv. 

Protestantisme.— Lettre  de  Henri  III 
sur  les  Réformés  dans  le  Vivarais, 
p.  68.  —  Lettre  de  Charles  IX  sur 
le  siège  de  La  Rochelle  en  1573, 
p.  1 5o.  —  Lettre  de  Tamiral  Coli- 
gny,  p.  175. 

Richelieu  (le  cardinal  de).  —  Acte 
entre  lui  et  Georges  de  Brancas 
pour  Tachât  d'un  vaisseau,  p.  32. 

RicHER  (le  capitaine).  —  Pièce  de  lui, 
p.  81. 

RocHEFORT. — Séjour  de  Napoléon  l^ 
dans  cette  ville  en  181 5,  p.  70. 

RoEDERER.  —  Lettres  à  lui  adressées 

Car  le  docteur  Louis,  p.  48,  49, 
2,  53. 

RoHAN  (le  cardinal  Louis  de),  —  Let- 
tre de  lui,  p.  i35. 

RoiiANS  (ville  de).  —  Procès  criminel 
sur  un  duel  ayant  eu  lieu  dans 
cette  ville,  p.  ib. 

Saint-Denis  (ville  de).  —  Pièce  sur 
rentrée  du  roi  Charles  V  à  Paris, 
p.  3i. 

Saint-Gilles  de  Dun  (prieuré  de).  — 
Charte  de  1243,  p.  45. 

Saint-Jean  de  Losne  (ville  de).  — 
Vente  d'une  çièce  de  pré  située 
près  de  cette  ville,  en  1274,  p.  25. 

Saint-Pol  (Louis  de  Luxembourg, 
comte  de).  —  Lettre  de  lui,  p.  97. 

Sarabat  (Daniel),  peintre.  —  Critique 


par  Mignard  de  son  tableau  du 
changement  d'Io  en  vache^  p.  i 
et  2. 

Savary,  duc  de  Rovigo.  —  Lettre  de 
lui,  p.  79. 

Sculpture.  —  Lettre  d'Antoine  Des- 
Rodetr,  p.  93.  —  Lettres  de  Jean 
Perreal,  p.  109  à  118.—  Rapport 
de  Charles  Enard,  p.  i23. 

Soroère.  —  Procès  contre  une  sor- 
cière en  mai  i655,  p.  82  et  suiv. 

SuàDE.  —  Lettre  de  foire  part  de  la 
mort  du  fils  de  Linné  et  armoiries 
de  cette  fiamille,  p.  i33  et  134. 

Suisse.  —  Procès  eontre  une  sorcière 

à  Moudon,  p.  86. 
Théâtre.  —  Lettre  de  Fréron  sur  le 
fils  naturel  de  Diderot,  p.  157. 

Toulouse  (ville  de).  —  Lettre  de  la 
marquise  de  Pompadour  sur  la  So- 
ciété des  sciences  de  Toulouse,  p. 
174. 

Vatel  (Charles).  —  Son  opinion  sur 
l'article  de  Petion  sur  la  guillotine, 
p.  60. 

Vendée.  —  Document  sur  le  soulève- 
ment de  la  Vendée  en  mars  1793, 
p.  28.  —  Lettres  de  Bemier,  p. 
104  à  108. 

Vernet  (Joseph).  —  Pièces  de  lui,  p. 
144  et  suiv. 

Vernet  (Carie).  —  Acte  de  lui,  p. 
146. 

Verneuil  (la  marquise  de).  —  Pièce 
d'elle,  p.  179. 

Versailles,  —  Etablissement  de  car- 
rosses de  place  dans  cette  ville  en 
1768,  p.  b3.  —  L'abbé  Maury  y 
prêche  le  carême  en  1785,  p.  11 9. 

Vivarais.  —  Lettre  de  Henri  III  sur 
les  Réformés  dans  le  Vivarais,  p.  68. 

Voltaire.  —  Cession  du  privilège  de 
sa  tragédie  de  Tancrède^  p.  4. 


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TABLE  DES  FAC-SIMILE 


CONTENUS  DANS  CE  VOLUME 


Baudouin  VIÎ,  comte  de  Flandre.  — 
Charte  de  lui,  p.  177.  ' 

Bernibr  (Etienne-Alexandre).  —  Sa 
signature^  p.  106. 

Bérulle  (Pierre  de).  —  Quittance  de 
lui,  p.  122. 

BouRBOTTE.  —  Sa  signature,  p.  82. 

Bourgogne  (Marie-Adélaïcle  de  Sa- 
voie, duchesse  de).  —  Lettre  d'elle, 
p.  i55. 

Branols  (Georges  de),  marquis  de 
Villars.  —  Sa  signature,  p.  33. 

Cagliostro.  —  Sa  signature,  p.  1 36. 

Charles  IX,  roi  de  France.  —  Sa  si- 
gnature, p.  i53. 

Chartes.  —  Vente  d'une  pièce  de 
pré  en  1274,  p.  25.  —  Prieuré  de 
Saint-Gilles  de  Dun,  p.  45.  — 
Acte  de  Philippe-Auguste,  h.  91. 
—  Charte  de  Pierre  des  Barres, 
p.  io3. 

CoLiGNY  (l'amiral).  —  Sa  signature, 
p.  176. 

CoYPEL  (No€l). — Sa  signature,  p.  102. 

Dacier  (André).  —  Sa  signature,  p. 
173. 

Desgoobtz  (Antoine).  — Sa  signature, 
p.  94. 

Errard  (Charles).  —  Sa   signature, 

p.  l32. 

Frbdéric  II,  roi  de  Prusse.  —  Lettre 
de  lui,  p.  i38. 


Fréron  (Elie-Catherine).  —  Sa  signa- 
ture, p.  i63. 

GuiLLOTiN.  —  Ordonnance  de  lui, 
p.  57. 

Guillotine.  —  Plan  de  la  machine 
à  décapiter  proposée  par  Schmidt, 
p.  55.  — Taoatière  avec  l'image  de 
ta  guillotine,  p.  62. 

Henri  IV,  roi  de  France.  —  Sa  signa- 
ture, p.  96. 

Lemaire  de  Belges  (Jean).  —  Frag- 
ment d'une  lettre  de  lui,  p.  40. 

Linné  fils.  —  Armoiries  de  sa  fomille, 
p.  i33. 

Louis  XIII,  roi  tie  France.  —  Lettre 

sur  Cinq-Mars,  p.  66. 
Louis  (Antoine). — Sa  signature,  p.  49. 

Marat  (Jean-Paul).  —  Sa  signature, 
p.  142. 

Marceau  (le  général).—  Sa  signature, 
p.  82. 

M ignard  (Pierre). — Sa  signature,  p.  3. 

Napoléon  I*»". — Sa  signature  comme 
premier  consul,  p.  108. 

Perreal  (Jean). — Sa  signature,  p.  1 17. 

Philippe-Auguste,  roi  de  France.  — 
Charte  de  lui,  p.  91. 

Pierre  (J.-B.- M.),  peintre. — Signa- 
ture, p.  169. 

Pompadour  (la  marquise  de).  —  Lettre 
d'elle,  p.  174. 


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ig2  TABLE  DES  FAC-SIMILE 


PicciNNi  (Niccolo).  —  Sa  signature,  Saint^Pol  (Louis  de  Luxembourg, 

p.  lo.  comte  de).  —  Sa  signature,  p.  99. 

Richard,  conventionneL  -  Sa  signa-  Turreau.  -  Sa  signature,  p.  82. 

turc,  p.  82.  o           »  r 

Richelieu  (le  cardinal  de).  —  Trois  Vbrnbuil  (la  marquise  de).  —  Signa- 
signatures  de  lui,  p.  33.  ^ure  d'elle,  p.  179. 

RiCHER  (le  capitaine).  —  Sa  signa-  Voltaire.  —  Cession  du  privilège  de 

ture,  p.  82.  sa  tragédie  de  Tancrède,  p.  4. 


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INDEX  DES  ARCHIVES 
DES  BIBLIOTHÈQUES  PUBLIQUES 

ET  DES  COLLECTIONS  PARTICULIÈRES 
d'où  proviennent  les  pièces  PUBLIEES  DANS  CE  VOLUME 


Beauffort  (M.  le  O^  Roger  de}.  Charavay  (M.  Etienne). 


Lettre  de  faire  part  de  la  mort  du  fils 
de  linné,  p.  i33. 

Bibliothèque  nationale. 

Pièce  sur  l'entrée  du  roi  Charles  V  à 
Saint-Denis,  p.  3i.  —  Lettre  de 
Fréron,  p.  165. 

Boissin  (M.  Firmin). 
Lettre  de  Henri  III,  p.  68. 

Bonnejof  (M.  le  docteur). 

Charte  de  Baudouin  VII,  comte  de 
Flandre,  p.  1 77. 

Borromée  (M.  le  Oe  Gilbert). 

Lettre  de  Jean  Perreal,  p.  116.— 
Rapport  de  Charles  Errard^  p.  i23. 

Bovet  (M.  Alfred). 

Lettre  de  Mignard,  o.  i. — Lettre  de 
Louis  XIII,  p.  06.  —  Lettre  de 
Marat,  p.  140. 

Charavay  (M.  Jacques). 

Quittance  du  cardinal  de  Bérulle 
p.  122. 


Pièce  de  Voltaire,  p.  4.  —  Documents 
sur  les  carrosses  au  xvii«  siècle,  p.  1 1 
et  suiv.  —  Charte  de  1 274,  p.  25.  — 
Pièce  sur  le  soulèvement  de  la  Ven- 
dée, p.  28.  —  Pièce  sur  Paris,  p. 
35.  —  Charte  de  1243,  p.  45,  — 
Documents  sur  la  guillotme,  p.  47 
et  suiv.  —  Lettre  de  Louis  XIlI,  p. 
64.  —  Lettre  de  Savary,  p.  79.  — 
Pièce  de  Marceau,  p.  81. —  Lettre 
de  Dcsçodetz,  p.  93.  —  Pièce  de 
Henri  IV,  p.  95.  —  Charte  de 
Pierre  des  Barres,  p.  io3.  — 
Lettres  de  Bernier,  p.  104.  — 
Pièces  de  Joseph  et  Carie  Vernet, 
p.  143. 

Dangeau  (M.  Louis). 

Acte  de  mariage  de  Montesquieu, 
p.  44. 

Delaunay  (M.). 
Lettre  de  Louis  XIII,  p.  66, 
Dejvei  (M.  Léon). 

Document  sur  un  procès  criminel  à 
Grenoble  en  1769,  p.  16. 


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194 


INDEX   DES  ARCHIVES    ET   BIBLIOTHÈQUES 


Fillon  (M.  Benjamin). 

Lettre  de  Piccinni,  p.  5.  —  Lettre 
de  Lemaire  de  Belges,  p.  37. 

Gantier  (M.). 

Documents  sur  le  séjour  de  Napo- 
léon I«<-  à  nie  d'Aix  et  à  Rochefort 
en  181 5,  p.  70. 

Girardot  (M.  le  Bon  de). 

Lettre  de  Tabbé  Maury,  p.  119. 

Jumilhac  (M.  le  Ai**  de). 

Acte  signé  par  le  cardinal  de  Riche- 
lieu, p.  32. 

Minaret  (M.  Eugène). 

Charte  de  Philippe- Auguste,  p.  91. 

Pour  (M.  F.). 

Pièce  sur  les  carrosses  de  place  h 
Versailles  en  1768,  p.  63. 


Rathery  (M.). 
Communication  d'une  brochure  sur  la 

fuiUotine,  p.  56.  —  Lettre  de  Les- 
iguières,  p.  148.  —  Lettre  de 
Charles  IX,  p.  i5o.—  Lettres  de 
Fréron  et  Chevrier,  p.  1 56  et  suiv. 
—  Lettres  d'André  Dacier,  p.  170 
et  suiv.  —  Lettre  de  M""  de  Pom- 
padour.  p.  174.  —  Lettre  de  l'ami- 
ral CoUgny,  p.  175.  —Pièce  de  la 
marquise  de  Verncuil,  p.  179. 

Rochas  (M.  Adolphe). 
Pièce   sur   les    couvents  de   Paris, 
p.  181. 

Sensier  (M.  Alfred). 

Pièce  de  Petion,  p.  58.  —  Lettre  du 
connétable  de  Saint-Pol,  p.  97.  — 
Lettre  de  Jean  Perreal.  p.  iia.  — 
Lettre  du  cardinal  de  Rohan, 
p.  i35. 

Vatel  CM.  Charles). 
Tabatière  à  la  guillotine,  p.  63. 


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REVVE 

DES  DOCVMENTS 

HISTORIQVES 

SVITE  DE   PIÈCES  CVRIEVSES  ET  INEDITES 

PVBLlésS  AVEC 

DES  NOTES  ET  DES  COMMENTAIRES 

PAR 

ETIENNE    CHARAVAY 

archi?iste-pal£ographe 
QVATRIÈME      ANNÉE 


PARIS 
A.  LEMERRE  EDITEVR  C.  MOTTEROZ  IMPRIMEVR 

37  Passage  Cboiseul  Rue  do  Dragon  3i 

1877 


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REVUE 


DES 


DOCUMENTS  HISTORIQUES 


FABRIZIO  DI  CARRETTO 


42»  GRAND-MAITRE  DE  RHODES 


Fabrizipdi  Carretto  fut  élu  grand-maître  de  Rhodes  le  14  décembre 
i5i3,  en  remplacement  de  Gui  de  Blanchefort.  (i)  Amiral  et  chef  de  la 
langue  d'Italie,  le  commandeur  Carretto  avait  vaillamment  secondé 
Pierre  d'Aubusson  dans  son  héroïque  défense  de  Rhodes  contre  les 
Turcs.  (2)  Aussi,  dès  qu'il  eut  la  souveraine  puissance,  il  songea  à  com« 
battre  les  Infidèles.  Le  sultan  Séiim  I,  fils  de  Bajazèt  II  qu'il  avait 
renversé  du  trône,  puis  empoisonné  en  i5i2,  était  un  adversaire  redou- 
table. (3)  Attaqué  par  le  schah  de  Perse  IsmaTl  I^*",  fondateur  de  la 
dynastie  des  Sofis,  (4)  il  envahit  les  états  de  ce  prince  et  remporta  une 
victoire  décisive  à  Tchaldiran  en- 1 514.  Le  grand-maître  avait  soutenu 

(1)  Histoire  des  Chevaliers  hospitaliers  de  S.  Jean  de  Jérusalem,  par  l'abbé  de  Vertot; 
Puis,  1716,  4  TTol.  in-4,  t.  II,  p.  11. 
(a)  iicM,  t  U,  p.  310-11. 

(3)  Sdim  était  oé  en  T467, 

(4)  iMMfl  r^  Dé  U  38  rcdfab  89a  dt  lliégire  (17  juillet  H&7),  mort  à  Ardébil  le  19  r«lj«b 
93o  (19  mai  1514). 

TOME  III.  I 


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2  REVUE  DES  DOCUMENTS  HlSTOtlQUBS 

Ismaïl  et  s'était  par  ce  fait  attiré  la  haine  de  SéLim.  Aussi,  prévoyant 
que  la  vengeance  du  sultan  était  proche  il  se  prépara  à  la  défense  et, 
profitant  de  ce  que  les  mamelucks  d'Egypte  s'étaient  soulevés  contre 
SéluB,«il.t^nta  d'engager  le  roi  de  France,  François  I*',  à  entreprendre 
uftè  dréfsctâ^contre  les  Infidèles.  La  lettre  qui  suit  développe  ce  projet. 

-•-  âre^lê^  lùdys  passez  par  tous  passaiges  je  vous  ay  escript  et 
donné  notice  des  préparatives  d'armées  de  mer  turquesques,  et 
comme  Tune  de  xxxvi  voilles  ce  moys  de  mars  dernier  estoit  ja 
passée  en  Surye  (  i),  Sire,  l'auitre  de  cent  cinquante  voilles,  as- 
savoir quarante  grosses  gaiioisses  (2),  soixante  galleres  subtiiez  (3) 
etfustes  grosses  (4),  et  iereste  nau&  (5),  paUandrées(6)  et  petites 
fustes,  est  sortie  et  au  xiii*  du  passé  est  joincte  à  Scyou  (7),  là  où 
elle  a  demouré  XIX  jours,  et  après  s'est  partie  et  venue  la  voite  de 
Rhodes  et  a  séjourné  quelques  jours  entre  noz  isles  vers  le  lango, 
usant  de  dissimulation,  et  de  là  s'est  tirée  vers  Tescarpanto,  pour 
s'en  passer,  comme  nous  croyons,  en  Alixandrie  ou  autres  pors 
de  Surie.  Le  bachia,  capitaine  de  ladicte  armée,  incontinent  qu'il 
fiist  arrivé  à  Scyou,  il  m'escript  unes  lettres  en  turquesque  par 
laquelle  et  son  translat  en  grec  et  en  franc  que  je  vous  envoyé, 
Sire,  vous  pourrez  veoir  et  entendre  Tinsolence,  crudélité  et 

(i)  Syrie. 

(3)  Galéasse,  de  ritalito  Gatotzzt,  grotte  galère.  •  Gt  nom  fut  donné  d'abord  à  nna 
galère  pins  grande  et  plot  forte  que  la  galère  commune,  mait  loi  rettemblant  beaocoop.  La 
grosse  galère  se  développa  considérablemeot  à  la  fia  du  xv«  siècle,  et  pendant  le  zti«,  dans 
toutes  les  grandes  journées  navales,  elle  joua  un  r6le  Importait  à  la  tCte  dit  arméet.  • 
(Jal,  Glossaire  nautique,  art.  Galéatta,  p.  737.) 

(3)  Galère  fubtile,  galère  dont  la  carène  avait  det  ftçont  finet,  tnrtout  à  Tanière. 
•  Elle  était  rapide,  légère,  et  évoluait  avec  facilité.  •  (Cf.  Jal,  Glossaire  néoUique,  p.  755. 

(4)  Puste,  nom  primitif  de  tous  les  navires,  désigna  ensuite  une  espèce  particulière  de 
bfttiment  à  rames,  c  Au  xv«  siècle,  les  Fustes  formaient,  dans  la  famille  des  bàtimenU  à 
rames,  une  famille  particulière,  dont  les  individus,  réunis  par  des  liens  communs  ;  la 
forme  générale,  la  couverte,  le  gréement,  la  voilure,  Torganisation  det  ranMS,  différainat 
entre  eux  par  la  grandeur,  et  par  quelques  détails  qui  ne  sont  pas  connus  aujourd'hui.  » 
(Cf.  Jal,  Glossaire  nautique,  p.  726.) 

(5)  Sauf,  nef,  navire. 

(6)  TaUmdrie,  de  Tital.  Palandaria.  c  Au  xif«  tiède,  c'était  nn  navire  de  charge  médk>« 
crement  grand,  dont  les  Turcs  te  servaient  comme  de  bâtimentt-écuries  pour  le  transport 
dtt  chevaux.  •  (Cf.  Jal,  Glossaire  nautique,  p.  11 14.) 

(7)  Sdo. 


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PÀBRmO  DI  CARRETTO  3 

présumptueuse  témérité  qui  règne  en  ceste  infecte  gent  barbare 
ennemye  de  Cristianté,  et  en  quelle  sorte  elle  nous  estime,  et 
encores  quelle  est  leurmauldite  intention,  à  quoy,  Sire,  se  peult 
espâ^r  et  croyre  par  vostre  bonne  prudence  et  singulière  affec- 
tion que  comme  Roy  très  Cristian  portez  à  la  saincte  foy 
catholique  sçaurez  bien  proveoir  et  donner  remède  à  ce  que 
iesditcs  chiens  infidèles  n'ayent  ainsy  à  soy  exalter  et  nous 
déprimer  et  villipender,  et  ne  se  doibt  comporter  que  le  nom 
de  nostre  Seigneur  Jehu  Crist  soit  ainsy  avecq  dérision  blas- 
fémc  par  ceste  mauldite  gàiération.  Sire,  je  croyoye  pour  cer- 
tain que  ladicte  armée  vint  sur  Rhodes,  car  à  telles  fins  estoit 
elle  préparée,  et  nous  estions  mis  en  ordre  pour  la  recepvoiren 
sorte  que  s'elle  fust  venue  j'espère  avecques  Fayde  de  Dieu,  par 
rintercession  de  la  benoiste  vierge  Marie  et  de  monseigneur 
sainct  Jehan,  nostre  patron,  elle  s^en  fiist  tournée  avecques  con- 
jfusion,  dommaige  et  vergongne,  à  Texaltation  de  la  saincte  foy 
catholique,  honneur  et  louange  de  ceste  vostre  religion.  L'oc- 
casion pourquoy  ne  nous  est  venue  dessus  a  esté  qu'il  sont  ve- 
nues nouvelles  comme  le  sofiys  (  i)  est  avecq  bonne  puissance  la 
volte  d'Arménie  et  a  reprins  quelques  places  que  le  turcq  na- 
guières  luy  avoit  levées  (2).  Ledia  turcq  s'est  party  du  Cayre,  là 
où  il  a  laissé  gouverneur  et  gens,  et  s'en  va  la  volte  dudit  soffys 
pour  le  deffaire  du  tout,  car  telle  est  son  intention,  et  puis  faire 
entreprinse  contre  Cristians.  Sire,  à  présent  s'addonne  le 
temps  mieulx  que  jamays  que  l'on  fist  entreprinse  contre  ledict 
infidèle  à  la  récupération  de  la  terre  saincte  et  délivrance  de 
captivité  de  tant  de  povres  Cristians,  et  vous.  Sire,  comme 
'vray  Roy  très  Cristian  ne  debvez  posposer  telle  saincte  œuvre 
qui  est  tant  nécessaire  et  redonde  à  sy  grant  bien  et  exaltation 
de  la  saincte  foy  catholique,  à  quoy  acquerriez  mérite  étemel 
envers  Dieu  et  louange  immortelle  en  ce  monde,  et  s'il  ne  se 

(i)  Le  scbah  de  Pêne  Itmail  I*'^  fondateur  de  la  dynastie  dea  Sofia. 
(2)  Le  départ  de  la  flotte  turque  était  causé  par  un  soulèvement  des  Mamelucks  d'Egypte 
contre  le  snltan.  Il  semble  que  le  sofi,  yaincu  en  1 5 14,  se  tenait  alors  tranquille. 


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4  REVUE  DBS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

faict  à  présent  que  iedia  turcq  est  occuppé  es  pays  longttins  ctest 
demouréepar  tout  la  Grèce  deffounné  de  deffenseurs  et  sous  les 
habitants  la  plupart  Cristians  qui  ne  désirent  sy  non  veoir  et 
entendre  quelque  entreprise  tant  fust  petite  de  Gristians,  car 
d^eux  mesmes  se  relèveroient  de  captivité  quant  ledict  turcq 
sera  retourné  et  aura  mis  fin  es  affaires  du  sofiys,  comme 
il  a  en  Surie  là  où  il  domine  et  signorise  tous  les  pays  que 
tenoit  le  Soldan,  certain^nent  ce  sera  entreprinse  assez  plus 
difficile. 

Et,  pour  ce  que  ledict  turcq  a  en  hainne  mortelle  ceste  vostre 
religion,  nous  estimons  et  tenons  tous  segurs  que  nous  serons 
les  premiers  qu'il  viendra  molester,  car  ainsy  Ta  juré  et  promis 
par  plusieurs  foys  et  assez  le  povons  penser,  venez  les  lettres 
du  càpitainne  de  son  armée  de  mer  et  aultres  plusieurs  indices 
et  menasses  qu'il  nous  a  faictes,  parquoy  croyons  que  inconti- 
nent qu'il  aura  mis  fin  audict  distourbe  du  sofiys,  sans  nulle 
faulte  il  convertira  sesdictes  armées  de  mer  et  de  terre  contre 
nous^  et  ne  peult  tarder,  et,  ne  fust  esté  ledict  sofiys,  pour  cer- 
tain telles  armées  de  mer  comme  dict  est  estoient  préparées 
pour  Rhodes.  Ausquelles  pour  obvier,  quant  se  partist  nostre 
grosse  nauf  dernièrement  j'escrips  aux  vénérables  prieur  de 
sainct  Gilles  et  à  mon  beutenant  en  ce  vostre  royaulme,  firère 
Phelippes  deVilliers,  nostre  sénéchal  et  hospitalier  de  Rhodes, 
qu'ilz  préparassent  et  acheptassent  par  delà  en  vo^redia 
royaulme  les  provisions  de  victuailles,  munitions  et  aultres 
choses  nécessaires  pour  nostre  secours,  ce  que  croy  aurons 
faict. 

Et  pareillement  considéré  que  l'espérance  du  secours  qu'on 
a  de  ceubc  qui  sont  acoustumez  et  expérimentez  aux  faictz  des 
guerres  et  semblables  choses  donne  grande  consolation  et 
espoir  à  ceulx  qui  sont  assiégez  et  en  nécessité,  congnoissant 
la  suffisance  et  bonne  pratique  et  sçavoir  dudict  vénérable  prieur 
de  Sainct  Gilles,  je  l'exhortis  et  mandis  par  mes  lettres  qu'il 
vint  incontinent  par  deçà  secourir  sa  religion,  et  pource  que 


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PABRIZIÔ  DI   ÇABKETTO^  5 

je  scay  bien  que  telle  chose  ne  se  peult  faire  sans  vostre  bon 
congié  et  Ucence  je  vous  suppliay  alhors  par  mes  humbles 
lettres  et  à  présent  de  rechief  constituez  comme  dict  est  en 
nécessité,  Sire,  très  humblement  je  vous  requiers  et  supplye 
qu^il  vous  plaise  octt*oyer  et  donner  audict  vénérable  prieur  son 
congié  et  lui  laisser  amener  avecques  iuy  lès^llères  qu^il  a  de 
vous  soubz  sa  charge,  et  aussy  permettre  que  de  cestuy  votre 
royaulme  nous  puissons  avoir  hacte  et  estre  accomodez.des 
provisions  et  choses  qui  nous  sont  nécessaires  pour  ledia 
secours.  .        . 

Et  pareillement,  Sire^  soit  vostre  bon  plaisir  mander  soubz 
la  charge  dudia  vénérable  prieur  aulcuns  de  voz  navires  armez 
en  conserve  de  nostre  grosse  nauf  et  aultres  vaisseaulx  qui  se 
noligeront  (i)  pk>ur  nous  tant  en  Provence  que  Secille,  à  celles 
fins  que  tous  uniz  ensemble  de  conserve  puissent  venir  i 
noste  adjude  au  temps  de  nécessité  nous  secourir  à  llionneur 
vostre  et  de  là  nrès  renommée  couronne  de  Franee. 

Sire,  j^ay  donné  commission  ausdicts  vénérables,  prieur  de 
saina  Gilles  et  à  mon  lieutenant  et  sénéchal  vous  communiquer 
sur  toutes  choses  plus  amplement,  évitant  prolixité  de  paour 
de  vous  tédier.  Je  vous  supplye,  Sire,  vouloir  donner  foy  ad 
ce  que  de  par  moy  -et.ceste  vostre  religion  vous  expo* 
seront  et  remonstreront  et  votif  effect  ad  ce  qu'îlz  vous, 
suppliront  et.  requerront  qui  concerne  non  seullement 
Testât  de  cestedicte  vostre  religion  mais  dé  toute  la 
Crisdanté,  et  moyennant  tel  secours,  nous  serons  fortifiez  et 
avecques  la  confidence  et  grâce  de  nostre  Seigneur  confondrons 
noz  ennemis, et  de  la  foy  catholique,  et  moy  et  toute  ceste 
vostredicte  religion  resterons  de  plus  en  plus  obl^êz  à  vous  et 
à  ladicte  très  renommée  couronne  dé  France,  priant  la 
majesté  divine  qu'elle  vous  doint.  Sire,  très  bonne  et  longue 


(i)  Probtbieaieiit  noliseront,  du  veitt  noliser,  to'bai  latin  nauUMare,  qui  signifie  4^^ 
ter  (Cl  DUtUnmairt  de  Littrt). 


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6  tIVUB  DES  DOCUMENTS  HI8T0EIQUES 

vie,  ensemble  raoomplissement  de  trâous  voz  désirs.  De 
Rhodes,  ce XVII* de may  iSiy. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

Le  maistre  de  Rhodes 

Au  Roy  Trèscristian. 

François  i*'  ne  songeait  g:uère  à  recouvrer  les  saints  lieux  :  le  temps 
des  croisades  était  dès  longtemps  passé.  L'ennemi,  pour  le  roi  de  France, 
ce  n'était  point  le  Turc,  mais  l'empereur  d'Allemi^e.  On  ne  combat- 
tait plus  les  Infidèles,  mais  ses  frères  en  Jésus-Christ.  Aus»  le  grand- 
maître  fit-il  un  vain  appel  à  la  foi  et  à  la  générosité  de  François  i***;  ce 
prince  se  borna  à  laisser  partir  de  son  royaume  tous  les  chevaliers  de 
Tordre  et  à  envoyer  quelques  navires  et  quelques  provisions  au  grand- 
mattre.  Bientôt  Soliman  II,  successeur  de  Sélim,  vint  attaquer  Rhodes; 
Carretto,  qui  avait  tout  préparé  pour  la  défense,  mourut  en  1 52 1  ; 
Villiers  de  Tlsle  Adam  fiit  nommé  à  sa  place.  Pendant  deux  années  les 
chevaliers  résistèrent  héroïquement  à  toutes  les  attaques  des  Turcs: 
abandonnés  par  la  Chrétienté  et  accablés  par  le  nombre,  ib  durent  ca- 
pituler. Le  i*'  janvier  i523,  ils  abandonnèrent  pour  toujours  cette  île 
de  Rhodes  qui  depuis  iSio  appartenait  à  Tordre  de  saint  Jean  de  Jéru- 
salem. 


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FUNÉRAILLES  DE  FRANÇOIS  II  D'ORLÉANS 

DUC  DE  LONGUEVILLE 


François  II  d'Orléans,  comte  de  LongueviUe,  petit-fils  de  l'illustre 
Dunois,  fut  gouverneur  de  Guyenne  et  grand  chambellan  de  France. 
En  i5o5  Louis  XII  érigea  en  sa  faveur  la  terre  de  LongueviUe  en 
duché.  Le  nouveau  duc  mourut  en  i5ia.  Guillaume  de  Montmorency 
et  François  de  Rochechouart,  ses  exécuteurs  testamentaires,  lui  firent 
des  funérailles  dignes  d'un  si  noble  seigneur.  Selon  la  coutume  les  rois 
d'armes  assistèrent  aux  obsèques  et  reçurent  pour  leurs  peines  et  vaca- 
tions quinze  écus  d'or.  Le  roi  d'armes  de  France,  étant  parti  aussitôt 
après  pour  Marseille,  ne  toucha  pas  son  salaire,  mais,  dès  qu'il  fut  de 
retour,  il  réclama  auprès  des  exécuteurs  qui  lui  firent  payer  les  quinze 
écus  d*or  auxquels  il  avait  droit.  Telle  est  la  teneur  delà  pièce  suivante 
qui  est  actuellement  en  ma  possession. 

Mons'  le  trésorier,  nous  avons  vcu  les  lettres  et  responce 
que  avez  faicte  à  Qervoye,  roy  d'armes  en  l'ordre  du  Roy, 
touchant  la  somme  de  quinze  escuz  d'or  qu'il  vous  a  de- 
mandée pour  ses  peines  et  vaccadons  qu'il  a  fait,  esté  et 
assisté  es  obsèques  de  feu  Monseigneur  le  duc  de  LongueviUe, 
que  Dieu  absoille,  dont  sommes  exécuteurs,  ainsi  que  à 
chasam  de  ses  compaignons  a  esté  tauxé.  Et  pource  queicelles 
obsèques  parfaictes  le  Roy  incontinant  envoya  ledict  Qervoye 
à  Marceilie  en  Prouvence  pour  conduire  et  mener  de  sa  ville 
de  Paris  audict  Marceille  aucuns  prisonniers  pour  armer  ses 
gallères,  au  moyen  duquel  voyage  et  commission  et  pour  son 
absence  iedia  Qervoye  n'a  esté  payé  comme  ont  esté  sesdicts 
compaignons,  à  ceste  cause,  pour  l'amour  et  descharge  dudict 


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8  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

feu  Monseigneur  le  duc  de  Longueville  et  de  nous,  pour 
payement  et  récompense  de  sesdictes  peines  et  vaccacions, 
nous  vous  prions  et  néantmoins  mandons  que  audict  Qervoye 
payez  et  délivrez  comptant  ladiae  somme  de  quinze  escuz 
d'or,  laquelle  somme  luy  avons  tauxée  et  ordonnée,  tauxons 
et  ordonnons  comme  aux  autres  ses  compaignons  par  ces 
présentes  signées  de  nostre  main,  lesquelles  en  rapportant 
avec  quictance  ou  recongnoissance  dudict  Clervoye  ladicte 
somme  vous  sera  allouée  en  voz  comptes  sans  difficulté. 
Escript  à  Paris  le  VIII  jour  de  julhet  Tan  mil  cinq  cens  et 
trcze. 


/^^iù^)7<im 


Le  premier  signataire  de  cette  pièce,  Guillaume  de  Montmorency, 
fils  de  Jean  II,  fut  conseiller  et  chambellan  des  rois  Giarles  VIII, 
Louis  XII  et  François  V^,  Il  mourut  le  24  juillet  i53i.  Son  fils,  Anne, 
devint  connétable  de  France. 

Le  second  des  exécuteurs  testamentaires  du  duc  de  Longueville, 
François  de  Rochechouart,  premier  chambellan  du  duc  d'Orléans, 
s'attacha  à  la  fortune  de  ce  prince  qui  le  fit  grand-maître  des  eaux  et 
forêts  du  duché  de  Valois.  Quand  le  duc  d'Orléans  fut  monté  sur  le 
trône  et  s'appela  Louis  XII,  il  n'oublia  pas  son  fidèle  serviteur;  il  lui 
donna  succe^ivement  les  charges  de  maîti:e  des  eaux  et  forêts  du  Lan- 
guedoc (6  août  1 5o3)  et  de  sénéchal  de  Toulouse  (5  octobre  i  Soi).  Il 
renvoya,  en  1 5o6,  en  ambassade  auprès  du  roi  des  Romains  Maximilien. 
L'année  suivante  François  de  Rochechouart  s'illustra  par  son  courage 
au  siège  de  Gènes,  et,  quand  cette  place  fut  tombée  en  notre  pouvoir', 
il  en  devint  gouverneur  (octobre  i5o8).  Il  ne  quitta  cette  ville  que  le 
20  juillet  iSia,  chassé*  par  les  habitants  révoltés  contre  l'autorité  fraa- 
çaise.  Sous  François  I^^^,  il  remplit  plusieurs  missions  diplomatiques  â 
Venise  et  à  Bruxelles  et  fut  gouverneur  de  la  Rochelle.  Il  mourut 
le  4  décembre  i53o. 


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FÊTES    DE   BRUNOY 

en  1776 


Pièce  relative  aux  sommes  payées  par  le  comte  de  Provence,  depuis 
Louis  XVIII,  pour  les  fêtes  qu'il  donna,  le  dimanche  6  octobre  1776, 
à  son  ûrèfie  Louis  XVI  et  à  sa  belle-sœur  Marie-Antoinette  dans  son 
château  de  Brunoy. 

FÊTES  DE  BRUNOY 
.6  octobre  1776. 

État  des  sommes  que  Monsieur  veut  être  payées  aux  mu- 
siciens de  la  Comédie  italienne,  qui  y  sont  dénommés,  pour 
avoir  assisté  aux  fêtes  qu^il  a  données  au  Roi  et  à  la  Reine,  le 
dimanche  6  octobre  1776. 

Savoir  : 

Au  s.  Le  Bel,  pour  deux  jours  et  une  répétition.  60  »  » 

Au  s.  Loyset,  pour  deux  jours 48*  »  » 

Au  s.  Le  Febvre,  pour  deux  jours 48  »  » 

Au  s.  Hobault,  pour  deux  jours 48  »  » 

Au  s.                 pour  avoir  fait  la  répétition.  .  6  »  n 

Au  s.                              id.                           .  .  6  »  » 

*    Au  s.  Lambert,  pour  avoir  passé  une  nuit.  .  .  12  »  » 

Total 228    »  » 


Le  dit  état  certifié  du  s.  Berton  le  9  octobre  1 776. 
Il  est  ordonné  à  M*  Denis-Pierre- Jean  Papillon  de  la  Fçrté, 
TOME   ni  2 


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10  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOtIQUES 

trésorier  général  de  nos  finances,  de  payer  coii^>tant  au 
s.  Berton,  surintendant  de  la  musique  du  Roy,  la  somme  de 
deux  cent  vingt-huit  livres,  pour  être  répartis  aux  personnes 
dénommées  au  dit  état  et  conformément  à  icelui,  de  laquelle 
somme  de  deux  cent  vingt-huit  livres  il  sera  tenu  compte  à 
mon  dit  trésorier  général,  en  rapportant  avec  la  présente  le 
dit  état  quittancé.  Fait  à  Fontainebleau  le  28  octobre  1776. 

Comptant  au  trézor  de  Monseigneur, 
Louis^Stanisuls-Xavibr. 

Pour  acquit, 

Bbrton. 


Pierre-Montan  Berton,  qui,  comme  surintendant  de  It  musique  du 
Roi,  apposa  son  acquit  sur  cette  pièce,  était  né  en  1727.  Il  mourut  en 
1780,  laissant  un  fils,  Henri,  qui  fut  un  compositeur  habile  et  devint 
membre  de  l'Académie  des  Beaux-Arts. 


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GÉRARD  VAN  OPSTAL 


Traité  par  lequel  Gérard  van  Opstal,  sculpteur  ordinaire  du  Roi, 
s'engage  vis-à-vis  de  Pierre  Touxet,  juge  et  garde  en  la  monnaie  de 
Paris,  à  Êdre  une  Uble  d'autel  de  menuiserie  pour  le  grand  autel  de 
l'église  des  Célestins  de  Mantes,  et  ce  moyennant  la  somme  de  quinze 
cents  livres  tournois. 


Par  devant  les  notaires  au  Chastelet  de  Paris  soubzsignez 
tut  présent  en  sa  personne  Gérard  Vimopstal,  sculpteur  ordi- 
naire du  Roy,  demeurant  à  Paris  rue  des  Thuileries,  paroisse 
Sainct-Germain  de  FAuxerrois,  lequel  a  voUontairementpromis 
et  promet  à  M*  Pierre  Touzet,  juge  et  garde  en  la  monnoye  de 
Paris,  y  demeurant  susdicte  parroisse  Sainct'-Germain,  à  ce 
présent  et  acceptant,  de  foire  et  parfaire  bien  et  deuement,  au 
dire  d'ouvrfers  et  gens  à  [ce]  cognoissans,  une  table  d^autel  de 
menuiserie  pour  servir  au  grand  autel  de  Tesglizé  des  Pères 


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12  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOEIQUES 

Cellestins  lez  Mantes,  au  lieu  de  celuy  qui  est  à  présent,  la- 
quelle menuiserie  sera  aornée  de  sculpture  et  peinte  en  façon 
de  marbre,  dorée  aux  lieux  et  endroictz  que  Ton  jugera  à  pro- 
pos, au  milieu  de  laquelle  table  d'autel  sera  mis  un  tableau 
peint  sur  thoiUe,  de  neuf  pieds  de  hault  sur  sept  de  large^  où 
sera  représenté  Jésus-Christ  qui  donnera  les  defe  de  son  es- 
glize  à  Sainct-Pierre,  le  tout  suivant  le  dessein  qui  en  a  esté  faict 
par  ledict  s'  Vanopstal,  présentement  rq>résenté  et  paraphé 
ne  varietur  par  luy  et  par  les  notaires  soubzsignez.  Et  pour  ce 
faire  sera  tenu  de  fournir  tant  le  bois  que  peinture,  paier  peine 
d'ouvriers  et  toute  les  autres  choses  qu'il  conviendra  pour  la 
perfection  de  ladicte  table  d'autel  selon  ledict  dessein,  mesme 
icelle  ftiire  poser  à  ses  frais  et  despens  en  ladicte  esgli2e  des  Cel- 
lestins lez  Mantes  tant  par  luy  que  par  les  ouvriers  qui  auront 
scellé,  travaillé  dedans,  le  jour  de  Noël  prochain,  et  au  plus 
tàrt  au  jour  de  Chandelleur  ensuivant.  Ceste  promesçe  faicte 
moyennant  la  somme  de  quinze  cens  livres  tournois  pour  toutes* 
'  choses  générallement  quelconques^  soit  pour  lesdictes  fourni- 
tures et  matières  qui  seront  employées  pour  faire  lesdicts  ou- 
vraiges  que  pour  les  façons  de  luy  et  de  ses  ouvriers,  mesme 
pour  le  port  de  la  voiture  desdicts  ouvraiges  de  ceste  ville  de 
Paris  audict  Mantes,  placez  et  mis  en  œuvre  comme  dit  est. 
Sur  laquelle  somme  ledict  Vanopstal  confesse  avoir  eu  et  receu 
*dudict  sieur  Touzet  qui  luy  a  baillée  et  payé  en  louis  d'argent 
et  réaux  [en]  présence  desdicts  notaires  soubzsignez  la  sonmie . 
de  mil  livres,  dont  quittance,  et  pour  les  dnq  cens  livres  res- 
tans  ledict  sieur  Touzet  promet  et  s'oblige  les  bailler  et  payer 
audict  sieur  Vanopstal  ou  au  porteur  en  ceste  ville  de  Paris 
auss3rtost  que  ladicte  table  d'autel  sera  faicte,  parfoicte,  posée 
et  mise  en  œuvre  en  ladicte  esglize  des  Cellestins,  et  pour  l'exé- 
cution des  priésentes  lesdictes  parties  ont  esleu  leur  domicilie 
irrévocable  eh  ceste  ville  de  Paris  ès-maisons  où  ilz  sont  de- 
meurans,  où  îlz'veuUent,  etc.,  soyent,  etc.,  promettans,  obli- 
geans  chacun  en  droict,  soy  renonceant,  etc.  Faict  et  passé  à 


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GERARD  VAN  OPSTAL  l3 

Paris  ès-^tudes  des  notaires  soubzsignez  l'an  mil  six  cens  cin- 
quante-deux le.  Yingt<mquiesme  jour  de  juillet,  et  ont  signé  : 


De  Beaufort. 


De  Beauvais. 


Gérard  van  Osptal,  né  à  Bruxelles  vers  1604,  fut  un  des  douze 
anciens  de  l'Académie  royale  de  peinture  lors  de  sa  créatioil,  en  1648. 
On  lui  doit  plusieurs  travaux  importants,  entre  autres  toute  1& 
sculpture  décorative  de  la  galerie  de  l'Hôtel  Lambert.  Il  mourut  à 
Paris  le  !•■  août  1668,  à  l'âge  de  64  ans. 

Le  peintre  Ga3pai;d-Jacques  van  Opst^l,  dont  plusieurs  tableaux 
ornent  les  églises  de  Flandre,  entre  autres  la  cathédrale  de  Saint-Omer, 
était  neveu  du  sculpteur  Gérard.  Né  à  Anvers  en  1660,  il  mourut 
en  1724. 


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MARIAGE  DE  LOUIS  XV 


Le  5  avril  1725  le  duc  de  Bourbon,  alors  premier  ministre,  renroja 
en  Espagne  Tinâmte,  ftgée  de  sept  ans,  destinée  pour  épouse  à  Louis  XV. 
Le  dimanche  27  mai  suivant  le  jeune  roi  déclara,  après  son  dîner,  son 
mariage  avec  la  princesse  royale  de  Pologne  (i).  Marie  L^cânska,  fille 
de  Stanislas  Leczinski,  chassé  de  son  royaume  par  Auguste  II,  malgré 
la  protection  de  Charles  XII,  était  née  le  23  juin  1703.  Elle  avait  vingt- 
deux  ans  quand,  par  la  volonté  du  duc  de  Bourbon  et  surtout  de  là 
maîtresse  de  ce  prince,  madame  de  Prie,  elle  fut  appelée  à  devenir  reine 
de  France  (2).  Si  Stanislas,  pauvre  prince  déchu,  fut  justement  surpris 
de  cette  rare  fortune,  on  n*en  fut  pas  moins  étonné  à  la  cour  de  Louis  XV. 
Cette  alliance,  disait-on,  était  peu  convenable  pour  le  Roi,  d'autant  plus 
que  la  maison  Leczinski  n'était  pas  une  des  quatre  grandes  noblesses  de 
Pologne  (3).  Mais  peu  importait  le  sentiment  public.  Le  19  juillet  les 
articles  du  mariage  furent  signés  i  Paris,  par  le  garde  des  sceaux  dr 
France,  le  maréchal  de  Villars,  les  comtes  de  Maurepas  et  de  Morville, 
secrétaires  d'État,  et  le  contrôleur  général  des  finances  Dodun,  pour 
Louis  XV,  et  par  le  comte  de  Tarlo,  pour  le  roi  Stanislas.  Le  22  du  même 
mois  le  Roi  envoya  l'ordre  du  Saint-Esprit  à  son  futur  beau-père,  et 
le  4  août  le  duc  d'Antin  et  le  marquis  de  Beauvau  firent,  à  Strasbourg, 
la  demande  officielle.  Le  9  Louis  XV  signa,  dans  son  cabinet,  le  contrat 

(1)  Journal  de  Barbier,  édition  de  U  Sodéii  àt  THiftoir*  de  France,  1 1,  p.  919. 

(a)  Mémoiret  secrets  de  Dmclos,  oollectioii  Michaod.  t.  XXXIV. 

(3)  Voici  le  ptttage  da  Joitmal  de  Barbier  qvâ  reltte  ce  (ait  (t.  I,  p.  919)  : 

c  Dimanche^  37  (mai),  après  ton  dtner,  le  roi  a  déclaré  ion  mariage  ayec  la  princesse 
royale  de  Pologne  qui  est  la  princesse  Leczinska,  fiUe  da  roi  Stanislas.  Ce  mariage  étonne 
tout  le  monde.  Il  ne  convient,  en  effet,  en  aucune  Ciçon,  au  roi  de  France,  d'autant  que  k 
maison  Leczinski  n'est  pas  une  des  quatre  grandes  noblesses  de  Pologne.  Gela  fait  de  simples 
gentilshommes,  et  c'est  une  ortune  étonnante  pour  cette  princesse.  • 


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MARIAGE  DE  LOUIS  XV  l5 

de  mariage  et  créa  le  comte  de  Tarlo  chevalier-commandeur  de  Tordre 
du  Saint-Esprit  (i).  Le  1 5  le  duc  d'Orléans  épousa,  au  nom  du  Roi, 
Marie  Leczinska  dans  la  cathédrale  de  Strasbourg  :  la  cérémonie 
nuptiale  fut  célébrée  par  Tarchevêque-duc  de  cette  ville,  le  cardinal  de 
Rohan,  qui  harangua,  selon  Tusage,  la  nouvelle  reine  (2).  Le  17  celle- 
ci  sortit  de  Strasbourg  au  bruit  du  canon  et  devant  toute  la  garnison 
rangée  sous  les  armes.  Elle  coucha  à  Saveme  dans  le  palais  du  cardinal 
de  Rohan  qui  la  reçut  avec  la  magnificence  coutumière  à  cette  illustre 
£uniile.  Le  lendemain  elle  quitta  Saverne,  arriva  le  ai  à  Metz,  où  elle 
séjourna  jusqu'au  24  au  milieu  des  réjouissances  publiques,  passa  à 
ChMons  le  28,  coucha  le  3o  à  Vertus  et  le  3 1  à  Sézanne,  et  arriva  le 

4  à  Montereau,  après  avoir  traversé  Villenoce  et  Provins  (3).  De  là  elle 
se  rendit  à  Moret  :  Louis  XV  avait  le  4  au  matin  quitté  Fontainebleau 
avec  les  princesses  de  la  Cour  pour  aller  au-dessus  de  Moret  dans  la  plaine 
de  Montarlau,  et  il  attendait  son  épouse  sur  la  petite  montagne  de  Tré- 
panton  (4).  Les  chemins  étaient  épouvantables.  A  la  rencontre  des 
deux  carrosses  on  jeta  par  terre  un  tapis  et  un  carreau.  La  reine  des- 
cendit et  voulut  se  mettre  à  genoux,  mais  le  Roi,  qui  s'était  avancé 
au-devant  d'elle,  la  releva  et  l'embrassa  sur  les  deux  joues  avec  une 
vivacité  qu'on  ne  lui  connaissait  pas.  La  reine  remonta  alors  dans  son 
carrosse  où  la  suivirent  le  Roi  et  la  duchesse  d'Orléans,  et  ils  chemi- 
nèrent ensemble  jusqu'à  Moret.  Là  le  Roi  causa  avec  sa  femme  pendant 
tme  demi-heure,  et  montra  une  exquise  politesse.  Puis  il  rentra  à  Fon- 
tainebleau, tandis  que  la  Reine  restait  à  Moret,  qu'elle  ne  quitta  que  le 

5  septembre  au  matin.  Elle  arriva  à  Fontainebleau  sur  les  dix  heures 
et  monta  droit  à  son  cabinet  où  durant  trois  heures  on  lui  fit  sa  toi- 
lette. Toute  la  cour  y  vint  lui  rendre  visite  et  fut  reçue  avec  beaucoup 
de  grâce.  Pendant  ce  temps  Louis  XV  envoya  plusieurs  fois  savoir  quand 
la  toilette  serait  terminée  (5).  Enfin  les  deux  époux  furent  conduits 
dans  la  chapelle  du  château  où  le  cardinal  de  Rohan  leur  donna  la 
bénédiction  nuptiale  (6).  Après  le  dîner  ib  allèrent  dans  la  salle  de  la 

(1)  Jàumal  historique  ou  Fastês  du  règne  de  Louis  XV,  surnommé  le  Bien^Aimé 
(ptr  le  président  de  Léry),  1757,  in-8. 

(3)  CL  Harangue  de  S,  A,  E,  Monseigneur  le  cardinal  de  Rohan  à  la  Reine  dePrance^ 
étant  la  cérémonie  du  mariage  célébré  en  Véglise  cathédrale  de  Strasbourg^  le 
iS  août  77^5,  in-4.  (Bibl.  nat,  Lb'f  961). 

(3)  Relation  des  cérémonies  observées  à'Voccasion  du  mariage  du  /{of; Paris, ta. 
bveta  d'adrcaee,  M.DCGUV,  iii-4  de  a6  pages.  (BiU.  nat,  Lb>*  367). 

(4)  Ato». 

(5)  Journal  de  Barbier^  1 1,  p.  117. 

(^  Journal  historique  do  président  de  L4vy. 


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l6  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

comédie  et  virent  Amphytrion  et  le  Médecin  malgré  lui  (i).  Ce  même 
jour  le  Roi  avait  écrit  au  cardinal  de  Noailles,  archevêque  de  Paris,  de 
£Eiire  chanter  le  Te  Deum  dans  l'église  Notre-Dame  pour  célébrer  ton 
mariage  (2).  -,        »  -    •       . 

Le  8  septembre  le  mémer  cardinal  vint  chanter  le  Te  Deum  dans 
yéglise  métropolitaine  de  Versatiles:  il  y  eut- un  feu  d'artifice;  devant 
l'Hôtel  de  ville  et  des  réjouissances  publiques  (3).  Le  10  Michei-Grîse- 
Roger  de  Bussy-Rabutin,  évéque  de  Luçon,  fils  d^  Tauteùrde  VHisieire 
amoureuse  des  GauleSy  harangua  le  Roi,  et  Michel  Poncet  .dé  JLm, 
Rivière,  évéque  d* Angers,  remplit  le  même  office  auprès' de  la  Reiçe^. 

On  reproduisit,  à  l'occasion  de  ce  .grand  événemenj^' l'effigie  .d^.  la 
nouvelle  reine,  et  on  distribua  au  peuple  une  image  grossière  représgi}- 
tant  une  femme  magnifiquement  vêtue  et  ornée  ^du  manteau  royal,  la 
main  droite  appuyée  sur  un  coussin  porunt  la  couronne  et  placé  sur 
une  table  couverte  d'un  tapis  fleurdelisé  où  les  armes  de  France  et  de 
Pologne  étaient  brodées.  On  lisait  au-dessous  cène  inscription  : 

c  Marie  Leszinsky,  reine  de  France,  fille  unique  de  Stanislas  I,roi4€ 
Pologne  et  de  Catherine  Opalinsky,  née  le  23  juin  iyo3.  Fu't.itfpousée 
pour  le  Roy  Louis  XV,  à  Strasboui^,  le  .i5  aoûst  lyaS,  par  S.  A%.R. 
Mgr  le  Duc  d'Orléans  I  Pr.'du  sang«  ». 
.  Hus  bas  ce  quatrain  : 

Les  peupiâi  au  iot  bt  a  la  EBOcf 

,  RégoéSf  beureaz  époox,  et  que  les  plus  beaux  jours  •  • .    ' 

De  votre  commun  Règne  accompagne  U  cours. 
Régnés  et  pour  remplir  tous  nos  désirs  ensemble 
Que  votre  amour  nous  donne  un  fils  qui  vous  resemUe; 

•  Un  exemplaire  de  ce  curieux  spécimen  de  Timagerie  populaire  du 
xyiii*  siècle  est  venu  en  mes  mains  et  j'ai  cru  devoir  le  faire'  repro- 

iluire(5).  '  '  * 

.(i)  Relation  dis  cérémonies  observées Ji  foecasiondu  mériage  du  R^y  p:  su.  '.  : 
(a)  Lettre  du  Roi  écrite  4  son  Énùnence  monseigneur  le  cardinal  de  Nouilles,  mTcke-* 
pêque  de  Paris,  pour  faire  ckamter  le  Te  Deum  dan$  Pégliêe^  Notre-Dame  poitr  le 
mariage  de  Sa  Majesté  (5  septembre);   Paris,  j!-B.  Delespine,  1735,  in-4.  (Bi^h  ma., 
Lb»  a68).  .    .      •       -  • 

(3)  Relation  des  cérémonies  observées  à  l'occasion  du  marlagodu  Roy^ 

(4)  Harangue  faite  au  roi,  â  Fontainebleau,  4e  to  sepêembrt  r^aS,  par  monseigneur 
révéque  de  Luçon  ;  Paris,  P.  Simob,  tyaS,  tn-4.  —  Harangue  faUe  à  la  reine,  à  Foutais 
nebleau,  le  10  septembre  i7s5,par  monseigneur  Fépêque  d'Angers i  P«rti,  P:  Sinon, 
1735,  in-4.  (Bibl.nat.,  Lb*«  370  et  271. 

(5)  Ccttei  mage  avait  été  recueillie  par  M.  Rathery  et  jointe  pur  fui  à  une  lettre  de  Iiottis  XV^ 


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_,    ^  - , -_- -  --EiNE  DE  France  , 


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JEAN    D^ORLÉANS 

COMTE  D'ANGOULÊME 


Louis  de  France,  duc  d'Orléans,  second  fils  du  roi  Charles  V,  fut 
assassiné  à  Paris,  rue  Barbette,  le  23  novembre  1407,  vers  neuf  heures 
du  soir,  par  des  gens  aux  gages  de  Jean-sans-Peur,  duc  de  Bourgogne. 
Il  laissa,  de  son  mariage  avec  Valentine  de  Milan,  trois  fils  :  Charles, 
né  en  iSgi,  qui  fut  le  père  de  Louis  XII  ;  Philippe,  comte  de  Vertus, 
Qé  en  1396;  Jean,  comte  d'Angoulême,  né  en  1404;  et  une  fille  : 
Marguerite,  née  en  1406,  qui,  mariée  à  Richard  de  Bretagne,  comte 
d'Étampes,  fut  la  grand'mère  d'Anne  de  Bretagne.  En  outre,  il  avait 
eu,  en  1402,  de  Mariette  d'Enghien,  femme  d'Aubert  de  Cariy,  un  fils 
naturel,  Jean,  comte  de  Dunois,  qui,  par  ses  exploits  guerriers,  illustra 
le  titre  de  bâtard  d'Orléans  (i). 

Le  troisième  de  ces  enûints,  Jean,  né  à  Orléans  le  26  juin  1404,  n'a- 
vait que  trois  ans  lors  du  meurtre  de  son  père  ;  Valentine  l'emmenait 
avec  elle  lorsqu'elle  allait  demander  vengeance  au  Roi,  espérant  que 
laspect  de  ce  petit  orphelin  inspirerait  la  pitié  (2).  Elle-même  mourut 
en  1408,  et  les  biens  du  duc  et  de  la  duchesse  d'Orléans  furent  partagés 
entre  les  héritiers.  Jean  eut  en  partage  les  comtés  d'Angoulême  et  de 
Périgord.  Le  24  juillet  1411,  les  trois  frères  accusèrent  formellement  le 

(i)  La  vie  de  très-illustre  et  vertueux  prince  Jian  conte  cTAngoulesme,  Aïeul  du  grand 
roy  François^  dédiée  à  Monseigneur  le  duc  d'Espemon,  par  Jean  Du  Port,  sieur  des 
Rosiers,  conseiller  du  Roy  en  la  Seneschaucée  et  siège  Presidial  d'Angoulmoys;  Angou- 
Ufloe,  i589,  in-4.  —  Nouvelle  éditiob  donnée  par  Eosèbe  Castaigne  en  i853.  Cf.  le  ubieau 
généalogique  qui  se  trouve  à  la  fin  de  cet  ouvrage. 

(3)  Idem,  p.  4. 

TOME   IV  3 


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l8  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

duc  de  Bourgogne  d'avoir  assassiné  leur  père  et  lui  envoyèrent  un  car- 
tel (i).  De  là,  une  guerre  entre  les  ducs  d'Orléans  et  de  Bourgogne;  le 
premier  sollicita  Tappui  des  Anglais  et  leur  promit  240,000  écus  pour 
soudoyer  une  armée.  Après  des  succès  divers,  la  paix  fut  conclue  et 
les  Anglais  congédiés,  mais  le  duc  d'Orléans  devait  encore  100,000  écus 
et,  pour  répondre  du  paiement  de  ceue  somme,  il  donna  en  otage  son 
plus  jeune  frère  Jean,  comte  d'Angouléme,  âgé  de  neuf  ans.  Ce  prince 
fut  donc  emmené  en  Angleterre  en  novembre  1412.  Sa  délivrance  ne 
devait  pas  être  prochaine,  car  le  duc  d'Orléans,  de  qui  elle  dépendait, 
fait  prisonnier  à  Azincourt,  vint  rejoindre  son  firère  dans  sa  captivité. 
Les  divisions  intestines,  la  conquête  presque  entière  du  royaume  de 
France  par  les  Anglais,  la  lutte  héroTque  contre  l'étranger  soutenue  à 
l'instigation  de  Jeanne  d'Arc,  la  dévastation  du  duché  d'Orléans  par 
l'ennemi,  au  mépris  de  la  foi  jurée,  empêchèrent  longtemps  qu'on  s'oc- 
cupât du  sort  des  prisonniers.  Le  traité  d'Arras,  en  143 5,  détacha  le 
duc  de  Bourgogne  de  l'alliance  anglaise  et  ménagea  sa  réconciliation 
avec  la  maison  d'Orléans.  Le  i3  mai  i436,  Charles  donna  procura- 
tion à  son  frère  le  bâtard  d'Orléans  pour  vendre  le  comté  de  Périgord, 
qui  appartenait  au  comte  d'Angoulème.  Du  prix  résultant  de  cette 
vente,  quatorze  mille  salus  devaient  servir  à  rembourser  le  bâtard  de 
ce  qu'il  avait  avancé  pour  ce  dernier,  et  le  reste  devait  être  affecté  au 
rachat  des  deux  frères  (2).  En  1440,  Charles  fut  enfin  mis  en  liberté 
moyennant  une  rançon  de  400,000  écus,  mais  le  comte  d'Angoulème 
resta  encore  en  Angleterre.  Ce  prince,  dans  sa  prison,  avait  occupé  son 
temps  à  s'instruire  :  puisant  dans  la  lecture  des  livres  saints  la  résigna- 
tion nécessaire  pour  supporter  une  si  longue  captivité,  il  fit  un  recueil 
en  latin  des  plus  beaux  préceptes  de  la  philosophie  et  l'intitula  le  Coton 
moralisé.  Ami  des  lettres,  il  composait  des  vers,  comme  son  frère,  mais 
non  avec  un  égal  talent.  Plusieurs  volumes  écrits  de  sa  main  ou  pro- 
venant de  sa  bibliothèque  nous  ont  été  conservés  (3).  L'un  deux,  écrit 

(i)  Le  texte  Téritable  de  ce  ck>cameiit  a  été  publié  en  note  par  M.  Castaigne  dans  son 
édition  du  livre  de  Du  Port  à  la  page  i(). 

(a)  Cette  lettre,  datée  de  Londres,  figurait,  soua  le  n«  289,  dans  une  vente  £ute,  le  8  mars 
1867,  par  mon  père.  Voici  l'analyse  du  caulogue  : 

«  Procuration  donnée  à  Jean,  bâtard  d'Orléans,  son  firère,  pour  la  vente  du  comté  de  Pé- 
rigord. Le  duc  veut  que,  sur  le  prix  qu'on  en  retirera,  le  bAtard  prenne  la  somme  de 
14,000  sa1u2,  •  laquelle  somme  il  a  bailUée  et  fait  baillier  par  deçà  pour  le  fidt  de  la  délivrance 
de  beau«firère  d'Engolesroe  par  les  mains  du  comte  de  Suffolk.  >  Le  reste  de  Targent  devra 
servir  c  au  bien  et  délivrance  de  nous  et  de  notre  dit  firère  d'Engolesme.  • 

(3)  a.  le  beau  Uvre  de  M.  Léopold  DeUsle  :  Le  Ca  binet  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
impériale^  1. 1,  p.  147. 


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JEAN  D'ORLÉANS,   COMTE  d'aNGOULÊME 


Ï9 


tout  entier  de  la  main  du  prince,  s'appelle  Meditaciones  Francisci 
Petrarche  (i),  et  porte  sur  la  garde  en  vélin  ces  mots  : 

Iste  liber  constat  domino  Johanni  Aurelianensi  comiti  Engolismensi, 

Jehan. 

Le  livre  est  rédigé  en  latin  :  seule  une  oraison  est  rimée  en  fran- 
çais. Je  l'ai  crue,  malgré  sa  médiocrité  littéraire,  digne  d'être  publiée, 
parce  qu'elle  marque  bien  le  génie  mystique  du  prince,  qui  édifia  si 
bien  ses  contemporains  qu'il  mérita,  dit-on,  d'être  proposé  pour  succé- 
der à  Eugène  IV  (2),  déposé  par  le  concile  de  Bâle. 


ORATIO  AD  CRUCIFIXUM 


Saint  sauveur  très  doulz  Jehu  Crist 
Conceu  du  saint  esperit 
Et  né  de  la  Vierge  Marie, 
Très  doulz  saulveur  je  te  prie 
Qu'il  te  plaise  à  saulver  mon  ame 
Et  mon  corps  garder  de  diffame. 
Humblement  te  pri  et  requier      ' 
Que  tu  me  gardes  d'encombrier. 
Saint  salveur^  par  ta  grant  puissance 
Sauve  mes  biens  et  ma  substance, 
Veulles  moy  saver  mes  amis 
Desfen  nous  de  nos  anemis 
Et  ta  sainte  grâce  nous  donne. 
Saint  saulveur,  seconde  persone 
De  la  benoite  trinité, 
Une  gloire,  une  déité, 
Une  puissance,  une  excellance, 
Ung  dieu,  ung  roy,  une  puissance. 
Dieu  sans  fin,  sans  conmencement, 
Qui  créas  tout  le  firmament, 
Biau  sire  Dieu,  gardes  moy  hui 


De  mal,  de  péchié  et  d'anui, 
De  honte,  de  mal  fait,  de  folie, 
De  courrons,  d'orguel  et  d'envie. 
De  maie  perte  et  de  pesance 
Et  de  toute  autre  meschance, 
De  mal  dire,  penser  ne  faire. 
Me  défens,  roy  débonnaire. 
Roy  précieus,  plain  d'amistié, 
Conseille  moy  par  ta  pitié. 
Des  yeux,  du  cuer  me  regarde, 
Corps  et  ame  met  en  ta  garde. 
Maintien  moy  en  bonne  créance, 
En  charité,  en  pacience, 
Et  me  maintien  en  tous  bons  &is 
Et  me  garde  de  tous  méfiais. 
Et  ce  que  j'ay  méfiait,  biau  sire, 
Sy  comme  tu  es  souverain  mire. 
Par  ta  grant  douceur  me  pardone 
Et  par  confession  me  donne 
Repentence  de  mes  péchiés 
Dont  tout  mon  corps  est  entechiés. 


(1)  Bibl.  nai.,  F.  Ut.  3638.  Ce  manascrit  est  sor  papier  et  a  i3i  feoillets.  — Le  xns».  1802 
dn  Foods  français  porte  au  folio  f4S  verso  la  mention  :  Ce  livre  est  au  duc  ^Orlians^ 
soÎTie  des  signatures  du  duc  et  de  son  frère  le  comte  d*Ângoal£roe. 

{1)  Vieda  oomte  d'Angoulême  par  J.  Dnport,  p.  38. 


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20 


RtVUE  DES  DOCOMBNTS  HISTORIQUES 


Que  par  ycelle  repentence 

Puisse  avoir  à  toy  acordance 

Des  péchiés  que  j'ay  fait  mesmaie, 

Sire  Dieu,  com  je  mefibit  aye, 

De  courous  ou  de  félonnie 

Ou  de  convoitise  ou  d'envie 

Ou  de  veoir  ou  de  sentir 

Ou  de  jurer  ou  de  mentir 

De  langue,  de  dens  ou  de  bouche, 

Ou  de  dire  vilain  reprouche. 

Des  ieuz,  d'ouir,  de  cuer,  de  mains. 

De  corps,  de  pies,  de  bras,  de  rains, 

Ou  en  veillant  ou  en  dormant, 

Ou  en  beuvant  ou  en  mengent 

Ou  en  quelconque  autre  manière, 

De  tout  mon  cuer  te  fois  prière, 

De  tout  mon  povoir  je  te  pri 

Que  tu  ayes  de  moy  mercy. 

Et  si  me  donnes  consaii  tel 

Que  ne  chée  en  péchié  mortel 

Et  gardes  de  toutes  folies 

Tous  mes  amis  et  mes  amies , 

Tous  ceulx  qui  onques  bien  me  firent 

Et  enseignèrent  et  nourrirent 

Et  de  qui  lez  biens  sont  venu 

Dont  je  vis  et  ay  vescu, 

Tous  ceus  qui  croient  en  ta  loy 

Et  pour  qui  prier  je  doi. 


Par  ta  duceur,  par  u  £raqçhise, 
Tous  nous  atoume  à  ton  service 
Et  nous  &y  à  toy  si  pencer 
Par  quoi  nous  puissons  trespasser 
Par  my  lez  choses  terrienes 
Pour  aler  auz  celestienes 
La  sus  par  la  plus  droite  voie 
Où  tu  es  en  parfieûte  joie, 
En  paradis  où  tu  as  mis 
Tes  sains,  tes  elleus,  tez  amis, 
Ceus  et  celles  qui  passés  sont 
En  Taultre  siècle  de  cest  mont 
Dez  quelz  lez  âmes  paine  sentent 
Et  ta  miséricorde  atendent 
Par  la  prière  de  ta  mère 
*  De  qui  tu  es  et  filz  et  père. 
De  tous  sains  et  de  toutez  saintes 
En  soies  priés  à  mains  jointes 
Tous  mez  amis  et  mez  amies. 
Pardones  péchiés  et  folies, 
A  ton  service  nous  atoùme 
Et  de  mal  faire  nous  destoume, 
Donne  vraie  confession, 
Repentence  et  contricition. 
Et  nos  péchiés  tous  nous  pardonne 
Et  la  joie  sans  fin  nous  donne. 

Amen. 


En  1444  les  négociations  pour  la  délivrance  de  Jeiûi  furent  enfin 
commencées.  Le  12  mai,  on  fit,  à  Tours,  un  accord  entre  le  duc  d'Or- 
léans et  le  comte  de  Dunois,  d'une  part,  et  le  comte  de  SufTolk,  d^autre 
part.  Ce  dernier  agissait  au  nom  de  Jean  de  Beaufort,  duc  de  Somer^ 
set  (i),  dont  le  comte  d'Angouléme  était  le  prisonnier.  Moyennant  le 
paiement  comptant  de  12,000  salus  d'or  et  rengagement  des  ducs  d'A- 
lençon  et  de  Bourbon,  des  comtes  de  La  Marche  et  de  Dunois  et  du 
seigneur  de  Loheac  pour  65, 000  salus  d'or,  le  comte  d'Angouléme 
devait  être  élargi,,  comme  le  mentionne  le  document  suivant  (2). 

(1)  Jean  de  Beaufort  était  le  second  fila  de  Jean  d* Angleterre,  petit-fUa  d*Edoiiard  UI. 
(3)  BiU.  a«L,  F.  fr.  381 1,  n*  19.  Ce  docome&t  n*Mt  qn*ea  copie  dans  œ  recodL 


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JEAN  D^ORLÉÂNS,  COMTE  D^ANGOULÊME  2  1 

Âppoinctement  pris  entre  haultz  et  puissants  princes 
seigneurs  les  duc  d^Orléans  et  le  conte  de  Dunols  d'une  part, 
et  le  conte  de  Suffolk  comme  commis  et  ayant  pouvoir  à  ce  de 
par  hault  et  puissant  seigneur  le  duc  de  Sommercet^  d'autre 
part,  pour  venir  au  faict  de  la  dellivrance  et  eslargissement  de 
Jehan  d'Orléans,  conte  d'Angoulesme,  firère  dudît  duc 
d'Orléans,  estant  à  présent  hautage  et  pleige  ez  mains  dudit  duc 
de  Sommercet  pour  certaine  grande  somme  de  deniers,  et  affin 
que  ledit  conte  d'Angoulesme  puisse  en  sa  personne  aller 
devers  ses  parens  et  amis  poursuivre  son  fait  et  sadite  finance, 
ledit  âppoinctement  faict  et  accordé  en  la  manière  qui  s'ensuit, 
c'est  à  sçavoîr  que  lesdits  duc  d'Orléans  et  conte  de  Dunois 
payront  et  dellivreront  comptant  en  la  place  de  Chierbourg 
auidit  duc  de  Sommercet  ou  à  ses  commis  ou  de  ses  hoirs  ou 
ayans  cause  la  somme  de  douze  mil  salus  d'or  ou  six  mil  nobles 
d'or  et  de  poix  ou  la  valleur  et  pour  seureté  du  résidu  de  ce  qui 
pourra  devoir  ledit  conte  d'Angoulesme,  lesdits  duc  d'Orléans 
et  conte  Dunois  dellivreront  et  bailleront  les  scellez  des  sei- 
gneurs <jui  s'ensuivent,  c'est  à  sçavoir  le  scellé  dudit  duc  d'Or- 
léans pour  la  somme  de  vingt  mil  salus  d'or,  le  scellé  du  duc 
d'Alençon  pour  la  somme  de  dix  mil  salus  d'or,  le  scellé  du 
duc  de  Bourbon  poiu*  la  somme  de  dix  mil  salus,  le  scellé  du 
conte  de  la  Marche  pour  la  somme  de  dix  mil  salus,  le 
scellé  dudit  conte  de  Dunois  pour  la  somme  de  dix  mil  salus,  le 
scellé  du  seigneur  de  Loheac  pour  la  somme  de  cinq  mil  salus 
d'or,  le  scellé  dudit  conte  d'Angoulesme  seul  et  pour  le  tout, 
lesquels  scellez  se  montent  à  la  somme  de  soixante  et  cinq  mil 
salus  d'or,  sans  celuy  dudit  conte  d'Angoulesme,  et  avec  ce 
pour  plus  grande  seureté  la  petite  croix  qui  autrefoys  a  esté 
baillée  en  gaige  pour  le  faict  dudit  conte  d'Angoulesme,  de- 
mourée  ez  mains  dudit  duc  de  Sommercet  ou  de  sesdîts  hoirs 
ou  ayans  cause  ou  commis  pour  le  poix  qu  elle  sera  ou  pourra 
estre  prisée  par  marchans  indifférans  et  en  fournissant  les  choses 
dessusdites,  tous  autres  appoinctementz  par  cy  devant  faitz  et 


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22  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

pris  pour  cause  dudit  eslargissement  annuliez  et  mis  au  néant, 
sera  tenu  ledit  conte  de  Suffolz  d'eslargir  ou  £aire  eslai^  la  per- 
sonne dudit  conte  d'Angoulesme  et  mettre  en  sa  liberté  par 
ledit  duc  de  Sommercet  ou  sesdits  hoirs  ou  ayans  cause  ou 
commis,  afBn  qu^il  puisse  en  sa  personne  aller  devers  ses  parens 
et  amis  poursuivre  son  £ait  comme  dit  est  et  tout  ce  que  dit 
est  dessus,  tenir,  entretenir  et  accomplir  de  la  part  de  nous 
Chartes  d'Orléans  et  Jehan, bastard  d'Orléans,  conte  de  Dunois, 
dessusdits,  avons  promis  et  promettons  par  ces  présentes  en  ce 
qui  nous  touche  par  la  foy  et  serment  de  nos  corps  et  sur  nostre 
honneur  et  Tobligation  de  tous  et  chacuns  nos  biens  meubles  et 
immeubles  et  de  nos  hoirs  et  ayans  cause  présens  et  advenir. 
En  tesmoing  de  ce  nous  avons  signé  ces  présentes  de  nos  seings 
manuels  et  icelles  fait  sceller  des  sceaux  de  nos  armes.  Faia  et 
passé  en  la  ville  de  Tours  le  douziesme  jour  du  moys  de  mai 
Tan  de  grâce  mil  quatre  cent  quarante  quatre. 

Ainsi  signé  :  Charles,  J.  bastard  d'Orléans,  et  scellé  de  deux 
sceaux  de  dre  rouge. 

Le  duc  de  Somerset,  à  qui  la  somme  devait  être  remise,  étant  mort 
le  27  mai  1444,  Texécudon  de  Taccord  précédent  fut  encore  retardée. 
Jean  fut  amené  à  Cherbourg  d'où  il  adressa  le  1 1  juin  une  lettre  sup- 
pliante au  bâtard  d'Orléans  (i).  Le  28  du  même  mois  il  adressa  à  son 
frère  une  nouvelle  lettre  dont  je  puis  donner  le  texte,  grâce  à  la  gra- 
cieuse obligeance  de  M.  Eugène  Minoret,  qui  m'a  communiqué  Tori- 
ginal. 

(0  Lt  co|^  de  cette  lettre  tTtit  été  faite  ptr  M.  Rtthery  et  fointe  par  lui  à  rautre  lettre 
ori^^e  que  je  publie.  En  Toid  le  texte  : 

•  A  mon  très  chier  et  très  amé  frère  le  bastart  d'Orléans,  conte  de  Danois. 

«  Très  chier  et  très  amé  frère  bastard,  veulliés  savoir  qae  ay  sceo  par  mestre  Pierre  des 
Caves  et  Coingac  Tapointement  qoi  par  vostre  bon  moyen  a  esté  prins  avecqoes  mon  cousin 
de  Southfollz  toocbant  mon  fiait.  L'apointement  est  très  bon,  œ  ne  fust  Tinconvénient  de  la 
mort  du  duc  de  Somerset,  mon  maistre,  nonobstant  ce  qu'il  a  esté  trouvé  façon  entre  mon- 
dit  cousin  de  SouthfolU  et  ma  garde,  tellement  que  Tapointement  se  entretient  et  ne  rompera 
point,  se  la  fiiultene  vient  de  nostre  costé,  corne  pourrés  savoir  par  ledit  des  Caves  qns  veulliés 
croire  de  ce  qu'il  vous  dira  de  par  moy,  et  lequel,  ponrceque  Coingac  demeure  pié  a  pié 
avecques  mondit  cousin  de  Southfollx,  y  ay  chargé  de  poursuivre  et  solliciter  mon  fidt  envers 


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JEAN  D^ORLÉANS,   COMTE  d'âNGOULÊME  23 

Très  chier  frère,  J'ay  sceu  par  Coîngac  que  il  fault  que  soies 
obligié  pour  moy  à  plusieurs  seigneurs  pour  lez  sellés  qu^il  me 
fault  avoir  et  aucy  pour  les  douze  mille  saluz  qui  me  convient 
avoir,  comme  vous  maimes  en  avez  fait  Tapointement  aveques 
mon  cousin  de  Southfolk,  si  vous  prie  tant  de  cuer  que  plus 
puis  que  à  ce  faire  ne  veuilles  rien  espargnier,  et  je  vous  pro- 
met par  ma  foy  vous  en  dédomagier  envers  tous,  comme  tenu 
y  seré.  Et  pour  ce  je  vous  prie  de  rechief  que  veuilles  faire 
diligence  que  le  faia  de  ma  délivrance  à  ceste  fois  soit  mené 
à  fin  qui  par  vous  a  esté  commancé,  comme  en  vous  en  ay 
parfaite  fiance,  et  moy  délivré  vous  me  trouvères  bon  frère. 
Escript  à  Chierbourg  le  xxvin*  jour  de  juing. 


Je  voudrois  que  vous  tenissiés  à  la  court  du  Roy  plus  que 
ne  faites,  car  à  mon  avis  ce  seroit  vostre  profit  et  nostre  grant 
bien,  comme  vous  dira  Coingac. 

A  mon  frère  le  bastart  d'Orlians. 


monsieur  mon  frère  et  envers  vous,  et  poor  ce  que  par  ledit  Coingac  je  ay  tceu  plusieurs 
choses  et  que  principalement  par  vostre  moyan  ma  délivrance  ce  treuve,  et  ce  elle  sortit 
eflfect  a  ceste  fois  je  congnois  que  vous  en  estes  cause.  Sy  vous  prie  et  tant  afEBCtueusement 
que  plus  puis  que  à  ce  ne  veulUés  rien  espargner  et  prendre  en  vous  entièrement  toute  la 
conduite  de  la  chose,  laquelle  je  vous  balle  comme  à  celuy  à  qui  je  ay  et  bien  doy  avoir  plus 
parfaite  confiance  et  je  vous  promet  sur  ma  foy  que  en  toutes  choses  en  quoy  vous  vous 
obligeras  et  méterés  en  dengier  pour  moy  au  plaisir  de  Dieu^  je  vous  en  dédommageray  et 
garantiray  du  tout,  et  le  recongnestré  en  manière  que  me  trouvères  bon  et  loyal  frère.  Ce 
icet  nostre  Seigneur  qui  vous  doint  ce  que  vostre  cuer  désire  et  soit  garde  de  vouf,  Escript  à 
Chierboorg,  ce  XI*  jor  de  juing  [1444]- 

«  Le  conte  d'Engo"*  vostre  frère. 

«  JXHAM.  « 


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24  REVUr  DBS   DOCUMENTS  mSTOUQUES 

L'affiiire  traîna  encore  en  longueur,  car  le  comte  d'Angoulème  ne 
fut  remis  en  liberté  qu'en  mars  1445.  Le  3 1  de  ce  mois,  il  écrÎTit  de 
Louviers  au  bâtard  d'Orléans  pour  Tinformer  de  son  élargissement  (i). 

Je  me  recommande  à  vous. 

Très  chier  et  bien  amé  frère,  veuillez  savoir  que  au  jour 
duy  je  suis  eslargi  par  mon  cousin  de  SouthfoUz,  et  à  présent 
suis  à  Lovlers  sain  et  sauf,  au  quel  lieu  ay  esté  honorable- 
ment receu,  et  à  Taide  de  Dieu  je  vous  pence  briefment  veoir 
et  vous  remercyer  comme  celuy  qui  estez  cause  de  ma  déli- 
vrance, et  ce  m^a  asseuré  mon  cousin  de  Southfollz,  le  quel 
ce  recommande  à  vous.  Escrlpt  en  haste  à  Louviers  le  derre- 
nier  jour  de  mars. 

Vostre  frère  le  conte  d'Engo"* 
Jehan. 
A  mon  frère  de  Dunois. 

La  mise  en  liberté  définitive  n'eut  lieu  que  le  lendemain  à  Rouen. 
C'est  dans  cette  ville  que  fut  dressé  Tacte  officiel  dont  voici  le  texte  (a}  : 

Nous  Jehan,  conte  d^AngouIesme,  certifions  que  le  premier 
jour  d'avril  mil  quatre  cent  quarante  cinq  après  Pasques,  nous 
estant  en  la  ville  de  Rouen  es  mains  des  Anglois  où  nous 
avions  esté  hostage  et  pleige  l'espace  de  trente  deux  ans  et 
plus,  fusmes  mis  es  délivrance  et  eslargissement  de  nostre  per- 
sonne par  le  moyen  et  à  la  poursuite  du  conte  de  SuSblk,  du 
costé  desdits  Anglois.  Lequel  conte  de  Suffolk  à  nostre  parte- 
ment  de  lui  de  ladite  ville  de  Rouen,  nous  merciasmes  de  la 
grant  peine  et  diligence  qu'il  avait  eue  et  prinse  à  faire  nostre 
dicte  délivrance,  de  laquelle  lui  seul  estoit  principale  cause  et 
moyen^  en. nous  réputant  à  tousjours  mais  tenuz  à  lui  el  aux 
siens.  Lequel  conte  de  Suffolk  nous  respondit  et  dit  que  tout 
ce  qu'il  avoit  fait  tant  à  la  délivrance  de  notre  très  cher 

(s)  Collection  de  M.  Eugène  Minoret. 
(3)  Copie  faite  ptr  M.  Rtttaery. 


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JEAN  D*ORLéANS,  COMTE  d'ANGOULÉME  25 

seigneur  et  finère  mons'  le  duc  d^Orléans  que  à  la  nostre,  il 
l'avoit  fait  de  très  bon  cuer,  non  pas  seulement  pour  amour  de 
mondit  sieur  et  de  nous,  mais  singulièrement  et  principale- 
ment il  Tavoit  fait  pour  Tamour  de  nostre  très  cher  et  bien  amé 
frère  le  bastart  d'Orléans,  conte  de  Dunois,  duquel  il  avoit 
esté  prisonnier,  et  pour  le  plaisir  qu'il  lui  avoit  fait,  lui  estant 
en  ses  mains.  En  nous  priant  singulièrement  ledit  conte  de 
SufiFolk  que  le  plaisir,  service  et  amour  qu'il  nous  avoit  fait 
dans  nostre  dite  délivrance  et  eslargissement,  voulsissions 
reconnoistre  pour  amour  de  lui  envers  nostre  dit  frère  le 
conte  de  Dunois  auquel  il  se  réputoit  tant  tenu,  et  que  quant 
Dieu  nous  donneroit  la  grâce  feissions  connoistre  et  apparce- 
voir  à  nostre  dit  frère  le  conte  de  Dunois  le  service,  plaisir  et 
amour  que  pour  amour  de  lui  nous  avoit  fait  ledit  conte  de 
SufiFolk.  Dont  notre  seigneur  nous  doint  grâce  selon  le  bon 
vouloir  que  en  avons.  Et  afin  qu'on  sache  pour  vérité  les 
choses  dessusdites  avoir  esté  ainsi  dites  à  nostre  partement 
dudit  Rouen  et  dudit  conte  de  Suffolk,  nous  en  tesmoing  de  ce 
avons  cy  soubscript  nostre  seing  manuel. 

Jehan. 

Je  Pierre  des  Caves,  secrétaire  de  monseigneur  le  duc 
d'Orléans  et  de  mondit  sieur  le  conte  d'Angoulesme  certiflBe 
avoir  esté  à  la  poursuite  et  délivrance  de  mondit  sieur  le  conte 
d'Angoulesme  et  présent  aux  paroles  dessusdites. 

Caves, 

Deux  ans  plus  urd  Guillaume,  comte  de  Suffolk,  donna  quittance 
au  duc  d'Orléans  de  trois  mille  salus  d'or  pour  le  fait  de  Téiargissement 
du  comte  d'Angoulème  (i)  : 

Nous  Guillaume,  marquis  et  conte  de  Suffolk,  confessons 
avoir  eu  et  receu  de  Mons'  le  duc  d'Orliens,  par  la  main  de 

(I)  G>lIection  de  M.  Eagène  Minoret.  —  Cette  pièce  a  été  acquise  i  la  vente  de  la  collec- 
tioa  d'autographes  de  feu  M.  Rathery. 

TOME   IV  4 


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26  '      KBVUE  DES   DOCUMENTS  HISTX>IIQnES 

Mons'  le  conte  de  Dunoys,  la  somme  de  troys  mille  sduz  en 
déduction  de  ce  qui  nous  estoit  deu,  à  cause  du  pl^ement 
de  six  mille  escuz  que  avions  piégé  Jehan  de  Saveuse  sur  la 
finance  que  devoit  mons^  d'Angolesme,  de  laquelle  nous  nous 
tenons  pour  contcns  et  en  quictons  ledit  mons'  d'Orliens  et 
tous  autres  à  qui  quictance  en  appartient.  Tesmoing  mon 
seing  manuel  cy  mis  le  premier  jour  d^aoust  Tan  mil  CCCC 
quarante  sept. 


£iM:f^ 


Le  reliquat  des  six  mille  écusd'or,  dus  pour  la  rançon  du  comte  d'An- 
gouléme,  ne  fut  pas  exactement  payé.  La  duchesse  de  Somerset  (i)fut 
obligée  de  sommer  le  bâtard  d*Orléans  de  s'acquitter  envers  elle.  Les 
termes  de  sa  lettre  montrent  qu'elle  n'en  était  pas  à  sa  première  som- 
mation (2). 

Marguerite,  duchesse  de  Somerset,  contesse  de  Somerset  et 
de  Kendale,  à  hault  et  puissant  seigneur  Jehan  bastart  d^Or- 
léans,  conte  de  Dunois  et  grant  chamberlen  de  France,  plaise 
vous  savoir  ainsi  que  bien  estes  adverty  ja  pieça  et  par  pluseurs 
et  diverses  foiz  vous  avez  esté  requis  et  sommé  de  par  nous 
de  entretenir  et  acomplir  envers  nous  voz  foy  et  promesses  et 
de  acquicter  voz  seellez  et  obligacions  qui  sont  devers  nous 
pour  le  fait  de  Teslargissement  de  nostre  très  chier  cousin 
Jehan,  conte  d*Angoulesme,  dont  aucune  chose  n^a  esté  faiae 
ne  acomplie  de  vostre  part,  ja  soit  ce  que  les  termes  de  vosdiz 
seellez  soient  passez  et  escheuz  il  y  a  neuf  ans  et  demi  entiers  et 
plus,  et  en  oultre  avons  autreffoiz  escript  devers  noz  très  chiers 
cousins  le  duc  d'Orléans  et  le  conte  d'Angoulesme  pour 

(1)  Marguerite,  fille  de  Jean  Beaotort,  néeeo  1441,  morte  eo  iSog.  Elk  fat  la  mère  an  roi 
<f  Angleterre  Henri  VII. 

(3)  CoUtction  de  M.  Engène  Minoret. 


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JEAN  D^ORLÉANS,  COMTB  D^ANGOULÊME  2/ 

acquitter  leurs  promesses  et  obligacions,  lesquelx  nous  ont  fait 
response  qui  nous  semble  estre  causée  en  toute  dissimulacion 
et  délay,  c'est  assavoir  que  vous  estant  derrenièrement  en  ce 
royaume  d'Angleterre  fut  fait  entre  vous  et  nous  certain 
appoinctement  sur  ladicte  matière,  sur  quoy  nous  savons 
certainement  que  par  vous  ne  autre  de  par  vous  ou  nosdits 
cousins  ne  fut  lors  et  depuis  n'a  esté  fait  aucun  appoinctement 
avecques  nous  ne  avecques  noz  gens,  serviteurs,  procureurs  ou 
commis  ayans  de  nous  povoir  sou£Bsant,  ne  semblablement 
par  nous,  nosdits  gens,  procureurs  ou  commis  ayans  puissance 
de  nous  soufifisant  avecques  vous  ne  autre  de  par  vous,  ou 
îceulx  noz  cousins  d'Orléans  et  d'Angoulesme,  en  quoy  nous 
avons  eu  et  supporté  grans  fraiz,  coustaiges,  intérestz,  dom- 
maiges  et  despens,  lesquelx  en  fin  et  conclusion  redonderont 
sur  vous,  comme  obligié  y  estes.  Et  combien  que  ne  sommes 
tenue,  s'il  ne  nous  plaist,  vous  escripre  ou  sommer  pour  Tacom- 
plissement  de  vosdiz  foy  et  promesse  et  acquit  de  vosdiz  seellez 
et  obligacions,  ainçois  povons  plainement  procéder  contre 
vostre  honneur,  s'il  nous  plaist,  néantmoins,  pour  nous  mectre 
en  nostre  devoir  et  monstrer  par  efifect  que  de  tout  nostre  cueur 
désirons  l'onneur  de  toute  noblesce  estre  gardé  et  pour  révé- 
rence de  vostre  personne,  ne  voulons  ce  faire  sans  première- 
ment vous  le  signifier.  Pourquoy  nous  vous  escripvons  présen- 
tement les  choses  dessusdictes  et  vous  prions  et  néantmoins 
par  ces  présentes  sommons  ceste  foiz  pour  toutes  que  vous 
vueilliez  acomplir  envers  nous  vosdictes  foy  et  promesse  et 
acquiter  vosdits  seellez  et  obligacions  et  avecques  ce  nous 
rendre  et  restituer  touz  les  despens,  dommaiges  et  intérestz 
par  nous  faiz,  supportez  et  soustenuz,  et  que  encores  nous 
convient  faire,  supporter  et  soustenir  en  vostre  deflFault,  et 
telement  que  n'ayons  cause  de  procéder  contre  vous,  comme 
faire  povons,  dont  nous  serons  très  desplaisante,  se  faire  le 
nous  convient.  Et  afin  que  vous  croyez  ces  présentes  venir  de 
nous  nous  les  avons  subscriptes  de  nostre  nom  et  fait  seeller 


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28  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

du  seel  de  noz  armes.  Escript  à  Maxsey  le  dix  humesme 
jour  de  février  Tan  de  grâce  mil  quatre  cens  cinquante  dnq. 


^ 


^o^^^ 


La  captivité  de  Jean  d'Angouléme  avait  été  attristée  par  des  difficultés 
pécuniaires.  On  en  aura  un  témoignage  dans  la  lettre  suivante  (i],  par 
laquelle  Charles  d^Orléans  fait  régulariser  les  emprunts  qu'avait  con- 
tractés son  frère. 

Le  duc  d'Orlians 

Chancelier  et  vous  trésorier,  je  vous  ay  autreffbis  escript 
pour  le  fait  de  Jehan  Hartouelle,  bourgois  et  marchant  de 
Londres,  pour  certaine  quitance  qu'il  a  de  beau  cousin  de 
Clarence,  la  quelle  quitance  ledit  Jehan  a  mis  en  ma  main  et 
Tay  par  devers  moy  par  tel  convenant  que  elle  me  demourra 
et  en  seray  quite  de  ladite  somme  en  rabat  du  fait  de  beau 
frère  d' Angolesme  envers  mondit  cousin  de  Clarence,  lui  paie 
et  contenté.  Et  quant  maistre  Robert  de  TuilUères  fut  par 
deçà,  il  fist  Tapointement  avecques  lui.  Sy  ay  sceu  que  la  lettre 
que  je  vous  escripvoie  touchent  son  fait  a  esté  perdue  en  che- 
min, mais  vous  avés  fait  responce  dont  me  tiens  très  bien 
content,  et  pour  ce  il  m'a  prié  que  je  vous  escripve  de  rechief. 
Si  sachiés  que  je  suis  très  grandement  tenu  au  dessusdit,  et  se 
offre,  quant  j'auray  besoing,  de  me  faire  le  plaisir  et  service 
qu'il  pourra.  Si  voudroie  faire  pour  lui  et  vous  mande  et  com- 
mande que  vous  apointés  son  fait  et  lui  délivrés  en  marchan- 
dise tellement  qu'il  soit  content,  sans  aucunement  le  délayer, 
mais  le  délivrés  le  plus  hastivement  que  vous  pourrés  et  sans 
le  mener  de  paroles,  car  je  weil  que  son  fait  soit  acompli  et 
mis  à  fin,  et  gardés  qu'il  n'y  ait  point  de  faute,  et  pour  ce  que 

(i)  Otte  pièce  m'a  été  commoniqnée  ptr  M.  Alfred  Seosier. 


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JEAN  D'ORLÉANS,  COMTE  d'ANGOULÉME  29 

je  ne  sçay  se  vous  avés  par  devers  vous  ledit  apointement  que 
ledit  maistre  Robert  âst,  je  vous  certifie  que  la  somme  qui  est 
deue  audit  Jehan  se  monte  environ  trois  mille  escus,  et  donnés 
conseil,  confort  et  aide  à  son  prisonnier  qui  va  pour  ladite 
cause,  considérant  que  c'est  pour  la  descharge  dudit  fait  de 
beau  frère  d'Angolesme  et  aussi  à  son  homme  qui  va  en 
ladite  compaignie. 


Au  chancelier  et  trésorier  d^Orlians. 

Après  sa  délivrance,  le  comte  d'Angoulême,  qui  avait  vendu  son  comté 
de  Périgord  pour  payer  une  partie  de  sa  rançon,  vint  habiter  sa  bonne 
ville  d'Angoulême.  En  1449  il  épousa  Marguerite  de  Rohan,  fille 
d'Alain  IX,  vicomte  de  Rohan.  Il  en  eut  deux  fils,  Louis,  qui  mourut 
très-jeune,  et  Charles,  qui  lui  succéda,  et  une  fille,  Jeanne,  qui  fut 
mariée  à  Charles  de  Coetivy,  comte  de  TaiUebourg.  En  1462,  le  comet 
accompagna  son  frère  le  bâtard  d'Orléans  dans  sa  campagne  contre  les 
Anglais  en  Guyenne  ;  il  y  montra  une  telle  valeur  qu'il  fut  fait  cheva- 
lier au  siège  de  Fronsac.  L'année  suivante,  il  rentra  dans  son  comté. 
C'est  de  cette  époque  que  date  la  pièce  suivante  (i)  : 

Jehan,  conte  d'Angoulesme,  seigneur  d'Espernay  et  de  Re- 
morentin,  à  noz  amez  et  féaulx  conseillers  par  nous  commis  à 
Taudicion  des  comptes  de  toutes  noz  finances,  salut  et  dileaion. 
Savoir  faisons  que  nous  avons  donné  et  donnons  à  nostre 
bien  amé  Jehan  Boutet,  nostre  receveur  en  nostre  chastellenie 
dudit  Remorentîn,  la  somme  de  huit  vings  livres  tournois  ; 
c'est  assavoir  VP^  1.  t.  pour  récompensacion  de  ses  peines 
et  travailz  par  lui  faiz  es  édifices  de  nostre  chastel  dudit 
Remorentin  et  pour  avoir  fait  servir  en  iceulx  ediffices  et 
ouvraiges  ung  charroy  à  deux   chevaulx  continuelment,  et 

(i)  Bibl.  nat»,  Mm.  Orléans,  carton  109s. 


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3o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

XV  L  t.  pour  les  diligences  par  lui  pieça  £adctes  au  fournisse- 
ment du  grenier  à  sel  en  nostre  ville  dudit  Remorentin,  dont 
lui  advions  pieça  fait  don  et  en  avoit  nostre  mandement^ 
lequel  lui  avez  rejette  en  la  reddidon  de  ses  comptes  par 
ce  qu'il  ne  vous  apparroit  du  compte  dudit  grenier.  Si  vou- 
lons et  vous  mandons  que  vous  tenez  quicte  ledit  Boute 
d'icelle  somme  de  VIII"  1.  t.  et  la  lui  rabatez  de  sa  recq>te, 
en  rapportant  par  lui  devers  vous  le  compte  du  temps  qu'il 
a  gouverné  le  fait  dudit  grenier,  car  ainsi  le  voulons.  Donné  en 
nostre  chastel  dudit  Remorentin  le  XXVII*  jour  d'avril  l'an 
de  grâce  mil  CCCC  cinquante  trois. 

Jehan. 


En  1454,  après  la  victoire  de  Castillon  et  la  mort  de  Talbot, 
Charles  VII  passa  par  Angouléme  et  entraîna  à  sa  suite  le  comte  Jean, 
son  cousin  germain.  Ce  dernier  assista  au  siège  et  à  la  reddition  de 
Bordeaux,  puis  il  se  retira  à  Angouléme,  résidant  tantôt  dans  cette 
ville,  tantôt  à  Cognac.  En  1458,  il  vint  à  Tours  pour  assister  au 
mariage  de  Madeleine  de  France  avec  le  roi  de  Hongrie,  union  que  la 
mort  de  Tépoux  empêcha  d'accomplir.  En  1459,  il  fut  au  nombre  des 
seigneurs  qui  jugèrent  à  Vendôme  le  duc  d'Alençon.  En  1461,  il  se 
rendit  à  Paris  pour  les  obsèques  de  Charles  VII.  L'année  suivante,  il 
assista  au  sacre  de  Louis  XI  à  Reims.  Rentré  de  nouveau  dans  son 
comté,  Jean  ne  prit  aucune  part  à  la  ligue  du  bien  public.  En  1464, 
il  devint  le  tuteur  de  Louis,  fils  de  son  frère  Charles,  qui  venait  de 
mourir.  Lui-même  décéda  à  Cognac  le  3o  avril  1467  à  Tâge  de  63  ans. 
Il  ne  laissait  qu'un  fils,  Charles,  né  en  1459,  qui  mourut  le  i»  janvier 
1496.  Ce  prince  fut  le  père  de  François  I^**. 


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LES    JANSÉNISTES 

en  1806. 


Le  8  septembre  171 3,  le  pape  Clément  XI  lança  la  bulle  Unigenitus 
qui  condamnait  cent  et  une  propositions  extraites  des  Réflexions  mO' 
raies  du  Père  Quesnel.  Quinze  prélats  français  refusèrent  de  recevoir 
cette  bulle,  et  quatre  d'entre  eux  en  appellent  au  futur  concile  igénéral 
(5  mars  17 17)  :  ce  furent  Pierre  de  la  Broue,  évêque  de  Mirep^ix,  Jean 
Soanen,  évêque  de  Senez,  Charles-Joachim  Colbert  de  Croissy^  évéque 
de  Montpellier,  et  Pierre  de  Langle,  évêque  de, Boulogne.  On  sait  que 
ces  prélats  furent  excommuniés'  et  que  Soanen,  exilé  à  La  Chaise  Dieu, 
s'intitula  dès  lors  prisonnier  de  Jésus-Christ  et  fut  vénéré  comme  un 
saint  par  les  Jansénistes.  Ces  querelles  religieuses  passionnèrent  les 
esprits  pendant  la  plus  grande  partie  du  xviii^  siècle  :  elles  étaient  pres- 
que éteintes  à  l'époque  de  la  Révolution.  Après  le  Concordat,  les.Jan- 
sénistes  affirmèrent  de  nouveau  leur  doctrine  et  firent  des  prosélytes 
dans  le  clergé.  J'en  ai  pour  preuve  un  acte  de  foi  souscrit  en  1806  à 
Paris  par  un  prêtre.  Cet  acte,  finement  gravé,  est  illustré  de  vignettes  : 
celle  du  haut  représente  le  concile  général  dont  les  décisions,  au  dire 
des  Jansénistes,  sont  seules  articles  de  foi  ;  celle  du  bas  nous  montre 
les  quatre  évoques  appelants.  J'ai  crU  devoir  faire  reproduire  par  la 
photogravure  ce  curieux  document. 


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JEAN   TALBOT 


Promesse  feite  par  Jean  Talbot  au  bâtard  d'Orléans  de  lui  paier  six 
mille  salus  pour  la  délivrance  de  Henri  Reddefbrt,  prisonnier  du  dit 
bâtard.  Ce  curieux  document  m'a  été  communiqué  par  M.  Eugène 
Minoret. 

Nous  Jehan,  comte  deChcrosbery,  seigneur  de  Talbot  et  de 
Fourny  val,  promectons  par  la  foy  et  serement  de  nostre  corps 
et  sur  nostre  honneur  et  ordre  de  la  Jarretière  que  portons,  à 
vous,  hault  et  puissant  seigneur  monseigneur  Jehan,  bastart 
d'Orléans,  conte  de  Dunoys  et  de  Longueville,  que  en  délivrant 
franc  et  quicte  de  toutes  choses  avec  bon  sauf  conduit  mes 
sire  Henry  Reddefort,  vostre  prisonnier,  vous  paier,  bailler  et 
délivrer  ou  faire  paier,  bailler  et  délivrer  la  somme  de  su 
mille  saluz  ou  troys  mille  nobles  bons  et  de  pois,  dedans  le 
jour  de  nostre  dame  de  la  Chandelleur  prouchain  venant  en  la 
ville  de  Bruges,  ou  dedans  icelluy  jour  vous  rendre  le  corps 
dudit  messire  Henry,  mort  ou  vif,  ou  cas  qu'il  ne  seroit  tué 
en  armes  par  les  gens  de  vostre  party .  Et  à  ce  faire,  tenir  et 
acomplir  nous  obligons  tous  et  chascuns  nos  biens  meubles  et 
immeubles  et  ceux  de  noz  hoirs  présent  et  advenir,  pour  estre 
à  ceste  cause  nous,  noz  hoirs  ou  ayant  cause,  condempnez  et 
contrains  en  toutes  cours  soient  de  princes  ou  autres  et  par 
devant  tous  juges  ecclésiastiques  ou  séculiers  et  mesmement  en 
la  chambre  apostolique,  à  laquelle  et  toutes  les  rigueurs  d'icelle 
nous  nous  soubzmectons  quant  aux  choses  dessus  dictes, 
sans  ce  que  pour  ce  entendons  estre  desrogé  aux  généralles 


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JEAN    TALBOT  33 

obligations  et  soubzmissions  dessusdictes,  de  mesmement  la 
généralité  puisse  désroger  à  Tespétialîté,  ne  l'espétialité  à  la 
généralité.  Et  en  renonçant  en  oultre  à  tous  privileiges,  grâces, 
respiz,  droiz  et  confiscacions  pour  l'adversité  des  paniz  et 
obéissance,  et  à  quelxconques  autres  choses  que  poumons  dire 
ne  alléguer  pour  empescher  le  paiement  de  la  dicte  somme 
de  VI"  saluz  et  choses  non  acomplies  au  terme  et  en  la  manière 
dessus  dicte.  En  tesmoing  de  ce  nous  [avons]  signé  ces 
présentes  de  nostre  main  et  fait  sceller  du  scel  de  nos  armes  à 
Chartres  le  quinziesme  jour  du  moys  d'aoust  Tan  mil  CCCC  et 
cinquante. 


^:6Î80fc 


Je  publie  après  cette  pièce  un  document  qui  y  était  joint  (i)  et  qui, 
quoique  privé  de  signature,  émane  vraisemblablement  du  bâtard 
d'Orléans.  Cest  une  réclamation  fîaitc  au  petit-fils  de  Talbot  relative- 
ment à  un  scellé  :  il  me  semble  probable  qu'il  s'agit  de  celui  reproduit 
ci-dessus.  De  plus,  le  comte  de  Dimois  donne  dans  ce  document  des 
instructioos  pour  échanger  un  scellé  du  comte  de  Somerset  contre  un 
sceUé  émanant  de  lui,  Dunois,  et  que  le  comte  de  Kent  disait  avoir  en 
sa  possession.  Il  ressort  de  cette  pièce  et  de  la  lettre  de  la  duchesse  de 
Somerset,  publiée  récemment  (2),  que  si,  au  XV«  siècle,  on  prenait 
facilement  des  engagements  d'honneur,  on  se  pressait  peu  de  les 
exécuter. 

Mémoire  à  mons'  de  Concressault  de  parler  à  mons""  de 
Talbot  touchant  le  scellé  que  j'ay  de  son  grant  père,  lequel  il 
est  tenu  d!acquiter  comme  son  héritier  principal,  dont  luy  en 
monstrera  la  coppie  faicte  soubz  notaires  appostoliques  et  impé- 
riaulx,  et  luy  dira  que,  s'il  ne  fait  son  devoir,  je  procéderé  à 
rencontre  de  son  honneur  et  avecques  ce  en  la  chambre  ap- 

(i)  CoUectioa  de  M.  Eugène  Minorer. 

(3)  Revue  des  documents  historiques^  t.  IV,  p.  26. 

TOME  rv  5 


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34  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

postolique,  ainsi  que  faire  le  puis  par  la  teneur  de  son  scellé. 

Item  traiaera  s'il  peut  que  le  Roy  d'Angleterre  face  content 
le  s*^  de  Grey,  conte  de  Kend,  pour  le  scellé  que  j'ay  du  duc 
de  Soubresset  de  la  somme  de  quatre  mil  saluz,  en  me  rendant 
le  scellé  qu'il  doit  avoir  de  moy  pour  messire  Guillaume.  Gou- 
sinot,  lequel  après  ce  que  Tauray  fait  veoir  et  cognoistre  se  s'est 
mondit  scellé,  je  rendray  ceUuy  que  j'ay  dudit  duc  de  Sou- 
bresset, ou  sinon  je  feray  paindre  et  deshonnorer  en  court  de 
Romme  et  ailleurs  les  armes  d'Angleterre  qu'il  portoit  avecques 
Tordre  de  la  Jartière. 

Item  et  si  ledit  mons^  de  Concressault  ne  peut  tant  faire  que 
mondit  scellé  soit  rachapté  et  acquicté  par  le  moien  dessus 
escript,  traictera  avecques  le  s**  de  Talbot  que  le  s' de  Grey 
soit  content  de  mectre  mondit  scellé  ès-mains  dudit  s'  de 
Talbot  pour  telle  somme  que  ledit  s' de  Talbot  le  pourra  avoir. 
Et  en  me  le  rendant  avecques  la  somme  de  mil  escuz  je  ren- 
dray audit  s' de  Talbot  le  scellé  que  j'ay  de  son  grant  père  qui 
tient  pour  quatre  mil  escuz,  lequel  est  de  VI  "* ,  mais  j'en  ay 
receu  les  deux.  De  laquelle  somme  de  mil  escuz  contens  j'en 
donne  les  V^^  à  mondit  s' de  Concressault.  Touttefois  j'entens 
avoir  premièrement  fait  veoir  et  cognoistre  le  dessusdit  scellé 
que  le  conte  de  Grey  dit  avoir  de  moy  avant  rendre  celuy  que 
j'ay  dudit  s' de  Talbot. 


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FRANÇOIS    RABELAIS 


Après  la  mort  de  François  !•'  (3i  mars  1547),  le  cardinal  Jean 
du  Bellay,  évêque  de  Paris,  perdit  la  faveur  et  la  puissance  qu'il  avait 
obtenues  sous  ce  prince.  Supplanté  par  le  cardinal  de  Lorraine,  il  se 
retira  à  Rome,  où  il  avait  été  longtemps  chargé  d'afiBsiires  ;  François 
Rabelais,  son  médecin,  l'accompagna  ou  alla  le  rejoindre.  Les  docu- 
ments sur  ce  dernier  voyage  en  Italie  de  l'auteur  de  Gargantua  sont  en 
petit  nombre.  La  quittance  suivante,  découverte  à  Florence  et  recueillie 
par  M.  Benjamin  Fillon,  constate  indubitablement  la  présence  de 
Rabelais  â  Rome  en  juin  1548. 

Je  moy   Françoys  Rabeles,  médecin  de  Monseigneur 

R"**  du  Bellay,  confesse  avoir  receu  de  M*   Benvenute 

Olivier,  escompteur  de  Rome,  la  somme  de  trente  deulx 

escus  d^ore  en  ore,  lesquelz  32  escus  il  m^ont  payez  par 

vertu  d'une  lettre  de  change  du  XVI IP  de  may  dernier 

passé  dç  Thomas  Delbenne,  escompteur  de  Paris,  et  eulx 

à  rinstance  de  M""  Arnault  Combraglia.  Et  en  foy  de  ce 

j'ay  faict   faire  la  présente  terze    quictance,    laquel  sera 

soubscript  de  nostre  propre  main  ce  XVIII*  de  juing  1548 

en  Rome. 

Itâ  est.  Rabelais,  manu  propria. 

Au  revers  on  lit  ces  mots  : 

1548.  Quitanza  di  scudi  32  d'oro  pagati  per  Ebenn  di 
Parigi  a  Francesco  Rabelais. 

L'original  de  cette  précieuse  quittance  ayant  beaucoup  souffert  de 
Thumidité,  )*ai  jugé  nécessaire  d'en  conserver  le  &c-simile. 

Rabelais  revint  en  France  avec  son  maître  en  i55o,et  il  obtint,  le 
18  janvier  i55i,  la  cure  de  Meudon.  Il  mourut  deux  ans  plus  tard. 


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ANTOINE    PETIT 

Antoine  Petit,  né  à  Orléans,  en  171 8,  était  fils  d'un  tailleur  qui, 
quoique  pauvre,  lui  fit  donner  une  bonne  éducation  classique.  Il 
étudia  la  médecine  et  la  chirurgie  et  vint  à  Paris  compléter  ses  études. 
Ses  progrès  furent  si  rapides  que  la  Faculté  le  reçut  docteur-régent  en 
1 746  et  le  dispensa  momentanément  des  frais  de  réception.  Dès  lors  la 
réputation  d'Antoine  Petit  se  répandit  dans  toute  l'Europe,  qui  le 
considéra  comme  un  nouveau  Boerhaave.  Membre  de  l'Académie  des 
sciences,  en  1760,  professeur  d'anatomie  au  Jardin  du  Roi,  en  1768,  il 
acquit  à  la  fois  la  gloire  et  la  fortune.  Cétait  d'ailleurs  un  esprit  droit 
et  honnête  ;  la  lettre  suivante  nous  montre  qu'il  était  ami  du  duc  de 
Choiseul  et  témoigne  de  son  bon  sens.  Il  gémit  sur  la  retraite  de  ce 
ministre  et,  contre  Tavis  général,  pense  que  le  duc  ne  rentrera  jamais 
aux  affaires  que  sous  un  nouveau  règne,  c  Chacun  sçait,  dit-il,  que  le 
roy  Louis  XV  n'a  jamais  pardonné.  >  Les  justes  observations  d'Antoine 
Petit  sur  les  médecins,  qui  ne  peuvent  être  des  magistrats  parce  qu'ils 
se  doivent  surtout  aux  pauvres,  nous  font  connaître  à  la  fois  l'homme 
et  le  praticien. 

Mon  cher  amy,  la  disgrâce  de  M.  de  Choiseul  a  consterné 
la  cour  et  la  ville;  lui  seul  n'en  a  point  été  accablé.  Il  ne  sera 
pas  aisé  de  trouver  un  homme  qui  le  remplace,  ni  de  montrer 
un  citoien  qui  le  regrette  plus  sincèrement  que  moy;  j'ai  tou- 
jours cru  et  je  crois  encor  que  Taimer  corfime  je  fais  c^étoit 
aimer  le  bien  public,  dont  à  mon  sens  il  étoit  le  grand  pro- 
moteur. On  parie  icy  qu'il  ne  restera  pas  six  mois  dans  son 
exil  :  jeparierois  moy,  que  quelque  grand  homme  qu'il  soit  et 
le  supposant  même  encor  plus  nécessaire  qu'il  ne  l'est  en 
effet,  il  ne  rentrera  plus  dans  le  maniement  des  affaires  tant 
que  le  prince  qui  règne  vivra;  chacun  scait  que  le  roy 
Louis  XV  n'a  jamais  pardonné.  J'ignore  l'effet  que  produira 
le  changement  de  ministre  dans  votre  affaire  de  Versoi.  Je 
sais  seulement  que  M.  de  Monteynard,  qui  dans  le  départe- 
ment de  la  guerre  succède  à  M.  de  Choiseul,  est  en  général 
regardé  comme  un  fort  honneste  homme;  on  lui  accorde  peu 


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ANTOINE    PETIT  3  7 

de  génie;  mais  je  n^en  suis  point  fâché.  Je  soutiens  qu^ii  en 
est  d'un  ministre  comme  d'un  médecin  ;  il  ne  faut  pour  exceller 
en  médecine  qu'un  bon  esprit,  du  travail  et  de  la  probité.  Il 
n'en  faut  pas  davantage  pour  faire  un  bon  roy,  un  bon 
ministre  :  croiés-vous  que  Louis  XII  et  le  cardinal  d'Am- 
boise,  croiés-vous  que  Charles  le  Sage  eussent  autant  de 
finesse  et  d'esprit  que  l'exécrable  Isabeau  de  Bavière  et  la 
détestable  Catherine  de  Médicis,  etc?  De  la  probité  surtout 
c'étoit  là  la  grande  qualité  de  M.  le  duc  de  Choiseul.  J'ai  vu 
aujourd'hui  la  lettre  d'un  des  commenceaux  de  sa  maison  ;  on 
m'assure,  et  j'en  bénis  le  del,  qu'il  n'a  pas  perdu  un  instant 
sa  gaieté  naturelle  et  qu'elle  se  répand  sur  tout  ce  qui  l'envi- 
ronne; je  voudrois  bien  qu'elle  put  gagner  jusqu'à  moy  ;  je 
vous  avoue  que  je  suis  d'une  humeur  chagrine.  C'est  appa- 
remment cette  mauvaise  humeur  qui  m'a  fait  m'arrester  sur 
une  phrase  de  votre  lettre,  où  vous  dites  qu'il  est  certain  que 
vous  tiavés  pas  tiré.  Vannée  dernière,  tout  le  party  que 
vous  auriés  pu  des  bonnes  dispositions  où  l'on  étoit  pour 
vous.  Franchement  il- me  semble  que  vous  en  avés  tiré  un 
très-bon  party,  et  la  certitude  qui  vous  frappe  ne  se  fait 
point  sentir  à  ma  foible  intelligence.  Je  souhaite  bien  sincère- 
ment que  vous  fassiés  porter  au  double,  même  au  triple,  vos 
appointements;  mais  il  est  des  choses  que  l'amitié  fait  désirer, 
et  que  la  justice  ne  permettroit  pas  de  faire. 

L'ami  Guenet  ne  m'a  point  encore  remis  votre  mémoire  ; 
cette  espèce  de  surintendance  des  choses  relatives  à  la  santé 
dont  vous  me  dites  quelques  mots,  ne  peut  et  ne  doit  jamais, 
chez  un  peuple  sagement  policé,  estre  mise  dans  la  main 
d'un  médecin  pour  bien  des  raisons.  La  première,  c'est  qu'elle 
seroit  infailliblement  ime  sorte  de  magistrature,  et  le  médecin 
tit  doit  jamais  être  magistrat;  il  vaudroit  mieux  qu'il  fut 
prestre.  Comment  voulés-vous  qu'un  homme  distrait  par  tous 
les  détails  de  sa  surintendance,  inspection  ou  tout  ce  qu'il 
vous  plaira,  même  en  écartant  de  la  place  tout  ce  qui  pour- 


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38  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

roit  sentir  la  magistrature^  soit  censé  avoir  le  tems  de  voir  des 
malades  jour  et  nuit  et  s^occuper  uniquement  d^ux.  S^il  n^y 
avoit  que  les  grands  seigneurs  qui  fussent  malades,  il  n^y  au- 
roit  pas  de  mal  que  tous  les  médecins  fussent  Chevaliers, 
Comtes,  etc.,  mais  les  pauvres  le  sont  et  leur  santé  importe 
bien  plus  que  celle  des  riches;  or  il  faut,  quoi  qu'en  puissent 
dire  les  amateurs  de  la  dignité  et  de  la  décoration,  il  faut 
entre  le  malade  et  le  médecin  un  certain  rapport,  et  comment 
voulés-vous  que  M.  le  Surintendant  se  rapproche  assés  du 
malheureux  paysan,  artisan,  etc?  Si  votre  homme  n'est  qu'un 
conseiller,  un  donneur  d'avis.  Monseigneur  le  gouverneur 
et  puis  mon  autre  seigneur  l'intendant  et  puis  le  maire  et 
puis  le  lieutenant  de  Police  et  tant  d'autres,  recevront  ces 
avis  à  l'ordinaire  sans  les  payer  et  sans  les  suivre,  et  tout  ira 
bien.  Eh  mon  amy,  il  n'y  a  que  trop  dans  ce  pays  d'inspec- 
teurs, de  contrôleurs,  d'intendants,  de  gouverneurs,  de  ju- 
geurs,  c'est-à-dire  de  mangeurs,  rongeurs,  suceurs,  dévo- 
reurs, etc.  Mais  je  m'arreste,  je  sens  que  j'ai  trop  d*humeur ; 
vous  me  la  pardonnerés  en  faveur  de  la  cause,  et  puis  qui  sup- 
portera donc  nos  mauvaises  humeurs,  si  ce  ne  sont  pas  nos 
amis?  Il  paroit  que  notre  cher  et  féal  le  prieux  est  bien  con- 
vaincu de  mon  axiome  et  qu'il  fait  ce  qu'il  peut  pour  vous  en 
administrer  des  preuves.  Vous  aurés  bientost  sa  seconde 
lettre  ;  mais,  mon  cher  amy,  vous  avés  donc  juré  d'avoir 
aujourd'hui  tort  en  tout;  car,  au  vrai,  si  vous  banissés  la 
plaisanterie  de  sa  lettre,  que  voulés-vous  sur  une  matière 
usée  qu'il  dise  de  neuf?  Au  reste  vous  en  jugerés.  Malgré  mon 
noii-  je  suis  le  plus  sincère  de  vos  amis  et  celui  qui  vous  estime 
le  plus. 

A.  Pettt,  D.  m.  p. 
Paris,  9  janvier  1771 

Antoine  Petit  se  retira,  en  1 777,  à  Fontenay-aux-Roses,  puis  à  Olivet, 
près  d'Orléans.  C'est  dans  cette  dernière  demeure  qu'il  mourut  le 
21  octobre  1794. 


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CHARLES   VIII 


En  feuilletant  les  volumes  du  Fonds  Français  de  la  Bibliothèque 
nationale,  j'ai  trouvé,  dans  le  n9  agoS,  une  lettre  de  Charles  VIII, 
comme  Dauphin,  adressée  à  M.  du  Bouchage.  Je  Tai  copiée  à  l'intention 
des  lecteurs  de  la  Reyue  des  documents  historiques^  car,  si  le  caractère 
de  Charles  VIII  est  maintenant  mieux  connu,  grâce  à  la  correspon- 
dance découverte  et  publiée  par  M.  le  duc  de  La  Trémoille  (i),  les 
documents  sur  la  jeunesse  de  ce  prince  sont  peu  nombreux.  Aussi 
citerai-je  ici  la  pièce  n»  34  du  Mss.  F.  Fr.  2902,  qui  a  pour  titre  : 
c  Les  noms  des  personnes  estans  et  hantans  la  maison  de  monseigneur 
le  Daulphin.  t 

Mons'  Du  Bouchaige,  je  me  recommande  à  vous,  et  vous 
prie  qu^il  vous  plaise  me  recommander  très-humblement 
à  la  bonne  grâce  du  Roy  et  de  luy  présenter  de  moy  ung 
espervier  et  ung  mouchet  qui  me  semblent  beaux,  lesquek  je 
lui  envoyé  par  Jacques,  présent  porteur,  filz  de  Mons'  de  la 
Croye,  et  me  mandez  se  chose  voulez  que  je  puisse  et  je  la  feré 
de  bon  cueur,  en  priant  Dieu  qu^il  vous  doint  ce  que  désirez. 
Escript  à  Amboyse  le  XXV*  jour  de  juillet  (2). 

Charles. 
A  Mons'  Du  Bouchalge. 

(I)  Correspondance  de  Charles  VIII  et  de  ses  conseillers  avec  Louis  II  de  La  Tré- 
maille  pendant  la  guerre  de  Bretagne  (1488},  publiée  d'après  les  oiigiiiaux  par  Louis  de 
La  Trémoille  ;  Paris,  1875,  in-4'». 

(2;  Quelqoes  pièces  du  même  Tolame  étant  de  l'amiée  148 1,  cette  lettre  du  dauphin 
Charles  est  peut-être  de  cette  date. 


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DÉCHÉANCE  DE  LOUIS  XVI 


La  pièce  suivante  nous  rappelle  cette  fameuse  journée  du  lo  août  1792, 
où  la  vieille  monarchie  française  croula,  non  sans  qu'il  fût  versé  de 
part  et  d'autre  des  torrents  de  sang.  C'est  pendant  que  Louis  XVI, 
ayant  abandonné  son  .château  et  laissé  à  sa  garde  suisse  le  soin  de  dé- 
fendre la  royauté,  venait  se  réfugier  dans  le  sein  de  l'Assemblée  natio- 
nale, que  celle-ci  proclama  solennellement  la  déchéance  du  souverain. 
Il  m'a  paru  curieux  de  conserver  par  un  fac-similé  le  texte  de  cette 
déclaration  laconique  qui  marquait  non-seulement  la  fin  d'un  règne, 
mais  celle  d'une  monarchie  et  d'une  société  (i). 

Extrait  du  procès-verbal  de  rAssemblée  nationale  du 
10  aoust  Tan  4^°^  de  la  liberté. 

L'Assemblée  nationale  déclare  que  le  roi  est  suspendu,  que 
lui  et  sa  famille  resteront  en  otage  ; 

Que  le  ministère  actuel  a  perdu  la  confiance  de  la  nation, 
que  l'Assemblée  va  s'occuper  à  le  remplacer  ; 
Que  la  liste  civile  cesse  d'avoir  lieu. 
Gensonné,  ex-président. 

Lecointe-Puyrave.\u, 
Secrétaire. 

Des  deux  signataires  de  ce  décret,  Tun,  Gensonné,  un 'des  chefis  de  la 
Gironde,  périt  sur  l'échaâiud  le  3i  octobre  1793;  l'autre,  Lecointe- 
Puyraveau,  échappa,  mais  non  sans  peine,  à  la  vengeance  des  Jacobins, 
dont  il  se  montra  constamment  l'adversaire  ;  il  mourut  en  exil  à 
Bruxelles  en  1825. 

(i)  CoUectioD  de  M.  Benjamin  FUlon. 


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TOMB   IV 


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CHARLES-MARIE   DE  LA  CONDAMINE 


Pièce  par  laquelle  le  célèbre  voyageur  et  mathéinaticien  La  Couda- 
mine  sollicite  de  Mesdames,  filles  de  Louis  XV,  le  don  d'un  portrait  de 
la  feue  Reine,  Marie  Lecxinska,  à  lui  promis  par  cette  princesse.  On 
sait  que  La  Condamine  était  curieux  de  toutes  façons  et  sensible  à  la 
critique  comme  à  la  louange  :  le  présent  doctunent  prouve  qu'il  était 
non  moins  courtisan. 

MÉMOIRE 

\ 

J^ai  commandé  à  Rome,  en  1 756,  un  portrait  du  feu  Roi  de 
Pologne  Stanislas  le  Bienfaisant,  en  mozaîque,  sorte  de  pein- 
ture aussi  durable  que  le  marbre  et  qui  se  nettoie  avec  une 
éponge  et  de  l^eau.  Je  voulois  donner  à  la  feue  Reine  un 
foible  témoignage  de  ma  reconoissance  des  bontés  dont 
S.  M.  m^honoroit. 

En  1758  la  Reine  trouva  ce  portrait  placé  dans  son  cabi- 
net et  parut  agréablement  surprise.  Elle  ordona  à  feu  Mad*  de 
Luynes  de  me  conduire  dans  le  cabinet^  de  me  faire  voir  le 
portrait,  et  lui  dit  qu^elle  me  doneroit  le  sien.  Cette  promesse 
m'a  été  confirmée  par  M.  le  Président  Hénault,  par  M.  Hulin, 
par  le  P.  Bi^anski  et  par  M.  le  comte  de  Tressan.  On  a 
trouvé  depuis  la  mort  de  la  Reine  (i)  une  note  écrite  de  sa 
main  avec  ces  mots  :  Mon  portrait  à  M,  de  la  Condamine. 

Depuis  la  mort  de  S.  M.  je  n'ai  fait  d'autre  démarche  que 
de  suplier  Madame  Louise  d'en  rapeler  le  souvenir  à  Madame 

I)  Mtrte  LtcsiQikiicaitmofteàVtrMiUMle  14  Nn  1768. 


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CHARLES-MARIE  DE  LA  CONDAMINE  43 

Adélaïde,  de  qui  je  n^ai  pas  Phoneur  d^être  conu;  mais  cette 
Princesse  ne  veut  plus  se  mêler  des  affaires  de  ce  monde  (i). 

Ma  femme  (2),  qui  s'étoît  flattée  d'avoir  un  jour  à  son  bras 
le  portrait  de  la  Reine  ma  bienfaitrice,  s'en  étoit  vantée  à  ses 
amies,  qui  lui  en  parlent  souvent. 

Si  M.  de  Pommeri  veut  bien  se  charger  d'en  renouveller 
la  mémoire  à  Madame  Adélaïde  et  à  Mesdames,  ma  femme 
et  moi  lui  en  aurons  beaucoup  d'obligation. 

La  Condamine. 
Paris,  i3  mars  1773. 


Les  princesses  accédèrent  aux  désirs  du  vieux  savant  :  elles  mirent 
au  bas  de  sa  supplique  leur  autorisation  avec  leurs  signatures. 

Nous  autorisons  M.  de  Pommery  à  faire  faire  pour  M'  de 
la  Condamine  le  portrait  de  la  Reine  en  bracelet  entouré  de 
diamant,  pour  nous  aquiter  envers  lui  de  la  promesse  que 
la  Reine  lui  avoit  fait. 

Marie  Adélaïde 
Victoire  Louise 
Sophie  Philippe 

(!)  Loaîse-Marie  de  ^nnoe  était  «ntrée  le  ii  avril  1770  dans  le  couvent  des  Carmélitet 
de  Saint-Oenif. 

fa)  La  Condamine  avait  épooié  une  de  set  nièces,  après  avoir  obtenu  du  pape  Benoît  XIV 
la  dispense  nécessaire. 


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RICHARD  CROMWELL 


Le  Protecteur  Olivier  G^mwell  mourut  le  3  septembre  i658,  ayant 
désigné  pour  lui  succéder  son  troisième  fils,  Richard,  alors  président 
de  la  chambre  des  lords  et  figé  de  trente-deux  ans.  Aussitôt  John 
Thurloe  (i),  secrétaire  d*État  et  ami  intime  du  défunt,  se  rendit  avec 
Fiennes  auprès  des  généraux  Desborough  et  Bletwood  afin  de  faire 
reconnaître  par  Tarméc  le  nouveau  Protecteur.  Sa  mission  réussit  a 
merveille  et  Richard  Cromwell  fut  solennellement  proclamé  le  lende- 
main, 4  septembre,  devant  Whitehall,  à  Westminster  et  sur  les  prin- 
cipales places  de  la  cité  (2).  Suivant  Tusage,  il  dut  informer  les  souve- 
rains de  l'Europe  de  son  avènement  ;  il  écrivit  au  cardinal  Mazarin  la 
lettre  suivante,  par  laquelle  il  sollicite  la  continuation  des  bons  rap- 
ports qui  existaient  entre  la  France  et  l'Angleterre.  Cette  lettre,  rédigée 
en  latin,  sans  doute  par  Thurloe,  est  conçue  en  termes  emphatiques  :. 
je  me  suis  efiorcé  d'en  donner  dans  ma  traduction  le  sens  le  plus  fidèle. 

Eminentissime  Domine,  quanquam  nihil  Nobis  acerbius 
accidere  potuisset  quam  in  Serenissimi  Patris  Nostri  obitu 
scribere,  tamen  cùm  sciamus  quanti  ille  Eminentiam  Vestram 
fecerit,  quanti  Vos  Illum,  neque  dubitemus  quin  Eminenda 
Vestra,  cul  summa  rei  Gallican  a  Rege  commissa  est,  Amid 
ac  fœderati  tam  constantis  tamque  conjuncti  mortem  moles- 
tissimè  latura  sit,  haud  alienum  existimavimus  Vos,  simul 
cum  Rege,  de  hoc  casu  gravissimo  per  literas  et  per  Domi- 

(i)  John  Thurloe,  n.  1616,  m.  1668.  U  iTtit  réuni  snr  les  aSttres  de  son  temps  on  grand 
nombre  de  documents  qui  ont  été  publiés  en  174a.  Ces  State  papers  de  Thurloe  coostitneot 
une  des  sources  les  plus  précieuses  pour  l'histoire  du  protectorat  d'Oliner  et  de  Richard 
Cromwell. 

(2)  Histoire  du  Protectorat  de  Richard  Cromwell  et  du  rétablissement  des  Stmart 
par  Guizot,  t.  î,  p.  3. 


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RICHARD  CROMWEIX  45 

num  Lockhart,  Nostrum  deinceps  Legatum  (i),monere,  uti 

etiam  eâdem  occasione  Vobis  confirmare  Nos,  ad  quos  su- 

prema  harum  Natîonum  potestas  rite  delata  est,  non  magis 

in  Reipublicas  administratione  quàm  in  summo  ergà  Rem 

Gallicam  atque  Eminentiam  Vestram  affectu  Patri  gloricsœ 

mémorise  successisse.  Ut  cum  illum  utpote  Vobis  amicissi- 

mum  et  omni  laude  florentem  amissum  meritô  Nobiscum 

doleatis,  quàm  minime  tamen  quod  ad  praestandam  Socie- 

tatis  fidem  attinet,  desiderare  possitis,  cui  etiam  ad  utriusque 

Gentis  commune  bonum  Vestrâ  quoque  ex  parte  servandœ 

Deus  Eminentiam  Vestram  quàm  diutissimè  conservet. 

Dab.  è  Palatio  Nostro  Westmonasterii  6***  die  septembris 

an.  i658. 

Eminentiag  Vestrae 

Bonus  Amicus, 


Ex  mandato  Celsitudinis  Suœ 

JO.  THURLOE. 

Eminentissimo  domino  D"°  Cardinali  Mazarini. 

Eminentissime  seigneur,  quoique  rien  n'eût  pu  nous  arriver  de  plus 
cruel  que  d'écrire  sur  la  mort  de  notre  très-sérénissime  père,  cependant, 
comme  nous  savons  combien  il  estimait  Votre  Éminence  et  combien 
vous  l'estimiez,  et  que  nous  ne  doutons  pas  que  Votre  Éminence,  à  qui 
le  roi  a  confié  la  souveraine  direction  des  afiaires  de  France,  ne  s'afflige 
grandement  de  la  mort  d'un  ami  et  allié  si  constant  et  si  intime,  nous 
avons  jugé  convenable  de  vous  avertir  de  ce  très-grave  événement, 
conjointement  avec  le  roi,  par  ces  lettres  et  par  le  seigneur  Lockhart, 
désormais  nôtre  envoyé,  et  nous  vous  confirmons  par  la  même  occa- 

(i)  Lockhirt  ne  retourna  pas  de  saite.en  France.  •>  Cf.  les  dépêches  publiées  par  Goixol 
dans  le  tome  I  de  son  liTre  sur  Richard  Cromwell. 


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46  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

lion  que  nous,  à  qui  le  suprême  pouvoir  de  ces  lutioiis  a  été  ttans- 
féré,  selon  la  coutume,  nous  avons  succédé  à  un  père  de  glorieuse 
mémoire  aussi  bien  dans  Tadministration  de  la  chose  publique  que 
dans  la  grande  a£fection  envers  la  France  et  Votre  Éminence,  afin  que 
quand  vous  pleurez  avec  nous  à  bon  droit  la  perte  de  celui  qui  fut  un 
si  grand  ami  pour  vous  et  brillant  par  tous  les  mérites,  vous  ayez 
cependant  moins  que  jamais  à  regretter  ce  qui  tend  à  garder  la  foi  de 
Tallianc*,  pour  la  conservation  de  laquelle,  de  votre  côté  et  dans 
rintérétdes  deux  nations,  Dieu  garde  le  plus  longtemps  Votre  Éminence. 

Donné  en  notre  palais  de  Westminster,  le  6  septembre  i658. 
De  Votre  Éminence  le  bon  ami 

Richard,  P. 
Par  son  Altesse 

J.  Thurlob. 

A  réminentissimt  seigneur  le  seigneur  Cardinal  Mazarin. 

Cette  lettre,  conservée  précieusement  dans  la  collection  de  Monsieur 
Benjamin  Fillon,  est  scellée  du  sceau  privé  d'Olivier  Cromwell.  Elle 
n'a  pas  été  connue  de  Guizot  qui  a  publié,  dans  son  beau  livre  sur 
Richard  Cromwell,  une  série  de  dépêches  diplomatiques  adressées  à 
Mazarin  par  l'ambassadeur  de  France.  Je  n'ai  pas,  dans  ces  divers 
documents,  trouvé  la  mention  de  la  lettre  reproduite  ci-dessus. 

J'ai  cru  devoir  donner  ici  l'image  exacte  du  sceau  d'Olivier  Cromwell. 


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EMMANUEL  LECLERC 


Victor-Emmanuel  Leclerc,  né  à  Pontoise  le  17  mars  1772,  s'enrôla 
comme  volontaire,  aux  débuts  de  la  Révolution  française,  dans  le 
2*  bataillon  de  Seine-et-Oise  où  il  fut  nommé  lieutenant  par  ses  cama- 
rades. Aide  de  camp  d'un  général,  il  partit  pour  Toulon.  C'est  de  cette 
époque  que  date  la  lettre  suivante,  qui  donne  d'intéressants  détails  sur 
le  siège  de  Lyon  et  sur  l'état  des  esprits  à  cette  époque. 

Lyon,  le  i*'  du  2*  mois  de  la  2*  année  de  la 
République  française  (  i  ) . 

Leclerc  à  Nouet  (2),  salut. 

J'ai  été  fort  surpris,  mon  ami,  quand  Botot  m^a  dit  que  tu 
n'avois  reçu  de  moi  aucune  narration  de  Taffaire  de  Gobrun. 
Je  t'en  ai  envoyé  une  relation  d'Aix.  Si  tu  ne  Tas  pas  reçu 
plutôt  c'est  que  j'ai  été  très-occuppé  jusqu'à  ce  moment.  J'ai 
été,  ainsi  que  le  général,  deux  jours  et  deux  nuits  sur  pied,  et 
noiïs  avons  tous  payé  de  notre  personne.  Nous  avons  ren- 
contré à  Aix  Ricord,  Boula  et  Topino  Lebrun.  Ricord  veut  être 
adjoint  au  ministre  de  l'intérieur.  Ses  collègues  n'approuvent 
pas  tout-à-fait  ses  vues  et  ne  serviront  pas  ses  prétentions  à 
Paris.  D'après  une  conversation  que  j'ai  eu  avec  eux  je  crois 
qu'il  se  blousera.  Lyon  a  été  assez  maltraité,  mais  on  retient 

(t)  i**  brumaire  an  II  (as  octobre  1793). 

(a)  Est-ce  rastronome  Nicolas- Antoine  Nonet?  Cest  peu  probable. 


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48  REVUE  DES  DOCUMEfTTS  HISTORIQUES 

un  tn^  grand  nombre  de  prisonniers  dans  les  prisons.  Ce  n'est 
pas  avec  des  prisons  qu*on  fait  des  révolutions  :  c'est  un  corn- 
bat  i  outrance,  il  faut  les  détruire.  Le  quai  du  Rhône  est  le 
seul  endroit  qui  ait  bien  souffert.  On  assure  qu'il  a  péri 
1 2,000  hommes  dans  le  siège.  On  est  entré  dans  la  ville  au  mo- 
ment où  on  parlementoit  (i).  Nous  avons  obtenu  pour  Toulon 
25  bouches  à  feu  consistant  en  pièces  de  24  et  de  16,  en  mor- 
tier et  obusier,  chaque  bouche  à  feu  approvisionée  à  400,  soit 
boulets,  soit  bombes.  Nous  pourrons  avoir  3ooo  fusils  et 
8000  hommes  en  tout,  sur  lequel  il  y  aura  6000  hommes  de 
troupes  exercées.  Nous  eussions  pu  en  avoir  davantage»  mais 
le  succès  que  les  impériaux  ont  eu  du  côté  de  Wissembourg  est 
cause  qu'on  y  enverra  de  l'artillerie  et  des  troupes.  Nous 
avons  à  Lyon  Couthon,  Chateauneuf  et  Laporte  :  tous  trois  sont 
bons.  Nous  saurons  demain  ce  que  nous  aurons  de  troupes. 
Après  demain  nous  nous  occuperons  de  les  faire  partir  et 
nous  les  suivrons  de  près,  du  moins  à  ce  que  j'espère. 

Rappelle-moi,  amsi  que  le  général,  au  souvenir  de  Barras, 
Fréron,  Bâton  et  les  autres. 

Il  faut  raser  Lyon  et  exterminer  ses  habitans,  sans  quoi. . .  (2}. 

Leclerc. 

Leclerc  montra  au  siège  de  Toulon  une  telle  bravoure  qui!  fat 
nommé  capitaine.  C'est  là  qu'il  connut  Napoléon  Bonaparte,  qui  lui  fit 
épouser,  en  1797,  sa  sœur  Pauline.  Leclerc  devint  général  de  division 
après  le  18  brumaire  et  fut  envoyé,  en  1802,  à  Saint-Domingue  où  il 
mourut  de  la  fièvre  jaune  le  2  décembre  de  la  même  année. 

(I)  Cest  le  9  octobre  1793  que  les  troapet  républicaines  entrèrent  dans  Lyon. 

(s)  A  ce  moment  Couthon  n^avait  pris  contre  Lyon  qne  des  mesures  relatifciiienC  dovces, 
mais  GoUot-d^Herbois  et  Foocbé  anaitot  arriver  étabUr  dans  la  riOe  rebelle  la  régiiiie  de  la 
Terreur, 


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CATHERINE   DE    MÉDICIS 


Githerinede  Médicis,  née  à  Florence  en  iSig,  était  fille  de  Laurent  II 
de  Médicis,  dnc  d'Urbin,  et  de  Madeleine  de  la  Tour  d'Auvergne, 
et  nièce  du  pape  Clément  VII.  Ce  dernier,  qui  cherchait  à  ménager 
à  la  fois  François  I**"  et  Charles-Quint,  qui  tour  à  tour  le  faisaient 
juge  de  leurs  différends,  fit  accepter,  en  1 533,  sa  nièce  au  roi  de  France 
pour  femme  du  second  fils  de  ce  souverain,  Henri,  duc  d'Orléans. 
Catherine  avait  alors  treize  ans  et  son  futur  mari  quatorze  ans  et  demi  ; 
elle  n'apportait  en  dot  que  cent  mille  écus  et  les  terres  possédées  en 
France  par  sa  mère,  et  qui  représentaient  une  somme  égale  à  la  dot 
Mais  Philippe  Strozzi,  envoyé  du  Pape,  faisant  allusion  aux  antiques 
prétentions  de  la  France  sur  l'Italie,  avait  insinué  que  l'héritière  des 
Médicis  apportait  à  son  mari  trois  joyaux  d'un  grand  prix.  Gènes, 
Milan  et  Naples  (i). 

Catherine  fut  amenée  à  Nice  d'où  elle  adressa,  le  23  septembre  i533, 
la  lettre  suivante  à  François  I«'  (2)  : 

Sire 

lo  ringratio  molto  humilmente  la  maiesta  vostra  christia- 
nissima  di  essersi  quella  degnata  di  scrivere  di  nuovo  alla 
sua  humilissima  ancilla  et  servitrîce  per  Monsignore  ci  vescovo 
d'Auxerre  (3),  et  ancora  di  tucte  le  parole  le  quali  mi  ha  decte 
per  parte  di  quella,  credendole,  corne  mi  comanda  per  la  sua 
lectera  la  Maiesta  vostra,  a  piedi  délia  quale  desidero  di 

(i)  et  Mémoires  de  Martin  du  Bellay,  coll.  Michaud  et  PoujouUt,  t.  t,  p.  343. 
(3)  Collection  de  M.  Benjamin  Fillon. 

(3)  François  II  de  Dinteville,  étêque  d'Âuxerre,  du  4  mai  i33o  au  37  septembre  i554.  I 
était  ambassadeur  du  Roi  à  Rome. 

TOME    IV  7 


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50  REVUE  DÈS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

condurmi  sopra  tucte  le  cose  dei  mondo,  corne  piu  a  [»eno 
potra  intendere  dal  sopra  decto  Monsignore  di  Auxerre,  al 
qualle  io  mi  rimecto,  pregando  Idio  ml  facda  grazia  di 
obedire  humilmente  tucti  i  giorni  délia  vita  mia  alli  coaunan- 
damend  délia  Maiesta  vostra  et  del  mio  signore  Monsignore 
di  Orliens. 
Scritta  a  Niza  a  di  xxiii  di  septembre  mdxxxiii. 


Sirc, 

Je  rends  grâces  très-humblement  i  Votre  Majesté  très-chrétienne 
d^avoir  daigné  écrire  de  nouveau  à  sa  très-humble  servante  par  Mon- 
seigneur révéqile  d'Auxerre,  et  aussi  de  toutes  les  paroles  que  cclui-cî 
m'a  dites  de  sa  part,  en  les  croyant,  comme  me  le  commande  par  sa 
lettre  Votre  Majesté,  aux  pieds  de  laquelle  je  désire  me  conduire  sur 
toutes  les  choses  du  monde,  comme  elle  le  pourra  plus  à  plein  entendre 
par  le  susdit  Monseigneur  d'Auxerre,  auquel  je  me  remets,  priant  Dieu 
de  me  faire  la  grâce  d'obéir  humblement  tous  les  jours  de  ma  vie  aux 
commandements  de  Votre  Majesté  et  de  mon  seigneur  Monseigneur 
d'Orléans. 

Écrit  à  Nice,  le  a3  de  septembre  i533. 

La  très-humble  servante 

Catherine  de  Médicis. 

t'endant  Ce  temps  le  pape  Clément  VII  s'embarquait  sur  les  galères 
de  France  pour  venir  à  Marseille  rendre  visite  à  François  I*'.  Il  arriva 
dans  cette  ville  le  4  octobre  1 533,  fit  son  entrée  solennelle  le  12  du 
même  mois  et,  le  28,  il  procéda  solennellement  au  mariage  de  sa  nièce 
avec  le  duc  d'Orléans  (i).  Il  quitta  Marseille  le  12  novembre  ets'em- 

(i)  Mémoirts  dt  Martin  Du  Bellay,  p.  365. 


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CATHERINE    DE  MEDICIS  5l 

barqua  le  5  décembre  pour  Cîvita-Vecchia,  sur  les  galères  d'André 
Doria.  Il  mourut  le  25  septembre  de  l'année  suivante,  ne  se  doutant 
guère  de  la  haute  fortune  à  laquelle  était  appelée  sa  nièce.  En  efifet  ce 
ne  fut  qu'à  la  mort  du  dauphin  François,  en  1 336,  que  Catherine,  de 
simple  princesse,  devint  Théritière  du  trône.  Reine  de  France  en  i543, 
elle  mena,  à  la  cour  de  Henri  II,  une  vie  obscure,  supportant  sans  hu- 
meur apparente  la  rivalité  de  Diane  de  Poitiers  et  se  contentant  de 
donner,  après  dix  ans  de  stérilité,  des  héritiers  à  la  couronne. 
A  l'avènement  de  François  II,  Catherine  de  Médicis  se  révéla.  Dès  lors, 
soit  comme  régente,  soit  comme  reine  mère,  elle  exerça  une  influence 
politique  considérable.  Je  me  bornerai  à  parler  des  événements  qui 
concernent  les  lettres  que  je  vais  publier. 

En  1 567,  les  huguenots  se  soulevèrent  de  nouveau,  sous  la  conduite 
du  prince  de  Condé  et  de  l'amiral  Coligny.  Ils  vinrent  livrer  bataille  à 
Tarmée  catholique  commandée  par  le  vieux  connétable  de  Montmorency, 
dans  la  plaine  de  Saint-Denis,  le  10  novembre  iSôy.  Le  combat  fut 
sanglant,  et  chacun  des  deux  partis  s'attribua  la  victoire (i);  seulement 
les  catholiques  y  perdirent  leur  chef,  ce  qui  les  empêcha  de  renouveler 
la  lutte.  Après  ce  grave  événement  Charles  IX  et  sa  mère  délibérèrent 
sur  la  nécessité  de  remplacer  Montmorency.  La  charge  de  connétable 
fut  offerte  au  maréchal  de  Vieilleville,  qui  la  refusa  [2),  et  qui,  sans  doute 
pour  faire  sa  cour  a  la  reine  mère,  proposa  de  nommer  le  duc  d'Anjou 
lieutenant  général  du  roi  par  tout  le  royaume  (3).  Cet  avis  fut  appuyé 
par  Catherine  de  Médicis  (4)  qui  avait,  au  dire  de  ses  contemporains, 

(1)  Le  maréchal  de  VieiOevilIe,  dans  ses  Mémoires  (coll.  Micbaad,  t.  iz, p.  36o),  donne 
de  très-curieux  délai  s  sur  ce  fait. 

(3)  Cest  Vieilleville  lui-mfime  qui  a  révélé  cette  particularité  (Mémoires,  p.  363). 

(3)  Le  maréchal  rapporte  Tentretiea  qu'il  eut  à  ce  sujet  avec  le  Roi  en  plein  conseil. 
Après  avoir  refusé  la  charge  de  connéuble,  il  répondit  an  Roy  qui,  à  demi  colère,  s*était 
écrié  :  ■  Mais  dictes-moy  pourquoy  ?  »  —  c  Parce,  Sire,  qu'il  est  désormais  temps,  laissant 
restât  de  connesuble  à  part^  et  qu'il  n'en  soit  jamais  plus  parlé,  de  âiire  entrer  monseigneur 
vostre  frère,  que  voylà,  au  msuiement  des  affaires  d'Estat,  et  le  constituer  lieutenant  géné- 
ral de  Vostre  Majesté  en  vostre  royaume  et  en  toutes  les  terres  et  pays  de  vostre  obéyssance 
affin  qu'il  ne  demeure  plus  inutile,  et  qu'en  tous  lieux  où  il  se  trouvera  il  puisse  parler  en 
si  grand  prince  qu'il  est,  des  armées,  des  batailles,  des  gouvernements,  et  des  ordonnances 
nécessaires  et  politicques,  et  tout  ce  qui  concerne  la  manutention  de  vostre  couronne  et  de 
Testât  public,  jusques  au  maniement  et  distributions  de  toutes  les  finances  en  général  des 
provinces  qui  sont  soubs  vostre  couronne;  ce  qu'il  ne  sçauroit  faire,  n'y  ayant  jamais  esté 
appelé  ny  employé  :  de  quoy  il  peult  rougir  en  toutes  compaignies > 

(4J  Vieilleville  marque,  dans  le  passage  suivant,  la  satisfaction  de  Catherine  de  Médicis  : 
«  Et  y  avoit  grand  presse  d'aller  devers  la  Royne  mère  pour  luy  annoncer  l'investiture  de 
son  troisiesme  fils  en  ce  sublime  estât  de  vice- Roy  de  France  ;  qui  en  fust  très-aise  et  très- 


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5%  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

une  tendresse  toute  partiodière  pour  son  troisième  fils  (i).  HvranU  de 
Chevemy  (2),  chancelier  du  duc  d'Anjou  et  créature  de  la  reine  mère, 
fit  vérifier  et  publier  au  parlement  de  Paris  et  dans  tous  les  autres  les 
lettres-patentes  qui  élevaient  le  fi*ère  du  roi  à  la  plus  haute  situation 
de  TEtat  (3).  Le  duc  réclama  peu  après  une  garde  particulière  : 
Catherine  lui  transmit  la  décision  royale  par  la  lettre  suivante  : 

Mon  filZ)  je  ne  puys  vous  respondre  aultre  chose  i  la  lettre 
que  vous  m'avez  escripte  du  jour  d'hyer  si  n'est  que  je  trouve 
très  bonne  le  résolution  que  vous  avez  prinse  touchant  le  logis 
de  Tannée,  ensemble  les  despesches  que  vous  avezfaia  faire  en 
plusieurs  endroictz.  Et  quant  à  ce  que  vous  m'cscrivcz  tou- 
chant la  difficulté  que  vous  a  proposée  le  s'  de  la  Rivyère  le 
jeune,  je  vous  diray  que  Tintention  du  Roy  monsieur  mon  filz 
et  la  myenne  est  que  doresnavant  vostre  garde  vous  soyt  entre- 
tenue tant  durant  ceste  guerre  que  durant  la  paix,  laquelle  iauh 

contente,  ne  le  pouvant  tsseï  louer  de  M.  le  ro«re$chal  de  VieUleTflk,  qoi  aToit  raia  ù 
dextrement  en  avant  cette  belle  invention,  pour  laquelle  Sa  Majesté  l'aima  et  boiiorm  tooa 
jours  depuis  plus  que  jamais.  >  {Mémoires^  p.  363.) 

(I)  Cest  Topinion  de  Michel  de  Castehiau  qui  dit,  dans  ses  Mémoires  (ooH  Michand, 
t.  tx,  p.  5s3)  :  c  Or,  après  la  mort  du  Conocatablc,  la  R07M  mère  du  Roy  estima  qoe,  pov 
avoir  les  armes  et  la  puissance  avec  Tautlrarlté  entière,  eOe  ne  powolt  mie«s  irire  qm 
udtement  supprimer  ce  grand  estât  de  Connestable,  qui  luj  eatoit  snspect  ;  et  àumnê.  la 
charge  de  lieutenant  général  au  duc  d*Anjou  son  second  fils,  qu'élit  aùmoit  umiqmewient.  • 
—  Marguerite  de  Valois  raconte  dans  ses  Mémoire^  (coll.  Michand,  U  x,  p.  4o5  et  406} 
combien  Catherine  de  Médicis  la  sacrifia  à  son  fils  Henri.  Elle  ajoute  cette  phrase  carao» 
téristique  :  i  Depuis  ce  jour-là  die  alla  tousjours  me  diminuant  sa  faveur,  faisant  de  som 
fils  son  idole,  le  voulant  contenter  en  cda  et  en  tout  ce  quil  désiroit  dWe.  • 

(a)  HurauU  de  Chevemy  revendiqua,  comme  Vieilleville,  Tbonneur  d'avoir  proposé  le  dac 
d'Anjou  pour  lieutenant  général  du  roi.  c  Le  Roy,  voyant  tant  de  guerres  et  d'affidres  pré« 
parées  à  sa  ruine,  fut  conseillé  par  la  Reine  sa  mère,  et  par  tous  les  princes  et  sdgneurs  qui  se 
trouvèrent  près  de  luy,  d'y  pourvoir  promptement,etde£dreeslection  d'un  cbef,m»odit8ieiir 
le  connestable  allant  mourir,  pour  com  nander  à  toutes  ses  armées  ;  et  par  la  recognoiasance 
du  grand  courage  et  valeur,  affection  et  iutérest  de  mondit  sieur  le  duc  d'Anjou  son  frère,  se 
délibéra  par  Tadvis  de  tous  de  le  Csire  et  establir  son  Ueutena  it  général,  pour  commander 
ainsi  queluy-mcsme  en  toutes  ses  armées.  Et  an  mesme  temps,  et  dans  le  mesme  conseil,  j'eus 
commandement,  comme  son  chancelier^  d'adviser  la  puissance  et  authorité  qui  luy  pourroît 
estre  commise,  dont  je  luy  fis  expédier  un  pouvoir  le  plus  ample,  grand  et  honorable  qie 
frère  de  Roy  ait  jamais  eu,  que  je  fis  vérifier  et  publier,  tant  au  parlement  de  Paris  qu'en 
tons  les  autres  du  royaume,  et  peux  dire  que  je  mis  ledit  pouvoir  en  sa  perfection,  cosame 
favois  esté  le  premier  à  en  faire  les  ouvertures.  »  [Mémoires,  coll.  Michand,  t.  x,  p.  468.) 

(3)  VidUeville  [Mémoires,  p.  363)  appelle  le  doc  d'Anjou  piea^roi  de  France. 


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CATHERINE  DE  MEDICIS  53 

qu^eUe  soyt  de  cinquante  hommes,  dont  durant  la  guerre 
toute  la  trouppe  senrjrra,  et  durant  la  paix  servyront  par  moy- 
ctyé,  les  ungs  après  les  aultres,  et  à  cheval  ilz  porteront  Thar- 
quebuze  au  lieu  des  javelynes  que  portent  les  gardes  du  Roy 
monsieur  mon  filz,  et  à  pied  porteront  les  hallebardes,  comme 
font  lesdits  gardes,  qui  est,  mon  filz,  ce  qu^il  nous  semble  que 
vous  debvez  arrester  avecques  ledit  La  Rivyère  pour  vostre- 
dite  garde,  dont  vous  Tadvertirez,  et  le  plustost  qu'il  luy  sera 
possible  ferez  mectre  sus  vostredite  garde.  En  pryant  Dieu,  mon 
filz,  vous  avoyr  en  sa  sainte  garde.  De  Parys  ce  XXVI 11"^  Jour 
de  novembre  1567. 


  mon  fib:  le  duc  d'Anjou,  lieutenant  général  du  Roy 
monsieur  mon  filz  par  tout  son  royaulme. 

La  paix  fut  conclue  à  Longjumeau  le  23  mars  1 568;  elle  ne  dura  que 
six  mois.  Les  huguenots  reprirent  les  armes  pour  la  troisième  fois: 
Condé  et  tous  les  chefs  protestants  se  réfugièrent  à  la  Rochelle  (août 
1 568)  ;  la  religion  réformée  fut  interdite  par  arrêt  du  Parlement  le 
28  septeoibre.  Le  duc  d'Anjou  se  rendit  bientôt  à  Tarméeet  manœuvra 
sur  les  bords  de  la  Charente.  Le  i3  mars  1569  eut  lieu  la  fameuse 
bataille  de  Jarnac  où  les  protestants  perdirent  le  prince  de  Condé. 
Quoique  battue,  l'armée  de  ces  derniers  n'était  nullement  entamée. 
La  reine  de  Navarre  amena  aux  huguenots  son  jeune  fils  Henri  ; 
d'autre  part  la  reine  mère  se  rendit  auprès  du  duc  d'Anjou  pour  sur- 
veiller les  opérations  militaires  (i).  Wolfgang   de  Bavière,  duc   de 

(1)  Une  des  raisoDS  du  voyage  de  Ctâierine  de  Médicis  fut  que  l'armée  catholique  se 
montrait  peu  satisfaite  de  son  jeune  chef.  (Ct.  liémoirct  de  CaêtêlMau,  p.  538.) 


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54  REVDE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Deux- Ponts  (i),  venait  de  pénétrer  en  France  et  cherchait  â  fiiire  sa 
îonction  avec  Tamiral  Coligny.  Il  s'empara  de  la  Chanté  (a)  et  passa 
la  Lx>ire  le  ao  mai.  11  allait  se  réunir  aux  protestants  du  Poitou 
lorsqu'il  mourut  d'une  fièvre  quarte,  le  ii  juin,  à  Escars,  près  de 
Limoges  (3).  Catherine  de  Médicis  était  dans  cette  dernière  ville,  et  elle 
ignorait  encore  la  mort  du  duc  de  Deux- Ponts  lorsqu'elle  écrivit,  le 
12  juin,  la  lettre  suivante  à  Charles  IX  : 

Monsieur  mon  fils,  le  Coc  (4)  s'an  retourne  qui  ha  présanté 
vostre  présant  à  vostre  frère,  qui  l'a  trové  si  beau  et  plus 
aystimé  la  fason  de  quoy  Valon  lui  ha  conté  que  lui  avés 
envoyé,  et  dist  qui  ne  vous  peult  fa)rre  aultre  remersiment  de 
tant  d'aseuranse  que  lui  donne  de  vostre  bonne  grase  que 
de  anployer  sa  vie  et  la  luy  esposer  pour  vostre  servise, 
à  quoy  yl  ne  perdra  neule  aucasion  de  le  vous  fayr  paroytre 
parefoyst  la  volante  quMl  a  mis,  è  est  byen  mary  de  celés 
qui  ce  sont  perdeues,  mes  cet  né  pas  sa  faulte,  ni  la  myene, 
car,  depuis  que  je  y  suis,  je  fayt  marcher  vostre  armaye  en  tele 
diligense,  que  cet  les  reystres  (5)  eusent  voleu  marcher  jeudi, 
le  jour  de  la  feste  Dyeu  (6),  je  me  pouvès  dyre  la  plus  heureuse 
femme  du  monde  et  vostre  frère  le  plus  glorieulx  ;  car  vous 
eusiés  heu  la  fin  de  cete  guère,  aystent  réduis  le  Duc  de  Dus 
Pons  en  lyeu  qui  Pestoyt  à  nous,  mes  Dieu  ne  Ta  pas  voleu; 
car  j'euse  aysté  trop  ayse  d*avoy resté  aucasion  de  vous  mestre 
en  repos  par  le  moyen  de  vostre  frère  et  de  tent  de  jeans  de 
bien  qui  sont  ysi,  qui  en  sont  enragés;  mes  puiz  qui  n'est  ave- 
neu,  yl  n'ont  perdu  le  ceour  (cœur),  ayspérent  encore  que  yl 
souint  jouins  aveques  l'Amiral,  qui  ne  l'auron  pour  sela  de 

(1)  Ce  prince,  fils  de  Louis  11,  était  né  en  i528  et  avait  succédé  à  son  père  le  3  décembre 
i533. 

(3)  Mémoires  de  Castelnau^  p.  539. 

(3)  Mémoires  de  Castelnau,  p.  540. 

(4)  Sans  doute  un  nom  propre,  comme  Valon,  inscrit  plus  loin. 

(5)  Ces  reitres  étaient  ceux  que  le  comte  Rhingrave  et  Bassominerre  avaient  amenés  au 
duc  d'Anjou.  (Cf.  Mémoires  de  Castelnau,  p.  534.} 

(6)  La  Fête  Dien  tombait,  cette  année*là,  le  9  juin. 


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CATHERINE  DE  MEDICIS  55 

chercher  Taucasion  et  l'aventage  et  vous  fayre  le  servise  qu'il 
désirent  tous  ceulx  qui  sont  en  cete  armaye,  où  vous  avés,  de 
puis  le  plus  grent  jeusques  au  plus  petit,  tent  de  jeans  de  bien 
et  playn  de  si  grente  afection  à  vostre  servise,  et  aulter  cet 
royaume  de  misayre,  que  je  voldrés  que  le  puisyés  voyr,  corné 
je  fays,  pour  les  aymer  daventage,  et  avoyr  plus  de  souvenanse 
de  les  en  reconoystre.  Je  say  bien  que  vous  dires  qui  ne  tient  à 
vous  que  ne  le  voyés,  elque  cet  je  ne  reguardez  que  à  complayre 
à  vostre  volante,  pour  SLVoyr  vostre  bonne  grase  à  quelque  pris 
que  cet  feut,  que  le  vous  consellerés,  mes  yl  fault  que  pansiés 
que  je  vous  suis  mère,  et  que  je  reguarde  à  cet  qui  peult  avenir, 
et  que  lyen  ne  vous  peult  aulter  set  beau  royaume  que  Dieu 
vous  ha  donné,  tent  que  demeurerés  en  vie,  quelque  forteune 
qui  aviegne-,  car  vous  serés  tous  jour  pour  remetre  les  chause 
en  sûreté,  et,  pour  cete  aucasion,  nous  avons  mendé  d'asambler 
toutes  les  forses  d'Auvergne,  de  Picardie,  Normendie  et  Bour- 
bonoys,  aveques  cet  que  avés  de  l'Isle  de  Franse  et  vostre 
mayson,  afin  quepuisiés  avoyr  eun  neup  (nœud)  pour  remestre 
tout  cet  quy  pouroyt  aystre  rompeu  ensemble,  cet  qui  n'avien- 
dra  pas,  si  ï)ieu  playst,  et  n'avenant,  si  l'on  ne  le  peult  conbatre 
avent  qui  voleusent  repaser  la  rivière,  vous  mestre  de  là  la 
rivière  de  Louire,  et  les  côtoyer  aveques  cet  que  aurés,  et  vostre 
frère  au  cul,  pour  les  empêcher  de  la  paser,  et,  ne  la  pasant, 
yl  sont  ruinés,  et,  s'il  retournent  en  leur  conquêtes,  tous  jour 
aveques  vos  forses,  vous  avenser,  défandcnt  la  diste  rivière, 
afin  qui  ne  la  pasasent  plus  hault,  et,  s'il  vont  en  Languedoc 
et  Lionoys,  pour  aler  en  Bourgogne  quérir  les  Alemans,  qu'yl 
disent  que  le  duc  de  Casimire  leur  amayne,  vous  ennaler 
aveques  les  forses  que  avés  à  Lion,  et  vostre  firère  tous  jour  le 
cotouier  et  ne  perdre,  mes  la  chercher,  en  cet  pendent,  une 
aucasion  de  les  combatre,  cet  qui  la  délibéré  de  fayre,  et,  en 
cet  faysant,  l'on  joura  jeu  seur,  et  conestra-t-on  que  y  aies 
aveques  sans  et  raysons,  et  seubc  que,  pour  vous  complayre, 
vous  endiron  aultrement,  vous  conestré  un  jour  tou  le  monde. 


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56  REVUE  DBS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

et  voyrés  que  je  vous  suis  mère  et  non  marâtre.  Je  ne  le  voos 
dis  pas  pour  doucter  que  ne  me  conoysié  tieule  (telle),  car  îe 
mannaseure  et  de  Tamour  et  aubdsance  que  m^avés  toœ  jour 
portaye,  mes  cet  pour  vous  refirechir  la  majrmoujrre  que  cet 
que  je  vous  consel  et  foys,  cet  pour  vostre  conservation  et  de 
vostre  Royaume,  que  est  vostre  honneur,  come  le  cdhoystrés 
à  la  fin  de  tout  cesi,  et  que  je  n'ay  ni  aultre  but  ni  fin  que  cela, 
et  la  prise  de  la  Chérité  ayst  de  très  grende  ynportanse.  Je  laisse 
cet  propos  pour  vous  dire  que  le  Breul  ha  envoyé  yer  jrsi  son 
ensegne,  lequel  nous  panson  aystre  uneespie,  et  qui  lest  veneu 
pour  savojrr  et  voyr  cet  que  nous  fa)rson.  Il  vous  sovient,  et 
Villeroy  vous  en  fayré  sovenir,  que  yl  a  envoyé  beaucoup  de 
foys,  et  moy  le  renvojre  ver  lui  pour  savoyr  des  novelles,  «  a 
fayst  bonne  mine;  mes  asteure  je  décovre  qu'il  né  plus  tenps 
de  le  renvoyer,  mes  yl  dist  qui  veult  aler  au  (où)  vous  aystes, 
et,  delà,  à  Reue.  Fayte  le  prendre  et  envoyé  le  à  Paris  et  en 
mayn  seure,  et  Ton  sont  de  lui  beaucoup  de  chause  qui  vous 
pouront  cervyr  à  mon  aupinion.  Vileroy  le  conojrt,  qui  le 
monstrera  à  ceubc  que  le  voldrés  fayre  prendre.  Mendé  moy 
cet  que  ennaurés  fayst,  et  je  vous  bayse  lé  mayns. 

De  Limoges  cet  XII"*  de  jouin  1 569. 

Vostre  bonne  et  afectionnée  mère. 

Caterine 

Si  volés  me  fayre  chause  agréable,  et  beaucoup  pour  me 
contenter,  ne  me  mestés  plus  cerviteur.  Je  le  vous  ay  dejea 
mendé;  je  vous  prie  le  fayre. 

Comme  on  l'a  vu,  Catherine  de  Médicîs  traçait  un  plan  de  campagne, 
tout  en  défendant  son  fils  et  elle-même  contre  la  jalousie  et  la  défiance 
du  roi  et  de  ses  conseillers.  Le  plan  de  Catherine  ne  plut  pas  auxchefe 
catholiques  :  les  généraux  n'aiment  pas  ordinairement  recevoir  des 
leçons  de  gens  peu  fomiliers  aux  choses  de  la  guerre.  Après  divers 
combats,  entre  autres  la  bataiUe  de  Montcontour,  cette  troisiàme 
guerre  civile  se  termina,  le  8  août  1570,  par  la  paix  de  Saint-Germain. 


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ADRESSES   ILLUSTRÉES 

AU  XVIIP  SIÈCLE 


Le  goût  4u  luxe  dans  les  vêtements  on  dans  les  ameublements  et 
l'amour  des  objets  d'art  se  développa  beaucoup  sous  la  Régence.  Les 
gentilshommes  et  les  grandes  dames  employaient  des  sommes  consi- 
dérables soit  pour  leur  parure,  soit  pour  la  décoration  ou  l'ameuble- 
ment de  leurs  demeures.  Les  bourgeois,  que  des  spéculations  heureuses 
ou  un  génie  financier  avaient  conduit  à  la  fortune,  voulurent  rivaliser 
avec  la  noblesse.  De  là  une  émulation  qui  fut  très-favorable  au  com< 
merce.  Lesjoaîllierssurtout  avaient  une  nombreuse  et  riche  clientèle  (i). 
La  joaillerie  était  d'ailleurs  un  métier  qui  nécessitait  beaucoup  de 
capacité  et  d'argent  (2).  Plusieurs  de  ces  négociants  sont  restés  célèbres. 
Laxare  Duvaux,  marchand-bijoutier  ordinaire  du  roi,  fournit  à  la  fois 


(i)  Os  négodtots  étaient  qualifiés  iiidi£Kreiiuiient  de  merder,  bijoutier,  joaillier  et  orfërre 
Savary,  dans  son  Dictionnaire  universel  du  commerce  {édition  de  1741),  donne  de  cnrienx 
renseignements  snr  ces  diverses  dénominations. 

La  mtfoerie,  qni  tient  le  trouième  rang  parmi  les  six  corps  des  marchands,  est  le  plos 
important  parce  qu'il  comprend  tont  le  commerce  des  antres  corps.  11  est  divisé  en  plusieurs 
daases  différentes.  Dans  la  treixième  sont  ceux  qui  vendent  toutes  marchandises  et  curio- 
sités propres  pour  fomement  des  appartements,  telles  que  tableaux,  esumpes,  candéla- 
bres, etc.  ^  Bijouterie  c  est  le  commerce  de  toutes  sortes  de  petites  curiosités  qui  servent 
à  orner  les  personnes  et  les  appartements.  •  —  Jouaillerie  c  est  un  terme  de  négoce  qn 
signifie  en  général  toutes  sortes  de  marchandises,  de  pierreries  taillées  ou  non  taillées, 
comme  diamans,  rubis,  grenats,  saphirs,  émeraudes,  topazes,  améthystes,  etc.  On  7  com- 
prend ansai  les  perles,  les  turquoises,  les  opales,  les  agathes,  les  cristaux,  Tambre  jaune,  le 
corail,  le  lapis,  etc.,  même  toutes  sortes  de  bijoux  et  joyaux  d'or,  d'argent  et  d'antre  matière 
préciease.  •  —  c  Orfèvrerie  se  dit  du  négoce  qui  se  fiût  des  ouvrages  d'or  et  d'argent  £ibri- 
qnés  par  les  orfèvres.  • 

(a)  Savary  dit  formellement  :  «  11  faut  qu'un  marchand  ait  beaucoup  de  capacité  et  d'argent 
pour  entreprendre  le  négoce  de  la  jouaillerie.  > 

TOME  IV  8 


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58  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

la  cour,  la  noblesse  et  la  bourgeoisie  (i).  Toutes  les  femmes  si  sédniiantes 
du  règne  de  la  Pompadour  lui  durent  d'embellir  leurs  charmes. 

Les  marchands,  eux  aussi,  cédèrent  au  goût  général.  Ils  déployèrent 
du  luxe  dans  leurs  enseignes  et  commandèrent  leurs  adresses  et  fiictures 
aux  dessinateurs  les  plus  renommés.  François  Boucher  dessina  celle 
du  fameux  joaillier  Gersaint,  son  ami  :  le  comte  de  Caylus  la  grata  (2). 
Chofifart  fit  l'annonce  de  Torfévre  Vallayer,  du  marchand-graTear 
Aubert,  du  libraire  Prault,  de  fhorloger  Danthiau,  du  brodeur  ordi- 
naire du  roi  Balzac.  On  dut  â  Cochin  l'enseigne  du  bijoutier  Stras. 
Augustin  de  Saint-Aubin  qui,  dès  l'âge  de  seize  ans,  avait  dessiné  une 
carte  d'entrée  du  Concert  bourgeois  de  la  rue  Saint- AMtoine^  s^adonna 
à  faire  des  adresses  de  marchands,  des  programmes  de  fite,  etc.  (3). 
Aussi  ces  feuilles  volantes,  vouées  à  une  destruction  rapde,  sont-elles 
aujourd'hui  recherchées  activement  par  les  amateurs  à  cause  des  déli- 
cieuses vignettes  qui  les  parent  (4).  Mon  beau-frère  et  collègue,  M.  Fer- 
nand  Calmettes,  en  a  réuni  quelques-unes,  dont  les  dessinateurs  sont  in- 
connus, mais  qui  n*en  sont  pas  moins  des  spécimens  intéressants  de  l'art 
du  XVIII*  siècle.  Maintenant  que  se  manifeste  une  tendance  a  attirer 
l'attention  du  public  par  des  choses  plaisantes  aux  yeux,  j'ai  cru  devoir 
faire  reproduire,  par  l'héliogravure,  quelques-unes  de  ces  adresses  illus- 
trées, si  communes  au  siècle  passé.  Des  trois  spécimens  choisis  par 
M.  Calmettes,  les  deux  prcrhiers,  de  style  Louis  XV,  concernent  un 
joaillier  de  la  rue  Saint-Antoine,  dont  la  boutique  avait  pour  enseigne 
A   la  gerbe  ^or[S),  et  un  marchand  d'éventails  de  la  rufe  Saint-Denis 


(I)  U2tre  DavauK,  né  en  170?,  mourut  le  34  soTerabre  1758.  Mou  confrère  M.  Looit 
Courajod  a  récemment  publié  le  Hvre-joufntl  de  ce  jotillier  :  «  Livre-joumûl  de  Lu\mre 
Duvaux,  marehand'biJoMtier  ordinaire  du  Roy,  1748- 1758,  précédé  d'une  étude  sur 
le  goût  et  le  commerce  des  objets  d'art  au  milieu  du  XVlli»  siècle '{pv  Louit  Cou- 
rajod)*, Paris,  pour  la  Société  des  Bibliophiles  français,  1873,  s  vol.  iû-è.  • 

(3)  Cette  curieuse  adresse  a  été  reproduite  conune  frontispice  du  Uvre-joumal  de 
La\are  Duvaux.  M.  Courajod  en  a  publié  le  texte  que  voici  (t.  I»  p.  CVU)  : 

«  A  LA  pAOODE,  Gersaint.  marchand  jouaillier  sur  k  pont  Notre-Dame,  veod  toile  1 
de  clainquaillerie  nouvelle  et  de  goût,  bijoux,  glaces,  tableaux  de  cabiiMt«  pagodes,  ' 
et.  porcelaines  du  Japon,   coquillages  et   autres  nooroeaux  d*hiaioire  oatttrtUe, 
agathes.  et  généralement  toutes  marchandises  curieuses  et  étrangèçe^^  P^ia,  1740.  • 

<3)  Cf.  Les  Saint' Aubin,  étude  par  E.  et  J.  de  Goocourf;  Pari»,  Dento*  tSSp,  I11-4, 
p^  7  et  sulv. 

(4)  William  Hogarth  a  dessiné  des  adresses  de  marchands  qui  sont  trèa-recbercfaées  en 
Angleterre. 


(5)  La  facture  e*t  du  8  juillet  1776. 


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ADRESSES  ILLUSTRÉES  Sq 

qui  avait  mis  sur  son  maLgasin  :  Aux  trois pucelles (i).  Le  troisième 
spécimen,  de  style  Louis  XVI,  présente  Tentétê  d'une  facture  d'une 
veuve  Gallot,  qui  tenait  un  magasin  de  galons  d'or  et  d'argent  fin  rue 
Vieille-du-Temple,  en  face  l'hôtel  Soubise.  Cette  dernière  porte  cette 
signature  :  Bellanger  fecit  (2). 

Parmi  les  documents  que  je  possède  figure  une  pièce  quiva  trouver 
naturellement  sa  place  ici.  Cest  un  mémoire  de  diamant^r^  fournis,  en 
1740,  par  un  orfèvre  nommé  Pierre,  à  une  dame  DuchaHelet  (3).  De 
telles  nomenclatures  nous  aident  à  mieux  connaître  la  vie  intime  des n 
feounes  du  XVIII»  siècle. 

Mémoire  pour  Madame  Duchatellet  avec  l'état  des  diamants 
qu'elle  m'a  remis  le  12*  juillet  1740  et  celuy  que  j'ay  employé 
et  fourni. 

Une  égrette  en  gerbe,  y  compris  la  pen- 

delocques  à  pierres  seul iiSb. 

Un  brasselez  d'un  grenat  composé  de.  .  .  12 

Une  bague  et  deux  brillant  de 2 

Une  paire  de  boucles  d'oreille  à  pierre  seul  2 
Une    bague  d'un   gros  diamant  un  peut 

jeaunne i 

Une   bague  d'une  pierre  foible  carée  .  .  i 

Un  diamants  or  d'oeuvre  jeaunne  et  glasseux.  i 

Total  des  diamans  reçus.     i32 


(i)  Là  facture  n*a  pas  de  date.  —  Cette  adresse  a  été  réduite  de  moitié  :  les  deux  autres 
sont  de  la  grandeur  exacte  des  originaux. 

(3)  La  fiicture  est  du  13  novembre  1781. 

(^i  Ce  nom  évoque  le  souvenir  de  la  belle  Emilie,  qui  vivait  à  l'époque  où  tôt  écrit  ce 
mémoire  de  diamants,  mais  il  est  peu  probable  que  cette  dame  Duchatellet  ou  Duchatel  fût 
a  même  que  l'amie  de  Voltaire.  L'absence  da  titre  de  marquise  (Lazare  Duvaux  qui  men- 
tionne deux  fois  le  nom  de  Madame  Du  Chastellet  sur  son  Uvre-joumal,  6  février  et 
13  mars  1749,  n'omet  pas  la  qualité  de  marquise)  me  fait  penser  qu'il  s'agit  plutôt  d'une 
bourgeoise  coquette  et  dévote,  comme  l'indique  la  riche  croix  de  dévotion  qui  figure  sur  le 
mémoire  pour  la  somme  de  six  mille  livres. 


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6o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Etat  de  ce  que  j'ay  fournie  à  madhte  Dame. 

Juillet  i6. 

Livré  une  bague  d'une  cornalinne  gravée^ 
façon 2oil. 

Autre  bague  d'une  agatte  de  trois  couleurs^ 
façon lo 

Autre  bague  d'un  saffir  gravé,  façon.  ...  lo 

Plus  pour  avoir  fait  tailler  le  saphir  donné.  6 

Livré  une  paires  de  boucles  d'oreille  en- 
touré, composé  de 3o  b. 

Façon  des  dittes  boudes  d'oreille 3o 

^  Septembre  a8. 

Livré  une  bague  d'un  rubie  oriantale  à 

demy  entouré,  façon 6  24 

Autre  d'un  rubie  vioiietzà  demy  entouré,  cy.         6  24 

Autre  d'une  topaze  de  mesme,  cy 6  34 

Autre  d'un  saphir  de  mesme,  cy 6  24 

Autre  d'une  émeraude  de  mesme ,  cy.  .  .  6  34 

Autre  d'un  péridault  de  mesme,  cy.  .  .  .         6  24 

Deux  grand  brascelet  avec  8  resort  d'or, 

composé  de 112  2 

Pour  les  façons  à  i5o  U.  pièces,  cy .  .  .  .  3oo 

Une  croix  de  dévotion,  dont  le  diamant  du 

bas  est  à  ma  ditte i 

Où  j'ay  fournie  le  millieux,  la  teste,  les  2 

bras,  6  pour  le  corps  de  la  croix  grose, 

etc.  16  menues  du  prix  de 6000 

Décembre  12. 

Plus  un  couUant  dont  le  millieu  est  à  ma 
ditte  Dame i  b. 


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ADRESSES  ILLUSTRÉES  6l 

Au  quelle  j^ay  fournie  22  brillant  avec  la 

façon,  cy. •  .  ,  820 

Rendue  la  pierre  foible  carée,  cy i 

181  b.   7360II. 
Quantité  des  diamantquej'ay  fourni.  181  b. 

Sur  quoy  j'en  ay  reçue i32 

Partant  reste  à  me  payer 49  b. 

14  Karas  à  200  11.  le  karas,  cy 2800 

10160II. 

Fournie  deux  brillant  au  bas  de  la  croix  au 

retour  dedeuxpetis 108 

Plus  fournie  8  resort  d'or,  dont  je  n'en 

compte  que  4,  cy 24 

10292 

Rendue  28  diamans  roses,  qui  estoit  au  bague 
de  couUeur. 

Sur  la  3«  page  on  trouve  les  mentions  suivantes  de  deux  à-compte 
donnés  à  deux  époques  diverses  : 

Du  17*  décembre  1742  reçu  de  Madame  Duchatel  par 
les  mains  de  M'  Trichet  dont  j'ay  mis  mon  reçu  sur  son 
livre ,  .  .  .  .     1200II. 

Du  28*  octobre  1745  reçu  à-compte  de  Monsieur  Pctié  sur 
la  lettre  de  M"»*  Du  Chatellet 3ooo 

^nfin  le  joaillier  donna,  le  10  novembre  1745,  l'acquit  définitif  en 
ces  termes  : 

Je  reçue  de  Madame  Duchatel  par  les  mains  de  Monsieur 
Petié  la  sommes  de  six  mil  quatre  ving  douze  livre  pour 
parfait  payement  de  tous  ce  quel  me  doit  jusqu'à  se  jour  pour 
fourniture  mendonnée  au  mémoir  de  l'autre  part,  dont  qui- 
tance  à  Paris  se  dix  novembre  1745. 

Pierre. 


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DENIS  DODART 


Dems  Dodart,  né  à  Fuis  en  1634,  étudia  d*abord  pour  le  barreau, 
mais  s'adonna  bientôt  à  la  médecine.  Il  mérita,  dès  l'âge  de  Tingt-diiq 
ans,  d'être  appelé,  par  Gui  Patin,  un  prodige  de  sagesse  et  de  sciemee^ 
et  fut  reçu  docteur  à  la  fin  de  Tannée  1660.  Il  devint  médecin  de  la 
duchesse  de  Longueville,  de  la  princesse  de  Conti,  et  enfin  dti  rot 
Louis  XrV.  En  1673  il  entra  à  TAcadémie  des  sciences,  où  l'ai^laicQt 
ses  connaissances  étendues  en  botanique.  Ce  fut  un  des  membres  les 
plus  éminents  de  cette  illustre  compagnie  ;  ses  Mémoires  pcmr  sermr 
à  rkistoire  des  plantes,  publiés  en  1676,  témoignent  d'une  origiaaliié 
et  d'une  puissance  d'observation  vraiment  remarquables  (1).  U  £iat 
aussi  savoir  gré  à  Dodart  d'avoir  proclamé,  un  des  premiers,  l'efficacité 
de  l'inoculation,  contestée  alors  par  les  médecins. 

Denis  Dodart  fit  à  Versailles,  le  8  mai  1707,  son  testament;  )'en  ai 
retrouvé  l'original,  et  je  le  publie  ici,  à  cause  des  détails  qu'il  donne 
sur  le  caractère  de  cet  homme  illustre  et  sur  les  mœurs  du  xvn* 
siècle  (s). 

Au  nom  du  Père  et  du  Fils  et  du  Saint-Esprit. 

Cest  icy  mon  testament  de  dernière  volonté. 

Je  désire  estre  enterré  au  plus  bas  de  Tégiize  de  la  parroisse 
sur  laquelle  je  mourray. 

Je  désire  aussy  que  mes  obsèques  soient  notablement  au 
dessous  de  la  médiocrité  du  rang  que  je  tiens  dans  le  monde, 
et  qu'on  donne  à  de  pauvres  hontaix  r^>argne  qu'on  pourra 
faire  dans  cette  veiîe  sur  cette  d^>en8e. 

(1)  Cf.  L Ancienne  AeadiwUe  des  sciences,  par  Alfred  Maory;  Paris,  Didier,  1864,  p.  18. 

\%]  Ce  tettament  original  m'appartient  actuelkment,  mais  je  Toffrirai,  aprèi  ladite  publi- 
cation, à  rAcadémie  des  adences,  dans  lea  archiTes  de  laquelle  il  sera  désormais  consenré. 


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DENIS  nODART  63 

Je  veux  qu^aussy  tost  après  mon  décès,  on  en  donne  avis  à 
mes  parents  et  à  mes  amys  et  sur  tout  aux  Ecclésiastiques  et 
aux  IWigieux  de  ma  conoissance,  me  recommandant  à  leurs 
prières,  et  particulièrement  au  Saint  Sacrifice  dé  la  Messe,  et 
nommément  aux  Religieuses  de  Port-Royal  des  Champs,  aux 
Carmélites  du  grand  couvent  de  Paris  et  aux  Religieuses 
Bénédictines  de  Montargis,  et  ce  par  des  billets  imprimés  du 
plus  petit  volume. 

Aiant  depuis  une  longue  suite  d'années  donné  Paumône 
selon  mon  petit  pouvoir  et  aiant  depuis  quelques  années  fait 
des  pertes  qui  n'iront  à  guère  moins  de  trente  mille  livres,  à 
mdns  de  quelque  ressource  que  je  n'ay  pas  lieu  de  prévoir,  je 
n'ay  pas  crû  devoir  engager  mes  héritiers  à  des  distributions 
de  sommes  considérables,  et  d'autant  plus  que  je  connois  mes 
enfants  sensibles  aux  besoins  du  prochain  et  portés  à  donner 
l'aumône  de  leur  propre  mouvement.  Ainsy  j'ay  crû  pouvoir 
me  contenter  de  ce  qui  suit  à  cet  égard  dans  le  présent  testa- 
ment. 

J'ordonne  qu'on  distribue  aussy  tost  après  ma  mort  au 
Curé  de  ma  Parroîsse  et  à  mon  Confesseur,  tant  à  Paris  qu'à 
Versailles,  à  chacun  cinquante  livres  et  pour  en  disposer  selon 
qu'ils  trouvent  le  plus  à  propos  selon  l'ordre  de  la  charité  en 
œuvres  pieuses,  les  suppliant  de  se  souvenir  de  moy  au  Saint 
Autel,  selon  la  conoissance  qu'ils  ont  de  mes  besoins. 

J'ordonne  aussy  cinquante  francs  pour  les  Religieuses  de 
Port-Royal  des  Champs,  me  recommandant  à  leurs  prières 
avec  une  extrême  xonfiance  et  surtout  au  Saint  Sacrifice  de 
la  Messe  et  dans  leurs  assistances  au  très  Sainct  Sacrement 
de  l'Autel. 

Pour  prévenir  toutes  les  difficultés  qui  pourroient  survenir 
entre  mes  très  chers  enfants  après  mon  décès  au  suject  du  par- 
tage des  biens  de  ma  succession,  désirant  de  tout  mon  cœur 
entretenir  l'union  entre  eux,  et  donner  à  chacun  le  bien  que 
l'estime  le  plus  convenable  à  chacun  d'eux,  selon  la  conois- 


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64  RSVUE  DBS  DOCUMENTS    HISTORIQUES 

sance  que  j^ay  de  leur  estât,  de  leur  disposition  et  de  leurs 
besoins, 

Je  donne  et  lègue  à  ma  fille,  tant  pour  ses  droits  succesûfi 
dans  les  biens  maternels  que  pour  ce  qui  luy  peut  revenir  dans 
les  miens,  la  maison  qui  m'appartient,  size  rue  Sainte-Croix 
de  la  Bretonnerie  à  Paris;  plus  un  contract  de  sept  cent 
livres  de  rente,  au  principal  de  quatorze  mille  livres,  sur 
rhostel  de  ville  de  Paris;  plus  un  autre  contrat  de  cent  livres 
de  rente,  au  principal  de  deux  mille  livres,  sur  le  mesme 
hostel  de  ville;  plus  un  tiers  dansTintérest  que  j'ay  en  la  navi- 
gation nouvelle  de  la  Seine,  depuis  Nogent-sur-Seine  jusques 
à  Troyes  en  Champagne,  et  des  sommes  que  j'ay  avancées, 
intérests,  fruits,  profits  et  revenus  ;  plus  un  tiers  dans  la  somme 
des  deniers  avancés  par  moy  pour  la  régie  de  la  dite  navigation,  et 
conséquemment  un  tiers  dans  les  intérests  écheiis  et  à  échoir  de 
ce  qui  me  doit  un  jour  revenir  de  ces  deux  sortes  d'avances,  si 
Tafiaire  réussit  au  profit  des  associés;  plus  outre  ce  tiers  dans 
cette  affaire  toute  la  part  que  j'ai  acquise  dans  les  droits  des 
créanciers  de  feu  Monseigneur  le  Duc  de  Rohanès  sur  ce  qui 
doit  revenir  à  sa  succession  tant  pour  la  part  qu'il  a  dans  la 
société  que  pour  les  droits  qui  lui  doivent  revenir  en  qualité 
d'autheur  et  protecteur  de  Tentreprise,  cette  acquisition  faite 
par  moy  moiennant  quatre  cents  livres  dans  la  somme  de  dix 
mille  livres  pour  laquelle  le  fonds  des  créanciers  a  esté  adjugé 
à  l'enchère,  la  dite  adjudication  homolc^ée  avec  les  créan- 
ciers refusants  ;  laquelle  somme  de  quatre  cents  livres  je  donne 
et  lègue  entière  à  ma  fille  avec  tout  ce  qui  en  doit  revenir  à 
ma  succession;  plus  je  donne  et  lègue  à  ma  fille  tout  ce  qui 
me  sera  deii  au  jour  de  ma  mort  de  la  gratification  r^lée  par 
le  Roy  pour  la  place  que  j'occupe  dans  l'Académie  Royale  des 
Sciences;  plus  toute  la  batterie  de  cuisine  qui  se  trouvera  chez 
moy  à  Paris,  à  Versailles  ou  à  Fontainebleau;  plus  tout  le 
linge  tant  de  uble  que  pour  les  licts;  plus  la  moitié  de  la 
vaisselle  d'argent  et  de  ce  qui  pourra  s'y  trouver  d'argent  mon- 


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DENIS  DODART  65 

noie;  plus  ccqui  se  trouvera  de  meubles  dans  la  petite  chambre 
haute  de  mon  appartement  à  Thostel  de  Conty,  rue  des  Poulies^ 
dans  laquelle  ma  fille  couche,  sçavoir  un  lia  de  trois  pieds  ou 
trois  pieds  et  demy  de  large  à  housse  de  serge  d^Aumale  verte, 
une  table  de  bois  véné  à  colonnes  torses,  un  cabinet  de  bois 
semblable  sur  colonnes  torses,  un  miroir  de  vint  huit  pouces 
de  glace  ou  environ  en  bordure  scultée  dorée,  quelques  chaises 
tournées,  et  autres  meubles  ;  plus  quelques  livres  de  piété  et 
d^histoire  imprimés  dont  je  joindray  le  mémoire  à  mon  pré- 
sent testament. 

Et  pour  le  surplus  de  touts  mes  autres  biens  de  quelque  na« 
ture  qu^ils  soient,  après  mes  detes  payées  et  mes  legs  aquittés, 
je  les  donne  et  lègue  à  mon  fils  que  j^institOe  pour  cet  effect  mon 
légataire  universel,  à  la  charge  que  les  cinq  mille  livres  que 
je  luy  dois  de  reste  de  plus  grande  somme  qu'il  m'a  prestée 
par  contract  de  rente  demeureront  confuses  dans  le  legs  uni- 
versel, sans  que  Tacquît  de  la  dite  somme  de  cinq  mille  livres, 
en  tout  ou  en  partie,  en  cas  que  j'y  puisse  parvenir  avant  mort, 
comme  je  le  désirerois,  puisse  préjudîder  à  l'universalité  du 
dit  legs  ;  ce  legs  universel  à  luy  faict  par  moy  soussigné,  tant 
pour  demeurer  quitte  de  ses  droits  successif  dans  les  biens 
maternels  que  pour  ce  qui  luy  peut  revenir  dans  les  miens, 
outre  les  vint  mille  livres  que  je  luy  ay  donnés  par  son  premier 
contract  de  mariage;  sçavoir  par  dessus  ces  vint  mille  livres 
quatre  cents  livres  de  rente  à  moydeOe  sur  l'hostel  de  ville  de 
Paris,  au  principal  de  huit  mille  livres;  plus  trois  cents  cin- 
quante livres  de  rente  sur  la  succession  de  M*  Phîlippes  Bou- 
lant de  Parisis;  plus  cent  francs  de  rente  sur  Maistre de 

Jouy,  procureur  en  Parlement,  et  Damoiselle,  veuve  de  feu 
M.  Louys  Prieur,  procureur  en  Parlement,  et  tout  ce  qui  se 
trouvera  m'estre  deîi  soit  par  contract  de  rente,  soit  par  sen- 
tence portant  condamnation  d'intérests;  plus  les  deux  tiers  de 
l'intérest  que  j'ay  dans  la  nouvelle  navigation  de  Seyne  et  des 
.sommes  que  j^ay  avancées,  intérests,  finicts,  profits  et  revenus, 

TOME  IV  9 


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66  REVUE   DBS  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

tant  du  foods  des  travaux  que  de  la  régie,  aîant  dîq>osé  au 
pn^t  de  ma  fille  tant  du  tien  restant  que  de  la  totalité  de  ce 
qui  m'appartient  comme  estant  pour  ma  part  aux  droits  des 
créanciers  de  feu  Monvîgncur  le  duc  de  Robanès-,  plus  touies 
les  ana^  dtf  appointeoients  qui  se  trouveront  m'estre  deucs 
diM  la  mfdsof^  de  &  A.  S.  Monseigneur  le  Prince  de  Cooty 
ft  ce  qui  se  trouvera  écheii  de  la  dernière  au  jour  de  ma  ncKMt; 
plus  tout  ce  qui  me  sera  deu  d*appointements  dans  la  maison 
de  S.  A.  S.  Madame  la  Princesse  Douairière  de  Conty,  et 
généralement  tout  ce  qui  m'est  deu  de  sommes  mobiliairts 
par  obligatioi^  billets,  promesses,  ou  testament,  transports, 
donation,  ou  à  tel  autre  titre  que  ce  puisse  estre-,  plus  ina 
Bibliothèque  comprenant  tout  pe  que  j'ay  de  livres  latins  oy 
grecs,  imprimés  ou  manuscripts,  et  touts  les  livres  françois  qui 
traittent  4^  sqence  et  d'histoire,  excepté  seulement  ceux  que 
i*ay  destinas  à  pia  fille  dans  le  legs  cy-dessus  et  qui  serou  cy- 
après  déteignes  nommément;  plus  la  o^oitié  de  ce  qui  se  trou- 
vera cb^  fnoi  de  vai9seUe  d'argent  et  de  ce  qui  s'y  pourra 
tfouvçr  d'argent  monnoté;  plus  tout  ce  pui  se  trouvera  chez 
moy  de  meubles  à  moy  appartemmts,  à  Paris,  à  Versailles  ou 
à  Fontainebleau,  ej^cepté  ceux  que  j'ay  légués  i  ma  fille  cy«des- 
sus  et  ceux  que  \t  dédareray  cy-«près  luy  appartenir. 

Je  donne  à  ma  t^cpur  Le  Cousturier  ma  montre  sonante  à 
boiste  d'or  qui  m'a  esté  donée  par  fdàt  Mademoiselle  de 
VçrtHs. 

Je  ywx  çt  eptims  que  Vop  pûe  entière  à  chacun  de  mes 
dom^qufa  tant  ^t  Paris  qi^ç  de  Versailles  l'année  de  ses 
gages  d^qs  truelle  je  mpurray«  Je  comprens  dans  œ  nombre 
Madame  Tiphajiiç  ppw  la  gratification  annuelle  que  je  luy 
pai9  f  u  lieu  de  ggges,  ça  considéri^tion  des  services  qu'elle 
me  reqd  et  de  ceux  qu'elle  a  rendus  autrefois  ^  ma  fiUe  pour 
spn  ^\iCA;ion  ^  pour  son  instruction,  à  quoy  je  joins  dnq 
çeuts  livrçs  unç  £^  payées,  de  laquçlle  somme  de  dnq  cc^n 
livres  jem'^s^çvrç  q^ç  ma  fijle  voudra  bien  luy  paiçr  la  moitié 


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DENIS  DODART  67 

poer  sotdager  d^âutant  mofi  fils  sur  cet  afticle,  et  ma  petite 
monstre  boiste  d^argent. 

Je  déclatt  que  je  ne  dois  rita  de  cùtMàkahlt  qu'à  Monsieur 
Morin,  docteur  en  médediie,  retiré  à  Sakft  Victor  à  Paris,  mon 
^my  (i),  q\À  m'a  preste  généreusement  «I  sans  intérdst  uiie 
somme  dé  dix  sept  cents  livres,  que  j'espère  Itfy  psdêr  incessam- 
mem,  sy  Dieu  me  conserve  encore  deifC  ans  de  vie.  Je  ne  crôy 
pas  qu'on  trouve  guère  d'autres  detes  i^ès  celle4à  que  l'année 
courante  de  mes  quatre  ou  cinq  domestiques,  qmlqiies  four- 
nitures d'écurie  et  d'équipages,  qudques  réfiarations  et  quelques 
parcelles  de  rente  ddies  par  feu  mon  frère  à  ma  sœur  et  à  un 
des  cousins  du  Bois  Hermite  en  Gascogne  de  qm  je  n'ay  nulles 
nouvelles,  desquelles  rentes  fe  me  suis  chargé  en  acquérant 
de  feu  mon  frère  la  moitié  de  la  maison  de  Paris  cy  d^sus 
menticmée^  et  enviroa  quatre  francs  de  renie  que  'fe  dois  k  un 
flommé  Marin  Portechaize  et  à  use  misieure  à  cause  d'un 
petit  fonds  que  j'ay  esté  obligé  de  prendre  à  Siors  prèb  de 
l^Isl'  Adam  pour  dédommager  mes  œimty  de  partie  d^tffte 
somme  de  mille  francs  deiie  à  la  succession  de  feiu  Monsieur 
Boulant,  ayeul  de  mes  oiûMtSy  par  k  nommé  Tavam. 

Je  déclare  que  tous  les  livres  françois,  reliés  en  marrôquin 
rouge  du  Levant^  qui  se  trouveront  dons  ma  BibHôcMque, 
86ift  à  ma  fiUe,  luy  aiasc  esté  donnés  par  feae  Mddemoiselte 
de  Vertus,  que  le  meuble  de  petit  damas,  lict,  chaises,  lit  de 
repos,  dudses  de  tapisserie,  feutèuils,  tobour^s,  canapé,  écrans, 
table  de  marqueterie,  It^isserie  de  brocateUe  de  Fhmdres, 
pofcdeînesy  grand  eabînei  d'ébène  et  toutes  gamkuFe^  de 
cheminées  et  cabinets  et  toutes  autres  ganMires  comme 

(i)  Louis  Morin,  d€  au  Bilans,  \é  1 1  juillet  i^tf ,  fat  méâéda  de  l'Hdtél-Diea  et  Paris.  Sa 
UÉiMmce  et  rtrgâiéfaaité  étMstpro'fiiMê».  R  mvlt  oontmMr,  «mrdk  Féttéamt,  àt 
«erier  le  montant  de  son  traitement  dans  le  tronc  de  Vbospice.  On  le  força  d'accepter  la 
place  dé  médedn  particolier  de  mademoiselle  de  Guise.  Après  la  mort  de  cette  dame  il  se 
idim  à  r^^bi^db  Stfab-Victdr,  es  <tui  W  fli  sncndnai*  JMi^l^  dé  SdiM-Victàr.  AMt^ 
intime  de  ûodart,  il  soccéda  à  ce  dernier  conmie pensionnaire  derAcadémie  des  sdences.  Ii 
mourut  1  Paris  le  i«v  mars  171 5.  Le  testament  it  Dodart  prouve  une  fois  de  plus  la  géaé« 
nMité  de  Lonia  Morin. 


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68  lEVUE    DES    DOC  MENTS    UlSTOtlQUES 

images,  miniature»»  quadres,  sentences  enbordnrées,  qui  se 
trouveront  dans  la  grande  chambre  et  cabinet  attenant,  mesme 
mon  portraict,  original  de  la  main  de  M.  Jouanet  Taisné  fait 
en  dernier  lieu,  le  portrait  de  Madame  la  Marquise  d'Urfé, 
deux  petits  paisages  avec  ses  2  filles,  plus  deux  cbandeliors 
d'argent  dzelé,  la  pendule  qui  est  dans  sa  chambre,  de  la  main 
de  Masson,  sa  montre  i  spirale  et  boiste  d'or  et  une  autre 
petite  montre  à  boiste  d'or,  luy  appartiennent  en  propre,  pour 
avoir  esté  aquis  par  elle  de  ses  épargnes,  ou  à  elle  donnés  en 
présent,  ou  par  elle  faits  de  sa  main,  comme  touts  ks  ou- 
vrages de  tapisserie  et  petit  point,  qui  ont  mesme  touts  esté 
gamys  à  ses  despens,  que  s^il  se  trouve  que  j'y  aie  contribué, 
soit  au  meuble  soit  à  la  pendule,  c'est  peu  de  chose  que  je  luy 
ay  donné  en  présent  et  que  je  luy  donne  et  lègue,  en  tant  que 
besoin  seroit,  par  ce  testament.  J'excepte  de  ce  qui  e^  dans 
le  cabinet  attenant  la  grande  chambre  de  ma  fille  une  pièce  de 
tapisserie  verdure  très  fine  que  je  veux  estre  remise  avec  le 
reste  de  la  tenture  de  la  mesme  tapisserie,  qui  fait  partie  du 
legs  universel. 

Je  déclare  enfin  ma  fille  quitte  de  toutes  pensions,  entretien, 
Ic^ement,  comme  je  le  suis  vers  elle  des  revenus  de  ses  biens 
maternels  et  de  ses  avances,  suivant  l'acte  que  j'ay  passé  avec 
elle  par  devant  M.  Le  Fèvre,  nottaire^  le  trente  d'avril  der- 
nier. 

Je  recommande  à  mes  enfants  une  veuve  très  pauvre  et 
très  vieille  nommée  Jeanne  Grizel,  jadis  servante  de  ma  mère. 
Je  les  exhorte  à  luy  continuer  l'aumône  que  je  lui  fay  d'un 
escu  par  mois,  c'est-à-dire  de  soixante  sols,  le  reste  de  ses 
jours.  M.  le  Maistre  dira  où  loge  cette  pauvre  veuve. 

Je  leur  recommande  aussy  ledit  si^ir  le  Maistre,  l'une  de 
mes  plus  anciennes  connoissances,  comme  très  vieih  et  très 
pmivre.  Je  luy  donne  touts  les  mois  un  peu  phis  d'un  escu.  Il 
est  capable  de  plusieurs  petits  services  et  s'aquite  bien  d'une 
commission. 


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DENIS   DODAKT  69 

Je  remets  à  mon  cousin  du  Bois>  ecclésiastique  à  Pontoise, 
ce  qui  se  trouvera  m'estre  detk  de  reste  par  la  succession  de  feu 
Maistre  Guillaume  du  Bois,  advocat,  son  père,  et  je  luy  fay 
cette  remise  pour  de  bonnes  raisons,  ainsy  qu'à  M.  d'Aspre- 
mont,  ce  qu'il  se  trouvera  me  devoir  par  quelques  billets  que 
je  n'ay  pas  sous  la  main  pour  les  luy  rendre,  en  ownpensation 
de  quelques  avances  qu'il  a  faites  pour  moy  et  en  reconois- 
sance  des  offices  et  de  Tamitié  dont  je  luy  suis  redevable. 

Sy  je  meurs  sans  avoir  paie  à  la  succession  de  feu  Monsieur 
le  comte  de  Brienne,  cy  devant  secrétaire  d*£stat  pour  les 
affaires  estrangères,  cent  quatre  vint  livres  que  mon  Directeur 
a  jugé,  sur  mon  exposé,  luy  estre  detles,  et  sans  avoir  payé  à 
la  succession  de  feue  Mademobelle  de  Vertus  ce  que  je  luy  doy 
par  un  billet  ou  mémoire  qu'on  doit  trouver  dans  le  tiroir  à 
gauche  sur  mon  bureau  à  Paris  où  je  l'ai  cherché  inutilement, 
n'aiant  pas  eu  le  loisir  de  feuilleter  les  liasses  de  mémoires  de 
Texécution  testamentaire.  J'en  charge  mon  fils  en  qualité  de 
mon  légataire  universel.  S*il  ne  trouve  pas  le  mémoire  ou  billet 
en  question  parmy  les  papiers  de  l'exécution  testamentaire  il 
trouvera  attaché  à  ce  testament  un  mémoire  que  j'ay  consulté, 
suivant  lequel  je  ne  devrds  que  trente  livres  tournois,  mais, 
examinant  le  fait  plus  à  la  rigueur  depuis  la  consultation,  cela 
pourroit  aller  à  cent  cinquante  livres  ou  plus.  J'entens  donc  que 
mon  fils  consulte  Monsieur  Boileau  sur  ce  plus  et  qu'il  suive 
son  avis  pour  la  déchaîne  de  ma  conscience  sur  laquelle  je  ne 
veux  rien  laisser  de  douteux. 

Je  ne  doute  pas  que  ma  fille  n'asscure  à  Madame  Tiphaine 
une  pension  viagère  sur  son  bien»  en  cas  de  prédécès  de  ma 
fille.  Cette  bonne  fille  la  mérite  pour  les  services  qu'elle  luy  a 
rendus  durant  sa  tendie  jeunesse  avec  tant  de  désintéressement 
et  d'amitié,  tant  ea  son  éducation  que  depuis  dans  ses  fi:^uentes 
et  violentes  maladies,  et  d'ailleurs  les  pertes  qu'elle  a  souffertes 
exigent  sur  tout  de  ma  fille  de  ne  l'abandonner  jamais.  Je  la 
recommande  aussy  à  mon  fils. 


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70  KBVUE  DES  DOtmMEm&    HISTORIQUES 

Je  révoque  tMts  les  ttsunnatsqiie  fcy  Aûts  avant  cekiy  cj. 

Je  nomme  pour  exécuteur  du  présent  testament,  coofomtement 
avec  mes  chers  eiifimts^  Monaîear  Brisset^  advooat  au  Paries^^ 
mon  amy,  que  je  supplie^  par.  tome  Farnîtié  dont  il  m'a  hoooré 
durant  ma  vie,  d'accepter  cette  commission  et  un  présent  de 
valeur  de  trois  cents  livres  pour  marque  de  ma  recoooîssance 
très  humble.  Je  ne  puis  mieux  témoigner  Testime  que  je  £ay  de 
sa  probité  et  de  sa  capacité  que  par  la  piièrc  très  hunble  que 
je  luy  fay  d'aider  en  cette  occasion  mes  en&nts  de  sa  eondmte 
et  de  ses  consdls  dans  Pexécudon  de  ma  dernière  vokMMé.  Je 
luy  joindrois  Monsieur  Boileaor,  chanoine  de  Saint-HofMti, 
s'il  m'estoit  permis  d'appliquer  à  des  aflEdres  temporelles  un 
ecclésiastique  aussy  appUqué  aux  devons  de  son  cberaetère, 
mais  je  le  supplie  au  moins  de  vouloir  bien  y  interwiir  tn  la 
manière  qu'il  pourra,  soit  pour  prévenir  les  difficultés,  soit 
pour  les  résoudre,  s'il  en  survenoit  queloune. 

Après  avoir  disposé  du  bien  temporel  que  Dieu  m'a  donné, 
il  ne  me  reste  qu'à  exhorter  mes  très  chers  enfrm  à  vvfte 
dans  la  paix  qui  a  toujours  régné  dans  nostre  peiàsa  fmiHe 
depuis  près  de  cent  ans  qu'elle  «t  esod>lie  à  Paris.  Pmt  la 
conserver  et  la  confirmer  de  plus  en  plus  je  leur  csnaeilk  de  se 
prévenir  Fun  l'autre  par  des  offices  mutuds  d'anùtié,  dercanh 
fiance  et  de  charité.  Sy  malgré  touiB  mes  sdas  et  toutes  pré- 
cautions il  survddoit  enure  eux  quelque  MCasion^  de  se  disputer 
quelque  chose  Tun  à  l'autre,  r*exige  d'eux,  ptf  tout  ce  qu'ik 
doivent  à  la  mémoire  d'un  Père  qui  leur  a  donné  innc  de 
maniues  d'amitié  dans  te  soin  qu'il  é  pria  de  teor  pnScaanet  une 
éducation  direstienne  et  de  leur  kâ^sr  le  dtossn«  de  leur 
estât,  de  régler  touts  leurs  difBirems  par  Pencnfiiiise  de  lan^ 
âinys  communs  les  plus  hamlligmts  et  les  plus  vmueor. 

Je  les  recommande  tôuts  deux,  avec  tome  rinacands^ifi  me 
peut  estre  permise  a:  svec  le  pMtatd  re^pHAct  qucr  je  dois,  à 
S.  A.  S.  Madame  la  Princesse  de  €oaty,  qui  in?d  dotinétfn 
tant  d'occasions  tant  de  marques  de  bonté  et  tsut  cfof 


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DENIS  DODART  7I 

et  àLL.  AA.  SS.  Monseigneur  et  Madame  la  Princesse  de 
Conty,  et  surtout  je  leur  recommande  ma  fille,  qui  a  moins 
rhonneor  d'estre  connue  d^eux  que  mon  fils,  qui  se  trouve 
ntttnrellement  et  par  luy  mesme  sous  leur  protection  par  les 
services  quUl  a  eu  Thoneur  de  rendre  jusqu'à  présent  dans  les 
deux  maisons.  Je  les  recommande  Tun  et  Tautre  à  toutes  les 
personnes  qui  m^ont  honoré  des  marques  d^une  txHité  parti- 
culière et  sur  tout  à  Monseigneur  le  Pelletier^  Ministre  d^Estat, 
à  Monseigneur  le  Premier  Président  au  Parlement  de  Paris, 
à  Monseigneur  le  Premier  Président  du  Grant  Conseil  et  à 
Madame  la  Première  Présidente,  à  Monsieur  Tabbé  Bignon, 
à  M.  le  PeUetfer,  Conseiller  d^Estat  ordinaire,  à  M.  et  à 
Madame  d^Axgouge  de  Ranes,  à  Monsieur  d'Aguesseau,  Con- 
seiUeF  d-Estat  ordinaire,  à  Monseigneur  le  Procureur  général, 
à  M.  d^Aguesseau  de  Val-joUan,  Conseiller  au  Parlement,  à 
Messieurs  le  Nain  père  et  fils,  i  Messieurs  Portail  père  et  fils,  et 
atouts  ceux  que  je  puis  appeller  mes  amys  sans  manquer  à  ce 
que  je  leur  dois,  et  nommément  à  Monsieur  Boileau,  Chanoine 
de  Saint-Honoré,  pour  lequel  mes  en&nts  otit  touts  deux  un 
rçspçpt  ég«}.  Enfin  je  les  recommande  Tun  à  Tautre  dans  la 
coi^ance  que  j^ay  que  mon  fils  vivra  avec  ma  fille  de  sorte  qu'il 
ne  la  mettra  jamais  dans  la  nécessité  de  chercher  dans  le  cours 
de  sa  vie  des  appuys  et  des  consolations  estrangères,  et  que 
ma  fille  vivra  avec  mon  fils  de  manière  qu'elle  ne  luy  donnera 
jamais  d'occasion  de  manquer  de  confiance  en  son  amitié. 

Après  ceU.  je  n'ay  plus  qu'à  demander  à  Dieu,  ce  que  je  luy 
ay  toujours  demandé  pour  eux  comme  pour  moy,  la  paix,  au 
moins  intérieure,  et  le  ipécessaire  de  la  vie  ou  la  force  de  porter 
le  faix  de  la  pauvreté  s'il  luy  plaisoit  de  nous  y  réduire,  mais 
sur  tout  et  infiniment  plus  son  amour  et  sa  miséricorde,  tant 
pour  cette  vie  que  pour  l'autre.  Fait  à  Versailles  et  signé  ce 
huit  may  MVII^  sept,  ce  testament  compris  en  huit  pa^. 


^««^«jt^ 


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73  lEVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOtlQUES 

J*avob  cacheté  ce  testament;  en  le  rouvrant  pour  le  revoir 
sur  un  doute  de  quelque  obmission  unacckleot  ini{n^eQ  acatoe 
cette  déchirure  qui  ne  doit  estre  considérée  que  comme  un  cas 
fortuit  qui  ne  pr^udide  en  rien  à  cet  acte.  Ce  neuf  mi^ 
MVIIC  sept. 

DOOAKT. 

Mon  intention  est  que  pour  éviter  les  formalités  de  justice  et 
prévenir  l'exaction  de  certains  droits  il  sdt  bit  un  partage 
après  ma  mort  entre  mes  enfimts  comme  mes  héritîas  en  con- 
formité de  mon  testament,  parce  que  sans  cela  ils  seroicm 
obligés  de  renoncer  à  ma  succession  et  faire  créer  un  curateur 
à  ma  succession  vacante,  avec  qui  il  faudroit  £dre  ordoner  la 
délivrance  de  leur  legs.  ' 

On  abbrégera  toutes  ces  longueurs  en  se  présentant  â 
Monsieur  le  Fèvre,  notaire,  qui  sçait  mes  a£Eûres  et  qui  est 
très  digne  de  la  confiance  de  mes  enfimts  par  Tamitié  qu^ii 
me  témoigne  en  toutes  renomtres  et  par  son  extraordinaire 
capacité,  et  en  luy  déclarant  que  les  parties  sont  convenues 
ensemble  de  partager  oonun'il  suit. 

La  dite  pièce  a  été  paraphée  et  signée,  Ion  de  son  ouverture,  le 
G  novembre  1707,  par  lit  notaires,  par  M.  Brîaact,  et  par  le  fils  et  la 
fille  du  testateur.  Voici  maintenant  nne  note  jointe  au  testament 

Mémoire  des  livres  que  je  laisse  i  ma  fille  outre  ceux  que 
j'ay  déclaré  luy  appartenir  par  le  don  que  Mademoiselle  de 
Vertus  luy  en  a  fait  et  qu'on  trouvera  dans  ma  Bibliothèque. 

La  vie  des  Saints  de  M.  Baillet.  Elle  est  entre  les  mains 
de  ma  fille. 

Les  lettres  de  Saint  Augustin  en  français,  a  volumes  fol., 
traduction  de  M.  du  Bois. 

L'histoire  de  France  in- 12  de  Mézeray  abrégé  avec  Thistoire 
des  Gaulois  du  mesme  autheur. 

Le  Monde  de  Davity  qui  est  à  Versailles  dans  mon  cabinet, 
tablette  i  gauche,  in-fol.,  4  ou  5  volumes. 

Touts  les  in- 12  fi-ançois  qu'on  trouvera  dans  mon  cabinet  à 


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DENIS  DODART  73 

Versailles  sur  ma  table,  sur  le  bord  de  ma  fenestre  et  dans  les 
tablettes  à  gauche  et  à  droite,  et  touts  les  in-8  françois  qui  sont 
au  mesme  lieu,  hors  ceux  qui  traittent  des  sciences. 

Et  touts  ceux  du  mesme  volume  in- 12  ou  in-8  qui  sont  dans 
Tarmoire  du  milieu  à  gauche  dans  le  cabinet  à  Paris  où  est  une 
bonne  partie  de  ma  Bibliothèque. 

Touts  les  petits  écrits  de  dévotion  reliés  et  non  reliés  que  j'ay 
déposés  partie  chez  M.  d'Apremont^  à  Versailles,  partie  dans  le 
coffret  que  j'ay  déposé  chez  ma  fille  et  qui  estoit  à  feiie  sa  mère. 

Toutes  les  feuilles  volantes  reliées  et  non  reliées  en  recueil 
ou  non  qui  sont  en  françois,  soit  couchées  sur  le  plancher  au 
pied  de  la  3*  armoire  à  gauche  dans  mon  cabinet  à  Paris,  soit 
à  droite  et  à  gauche  de  mon  lict  dans  ma  chambre  à  Paris,  en 
pilé,  en  couverture,  en  liasse,  en  portecahiers  ;  touts  ces  im- 
primés ne  convenant  nullement  à  mon  fils,  j'entens  touts  les 
livres  désignés  dans  les  5,  6,  7, 8  articles  cy-dessus,  hors  ceux 
qui  traittent  des  sciences  et  des  arts  qui  pourroient  estre  meslés 
avec  les  livres  de  ces  volumes  dans  les  lieux  désignés.  Fait  à 
Versailles  le  9  may  mil  sept  cents  sept. 

DODART. 
La  pièce  est  paraphée  par  les  mêmes  persomiages  que  la  précédente. 

Denis  Dodart  ne  survécut  pas  longtemps  à  ce  testament.  Il  mourut 
d'une  fluxion  de  poitrine,  le  5  novembre  1707,  laissant  une  réputation 
dont  son  fils,  Qaude-Jean- Baptiste,  né  en  1664,  ne  se  montra  pas 
indigne.  Toumefort  a  donné  le  nom  de  Dodartia  orientalis  à  une 
plante  qu'il  découvrit  en  Arménie  dans  les  rochers  de  TArarat.  Il  est 
bon  de  noter  aussi  que  Dodart  avait  projeté  une  Histoire  de  la  musique 
qu'il  ne  put  terminer.  Il  fit  seulement  paraître,  en  1706,  dans  les 
Mémoires  de  V Académie  des  sciences,  un  travail  fort  curieux  sous  ce 
ûtre  :  De  la  différence  des  tons  de  la  parole  et  de  la  voix  du  chant ,  par 
rapport  au  récitatifs  et,  par  occasion^  des  expressions  de  la  musique 
antique  et  de  la  musique  moderne. 

Le  lendemain  de  la  mort  de  Dodart,  son  fib  et  sa  fille,  ainsi  que 
l'exécuteur  testamentaire  Brisset,  déposèrent  ckez  le  notaire  Lefèvre 
le  testament  ci-dessus  publié,  comme  en  fait  foi  l'acte  suivant  : 
TOME  IV  10 


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74  REVUE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 

Aujourd'huy  est  comparu  par  devant  les  notaires  dn  Roy  à 
Paris  soussignez  M*  Alexandre  Brisset,  avocat  au  I^irieroent, 
demeurant  i  Paris  rue  Quinquanpoix,  parrcMsse  Saint-Niodas 
des  Champs,  lequel  en  la  présence  de  M.  Claude-Jean-Batiste 
Dodart,  conseiller  du  Roy,  premier  médedn  de  Monsdgneor 
le  duc  de  Bretagne,  demeurant  à  Versailles,  de  présent  à  Paris, 
et  de  demoiselle  Marguerite*Angélique  Dodart,  fille  majeure, 
demeurant  à  Paris  rue  des  Poulies,  à  Thostel  de  Conty,  parroisse 
Saint-Germain  de  TAuxcrrois,  a  par  ces  présentes  déposé  pour 
minute  à  Lefèvre,  Tun  des  notaires  soussignez,  Toriginal  du 
testament  de  deffunt  M*  Denis  Dodart,  de  P Accadémie  RoyaQe 
des  sciences,  médecin  ordinaire*^  Son  Altesse  Sérénissîme 
Madame  la  Princesse  douairière  de  Conty,  père  des  dit  et 
demoiselle  Dodart,  escrit  en  un  cahier  de  moyen  papier,  dont 
les  quatre  premiers  feuillets  sont  entièrement  escrits  et  unzc 
lignes  sur  le  suivant,  le  surplus  en  blanc,  daté  de  Versailles,  du 
huit  may  dernier,  de  luy  signé,  et  commençant  par  ces  mots  : 
<  Au  nom  du  père,  du  fils  et  du  Saint  Esprit.  C'est  icy  mon 
testament  de  dernière  volonté.  Je  désire  estre  enterré,  etc.  » 
A  la  seconde  page  verso  le  second  mot  de  la  vingt-sixième 
ligne  est  rayé,  les  deux  pénultièmes  mots  de  la  cinquième  ligne 
du  second  feuillet  reao,  ainsy  que  le  second  mot  de  la  vingt- 
huitième  ligne,  sont  rayez.  Au  mesme  feuillet  verso  sont  des 
ratures  et  interlignes  aprouvez  en  marge,  à  la  seconde  ligne  du 
troisième  feuillet  verso  est  un  mot  rayé  et  le  mot,  luy,  mis  en 
interligne,  à  la  vingtième  ligne  un  mot  rayé,  et  trois  mots  en 
interligne  au  dessus,  et  encor  le  mot  mon  en  interligne  quatre 
lignes  au  dessus,  et  en  marge  des  pages  il  y  a  des  renvoys  para- 
phez dudit  deffunt.  Ensuite  duquel  testament  est  une  observa- 
tion dudit  feu  sieur  Dodart  qu'en  ouvrant  son  testament  pour 
le  voir  il  en  a  déchiré  le  commencement  des  feuillets  par  acci- 
dent; laquelle  déchirure  est  en  travers  et  n'endonmiage  point 
Tescriture. 

Plus  et  a  pareillement  déposé  un  mémoire  de  livres  esnoncé 


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DENIS  DODART  76 

audit  testament,  pareillement  escrit  et  signé  de  la  main  dudit 
deSunt  sieur  Dodart,  daté  du  neuf  dudit  rhois  de  may  dernier. 
Pour  desdites  deux  pièces  délivrer  les  expéditions  nécessaires, 
ledit  feu  sieur  Dodart  estant  décédé  le  jour  d'hier,  par 
lequel  testament  le  sieur  Brisset  est  nommé  exécuteur  testa- 
mentaire conjointement  avec  les  dit  et  demoiselle  Dodart.  Ce 
fait,  les  dites  deux  pièces  ont  esté  paraphées  ne  varientur  par 
les  sieur  Brisset  et  lesdits  sieur  et  demoiselle  Dodart  et  par 
les  notaires  soussignez.  Ce  fut  fait  et  passé  à  Paris  en  Testude 
de  Lefèvre,  Tun  des  notaires  soussignez  Tan  mil  sept  cens 
sept,  le  sixième  novembre  après  midy,  et  ont  signé. 

Brisset.         Dodart.  Dodart. 

HuREL.  Lefèvre. 

Claude-Jean- Baptiste  Dodart,  qui  a  signé  la  pièce  ci-dessus,  avait 
été  reçu  docteur  en  médecine  à  Paris,  le  i3  décembre  1688.  Il  fut  suc- 
cessivement médecin  des  dames  de  Saint-Cyr,  des  ducs  d'Orléans,  de 
Bourgogne  et  de  Beriy,  et  de  la  princesse  de  Conti.  Il  devint  enfin 
premier  médecin  du  roi  Louis  XV,  et  mourut  d'apoplexie  en  1730. 


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LOUIS    XVIII 


La  délkite  de  Waterloo  (i8  juin  i8i5}  mit  fin  au  i^ne  des  Cent 
Jours  :  Louis  XVIII  se  disposa  dès  lors  à  rentrer  en  France  ;  le  25  juin 
il  arriva  à  Cateau-Cambrésis,  et,  le  a8,  à  Gunbrai.  Il  ne  fit  son  entrée 
à  Paris  que  le  8  juillet  où  les  années  alliées  avaient  pénétré  depuis 
trois  jours.  Les  exigences  des  vainqueurs  mirent  le  nouveau  roi  à  de 
rudes  épreuves.  Louis  XVIII  résista  dignement  aux  attentats  dont  on 
voulait  le  rendre  complice;  le  ai  juillet,  il  rédigea  la  déclaradon 
suivante  qui  fait  le  plus  grand  honneur  i  la  fermeté  et  au  patriotisme 
du  Roi. 

La  conduite  des  Années  Alliées  réduira  incessamment  mon 
Peuple  à  s'armer  en  masse  contre  elles,  à  l'exemple  des  Espa- 
gnols. Plus  jeune,  je  me  mettrois  à  sa  tête,  mais  si  Tâge  et  les 
infirmités  ne  me  le  permettent,  au  moins  je  ne  veux  pas  sem- 
bler conniver  aux  violences  dont  je  gémis.  Je  suis  résolu,  si  je 
ne  puis  obtenir  justice^  à  me  retirer  de  mon  Royaume,  et  à 
demander  asyle  au  Roi  d'Espagne.  Si  ceux  qui,  même  après 
la  capture  de  Thomme  auquel  seul  ils  avoient  déclaré  la  guerre, 
continuent  à  traiter  mes  sujets  en  ennemis,  et  qui  doivent  par 
conséquent  me  regarder  coihme  tel,  veulent  attenter  à  ma 
liberté,  ils  en  sont  les  maîtres  ;  j'aime  mieux  être  dans  une 
prison  qu'aux  Tuilleries,  témoin  passif  du  malheur  de  mes 
enfants. 

Louis. 
Ce  21  juillet  i8i5. 

Ce  précieux  document  fait  partie  de  la  collection  de  M.  Benjamin 
Fillon. 


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FRÉDÉRIC    II 

ROI  DE  PRUSSE 


Charles  VI,  empereur  d'Allemagne,  mourut  le  20  octobre  1740.  La 
transmission  de  son  vaste  héritage  fut  la  cause  d'une  guerre  euro- 
péenne. Marie-Thérèse,  fille  aînée  du  défunt,  fut  proclamée  tout 
d'abord  reine  de  Hongrie  et  de  Bohême  et  héritière  de  tous  les  Etats 
de  son  père.  Mais  plusieurs  princes  élevèrent  des  prétentions  sur  la 
succession  de  Charles  VI.  Le  plus  sérieux  de  ces  compétiteurs  était 
l'électeur  de  Bavière,  Charles-Albert,  qui  fondait  sa  réclamation  sur 
le  testament  de  l'empereur  Ferdinand  I»',  beau-père  du  duc  de  Bavière 
Albert  V.  Frédéric  II,  roi  de  Prusse  depuis  le  3i  mai  1740,  revendiqua 
la  Silésie,  les  armes  à  la  main,  dès  la  fin  de  cette  même  année.  Après 
la  victoire  de  Molvitz,  remportée  par  ce   prince  (10  avril  1741),  la 
France  prit  parti  contre  Marie-Thérèse,  et  le  maréchal  de  Belle-Isle 
franchit  le  Rhin  avec  quarante  mille  hommes  ;  il  se  rendit  au  camp 
du  roi  de  Prusse  et  auprès  du  roi  de  Saxe,  et  il  convint  avec  ces  deux 
souverains  de  faire  élire  l'électeur  de  Bavière  empereur  par  la  diète  de 
Francfort.  Ce  dernier  prit  Passau  et  Linz  et  vint  jusque  sous  les  murs 
de  Vienne.  Marie-Thérèse,  alors,  convoqua  à  Presbourg  les  Etats  de 
Hongrie  et  parvint,  par  sa  mâle  attitude,  à  exciter  un  enthousiasme 
tel  que  les  seigneurs  jurèrent  fidélité  à  leur  souveraine  en  poussant  ce 
cri  célèbre  qui  fut  le  salut  de  l'empire  d'Allemagne  :  «  Moriamur  pro 
rege  nostro  Mariâ-Theresidï  »  Pendant  ce  temps  l'électeur  de  Ba- 
vière s'emparait  de  Prague  (26  novembre  1741);  deux  mois  plus  tard 
(24  janvier  1742)  il  fut  proclamé  empereur  par  la  diète  de  Francfort 
et  couronné  peu  après  (12  février)  dans  cette  ville  sous  le  nom  de 
Charles  VII. 

Frédéric  II,  à  cette  même  époque,  entra  en  Moravie  pour  opérer 
une  diversion  en  faveur  des  Français  bloqués  à  Linz  par  le  maréchal 
de  KhevenhiiUer.  Il  occupa  avec  ses  troupes  les  bords  de  la  Thaya,  de 


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yS  KEVUE  DES  DOCUMENTS  HISIOUQUES 

Zniym  )usqa*à  Gœdingen,  petite  yille  sur  les  frontières  de  k  Hongrie, 
tandis  qu'il  donnait  aux  Saxons,  ses  alliés,  les  postes  les  pins  Totsins  de 
la  Bohême.  Lui-même  plaça  son  quartier  général  â  Seelowitx,  boorg 
situé  sur  la  Schwarzawa,  à  dix-neuf  kilomètres  sud  de  Briinn  (i). 
Apprenant  que  les  Hongrois  se  rassemblaient  sur  les  frontières  de  k 
Moravie,  il  chargea  le  prince  Thierry  d'Anhalt  de  disperser  ces  bandes, 
ce  que  celui-ci  opéra  avec  le  plus  heureux  succès.  En  même  temps  il 
assiégea  Briinn,  se  distrayant  des  soucis  du  commandement  par  k 
culture  de  U  poésie  et  par  une  plaisante  correspondance  avec  Jordan  ». 
Il  n'en  veillait  pas  moins  sur  son  armée;  le  14  mars,  les  assises  firent 
une  sortie  et  atuquèrent  le  village  de  Lx>sch,  défendu  par  quatre  cents 
hommes  :  ils  furent  repoussés  (3).  Le  lendemain  même  Frédéric  II 
écrivit  au  cardinal  de  Fleury  k  lettre  suivante  (4],  pour  l'infarmer  de 
sa  situation  présente  et  pour  s'entendre  avec  le  ministre  français  sur 
les  suites  de  k  campagne. 

A  Selovitz  ce  i5  de  mars  1742. 

Monsieur  mon  Cousin,  depuis  notre  expédition  de  basse 
Autriche,  les  enemis  ont  jeté  un  secours  considérable  dans 
Brin  (5),  de  sorte  que  la  guarnison  composant  huzards,  dra- 

(1)  Avec  U  table  chronologiqae  des  lettres  do  grand  Frédéric,  publiée  i  Berlin  en  iSSy 
par  Preou,  hUtoriograpbe  de  Brandeboorg,  on  peut  connattre  Pitinéraire  du  roi  de  Pnisse. 
En  effet  ce  prince  écrit  de  Berlin  le  9  janvier  1743,  d'Olmutz,  le  3o  ianvier,  de  Gro»- 
Biteacfa,  le  1 1  fiévrier,  de  Znaym,  le  s5  da  même  moit,  de  Porlitz,  le  1 1  mara,  et  da  qamr^a 
de  Seelowitz,  le  17  eoivant.  La  lettre  qne  |e  publie  ploa  loin  pronve  qoe  Frédéric  II  était 
déjà  à  Seelowiu  le  i5  man. 

(a)  Œumres  de  Frédéric  U  Grand,  pnbliées  par  le  gonvemement  prusaieo,  t  XVI f. 

(3)  Frédéric  U,  dant  sa  lettre  à  Jordan  du  17  mars  174a,  raconte  avec  entboosiasiDe  ce 
beau  £dt  d'armes.  «  Jamais  Spartiates,  s*écrie-t-il,  n'ont  surpassé  mes  tronpes,  ce  qui  me 
donne  une  telle  confiance  en  elles  que  je  me  crois  dix  fois  ploa  poissant  que  je  n'ai  cra 
Têtre  par  le  passé.  Nous  avons  £iit,  de  plus,  six  cenu  prisonniers  hongrois,  et  nés  braves 
soldats,  qui  ne  savent  que  vaincre  on  mourir,  ne  me  font  rien  redouter  pour  ma  gloire.  • 
{Œuvres  de  Frédéric  le  Grande  publ.  par  le  gouvernement  prussien,  t.  XVII,  page  173). 
"-  \\  est  curieux  de  rapprocher  de  ce  récit  lyrique  la  relation  plus  simple  que  le  grand 
Frédéric  donna  plus  tard  du  combat  de  Lesch  dans  ses  Mémoires  :  ■  Un  jour  3,ooo  hommes 
de  la  garnison  de  BrQnn  attaquèrent  le  régiment  de  Trucbsès  d  jus  le  village  de  Lesch  ;  ce 
régiment  se  défiendit  pendant  cinq  heures  avec  une  constance  et  une  valeur  admirables.  Le 
village  fut  brûlé,  mais  les  ennemis  furent  chassés  sans  avoir  remporté  le  moindre  avantage  > 
(Métnoires  de  Frédéric  le  Grand,  édition  Bouuric  et  Campardon,  t.  L  P-  144-) 

(4)  Collection  de  M.  Benjamio  FilloD. 

(5)  Brimn,  autrefois  ville  impériale  et  résidence  des  margraves  de  Moravie. 


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FREDERIC   II  79 

gons  et  fantassins,  tout  compté  1 6  mille  homes,  nous  a  presque 
entièrement  coupé  notre  comunication  avec  la  haute  Silésie. 
De  plus  un  corps  de  1 2  mille  Hongrois  s'est  avansé  jusques 
à  Sealitz  (i),  vers  la  Morava  (2),  et  de  plus  encore  un  autre 
corps  d'Hongrois  de  10  mille  homes  est  entré  par  la  la- 
blunca  (3)  pour  me  couper  totalement  de  mes  derières.  Toute 
ces  nouvelles  m'ont  déterminé  à  investir  Brin  de  plus  près, 
à  détacher  le  prince  Didier  (4)  avec  8  mille  homes,  qui  a  fait 
à  Gôdingen  (5)  3oo  prisonniers  hongrois  et  qui  a  chassé  le 
maréchal  Palfi  (?)  de  Sealitz.  Le  Prince  a  ordre  de  continuer 
sa  marche  par  Ungarisbrod  (6)  à  Meseritz  (7),  où  il  y  a  encore 
un  corps  considérable  d'Hongrois.  Les  quartiers,  que  nous 
ocupons  présentement,  sont  entre  la  Morava,  la  Taya  (8)  et 
la  Swartza  (9);  les  Saxsons  sont  derrière  l'Iglava  (10).  Un 
détachement  de  8  mille  homes,  venus  de  l'armée  du  maréchal 
Kevenhulér  (11),  tout  le  corps  du  Prince  Lobcovitz  (12)  et 
quelque  régimens  de  cavalerie  du  corps  du  Prince  Charle  de 
Loraine  (iS),  sont  en  basse  Autriche  entre  Horen,  Veitho- 

(I)  Probablement  Sedlit%,  ville  de  BohSme. 

(3}  Morava,  rivière  des  Éuts  autrichiens,  affinent  gauche  dn  Danube  au-dessus  de 
Presboorg,  à  Theben  (Hongrie),  prend  sa  source  au  Scbneeberg,  près  Altstadt,  en  Moravie. 

(3)  Jablunka,  Jablunkau,  ville  des  Éuts  autrichiens,  en  Silésie,  district  de  BrQnn. 

(4)  Thierry  ou  Didier,  prince  d*Anhalt,  n.  a  août  1703,  m.  1769. 

(5)  Gbding,  en  Moravie,  rég.  de  BrQnn,  district  de  Gaya,  près  d'Âusterlitz. 

(6)  Umgariseh'Brodj  en  Mora\ie,  cercle  d'OlmQtz,  district  de  Hradisch. 

(7)  Meseritsch,  en  Moravie,  cercle  d'OlmQtz,  chef-lieu  du  district  de  ce  nom. 

(8)  Thaya,  rivière  des  États  autrichiens^  affluent  de  la  Morawa,  au-dessous  de  Lunden- 
tmrg  (Moravie). 

(9)  Schwar\a,  rivière  qui  prend  sa  source  dans  le  cercle  dlglau,  forme  une  partie  de  la 
limite  de  la  Bohème,  rentre  en  Moravie,  baigne  Sticpanow  et  BrQnn,  et  se  jette  dans  la 
Thaya,  à  10  kil.  d'Aupitz. 

(10)  Igla  ou  ïglawa,  rivière  qui  prend  sa  source  en  Bohème,  entre  en  Moravie,  pasae  à 
Iglau  et  se  jette,  près  de  Tracht,  dans  la  Schwarza. 

(ii)KhevenhQUer. 

(la)  Jean-Georges-Christian,  prince  de  Lobkowitz,  général  autrichien,  né  en  1686,  mort 
le  9  oct.  1753. 

(i3)  Charles- Alexandre  de  Lorraine,  fils  du  duc  Léopold,  n.  à  Lunéville,  la  déc.  1713, 
commandant  général  de  Tannée  de  Marie-Thérèse,  gouverneur  général  des  Pays-Bas, 
m.  4  juin.  1780. 


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8o  REVUE  DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

vcn  (i)  et  Stoquerau  (2),  ce  qui  peut  composer  29  mille 
homes.  Les  Saxsons,  qui  en  font  au  plus  i3  mille,  et  moo 
corps  de  16  mille,  qui  font  29  mille  combatans,  seront  en  étit 
de  les  attaquer  ou  de  les  repousser,  selon  Tocurance. 

Monsieur  de  Broillo  (3)  se  voit  par  cette  position  en  toute 
sûreté  et  les  régimens  que  vous  avez  fait  marcher  de  Stras- 
bourgs  étant  arrivez  le  1 1  à  Donavert  (4),  doivent  mettre  U 
situation  des  Français  hors  de  toute  insulte. 

Je  vous  prie  instanment,  monsieur,  de  ne  rien  changer  aux 
projet  de  campagne  que  vous  m^avéz  envoyé  et  dont  nous 
somes  venus  d'acort.  L'Empereur,  trop  pressé  pour  la  Bavière, 
ne  pense  pas  assez  à  la  Bohême,  qui  cependant,  dans  cette 
affaire  ici,  fait  Tobjet  principal,  car  je  serois  d'avis  de  raidit 
le  corps  de  Bohême  plus  considérable  que  celui  de  Bavière, 
pour  que,  lorsque  nous  seront  sur  le  Danube,  les  autres  opé- 
rations seront  bien  plus  facilles. 

Je  vous  informerai  de  plus  de  toute  les  dispositions  que  j'ai 
fait  pour  bien  remplir  ma  tâche  le  printems  qui  vient.  Je 
fais  marcher  le  prince  d'Anhalt  avec  25  bataillons  et  35  esca- 
drons vers  Tropau  (5),  Ratibor  (6)  et  Fulnect  (7).  J'aurai  id 
auprès  de  Brin  un  corps  de  40  bataillons  et  de  100  escadron 
joint  aux  20  battaillons  Saxsons  et  à  leur  36  escadrons,  de  sorte 
que  je  suis  sûr  du  succès  de  mon  côté.  J'espère  que  vous  vérez 
par  ces  arangemens  que  je  suis  fidelle  à  mes  engagemens  et 
que  je  fais  même  plus  qu'on  ne  pouvoit  demander  de  moy, 
mais  je  crois  ausi  être  sûr  d'un  autre  côté  de  ne  point  obligâ* 

(1)  Probablement  Hom  et  Weit^  bourgs  de  U  btsse  Aotricbe. 
(a)  Stoekerûu,  boorg  de  U  btue  Aatriche,  tnr  on  bras  da  Danube. 

(3)  Broglle. 

(4)  Douauwàrth,  Tilk  de  Bayière,  cerde  de  Sonabe-Neoboirg,  cbef-tten  de  district,  s«r 
U  rive  gaocbeda  Danube  et  an  confinent  de  la  Womitz. 

(5)  TVoppav,  ancienne  principauté  de  Silésie,  actueUemeot  partagée  entre  la  Prusse  et 
l'Autriche. 

(6)  Ratibor,  ville  de  Prusse,  sur  la  riye  gauche  de  l'Oder. 

(7)  Fulntk,  tille  des  Étau  autrichiens,  en  Moravie,  rég.  d'Ohnutz,  au  S.  de  Troppan. 


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FREDERIC   II  8l 

des  ingrats  et  de  trouver  en  mes  alliez  des  Princes  qui  me 
tiendront  conte  de  mes  eforts. 

Je  vais  à  présent  vous  parler  sur  les  affaires  politiques  de 
r Europe.  A  comansér  par  la  Russie,  je  suis  persuadé  que  le 
présent  ministère  ne  se  soutiendra  pas;  vous  veréz  encore  de 
fréquentes  révolutions  dans  cet  Empire,  et  pour  le  présent  je 
les  crois  hors  de  toute   influence  dans   les  affaires  d^ Alle- 
magne (i).  L'Angleterre  est  en  si  grande  agitation  apprésent 
qu'il  est  difficile  de  prévoir  quel  parti  prandra  la  nation  (2). 
Il   me  semble  qu'un  traité   de  neutrallité  avec  Tellecteur 
d'Hanover  (3),  un  traitté  d'amityé  avec  l'Empereur  et  lui, 
moyenant  quoi  cet  EUecteur  reconoitroit  la   Royauté  de 
Bohême,  ferait  un  très  bon  efet,  et  dans  ce  cas  les  troupes 
françaises  pourois  toutes  se  mettre  dans  le  pais  de  Juliér, 
Bergue  et  Liège,  ce  qui  contiendra  à  coup  sur  les  Holandais. 
L'ogmentation  n'est  point  résolue  et  me  paroit  même  encor 
fort  éloignée.  Rien  qu'une  bataille  perdue  contre  la  Reine 
d'Hongrie  pouroit  faire  déclarer  la  Holande.  C'est  donc  sur 
l'Allemagne  que  doivent  se  tourner  toute  nos  attantions.  Si 
vous  faites  encor  un  effort.  Monsieur,  je  suis  sur  que  vous  vien- 
drez à  bout  de  vos  deseins  ;  mais  il  ne  s'agit  pas  simplement 
d'envoyer  de  bone  troupes,  il  faut  des  tettes  pour  les  conduire. 
Ainsi  envoyez  de  bons  officiers  généreaux  et  des  troupes  bien 
complettes  qui  tâchent  d'en  venir  aux  mains  avec  l'enemy,  s'il 
se  peut,  le  lendemain  de  leur  arrivéd,  et  je  vous  garantis  que 
le  tableau  deviendra  bientôt  plus  rian  qu'il  n'est  actuellement. 
L'on  pouroit  encore  ménager  adroitemens  à  Francfort  une 
négotiation  avec  les  princes  de  l'Empire,  pour  que  l'Empire 

(1)  Elisabeth  Petrowna,  fille  de  Pierre  le  Grand,  avait  été,  le  6  décembre  1741.  proclamée 
impératrice  de  Russie  à  la  place  du  jeune  Ivan  VI.  Elle  régna  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le 
5  janvier  1763. 

(3)  Georges  n  régnait  en  Angleterre  depuis  1737.  11  soutenait  les  droits  de  Marie- 
Thérèse  à  la  succession  de  son  père  Charles  VI,  mais  l'opinion  publique  était  contraire  à  la 
guerre. 

(3)  Le  roi  d'Angleterre  était  en  m€me  temps  électeur  de  Hanovre. 

TOME  rv  II 


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82  REVUE    DBS  DOCUMENTS  HISTOIIQUES 

dédarc  la  guerre  i  la  Reine  d'Hongrie  et  qu'on  la  mette  as 
ban  de  T  Empire. 

Il  n'y  a  offires  et  propositions  que  la  Reine  d'Hcwigrie  ne 
m'a  faites  pour  me  s^arer  de  l'allicnce,  mais  le  tout  est  pense 
perdue^  et  vous  voyez,  par  les  efforts  que  je  fais,  le  peu  d'efa 
qu'ont  eu  toutes  ces  négotiations.  Il  ne  s'agit  apprésent  que 
d'agir  cordiallement  ensemble,  et  de  point  prêter  Forcille  am 
meffiences  que  l'enemy  nous  veut  inspirer  mutuellement  Tout 
l'orgueil  de  la  Reine  d'Hongrie  c'est  fondé  apréscnt  sur  ses 
succès  d'Autriche  et  sur  une  some  de  900,000  florins  qu'elle 
a  reseu  d'Angleterre  par  Nurenbcrg,  ce  qui  fait  que  nous 
allons  être  inondez  d'Hongrois  et  de  l'engence  la  plus  mao- 
dite  que  Dieu  ait  créé. 

Je  vous  prie,  Monsieur,  de  ne  point  douter  de  l'estime 
entière  et  inviolable  avec  laquelle  je  suis  i  jamais, 

Monsieur  mon  cousin, 

Votre  très  fidelle  et  inviolable  ami, 

Federic 

La  campagne  dura  peu.  Frédéric  II  resta  dans  son  quartier  de  See- 
lovitz  jusqu'au  3  avril.  Le  17  mai  suivant  il  fut  atuqué  prés  de  CrasUu 
par  le  prince  Charles  de  Lorraine,  mais  il  obtint  la  victoire.  Aussitôt 
rimpératrice  Marie-Thérèse  offrit  a  son  heureux  adversaire  la  cession 
de  la  Silésie,  et  elle  obtint  ainsi  la  paix,  qui  fiit  signée  a  Berlin 
le  28  juillet  1742.  Frédéric  II  avait  laissé  de  côté  les  Français,  sesailiés, 
qu'il  soupçonnait  de  négocier  de  leur  côté  avec  TAutriche.  Il  avait,  d'ail- 
leurs, peu  de  confiance  dans  le  cardinal  de  Fleury,  qu'il  jugeait  en  ces 
termes,  peu  flatteurs  pour  un  homme  d'État  :  «  Le  cardinal,  plus  pâte. 
lin  que  ferme,  n'avait  pas  un  caractère  assez  mâle  pour  prendre  des 
partis  décisifs  ;  il  croyait  ne  rien  donner  au  hazard  en  tenant  les  choses 
en  suspens...  Ces  tempéraments  et  cette  conduite  mitigée  ont  sou- 
vent nui  aux  intérèu  de  la  France  (i).  » 

• 

(1)  Uimoiret,  p.  139. 


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ALIENOR    DE    GUYENNE 


Alienor  de  Guyenne,  née  en  1 122,  était  fille  de  Guillaume  IX,  der- 
nier duc  de  Guyenne.   Mariée  le  2  août  iiSy,  dans  l'église  Saint- 
André   de  Bordeaux,  au  roi  de  France  Louis  VII,  elle  accompagna 
celui-ci  à  la  deuxième  croisade.  Au  retour,  soit  qu'elle  fût  mécon* 
tente  d'un  mari  dont  l'humeur  jalouse  et  les  mœurs  austères  con- 
trastaient* si  fort  avec  le  caractère  vif  et  léger  et  les  goûts  artis- 
tiques de  l'héritière  de  Guyenne,  soit  qu'elle  eût  donné  à  Louis  VII 
de  justes  sujets  de  reproche,  le  divorce  fut  demandé  par  les  deux  époux 
et  accordé  par  le  concile  de  Beaugency,  sous  le  prétexte  de  parenté, 
le  18   mars  11 52.  Ce  divorce,  qui  enlevait  à  notre  pays  de  si  beaux 
domaines,  fut  le  point  de  départ  de  luttes  séculaires  entre  la  France  et 
l'Angleterre.  Éléonore,  redevenue  libre,  épousa  Henri  Plantagenet, 
comte  d'Anjou  et  duc  de  Normandie,  qui  devint,  en  i  x55,  roi  d'Angle- 
terre sous  le  nom  de  Henri  II.  On  sait  combien  elle  eut  à  souffrir, 
cette  fois,  des  infidélités  de  son  second  mari,  tellement  qu^elle  excita 
ses  fils  contre  leur  père,  qui  lui  fit  expier  cette  révolte  par  onze  ans  de 
captivité  (i  lyS-i  184).  Henri  II  mourut  en  1 189,  laissant  le  trône  à  son 
fils  Richard-Cœur-de-lion.  Ce  dernier,  partant  pour  la  croisade,  confia 
la  régence  à  sa  mère.  Peu  après  le  retour  de  Richard,  Alienor  de 


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84  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

Guyenne  se  retira  à  Tabbaye  de  Fontevrault,  dont  elle  fat  la  bienfai- 
trice. C'est  là  que  reposait  son  second  mari;  c'est  là  encore  qu'elle 
vit  inhumer  son  fils  Richard,  mort  d'une  blessure  reçue  au  si^  de 
Chalus  (16  avril  1 199),  et  qui  eut  pour  successeur  son  frère  Jean  Sans- 
terre.  C'est  dans  cette  même  abbaye  de  Fontevrault  que  la  reine  Alie- 
nor  fit  écnre,  le  6  octobre  1200,  la  charte  dont  voici  Je  texte  : 

Alyenor,  Dei  gratia  Regina  Anglie,  Ducissa  Nonnannie  et 
Aquitanie,  G>mitissa  Andegavensis,  dilectis  suis  prepositis, 
ballivis,  justiciariis  et  aliis  fidelibus  suis,  et  omnibus  presentem 
cartam  inspeauris  vel  audituris,  salutem  in  Domino  perpe- 
tuam.  Universitati  vestre  notum  fieri  volumus  nos,respectum 
habentes  ad  multa  gravamina,  que  per  karissimum  filium 
nostrum  Richardum,  quondam  regem  Anglie,  monasterio 
sancti  Maxentii  cognovimus  irrogata,  ob  salutem  anime  nostre 
et  parentum  nostrorum  et  predicti  filii  nostri  et  successorum 
nostrorum,  de  consensu  etiam  et  voluntate  Johannis,  régis  An- 
glie,  filii  nostri,  ad  instanciam  et  peticionem  dilecti  in  Christô 
Mauricii,  Pictaviensis  episcopi,  abbatem  et  monachos  sancti 
Maxentii,  de  procuratione  quam  nobis  faciebant  apud  sanctum 
.  V  «t i  î  ^  ^  '  I  ^  Maxentium  penituiQiii|^MllaftQamallH  in perpetuum  liberos 
rh  -xwC^r')^  et  immunes,  tali  modo  quod  abbas  et  tratres  dicti  monasterii 

nec  nobis,  nec  successoribus  nostris,  seu  bailivis  nostris,  nec 
aliquibus  ex  nostris  procurationem  aliquamde  cetero  reddere 
tenebuntur.  Dedimus  etiam  abbati  et  fratribus  supradictis 
omnia  servitia,  que  nobis  faciebant  forestarii  de  nemore  de 
Savra,  salvo  tantum  et  retento  exercitu  nostro  et  expedicione. 
Verumptamen  abbas  et  fratres,  pro  salute  anime  nostre 
antecessonim  successorumque  nostrorum,  qualibet  die  per- 
petuîs  temporibus  très  pauperes  in  refectorio  pascere  tene- 
buntur, et  duas  missas  in  remedio  peccatorum  nostrorum  ni- 
chilominus  celebrare.  Si  quis  autem,  quod  absit,  huic  nostre 
donation!  et  helemosine  tam  pie  facte,  contradicere  pre- 
sumpserit,  ejus  conatus  et  mala  voluntas  non  prevaleat  et  per 
censuramecclesiasticam  arceatur.  Teste  me  ipsa,  apud  Fontem 


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AUENOR  DE  OUTENNE  85 

Ebraudi  sexta  die  octobris,  regni  filii  nostri  Johannis  supra* 
dicti  anno  secundo. 

Voici  l'analyse  de  ce  précieux  document,  qui  appartient  a  M.  B.  Fillon 
et  que  j'ai  fait  reproduire  par  M.  P.  Dujardin. 

Alienor,  reine  d'Angleterre,  duchesse  de  Normandie  et  d'Aquitaine, 
comtesse  d'Anjou,  fait  savoir  à  tous  présents  et  à  venir  que,  eu  égard  à 
certains  dommages  causés  au  monastère  de  Saint- Maixent  par  son  fils 
Richard,  défunt  roi  d'Angleterre,  et  à  cause  du  salut  de  son  ftme  et  de 
celles  de  ses  parents,  de  son  fils  susdit  et  de  ses  successeurs,  du  con- 
sentement de  son  fils  Jean,  roi  d'Angleterre,  et  à  la  demande  de  Mau- 
rice, évéque  de  Poitiers  (i),  elle  a  déchargé  Tabbé  et  les  religieux  de 
Saint-Maixent  des  services  auxquels  ils  étaient  tenus  envers  elle,  et  leur 
a  donné  les  services  que  les  forestiers  du  bois  de  Sèvre  lui  devaient. 
En  revanche,  lesdits  abbé  et  religieux  seront  tenus,  pour  le  salut  de 
l'âme  de  la  reine  et  de  celles  de  ses  prédécesseurs  et  successeurs,  de 
nourrir  tous  les  jours  trois  pauvres  dans  le  réfectoire  et  de  célébrer 
quotidiennement  deux  messes  pour  la  rémission  de  ses  péchés. 

Fait  en  sa  présence,  à  Fontevrault,  le  6  octobre  de  la  seconde  année 
du  règne  de  son  susdit  fils  Jean  (2). 

Alienor  de  Guyenne  mourut,  le  3x  mars  1204,  à  Tâge  de  quatre-vingu 
ans. 

(i)  Mftorice  de  Blason,  é?êqae  de  Poitiert,  de  1198  à  1314. 
(a)  I300. 


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JEAN-BAPTISTE  PIGALLE 


Le  as  juin  1754,  mourut,  à  Paris,  le  peintre  Fierre^Jacques  Gazes,  i 
l'ftgedesoixante^x-neuf  ans(i).  Il  était  alors  chancelier  de  l'Académie 
de  peinture  et  de  sculpture.  Il  avait  été  admis  à  l'Académie  le  28  juil- 
let 1703  (2),  sur  la  présentation  d'un  tableau  représentant  le  combat 
d^Herculeet  d'AcheloQs,  et  arait  passé  par  tous  les  grades  :  adjoint  à 
professeur  (28  septembre  171 5),  professeur  (3o  avril  1718),  adjoint  à 
recteur  {2  juillet  1737),  recteur  (6  juillet  1743),  directeur  (28  mars  1744), 
et,  enfin,  chancelier  (26  mars  1746).  Cette  dernière  fonction  était  a 
vie  (3).  Gazes  jouissait  d'une  pension  :  aussitôt  le  marquis  de  Mari- 
gny,  surintendant  des  bâtiments  (4),  fut  sollicité  par  les  artistes  qui 
croyaient  avoir  droit  à  cette  pension  vacante.  Parmi  les  compétiteurs 
étaient  le  sculpteur  Jean- Baptiste  Pigalle  et  le  peintre  Jean-Marc 
Nattier.  Ce  dernier  avait  soixante-neuf  ans  (5),  et,  depuis  le  29  oc- 
tobre 17 18,  il  appartenait  à  T Académie.  Pigalle,  au  contraire,  n'avait 
que  quarante  ans  (6),  et  il  ne  faisait  partie  de  l'Académie  que  depuis 
le  3o  juillet  1744.  Mais  tous  deux  avaient  été  nommés  professeurs  le 
même  jour  (29  mai  1752)  (7].  La  lettre  de  Nattier  au  marquis  de  Mari- 
gny  a  été  publiée  dans  les  Archives  de  TArt  français  (8);  voici  mainte- 
nant celle  de  Pigalle,  qui  m*a  été  communiquée  p>ar  M.  Alfred  Sensier. 
Elles  ont  été,  l'une  et  l'autre,  écrites  le  27  juin  1754. 

(1)  Son  acte  de  décèt  a  tLi  pablié  par  Jal. 

(3)  Cases  avait  obteoa  le  a*  prix  de  peintart,  en  1698,  et  le  i«  raanée  tahante. 
Arckipis  d€  tArt  firamçûiSy  Doeuwtemts,  t.  V,  p.  a83).  —Le  portrait  de  Gazes  fat  le 
morceaa  de  réception  dn  peintre  Aved  (37  novembre  1734).  Il  fat  graTé  par  Jacqoet- 
Philippe  Lebas  (39  janvier  1743).  H  est  consenré  à  TÉcole  des  beaux-arts.  —  {Archives 
de  VArt  françait,  t.  II,  p.  358  et  375.) 

(3|  Archives  de  F  Art  français^  Documents*  t.  I. 

U)  Depuis  le  a  décembre  1747  TAcadémie  de  peintore  et  de  scnlptore  ent  poor  pro- 
ectear  immédiat,  le  Roi,  qui  commnniqoait  avec  elle  par  fintermédiaireda  surintendant 
de  ses  Jbâtiments.  Le  marquis  de  Marigny,  frère  de  Madame  de  Pompadonr,  occupait 
cette  fonction  depuis  novembre  1751. 

(5)  Jean-Marc  Nattier,  né  à  Paris  le  17  mars  i685. 

(6)  Jean-Baptiste  Pigalle,  né  à  Paris  le  a6  janvier  17 14.  Son  acte  de  baptême  a  été 
pablié  dans  les  Archives  de  VArt  français,  t.  VI,  p.  io5. 

(7)  Archives  de  VArt  françûis,  t.  I. 

(8)  T.  IV,  p.  77. 


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JEAN-BAPTISTE  PIGALLE  87 

A  Paris,  ce  27  juin  1754. 
Monsîeur, 

Voicy  une  pension  vacante  par  le  déced  de  M.  Gaze,  notre 
ancien  directeur.  Croyant  avoir  eu  le  bonheur  de  réussir 
dans  la  figure  du  Roy  (i),  ne  seroit-ce  pas  une  occasion  pour 
me  flater  de  mériter  cette  pension  ?  Tous  ceux  qui  ont  été 
chargés  des  figures  de  Roy  ont  été  honorés  de  pareilles 
récompenses,  indépendament  du  prix  de  leur  travail.  M.  le 
Moine  (2),  en  particulier,  jouit  d'une  pension  de  800  livres 
sur  la  cassette,  outre  le  présent  considérable  que  lui  a  fait  la 
ville  de  Bordeaux.  Vous  sçavez.  Monsieur,  le  besoin  que  j'en 
ai,  et  que  toutes  les  bontés  que  vous  avez  eiies  pour  moy 
n'ont  fait  qu'augmenter  mon  ardeur  pour  tâcher  d'en  mériter 
la  continuation. 

Je  suis  avec  un  très-profond  respect.  Monsieur, 

Vostre  très-humble  et  très-obéissant  serviteur, 


Jean-Marc  Nattier  n'eut  sans  doute  pas  la  pension  ;  vieux,  pauvre  et 
malade,  il  tomba  en  enfance  et  mourut  le  7  septembre  1766,  chez  son 
gendre  le  peintre  Challe,  qui  Tavait  recueilli  (3).  Pigalle  eut  une  plus 
heureuse  fortune  :  il  continua  à  exercer  son  art,  et  les  honneurs  ne  lui 
firent  point  défaut.  Adjoint  à  recteur  le  7  juillet  1770,  recteur  le 
27  septembre  1 777,  il  devint  chancelier  de  l'Académie  de  peinture  le 
8  janvier  1785.  Il  mourut,  le  21  août  suivant,  à  Paris,  rue  Saint-Lazare. 
Son  acte  de  décès  (4)  expose  toutes  les  qualités  du  défunt,  à  savoir  : 
c  Ecuyer,  sculpteur  du  Roy,  chevalier  de  Tordre  de  Saint-Michel,  chan- 
celier de  son  Académie  royale  de  peinture  et  de  sculpture,  l'un  de 
ses  quatre  recteurs,  membre  de  l'Académie  royale  des  sciences  et 
belles-lettres  de  Rouen,  citoyen  de  la  ville  de  Strasbourg.  » 

(i)  PigalIe  avait  exécuté  la  sutue  de  Louis  XV  pour  le  monument  élevé  sur  une  des 
places  de  Reims  en  l'honneur  de  ce  prince. 

(2)  Jean-Baptiste  Lemoyne,  auteur  de  la  statue  équestre  de  Louis  XV  érigée  à  Bordeaux. 

(3)  Abecedario  de  Mariette,  t.  FV,  p.  49. 

(4J  Archivet  de  t^ Art  français,  t.  VI,  p.  iio. 


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LETTRE  D'UNE  JEUNE  NANTAISE 
A   ROBESPIERRE 


Le  célèbre  discours  sur  les  rapports  des  idées  religieuses  et  mo- 
rales avec  les  principes  républicains,  prononcé  par  Robespierre  le 
7  mai  1794,  marqua  l'apogée  de  la  popularité  du  dictateur.  L'enthou- 
siasme fut  prodigieux;  dans  les  adresses  on  prodigua  les  termes  les  {dus 
flatteurs.  Des  femmes,  follement  éprises  du  héros  du  jour,  lui  adressèrent 
les  épîtres  les  plus  biiarrcs.  Courtois  en  a  publié  plusieurs,  mais  il  en 
a  omis  une,  qui  peut  compter  parmi  les  plus  extraordinaires.  Cette 
pièce,  signalée  déjà  par  mon  père  dans  son  Catalogue  de  documemu 
autographes  sur  la  Réyolution  Française  (i) y  émane  d'une  veuve  Jakin, 
domiciliée  â  Nantes,  âgée  de  vingt-deux  ans  et  riche  de  quarante 
mille  francs  de  rente,  qui  ofiEre  à  Robespierre  son  cœur  et  sa 
main.  (a). 

Ce  i3  prairial  Fan  2- (3). 
Mon  cher  Robespierre, 

Depuis  le  commencement  de  la  révolution  je  suis  amou- 
reuse de  toi,  mais  j^étais  enchaînée  et  j^ai  su  vincre  ma  pas- 
sion. Aujourd'hui  que  je  suis  libre,  parce  que  j'ai  perdu  mon 
mari  dans  la  guère  de  la  Vendée,  je  veux,  en  face  de  l'Être 
suprême,  t'en  faire  la  déclaration. 

Je  me  flatte,  mon  cher  Robespierre,  que  tu  sera  sensible  à 
Faveu  que  je  te  fais.  Il  en  coûte  à  une  femme  de  faire  un  td 

(i)  PtrU,  t86a,  in-S. 

(3|  M.  Htmel  cite  cette  lettre  dtns  80q  Histoire  de  Robespierre,  t  ni,  p.  534. 

(3)  i*r  juin  1794. 


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LETTRE   A   ROBESPIERRE  89 

aveu,  mais  le  papier  soufre  tout  et  on  rougi  moins  de  loin 
qu'en  face  Tun  de  l'autre.  Tu  es  ma  divinité  suprême  et  je 
n'en  connais  d'autres  sur  la  terre  que  toi  :  je  te  regarde 
comme  mon  ange  tutellaire  et  ne  veux  vivre  que  sou  tes  lois  ; 
elles  sont  si  douces  que  je  te  fais  le  serment,  si  tu  es  aussi  libre 
que  moi,  ^e  m'unir  avec  toi  pour  la  vie.  Je  t'offre  pour  dot  les 
vrais  qualités  d'une  bonne  républicaine,  40,000  francs  de 
rente  et  être  une  jeune  veuve  de  22  ans.  Si  cette  offre  te  con- 
vient, répond  moi,  je  t'en  suplie.  Mon  adresse  est  à  la  veuve 
Jakin,  poste  restante,  à  Nantes.  Si  je  te  prie  de  me  l'adresser 
poste  restante,  c'est  que  je  crains  que  ma  mère  ne  me  gronde 
de  mon  étourderie.  Si  je  suis  assez  heureuse  pour  obtenir  de  toi 
une  réponse  favorable,  je  m'enpresserai  de  lui  montrer.  Pour 
lors  plus  de  mistère.  Adieu,  mon  bien  aimé.  Songe  à  la  petite 
Nantaise  et  à  cette  malheureuse  cité  qui  est  bien  affligé 
par  le  fléau  de  la  guerre.  Comme  ton  mérite  te  donne  beau- 
coup d'influence  dans  l'assemblée,  fais  donc  tes  efforts  pour 
nous  délivrer  de  la  misère  où  nous  sommes.  Je  ne  parle  pas 
pour  moi,  mais  pour  tous  les  braves  sans-culottes  et  bons 
citoyens.  Répond  moi,  je  t'en  suplie,  si  non  je  me  rendrai 
importune  dans  mes  écrits.  Adieu  encore  une  fois.  Songe  à 
rinfortunée  qui  ne  vit  que  pour  toi. 

Ne  mest  point  le  cachet  de  la  Convention.  Écris  moi  comme 
un  simple  particulier. 

Cette  curieuse  pièce  appartient  actuellement  à  M.  Benjamin  Fillon, 
qui  a  réuni  un  dossier  très-important  sur  Robespierre. 


TOME   IV  12 


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JEAN-MARTIN  DE  LAUBARDEMONT 
LES  POSSÉDÉES  DE  LOUDUN 


J*ai  déjà  eu  Toccasion  de  parler  de  la  sorcellerie  (i)  :  c'est  là  un  sujet 
qui  éveille  la  curiosité  publique,  mais  qui  ne  peut  être  élucidé  que  par 
des  médecins.  La  science  moderne,  en  eHet,  croit  peu  au  merveilleux, 
et  \k  où  jadis  on  voyait  sorcellerie  et  possession  du  diable,  elle  nous 
montre  une  épidémie  d^hystéro-démonopathie.  Il  ne  m'appartient  pas 
d'étudier  la  sorcellerie  au  point  de  vue  scientifique.  Je  me  borne  a 
publier  les  documents  qui  passent  en  mes  mains  :  or  j'ai  en  ce  moment 
sous  les  yeux  une  lettre  de  Jean-Martin  de  Laubardemont,  dans 
laquelle  il  instruit  le  cardinal  de  Richelieu  de  l'état  des  religieuses  de 
Loudun,  possédées  par  le  démon.  Cette  affaire  de  Loudun  est  l'une  des 
plus  graves  qui  se  soient  produites  dans  l'histoire  de  la  sorcellerie.  Le 
couvent  d'Ursulines,  qui  en  fut  le  théâtre,  fondé  en  1626  à  Loudun,  en 
Poitou,  par  Madame  Jeanne  de  Belciel,  fille  du  baron  de  Cose,  en 
religion  sœur  Jeanne  des  Anges,  obtint  rapidement  un  grand  renom  : 
les  bourgeois  tinrent  à  honneur  de  confier  l'éducation  de  leurs  filles  à 
ces  religieuses.  Vers  cette  époque,  un  jeune  prêtre,  originaire  du  dio- 
cèse du  Mans,  occupait,  à  Loudun,  la  cure  de  Saint-Pierre  du  Marché. 
Il  avait  nom  Urbain  Grandier  et  était  doué  d'une  beauté  et  d'une 
grâce  que  rehaussait  encore  une  éloquence  native.  Trop  pénétré  de 
sa  supériorité  sur  ses  confrères,  il  la  leur  faisait  trop  sentir.  Dominé 
par  un  orgueil  absolu  et  par  un  esprit  porté  à  la  satire,  il  eut  l'impru- 
dence de  s'attaquer  aux  privilèges  des  Carmes,  dont  il  s'attira  ainsi 
l'inimitié.  D'autre  part,  ses  mœurs  n'éuient  pas  assez  sévères,  et  sa 
conduite  envers  les  femmes  assez  réservée.  Or  rien  n'échappe,  dans  les 
petites  villes,  â  la  perspicacité  de  ceruines  gens  qui  font  métier  d'cs- 

(I)  Revue  des  Documents  historijues,  t.  ÏÏI. 


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JEAN-MARTIN   DE   LAUBARDEMONT  9I 

pîonner  leurs  semblables  :  les  ennemis  de  Grandier  ne  cherchèrent  dès 
lors  qu'une  occasion  pour  se  venger  de  lui  ;  elle  ne  tarda  pas  à  se  pré- 
senter. La  supérieure  du  couvent  des  Ursulines,  femme  d'un  esprit 
ardent,  fut  atteinte  d'hallucinations  :  elle  demanda  conseil  à  son  con- 
fesseur, qui  vit  dans  ces  symptômes  l'intervention  de  l'esprit  malin  et 
exorcisa  la   pénitente.   Le  résultat  de  l'exorcisme  fut  que  plusieurs 
autres  religieuses  furent  atteintes  du  même  mal.  Comme,  dans  le 
silence  et  l'isolement  du  cloître,  elles  avaient  entendu  vaguement  par- 
ler des  charmes  et  de  l'éloquence  du  beau  curé  de  Saint- Pierre  du 
Marché,  elles  pensaient  à  lui,  tellement  qu'interrogées  par  l'exorciste, 
elles  accusèrent  Grandier  de  les  avoir  ensorcelées.  Une  plainte  portée 
contre   celui-ci    amena    son    interdiction   par  l'évéque   de    Poitiers 
(3  janv.  1629),  mais  l'archevêque  de   Bordeaux,   Sourdis,   rendit  en 
faveur  du  curé  une  sentence  d'absolution  le  22  novembre    i63i  et 
menaça  la  supérieure  du  séquestre.  Les  convulsions  cessèrent  alors; 
mais,  sur  ces  entrefaites,  Jean-Martin  de  Laubardemont,  intendant  des 
provinces  du  Maine,  d'Anjou  et  de  Touraine,  vint  à  Loudun,  pour  faire 
abattre  le  château  et  la  forteresse,  qui  pouvaient  servir  d'asile  et  de 
place  forte  aux  protestants.  Parent  de  Madame  de  Belciel,  il  apprit  les 
singuliers  événements  dont  le  couvent  avait  été  le  théâtre  et  fut  témoin 
des  convulsions  de  la  supérieure.  Aussitôt  il  prit  en  main  l'affaire,  s'en- 
quit  de  ce  curé,  qu'on  désignait  comme  sorcier,  apprit  qu'on  le  soup- 
çonnait d'être  l'auteur  d'un  pamphlet  dont  le  cardinal  de  Richelieu 
avait  été  fort  blessé  (i),  et  partit  pour  Paris.  Il  sut  intéresser  à  sa 
cause  son  illustre  patron,  et  il  obtint  des  pouvoirs  illimités.  De  retour  à 
Loudun  il  fît  arrêter  Urbain  Grandier  (7  décembre  i633),  dont  le  pro- 
cès  fut  instruit  aussitôt  et  se  termina  par   une  condamnation  au 
bûcher  (2).  Grandier  fut  brûlç  le  18  août   1634;  mais  cette  mort  tra- 
gique ne  marqua  pas  la  cessation  de  la  possession  des  religieuses.  Ren- 
dues plus  furieuses  encore  par  les  exorcismes  pratiqués  sur  elles  par 
les  Pères  Lactance  et  Tranquille,  ces  malheureuses  filles  se  roulaient 
dans  des  convulsions  épouvantables.  Chacune  d'elles  était  hantée  par 


(i)  Lettre  de  la  cordonnière  de  Louduji  à  M.  Barradat. 

(a)  M.  le  docteur  Gabriel  Légué  a  étudié,  dans  la  thèse  qu'il  a  soutenue  en  18741  1& 
possession  de  Loudun.  L'examen  scientifique  des  pièces  du  procès  de  Grandier  et  des 
procès-verbaux  des  convulsions  des  religieuses  et  des  exorcismes  pratiqués  sur  elles,  lui 
a  permis  de  reconnaître  tous  les  symptômes  d'une  épidémie  d'hystéro-démonopathie,  sem- 
blable à  celle  qui,  récemment,  éclata  dans  un  village  de  Savoie,  appelé  Morzine.  Je  me 
.  suis  amplement  servi  de  la  savante  étude  que  M.  Légué  a  publiée  sous  ce  titre  :  Documenta 
pour  servir  à  V histoire  médicale  des  possédées  de  Loudun;  Paris,  Delahaye,  1874,  in-8. 


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92  REVUE  DES  DOCCMENTS   HISTORIQUES 

plusiean  démons,  qui  avaient  des  noms  bixarres.  La  sopéneore,  à  cUe 
seule,  en  avait  sept,  dont  trois,  Asmodée  des  Throsnes,  Aman  des 
Puissances  et  Grezil  des  Throsnes,  furent  chanés  le  samedi  ao  mai 
1634.  c  Les  quatre  autres,  dit  Pilet  de  la  Mesnardière  [i),  sont  Le- 
viatan  des  Séraphins,  qui  a  sa  résidence  an  milieu  du  front  et  a  pfro- 
mis  pour  signe  d*y  faire  une  croix  de  sang,  Behemoth  des  Thrt)sae&, 
qui  a  sa  résidence  en  Tcstomach,  et  a  promis  par  signe  d'enlever  la  fiUe 
de  deux  pieds  de  haut,  Balaam  des  Dominations,  qui  a  sa  résidence  à 
la  seconde  costc  du  costé  droict,  et  pour  signe  doit  escrire  sur  la  main 
gauche  de  la  fille  son  nom  qui  y  doit  demeurer  toute  sa  vie,  Isaacaroa 
des  Puissances  a  sa  résidence  sous  la  dernière  coste  du  costé  droit,  et 
pour  signe  a  promis  fendre  le  gros  doigt  de  la  main  gauche,  antanx 
qu'en  emporte  l'ongle  des  deux  costés.  >  Le  démon  Leviatan  sortit  le 
lundi  3  novembre  i635  devant  le  Père  Jean-Joseph  SuHn  (a^  et 
Balaam  fut  chassé  le  29  du  même  mois  (3).  La  maladie  arriva  i  gagner 
les  exorcistes  eux-mêmes  :  le  père  Lactance  mourut  à  la  peine.  Le 
père  Tranquille  prédicateur  capucin,  justement  renommé  pour  son 
éloquence,  et  qui  s'était  voué  particulièrement  à  la  délivrance  des 
Ursulines  de  Loudun,  fut  lui-même  attaqué  du  mal  qu'il  voulait  gué- 
rir (4).  Laubardemont,  seul,  ne  donnait  pas  de  prise  à  Tesprit  malin.  Il 
continuait  à  instruire  le  cardinal  de  Richelieu  des  phases  de  cette  mé- 


(i)  Hippolyte-Jatet  Pilet  de  la  Mesoardtère  était  médecioet  natif  de  Loodon.  Soo  litre, 
où  il  combat  son  oollègue  Duocan  qui  traitait  de  folies  les  coBTuhioQS  des  relîgieoscS}  a  pow 
titre  :  La  Uemonomanie  dt  Lodvn,  Qvi  montre  la  véritable  possessiom  ée$  rtUgieues 
vrsvlinet,  et  avtre<  sccvlièret.  Avec  la  liste  des  religievses  et  secvlières  possédées, 
obsédées  et  malejiciécs,  le  nom  de  leurs  Démons,  le  lieu  de  leur  résidence^  et  signe  de 

leur  sortie A  la  Flèche,  che;  George  Griveav,  Imprimeur  du  Roy.  ài.DC.XXXTV. 

In -13,  de  6\  page^.  I^  Mesnardière  devint,  à  cause  de  cet  ouvrage,  médecîa  ordinaire 
du  cardinal  de  Richelieu,  mais  il  abaodoaoa  biettât  sa  professioOf  se  \im  à  U  poésie  et 
fut  reçu  À  l'Académie  française  en  i635. 

(a)  Leltrj  escrite  à  Monseigneur  l'evesque  de  Poictiers  par  un  des  Pères  Jesuistes  qui 
exorcisent  à  Ijoudun^  contenant  un  brie/  récit  de  la  sortie  de  Leviatan^  chef  de  cin- 
quante Démons,  qui  possèdent  tant  les  filles  Religieuses  que  Séculières;  Paris,  Jets 
Martin,  i635,  in- 12. 

(3)  Relation  Je  la  sortie  du  démon  Balam  du  corps  de  la  Mère  Prieure,  des  Urselines 
Je  Loudun j  et  ses  es i^ouve niables  mouvemens  et  contorsions  en  l'Exorcisme;  Paris, 
Jean  Martin,  i633.  in- 12. 

4)  Le  Père  Tranquille  avait  eu  soin  de  donner  une  relation  du  procès  d'Urbain  Gran- 
dieret  de  la  possession  des  Lrsulines  dans  l'ouvrage  suivant:  Véritable  relation  des 
justes  proceJui  es  observées  au  faict  de  la  possession  des  Ursulines  de  Loudun  et  an 
proce\  d'Urbain  GranJier.  avec  les  thèses  générales  touchant  les  diables  exorcise^  par 
le  R.  P.  Tranquille^  Capucin,  Iji  Flèche,  George  Griveau,  1634,  in-ia. 


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JEAN-MARTIN   DE   LAUBARDEMONT  gS 

morable  affaire.  Le  i8  février  i636  il  demanda  l'autorisation  de  con- 
duire la  supérieure  au  tombeau  du  bienheureux  François  de  Sales  et 
manda  en  même  temps  à  son  maître  la  mésaventure  du  Père  Tran- 
quille (i). 

Monseigneur, 

Les  pères  exorcistes,  que  vostre    Eminence    a    miz  icy 
danz  ce  sainct  anploy,  font  touzjours  grande  instance  pour 
avoir  Tordre  et  permission  de  conduyre  la  supérieure  des 
Ursulines  au  lieu  de  la  sépulture  du  bienheureuz  Monsieur 
de  Sales.  Hz  croyent.  Monseigneur,  que  le.  démon,  qui  reste 
seul  danz  son  corps  (2),  est  ordonné  de  Dieu  pour  estre  chassé 
en  ce  lieu  là,  et  dizent  qu'ilz  en  ont  des  lumières  suflfizantes.  Je 
les  ay  priez  de  présenter  sur  ce  subject  leur  requeste  à  vostre 
Eminence,  ainsy  qu'ilz  font  par  les  lettres  que  je  luy  envoyé 
cy  joinctes.  Je  fairay  en  sorte,  en  attendant  l'honneur  de  vos 
commendementz,  qu'ilz  continuent  leurs  exorcismes  avec  leur 
ferveur  accoustumée,  pour  essayer  de  faire  sortir  cet  esprit 
maling  et  touz  ses  compaignonz  à  Loudun,  comme  si  jamais 
il  n'avoit  esté  parlé  de  ce  voyage.  Ces  bonz  pères  sont  danz 
une  saincte  union  et  parfecte  charité.  Le  Père  Tranquille, 
capucin,  l'un  d'eus,  à  qui  Dieu  a  donné  une  très  grande  force 
d'esprit  et  de  corps,  souffre  maintenant  les  mçsmes  vexationz 
que  ces  pauvres  filles.  Son  corps  est  agité  sanz  aucune  dou- 
leur d'une  fasson  du  tout  prodigieuze.  Je  n'ay.  Monseigneur, 
rien  veû  en  toute  ceste  affaire  qui  m'ait  donné  tant  d'estonne- 
ment  que  l'accident  arrivé  à  ce  bon  religieuz,  lequel  en  tire  de 
grandz  profficz  et  advantages  pour  le  bien  de  son  ame.  J'es- 
père, Monseigneur,  que  Dieu  verssera  si  libérallement  sa  bé- 
nédiction sur  ce  travail  que  le  soing  que  vostre  Eminence  en 
veiit  prandre  sera  récompancé  de  toutes  sortes  de  grâces.  C'est 
ce  que  ces  bonnes  filles  et  ceuz  qui  les  assistent  luy  deman- 

(i)  Collection  de  M.  Benjamin  Fillon. 

(2)  Le  démon  Behemoth,  qui  ne  fut  chassé  qoe  le  iS  août  1637. 


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04  lEVUE  DES   DOCUMENTS  HISTORIQUES 

dent  touz  les  jours  avec  beaucoup  de  dévotion.  J'excite  aussy 
selon  mon  debvoir  et  seconde  en  cella  leur  zelle  et  très  juste 
recognoissance.  Je  ne  sçaurois.  Monseigneur,  par  aucune 
parolle  tesmoignerà  vostre  Eminence  celle  que  j'ay  des  bicnz 
et  faveurs  qu'elle  me  despard  i  toutes  occaûonz,  ny  l'en  dî* 
gnement  remercier.  Je  puis  seuUement  dire  en  vérité  que  je 
suis  et  seray  toute  ma  vie  avec  une  inviolable  et  très  fidelle 
affection, 

Monseigneur, 


A  Loudun  ce  xviii*  febvrier  i636. 

A  Monseigneur,  Monseigneur  TEminentissime  cardinal 
duc  de  Richelieu. 

La  possession  se  prolongea  jusqu^en  i638  (i).  Cette  même  année,  le 
Père  Tranquille,  rainé  par  la  maladie,  succomba  (3i  mai  i638).  On 
inscrivit  sur  sa  tombe  cette  singulière  épitaphe  : 

<  Cy  gît  l'humble  Père  Tranquille  de  Saint-Remi,  prédicateur  capu- 
cin. Les  damons  ne  pouvant  plus  supporter  son  courage  en  son  emploi 
d'Exorciste  Tont  fait  mourir  par  leurs  vexations,  à  ce  portez  par  les 
Magiciens.  Le  dernier  de  mai  i638  (2).  t 


(i)  M.  le  D' Legaé,  dont  f'ti  cité  plos  haut  le  corieax  trtTail,  va  p«bikr  iiae  I 
détaillée  du  procès  d'Urbain  Grandier  et  de  la  possession  de  Loudon.  D  adéconTert  nombre 
de  procès-TerlMux  originaux  qui  permettront  d'apprécier  plus  sainement  cette  trop  fameiwr 
alEiire.  D  reproduira  aussi  plusieurs  lettres  de  Laubardemont  au  cardinal  de  Ricbelieaf  et 
terminera  son  ouvrage  par  la  publication  du  traité  d'Urbain  Grandier  contre  le  célibat  des 
prêtres. 

(3)  Histoire  des  diables  de  £xmdun,  ou  delà  possession  des  Religieuses  Orsuliues,  et 
de  la  condamnation  et  du  suplice  d'Urbain  Grandier,  Curé  de  la  mêwte  n//e  (par  Aubin) 
Amsterdam,  1716,  in-i3.  p.  347. 


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BARÈRE,  BILLAUD-VARENNE 
&  ROBESPIERRE 


Lettre  au  citoyen  Lerebours,  commissaire  des  secours  publics. 
Rédigée  et  écrite  par  Barère,  elle  a  été  signée  par  Billaud-Varenne  et 
par  Robespierre  lui-même,  qui  affirma  ainsi  Timportance  qu'il  atta- 
chait aux  recommandations  faites  à  Lerebours.  Il  s'agissait,  en  effet, 
d'un  sujet  des  plus  graves  au  point  de  vue  humanitaire,  des  améliora- 
tions à  apporter  dans  le  transport  des  volontaires  blessés.  Ce  Lerebours 
était  capitaine  de  la  garde  nationale  de  Pontarlier,  président  de  la  So- 
ciété des  Amis  de  la  liberté  de  cette  ville  et  procureur-syndic  du  dépar- 
tement, lorsqu'il  fut  mandé  par  dépêche  au  Comité  de  salut  public  et 
nommé  par  Robespierre  commissaire  des  secours  publics  (avril  1794]  (i  ). 
Sans  cesse  en  rapports  avec  ce  dernier,  il  lui  resta  fidèle  au  9  thermidor 
et  prit  une  part  active  à  la  résistance  de  la  Commune.  Il  fut  le  seul  des 
membres  du  Comité  d'exécution  qui  parvînt  à  échapper  à  Pécha-, 
faud  {2). 

La  pièce  suivante,  dans  laquelle  on  reconnaîtra  le  style  véhément  et 
emphatique  de  Barère,  est  conservée  en  tète  du  premier  volume  des 
Papiers  inédits  de  Robespierre^  illustré  par  les  soins  de  mon  père. 

Le  25  prairial  an  2  rép.  (3). 

Barère  aurait  désiré  travailler  avec  Lerebours  sur  les  affaires 
urgentes  des  hôpitaux. 
Les  volontaires  sont  transférés  au  milieu  de  la  chaleur  sur 


(1)  Histoire  de  Robespierre  par  Ernest  Hamel,  t.  HI,  p.  494. 

(2)  W.,  p.  787. 

(3)  i3  juin  1794. 


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9b  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

des  charrettes  découvertes.  Leurs  playes  s'aigrissent  et  s^'cd- 
veniment.  Leurs  douleurs  dans  les  translations  sont  pires 
que  la  mort. 

Les  officiers  de  santé  sont  immoraux  et  contrerévolo- 
tionnaires.  Il  fdut  les  surveiller.  Leur  administration  te 
regarde. 

Fais  exécuter  demain  Tarrêté  relatif  aux  fumiers  agglo- 
mérés autour  des  hospices.  Les  volontaires  blessés  méritent 
les  égards  du  Comité  et  les  soins  de  la  Commission  des  secours 
publics. 

Activité  et  surveillance  :  autrement  les  abus  vont  tout  cou- 
vrir et  tu  ne  pourras  plus  les  détruire. 

Je  t'écris  afin  que  tu  fasses  placer  aux  Incurables  le  dtoj'cn 
Dancour,  homme  de  lettres,  auteur  de  plusieurs  ouvrages 
dramatiques  connus,  et  âgé  de  76  ans.  C'est  un  acte  d'hu- 
manité et  de  justice.  Il  faut  y  ajouter  des  secours  pour  son 
vêtement.  Il  est  dans  le  plus  extrême  besoin. 

Salut  et  fraternité, 

Billaud-Varenne        B.  BarIre 
Robespierre. 

L^auteur  dramatique  Dancourt,  dont  Barère  demandait,  comme  acte 
d'humanité  et  de  justice,  l'admission  aux  Incurables,  avait  joué  long- 
temps  la  comédie  en  province  et  composé  un  grand  nombre  de  pièces, 
dont  plusieurs  avaient  obtenu  le  plus  heureux  succès.  Ce  Dancoort 
avait  aussi,  en  1759,  réfuté  avec  esprit  la  fameuse  lettre  de  J.-J.  Rous- 
seau contre  les  spectacles  (1).  Tant  de  travaux  ne  lui  avaient  point 
acquis  la  fortime  :  il  fut,  sur  Tordre  du  Comité  de  salut  public,  admis 
aux  Incurables,  où  il  mourut  le  29  juillet  1801  (a). 


(i)  La  brocfanre  arait  pour  titre  :  £»-/?.  Daucourt,  arleqmiM  dt  Bertin,  à  J.-J.  Roms- 
Seau,  citoyen  de  Genève. 
(a)  France  littéraire  de  Qu^rard. 


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LE  CARDINAL  JEAN  BALUE 


Dispense  de  manger  des  œufs  et  du  laitage  pendant  le  Carême,  ac- 
cordée, le  26  février  1468  (n.  s.),  par  le  cardinal  Balue,  évèque  d'Angers, 
ministre  de  Louis  XI,  au  bon  roi  René,  duc  d'Anjou. 

Johannes,  miseratione  divina  titulo  sancte  Suzanne  sacro- 

sancte  ecclesie  Romane  presbyter  cardinalis,  Andegavensis 

episcopus  vulgariter  nuncupatus,  illustrissime  atque  dilec- 

tissimo  nobis  in  Christo  domino  Renato,  régi  Jherusalem, 

Sicilie  et  Aragonensi,  ducique  Andegavie,  salutem  in  Domino. 

Sepe  magnatibus,  quorum  labore  et  sollicitudine  tota  patria 

et  respublica  gubernatur,  nonnuUa  conceduntur,  que  ceteris 

personis  nullathenus  veniunt  concedenda,  maxime  cum  ea 

corporis  sanitatem  et  incolumitatem  concernunt.  Cum  igitur 

ex  parte  vestra  nobis  fuerit  humiliter  supplicatum  quatenus, 

pro  vestri  corporis  sanitate  et  pro  evitandis  morbis,  qui  ob 

nimiam  abstinenciam  plerumque  contingere  soient,  vobis 

licenciam  concedendi  lacticinia  et  ova  tempore  quadragesi- 

mali  favorabiliter  concedere  dignaremur,  nos  igitur,  suppli- 

cationibus  vestris  inclinati,   vobis   et  ceteris   personis  de 

familia  vestra,  que  vobis  cibaria  pregustare  consueverunt,  de 

speciali   gracia  concedimus  pro  hujusmodi  vestri  corporis 

sanitate  conservanda  quatenus  tempore  quadragesimali  pre- 

dicto  lacticinia  quecumque  et  ova,  dum  et  quociens  vobis 

expedire  videbitur,  comçdere  possitis  et  valeatis,  non  obstan- 

tibus  statutis,  ordinationibus  et  constitutionibus  in  contrarium 

editis  quibuscumque,  super  quibus  dispensamus  et  ex  causa 

presentibus  quamdiu  vixeritis  in  suo  robore  duraturis.  Datum 

Turonis  sub  sigillo  vicariatus  nostre  ecclesie  Andegavensis 

die  XXVP*  mensis  februarii,  anno  Incarnationis  dominice 

TOME  IV  i3 


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98  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOIIQUES 

millesimo  quadringentesimo  «ezagesùno  sqmmo,  pontifimtm 
sanctissimi  in  Christo  patris  et  domini  nostri  domini  Pisuli, 
divina  providentia  pape  secundi,  anno  quarto. 

Per  dominum  cardinalem, 

HUNAUD. 


Jein,  par  la  miséricorde  divine  cardinal  prêtre  de  la  très-sainte 
Église  romaine  au  titre  de  Sainte-Suzanne,  vulgairement  appelé  érêque 
d'Angers,  à  notre  très-illustre  et  très-cher  en  Jésus-Christ  René,  roi  de 
Jérusalem,  de  Sicile  et  d'Aragon,  et  duc  d^Anjou,  salut  ààns  le 
Seigneur.  Souvent  on  accorde  aux  grands  personnages,  qui,  p^r  tenr  tra- 
vail et  leur  sollicitude,  gouvernent  toute  la  patrie  et  la  chose  publique, 
des  choses  qu'on  ne  concède  nullement  aux  autres  personnes,  surtout 
quand  il  s'agit  de  la  santé  et  de  la  conservation  du  corps.  Or,  comme 
de  votre  part  on  nous  a  humblement  supplié  de  vous  accorder,  pour 
la  santé  de  votre  corps  et  pour  éviter  les  maladies  qui  ont  coutume 
d'arriver  souvent  i  cause  d  une  trop  grande  abstinence,  la  permissioD 
d'user  de  laitage  et  d'œu£i,  pendant  le  temps  du  carême,  nous,  défé- 
rant à  votre  demande,  nous  accordons  de  notre  grâce  spéciale,  à  tous 
et  à  toutes  personnes  de  votre  famille,  qui  ont  coutume  de  manger  avec 
vous,  et  ce,  en  considération  de  la  santé  de  votre  corps,  la  licence  de 
manger,  dans  le  temps  du  carême  susdit,  tous  laitages  et  œufs,  autant 
qu'il  vous  paraîtra  nécessaire,  nonobstant  quelconques  statuts,  ordon* 
nances  et  constitutions  à  ce  contraires,  desqueb  nous  vous  dispen- 
sons par  les  présentes  qui  dureront  unt  que  vous  vivrez.  Donné  à 
Tours  sous  le  sceau  du  vicariat  de  notre  église  d'Angers,  le  26*  jour  do 
mois  de  février,  Tan  de  Tlncamation  mille  quatre  cent  soixante  sept, 
la  quatrième  année  du  pontificat  du  très-Saint-Père  en  Jésus-Christ 
et  notre  seigneur,  le  seigneur  Paul,  par  la  divine  providence  Pape, 
second  du  nom. 

Cette  curieuse  pièce  fait  partie  de  la  collection  de  M.  fienjamm 

Fillon. 


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LE  CARDINAL  DE  RICHELIEU 


Lettre  autographe  signée  du  cardinal  de  Richelieu,  à  la  reine  Marie 
de  Mëdicis,  où  il  Tinforme,  au  nom  de  Louis  XIII,  de  la  tentative  des 
Anglais  pour  secourir  la  Rochelle.  La  rareté  des  autographes  du 
cardinal  de  Richelieu  m'a  induit  à  faire  reproduire  celui-ci,  qui  appar* 
tient  à  M.  Benjamin  Fillon. 

Madame, 

Le  Roy  advertist  Vostre  Majesté  de  la  venue  des  Anglois 
qui  ont  soixante  vaisseaux  de  guerre  et  quatre  vingt  de 
vivres  ou  bruieaux.  Je  la  puis  assurer  qu'avec  Tayde  de  Dieu 
et  le  bon  ordre  que  sa  Majesté  a  donné  à  toutes  choses,  ils 
n'auront  pas  meilleur  succès  de  ce  voyage  qu'ils  ont  eu  des 
deux  premiers.  Ils  auront  le  contantement  de  voir  prendre 
la  Rochelle  sans  la  pouvoir  secourir,  et  le  Roy  la  gloire 
d'estre  venu  à  ses  fins  en  despit  de  ses  ennemis.  Sa  Majesté 
vous  advertira  à  toutesfois  et  quand  il  se  sera  passé  quelque 
chose  de  considérable.  Et  moy,  Madame,  je  demeureray  à 
jamais,  comme  je  doibs. 

De  Vostre  Majesté, 

Madame, 

I        Le  très  humble,  très  obéissant,  très  fidèle  et  très  obligé 

sujet  et  serviteur. 

Le  Gard,  de  Richelieu. 

De  Laleu  ce  29  septembre  1628. 

A  la  Reyne  Mère  du  Roy. 


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GUILLAUME  CHAUVIN 


Guillaume  Chauvin,  escuier,  sieur  Duboais,  conseillier 
et  chambellan  du  duc,  mon  souverain  seigneur  (i),  chancelier 
de  Bretaigne,  certiffions  à  qu'il  appartient  que,  en  nostre  pré- 
sence, maistre  Jehan  de  Paris,  comme  exécuteur  du  testament 
de  feue  madame  d'Estempes  (2},  cui  Dieu  pardoint,a  présenté^ 
livré  et  baillé  à  mondit  seigneur  ung  reliquaire  d'une  espine 
de  la  couronne  nostre  seigneur  Jehu-Crist,  qui  estoit  en- 
châssée en  or  et  bericle,  lequel  reliquaire  madite  feue  dame 
d'Estempes,  par  sondit  testament,  avoit  ordonné  estre  baillé 
à  mondit  seigneur,  ou  ung  autre  reliquaire  de  la  foille  de 
lorier  où  monseigneur  Saint-Jehan  escrivit,  au  choais  de  mon- 
dit seigneur.  Lequel  a  choaisi  et  prins  le  reliquaire  de  ladite 
espine,  et  Ta  baillé  à  Jehan  Duboais,  son  trésorier  de  Tes- 
pargne,  pour  le  mectre  oudit  trésor.  Et  pour  valoir  et  servir 
audit  de  Paris,  nous  lui  avons  baillé  ceste  certifficacion  soubz 
nostre  seign  manuel  le  xviii*  jour  de  juign  l'an  mcccc  soixante- 
seix. 


(\J^ 


Cette  pièce  fait  partie  de  la  collection  de  M.  B.  Fillon. 

(i)  François  II,  duc  de  Bretagne. 

(a)  Mtrgoerite  d'Orlétns,  fille  de  Lonis  d'Orléaot,  assassiné  rue  Barbette,  femme  de 
Richard  de  Bretagne,  comte  d'EsUmpes,  morte  le  34  avril  1466. 


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HENRI  II  &  LE  PAPE  PAUL  IV 


AMBASSADE  A  ROME  DE  PHIUBERT  BABOU  DE  LA  BOURDAISIÈRE, 
évâQUE    d'aNGOULÊME.  —   MORT    DE    IJl   REINE    d'aNGLBTERRB    MARIE 
ET  AViMEMENT  DE  SA  SŒUR  LA  GRANDE  ELISABETH.  —  NÉGOÇIin^fO^IC  % 
AVEC  LE  ROI  d'eSPAGNB  PHIUPPE  II.  '•-'  *  '*  * 


En  i558  Jean-Paul  de  Selve  (i),  ambassadeur  de  Henri  II  à  Rome, 
fut  rappelé  et  remplacé  par  Philibert  Babou  de  La  Bourdaisière,  évéque 
d'Angoulème  (a).  Ce  dernier  partit  au  mois  d'avril,  emportant  des 
instructions  qui  lui  avaient  été  remises  a  Fontainebleau  le  i3  du 
même  mois.  Ces  instructions  se  terminaient  ainsi  : 

Au  demeurant  il  aura  Toeil  et  prendra  sur  tout  garde  qu^il 
ne  se  face  ny  innove  auchune  chosse,  quelque  petitte  qu^elle 
soit,  contre  et  au  préjudice  des  privilèges  de  Téglise  gallicane 
et  des  concordatz  et  indulz  concédez  aux  roys  de  France  par 
les  papes  et  le  saint-siège  appostolique  (3). 

L'évéque  arriva  le  i8  mai  à  Rome  et  écrivit,  pour  la  première  fois, 
au  Roi  le  28  du  même  mois.  Il  confia  sa  lettre  et  des  instructions  par- 

(1)  n  éuit  fils  de  Jeta  de  Selfe,  qui  fut  un  des  magistrats  les  plus  illustres  du  règne  de 
François  !•*  et  qui  mourut  en  i  Sag,  tprès  tvoir  rempli  plusieure  négociations. 

{2)  Né  en  i5i3,  de  Philibert  Btbou,  argentier  et  conseiller  du  Roi,  surintendtnt  des 
finances  de  la  raine  Eléonore.  n  eut  pour  frères  Jean,  grand  maître  de  rartillerie,  sous 
Charles  IX,  et  Jacques,  évêque  d'Angoulême.  Ce  dernier  éunt  mort  en  i533,  Philibert  lui 
succéda  dans  son  érêcbé. 

0)  Uévéque  d'Ângoulême,  d'après  le  Dictiomiaire  de  Moreri,  avait  laissé  un  recueil  de 
ses  négociations.  J'ai  recherché  ce  manuscrit,  et  je  Tai  trouvé  à  la  Bibliothèque  nationale, 
dans  le  Fonds  français,  où  il  est  coté  sous  le  n«  3 103.  Je  me  suis  amplement  servi  de  ce 
prédeux  racneil  où  l'ambassadeur  a  raproduit  toutes  ses  dépêches.  Les  instructions  don- 
nées 1  l'évéque  figurent  au  fol.  II. 


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103  KEVUB  DES  DOCUMENTS  HISTOIUQUES 

ticolières  à  M.  de  Selve,  qui  rentrait  en  Fnnce.  Il  se  borntit  à  prévenir 
le  Roi  que  son  premier  soin  arait  été  €  de  baiser  une  fois  le  pied  aa 
Pape  et  parler  par  deux  fou  au  cardinal  Caraffe  (i).  » 

La  chaire  de  Saint-Pierre  était  alors  occupée  par  le  pape  Paul  IV  (2), 
qui  avait  pour  premier  ministre  son  neveu  le  cardin^  Carlo  Carafi^  (3). 
Une  haine  commune  pour  l'empereur  Charles-Quint,  qui  opprimait 
ritalie,  avait  été  la  cause  de  l'élévation  au  cardinalat  de  Cario  Cani£^ 
qm,  jusqu'alors,  avait  suivi  la  carrière  des  armes  (4).  Allié  aux  Français, 
Paul  IV  ne  fut  pas  heureux  dans  sa  lutte  contre  les  Espagnols  ;  me- 
nacé dans  Rome  même  par  le  duc  d'Albe,  d^agé  d'abord  par  k  duc 
•  de  ;Guisè,  ^puis  abandonné  par  celui-ci  après  le  désastre  de  Saînt- 
'QueinfioV^^  <lut  renoncer  à  son  projet  de  délivrer  lltalie  de  l'oppression 
•/étrangire.ef  conclure  la  paix,  le  14  septembre  1557.  Dès  lors  il  suivît 
'  une  poliuqâe'  d'apaisement  et  de  conciliation,  ménageant  i  la  fbb  le 
roi  Henri  H,  qui  avait  ses  sympathies,  et  le  nouveau  roi  d'Espagne, 
Philippe  II,  fort  de  ses  récentes  victoires.  Il  se  laissait,  d'ailleurs,  do- 
miner par  son  neveu,  dont  les  deux  souverains  recherchaient  activement 
les  bonnes  grâces  et  l'appui.  C'est  dans  ces  circonstances  que  Philibert 
Babou  de  La  Bourdaisière  fut  envoyé  à  Rome.  Sa  situation  était  des 
plus  délicates,  et,  tout  d*abord,  il  reconnut  Timpuissance  du  Pape, 
mené  par  ses  conseillers  et  d'une  santé  chancelante,  et  la  fiusseté  du 
cardinal  Carafs  et  d'un  de  ses  frères,  le  duc  de  Paliano  (5),  qui  partageait 
avec  lui  le  pouvoir.  L«'ambassadeur  ne  cacha  pas  ces  sentiments  à  son 
souverain,  et,  après  lui  avoir  d'abord  mandé  le  bon  vouloir  témoigné 
par  Paul   IV  â   son  égard  (6),  il  lui  écrivit,  le   11  juillet  i55$,  une 


(1)  Négû€Uiious,  toi.  IV  v. 

(a)  Gianpietro  Cartf^  né  à  Cipriglio  U  s8  fou  1476,  cardioal  en  iS36,  (ut  élu  ptpe 
le  s3  mai  i555,  et  prit  le  oom  de  Paul  IV. 

(3)  Il  était  né  à  Naplet  le  29  man  1 5 17  et  avait  suivi  d*abonl  la  carrière  rallîtaire.  n 
ut  oonimé  cardinal  par  ton  oncle  Paul  TV  ea  i555.  ->  Les  biographes  écrivent  ton  nom 
Csr^féf  mais  la  cardinal,  ainsi  que  je  l'ai  vérifié  sur  des  autographes  de  hii  (Bibl.  nat., 
F.  Fr.  3117,  fol.  3  à  17).  signait  Cêr^a. 

(4)  Cf.  HiHo^retfcijMjMtdaLéopoldlUnka.— Carlo  Caraù  avait  servi  ks  Espagnols, 
mais  il  les  avait  quittés  après  ea  avoir  reçu  nn  alfront  {Dictioimaire  des  CardiMâMX^ 
collection  Migne.) 

(5)  J*ai  vérifié  l'orthographe  de  ce  nom  sur  une  lettre  du  duc  mène.  (Bibl.  nat.,  F.  Fr. 
3117,  fol.  19.) 

($)  Lettre  du  11  juin  i558  {Négociations,  fol.  V  v«).  L'original  est  çooservé  à  la 
Bibliothèque  nationale  (F.  Fr.  3i38,  fol.  3a).  —  Entre  cette  lettre  et  la  dépêche  da 
i3  juillet  l'évêqne  d'Angonlène  écrivit  au  Roi  trois  autres  lettres  qui  parlent  des  Turcs, 
dont  la  flotte  était  alors  sur  les  côtes  d'Italie. 


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HENRI  IL  ET  LE  PAPE  PAUL  IV  Io3 

dépêche  confidentielle  et  circonstanciée  sur  les  intrigues  de  la  cour  de 
Rome(i).  Il  commençait  ainsi  : 

Sire,  depuis  le  partement  de  M'  de  Selve  je  vous  ay 
ordinairement  escrip't  tant  par  la  voye  de  Venize  que  autres 
moyens  qui  se  sont  présentez,  ne  voyant  rien  qui  méritast 
despesche  plus  expresse  jusques  à  présant  qu'il  m'a  semblé 
vous  devoir  despescher  le  présant  porteur  M'  de  Manne  (2), 
à  ce  que,  tant  par  escrit  que  de  vive  voix  les  occurences  de 
ceste  court  soient  représentées  à  vostre  Majesté  pour  en  faire 
tel  jugement  et  résolution  que  bon  luy  semblera  pour  le  bien 
de  ses  affaires. 

L'évéque  d'Ângouléme  parle  ensuite  des  levées  de  gens  de  guerre  qui 
ont  lieu  à  Rome,  lui  mande  ce  qu'on  lui  a  dit  de  plusieurs  côtés  tou- 
chant les  projets  de  Philippe  II  qui,  voyant  que  rien  de  ce  que  le  car- 
dinal Cara&  lui  avait  promis  ne  se  faisait,  aurait  donné  l'ordre  à  Marc* 
Antoine  Colonna  de  recouvrer  son  état,  «  par  subtilité  ou  par  force». 
Les  Carafa  ne  sont  pas  plus  contents  des  Espagnols  que  des  Français, 
€  et,  voyant  qu'ilz  ne  peuvent  faire  leur  profilt  ni  des  uns  ni  des  autres, 
ils  se  délibèrent  de  s'enrichir  le  plus  quUls  pourront  sur  les  leurs  mes« 
mes  et  faire  en  sorte  que,  advenant  la  mort  de  leur  oncle,  ilz  se  trou* 
vent  saisis  d'une  bonne  somme  d'argent,  puisqu'ils  n'ont  autre  moien 
de  faire  leurs  affaires.  »  (Ici  le  feuillet  XI  du  manuscrit  manque  et  em- 
pêche de  connaître  les  détails  de  la  première  partie  d'une  conversation 
que  l'évêque  d'Ângouléme  eut  avec  le  cardinal  Carafa  le  4  juillet  i558). 
Le  cardinal  Cara^  termine  en  disant  «  qu'il  ne  fist  jamais  acte  de  fait 
ne  de  paroUe  par  lequel  l'on  peult  dire  qu'il  ne  vous  feust  aussy  fidelle 
et  affectionné  serviteur  qu'il  a  jamais  monstre  d'estre.  »  —  Le  5  juillet 
Tévéque  eut  une  audience  du  Pape,  où  il  fut  question  du  duc  d^Urbin. 
—  Le  duc  de  Paliano  est  venu  réclamer  sa  pension  et  a  protesté  de  sa 
fidélité  et  de  celle  de  son  frère  le  cardinal  au  Roi  et  de  son  désir  d'entrer 
au  service  de  la  France,  après  la  mort  du  Pape.  —  Le  bruit  qui  a 
couru  que  le  Pape,  à  cause  de  sa  faiblesse  et  de  son  âge,  ne  pouvait 


(I)  Négociations,  fol.  X  à  XV. 

(3)  Le  protbonotaire  Manne  fut  plasieors  fois  dép6ché  de  Rome  en  Franceet  réciproque* 
surtoat  quand  on  a?ait  besoin,  dans  les  moments  difficiles,  d'un  agent  sûr  et  adroit. 


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I04  REVUE  DBS  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

plus  Taqoer  à  ses  sffdres,  est  fiinx*  On  ne  peut,  à  U  Térité,  troîr  «o- 
dience  de  sa  Sainteté  que  par  le  cardinal  Carafi  qui  est  tellement  crmtt 
de  ceux  qui  sont  auprès  du  Pape  qu'ils  n'oseraient  introduire  persoaae 
sans  Tassentimeot  du  cardinal.  €  Et  en  ce  consiste  la  plus  part  de  la 
puissance  dudit  cardinal  que  peu  de  gens  approchent  de  son  oncle  qaHs 
n'ayent  premièrement  conféré  areçques  luy  les  propos  qu'ils  ont  à  lui 
tenir.  Autrement  on  n'y  serott  pas  reçu  la  seconde  fois,  qui  l'aurcnt 
trompé  la  première.  Si  est  ce  qu'il  eschappe  tousjours  quelqu\ui  qu 
dit  quelque  chose  qui  réveille  le  bon  homme  et  le  fait  crier  et  prendre 
garde  à  tenir  la  bride  à  ceux  qui  le  cuident  gouTemer.  Sire,  quant  â  la 
santé  de  nostre  Saint  Père,  il  n'est  pas  possible  qu'il  y  ait  grande  seureté 
en  Taage  où  il  est.  Touttesfoix  pour  cest  heure  il  se  porte  bien,  et  le 
trouve  bien  amendé  depuis  que  je  suis  par  deçà.  »  —  L'archevêque  de 
Sienne  sollicite  du  Roi  la  pension  qu'avait  fou  son  frère,  Mario  Ban- 
dini.  Le  cardinal  d'Arceli  a  écrit  aussi  pour  le  payement  de  sa  pension. 
€  Sire,  il  y  a  cinq  de  ces  pauvres  Siennois  qui  n'ont  autre  chose  de 
quoy  vivre  que  la  pension  qu'il  vous  plaist  de  leur  donner,  de  la- 
quelle n'estans  point  paiex,  comme  iU  ne  sont  depuis  quelque  temps, 
me  font  infinies  plaintes  de  leur  misère,  de  laquelle  je  supplie  Vostre 
Majesté  d'avoir  compassion  et  leur  survenir  sellon  sa  bonté  infinie.  » 

Cette  dépêche  parvint  au  roi  vers  le  3  août.  Le  jour  même  où  elle 
avait  été  écrite,  Tarmée  française,  sous  les  ordres  du  maréchal  de 
Termes,  avait  été  défaite  &  Gravelines.  Ainsi  tout  l'avantage,  qu'on 
aurait  pu  retirer  de  la  prise  de  Thionville  (i),  était  perdu.  Henri  II  se 
rapprocha  alors  du  duc  de  Guise  et  vint  à  Marchais,  village  situé  à  six 
lieues  de  Chftteau-Thierry.  C'est  de  là  qu'il  envoya,  le  i3  août  i558,  à 
l'évêque  d'Angoulême  la  dépêche  suivante,  qui  est  en  partie  chifirée  (a)  : 


(i)  ThiooviUe  fat  pris  par  le  doc  de  Gnite  le  ss  juin  i558.  Baboa  de  Là  Bonrdaitièie 
n*eut  conmUtincc  de  cet  heureux  succès  que  vers  leao  juillet  (Voir,  dans  les  NégocûUionSf 
la  lettre  du  34  juillet,  fol.  XV  ▼«,  où  il  raconte  une  coavtrtation  qu'il  «it  avec  le  cardinal 
Carafa  sur  la  prise  de  ThiooviUe).  —  Notons  qu'un  frère  de  févêque  d'Angoulême,  nommé 
Léonor,  se  conduisit  bravement  à  ce  siège  et  y  fut  tué.  (Cf.  Mémoirtt  de  VieillenUe 
coU.  Michaud.  p.  166.) 

(a)  L'original  de  cette  dépflche  fait  partie  de  la  collectkm  de  M.  Benjamin  FiUoa.  Dans 
les  Uttres  et  mémoires  d'estat  de  Guillaume  Ribier  (Paris,  1666,  a  toL  in-fol.,  t.  II, 
p.  767),  on  trouve  imprimée  uoe  partie  de  cette  lettre  depuis  le  passage  :  fay  déjà  Umt 
expérimenté  let  saillies,  jusqu'à  ces  mots:  4/fii  de  la  suivre  au  plus  près  que  vous 
pourrez.  Je  la  reproduis  ici  pour  la  première  fois  dans  son  intégrité.  Il  convient  de 
remarquer  que  le  recueil  des  Négociations  ne  contient  aucune  des  dépêches  de  Henri  II. 


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HENRI   II  ET  LE   PAPE  PAUL   IV  I05 

Mons*"  d'Angoulesme,  j'avoys  tousjours  actendu  à  vous 
faire  responce  sur  aucunes  particularitez  dont  le  s'  de  Selve, 
à  son  retour  devers  moy,  me  parla,  selon  le  contenu  en 
certain  mémoire  que  vous  luy  aviez  baillé,  jusques  à  ce  que 
j'eusse  conféré,  comme  j'ay  faict,  avec  mon  cousin  le  duc  de 
Guise,  estant  venu  en  ce  lieu  pour  veoir  mon  armée,  vous 
ad  visant  qu'il  y  a  environ  neuf  ou  dix  jours  que  le  protho- 
notaire  Manne  est  arrivé  devers  moy  avec  vostre  dépesche 
du  XIIIP  du  mois  passé,  que  j'ay  entendu  lire  de  mot  à  mot, 
ensemble  la  lettre  que  vous  aviez  escripte  de  vostre  main  à 
mon  cousin  le  cardinal  de  Lorraine,  touchant  les  propoz  que 
vous  a.  tenuz  nostre  saint  Père  (i),  oultre  ce  que  m'en  a  dit  à 
bouche  ledit  prothonotaire  Manne.  Et  par  là  je  veulx  com- 
mencer à  vous  respondre,  pour  ce  que  c'est  le  poinct  le  plus 
preignant  et  important  entre  tous  les  autres  de  vostredite 
dépesche,  vous  advisant,  Mons*"  d'Angoulesme,  que  j'ay  desjà 
tant  expérimenté  (2)  les  saillies,  passions,  collères  et  légièretez 
de  ce  pape,  et  m'a  si  cher  cousté  à  les  congnoistre  pour  me 
y  conformer,  qu'il  me  semble  avec  bonne  et  juste  occasion  je 
m'en  doiz  retirer  et  contenter  sans  plus  me  y  laisser  aller, 
car  quant  je  me  vouldrois  tant  oublyer  que  de  continuer  à 
suyvre  et  courre  leur  fortune,  j'ay  assez  d'autres  choses  plus 
importantes  à  faire  par  deçà  pour  me  retenir  et  m'engarder. 
Et  puis  en  ung  vieil  homme  et  en  gens  nécessiteux,  comme 
sont  lesdictz  nepveuz  et  toute  leur  maison,  il  n'y  a  jamais 
grande  ressource.  Touteffois  je  veux  bien  advouer  et  con- 
fesser qu'il  est  nécessaire  de  les  entretenir  tousjours]en  bonne 
bouche  pour  ne  les  perdre  du  tout,  tant  et  si  peu  que  ce 

(i)  Cette  lettre  au  cardinal  de  Lorraine,  datée  du  i5  juillet  1 558,  a  été  publiée  dans  les 
^ires  et  mémoires  (testât  de  Guillaume  Ribier,  t.  II,  p.  763.  L'évêque  d'Angoulême 
mande  au  cardinal  de  quelle  manière  le  Pape  a  pris  l'action  du  duc  d'Urbin  ;  il  parle  de  la 
Wgne  des  ducs  de  Ferrare,  Florence,  Farnèse  et  Urbin,  du  désir  qu'a  sa  Sainteté  de  les 
châtier,  avecle  secours  du  Roi,  et  de  s'emparer  de  leurs  états,  du  danger  que  court  le 
cardinal  Carafa  d'être  mal  des  deux  côtés,  à  cause  de  ses  engagements  avec  le  ro 
Philippe  II,  etc. 

(2)  C'est  ici  que  commencent  les  chiffres.  Une  traduction  est  jointe  à  l'origiflal. 
TOME  IV  14 


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Io6  REVUE  DES  DOCUIfENTS  fUSTOUQUES 

pontifficat  pourra  durer,  car  ilz  sont  tendans  la  main  à  ung 
chascun  pour  se  laisser  i  qui  plus  leur  Touklra  donner,  afin 
de  se  haster  de  proufficter  au  mieulx  qu'ilz  pourront  de  ce 
pape,  d'avant  que  ce  bon  homme  preigne  congé  du  monde; 
et  ne  leur  chault  à  quelz  dépens  ce  puisse  estre;  mais  il  les 
fault  payer  de  mesme  monnoye,  leur  donner  vent  pour  vent, 
et  les  contenter  de  belles  paroUes,  remectant  toutes  choses 
au  temps  et  à  l'occasion  plus  à  propoz  qu'ilz  ne  sont.  De  pré- 
sent, pour  ce  que  je  ne  puis  avoir  les  moyens  de  entendre  en 
tant  de  lieux,  chargé  comme  je  suis  de  despenses  incroyables 
et  insupportables  aussi  que  ces  deuz  grosses  et  puisantes 
armées  que  nous  avons  aux  champs,  le  roy  Philippes  et  moy, 
ne  se  pourront  peult  estre  deppartir  sansse  mesler  et  venir  à 
ung  accord,  dont  se  pourra  ensuyvre  que  celluy  qui  demou- 
rera  victorieulx  donnera  la  loy  au  vaincu  (i),  espérant  bien 
que,  si  Ton  doit  parvenir  à  la  victoire  par  la  grandeur  et  supé- 
riorité des  forces,  joingtes  avec  le  bon  droit,  je  ne  pu^  avec 
l'ayde  de  Dieu,  sinon  avoir  l'issue  de  ceste  guerre  à  mon 
advantaige,  et  selon  ce  que  sainctement  je  désire.  Et  lors  il  sera 
temps  avec  ceste  bonne  occasion  d'entendre  et  adviser  {2)  sur  les 
ouvertures  que  vous  a  faictes  le  pape  tant  du  duc  d^Urbm 
que  des  autres  qu'il  vous  a  nommez  par  son  discours.  Voylà, 
ce  me  semble,  ce  que  vous  luy  povez  dire  et  remonstrer 
là-dessus,  vous  venant  à  demander  si  vous  aurez  eu  response 
de  moy,  et  encore  y  pourrez-vous  adjouster  ce  que  vous 
congnoistrez  estre  à  propos,  luy  parlant  quelquefois  comme 
de  vous  mesmes,  et  une  autre  fois  comme  ayant  lettres  de 
moy,  remectant  tousjours  les  conclusions  à  m'en  advertir  pour 
sçavoir  mon  vouloir  et  intention  sur  ce,  affin  de  gaigner  le 
temps  et  le  laisser  couUer,  pour  ce  pendant  les  tenir  en  office, 
ce  que  vous  sçaurez  très  bien  faire,  car,  conune  vous  dictes,  ilz 

f  i)  Le  pAssage  taivant  D*est  pat  chitlté. 
(3)  Les  chiffres  recommencent  ici. 


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HENRI   II  ET  LE   PAPE   PAUL  IV  IO7 

sont  bien  eifepeschez  en  leurs  desseings  pour  ne  sçavoir  à 
quel  sainct  ilz  se  doivent  vouer,  congnoissans  d'ung  costé 
la  froideur  et  durté  cspaignoUe  et  d'autre  le  peu  d'occasion 
que  )'ay  de  me  contenter  d'eux  et  l'obligation  qu'ilz  ont 
envers  moy,  mais  sur  tout  il  ne  fault  pas  faillir  de  les  asseurer 
tousjours  de  la  continuation  de  ma  bonne  volunté  et  sin- 
gulière affection  envers  eulx  et  la  grandeur  de  leur  maison  (i). 
Et  au  reste  je  remectz  à  vous  et  à  vostre  suffisance  la  con- 
duicte  et  direction  de  ceste  négociation,  sur  laquelle  je  vous 
ay  bien  voulu  rendre  cappable  de  mon  intencion,  affin  de 
l'ensuivre  au  plus  près  que  vous  pourrez. 

Quant  à  la  pension  qui  est  deue  au  duc  de  Paliane,  vous 
luy  pourrez  bien  dire  ce  que  luy  mesmes  il  vous  a  confessé, 
que  la  saison  n'est  mainctenant  à  propoz  de  me  presser  de 
telles  debtes,  veu  les  grans  affaires  et  insupportables  despenses 
que  j'ay  sur  les  bras;  mais  que  je  luy  prie  d'avoir  pascience 
et  qu'il  n'y  perdra  ung  seul  escu,  s'asseurant  que  ce  luy  est 
autant  de  bled  en  grenier;  et,  au  regard  des  honnestes  parolles 
qu'il  vous  a  portées  de  l'asseurance  que  je  doiz  avoir  de 
luy,  et  de  la  dévotion,  affection  et  servitu  qu'il  me  veult  per- 
pétuellement porter,  vous  luy  rendrez,  avec  honnestes  remer- 
cyemens,  l'échange  de  sa  courtoysie. 

En  tant  que  touche  la  résignation  que  veult  faire  le  cardinal 
Caraffe  de  son  évesché  de  Comminges  (2)  en  faveur  de  Julian 
de  Medicis  (3),  vous  povez  bien  penser  à  quelle  occasion 

i)  Les  passages  suivants  ne  sont  pas  chiffrés. 

(3)  Le  cardinal  Carafa  avait  obtenu  du  roi  Henri  II  l'évôché  de  Comminges  vers  i557  . 
nne  figure  pas  cependant  dans  la  liste  des  évéques  de  Comminges,  publiée  dans  le 
Dictionnaire  de  statistique  religieuse  àtXtibhé  M  igné,  où  il  existe  une  lacune  entre 
Jean  Ul  Bertrand,  évéque  de  i55i  à  i557,  et  Pierre  III  d*Albret  qui  n'occupa  ce  siège 
qu*en  i56f.  Le  nom  de  Carlo  Carafa  doit  la  combler,  car  c'est  pendant  cette  période  que 
ce  cardinal  fut  —  mais  nominativement  seulement —évéque  de  Comminges.  Retenu  à  Rome 
par  ses  fonctions  auprès  du  Pape,  il  ne  résida  jamais  dans  son  diocèse. 

(3)  GiuUano  di  Medici,  fils  de  Pier-Francesco  II,  gonfalonier  de  Florence,  devint  succes- 
sivement évéque  de  Béziers  (i  36 1),  archevêque  d'Aix  (iSyi)  et  évéque  d'Albi  (1574),  et 
niourat  le  3S  juillet  i388. 


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I08  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

et  soubz  quel  prétexte  il  désire  faire  ladite  résignatioai  laquelle 
je  ne  veulx  aucunement  pennectre  ne  accorder^  mais  sans 
faire  semblant  de  riens  (i).  Vous  luy  direz  que  je  pense  bien 
que  la  volume  qu'il  a  de  se  defiaire  dudit  évesché  n'est  que 
pour  recouvrer  des  abbayes,  et  que  en  cella  il  y  aura  mojren 
de  le  povoir  gratifier,  advenant  parde<;a  l'occasion  de  vaoqoa- 
cion  de  quelzques  bonnes  abbayes  dignes  de  luy  et  jusques  à 
la  valleur  dudit  évesché  ou  davantaige,  si  le  cas  se  y  ofErc, 
dont  je  ne  fauldray  avoir  bonne  mémoire  et  souvenance. 

Je  suis  après  à  faire  regarder  à  la  dépesche  de  messire  Roch, 
agent  du  Conte  de  Pedllan  (2),  touchant  la  vérification  des 
parties  qu'il  demande,  avec  assignement  du  remboursement. 
Parquoy  vous  direz  audit  conte  que  je  le  prie  bien  fort  d'avoir 
pascience  jusques  au  retour  dudit  messire  Roch  devers  luy, 
estant  bien  asseuré  que  je  feray  tout  ce  que  je  pourray  pour 
le  contenter,  mais  il  n'y  a  homme  en  France  ne  en  Italye  qui 
ne  sache  bien  les  affaires  que  j'ay  de  présent  à  démesler. 

Vous  direz  aussi  au  cardinal  d'Imola  que  les  gens  de  mes 
courtz  de  parlementz,  voyant  l'entière  destruction  et  ruyne 
des  bois  et  forestz  des  bénéfices  de  ce  royaume,  m'ont  fait 
certaines  remonstrances,  sur  lesquelles  je  leur  ay  accordé  de 
ne  plus  permectre  aucunes  couppes  ne  ventes  de  boys  deppen- 
dans  desdits  bénéfices,  au  moyen  de  quoy  je  luy  prie  prendre 
de  bonne  part  si,  pour  ceste  occasion,  je  ne  le  puis  gratifier 
en  la  requeste  qu'il  m'a  faicte  par  semblable  effect. 

Quant  à  la  plaincte  que  font  les  Cardinaulx  pensionnaires 
pour  avoir  paientent  de  ce  qui  leur  est  deu  de  leurs  pensions, 
il  n'est  riens  si  certain  qu'ilz  ont  juste  occasion  d'eulx  plaindre, 
et  ne  sçay  comme  les  prélatz,  sur  lesquelz  lesdites  pensions 

(i)  Ce  dernier  membre  de  phrase  est  chiffré. 

{2)  Le  comte  Nicolas  de  Petillan,  partisan  de  la  France,  chevalier  de  Tordre  du  Roi, 
avait,  en  1 5  Sy,  été  accusé  d'intelligence  avec  les  Espagnols  et.  pour  ce  fait,  emprisonné.  Son 
procès  fut  instruit,  et  le  comte  fut  mis  en  liberté  au  commencement  de  i558.  (Cl.  dépêches 
de  M.  de  Sclve  dans  les  Lettres  et  mémoires  d'Estat  de  Guillaume  Ribier.  t.  11,  p.  670, 
710  cl  71 5. 


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HENRI   II   ET  LE   PAPE   PAUL   IV  IO9 

leur  ont  esté  constituées,  sont  si  peu  respectueux  et  négligens 
de  satisfaire  à  leur  devoir.  Sur  quoy  vous  povez  asseurer  les- 
dits  Cardinaulx  que  je  ne  fauldray  à  y  pourveoir  et  donner 
ordre,  en  sorte  qu'ilz  auront  cause  d'euix  en  contanter.  Mais 
il  sera  bon  que  vous  prenez  par  mémoire  de  ung  chascun 
d'eulx  ce  qui  leur  peult  estre  deu  desdites  pensions  et  sur 
qui  ilz  sont  assignez,  et  en  .m'envoyant  par  vous  lesdits 
mémoires  je  ne  fauldray  à  les  faire  satisfaire,  comme  la  raison 
le  veult.  Bien  les  pourrez-vous  advenir  que  aucuns  desdits 
prélatz  débiteurs  desdites  pensions  remonstrent  qu'il  est  rai- 
sonnable que  sur  icelles  Ton  deSalque  au  prorata  les  décimes 
qu'ik  paient. 

J'ay  veu  le  pourtraict  que  vous  m'avez  envoyé  de  celluy  qui 
propose  l'entreprinse  de  Naples,  à  quoy  pour  ceste  heure  je 
ne  vous  puis  faire  autre  response,  sinon  qu'il  fault  prendre 
sa  bonne  volunté  pour  effect,  car  vous  povez  penser  le  peu  de 
moyen  que  nous  avons  mainctenant  d'y  entendre,  oultre  ce 
que  la  saison  s'approche  et  que  l'armée  turquesque  se  vouldra 
retirer  sans  avoir  jusques  icy  faict  aucun  effect,  dont  n'ay  occa- 
sion de  me  louer  (i),  qui  est  tout  ce  que  j'ay  à  vous  dire  pour 
ceste  heure,  vous  ayant  envoyé  par  le  courrier  Gobir  tout  ce 
que  nous  avons  de  nouveau,  dont  à  toutes  advantures  je  vous 
ay  bien  voulu  faire  faire  ung  dupplicata,  priant  Dieu, 
Mons^  d'AngouIesme,  qu'il  vous  aict  en  sa  très  saincte  et  digne 
garde.  Escript  à  Marchaiz  le  XIIP  jour  d'aoust  i558. 

HENRY.  ^      DUTHIEK. 

Mons'  d'AngouIesme,  je  ne  faiz  point  pour  ceste  heure  de 
dépesche  à  mon  cousin  le  s"*  domp  Francisque  d'Est  (2),  mais 

(i)  Tout  cî  passage  est  chiffré. 

(2)  Francesco  d'Esle,  marquis  de  Massa,  fils  d'Alfonso  I  et  de  Lncrezia  Borgia,  mort  le 
23  février  i  SyS.  Cétait  an  des  fidèles  conseillers  de  Henri  II.  car,  dans  les  instruc- 
tions données  à  l'évêque  d'Angoaléme,  on  lit  ce  passage  caractéristique  :  t  Aiant 
edîtevcsque  esté  quelques  jours  à  Rome,  s'il  voit  que  les  affaires  du  Roy  le  permettent, 
ponra  faire  un  voiaige  en  poste  à  Montalchin  pour  conférer  avec  le  sieur  Dom  Francesque 
d'E«t  de  toutes  choses  concernans  le  service  de  sa  Majesté.  » 


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1  10  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQtES 

e  VOUS  prie  ne  faillir  de  luy  faire  entendre  ce  que  voas  verrci 
estre  à  propoz  du  contenu  cy  dessus,  luy  envoyant  ung  double 
du  sommaire  de  mes  affaires  et  occurrances*,  ensemble  de  k 
Ibte  des  forces  qui  sont  en  mon  armée,  et  Tadvertissez  aa 
surplus  comme,  par  ce  que  m'a  dit  mon  cousin  le  grant  pneur, 
il  a  donné  ordre  de  faire  bailler  une  bonne  et  seure  galaire, 
avec  une  autre  de  conserve,  jpoxir  poner  l'argent  ordonne 
pour  l'extraordinaire  de  la  Tuscane,  sur  quoy  il  poum 
prendre  ce  qui  luy  est  deu  de  son  estât  Et  au  decaourant 
vous  ne  fauldrez  de  communicquer  au  cardinal  du  Bellay  (il 
ce  que  je  vous  escriptz  tant  de  Testât  de  mes  afEùres  et  occur- 
rances  que  aussi  la  liste  que  je  vous  envoyé  de  mes  forces. 

A  Mons'  révêque  d'AngouIesme,  mon  conseiller,  mastrc 
des  requestes  ordinaire  de  mon  hostel  et  ambassadeur  auprès 
de  nostre  Saint  Père  le  Pape. 

Au  dos  on  lit  cette  cote  : 

Le  Roy,XIIPaoust  i558.  Receuele  XXVIIPdudit  mois. 

Ce  fut,  en  effet,  le  28  août  i558,  à  une  heure  du  matin,  qu'un  gen- 
tilhomme du  cardinal  Du  Bellay  remit  la  dépêche  royale  aux  mains 
de  révêque  d'Angouléme.  Celui-ci  n*y  répondit  que  le  5  septembre 
suivant  (2)  et  manda  au  roi  les  bruits  qui  avaient  couru  à  Rome,  le 
27  août,  de  la  mort  du  Pape,  et  le  démenti  donné  à  cette  rumeur  par 
l'annonce  faite,  le  lendemain  28,  d'une  audience  publique  du  Saint- 
Père  pour  le  3o.  Il  continua  en  ces  termes  (3)  : 

(1)  Lt  cardinal  Jeao  Do  Bellay  avait  qniné  la  France  après  la  mort  de  François  W  et 
t'était  retiré  à  Rome,  où  il  éuit  doyen  du  sacré  collège  et  où  il  moamt  le  16  férrier  i56o. 

(2)  Entre  la  dépêche  du  14  juillet  et  celle  du  S  septembre  on  en  trouve  ptasieors  autres 
dans  1«  recueil  des  Négociations.  Celle  du  i3  ao^t  (fol.  XVII  y)  est  partioillèrciMBt 
curieuse  par  le  rédt  du  Consistoire  tenu  par  le  Pape.  •  Il  ne  parla,  dit-il,  que  d'un  bré- 
viaire nouveau  qu'il  veult  que  nous  suivions,  de  la  translation  de  la  feste  saint  Domtniqoe 
et  de  la  réformation  de  la  vy«  des  cardinaux,  ansqnels  il  promost  bien  de  les  cbastier  si, 
après  ceste  dernière  monition,  eux-raesmes  ne  se  corrigeoienL  »  —  On  voit,  par  ce  passage, 
combien  les  mœurs  des  princes  de  l'Eglise  étaient  relÂchc^es  à  cette  époque:  les  neveux  da 
Pape,  i  l'insu  de  ce  vieillard,  donnaient,  d'ailleurs,  le  plus  triste  cxeoM^c  d'une  vk 
débauchée. 

3  NégociattonSy  foU  XXI  r«. 


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HENRI  II   ET  LE  PAPE  PAUL  IV  III 

Le    mesme  jour  à  une  heure    de  nuit  je  receuz  vostre 
depesche  du  XIII*  d'aoust  apportée  par  Niquet  à  Ferrarc  et 
de  Ferrare  icy  par  un  gentilhomme  de  M.  le  cardinal  du  Bellay 
à  qui  ledit  Niquet  la  bailla.  Sire,  le  jour  ensuivant  XXIX*  du 
passé,  je  fei?  par  plusieurs  fois  chercher  le  cardinal  Caraffe 
pour  luy  dire  que  j'avois  lettres  de  vostre  Majesté,  desquelles 
je  désirois  luy  faire  entendre  le  contenu;  mais  il  ne  fut  pos- 
sible toutte  ceste  journée  là  de  le  trouver.  Je  fiz  semblable 
dilligence  et  pour  le  mesme  effect  d^avoir  audience  de  nostre 
saint  Père,  ce  que  je  ne  peuz,  et  me  pria  le  marquis  de  Mon- 
tesarchio  de  l'excuser  et  de  m'adresser  pour  cest  heure  au 
Cardinal.  A  la  fin,  sur  la  nuit,  un  estaphier  du   pape  me 
vint  dire  de  la  part  dudit  cardinal  que  je  le  trouverois  le  matin 
à  bon  heure  en  sa  chambre.  Je  n'euz  garde,  Sire,  de  faillir  à 
ceste  assignation  qui  fut  le  XXX%  en  la  quelle  apprès  avoir 
devisé  avecques  luy  de  la  santé  du  Pape,  qu'il  m'asseuroit  estre 
bonne,  de  Testât  de  vos  affaires  et  du  lieu  où  elles  estoient, 
ensemble  celles  de  vostre  ennemy,  et  de  la  délibération  en 
laquelle  vous.  Sire,  estiez  de  donner  une  bataille  au  roy 
Philippes,  s'il  la  voulloit  accepter,  je  lui  fiz  amplement  enten- 
dre la  bonne  volunté  et  singulière  affection  envers  eux  et  la 
grandeur  de  leur  maison,  en  laquelle  il  se  povoit  asseurer  que 
vous,  Sire,  vouliez  continuer  et  entendre  au  moins  de  l'effec- 
tuer à  bon  étient,  si  tost  que  vous.  Sire,  seriez  hors  des  grans 
affaires  que  aviez  de  présent  à  demesler,  lesquelz  ne  pour- 
roient  durer  longuement.  Et  sur  cella  luy  exposay  ce  qu'il 
luy  a  pieu  me  commander  de  la  résignation  de  l'évesché  de 
Comminges,  à  quoy  je  adjoustay  qu'il  ne  lairroit  pas  ce  pen- 
dent d'estre  pourveu  de  l'évesché  de  Bresce  (i),  et  ne  luy 
manqueroit  dispence  de  tenir  quant  et  quant  celle  de  Com- 
minges, pour  quelque  temps,  pendent  lequel  il  pourroit  vacquer 
wi  France  de  bonnes  abbeyes,  et  pourroit  estre  que  vous, 

(i)  Brescia. 


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1  12  REVUE  DBS  DOCOMEKTS  HISTORIQUES 

Sirc^  luy  lairricz  Tun  et  l'autre  et  le  traitteriez  de  sorte  qu'a  se 
résoudrait  à  la  fin  de  laisser  Bresce  et  de  se  tenir  à  Conuninges 
et  autres  biens  faictz  qu'il  pourroit  entre  cy  et  la  recevoir  de 
vostre  Majesté.  Sur  quoy,Sire,  je  vous  veux  bien  advenir  que 
j'ay  entendu  qu'il  est  hors  d'espérance  que  les  Vénitiens  con- 
sentent sa  provision  de  Brece,  et  ne  mettoyt  cecy  en  avant 
que  pour  donner  coulleur  à  la  dimission  de  Comminges, 
ainsin  que  sa  Majesté  a  très  bien  entendu.  II  fist  pour  Theure 
semblant  de  ce  contanter  de  ce  que  je  luy  disois,  tant  de  vostre 
part  que  de  moy  mesmes,  qui  emplifiay  ma  créance  en  tout 
ce  que  je  peuz  d'honnestetez  généralles  et  non  obligatoires 
pour  gaigner  le  temps  de  ce  papal  qui  menasse  ruyne  fort 
proche  à  ce  que  sur  ce  d^eel  ilz  ne  facent  quelque  traia  préju- 
diciable à  vos  affaires. 

L'évèque  d'Angouléme  continua  en  ptrlant  de  la  mauvaise  santé  du 
Pape,  c  Sire,  dit-il,  je  ne  suis  astrologue  ne  médecin,  et  ne  tous  en 
puis  mander  que  ce  que  j'en  sçay,  mais  les  conjectures  sont  grandes 
qu'il  s'en  va  le  grand  galop.  • 

Répondant  au  sujet  du  duc  de  Paliano,  il  dit  :  €  Sire,  le  duc  de  Pa- 
liano  c'est  contenté  de  ce  que  je  luy  aj  £ait  entendre  de  vostre  part  sar 
le  fait  de  sa  pension,  et  dit  qu'il  voudroit  avoir  beaucoup  d'escus  pour 
vous  en  servir  durant  vos  affaires.  » 

La  dépêche  suivante,  du  i5  septembre  i558  (t),  parla  encore  de  la 
mort  imminente  de  Paul  IV.  Celle  du  a  i  septembre  (2),  au  contraire, 
fut  des  plus  rassurantes.  L'ambassadeur  y  raconta  une  conversation 
qu'il  eut  avec  le  cardinal  Caraâi,  qui  se  montra  très  bien  disposé  pour 
la  France. 

Sire,  ainsin  que  je  divisois  avecques  ledit  cardinal  à  une 
fenestre,  j'apperceuz  le  Pape  qui  passoit  par  un  jardin  de 
belveder  marchant  de  son  pied  assez  légèrement  pour  son  âge, 

(1)  NégocUtious,  fol.  XXV  v*.  ->  Uorigioâl  de  cette  lettre  e»t  coaterré  i  k  BB)bo- 
thèque  Datiooale,  F.  Fr.  3i5i,  fol.  47. 

(s)  Négociations,  fol.  XXVII  r*.  —  L'orifioal  de  cette  lettre  eit  couscrré  A  la  Kblio- 
thèquenatioiiale,  F.  Fr.  3i5i,  fol.  36. 


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HENRI   II  ET  LE   PAPE   PAUL   IV  1 13 

et  me  dist  ledit  cardinal  :  Voïez  comme  marche  ce  jeune 
garson.  Avisez  sUl  est  prest  à  mourir. 

Du  26  septembre  au  la  décembre  i558  Babou  de  La  Bourdaisière  en- 
voya six  dépèches  au  Roi(i).  De  son  côté,  Henri  II  instruisait  son 
ambassadeur  des  graves  événements  qui  se  produisaient.  La  mort  de 
la  reine  Marie  d'Angleterre  et  Tavénement  de  sa  sœur  Elisabeth  en- 
travaient singulièrement  les  négociations  commencées  entre  la  France 
et  l'Espagne.  Â  une  dépêche  du  22  novembre,  reçue  à  Rome  le  i3  dé- 
cembre, l'évèque  d'Angouléme  répondît  le  25  de  ce  mois  et  raconta 
une  audience  qu'il  avait  eue  du  Pape  (2)  : 

Sire,  je  serois  trop  long  si  je  voulois  référer  ce  que  sa  Sain- 
teté me  respondit  à  ce  propos,  montrant  une  joie  incroTable 
de  la  souvenance  que  vous,  Sire,  avez,  et  du  conte  que  faictes 
de  luy.  Maintenant,  parlant  de  la  fervente  charité  et  affection 
qu'il  porte  à  vostre  Majesté,  maintenant  ostant  son  bonnet  et 
priant  Dieu  pour  la  félicité,  accroissement  et  exaltation  de 
vostre  empire,  et  autres  foix  discourant  des  louanges  de  vos 
vertuz,  et  au  surplus  me  commandant,   sans   autrement 
demander  audience,  de  le  venir  trouver  à  toutes  heures  que  je 
voudrois,  qui  est  un  langaige  quUl  m^a  plusieurs  fois  tenu, 
mais  je  ne  voy  moien  de  le  mettre  en  effect  et  ne  saurois  dire 
sy  en  cest  endroit  il  parle  à  bon  esciant,  car  c'est  un  très  arti- 
ficieux vieillard,  ou  sy  j'en  dois  rejecter  toutte  la  coulpe  sur 
ses  neveuz.  Je  pense,  à  dire  vray,  qu'il  y  a  de  l'un  et  de 
l'autre.  Sire,  pour  vous  rendre  conte  sommaire  de  ce  que 
j'apprins  en  cest  audience  qui  fut  de  plus  de  deux  heures  et 
demye,  il  me  parla  de  la  mort  de  la  feue  royne  d'Angleterre  et 
de  la  couronnation  de  la  royne  Elizabet^  laquelle,  conmie  je 
pense,  prendra  mary  de  pais,  et  m'allégua  plusieurs  exemples 
de  grandes  dames  d'Angleterre  qui  se  sont  mariés  basse- 
ment, et  entre  autres,  la  mère  du  feu  roy  d'Escosse  et  la  royne 

(t)  Nigociationtf  fol.  XXIX  à  XXXV.   Là  dépêche  a  été  publiée  dâot  les  Lettres 
mémoires  d'estat  de  Guillaume  Ribier,  t.  II,  p.  774, 
(»)  ^Négociations,  fol.  XXXV  v. 

TOME  IV  l5 


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1 14  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOtIQUES 

Marye^  lesquelles  en  leurs  viduhez  espouzèrent  de  Uen  pedz 
compaignons;  d'avantaige  qu'il  ne  peut  penser  que  les  Angloîs 
qui,  d'autre  part,  déprisent  toutes  autres  nations,  consentent 
une  autre  foix  Talliénation  avecques  les  Espaignolz,  après  en 
avoir  tasté.  Sur  quoy  il  se  mist  à  dépeindre  le  naturel  de 
TEspaignol  et  leur  avarice  et  superbes  déportemens,  quant  ilz 
ont  Tavantaige,  et  les  moiens  dont  ilz  uzent  pour  y  parvenir, 
avecques  une  naifve  et  plaisante  fason,  par  laquelle  il  monstre 
bien  le  bien  qu'il  veult  à  ceste  nation  là;  puis  tumba  sur  k 
mariaige  du  roy  Philippes  avecques  ladicte  royne  Elizabet, 
dont  Ton  faisoit  quelque  bruit,  et,  luy  estant  dit  par  moy  que, 
quant  bien  les  parties  et  le  pais  seroient  d'accord  en  cela,  sy 
ne  se  pouvoit  il  faire  sans  luy,  il  me  dist  que  le  roy  Phili]^)es 
ne  luy  avoit  encores  rien  mandé  de  la  mort  de  sa  femme, 
mais  seulement  de  celle  du  feu  empereur  son  père,  et  qoe, 
n'estant  par  luy  requis  de  la  dispence  d'espouzer  ladicte  royne 
Elizabet,  il  n'estoit  saison  de  dire  s'il  accorderoit  ou  refîizeroît, 
mais  que  je  vous  pouvois  bien  dire  que  en  cela  ne  autre 
chose,  force,  richesses,  grandeurs  ou  estatz,  promesses,  guerres, 
dangiers,  crainte  de  mort  ou  menasses,  ne  respect  de  consan- 
guinité et  parenté,  n'avoicnt  puissance  de  luy  faire  faire  chose 
indigne  du  lieu  qu'il  tient. 

Avant  d'avoir  reçu  cette  dépèche,  Henri  II  écrivit  de  nouveau,  ks 
3  et  10  décembre  i558,  à  son  ambassadeur  à  Rome,  pour  lui  dévoiler 
les  projets  de  mariage  de  Philippe  II  avec  la  nouvelle  reine  d'Angleterre 
Elizabeth  et  lui  ordonner  d'agir  auprès  du  Pape  pour  empêcher  que  ce 
vieillard  consentît  à  cette  union  d'un  catholique  avec  une  hérétique  (i). 

Mons'  d'Angoulesme,  vous  aurez  entendu  par  la  depesche 
que  le  gobbe  (qui  partit  le  XXVI  !•  du  passé)  vous  a  portée, 
Testât  en  quoy  en  estoit  lors  de  son  partement  la  practicque  de 
la  paix  et  Topinion  que  j'avoys  que  le  faia  de  Calais  seroit 
pour  empescher  tout  le  fruict  que  nous  en  espérions,  veu 

(i)  Cette  lettre  ftit  partie  de  U  coUectioo  de  M.  Benjâmio  Filk». 


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HENia  II  ET  LE  PAPE  PAUL  IV  Il5 

mesmement  que  la  longueur  dont  ilz  usoient  à  se  résouldre 
ne  m'en  promectoit  aultre  yssue  que  celle  qui  s'en  est  depuis 
ensuivye.  Et,  comme  ilz  en  estoient  en  ces  termes,  la  nou- 
velle de  la  mort  de  la  royne  d'Angleterre  survint,  qui  acheva 
de  tout  gaster,  d'aultant  qu'estant  le  Roy  en  espérance  d'es- 
pouser  la  nouvelle  Royne,  et  ne  vouUant  luy  donner  occasion 
de  mescontentement,  il  n'estoit  pas  croiable  qu'il  feust  pour 
conclurre  ny  faire  aucun  appoinctement  avecques  moy,  auquel 
les  Angloys  ne  feussent  satisfaictz^et  contentez.  Ce  qu'estant 
bien  et  saigement  préveu  et  considéré  par  mes  depputez,  ilz 
ne  faillirent  incontinant  de  faire  instance  d'estre  résoluz  de 
Calais,  ne  voulans  parler  ny  se  laisser  entendre  plus  avant  sur 
aultre  quelconque  poinct,  que  cestuy  là  ne  feust  résolu,  qui 
fut  le  vray  moyen  pour  leur  arracher  leur  dernière  conclu- 
sion qui  fut  en  somme  qu'ilz  ne  pouvoient  conclurre  ny  traie- 
ter  avecques  moy  sans  les  Angloys.  Sur  quoy  s'estans  d'une 
part  et  d'aultre  voulu  séparer,  avant  que  ce  faire  ilz  advisè- 
rent  de  prolonger  la  trefve  et  abstinence  de  guerre  de  deux 
moys,  lequel  terme  ilz  prindrent  pour  se  rassembler,  promec- 
tans  cependant  de  faire  tout  ce  qu'ilz  pourroient  pour  induire 
et  persuader  les  Angloys  de  appoincter  avecques  moy.  Voylà 
la  façon  dont  ceste  assemblée  s'est  séparée.  Sur  quoy  il  fault 
que  je  vous  dye,  Mons'  d' Angoulesme,  mon  opinion  et  les  con- 
sidérations qui  ont  peu  mouvoir  le  Roy  d'Espaigne  à  en  user 
de  la  façon  qu'il  a  faict,  qui  sont  (comme  je  scay  et  ay  esté 
advcrty  de  très  bon  lieu)  que  prévoyant,  il  y  a  plus  de  six 
moys,  la  mort  delà  feue  Royne  d'Angleterre,  sa  femme,  il  a 
faict  tout  ce  qu'il  a  peu  pour  faire  gaigner  ceste-cy,  affin  de 
trouver  moyen,  sa  femme  morte,  de  l'espouser,  pour  l'espé- 
rance qu'il  auroit  par  là  de  unir  pour  jamais  l'Angleterre,  la 
Flandre  et  TEspaigne  ensemble,  par  le  moyqn  des  enfans  qui 
viendroient  de  ce  mariaige,  estant  elle  jeune,  belle  et  propre 
pour  avoir  enfans.  De  ce  qu'il  y  a  proufficté  jusques  à 
ceste  heure,  je  ne  scay,  mais  il  est  bien  certain  que  dès  qu'il 


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1 16  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOtliyTES 

entendît  l'extrémité  de  la  feue  Royne»  il  d^pescha  le  ccmte  de 
Ferye  pour  remeare  les  fers  au  feu,  et  Caire  tout  ce  qu'il  pour* 
roit  pour  y  pouvoir  parvenir. 

Et,  affin  que  vous  sçachiez  quelle  elle  est,  tout  le  monde 
sçait  de  quelle  façon  elle  a  vescu  et  de  quelle  opiniastreté  elle 
a  persévéré  en  sa  religion,  quelque  contraincte  et  rigueur  dont 
la  feue  Royne  d'Angleterre,  sa  seur,  luy  ayt  peu  user  pour  Tcn 
faire  désister.  Et  de  faict  la  pronière  chose  qu'elle  a  fucte, 
mourant  sa  seur,  et  elle  entrant  en  Londres,  a  esté  de  faire 
crier  qu'elle  vouloit  persister  en  sa  religion  et  que  chascon 
creust  ce  qu'il  vouldroit,  ne  vouUant  contraindre  personne 
de  prendre  aultre  foy  ne  créance  que  celle  qu'ilz  vouldrom 
tenir.  Voylà  la  créance  de  la  nouvelle  Royne  d* Angleterre^ 
protestante  pour  la  vie  et  entièrement  contraire  à  celle  que  k 
Roy  Philippes  a  jusques  icy  suivye  fort  constamment.  Main- 
tenant on  verra  qui  sera  de  meilleure  opinion  des  deux,  car, 
s*ilz  viennent  à  se  marier  ensemble,  je  ne  sçay,  quant  à  elle, 
ce  que  sa  loy  et  créance  luy  permet,  mais  selon  celle  que 
l'église  catholicque  tient  si  longuement  observée  par  tout  le 
monde,  }e  s^y  bien  que  il  n'y  a  homme  chrestien  qui  puisse 
espouser  les  deux  seurs  sans  dispense  du  Pape.  N'en  deman- 
dant point,  il  est  nécessaire  qu'il  change  de  religion  et  que 
l'ambition  de  ce  royaume  luy  face  pradcquer  ce  dire,  s'il  fault 
violer  le  droict  et  oublyer  Dieu,  sa  foy  et  toutes  choses  sainc- 
tes,  il  fault  que  ce  soit  pour  régner.  En  ce  cas,  s'il  a  ceste 
opinion,  je  ne  fais  aucune  doubte  (elle  le  voulant)  qu'il  ne  l'es- 
pouse.  S'il  persévère  en  sa  crainae  et  que,  comme  l'église 
nous  commande,  il  ayt  recours  au  Pape  pour  luy  octroyer  la 
dispense  nécessaire  pour  se  marier,  pour  avoir  sa  Saincteté 
jusques  icy  si  sévèrement  observé  tous  les  poinctz  de  nostrc 
religion  et  si  religieusement  maintenu  toutes  les  bonnes, 
sainctes  et  catholicques  constitutions  de  l'église,  je  ne  puis 
croyreque,  sur  ses  derniers  jours,  elle  soit  pour  imprimer  une 
telle  tache  à  sa  réputation  et  à  la  saincteté  de  sa  vie  passée  de 


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HENRI  n  ET  LE  PAPE  PAUL  IV  II7 

consentir  jamais  à  une  chose  contraire  à  i^authorité  de  i^église 
et  tout.droict  et  raison,  et  mesmementque  estant  luy  cathoUcque 
et  elle  en  son  royaume  protestant  et  ennemy  de  Téglise  ro- 
maine, je  ne  sçay  comme  selon  Dieu  et  raison  ung  homme  de 
bonne  conscience  peult  faire  ung  tel  mariage,  car,  si  par  les 
sainctz  canons  la  seulle  conversation  des  héréticques  et  de 
ceulx  qui  estoient  chassez  du  sein  de  l'église  nous  a  esté  prohi- 
bée et  deffendue,  et  leur  a  Ion  par  interdit  l'eau  et  le  feu, 
comme  on  dict,  par  plus  forte  raison  le  mariage  le  doibt  estre, 
ou  ilfault  que  toutes  choses  soient  tellement  conjoinctes  qu'il 
n'y  puisse  avoir  aucune  séparation,  qui  me  faict  croyre  que, 
quant  sa  Saincteté  entendra  tout  ce  que  dessus,  qui  n'est 
que  ung  progect  de  cent  mil  belles  etsainctes  choses  qui  sur  cela 
se  peuvent  dire  et  alléguer,  pour  estre  telle  que  je  l'ay  toute  ma 
vie  estimée  et  que  tout  le  monde  l'a  congneue,  ne  sera  pour 
jamais  consentir  nyprester  faveur  à  ung  acte  où  il  y  va  tant  de 
rhonneur  de  Dieu  et  de  la  saincte  opinion  en  quoy  il  est  juste* 
ment  tenu  par  tout  le  monde,  vous  advisant,  Mons'  d' Angou- 
lesme,  que  je  vous  ay  faict  tout  ce  discours  pour  ce  qu'il  est 
nécessaire  pour  le  bien  de  mon  service,  et  prévenir  de  bonne 
heure  et  préparer  le  Pape  de  luy  donner  ceste  impression, 
avant  que  les  Espaignolz  viennent  à  le  gaigner  et  luy  faire 
entendre  les  choses  aultrement  qu'elles  ne  sont  ;  et,  pour  ce 
faire,  il  fault  que  vous  gaignez  dextrement,  comme  vous 
sçaurez  très  bien  faire,  quelqu'ung  de  ses  théatins,  qui  son^ 
les  personnes  du  monde  qu'il  croyt  le  plus,  qui  luy  puissent 
référer  tout  ce  que  dessus  et  ce  que  vous  sçaurez  très  bien 
adjouster,  selon  que  vous  congnoissez  son  humeur,  pour  le 
disposer  à  improuver  ce  faict,  car,  si  une  fois  il  vient  à  le 
trouver  mauvais,  le  prenant  par  où  on  leprent,en  luymons- 
trant  en  cela  le  tort  qu'il  feroit  à  sa  réputation  et  à  la  sainc- 
teté en  quoy  il  e^t  tenu  par  tout,  on  le  chatouillera  par  où  il 
luy  démange  et  sera,  comme  congnoissez  son  naturel  opi- 
niastre,  si  persistant  en  son  opinion,  qu'il  n'y  aura  jamais 


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tl8  REVUE  DES  DOCCMENTS  HISTORIQUES 

ordre  de  le  gaigner  ny  le  luy  faire  passer,  qui  ne  sera  point 
peu  de  fhiict  pour  le  bien  de  mon  service,  car,  si  le  Roy 
Philippes  a  la  religion  telle  comme  il  a  monstre  tt  que  toat 
le  monde  dict,  je  croy  qu'il  ne  passera  jamais  sans  cela,  et  k 
moindre  retardement  qu'il  y  puisse  avoir  n'apportera  poina 
peu  d'avantaige  à  mes  affaires.  Mais,  je  vous  prjre,  donnez- 
vous  bien  garde  que  on  ne  puisse  descouvrir  que  cela  vienne 
de  vous  en  façon  du  monde,  car  je  ne  sçay  encores  comme 
j'auray  à  vivre  avec  la  dicte  Royne  d'Angleterre,  et,  avant 
que  le  sçavoir,  je  ne  vouidrois  point  me  brouiller  avecqœs 
elle,  et,  estant  dict  par  ceste  manière  de  gens,  il  ne  sera  trouvé 
si  mauvais  ny  de  luy  ny  d'aultre,  d'autant  que  on  estimera 
qu'ilz  ne  parleront  pour  passion  aucunement,  mais  pour  la 
seulle  vérité.  Au  demourant  j'ay  receu  voz  deux  dépesches 
des  vingt*quatriesme  octobre  et  cinquiesme  de  novembre,  par 
les  quelles  j'ay  veu  le  mauvais  estât  en  quoy  il  est,  dont  je 
suis  très  marry,  pour  ce  que  en  ce  qui  se  présente  nous  aurons 
besoing  d'une  personne  comme  luy. 

Vous  remercyerez  mes  cousins  le  cardinal  Carafte  et  duc  de 
Palliane  du  bon  oflBce  qu'ilz  ont  faict  pour  moy,  comme  me 
mandez,  à  l'arrivée  de  mes  deniers  à  Gvitavechia,  et  lesasseu- 
rez  que  j'en  ay  telle  satisfaction  qu'en  toutes  choses  où  je 
les  pourray  gratifier  ilz  me  y  trouveront  aussi  prest  qu'ilz  le 
peuvent  désirer.  Je  vous  ay  satisfaict,  par  la  dépesche  du 
gobbe,  à  ce  que  ledict  cardinal  dist  à  Sainct  Ferme  (  i)  touchant 
révesché  de  Couminge,  sur  quoy  je  voy  bien,  à  ce  que  me 
mandez,  qu'il  ne  fauldra  d'estre  malcontent,  et  au  pis  aller 
je  désireroys  que  sa  Saincteté  entendist  les  considérations  qui 
me  mandent  à  en  user  comme  je  fais  et  n'avoir  ladicte  rési- 
gnation pour  agréable,  m'asseurant  que^  quant  il  les  entende- 
roit,  il  ne  pourroit  que  grandement  louer  mon  intention. 
Touteffoys  vous  regarderez  de  la  luy  dire  plus  doulcement  que 

(i)  Boiicfaier,  abbé  de  Saint-Fcnnc,  doat  il  ett  toiiTent  qactdoo  dam  tes  dépêctet  de 
Baboa  de  La  Bourdaiaière.  Ce  dernier  reatoya  eo  France  k  lo  férrier  iSSç. 


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HENRI   II  ET  LE  PAPE  PAUL   IV  II9 

faire  se  pourra  et  la  luy  faire  trouver  bonne,  car  je  n'ay 
pas  délibéré  d^en  user  aultrement.  Quant  à  Tarchevesque  de 
Thurin,  j'en  escripray  à  mon  cousin  le  mareschal  de  Brissac 
pour  sçavoîr  que  c^est,  affin  qu'U  advise  tout  ce  qu'il  sera  pos- 
sible de  faire  en  sa  faveur  (  i  ),  qui  est,  Mons'  d' Angoulesme,  tout 
ce  que  je  vous  y  puis  respondre  pour  ceste  heure,  ne  vous 
pouvant  riens  dire  sur  ce  que  Torquato  (2)  vous  a  proposé,  puis 
que  ledit  Cardinal  ne  vous  en  a  aultrement  parlé,  et  me 
semblant  qu'il  est  bien  raisonnable  d'entendre  ung  peu  ce 
qu'il  vouldra  dire,  priant  Dieu,  Mons'  d'Angoulesme,  vous 
avoir  en  sa  saincte  garde.  Escript  à  Sainct-Germain  en  Laye 
le  IIP  jour  de  décembre  i558. 

Depuis  ceste  lettre  escripte  j'ay  receu  une  dépesche  du 
s'  don  Francisque  d'Est,  par  laquelle  il  se  plainct  d'une  chose 
dont  vous  m'aviez  par  cy  davant  escript  qu'il  vous  avoit 
adverty,  qui  est  le  descry  des  monnoyes  estrangières  dans  les 
terres  du  Pape,  et  que  le  cardinal  Carafife  vous  avoit  dia  qu'on 
envoyast  ung  teston  et  un  juUe  du  poix  ligue  et  scaudille 
qu'on  les youUoit  avoir  cours,  qui  est  ung  bon  commancement, 
s'ilz  ontenvye  de  riens  y  faire  de  bon.  De  quoy  je  vous  prye 
leur  faire  instance,  affin  de  remeddier  à  la  nécessité  en  quoy 
se  trouveroient  ces  paouvres  soldatz  de  la  Tusflcane,  qui  sans 
cela  n'auroient  moyen  de  vivre.  Au  demourant  j'ay  vcu  par 
voz  lectres  du  XII°**  l'incertitude  en  quoy  sont  les  Caraffes  de 
leur  récompense,  et  croy  à  la  vérité  qu'à  la  fin  il  n'en  réus- 
scira  riens  qui  les  contente  et  que  tout  cela  ne  se  face  que  pour 
traîner  les  choses  à  la  longue,  actendant  la  mort  de  nostre 
sainct  Père.  Au  reste,  vous  pourrez  veoir  par  ce  que  je  vous 
mande  comme  le  Nunce  n'a  pas  de  bons  advertissemens,  car 

(i)  Dans  une  lettre  écrite  au  cardinal  de  Lorraine,  les  4  et  5  novembre  i558,  Babou  de 
La  Bonrdaisière  avait  dit:  t  Monseigneur,  Tarcevesque  de  Turin  se  plainct  d'une  taxe  de 
VC  livres  que  le  mareschal  de  Brissac  a  ordonné  estre  prins  sur  son  arcevesché  et  m'a 
pryé  d'en  escrire  en  sa  faveur   au  Roy  et  à  vous,  Monseigneur.  «    (Bibl.    nat^  F . 

Fr.3i5i,  fol.  64.) 
(2)  Torquato  Conti,  agent  du  roi  de  France.  (Cf.  Négociations,  fol.  III  r«. 


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lao 


RBTm 


oocuMiirTS  imroMQOEs 


il  est  bien  malaisé  qu'il  leur  paisse  encores  enroyer  les  arti- 
cles de  la  paix  qu'il  dict  estre  £dcte,  car  de  ma  part  je  ttrojrs 
hienempesché  de  sçavoir  encores  comme  le  tout  se  passera. 
Dt  Saint-Germain  en  Laye  ce  X"*  jour  de  décembre. 


Y^K 


Y 


.çiwf 


Mons'  d'Angoulesme,  mon  conseiller,  maistre  des  requesta 
de  mon  hostel  et  mon  ambassadeur  à  Rome. 

On  lit,  sur  le  revers  de  la  pièce,  la  cote  suivante,  émantnt  de  l'arn- 
bassadeur  : 

Le  Roy  des  III  et  X-~  décembre  i558.  R.  le  IIII*  janvier 
dudict  an. 


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HENRI  II  ET  LE   PAPE   PAUL   IV  121 

Cette  dépêche  parvint  à  Rome  le  3  janvier  iSSg,  ainsi  que  le  marque 
la  cote  de  l'ambassadeur.  Le  7  du  même  mois  l'évêque  d'Ângoulême 
répondit  à  Henri  II  la  lettre  suivante  (i)  : 

Sire,  je  receuz  le  quatriesme  du  présant  vostre  lettre  de 
i'unziesme  du  passé,  par  le  commencement  de  laquelle  con- 
tenant un  épilogue  de  vostre  précédente  et  dernière  dépesche 
apportée  par  le  gobbe,  j'ay  veu  comme  vous,  Sire,  m'avez 
par  sy  devant  écrit  du  xxvii*  novembre,  que,  estant  la  pra- 
ticque  de  la  paix  tenue  en  longueur  pour  la  difficulté  et  irré- 
solution sur  le  fait  de  Calaix  seroit  survenu  de  la  mort  de  la 
feue  royne  d'Angleterre  qui  auroit  achevé  de  gaster  tout. 

Sire,  ledit  gobbe  arriva  icy  le  xiu*  et  estoit  sa  dépesche 
du  xxii^  novembre,  ne  faisant  aucune  mention  dudit  Calaix 
ne  delà  mort  de  ladicte  royne,  dont  je  n'ay  eu  aucun 
avertissement  de  vostre  Majesté  jusques  à  la  réception  de 
vostredicte  dernière  dépesche  qui  m'a  esté  envoyée  de  Mon- 
talcin,  qui  me  fait  douter  que  entre  ceste  là  et  celle  du 
gobbe  il  y, en  peult  avoir  une  autre  qui  sera  demourée  par 
les  chemins,  ays^tit  entendu  que  un  courier  dépesche  par  les 
faaeurs  des  Gadagnes  à  Lion  pour  venir  icy  par  la  longue 
s'est  avanturé  de  prendre  la  droicte  et  a  esté  détroussé  et 
arresté  à  Millan. 

Sire,  vous  avez  peu  voir  par  ce  que  je  vous  ay  écrit  du 
XXV®  du  passé  par  courrier  exprès  ce  que  j'ay  senty  de 
l'opinion  du  Pape  sur  le  fait  de  ladite  dispence.  Il  ne  m'^a  pas 
semblé  estre  requis  de  presser  plus  fort  ne  m'en  formaliser 
d'avantaige  que  ce  que  je  vous  en  ay  escrit  en  avoir  fait, 
pour  n'avoir  aucun  commendement  sur  ce  de  vous,  et 
mesmes  voyant  de  quel  costé  incline  la  volunté  du  Pape  en 
laquelle  je  pense  estre  meilleur  qu'il  se  y  gectast  et  y  persistas^ 
de  luy  mesmes  que  à  vostre  sollicitation  et  requeste.  Je  fais 
doute.  Sire,  sur  les  advertissemens  que  j'en  ay  de  tous  cos- 
tez  qu'il  ne  soit  pour  y  persévérer,  pourveu  que  ladite  royne 

{î)  Négociations^  fol.  xlvi  vo. 

TOME  IV  l6 


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132  REVUE   DES   DOCUMENTS    HISTOtIQCES 

demeure  en  sa  protestation;  mais  si  die  avoitgaigné  ce  pcMst 
de  luy  faire  acroire  qu'elle  voulust  retourner  à  Tégiise  sans 
aucune  faintise  ou  dissimulation,  en  ce  cas,  je  fais  doutte 
que  le  bon  homme  ne  se  laissast  aller  du  costé  dont  il  peo- 
seroit  tirer  plus  de  bien  pour  sa  maison,  et  tiens  pour  cer- 
tain que,  estans  toutes  choses  pareilles,  voire  avccques 
quelque  désavantaige,  il  inclineroit  de  vostrepart  plutost  que 
celle  du  roy  Philippes.  Quant  aux  théatins,  depuis  que  j'ajr 
congnoissance  des  choses  en  deçà,  je  ne  me  suis  point  aperœa 
qu'ils  ayent  autre  puissance  envers  luy  que  de  luy  raportcr 
nouvelles  de  la  façon  de  vivre,  actes  et  propoz  d'un  cfaascuo, 
et  par  ce  moien  peuvent  donner  quelques  impressions  de 
Tun  et  de  l'autre,  et  conmiunément  en  mauvaise  part,  mais 
au  surplus  ilz  suivent  ses  opinions  et  voluntez,  fondées  à 
bonnes  et  vives  raisons,  qu'il  confirme  par  beaux  exemples  et 
auctoritez  de  T Écriture,  ausquelles  il  ne  se  fault  pas  jouer 
et  contredire.  Je  ne  lairray  toutesfoix  de  tempter  le  moien 
que  me  demandez,  si  commodément  se  peult  faire  sans  rien 
gaster  ne  hazarder. 

Sire,  je  vous  envoyé  la  coppye  d'un  avis  de  Flandres  qui 
court  par  ceste  ville  tiré  d'une  lettre  de  l'abbé  de  Saint 
Salut  et  de  quelques  autres  du  iiii*  du  passé,  à  ce  que  vostre 
Majesté  voye  comme  ilz  ont  faict  entendre  à  la  nouvelle 
royne  d'Angleterre  que  vos  ministres  de  deçà  avoient  fait 
instance  envers  le  Pape  de  la  faire  desdarer  bastarde.  J'en 
parlay  hier  au  cardinal  CarafTe  et  luy  dis  que  le  Pape  et  luy 
estoient  bons  et  suffizans  témoins  sy  jamais  on  leur  en  av<Mt 
parlé,  non  pas  du  temps  desdits  avis,  car  il  estoit  impossible, 
d'autant  que  ne  sçavyons  pas  icy  la  nK>rt  de  la  feue  royne, 
mais  encpres  depuis  que  les  nouvelles  en  sont  icy,  qui  fut  le 
XII*  du  passé.  Je  croy  qu'ilz  ne  diront  pas  que  personne  en 
ait  ouvert  la  bouche  de  la  part  de  vostre  Majesté.  Ledit  car^ 
dinal  me  respondit  que  c'estoit  un  invention  d'Espaignolz 
pour  irriter  ladicte  royne  contre  vous  et  que  je  puis  estrc 


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HENRI    II   ET   LE   PAPE   PAUL   IV  123 

asseuré  qu'ilz  ne  laissent  jamais  en  arrière  nulle  manière  de 
méchanceté  pour  parvenir  à  leurs  desseins,  et  que  les  mi- 
nistres du  roy  d^Espaigne  ne  luy  ont  jamais  monstre  qu'il/ 
eussent  doute  ou  suspison  que  moy  ne  autre  eussions  fait  tel 
office  par  deçà,  et  qui  ne  se  sont  point  encores  entenduz  jus- 
ques  à  demander  la  dispence  du  mariaige  du  roy  d'Espaigne 
et  de  ladicte  nouvelle  royne.  Bien  en  ont  ilz  touché  en  paroles 
couvertes,  atendant,  comme  il  juge,  d'en  parler  plus  ouver- 
tement, mais  qu'ilz  puissent  estre  asseurez  du  vouloir  de  la- 
dicte royne.  Je  n'entray  point  plus  avant  en  propoz  de  ce  fait 
aveçques  ledit  cardinal,  estant  d'avis  que  le  moins  s'eschaufFer 
en  ceste  matière  est  le  meilleur  ;  mais  il  me  semble.  Sire, 
que  ladicte  royne  entendra  bien  difficilement  au  mariaige 
d'elle  et  du  roi  Philippes,  ne  povant  contracter  aveçques 
luy,  à  mon  jugement,  qu'elle  ne  confesse  par  çest  acte  que 
le  royaume  d'Angleterre  ne  luy  apartient  point  de  succes- 
sion, en  quelque  sorte  de  religion  qu'elle  veille  vivre ,  car 
par  là  elle  aprouveroit  le  mariaige  d'entre  son  père  et  la 
royne  Catherine  et  confesseroit  que  les  deux  frères  ou  les 
deux  sœurs  se  peuvent  espouser,  soit  aveçques  ou  sans  dis- 
pence, ce  qui  luy  est  nécessaire  de  nier,  voulant  maintenir 
nul  ledit  mariaige  d'entre  les  roys  Henry  et  royne  Cathe- 
rine,  lequel  constant,  elle  est  conceue  et  née  d'une  autre 
femme.  Autrement  il  faudroit  dire  qu'on  peust  en  mesme 
ten^)s  avoir  deux  femmes  légitimes,  qui  est  une  opmion 
ausy  peu  aprouvéc  des  protestans  que  des  catholicques. 

Sire,  j'ay  fait  entendre  au  cardinal  CarafFe  le  contentement 
que  yostre  Majesté  a  eue  du  bon  office  qu'il  a  fait  pour  la  seu- 
reté  de  vos  deniers  par  sy  davant  arrivez  à  Civitaveche,  et 
ce  que  sur  ce  il  vous  a  pieu  m'écrire,  dont  il  a  monstre  une 
joye  extrême,  et  entre  autres  choses  me  dist  que  le  plus  cher 
joiau  qu'il  cust  en  son  cabinet,  c'estoit  une  painture  au  vif 
de  vous,  Sire,  dont  Madame  vostre  soeur  luy  a  fait  présent, 
laquelle  il  dist  estre  tout  son  recours  et  consolation,  quant  il 


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1^4  REVUE  DES    DOCUMEJOS    HISTORIQUES 

c^est  bien  dépitté  et  ennuyé  des  mauvaises  impressions  qu'on 
a,  à  tort,  donné  de  luy  à  vostre  dicte  Majesté,  de  Uqodk 
regardant  la  figure  en  pensant  que  vous,  Sire,  luy  avez  autres- 
foix  dict  et  entendu  de  luy,  il  se  promect  tant  de  vostre  bonté 
qu'il  ne  peut  penser  estre  esloigné  de  vostre  bonne  grâce,  la- 
quelle il  estime  plus  que  toutes  les  choses  de  ce  monde.  Je 
n'ay  point  encore  vu  le  duc  de  Palliano,  qui  est  au  lit  un  peu 
mallade  de  la  goutte.  Je  ne  fauldray  à  la  première  audience 
que  i'auray  du  Pape  de  luy  faire  entendre  ce  que  vous.  Sire, 
me  mandez  touchant  Tévesché  de  Comminges.  Quant  au  dcs- 
cry  des  monnoyes  estrangères  j*ay  piéça  averty  le  sieur  dom 
Francesque  comme  il  n'y  avoit  d'ordre  d'y  faire  autre  cbosse 
par  deçà,  sur  quoi  il  a  avisé  de  s'accommoder  au  mieux  qu'il 
a  peu. 

Sire,  je  prie  à  Nostre-Seigneur,  etc.  De  Rome,  ce  vu*  jan- 
vier 1559, 

Sire,  le  bon  homme  Cordclicr,  évesque  de  Nebia,  dépes- 
ché  en  faveur  de  vostre  Majesté  en  ces  derniers  consistoires, 
est  venu  vers  moy  depuis  la  présante  escrite,  bien  estonnc 
et  perplex  d'une  nouvelle  qu'il  a  entendue  que  vous,  Sire, 
rendez  la  Corseque  aux  Genevois  (1),  disant,  sy  ainsy  estoit, 
que  luy  et  les  autres  Corses  aymeroient  mieux  avoir  le  cor- 
deau à  col  prest  à  estre  estranglez  que  de  retumber  en  la 
puissance  desdits  de  Genevois.  Je  l'ay  consolé  le  mieux  que 
j'ay  pu  et  asseuré  que  sa  pœur  estoit  veine.  Il  m'a  dit 
nommément  que  s'il  pensoit  que  vous.  Sire,  les  habandon- 
nassiez,  il  ne  se  feroit  point  sacrer,  et  aimoit  mieux  estre 
au  plus  pauvre  couvent  de  son  ordre,  pourveu  que  ce  fiist 
hors  des  mains  des  Genevois,  que  d'avoir  le  meilleur  éves- 
ché  de  leur  pais.  Il  m'a  semblé.  Sire,  vous  devoir  avertir  de 
ce  que  dessus.  J'ay  ordinairement  aux  oreilles  des  Siennois 
avecques  semblables  plaintes  pour  leur  respect.  Je  fais  ce  que 
je  puis  pour  les  entretenir  en  bonne  espérance. 

(i)  Henri  II,  par  le  trtiti  de  Catetn-Cambrétis,  rendit  la  Corte  aux  Génois. 


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HENRI   II   ET  LE   PAPE   PAUL   IV  125 

Le  9  du  même  mois  le  cardinal  de  Tournon  écrivit  à  Henri  II  pour 
lui  exprimer  ses  craintes  sur  Taccomplissement  du  mariage  de 
Philippe  II  avec  Elisabeth  d'Angleterre  (i). 

J'ay  plus  de  peur  que  d'envie  que  ledit  roy  Philippes  soit 
pour  Tespouser  :  auquel  cas,  si  le  Pape  me  vouloit  croire,  il  ne 
bailleroit  point  de  dispense;  dont,  à  ce  que  j'entends.  Mon- 
sieur d' Angoulesme  luy  a  parlé,  mais  la  réponse  qu'il  en  a 
eue  est  si  générale  et  si  peu  résolutive  qu'on  ne  sçauroit  bon- 
nement juger  ce  qu'il  a  délibéré  d'en  faire,  s'il  en  estoit 
recherché. 

Puis  il  ajouta  ces  mots  sur  les  dispositions  du  Pape  à  T^rd  de 
Henri  II  : 

Sire,  Monsieur  d'Angoulesme  m'a  fait  entendre  la  sub- 
stance de  l'audience  qu'il  a  eue  de  Sa  Sainteté....  Et  de  vray. 
Sire,  je  croy  que  de  sa  naïve  volonté  il  incline  plus  à  vostre 
Majesté  qu'il  ne  fait  au  roy  Philippes  :  je  ne  sçais  si  j'oserois 
ainsi  dire  de  ses  neveux. 

Les  craintes  de  Henri  II  s'évanouirent  bientôt.  Philippe  II  résolut  de 
faire  la  paix,  et,  pour  gage  de  sa  bonne  volonté,  il  demanda  en  ma- 
riage Elisabeth,  fille  du  roi  de  France,  promise  tout  d'abord  au  jeune 
io^Eint  d'Elspagne  don  Carlos.  Le  traité  de  Cateau-Cambrésis,  signé  le 
3  avril  iSSg,  ratifia  cette  union. 

Pendant  ce  temps  une  révolution  inattendue  avait  eu  lieu  à  la  cour  de 
Rome.  Paul  IV,  édifié  enfin  sur  la  conduite  de  ses  neveux,  sans  doute 
par  un  de  ces  Théatins  en  la  puissance  desquels  Henri  II  avait  si  grande 
confiance,  avait  dépouillé  le  cardinal  Carlo  Carafa  et  le  duc  de  Paliano 
de  tous  leurs  emplois  et  les  avait  exilés.  Ce  fait  important  eut  lieu  le 
27  janvier  iSSg,  à  la  grande  satisâiction  de  tous. 

«  Maintenant,  écrivit  peu  après  l'évéque  d'Angoulême,  chacun,  sans 
aucune  dissimulation,  les  blasme  et  maudit,  se  plaignant  tout  haut  de 
leur  superbe,*injustices,  rapines  et  violences,  t  (2) 

Le  Pape,  désabusé,  fut  sans  pitié  pour  ses  parents  et  ne  voulut  pas 
les  revoir.  Il  mourut  le  18  août  iSSg.  Le  peuple  romain  manifesta  une 
telle  haine  contre  ce  souverain  pontife  qu'on  dut  enterrer  son  corps  de 

(i)  Lettres  et  Mémoires  d'estat  de  Ribier,  t.  II,  p.  777. 
(3)  Lettre  da  22  mars  i559  dans  les  Lettres  et  Mémoires  d'estat  de  Ribier,  t.  II,p^79i 


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136  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

nuit,  tant  cérémonie.  H  tcmma  alon  sa  foreur  contre  la  ttatne  de 
Paul  IV,  dont  il  jeta  les  débris  dant  le  Tibre,  et,  fidèle  aux  umiiiiaas 
de  toute  populace,  il  mit  le  feu  au  palais  de  Tlnquisition. 

Gian-Angdo  di  Medici,  élu  pape  dans  la  nuit  du  iS  au  26  dé- 
cembre 1 559,  prit  le  nom  de  Pie  IV.  Le  7  juin  1 56o  il  fit  arrêter  et  ie^r 
en  prison  les  cardinaux  Carlo  et  Alfbnso  Carafa,  le  duc  de  Paliano  et 
d'autres  membres  de  cette  £imiUe.  Leur  procès  fut  instruit  et  se  ter- 
mina, le  3  mars  i56i,  par  une  sentence  de  mort.  Le  cardinal  Carlo  iu 
étranglé  dans  sa  prison  et  le  duc  de  Paliano  décapité.  Ainsi  finirent  ces 
deux  personnages,  qui,  pendant  le  règne  de  Paul  IV,  aTaient  exercé  m 
pouvoir  si  absolu.  Les  historiens  ne  sont  pas  d'accord  sur  les  mobiks 
de  la  sévérité  de  Pie  IV.  Les  uns  disent  que  ce  Pape  voulut  punir  les 
excès  commis  par  ces  Caraft  et  apprendre  aux  neveux  des  papes  futin 
à  ne  pas  abuser  de  leur  £iveur.  D'autres  prétendent  qu'il  obéit  aox 
sollicitations  du  roi  d'Espagne,  son  bienfEÛteur,  dont  il  servit  ainsi  la 
vengeance. 

Philibert  Babou  de  La  Bourdaisière  acquit  la  faveur  du  nouveau 
Pape,  qui  le  créa  cardinal,  en  i56i.  Il  mourut  à  Rome  le  35  janvier 
1 570  et  fut  enterré  dans  l'église  Saint-Louis. 

Le  recueil  des  n^ociations  de  ce  diplomate,  du  19  juillet  1S6S  ai 
19  décembre  1570,  existe  à  la  Bibliothèque  nationale,  F.  Fr.,  3 104 
k3io6(i).. 

(1)  A  la  bibliothèqiM  de  Rein»  sont  cooierrées  5o  lettres  de  Baboa  de  La  Boardaittèn. 
do  f^ {ofllac  i560  an  s  arril  i56i, et  dos5  mars  1 563aB8  ^Tier  1564. EIktoiit  été pmbhtn 
•CNM  ce  titra  :  c  Corrtspomddnce  de  PkiUbert  Bskm  et  Le  Momrdêkière,  rf>éff 
itAmiOuUmê,  étpuis  csréinéi^  ûmbmsidtur  à  Rome^  pmkiiét  tmr  U  wuamaerit  et  U 
hibUotkèqui  de  Reims  var  E.  Henry  et  Ch.  Loriqnet;  Rdm».  P.  Dobois.  iSSç,  «-8. 


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UABBÉ   SICARD 

MASSACRES    DE    SEPTEMBRE    1792 


L'abbé  Roch-Ambroise  Sicard,  successeur  de  l'abbé  de  PÉpée  dans 
Véducation  des  sourds-muets,  était  en  prison,  comme  beaucoup  de  ses 
collègues,  à  l'époque  des  massacres  de  septembre.  Détenu  à  la  chambre 
d'arrêt  du  comité  de  surveillance  de  la  section  des  Quatre-Nations,  il 
était,  le  4  septembre  1792,  sur  le  point  d'être  mis  à  mort,  lorsqu'il 
écrivit  au  président  de  PAssemblée  nationale  la  lettre  suivante  (i)  : 

Monsieur  le  Président, 

C'est  à  vous-même  que,  sur  ce  chiffon  de  papier,  le  seul 
que  j'aie  pu  me  procurer,  je  me  hâte  de  vous  apprendre,  le 
désespoir  dans  Pâme,  que  le  peuple  de  la  section  des  Quatre- 
Nations  demande  ma  tête  et  que,  dans  une  heure  au  plus,  je  ne 
vivrai  plus,  si,  dans  votre  sagesse,  vous  ne  trouvez  quelque 
moyen  de  me  sauver.  Ah!  de  grâce,  faites-moi  transférer 
prisonnier  dans  quelque  comité  de  TAssemblée  nationale. 

Sicard,  instituteur  des  sourds-muets. 

A  la  chambre  d'arrêts  du  comité  de  surveillance  de  la 
section  des  Quatre-Nations,  ce  4  septembre. 

(1  Cette  lettre  et  les  pièces  suirantes  font  partie  de  It  belle  collection  révolutionnaire 
de  M.  B.  FOlon. 


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128  REVOE   DES  DOCOMBNTS    HISTORIQUES 

L'adresse  portait  ces  mots  : 

A  Monsieur,  Monsieur  le  président  de  l'Assemblée  natio- 
nale, pour  conserver  la  vie  d'un  citoyen  (i). 


•^ 


Cette  lettre,  souillée  de  sang,  fat  portée  à  TAssemblée  natiooak  qui, 
alors,  n'était  pas  en  séance.  ReuToyée  au  Comité  d'instruction  publique, 
elle  produisit  un  effet  tel  que  le  secrétaire  de  ce  Comité,  Gilbert 
Romme,  rédigea  aussitôt  une  note  pressante  pour  la  Commune  de 
Paris.  En  voici  le  texte  : 

M.  Tabbé  Sicard  fait  entendre  le  dernier  cri  du  désespoir 
pour  appeller  à  son  secours  TAssemblée  nationale  qui,  dans 
cet  instant,  n'est  pas  en  séance.  Le  tems  presse  et  Thuma- 
nité,  la  justice,  nous  font  un  devoir  de  prendre  la  première 
mesure  qui  se  présente  à  nous.  Vous,  Messieurs,  qui  avez  la 
confiance  du  peuple,  faites  un  dernier  effort  pour  rappeller 
ceux  qui  demandent  aujourd'hui  la  tête  de  M.  Sicard  à  la 

(i)  Sar  le  fac-similé  de  l'adretse,  oa  a  marqué  la  place  de  la  tache  de  tafig« 


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l'abbé  sicârd  129 

clémence  quUls  montrèrent  hier  et  qui  les  honora  aux  yeux 
de  tous  les  amis  de  la  liberté  (i).  Nous  vous  envoyons  le 
billet  de  M.  Siccard.  Ces  lignes,  tracées  dans  Pagitadon  d'une 
âme  désespérée,  sont  faites  pour  faire  une  profonde  impres- 
sion sur  les  âmes  sensibles. 

4  septembre,  Tan  4  de  la  liberté,  le  premier  de  Tégalité. 

Constant  Saint-Estève.        G.  Rommb,  secrétaire. 

Brunel.  F.-V.  Mulot. 

Brugonas  (?). 

L'Assemblée  nationale,  pendant  ce  temps,  rentra  en  séance,  et  rendit 
le  décret  suivant  : 

«  L'Assemblée  nationale  décrète  que  l'abbé  Sicard  sera  rendu  à  ses 
fonctions  et  qu'il  est  sous  la  sauve  garde  delà  loi.  »  , 

Aussitôt  la  lettre  de  Romme  et  le  décret  furent  envoyés  au  Conseil 
général  de  la  Commune,  qui  dépécha  un  de  ses  membres,  Guirault,  de 
Bordeaux,  à  l'Abbaye.  Là,  ce  citoyen  parvint  à  arracher  l'abbé  Sicard 
aux  assassins  et  à  le  ramener  au  sein  de  l'Assemblée.  On  dressa  pro- 
cès-verbal du  fait  : 

Extrait  du  procès-verbal  de  la  Convention  nationale  du 
4  septembre  1792,  Pan  premier  de  la  République  française. 

Un  membre  de  la  Commune,  M.  Guirault,  vient  annoncer 
à  l'Assemblée  qu'il  a  arraché  à  une  mort  presque  certaine 
Tabbé  Siccard,  élève  de  Tabbé  de  TÉpée,  qu'il  s'est  mis 
entre  le  peuple  et  lui,  et  qu'aiant  été  assez  heureux  pour  le 
sauver,  il  vient  le  présenter  au  Corps  législatif. 

L'Assemblée  nationale  applaudit  au  dévouement  du  sieur 
Guirault,  et  décrète  la  mention  honorable  dans  son  procès- 
verbal. 

CoUationné  à  Toriginal  par  nous,  secrétaires  de  la  Con- 
vention. 

(1)  Romme  fiut  allosion  à  Cazotte  et  à  Sombreail,  qui  forent,  grâce  i  Tadmireble  dérooe- 
ment  de  kors  filles,  arrtcbét  à  la  mort. 

TOBiE  rv  17 


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l30  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

A  Paris,  ce  la  décembre  1792,  Tan  premier  de  la  Rqra- 
Uique  française. 

L.-M.  Lepeletier,  secrétairt 
OssELiN,  secrétaire.  L.-A.  S*-Just,  s~. 

Le  6  septembre,  le  Comité  de  sanreilUnce  de  la  secdon  des  Qnttrt- 
Nations  ordonna  de  restituer  au  cito]ren  Sîcard  les  dth  de  ses  pro- 
priétés. 

Le  comité  de  surveillance  de  la  section  des  Quatre-Nations 
donne  pouvoir  au  citoyen  Plongeur  (?),  Tun  de  ses  membres, 
de  se  transporter  au  comité  de  surveillance  générale  de  polia 
et  de  sûreté  pour  retirer  les  defe  du  citoyen  Sicard,  institu- 
teur des  sourds  et  muets,  afin  que  ce  citoyen  jouisse  de 
la  liberté  de  ses  propriétés  à  lui  rendues  par  décret  de  l'As- 
semblée nationale. 

Au  Comité  de  surveillance  de  la  section  des  4  Nations,  le 
6  septembre  1792,  Tan  4*  de  la  liberté  et  le  i*'  de 
régalité  (i). 

Le  Gangneur,  Barbot, 

Commifuirc  de  police.  Gonniifleairc. 

(I)  La  pièce  est  tignée  cTim  tfXMdème  pertoonige,  dont  le  nom  est  iltitible. 


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DESTRUCTION  DE  L'ABBAYE  DE  CLUNY 


Les  trois  lettres  suivantes,  émanées  du  ministre  de  l'intérieur  Chaptal, 
témoignent  des  efforts  que  fit  ce  savant,  sous  le  Consulat,  pour  empêcher 
la  destruction  de  Tantique  abbaye  de  Cluny.  On-  sait  que  ces  efforts 
furent  vains  et  que  l'église  de  Cluny  et  ses  dépendances  furent  cédées 
pour  le  prix  dérisoire  de  5o,ooo  francs  à  des  industriels,  qui  en  ven- 
dirent les  matériaux  en  détail  (i).  Il  ne  reste  aujourd'hui  de  cet  illustre 
monument  que  le  clocher  et  la  belle  chapelle  Bourbon  où  on  conserve 
quelques  chapiteaux  admirables  provenant  de  l'église. 

Liberté.  Égalité. 

Paris,  le  27  frimaire  an  9  de  la  République  française, 
une  et  indivisible  (2) 

Le  Ministre  de  Pintérieur,  par  intérim, 
au  Ministre  des  finances. 

J^apprends,  mon  cher  collègue,  que  P Église  de  la  ci- 
devant  abbaye  de  Cluni  va  être  détruite  entièrement  par 
des  acquéreurs  qui  ont  déjà  commencé  sa  démolition  pour 
en  vendre  les  matériaux.  Les  habitants  avaient,  dit-on,  le 
projet  de  faire  de  ce  local  une  maison  d^éducation  pour  les 
conmiunes  qui  Favoisinent.  Ils  promettaient  de  le  faire 
recouvrir  à  leurs  frais,  si  on  voulait  empêcher  la  destruction 
d^un  édifice  qui  a  été  vendu  contre  les  dispositions  des  lois, 
puisque  les  acquéreurs  ont  obtenu  pour  une  sonmie  de  cin- 
quante mille  francs  ce  qui  en  vaut  plus  de  deux  cent  mille. 
Il  serait  donc  intéressant,  sous  plusieurs  rapports,  et,  parti- 
culièrement, sous  celui  de  l'architecture,  de  conserver  un  ' 

*"  (1)  Histoire  de  Vabbaye  de  Cluny,  par  H.  Champly;  Mieoo,  1866,  in-i3,  p.  371. 
(3)  18  décembre  1800. 


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l32  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOKIQUES 

monument  construit  au  commencement  du  x"**  ^ède^  et 
dont  la  conservation  est  si  parfaite  qu'il  paraît  sortir  de  la 
main  des  ouvriers. 

Vous  sentez,  mon  cher  collègue,  le  double  avantage  qu^il 
y  aurait  d'annuler  une  vente  aussi  désavantageuse  et  où  U 
nation  a  été  lésée  de  plus  d'outre-moitié.' 

Je  vous  invite  donc  à  vous  faire  présenter,  le  plutiât  pos- 
sible, un  rapport  sur  cette  affaire,  et  à  vouloir  bien  me  doo- 
ner  connaissance  de  la  décision  que  vous  aurez  cru  devoir 
prendre  sur  un  objet  de  cette  importance. 

Je  vous  salue, 
Chafwll. 

Liberté.  Égalité. 

Paris,  le  14  prairial  an  9  de  la  République  française,  une 
et  indivisible  (i) 

Le  Ministre  de  Tintérieur 
au  Ministre  des  finances. 

J'apprends,  mon  cher  collègue,  que,  malgré  les  ordres 
que  vous  aviez  donnés  de  suspendre  la  démolition  de  Tabbaye 
de  Cluny,  sans  vous  prévenir  des  résultats  des  mesures  que 
vous  avez  indiquées,  et  sans  avoir  reçu  des  instructions  ulté- 
rieures, le  Préfet  du  département  de  Saône-et-Loire  s'est  per- 
mis d'accorder  aux  acquéreurs  de  ce  monument  la  main- 
levée des  oppositions  mises  i  leurs  travaux. 

Comme  ce  monument  est  un  des  plus  intéressans  de  ceux 
qui  nous  restent,  par  l'époque  i  laquelle  il  a  été  ^construit, 
par  la  beauté  et  la  pureté  de  son  architecture,  conmie  il  est 
essentiellement  lié  à  l'histoire  de  la  nation; 

D'un  autre  côté,  comme  il  conste,  par  les    considérans 

(1)  3  juin  1801. 


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DESTRUCTION  DE  l' ABBAYE  DE  CLUNY         l33 

même  du  Préfet,  que  les  acquéreurs  n'ont  pas,  à  beaucoup 
près,  payé  la  valeur  réelle  de  ce  monument. 

J'ai  écrit  sur-le-champ  au  Préfet  pour  le  blâmer  d'avoir 
autorisé  la  démolition,  sans  en  avoir  reçu  des  ordres  ulté- 
rieurs, pour  lui  ordonner  de  les  faire  suspendre  sur-le-champ 
jusqu'à  ce  que  les  consuls,  à  qui  je  vais  exposer  la  nécessité 
de  conserver  ce  monument,  ayent  déterminé  l'indemnité  à 
accorder  aux  propriétaires. 

Je  vous  préviens  de  cette  mesure,  mon  cher  collègue,  afin 

que  vous  veuilliez  bien  concourir  avec  moi  à  la  conservation 

de  ce  beau  monument,  et  donner  en  conséquence  les  ordres 

les  plus  prompts. 

Je  vous  salue  cordialement. 

Chaptal. 

Liberté.  Égalité. 

Paris,  le  24  thermidor  an  9  de  la  République  française, 
une  et  indivisible  (i) 

Le  Ministre  de  Tintérieur 
au  Ministre  des  finances. 

Mon  cher  collègue,  d'après  la  lettre  et  le  rapport  du  Préfet 

de  Saône-et-Loire  sur  la  situation  de  Tabbaïe  de  Cluny  et 

sur  rimpossibilité  de  conserver  ce  monument,  je  cesse  toutes 

démarches  à  cet  égard,  mais  je  vois  avec  douleur  que  Tin- 

fluence  d'un  gouvernement  réparateur  n'ait  pu  sauver  un  de 

nos  édifices  les  plus  intéressans  pour  l'histoire  et  pour  les 

arts. 

Je  vous  salue  très-cordialement. 

Chaptal. 
Ces  documents  sont  empruntés  à  la  collection  de  M.  B.  Fillon. 
(i)  la  août  1801. 


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HONORIUS   III 


Bulle  du  ptpe  Honorios  III  autorisant  les  Frères  Prêcheurs  à  oââxtr 
la  messe  sur  un  autel  portatif  (i). 

C'est  Saint  Dominique  qui,  lors  de  son  dernier  séjour  à  Rome, 
obtint  cette  faveur  du  souverain  pontife.  Il  mourut  le  6  août  de  h 
même  année.  La  bulle  est  du  a  des  nones  de  mai  de  l'année  laai. 

Honorius,  episcopus,  senrus  seryorum  Dei,  dilectis  filiis 
fratribus  de  ordine  Predicatorum,  salutem  et  apostolicam 
benedictionem.  Postulastis  a  nobis  ut,  cum  extra  dvitates 
et  villas  frequentiua  existada,  nec  vobis  expédiât  per  bajos- 
modi  locadiscurrere  pro  divinis  offidis  audiendis,  cdebrandi 
vobis  ubi  Conventus  de  ordine  vestro  fuerit  super  altare 
portatile  licentiam  preberemus,  Nos  autem  id  vestris  postu- 
lationibus  inclinati  concedimus  sine  juris  prejudido  alieni 
Datum  Laterani  II  nonarum  noaii  Pontificatus  no$tri  anno 
quinto  (2). 

Cette  pièce  hit  partie  de  la  collection  de  M.  Benjamin  Fillon. 

(i)  U  ii*ti  ptt  trouvé  cette  balle  daat  l«  rccBefl  dlanooent  QroB  :  CmKpiUiio  £>lil»- 
anm  dêorfUUiwm  HamtrU  III;  TooImm.  1645,  ia-foL 
(s)  6  mai  133 1. 


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FRANÇOIS-HUBERT    DROUAIS 


François-Hubert  Drouais,  né  â  Paris  le  14  décembre  1727,  fut  un 
portraitiste  habile  et  mourut  dans  sa  ville  natale  le  21  octobre  1775. 
Mon  ami,  M.  Maurice  Toumeux,  a  retrouvé,  dans  les  archives  d'un 
notaire,  Finventaire  de  la  succession  de  ce  peintre.  Il  m'a  autorisé  à 
publier  ce  document  qui  intéresse  l'histoire  de  l'art  et  des  mœurs  au 
scviii^  siècle. 

L'an  mil  sept  cent  soixante  quinze,  le  mardy  douzième 
jour  décembre,  trois  heures  de  relevée,  i  la  requête  de 
demoiselle  Anne- Françoise  Doré  (i),  veuve  du  s'  François- 
Hubert  Drouet,  Peintre  du  Roy,  conseiller  de  l'Académie 
Royale  et  premier  peintre  de  Monsieur,  frère  du  Roy,  de- 
meurante à  Paris,  rue  Saiht-Honoré,  paroisse  Saint-Roch,  en 
son  nom  à  cause  de  la  communauté  de  bietis  qui  a  été  entre 
elle  et  le  feu  s'  son  mary,  qu'elle  se  réserve  d'accepter  ou  d'y 
renoncer,  ainsy  qu'elle  jugera  à  propos,  et  comme  tutrice 
de  Marie- Anne-Louise  Drouet  et  Germain- Jean  Drouais, 
leurs  enfants  mineurs. 

En  présence  de  M.  Jean-Baptiste-Bernard  Lutton,  avo- 
cat et  greffier  au  parlement,  demeurant  rue  Sainte- Anne, 
même  paroisse,  oncle  paternel  desdits  mineurs  et  leur  su- 
brogé tuteur. 

La  d*  veuve  Drouet  et  le  s'  Lutton,  élus  chacun  à  leur 
égard  à  ces  charges  par  sentence  homologative,  de  l'avis 
des  parents  et  amis  des  mineurs,  rendue  par  M.  le  Lieu- 
tenant civil  au  Châtelet  le  vingt  un  novembre  dernier,  en- 
suitte  de  laquelle  est  l'acceptation  qu'ils  ont  chacun  à  leur 
égard  fait  de  ces  charges  le  vingt  huit  du  même  mois  au 

(i)  FrtDçoU-Habert  Drooait  avait  épousé,  à  Saint-Roch,  le  7  juillet  1758,  Aone-Fran- 
çoiae  Doré.  (a.  ùictUmnaire  de  Jal.). 


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l36  ftSVUE  DES  DOCCMENTS  HlSTOtlQUES 

registre  de  M.  L^as^grefifier  de  U  diambre  dvUe  dodh  Cht- 
telet,  et  sous  la  réserve  faite  par  ladite  dame  d^aco^ier  b 
garde  bourgeoise  de  ses  deux  enfants,  si  eUe  le  juge  A  prtj^os, 
laquelle  réserve  elle  réitère. 

Lesdits  mineurs  habiles  à  se  dire  et  porter  héritier  diacoa 
pour  moitié  du  sieur  leur  père. 

A  la  conservation  des  droits  et  actions  des  part^  es  noms 
et  qualités  et  de  qui  il  appartiendra,  il  va  être  par  les  cmneîl- 
1ers  du  Roy,  notaires  au  Châtelet  de  Paris  soussignés,  €ût 
ensuite  du  présent  intitulé  fidel  inventaire  et  exacte  descrip- 
tion de  tous  les  meubles  meublans,  ustensiles  de  ménage, 
habits,  linges,  hardes,  argenterie,  deniers  comptants,  tableaux, 
gravures,  estampes,  titres,  papiers,  renseignements  et  autres 
effets,  dépendant  desdites  communauté  et  succession  dodit 
sieur  Drouet,  trouvés  et  étant  dans  les  lieux  cy-après  déclarés 
dépendans  d'une  maison  sise  à  Paris,  passage  Saint  Roch, 
dont  est  propriétaire  la  fabrique  Saint  Roch  et  où  le  s'  Drouet 
est  décédé  le  a  i  octobre  dernier. 

Sur  la  représentation  et  mise  en  évidence  qui  en  sera  faite 
aux  notaires  soussignés  par  ladite  dame  veuve  Drouet,  après 
serment  fait  tant  par  elle  de  tout  représenter  fidèlement  sans 
rien  cacher  ny  détourner,  et  par  François  Glaise,  domestique 
au  service  de  ladite  dame,  et  ce  qui  étoit  à  cduy  du  sieur 
Drouet,  lors  de  son  décès,  demeurant  en  ladite  maison,  à  ce 
présent,  de  n'avoir  aucune  connoissance  qu'il  ait  été  rien 
caché  ni  détourné  par  qui  que  ce  soit,  sous  les  peines  de  droit 
en  pareil  cas  introduites,  qui  leur  ont  été  expliquées  et  qu'elles 
ont  dit  comprendre. 

La  prisée  des  choses  y  sujettes  sera  faite  par  m*  Spire- 
Charles  Poupet,  huissier  commissaire  priseur  au  Châtelet  de 
Paris,  y  demeurant  rue  du  Four,  faubourg  Saint  Germain, 
paroisse  Saint  Sulpice,  à  ce  présent,  lequel  fera  cette  prisée 
eu  égard  au  cours  du  temps,  ainsy  qu'il  suit  : 

Par  ces  mêmes  présentes  ledit  sieur  Lutton  en  sadite  qua- 


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FRANÇOIS-HUBERT    DROUAIS  lij 

lité,  a  nommé  pour  donner  son  avis  sur  restimation  des  ta- 
bleaux, gravures,  estampes  dépendant  desdites  communauté 
et  succession,  le  s*"  Folio,  marchand  de  tableaux,  demeurant 
à  Paris,  rue  Montmartre,  paroisse  S*  Eustache,  lequel, 
pour  ce  présent,  a  promis  de  donner  son  avis  sur  ladite  esti- 
mation en  son  âme  et  conscience  après  serment  par  luy  à  cet 
effet  prêté  entre  les  mains  des  notaires  soussignés,  à  laquelle 
estimation  qui  sera  faite  par  ledit  M.  Poupet,  de  l'avis  dudit 

sieur  Folio,  ladite  veuve  Poupet  a  dit  qu'elle  sera et  ont 

les  parties  signé  sous  toutes  réserves  et  protestations  respec- 
tives et  de  droit. 

Premièrement  :  deux  demies  queues  de  vin  rouge,  fût  de 
Mâcon,  prisées  1 80  livres,  cy 180 1. 

Item  cent  bouteilles  remplies  de  pareil  vin  prisées  quarante 
livres,  cy 40 1. 

Quarante  caraffons  de  gros  verre  rempli  de  vin  blanc,  cru 
deTonnerre,  prisées  16  livres,  cy 16 1. 

Huit  demies  bouteilles  de  vin  deMalaga  blanc,  prisées  4  li- 
vres, cy 4 1. 

Quatre  vingt  carafifons  de  gros  verre  vuide,  huit  caraffons 
de  gros  verre  de  six  pintes  chacun,  le  tout  partie  étoile,  prisé 
ensemble  huit  livres,  cy 81. 

Deux  vieilles  planches  à  bouteilles  de  bois  de  sapin  ver- 
moulu et  deux  bouts  de  chantiers  de  bois  de  chêne,  prisé  en- 
semble trois  livres,  cy 31. 

Une  demie  voye  de  bois  de  gravier  scié  en  deux,  prisé 
sept  livres,  cy 7I. 

Dans  la  cuisine  au  quatrième  étage  sur  le  derrière 
ayant  vue  sur  le  passage  Saint-Roch. 

Une  paire  de  chenets,  pelle  et  pincette,  une  pincette,  trois 
gaufifriers,  une  crémillère,  un  tourne  broche  à  manivelle  avec 
sa  chaîne  et  sa  broche  et  d'un  gros  poids  de  pierre,  une  che- 

TOME  IV  18 


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l38  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

vretie,  trois  fers  à  rq>asaer  linge,  trois  grils,  un  tr^ned,  \ 
dessus  de  tourtière,  quatre  poêles  à  frire  et  une  à  marom,  i 
fourgon,  une  pelle  à  four,  une  lechefritte,  une  autre 
lechefritte  et  douze  cafetières»  le  tout  de  fer,  piîsé  fnfmhk 
quarante  livres,  cy 40L 

Sq>t  casseroles  à  queues,  deux  grandes  poâes  à  imifiuwcs 
et  une  poêle  d'office,  quatre  tourtières  de  campagne,  un  ré- 
chaud, trois  feuilles,  le  tout  de  cuivre  rouge,  pmé  m^cmhtr 
cinquante  livres,  cy 5o  I. 

Une  bassinoiredecuivre  rouge  priséetroîslivres^cy        3  L 

Quatre  poêlons,  une  cuillère  à  pot,  deux  martinets,  <)iiatrr 
chaudrons  de  différentes  grandeurs,  une  passoire,  une  ccu- 
moire,  un  moyen  et  un  petit  chandelier  et  un  p<Mte  mou- 
chette,  le  tout  de  cui\Te  jaune,  prisé  ensemble  trente  six  li- 
vres, cy 361. 

Trob  couprets,  deux  hachoirs,  un  grand  couteau  de  cui- 
sine, un  vieux  soufflet,  deux  vieilles  planches  de  bois  desapm 
servant  de  tablettes^  une  planche  à  bouteilles  aussi  de  bois  de 
sapin,  une  vieille  table  de  cuisine  de  bois  de  chêne,  un  saloir 
de  bois  de  chêne  fermant  à  clef,  dans  lequel  ne  s'est  rien 
trouvé,  trois  vieilles  chaises  en  bois  de  hêtre  foncées  de  paille, 
une  jarre  de  Graye  contenant  trois  voyes  d'eau  sur  sable ,  un 
baquet  de  bois  de  tonnellerie,  prisé  le  tout  ensemble  dix-huit 
livres,  cy 18 1. 

Un  buffet  de  bois  de  chêne  à  deux  volets  pleins  par  haut, 
et  deux  par  bas,  fermans  à  clef,  prisé  seize  livres.  .       16 1. 

Une  poivrière  de  fer-blanc  et  dix  pièces  de  potterie  terre 
et  grais,  ne  méritant  description,  prisé  ensemble  vingt  sdk, 
cy il. 

Dans  la  chambre  du  domestique  au  cinquième  étage 
ayant  vue  sur  le  passage  Saint  Roch. 

Une  couchette  à  bas  piliers  et  enfonçure  de  bois,  une  pail- 
lasse de  toile  écrue,  un  matelas  de  laine,  couvert  de  toile  2 


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FRANÇOIS-HUBEtT  DROUAIS  iSg 

carreaux,  une  couverture  de  laine  blanche,  prisé  vingt  livres, 

cy 20 1. 

Quatre  fauteuils  de  bois  de  hêtre  foncé  de  canne,  une  rame 

de  papier  blanc  à  dessiner,  un  gros  paquet  de  crin  dans  son 

enveloppe  de  toile  à  carreaux,  un  tas  de  vieille  boiserie,  une 

petite  paire  de  balances  de  cuivre  jaune,  un  petit  baril  de  bois 

de  tonnellerie,  renfermant  un  boisseau    de  lentilles,  trois 

planches  servant  de    tablettes,   deux  tringles  de   fer,  six 

grands  carrafFons  de  gros  verre  vuide  et  trois  autres  de  con- 

tenence  de  six  pintes  chacun,  prisé  avec  plusieurs  morceaux 

de  toile  peinte  et  damas  de  Caux  et  un  paquet  de  chiffons  ne 

méritant  description,  prisé  le  tout  ensemble  trente  six  livres, 

cy 361. 

Dans  une  pièce  au  quatrième  étage  servant  d'atelier 
ayant  vue  sur  la  rue  Saint-Honoré. 

Une  petite  armoire  en  bibliothèque  de  bois  de  rose  à  deux 
volets  grillés  de  fil  de  laiton,  deux  vieux  fauteuils  de  bois  de 
hêtre  foncés  de  canne,  deux  gradins  de  bois  de  hêtre,  en 
forme  de  fauteuil  foncé  de  paille  satinée,  une  contrépreuve  de 
bois  de  chêne,  quatre  châssis  de  croisée  de  bois  de  chêne  à 
quatre  grands  carreaux  chacun,  le  tout  prisé  ensemble  vingt- 
quatre  livres,  cy 24 1. 

Dans  une  pièce  ensuite  ayant  pareille  vue. 

Une  couchette  à  enfonçure  de  bois,  une  paillasse  de  toile 
éeruë,  deux  panneaux  d'alcôve  de  bois  de  sapin  grillé  et  fil  de 
laiton  avec  deux  vieux  rideaux  de  taffetas  vert,  prisé  neuf  li- 
vres, cy 9I. 

Un  trumeau  de  trois  glaces,  la  première  de  trente  pouces, 
la  seconde  de  vingt,  et  la  troisième  de  sept,  le  tout  de  haut, 
tontes  trois  sur  vingt  pouces  de  large,  avec  bordure  de  bois 
doré,  prisé  trente  six  livres,  cy 36 1. 


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140  REVl'E  DES  DOCCMEirrS  HISTORIQUES 

Deux  petits  pieds  en  consoles,  de  bois  doré,  avec  leurs  tt- 
blettes  de  marbre  rance,  prisé  quatre  livres,  cy. .  .        4I. 

Six  fauteuils  et  une  chaise  de  bois  de  hêtre  foncé  de  canne, 
prisé  six  livres,  cy 6L 

Une  petite  boîte  à  couleurs  en  forme  de  chifiTonnière  ck  bois 
de  noyer,  prisée  trois  livres,  cy 31. 

Dans  une  chambre  au  troisième  étage  ayant  vue 
sur  le  passage  Saint  Rocb. 

Une  armoire  de  bois  de  noyer  à  deux  battans  fermant  à 
clef  avec  sa  corniche  ceintrée  par  haut,  prisée  quarante  hait 
livres,  cy 48 1. 

Une  autre  armoire  de  bois  de  noyer,  à  deux  volets  fermaos 
à  clef,  garnie  de  sa  corniche  quarrée  par  haut  et  de  son  tiroir 
par  bas,  prisée  trente  livres,  cy 3o  L 

Un  buffet  de  bois  de  noyer  à  deux  volets  par  bas  et  deux 
par  haut  fermans  à  clef  avec  corniche  ceintrée,  prisé  cinquante 
livres,  cy 5oL 

Un  autre  buffet  en  forme  de  bibliothèque  à  deux  volets 
par  haut  et  deux  volets  par  bas  grillés  de  fils  de  laiton  avec 
rideaux  de  taffetas  vert,  prisé  trente  deux  livres,  cy.       32  L 

Une  table  de  bois  de  sapin,  sur  son  pied  prisé  de  bois  de 
chêne,  douze  chaises  de  bois  de  hêtre  foncé  de  canne,  un 
petit  miroir  de  toilette,  prisé  ensemble  10  livres,  cy.       10 1. 

Dans  un  cabinet  ensuite  ayant  pareille  vue. 

Une  grille  de  feu  double,  pelle  et  pincette  de  fer  poli  avec 
garniture  de  cuivre  argenté,  prisé  douze  livres,  cy.       12I. 

Une  cheminée  de  deux  glaces,  la  première  de  trente  huit 
pouces,  la  seconde  de  douze,  le  tout  de  haut,  sur  trente  trois 
pouces  de  large,  sur  son  parquet  de  bois  peint  en  blanc  avec 
filets  et  ornements  de  bois  sculpté  doré,  prisée  cent  vingt 
livres,  cy 120 1. 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  I4I 

Une  paire  de  bras  de  cheminée  à  deux  branches  et  bobè- 
ches de  cuivre  en  couleur,  prisé  seize  livres,  cy .  .       i61. 

I>eux  flambeaux  de  cuivre  argenté  avec  leurs  bobèches  pa- 
reilles, six  autres  flambeaux  aussy  de  cuivre  argenté,  prisé 

ensemble  quarante  huit  livres,  cy 48  1. 

Six  tasses  et  six  soucoupes  et  une  tayère  de  porcelaine  des 

Indes,  prisées  six  livres,  cy 61. 

Quinze  lez  de  tenture  de  Damas  des  Indes  jonquille  sur 
deux  aunes  moins  un  quart  de  haut,  avec  encadrement  de 
baguettes  de  bois  sculpté  doré,  une  paire  de  rideaux  de  taffe- 
tas jaune  en  deux  parties  à  deux  lez  chaque  partie  sur  tringles 
de  fer  et  anneaux  de  patin,  prisé  deux  cents  livres,cy.     200 1. 

Huit  fauteuils  en  cabriolets  de  bois  de  noyer  foncé  de 
crin  couvert  de  damas  jaune,  prisés  soixante  douze  livres, 

cy 72 1. 

Six  chaises  de  bois  de  hêtre  foncé  de  paille  satinée,  prisé 

huit  livres,  cy 81. 

Une  couchette  à  bas  piliers  à  fond  sanglé,  un  sommier  de 
crin,  deux  matelas  couverts  de  toile  à  carreaux,  un  lit,  un 
traversin  et  un  oreiller  de  coutil  remplis  de  plumes,  deux 
couvertures  de  laine  blanche,  prisé  cent  livres,  cy  .     100 1. 

Une  autre  couchette  à  fond  sanglé,  un  sommier  de  crin, 
deux  matelas  couverts  de  toile  à  carreaux,  un  lit,  un  tra- 
versin et  un  oreiller  de  coutil  remplis  de  plumes,  deux  cou- 
vertures de  laine  blanche,  prisé  cent  livres,  cy.  .  .     100 1. 

Un  petit  tabouret  foncé  de  crin  couvert  de  velours  d'Utrecht 
jaune,  prisé,  avec  un  soufflet,  trois  livres,  cy  .  .  .        31. 

Dans  une  pièce  ensuite  servant  de  garde  robe. 

Une  petite  couchette  à  bas  piliers  à  fond  sanglé,  un  som- 
mier de  crin ,  deux  petits  matelas  de  laine  couverts  de  toile  à 
carreaux,  un  traversin  de  coutil  rempli  de  plumes,  une  cou- 
verture de  laine  blanche,  un  petit  couvrepieds  d'indienne, 
prisé  soixante  livres,  cy 60 1. 


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14^  REVre  DES  DOCCICENTS  HISTOtIQCES 

Trois  planches  de  bois  de  sapin  servant  de  tablette,  be 
sceau  à  laver  les  pieds,  de  fayance,  un  grand  plateaa  aussi  de 
fajrance,  quatre  petites  mesures  d'éuin,  une  petite  armoirt 
de  bois  de  sapin  et  une  table  de  nuit  de  bois  de  noyer,  pnaé 
ensemble  huit  livres,  cy 8L 

Dans  une  autre  petite  chambre  à  coucher  ensuitie 
ayant  vue  sur  la  rue  Saint-Honoré. 

Une  couchette  à  bas  piliers  à  fond  sanglé,  un  sommWr  de 
crin,  deux  matelas  de  laine  couverts  de  toile  à  carreaux,  im 
lit,  un  traversin  et  oreiller  de  coutil  remplis  de  plumes,  ant 
couverture  de  laine  blanche,  prisé  quatre  vingt  livres, 
cy Sol 

Une  toilette  de  campagne  de  bois,  d'acajou  garnie  de  fer, 
ustensils,  prisés  vingt  livres,  cy ao  1. 

Une  armoire  de  bois  de  chêne  à  deux  volets  fermant  i 
clef  et  prisée  quarante  li\Tes,  cy 40 1. 

Une  commode  de  bois  de  noyer  à  deux  grands  et  deux  pe- 
tits tiroirs  fermans  à  clefs,  garnis  de  mains  et  entrées  de  ser- 
rures  de  cuivre  en  couleur,  prisée  seize  livres,  cy  .       16I. 

Une  petite  pendule  à  cadran  de  cuivre  et  émail  dans  sa 
boîte  de  marqueterie  et  cuivre  et  sur  son  pied  en  console  de 
bois  sculpté  doré,  prisée  trente  six  li\Tes,  cy  .  .  .  .       361. 

Une  paire  de  rideaux  en  deux  parties  de  toile  et  de  cottoo 
blanc  sur  sa  tringle  de  fer,  avec  anneaux  de  potin,  prisé  douze 
'ivres,  cy lal. 

Dix  aunes  de  cours  de  tenture  de  damas  de  Caux  sur  deux 
aunes  moins    un   quart   de  huit,  prisé  vingt-quatre  livres 

cy 24I. 

Un  petit  miroir  de  deux  glaces,  la  première  de  quarante 
deux  pouces,  la  seconde  de  dix  sept,  le  tout  de  haut  sur  vingt 
un  pouces  de  large,  dans  sa  bordure  de  bois  sculpté  doré, 
prisé  soixante  quinze  livres,  cy 75 1. 


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J-RANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  I43 

Dans  le  sallon  étant  ensuite  ayant  pareille  vue. 

Une  grille  de  feu  double,  pelle,  pincette  de  fer  poli  avec 
gdrniture  de  cuivre  argenté,  prisé  dôu2e  livres,  cy.       12 1. 

Une  paire  de  bras  de  cheminée  en  fer  blanc  monté  en 
fleurs  d'émailleà  deux  branches  et  bobèches,  prisé  trois  livres, 

cy 31. 

Une  cheminée  de  deux  glaces,  la  première  de  trente  cinq 
pouces,  la  seconde  ceintrée  de  huit,  le  tout  de  haut  sur  vingt 
six  pouces  de  large,  sur  son  parquet  de  bois  peint  en  vert 
avec  bordures  et  ornement  de  bois  sculpté  doré,  prisé  quatre 

vingt  livres,  cy 80 1. 

Un  entre  deux  de  croisée  de  deux  glaces,  la  première  de 
trente  et  un  pouces,  la  seconde  de  vingt  deux,  le  tout  de  haut, 
sur  vingt  trois  pouces  de  large  sur  son  parquet  de  bois  peint 
en  vert  d'eau  avec  ornements  de  bois  doré,  prisé  soixante  li- 
vres, cy 60 1. 

Un  miroir  de  deux  glaces,  la  première  de  quarante  pouces, 
la  seconde  ceintrée  de  douze,  le  tout  de  haut  sur  trente  quatre 
pouces  de  large,  sur  son  parquet,  et  dans  sa  bordure  de  bois 
sculpté  doré,  prisé  cent  cinquante  livres,  cy.  ...     i5ol. 

Une  commode  de  bois  de  placage  à  deux  grands  et  deux 
petits  tiroirs  garnie  de  mains,  entrées  de  serrures,  sabots  et 
ornements  de  cuivre  en  couleur  avec  son  dessus  de  marbre, 

prisé  soixante  livres,  cy 60 1. 

Une  autre  commode  en  tombeau  de  bois  de  placage  à 
deux  grands  et  deux  petits  tiroirs,  garnie  de  mains,  entrées 
de  serrures,  sabots  et  ornemens  de  cuivre  en  couleur  avec 
sa  tablette  de  marbre  rainé,  prisée  soixante  douze  livrés, 

cy 72 1. 

Une  toilette  de  campagne  de  bois  de  noyer,  prisée  douze 

livres,  cy 12 1. 

Une  pendule  faite  à  Paris  par  Peignart,  à  cadran  Cuivre 
et  émail  sonnant  les  heures  et  demie  heure  dans  sa  boite,  et 


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144  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

sur  son  pied  d'écaillé  verte,  avec  oniements  de  oiivre  en 
couleur,  prisée  cent  vingt  livres,  cy i  ao  l. 

Une  autre  pendule  faite  à  Paris  par  I..efaucheur,  à  cadrm 
de  cuivre  et  émail,  sonnant  les  heures  et  demie  heures  dans 
sa  boite  et  sur  son  pied  de  marquetterie  et  cuivre,  prisée  cent 
vingt  livres,  cy 120L 

Un  petit  secrétaire  de  bois  de  noyer  en  forme  de  pupitre, 
prisé  quinze  livres,  cy 1 5 1. 

Une  petite  table  à  écrire  de  bois  noirci,  une  vieille  tahk  â 
cadrille  cou  verte  de  drap  vert,  prisée  douze  livres,cy.       12  1. 

Huit  fauteuils  en  cabriolet  de  bois  de  noyer  foncés  de  cria 
couvert  de  velours  d'Utrecht  vert,prisécentlivres,cy     100  1. 

Quatre  chaises  de  bois  de  hêtre  foncé  de  crin,  un  pied  en 
console,  de  bois  sculpté  doré  avec  sa  tablette  de  marbre,  prisé 
douze  livres,  cy » 12 1. 

Un  fusil  à  un  coup  sans  nom  d*auteur,  prisé  vingt  livres, 
cy 20  L 

Un  autre  fusil  à  deux  coups  damasquiné,  prisé  .       3o  I. 

Vingt  deux  lez  de  tenture  de  damas  vert  sur  deux  aunes  et 
demi  de  haut,  deux  vieux  rideaux  en  quatre  parties  de  taf- 
fetas vert  hors  de  service,  prisé  deux  cents  livres,cy .  200 1. 

Une  couchette  à  bas  piliers  garnie  de  ses  roulettes  de  bois 
de  Gayac,  fond  sanglé,  un  sonunier  de  crin ,  deux  matelas 
de  laine  couverts  de  futaine  et  toile  à  carreaux,  un  lit  et  un 
traversin  de  coutil  rempli  de  plumes,  une  couverture  de  laine 
blanche,  un  petit  couvrepieds  piqué  de  satin  jonquille,  un 
autre  couvrepieds  piqué  de  satin  blanc  avec  housse  en  bal- 
daquin et  courtepointe  de  satin  et  damas  vert,  prisé  deux 
cent  quarante  livres,  cy 240 1. 

Dans  les  armoires  et  buffets  cy-devant  inventoriés: 

Une  douzaine  d'assiettes  de  fayance  commune,  six  plats  de 
pareille  fayance,  une  soupière  et  son  couvercle  aussi  de 
fayance,  prisé  le  tout  ensemble  trente  livres,  cy  .  .      Sol. 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  146 

Cinquante  pièces  de  verrerie  en  caraffes,  verres,  fioles,  verres 
à  liqueur  et  plateaux,  prisé  ensemble  douze  livres,  cy .       rj  1. 
Dix  douzaines  d'assiettes  de  porcelaine  du  Japon  et  des 

Indes,  prisé  quatre-vingt  livres,  cy Sol. 

Un  mortier  de  marbre  et  son  pilon  de  bois  de  Gayac, 

un.  autre  mortier  et  son  pilon  de  fonte,  un  poids 

et  une  petite  paire  de  balances,  de  cuivre  jaune ,  un  moulin 
à    café  avec  sa  manivelle,  prisé   ensemble  douze  livres, 

cy 12I. 

Trois  plateaux  de  cabaret,  et  quatre  autres  petits  plateaux 
déforme  ronde  de  lacque,  un  petit  moutardier  et  sa  soucoupe 
de-fayance,  de  Sceaux,  prisé  ensemble  douze  livres  avec  une 

saucière  de  terre  blanche,  cy 12I. 

Cent  cinquante  volumes  de  livres,  sujets  de  peinture,  archi- 
tecture et  dévotion,  prisés  soixante  livres,  cy.  ...      60 1. 

Dix  douzaines  de  serviettes  de  toile  pleine  et  à  œil  de  per- 
drix, trente-huit  nappes,  de  différente  [toile  pleine  et  ouvrée, 

prisé  le  tout  ensemble.  .  .  ., ;.....     140 1. 

Une  douzaine  de  tabliers  de  cuisine  et  deux  douzaines*  de 
vieux  torchons,  prisé  comme  vieux  trois  livres,  cy.        3 1. 
Un  service  composé  de  dix-huit  serviettes  et  une  nappe  de 

toile  damacée,  prisé  dix-huit  livres,  cy 18 1. 

Trente-quatre  paires  de  draps  de  lits  de  maître  et  de  do- 
mestiques de  différente  toile  de  ménage,  prisé  trois  cent 

livres,  cy 3ool. 

Dix  huit  taies  d'oreillers,  dont  huit  garnies  de  mousseKne 

brodée,  prisées  douze  livres,  cy 12I. 

Six  douzaines  de  chemises  à  usage  d'homme,  de  toile  de 
Flandres  et  d' Alençon,  dont  une  douzaine  garnie  de  man- 
chettes de  batiste  unie,  trois  douzaines  de  cols  de  mousseline, 
deux  bonnets  de  cotton,  trois  douzaines  de  coiffes  de  nuit, 
(piatre  douzaines  de  paires  de  chaussons,  deux  camisolles  de 
ftanelle  d'Angleterre,  quinze  paires  de  bas,  de  soye  blanche, 
deux  paires  de  bas  de  soie  noire  et  deux  paires  de  bas  de 
TOME  IV  19 


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146  REVUE  DBS  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

laine  noire,  une  douzaine  de  paires  de  bas  de  laine,  fil  et 
cotton,  prisé  ensemble  trois  cents  livres»  cy.  .  .  .    3oo  l. 

Six  bonnets  de  laine  de  Sigovie,  trois  douzaines  de  mou- 
choirs de  toile  blanche,  quatorze  mouchoirs  des  Indes  et 
carreaux  rouges  et  blancs,  prisé  ensemble  quarante  bok 
livres,  cy 48  L 

Deux  rideaux  de  toile  de  cotton  blanche,  prisés  vii^  Kvres, 
cy 20L 

Deux  douzaines  de  chemises  à  usage  de  femme  de  toile  de 
ménage,  une  douzaine  et  demie  de  paires  de  bas  de  fil  et 
cotton  blanc,  quatre  vieilles  paires  de  bas  de  soie  blanche,  une 
paire  de  bas  de  soie  noire,  quatorze  bonnets  piqués,  dooze 
bonnets  ronds  de  mousseline,  partie  garnie  de  petite  dentelle, 
quatre  déshabillés  de  toile  de  coton  blanche,  six  jupoos  pi- 
qués, six  corsets  de  toile  de  cotton  blanche,  quatre  camiscrfes 
de  toile  blanche,  six  paires  de  poches  de  bazin  blanc,  douze 
mouchoirs  de  toile  blanche,  prisé  le  tout  ensemble  avec  buh 
paires  de  manchettes  de  mousseline  unie,  rayée  et  brodée  et 
trois  rangs,  cent  vingt  livres,  cy .     isol. 

Douze  coiffes  et  huit  fichus  de  mousseline,  quatre  mantelets 
aussy  de  mousseline  et  un  paquet  de  chiffons  ne  méritant  des* 
cription,  et  deux  paires  de  petits  rideaux  de  mousseline,  prisé 
ensemble  vingt-quatre  livres,  cy 14 1. 

Il  a  été  vaqué  à  ce  que  dessus  jusqu'à  neuf  heures  sonnées 
par  double  vacation,  à  la  réquisition  des  parties.  Pour  accélérer 
ce  fait,  tout  ce  qui  a  été  ci-dessus  inventorié  a  été  laissé^  du 
consentement  du  sieur  Lutton,  en  sadite  qualité,  en  la  garde 
et  possession  de  ladite  veuve  Drouet,  qui  le  reconnaît  et  s^en 
charge  pour  en  faire  la  représentation  quand,  à  qui  et  aînsy 
qu'il  appartiendra,  et  la  vacation  pour  la  continuation  du  pré- 
sent inventaire  a  été  remise  et  indiquée  àdemain,  mercrectyhuit 
heures  du  matin,  et  ont  les  parties  signé  sous  les  mêmes  ré- 
serves et  protestations  par  elles  cy  devant  faites  et  qu'elle^ 
réitèrent* 


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j 


FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  I47 

Dudit  jour  mercredi  treize  décembre,  audit  an  mil  sept  cent 
soixante  quinze^  huit  heures  du  matin,  en  conséquence 
de  Tassignation  donnée  par  la  clôture  de  la  dernière  va- 

'  cation  à  ce  jourd'huy  et  heure,  il  va  être  par  les  conseillers 
du  Roy^  notaires  au  Châtelet  de  Paris,  soussignés, 
mêmes  requête,   présences    et  qualités    que  cy-devant, 

.  procédera  la  continuation  du  présent  inventaire ,  ainsi  qu^il 
suit: 

Suivent  les  habits,  linges,  hardes  et  dentelles  à  Tusage  du 
feu  sieur  Drouet  : 

Un  juste  au  corps  veste  et  deux  culottes  de  Baracan  gris,  un 
juste  au  corps  veste  et  deux  culottes  de  drap  noisette,  un 
autre  juste  au  corps  veste  et  une  culotte  de  Prussienne  gris  de 
lin,  un  autre  juste  au  corps  veste  et  deux  culottes  de  Gour- 
gouran  cramoisi,  un  juste  au  corps  veste  et  deux  culottes  de 
velours  cerise,  à  petits  bouquets  noirs,  un  autre  juste  au  corps 
veste,  et  une  culotte  de  velours  printemps  capucine,  une  veste 
de  drap  d'or  doublée  de  pluches  de  soie  blanche,  un  juste  au 
corps,  cinq  culottes  de  velours  noir,  un  juste  au  corps  et  sa  veste 
de  petit  velours  à  la  Reine,  coton  et  blanc,  un  juste  au  corps  et 
sa  veste  de  soie  petit  gris  doublé  d'une  fourrure  grise,  un  habit 
veste  et  une  culotte  de  toile  noire,  une  redingotte  et  sa  veste 
d^espagnolette  grise,  prisé  le  tout  trois  cents  livres,  cy    3oo  1. 

Une  paire  de  manchettes  de  dentelle  de  point  d'Alençon, 
une  autre  paire  de  taanchettes  de  dentelle  point  d'Angleterre 
et  deux  paires  de  manchettes  de  dentelle  de  Malines  brodée, 
prisées  comme  vieilles  quarante  livres,  cy 40 1. 

Vingt  deux  paires  de  manchettes  de  mousseline  unie,  rayée, 
brodée  et  garnie  d'effilé,  prisées  ensemble  vingt-deux  livres, 
cy 22 1. 

Un  chapeau  demi  castor  à  mettre  sous  le  bras,  un  autre 
chapeau  demi  castor  uni,  trois  paires  de  souliers  de  veau 
retourné  et  quatre  perruques  en  bourses  et  en  bonnets  de  che- 


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148  REWE   DES  DOGIJiœNTS  HISTOIIQUES 

veux  gris,  deux  bourses  à  cheveux  de  taffetas  noir,  prisé  en- 
semble six  livres,  cy 61. 

Une  ^>ée  d'acier  damasquinée  en  or,  une  autre  épce  d^ackr, 
demi  damasquinée  à  poignée  à  fiiagrammes  d'ai^ent»  ooe 
canne  d'un  gros  jet,  commun,  à  pomme  de  cuivre  dcm,  prisé 
ensemble  dix  livres,  cy loL 

Une  canne  d*un  jet  garni  d'une  pomme  et  vindes  d^oc, 
prisée  cinquante  livres,  cy 5oL 

Suit  la  garderobe  à  l'usage  de  ladite  veuve  Drouet  : 
Une  robe  et  jupons  de  gros  détours  fond  vert  d'eau,  deux 
robes  et  leurs  jupons  de  taffetas  chiné  fond  blanc,  une  robe  et 
jupons  de  poux  de  soie  noire,  une  robe  et  jupons  de  raz  de  saint 
Maur,  une  robe  et  jupons  âe  taffetas  rayé  noir  et  blanc,  une 
robe  et  jupon  d'indienne  fond  rose  à  petits  bouquets,  une  robe 
et  jupon  de  satin  fondcramoisiet  blanc  rayé,  une  robe  et  jupon 
de  velours  à  la  Reine,  fond  cerises  à  grandes  rayes  blanches, 
une  robe  et  jupond'indienne  fond  jaune  à  bouquets,  une  pièce 
d'étoffe  des  Indes  rayée,  fabriquée  d'écorces  d'arbre,  un  cou- 
pon de  douze  aunes  de  satin  blanc,  un  deshabillé  de  satin 
blanc,  une  petite  jupe  et  un  petit  jupon  d'enfants  de  Dauphine 
fond  vert,  un  mantelet  de  taffetas  noir,  un  manchon  en  baril 
de  satin   gris,  prisé   le   tout   ensemble  trois  cent   livres, 

cy 3ool. 

Huit  garnitures  de  différentes  dentelles  d'Angleterre,  point 
d'Argentan  et  Malines  brodée,  une  paire  de  manchettes  à  trois 
rangs  de  vieille  dentelle  fausse  Valenciennes  et  une  autre  paire 
de  manchettes  de  dentelle  de  Malines,  entoilée  d'entoilage, 
prisé  le  tout  ensetnble  soixante  livres,  cy 60 1- 

Suivent  lesdiamans  et  bijoux  : 

Une  paire  de  boucles  de  souliers,  une  paire  de  boudes  de 

jarretières  à  usage  d'homme  à  contours  d'argent,  chappes  et 

ardillons  d'acier,  une  autre  paire  de  boucles  à  contours  de 

cailloux  de  Cayenne  montés  en  argent,  chappes  et  [ardillons 


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FRÂHÇOIS*HUBERT  DROUAIS  I49 

d'acier,  une  paire  de  boutons  de  mandas  de  cristal  de  roche, 
monté  en  argent,  une  boucle  de  col  d'argent,  un  porte  col  d'ar- 
gent avec  son  agrafife,  un  hochet  d'argent  avec  sa  dant  de  cristal 
de  roche,  une  paire  de  boucles  de  souliers  à  usage  de  femme 
à  contours  d'argent  forme  ovale,  chappes  et  ardillons  d'acier, 

prisé  le  tout  ensemble  trente-six  livres,  cy 361. 

Une  paire  de  boucles  d'oreilles  de  jay  noir  monté  en  argent, 
un  petit  anneau  d'or  garni  de  dix  rubis,  une  petite  verge  d'ar- 
gent ,  un  caronilles  d'argent,  prisé  ensemble  douze  livres, 

cy 12I. 

Une  montre  à  usage  de  femme  faite  à  Paris  par  Auniolde, 
dans  sa  boite  d'or  de  Genève,  chaîne  de  Puichebecq,  maillée,  clef 
de  cuivre,  et  petit  cachet  d'agathe  grise  et  arborisée,  monté 

en  or,  prisé  quatre  vingt  livres,  cy 80 1. 

Une  petite  tabatière  de  carton  à  cercles  d'or,  prisé  neuf 

livres,  cy 9I. 

Une  montrée  cadran  d'émaille  faite  à  Paris  par  Hervé,  dans 
sa  boite  d'or  de  Paris,  garnie  de  sa  chaîne  d^acier,  petit  cachet 
d'une  pierre  cornaline,  montée  en  or  et  de  deux  petites  clefs 

d'or,  prisée  cent  livres,  cy 100 1. 

Un  étuy  d'or  en  canonière  pesant  une  once  trois  gros,  prisé 

quatre  vingt  seize  livres,  cy 96 1. 

Une  paire  de  boucles  d'oreilles  de  cocques,  entourées  de 

brillans,  prisées  mille  livres,  cy 1000 1. 

Une  bague  à  usage  de  femme  composée  d'un  diamant 
brillant  d'une  eau  rousse,  prisé  trois  cent  livres,  cy.     3oo  1. 
Une  bague  d'une  agathe  arborisée  entourée  de  brillans, 

prisée  deux  cent  livres,  cy 200 1. 

Une  autre  bague  d'une  agathe  arborisée  entourée  de  trois 
petits  brillans,  prisée  vingt-quatre  livres,  cy .  .  .      24 1. 

Une  autre  bague  en  miniature  représentant  le  feu  roy  Louis 
quinze,  montée  sur  cuvette  et  anneau  d'or,  prisé  neuf  livres, 

cy 9  1- 

Une  bague  à  usage  d*homme  d'un  brillant  entouré  de  dix 


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l50  KETUB  DBS  DOCUMENTS  HlSTOtlQCES 

autres  flnoyens  m<mtée  sur  cuvette  et  aonesu  d'or^  prise  sqit 
cents  livres,  cy 700L 

Suit  la  vaisselle  d'argent  : 

Trefite  cuillères  et  trente  fourchettes  à  boudie,  deux  cék- 
1ères  à  potage,  une  grande  fourchette  à  bouilli,  cinq  caiUèrei 
à  ragoût,  une  cuillère  à  olive,  une  cuill^  à  sucre,  trots  tim- 
bales, sept  cuillères  à  caffé,  une  à  moutarde,  le  tout  d'ai^CDt, 
poinçon  de  Paris,  pesant  vingt-six  marcs,  deux  onces»  ua 
gros,  prisé  à  juste  valeur  et  sans  crue,  comme  vaisselle  platt, 
à  raison  de  cinquante  livres  treize  sols  six  deniers  k  marc, 
revenant  ladite  quantité  audit  prix  à  la  somme  de  treize  cent 
trente  et  une  livres  deux  sols,  cy i33ii.3s. 

Un  grand  plat  à  soupe,  un  plat  à  bouilli,  quatre  plats  d^en- 
trée,  un  grand  et  deux  petits  plats  de  rôts,  le  tout  d'ai^nt, 
poinçon  de  Paris,  pesant  ensemble  quarante  trois  marcs  deux 
onces,  prisé  à  juste  valeur  et  sans  crue  comme  vaisselle  plate 
soudée  à  raison  de  cinquante  livres  neuf  sols  dix  deniers  k 
marc,  revenant  la  dite  quandté  audit  prix  à  la  somme  de  deux 
mille  cent  quatre  vingt  trois  livres  quinze  sols  trois  deniers, 
cy 2i83Li5s.3d. 

Une  écuelle  couverte,  une  autre  écuelle  non  couverte,  deux 
compotiers,  trois  gobelets  à  pieds,  quatre  salières,  deux  co- 
quetiers, un  essais  en  forme  de  tasse,  un  porte  huillio'  avec 
ses  deux  bouchons  de  caraffes,  deux  moutardiers,  une  salière 
et  poivrière,  le  tout  d'argent,  poinçon  de  Paris,  pesant  en- 
semble dix  sept  marcs  six  onces,  prisé  à  juste  valeur  et  sans 
crue  comme  vaisselle,  montée  à  raison  de  cinquante  livres  deux 
sols  quatre  deniers  le  marc,  revenant  ladite  quantité  audit 
prix  à  la  somme  de  huit  cent  quatre  vingt  neuf  livres  onze 
sols  cinq  deniers,  cy 889I.  11  s.  5d. 

Douze  cuillères  à  caffé  de  vermeille  d*  Allemagne  pesant  un 
marc  quatre  onces,  prisé  à  juste  valeur  et  sans  crue,  conmie 
vaisselle  d^ Allemagne,  à  raison  de  trente  neuf  livres  dix  sols 


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FIANÇOI&-HUBERT  DROUÂIS  l5l 

neuf  deniers  le  marc,   revenant  ladite  quantité  audit  prix 
é.    la  somme  de  cinquante  neuf  livres  six  sols  un  denier, 

cy 53  L6s.  I  d. 

Cent  vingt  cinq  jettons  d'argent,  pesant  quatre  marcs  quatre 
gros,  prisé  à  juste  valeur  et  sans  crue,  comme  jettons,  à  raison 
de  cinquante  livres  dix  sept  fois  trois  deniers,  le  marc,  reve- 
nant la  dite  quantité  audit  prix  à  la  somme  de  deux  cent  six 
livres  douze  sols  six  deniers^  cy 206 1.  12  s.  6  d. 


Suivent  les  deniers  comptants 


y 


S'est  trouvé  trois  cent  louis  de  vingt-quatre  livres  chacun 
faisant  ensemble  la  somme  de 7200 1. 

Treize  doubles  louis  de  quarante  huit  livres  chacun  faisant 
ensemble  six  cent  vingt  quatre  livres,  cy 624 1. 

Trois  sacs  de  douze  cent  livres^  faisant  ensemble  trois  mille 
six  cents  livres,  cy 36ool. 

En  écus  de  six  livres  neuf  cent  quarante  deux  livres, 
cy 942I. 

Un  sac  de  sols  de  cinquante  livres,  cy 5ol. 

Deux  sacs  de  sols  de  vingt-cinq  livres  chacun,  faisant  en- 
semble cinquante  livres,  cy 5ol. 

Il  a  été  vacqué  à  ce  que  dessus  jusqu'à  onze  heures  sonnées  : 
ce  fait,  tout  ce  qui  a  été  cy-dessus  inventorié  a  été  laissé,  du 
consentement  du  sieur  Lûtton  en  sa  dite  qualité,  en  la  posses- 
sion de  la  dame  veuve  Drouais  qui  le  reconnaît  et  s*cn  charge 
pour  le  représenter  quand,  à  qui  et  ainsi  qu'il  appartiendra.  Ce 
fait,  les  parties  ont  requis  les  notaires  soussignés  de  se  trans- 
porter de  suite  en  une  petite  maison  sise  à  Paris  rue  de  Cour- 
celles,  faubourg  du  Roulle,  dépendant  desdites  communauté  et 
succession,  pour  y  être  procédé  à  Tinvent^fire  et  description  des 
meubles  et  effets,  qui  garnissent  ladite  maison,  et  ont  signé. 

Obtempérant  auquel  réquisitoire,  les  notaires  soussignés  se 
sontà  rinstant  transportés  avec  ledit  m*  Poupet  et  les  autres 


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l5a  REVUE   DES  DOCmCENTS  HlSTOtlQUES 

parties  à  ladite  maison  rae  deCoorceUesyOÙ  étant  arrivés,  3 
a  été  procédé  en  présence  desdites  parties  es  noms  et  quali» 
à  la  description  et  prisée  des  meubles  meublans,  ustenaks 
de  ménage  et  autres  effets  garnissant  ladite  maison. 

Sur  la  représentation  et  mise  en  évidence  qui  en  sera  fttte 
aux  notaires  soussignés  par  lad.  dame  veuve  Drouet»  aptes 
serment  par  elle  nouvellement  fiait  et  prêté  ès-mains  desd 
notaires  de  tout  représenter  fidèlement  sans  rien  cacber  oi 
détourner  et  par  ladite  dame  et  ledit  Francis  Glaise  de  n'avoir 
aucune  connaissance  quMl  ait  été  rien  détourné  par  qudqoe 
soit,  sous  les  pdnes  de  droit. 

La  prisée  des  choses  y  sujettes  sera  faite  aussi  par  ledit 
M*  Poupet^  ainsy  qu'il  suit,  et  ont  les  parties  signé  sous  les 
mêmes  réserves  et  protestations  par  elles  cy  devant  faites  et 
qu'elles  réitèrent. 

Dans  la  cave  : 

Un  quarteau  de  vin  rouge  cru  d'Orléans,  prisé  trente  livres^ 
cy 3oL 

Cent  vingt  caraffons  de  gros  verre»  rempli  de  vin  nMige  cru 
d'Orléans,  prisé  avec  les  caraffons  quarante   huit  livres, 

cy 48L 

Cent  caraffons  duquel  verre  rempli  de  vin  rouge  cru  de 
Bordeaux,  prisé  dnquanie  livres,  cy 5o  1. 

Soixante  demie  bouteilles  remplies  de  vin  blanc  crû  de 
Marsault  et  de  Pétuval,  prisés  trente  livres,'  çy  .  -      3o  l. 

Trente  caraffons  de  gros  verre,  remplis  d'eau  de  vie  d^Or- 
léans,  prisées  vingt  quatre  livres,  cy 24 1. 

Quatre  ^ingt  caraffons  de  gros  verre  vuide,  partie  étoiles, 
prisés  huit  livres,  cy 81. 

Deux  demies  queues  de  vin  rouge  crû  de  Bordeaux,  prisés 
deux  cents  livres,  cy 200 1. 

Un  quart  de  voye  de  bois  de  gravier,  sdé  en  deux,  prisé 
trois  livres,  cy , 31. 


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FRANÇOIS-HUBERT   DROUAIS  l53 

Dans  la  cuisine  au  rez-de-chaussée  ayant  vue  sur  le 

jardin  : 

Une  paire  de  chenets  à  cran,  pelle,  pincette,  deux  grils,  un 
trépied,  une  poêle  à  frire,  un  tournebroche,  sa  manivelle  et 
sa  broche,  chaîne,  cordage  et  poids  de  fer,  un  garde  feu  de 
trente  deux  feuilles,  une  contenance,  un  réchaud,  deux  ha- 
choirs,  un  couperet,  le  tout  de  fer,  prisé  dix-huit  livres, 

cy i81. 

Trois  casseroles,  une  poêle  à  confiture,  une  tourtière,  le 
tout  de  cuivre  rouge,  et  une  petite  marmite  aussi  de  cuivre 
rouge,  une  écumoire  de  pareil  cuivre,  prisé  dix  huit  li- 
vres  ; i81. 

Deux  poêlons,  un  porte  mouchette,  de  cuivre  jaune,  prisé 

six  livres,  cy 61. 

Cinq  caffetières,  cinq  couvercles,  deux  antonnoirs  de  fer 
blanc,  un  moulin  à  cafFé  et  vingt  pièces  de  potterie  terre  et 
gray,  à  usage  de  ménage,  ne  méritant  description,  un  sceau 
de  tonnellerie,  une  bassinoire,  de  cuivre  rouge,  deux  tamis 
à  passer  le   bouillon,  prisé  le  tout   ensemble  huit  livres, 

cy 81. 

Un  buffet  de  bois  de  chêne  à  deux  volets  pleins  par  haut 
et  deux  autres  par  bas,  fermant  à  clef,  prisé  quarante  huit 
livres,  cy 48  1. 

Dans  ledit  buffet  : 

Cinq  douzaines  d'assiettes,  quatre  saladiers,  douze  plats, 
quatre  caraffes,  un  porte-huilier  et  ses  burettes  de  cristal,  et 
vingt  pièces  de  menue  fayence  à  usage  de  ménage,  prisé  le 
^out  ensemble  douze  livres,  cy 12I. 

Deux  soupières  de  fayence  de  Sceaux,  leurs  couvercles  et 

leurs  plateaux,  prisés  six  livres,  cy 61. 

TOME  IV  20 


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l54  UVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

Dans  un  salon  ensuite  ayant  vue  sur  leîardin  : 

Une  petite  table  de  bois  de  sapin  sur  son  pied  ployant  de 
bois  de  chêne,  une  table  plus  grande  aussy  de  bois  de  sapb 
sur  son  pied  brisé  de  bois  de  chêne,  six  vieilles  chaises  de 
paille  et  six  chaises  de  cannes,  un  balet  de  crin,  un  maicbe- 
pied  de  bois  de  chêne,  un  vieux  soufiBet,  et  un  chandeScr 
de  cuivre  jaune,  prisé  le  tout  ensemble  huit  livres,  cy.         8  L 

Quatre  miroirs  de  deux  glaces  chacun,  la  premià^  de 
quarante  huit  pouces,  la  seconde  de  vingt  de  haut,  toutes  sur 
trente  deux  pouces  de  large,  dans  leurs  bordures  de  bots  sculpté 
doré  et  sur  leurs  parquets  de  bois  peint  en  gris,  prisé  lesd 
quatre  glaces  ensemble  huit  cent  livres,  cy  .  .  .  .     800  L 

Un  baromètre,  une  paire  de  bras  de  cheminée  à  double 
branches,  de  cuivre  en  couleur,  prisé  trentelivres,  cy.       3o  I. 

Une  grille  de  feu  double  à  trob  pommes,  pelle  et  pincette 
de  fer,  prisé  douze  livres,  cy 12 1. 

Dans  une  chambre  au  premier  étage  ayant  vue  sur  la 
cour  et  le  jardin  : 

Une  paire  de  chenets,  pelle  et  pincette  de  fier,  un  poâe  de 
terre  fayence,  avec  ses  bouts  de  tuyaux ,  trente  deux  chaii> 
deliers  de  cuivre  argenté,  six  diaises  de  bois  de  hêtre  foncées 
de  paille,  une  table  i  cadrille  couverte  de  drap  vert,  use 
échelle  de  bois  d'aune,  prisé 24 1. 

Une  commode  de  bois  de  noyer,  à  deux  grands  et  deux 
petits  tiroirs,  garnie  fontes  de  cuivre  en  couleur,  prisée  seize 
livres,  cy 16I. 

Une  cheminée  d^une  seule  glace,  de  trente  un  pouces  de 
haut,  sur  trente  trois  de  large,  sur  son  parquet  de  bois  pdnt 
en  grès  avec  bordures  de  bois  doré,|  prisée  soixante  [livres, 
cy 60I. 

Un  miroir  d^une  seule  glace  de  vingt  un  pouces  de  haut 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  l53 

sur  vingt  quatre  de  large^  dans  sa  bordure  de  bois  doré,  prisé 
trente  livres,  cy Sol. 

Deux  fonds  sanglés  garnis  chacun  d'im  matelas  de  laine, 
couvert  de  toile  à  carreaux,  un  traversin  et  un  oreiller  de 
coutil  rempli  de  plumes,  et  une  couverture  de  laine  blanche, 
prise  quarante  huit  livres,  cy 48 1. 

Quinze  lez  de  tenture  de  vieux  damas  vert,  sur  une  aune 
et  demie  de  haut,  bordé  de  galon  d^or  faux,  quatre  paires  de 
rideaux  de  taffetas  vert,  sur  leurs  tringles  de  fer,  prisé  comme 
très  vieux  soixante  douze  livres,  cy 72 1. 

Une  couchette  à  bas  pilliers  à  fond  sanglé,  un  sommier  de 
crin  et  deux  matelas  de  laine,  couverts  de  toile  à  carreaux,  un 
lit,  un  traversin  et  un  oreiller  de  coutil  remplis  de  plumes, 
une  couverture  de  laine  blanche,  et  une  courtepointe  de  vieux 
damas  vert,  prisé  cent  vingt  livres,  cy 120I. 

Dans  une  petite  chambre  à  côté  ayant  vue  sur  le  jardin  : 

Une  paire  de  chenets,  pelle  et  pincette  de  fer,  prisé  six 
livres,  cy 61. 

Une  couchette  à  bas  piliers  à  deux  dossiers,  un  sommier  de 
crin»  deux  matelas  de  laine,  couverts  de  toiles  à  carreaux,  un 
traversin  et  un  oreiller  de  coutil  remplis  de  plumes,  prisé  cin- 
quante livres,  cy 5ol. 

Un  lit  de  sangle  et  un  matelas  de  laine,  couvert  de  toile  à 
carreaux,  prisé  vingt  livres,  cy 20 1. 

Une  cheminée  d'une  seule  glace,  de  deux  pouces  de  haut, 
sur  vingt  neuf  de  large  sur  son  parquet  de  bois  peint  en 
çrès  avec  bordures  de  bois  doré,  prisé  cinquante  livres, 
cyv, 5ol. 

Une  seringue  et  son  canon  d'étain,  prisé  quarante  sols 
ci 2K 

Un  petit  secrétaire  de  bois  de  noyer  peint  en  rouge,  prisé 
quarante  livres,  cy 40 1. 


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l56  REVUE  DES  DOCUMENTS  HOTOtlQUES 

Dans  ledit  secrétaire  : 

Deux  vieux  parasols  de  taffetas  vert,  privés  six  Imts, 

cy 61. 

Un  microscope  solaire,  prisé  vingt  livres,  cy .  .  .       20L 
Une  serrure  de  sûreté  et  deux  defs^  prisé  quatre  lirrcs, 
cy 4L 

Dans  le  grenier  : 

Un  petit  étaux,  un  tas  de  ferraille  ne  méritant  descriptk>n  et 
un  tas  de  vieux  débris  de  bois,  prisé  ensemble  huit  livres» 
cy 8L 

Dans  une  petite  serre  au  rez-de-chaussée  : 

Un  'établi  de  menuisier,  un  rabot,  un  valet  de  fer,  un 
maillet  de  bois,  deux  barils  de  bois  de  tonnellerie  cerclé  en 
fer,  douze  caisses  remplies  de  petits  arbrisseaux,  comme 
lauriers  roses,  grenadiers  et  orangers  nains,  une  hotte  d'ozîcr, 
une  bêche,  deux  râteaux,  une  vieille  brouette  et  quatre  arro- 
soirs de  cuivre  jaune,  prisé  le  tout  ensemble  soixante^douzê 
livres,  cy 72  L 

Il  a  été  vacqué  à  l'inventorié  cy  dessus  jusqu'à  deux  heures 
sonnées.  Ce  fait,  tout  ce  qui  a  été  cy  devant  inventorié  a  été 
remis  du  consentement  du  sieur  Lutton,  audit  nom,  en  la 
garde  et  possession  de  la  dame  veuve  Drouet,  qui  le  reconnaît 
et  s'en  charge,  pour  le  représenter  quand,  à  qui  et  ainsy  qu'il 
appartiendra,  et  la  vacation  pour  la  continuation  du  présent 
inventaire  a  été  remise  et  indiquée  à  demain  jeudi,  huit  heu- 
res du  matin,  et  ont  signé. 

Dudit  jour  jeudy  quatorze  décembre  mil  sept  cent  soixante- 
quinze,  huit  heures  du  matin,  en  conséquence  de  l'assi- 
gnation donnée  par  la  clôture  de  la  dernière  vacatioe  à 
cejourd^huy  et  heure,  il  va  être,  par  les  conseillers  du  Roy, 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  lij 

notaires  au  Chàtdet  de  Paris  soussignés,  ès*mêmes  requêtes, 
présences  et  qualités  que  cy  devant,  procédé  à  la  continuation 
du  présent  inventaire,  ainsi  qu^il  suit  : 
Suit  rinventorié  des  tableaux,  estampes,  gravures  et  plan- 
ches dépendantes  desdites  communauté  et  succession,  dont 
l'estimation  a  été  faite  par  ledit  M?  Poupet,  en  présence  et 
de  l'avis  dudit  sieur  FoUiot,  ainsy  qu'il  suit  : 

Premièrement  :  N"*  i*'.  Douze  tableaux  prisés  ensemble 

douze  livres,  cy "     12  1. 

N**  2.  Onze  tableaux,  prisés  ensemble  douze  li- 
vres, cy 12  1. 

N**  3.  Vingt  autres  tableaux,  prisés  ensemble.      20  1. 
N''  4.  Treize  autres  tableaux,  prisés  ensemble.       1 2  1. 
N*"  5.  Sept  autres  tableaux,  prisé  ensemble.  .  .        6  1. 
N*  6.  Un  portefeuille  d'académies  au  nombre 
de  trois  cents,  prisé  ensemble  quatre-vingt-seize  li- 
vres, cy 96  1. 

N**  7.  Quatre-vingt-dix  académies,  prisées  en- 
semble       24  1. 

N^  8.  Deux  cents  estampes,  prisées  ensemble .  .      24  1. 
N^  9*  Deux  cent  quinze  estampes,  prisées  en- 
semble quatre' cent  trente  livres,  cy 43o  1. 

N**  10.  Mille  gravures,  prisées  ensemble.  ...     100  1. 
N**  1 1 .  Seize  planches  gravées  à  Teau-forte  par 
M.  Fragonard,   prisées   ensemble  quatre-vingt- 
seize  livres 96  1. 

N®  12.  Six  planches  de  différentes  grandeurs, 
gravées  au  burin,  prisées  ensemble  cent  quarante- 
quatre  livres,  cy 144  1. 

N**  i3.  834  estampes  gravées  au  burin,  prisées 

ensemble  quatre  cent  livres,  cy 400  1. 

N""  14.  23o  estampes  gravées  au  burin,  prisées 

ensemble  cent  quinze  livres,  cy ii5  1. 

Il  a  été  vacqué  jusqu'à  onze  heures  sonnées,  tant  à  l'arran- 


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|58  RBTUI  on  DOCnilENTS  mSTOtlQCES 

gamat  et  dktinctkm  dcsdht  tabkaaz,  estimpes  et  grevme^ 
qu'à  kur estiiiutiûn  et  inventorié;  ce  fût,  iesdîts  tabk— t, 
estampes  et  gravures  ont  été  laissés^  du  OMiaentemeu  àoA 
sieur  Lutton,  audit  nom^  en  la  garde  et  possession  de  la&c 
dame  veuve  Droueti  qui  le  reconnait  et  s'en  cha^e^  pour  cb 
Cairela représentation  ou  en  compte^ quand,  àqui  et  ainsqr  qa^ 
appartiendra,  et  la  vacation  pour  la  continuation  dn  présaa 
inventaire  a  été  remise  et  indiquée  du  consentement  des  pu* 
ties  à  cejourd'hui)  trois  heures  de  relevée,  et  ont  signé  jn«c 
ledit  M*  Poupet  et  ledit  sieur  FoUiot. 

Dudit  jour  jeudy  quatorze  décembre  mil  stpt  cent  soîxaste- 
quinze,  trois  heures  de  relevée,  en  conséquence  de  Pasâ- 
gnation  donnée  par  la  clôture  de  la  vacation  de  ce  num 
à  cejourd'hui  et  heure,  il  va  être,  par  les  conseillers  dn 
Roy,  notaires  au  Chitelet  de  Paris,  soussignés,  es  meaio 
requêtes  et  présences  et  qualités  que  cy  devant,  procédé  à 
la  continuation  du  présent  inventaire,  ainsi  qu'il  suit  : 

Suivent  les  papiers  : 

Premièrement  :  Texpédition  en  parchemin  du  contrat  de 
mariage  d'entre  ledit  feu  sieur  Drouais  et  ladite  dame,  au- 
jourd'hui sa  veuve,  passé  devant  M*  Bontemps,  qui  en  t 
gardé  minute,  et  son  confrère,  notaires  i  Paris,  le  vingt- 
six  juillet  mil  sept  cent  cinquante-huit. 

Par  ce  contrat,  il  a  été  établi  communauté  de  biens  entre 
les  lors  futurs  époux  suivant  la  coutume  de  Paris,  à  l'exclu- 
sion des  dettes  antérieures  au  mariage,  en  faveur  duquel  les 
père  et  mère  du  lors  futur  époux,  lui  ont  constitué  en  dot,  eo 
avancement  d'hoirie  de  leurs  successions  futures,  la  somme 
de  huit  mille  livres,  pour  lesquels  ils  ont  constitué  quatre 
cent  livres  de  rente  perpétuelle,  pour  en  conmiencer  le  paye- 
ment des  arrérages  à  compter  du  premier  juillet  lors  prochain 
seulement. 


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nUNÇOlS-HUBERT  DROUAIS  iSg 

Il  a  été  convenu  qu'an  moyen  de  cette  constitution  de  dot, 
le  survivant  des  sieur  et  dame  Drouais,  père  et  mère,  aurait 
la  jouissance  pendant  sa  vie  du  bien  du  prédécédé,  sans  être 
tenu  d'en  rendre  aucun  compte  audit  sieur  lors  futur  époux, 
à  ses  représentants,  en  demeurant  par  le  survivant  en  vi- 
duité,  et  faisant  faire  bon  et  fidèle  inventaire,  à  l'extinction 
de  laquelle  convention  ledit  sieur  lors  futur  époux  s'est  sou- 
mis pour  luy  et  ses  représentants. 

Ledit  futur  époux  a  déclaré  lui  appartenir  de  ses  gains  et 
épargnes  et  a  promis  apporter  au  mariage  la  somme  de 
mille  cinq  cent  cinquante  livres  en  deniers  comptans,  bijoux, 
tableaux  et  effets  ayant  rapport  à  l'art  de  peinture,  meubles 
meublans,  glaces,  linges,  habits,  bardes  à  l'usage  du  feu 
sieur  Drouais,  dont  la  demoiselle,  lors  ftiture  épouse,  a  dit 
avoir  connaissance. 

Il  a  déclaré  en  outre  luy  être  dû,  pour  diflférens  ouvrages 
par  lui  faits  pour  le  Roy  et  des  particuliers,  environ  la  somme 
de  neuf  mille  livres,  sauf  cependant  les  diminutions  ou  pertes 
qui  pourroient  arriver. 

Les  biens  de  la  demoiselle,  lors  future  épouse,  ont  été  dé- 
clarés consister  en  la  somme  de  deux  mille  six  cents  livres, 
aussy  provenant  de  ses  gains  et  épargnes,  composés  de  dix- 
sept  cent  vingt  livres  de  deniers  comptans,  et  le  surplus  en 
habits,  robes,  linges,  nippes  et  hardes  à  /son  usage;  le  tout 
que  ledit  sieur  lors  futur  époux  a  reconnu  luy  avoir  été 
fourni  et  remis  par  ladite  demoiselle  future  épouse,  envers 
laquelle  il  s'en  est  chargé. 

Et  encore  en  sa  portion  comme  habile  à  se  dire  et  porter 
héritière  pour  un  sixième  de  ses  père  et  mère. 

Des  biens  des  lors  futurs  époux,  il  est  entré  de  part  et  d'autre 
en  communauté,  à  prendre  sur  le  mobilier  jusqu'à  la  somme  de 
mille  livres,  le  surplus,  avec  ce  qui  leur  adviendroit  et  écherroit 
pendant  le  mariage  par  succession,  donation,  legs  ou  autrement, 
leur  a  été  stipulé  propre  et  aux  leurs  de  leur  côté  et  ligne* 


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l6o  REVUE   DBS  DOCUMENTS  HISTOtlQUES 

Le  dooaire  en  ftveur  de  U  fiitore  a  été  fixé  à  deux  ccqks  &- 
vres  de  rente  de  douaire  préfix,  pour  en  jouir  par  elle  soÎTint 
la  coutume,  le  fond  duquel  douaire  a  été  stipulé  propre  an 
enfants. 

Le  préciput  en  fiiveur  du  survivant  en  meubles  de  la  oob- 
munauté,  suivant  la  prisée  de  Tinventaire  et  sans  crue  oa 
en  deniers  comptans,  a  été  fixé  à  la  somme  de  mille  livres. 

Le  remploi  des  propres  aliénés  a  été  stipulé  à  rordinaiit. 

La  faculté  de  renoncer  et  de  rq>rendre  en  faveur  de  h 
lors  future  épouse  et  des  enfants  qui  naîtroient  du  mariage 
a  été  stipulée  dans  toute  son  étendue. 

Laquelle  expédition  a  été  cotée  et  paraphée  par  M*  Roues, 
Tun  des  notaires  soussignés,  et  inventoriée  pièce  unique  de 
la  présente  cotte,  cy Une. 

Deux  pièces  :  la  première  est  l'expédition  de  Tinvoitairc 
fait  après  le  décès  du  sieur  Hubert  Drouais,  peintre  ordinaire 
du  Roy  et  de  son  'Académie  royale  de  peinture,  à  la  requête 
de  demoiselle  Marie-Marguerite  Lusurier,  sa  veuve,  en  son 
nom,  à  cause  de  la  communauté  de  biens  qui  a  été  entre  elk 
et  ledit  défunt  son  mary,  qu'elle  s'est  réservée  d*accepter  ou 
y  renoncer  ainsi  qu'elle  aviseroit,  que  comme  ayant  droit  de 
jouir  en  usufruit  au  moyen  des  dotations  par  elles  laites, 
conjointement  avec  ledit  défunt  sieur  son  mari,  à  ses  enfants, 
des  biens  de  la  succession  du  prédécédé. 

Puis  i  la  requête  dudit  sieur  François-Hubert  Drouais, 

Puis  de  M.  Jean-Baptiste-Bernard  Lutton,  avocat  et  gref- 
fier au  parlement,  et  de  demoiselle  Marie- Etiennette  Drouais, 
son  épouse,  de  luy  autorisée^  avec  laquelle  il  est  déclaré  être 
commun  en  biens. 

Ledit  s'  Drouais  et  lad.  d*  Lutton,  frère  et  sœur,  ger- 
mains habiles  à  se  dire  et  porter  héritiers,  chacun  pour 
moitié,  dudit  feu  sieur  Hubert  Drouais,  leur  père,  par  la  clô- 
ture duquel  inventaire,  fait  par  M*  Lepot  d'Auteil,  Tun  des 
notaires  soussignés,  le  i3  mars  1767  et  jours  suivants,  clos 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  l6l 

en  justice  le  huit  octobre  suivant,  tout  le  contenu  en  iceluy  a 
été  laissé  en  la  possession  de  la  dame  veuve  Drouais. 

La  deuxième  et  dernière  est  l'expédition  du  procès-verbal 
de  vente  faite,  après  le  décès  duditsieur  Drouais,  par  M*  Bresse, 
huissier  priseur,  le  8  avril  1767  et  jours  suivans. 
Ces  deux  pièces  inventoriées  Tune  comme  Tautre. 
1\  va  être,  de  la  réquisition  des  deux 

parties,  procédé  sur  l'inventaire  cy  dessus  décrit  au  recolle- 
ment des  papiers  qui  y  sont  inventoriés  ainsy  qu'il  suit  : 
La  pièce  unique  de  la  cote  première  est  en  nature. 
La  pièce  unique  de  la  cote  deux  est  aussi  en  nature. 
La  pièce  unique  de  la  cote  sept,  de  même  en  nature,  c'est 
l'expédition  en  parchemin  du  contrat  passé  devant  M*  Bil- 
leheu,  qui  en  a  gardé  minute,  et  son  confrère,  notaire  à  Paris, 
le  27  novembre  1761,  contenant  vente  par  Marie- Alexandre- 
Nicolas    Baillot,   écuyer,  avocat  au  parlement,  Prosper- 
Maurice  Musnier,  Ecuyer,  conseiller  du  Roy,  auditeur  des 
comptes,  et  dame  Marie-Madeleine  Baillot,  son  épouse,  audit 
feu  sieur  Drouais  père,  et  son  épouse,  une  maison  sise  à 
Paris,  faisant  l'encoignure  de  la  rue  des  Orties  et  de  celle 
des  Moineaux  au  long,  désignée  en  ladite  vente,  faite  moyen- 
nant la  somme  de  vingt-six  mille  livres. 

En  interrompant  le  Recollement  : 

Un  écrit  fait  double  sous  signatures  privées,  le  i3  juillet 
dernier,  par  lequel  le  feu  sieur  Drouais  et  les  siens,  et 
dame  Lutton,  ont  donné  à  loyer,  pour  trois,  six  ou  neuf  an- 
nées, qui  commenceront  le  i*'  octobre  1776,  et  promis  faire 
jouir,  à  M.  Nicolas  Longuet,  marchand  épicier  à  Paris,  et 
demoiselle  Marie-Françoise-Mainque  Bourgeois,  son  épouse, 
de  luy  autorisée,  acceptant,  une  boutique  faisant  d'encoi- 
gnure desd.  rues  des  Orties  et  des  Moineaux,  une  autre  bou- 
tique attenante  servant  de  salle,  deux  chambres  à  Tentresol 
au  dessus  desdites  boutiques,  une  cave  au  dessous  de  la 
TOME  IV  21 


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l6a  RBVUB  DBS  DOCUMSinS  mSTOtlQITES 

première  boutique,  et  trois  sous  caves  ao  dessous  qm  k 
communiquent,  le  tout  d^>endant  de  ladite  maisc»  faîsas 
Tencoignure  desdites  rues. 

.  Ce  bail  est  fait  aux  charges,  clauses  et  oooditioiis  y  ex- 
primées, et  moyennant  mille  livres  de  loyer,  par  dbêaat 
année. 

Cette  pièce  inventoriée  unique  de  la  présente  coïc 
cy -       Trois- 

Suite  du  Recollement  : 

Les  quatre-vingt-quatre  pièces  de  la  cote  huit,  les  doq 
pièces  de  la  cote  neuf,  sont  en  nature. 

Les  quatre  pièces  de  la  cote  dix  :  les  première  et  troisième 
sont  en  nature,  les  deuxième  et  quatrième  sont  en  déficit. 

En  interrompant  le  Recollement  : 

Une  action  des  Indes,  de  deux  mille  cinq  cents  livres,  signé 
de  Nory,  pour  la  compagnie,  en  vertu  de  la  délibération  do 
six  juin  1770,  surmontée  d'un  coupon  de  62  livres  10  sols, 
pour  les  six  derniers  mois  de  la  présente  année  1776,  œ 
coupon  numéroté,  ainsi  que  ladite  action,  13405. 

Il  n'a  été  mis  sur  cette  pièce  aucune  cotte  ni  parq>he, 
attendu  sa  nature  d'effet  au  porteur,  mais  la  description  qui 
vient  d'en  être  faite  tiendra  lieu  de  son  inventorié  soi^  la 
présente  cote,  cy Quatre. 

Suite  du  Recollement: 

Les  six  pièces  de  la  cote  onze,  les  soixante-treize  [nècesde 
la  cote  douze,  la  pièce  unique  de  cette  cote  vingt-deux  est  en 
déficit,  les  trois  pièces  de  la  cote  vingt-trois,  la  pièce  unique 
de  la  cote  vingt-cinq,  la  pièce  unique  de  la  o^  vingt-six, 
sont  de  même  en  déficit,  les  quatre  pièces  de  la  cote  vingt* 
sept  sont  en  nature. 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  l63 

Les  quatre  pièces  de  la  cote  vingt-huit,  les  trois  pièces  de 
la  cote  vingt-neuf,  les  cinq  pièces  de  la  cote  trente,  et  les  deux 
pièces  de  la  cote  trente  et  un  sont  en  déficit. 

Les  quatre  pièces  de  la  cote  trente-deux  et  les  trois  pièces 
de  la  cote  trente-trois  sont  en  nature. 

Les  treize  pièces  de  la  trente-quatrième  et  dernière  cote 
sont  en  déficit. 

Une  liasse  de  seize  pièces  :  la  première  est  l'expédition 

d'un  acte  passé  devant  M*  Lepot  d'Auteuil,  l'un  des  notaires 

soussignés,  qui  en  a  minute,  et  son  confrère,  le  28  mars  1770, 

par  lequel  la  dame  veuve  du  sieur  Hubert  Drouais,  pour 

égaler  le  feu  sieur  Drouais,  son  fils,  à  la  dame  Lutton,  qui 

avait  reçu  en  dot  27,407  livres,  lui  a  payé  la  somme  de 

1 1,400  livres,  faisant,  avec  les  huit  mille  livres,  dont  il  a  été 

dette  par  son  contrat  de  mariage,  cy  devant  inventorié  sous 

la  cote  première,  19,400  livres,  A  l'égard  des  huit  mille  livres 

restans,  la  dame  veuve  Drouais  a  obligé  sa  succession  de  le 

payer  audit  sieur  Drouais,  par  privilège  et  préférence  sur 

les  plus  clairs  et  apparents  biens  de  sa  succession  lors  de 

son  ouverture  et  sans  intérêt  jusqu'à  ce  temps. 

La  deuxième  pièce  est  l'expédition  du  testament  de  ladite 
feue  dame  Drouet. 

La  troisième  est  l'expédition  de  l'acte  de  notoriété  fait  après 

le  décès  de  ladite  dame  devant  ledit  M«  Lepot  d'Auteuil,  qui 

en  a  minute,  le  28  janvier  1772,  justificatif  qu'elle  n'a  laissé 

pour  héritiers  que  ledit  feu  sieur  Drouais  et  la  dame  Lutton. 

La  quatrième  est  l'expédition  d'un  acte  passé  devant  ledit 

M*  Lepot  d'Auteuil,  qui  en  a  minute,  et  son  confirère,  le 

22  juin  1772,  contenant  le  partage  des  biens  des  successions 

des  sieur  et  dame  Drouais,  père  et  mère,  entre  ledit  feu 

sieur  Drouais   et   les  sieur  et   dame  Lutton,  lesd.  sieur 

Drouais  et  dame  Lutton,  seuls  héritiers,  et  chacun  pour 

moitié,  de  leurs  père  et  mère. 

Par  ce  partage,  il  est  échu  au  feu  sieur  Drouais  différentes 


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i64  tevuE  DES  Docmamrs  hstouques 

parties  de  rentes,  montant*  en  capitaux  et  arrérages  lers 
échus,  à  la  somme  de  quinze  mille  six  cent  trente-neuf  livres 
un  denier,  sur  quoi  il  a  Cait  soulte  i  la  dame  Lutxon  de  k 
somme  de  41 5  livres  cinq  sols  dix  deniers,  et  il  a  eu  net  dos 
le  mobilier  la  somme  de  trente-huit  mille  six  cent  quant- 
vingt-huit  livres  neuf  deniers;  les  autres  pièces  sont  diffiéras 
mémoires  quittancés  faisant  partie  de  la  liasse  de  dix-oeof 
pièces,  cottées  et  paraphées  au  désir  dudit  partage. 

Toutes  lesquelles  pièces  ont  été  conées  et  paraphées  ps 
première  et  dernière  par  ledit  M*  Rouen,  et  inventoriées,  Tunt 
comme  Tautre,  sous  la  présente  cote,  cy Cinq. 

Deux  pièces  :  grosses  en  parchemin  de  deux  contrats  passés 
devant  ledit  M*  Lepot  d^Auteuil,  qui  en  a  la  minute,  et  son 
-confrère,  un  même  jour  i5  juillet  1770,  contenant  constitu- 
tion, par  M*^  les  commissaires  de  Sa  Mafesté,  en  exécutkxi 
de  Tarrêt  du  conseil  du  20  janvier  1770,  pour  conversîoA 
d'actions  sur  les  fermes  de  cent  cinquante  livres  de  rente 
chacun  au  principal  aussy,  chacun  de  trois  mille  livres,  ces 
deux  contrats  constitués  au  profit  de  la  d^  v*  du  sieur  Drouais 
père,  n^  2638  et  2640. 

Ces  deux  pièces  inventoriées  Tune  comme  Fautre, 
cy Sx. 

La  grosse  d'un  contrat  passé  devant  ledit  M*  Lepot  d^Âu- 
teuil,  Tun  des  notaires  soussignés,  qui  en  a  minute,  et  sos 
confrère,  le.  trente  juin  1770,  contenant  constitution  par 
MM.  les  commissaires  de  sa  majesté,  en  exécution  du  même 
arrêt  du  conseil  du  vingt  janvier  1770,  pour  conversion 
d'effets  de  la  quatrième  iotterie  Royale,  au  profit  de  lad. 
V*  Drouais,  de  trente-quatre  livres  de  rente  perpétuelle  au 
principal  de  six  cent  quatre-vingt  livres,  ce  contrat  n**- 1877, 
inventoriée  pièce  unique  de  la  présente  cote,  cy.  .      Sepi. 

La  grosse  d'un  autre  contrat  passé  devant  ledit  M*  Lepot 
d'Auteuil,  qui  en  a  minute,  et  son  confrère,  le  i3  may  1769, 
contenant  constitution  par  mesd.  sieurs  commissaires,  en 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  l65 

exécution  dudit  mois  de  novembre  1767,  pour  conversion 
d'annuités  au  profit  de  lad.  veuve  Drouais,  de  cinquante  li- 
vres de  rente  perpétuelle  au  principal  de  mille  livres,  ce 
contrat  numéroté  9879,  inventorié  pièce  unique  de  la  pré- 
sente cote,  cy Huit. 

Deux  pièces,  grosses  en  parchemin  de  deux  contrats  passés 
devant  ledit  M'  Lepot  d'Auteuil,  qui  en  a  les  minutes,  et  son 
confrère,  un  même  jour  10  février  1769,  contenant  constitu- 
tions par  MM.  les  commissaires  de  sa  majesté,  en  exécution 
dud.  édit  de  novembre  1767,  au  profit  de  lad.  d*  v*  Drouais, 
pour  conversion  d'effets,  provenant  des  dettes  de  la  gucjrre 
de  la  Marine  et  des  Colonies,  Pun  de  trois  cent  cinquante  li- 
vres de  rente  au  principal  de  sept  mille  livres,  et  l'autre 
de  cent  livres  au  principal  de  deux  milles  livres,  ces  deux 
contrats  numérotés  1 1398  et  1 1399,  inventoriés  l'un  comme 

l'autre,  cy Neuf. 

La  grosse  en  parchemin  d'un  autre  contrat  passé  devant 
les  mêmes  notaires,  ledit  jour  dix  février  1769,  contenant 
constitution  par  mesdits  sieurs  commissaires  en  exécution  du 
même  Edit  pour  conversions  d'effets,  de  l'emprunt  de  cin- 
quante millions,  au  profit  de  ladite  veuve  Drouais,  de  trois 
cent  cinquante-sept  livres  dix  sols  de  rente  perpétuelle  au 
principal  de  sept  mille  cent  cinquante  livres;  ce  contrat  nu- 
méroté 6395,  inventorié  pièce  unique  de  la  présente  cote, 

cy Dix. 

Toutes  lesquelles  parties  de  rente  dont  les  titres  sont  inven- 
toriés sous  les  cotes  six,  sept,  huit,  neuf  et  dix,  cy  devant, 
sont  échues  au  feu  sieur  Prouais,  par  le  partage  des  succes- 
sions de  ses  père  et  mère. 

Quatre  pièces,  les  deux  premières  sous  billet  d'empnmt  de 
la  compagnie  des  Indes,  datées  à  Paris  du  premier  8**^  1769, 
signés  Martin,  de  cinq  cents  livres  chacun,  numérotés  12771 
et  17501.  Les  deux  autres  sont  coupons  d'intérêts  desdits 
billets  de  vingt^dnq  livres,  chacun  pour  la  présente  année. 


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l66  UVOB  DES  DOCDHENTS  HISTOtIQCES 

numérotés  ainsy  que  lesdits  billets^  le  tout  échu  atidit  feu  t 
Drouais  par  ledit  partage. 

Sur  lesquelles  pièces  il  n^a  été  mis  aucunes  cottes  aj 
paraphes,  attendu  leur  nature  d'effet  au  porteur,  mais  li 
description  qui  vient  d^en  être  faite  tiendra  lieu  de  leur  ioTOh 
torié  sous  la  présente  cotte,  cy Onze. 

Deux  pièces  :  la  première  est  la  grosse  d*un  contrat  passé 
devant  M*  Dutartre  qui  en  a  gardé  minute,  et  son  confrère, 
notaires  à  Paris,  le  so  décembre  1759,  contenant  constîtatk» 
par  MM.  les  Prévost  des  Marchands  et  Échevins  de  cette 
ville,  en  exécution  de  TÉdit  d'avril  lySS,  de  cent  linesde 
rente  perpétuelle  assignée  sur  les  Aydes  et  Gabelles  au  prin- 
cipal, au  denier  vingt-cinq  de  deux  mille  dnq  cent  livres, 
n  uméroté  7548  et  du  n""/ .  .  .  de  liquidation  88 1 .600. 

La  deuxième  et  dernière  est  la  grosse  en  parchemin  éa 
titre  nouvel  de  cette  partie  de  rente  passé  devant  k^ 
M*  Lepot  d'Auteuil,  qui  en  a  minute,  et  son  confrère,  k 
2  juin  1 767,  en  exécution  de  TÉdit  de  décembre  1 764,  eisuite 
duquel  est  le  certificat  de  la  chambre  du  pariement  qui  t 
liquidé  cette  partie  de  rente  à  deux  mille  livres,  son  princ^ 
au  denier  vingt,  ce  titre  nouvel  numéroté  881.600. 

Ces  deux  pièces  inventoriées  Tune  comme  Tautre, 
cy Douze. 

La  grosse  d'un  contrat  passé  devant  M*  Bontemps  qui  en 
a  gardé  minute,  et  son  confrère,  le  1 1  avril  1769,  ccmtenam 
constitution  par  MM.  les  commissaires  de  Sa  Majesté  en 
exécution  de  l'Édit  de  novembre  1 767,  au  profit  du  feu  sieur 
Drouais,  pour  conversion  d'annuités  de  trois  cent  trente  livres 
de  rente  perpétuelle  au  principal  de  six  miHe  six  cent  livres. 

Ce  contrat  numéroté  9,596,  inventorié  pièce  unique  de  la 
présente  cote,  cy Treize. 

La  grosse  en  parchemin  d'un  autre  contrat  passé  dev^t 
ledit  M*  Bontemps  qui  en  a  gardé  minute  et  son  confrère,  le 
II  avril  1769,  contenant  constitution  par  mesdits  sieurs 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  167 

commissaires  en  exécution  du  même  Édit  de  novembre  1767,  • 
au  profit  du  feu  sieur  Drouais,  pour  conversion  d'effets  de 
Temprunt  d'Alsace,  de  neuf  cent  quatre-vingt-cinq  livres  de 
rente  perpétuelle  au  principal  de  dix-neuf  mille  cinq  cent 
livres;  ce  contrat  numéroté  8783,  inventorié  pièce  unique  de 

la  présente  cote,  cy Quatorze. . 

Il  a  été  vaqué  à  ce  que  dessus  jusqu'à  neuf  heures  sonnées, 
par  double  vacation^  à  la  réquisition  des  parties;  pour  accé- 
lérer ce.  fait,  tous  les  papiers,  tant  ceux  inventoriés  que  ceux 
restant  à  inventorier,  ont  été  laissés  du  consentement  du  sieur 
Lutton,.  en  sa  dite  qualité, ^ en  la  garde  et  possession  de. 
M"*  veuve  Drouais  qui  le  reconnaît  et  s'en  charge  pour  les 
représenter  lors  de  la  première  vacation  remise  et  indiquée 
pour  la  continuation  du  présent  inventaire  àsamedy  prochain 
seize  du  présent  mois,  trois  heures  de  relevée,  et  ont  signé. 

Dudit  jour  samedy  seize  décembre  audit  an  mil  sept  cent 
soixante-quinze,  trois  heures  de  relevée,  en  conséquence 
de  l'assignation  donnée  par  la  clôture  de  la  dernière  vaca- 
tion à  cejourd'huy  et  heure,  il  va  être,  par  les  conseillers 
du  Roy,  notaires  au  Châtelet  de  Paris,  soussignés,  es 
mêmes  requêtes  présences  et  qualités  que  cy  devant,  pro- 
cédé à  la  continuation  du  présent  inventaire  ainsi  qu'il 
suit  : 

La  grosse  en  parchemin  d'un  contrat  passé  devant  M®  Bon- 
temps,  qui  en  a  gardé  minute,  et  son  confrère,  notaires  à 
Paris,  le  II  avril  1769,  portant  constitution  par  MM.  les 
commissaires  de  sa  majesté,,  en  exécution  de  l'Édit  de 
novembre  1767,  pour  conversion  d'efifet  de  l'emprunt  de 
cinquante  millions  de  douze  cent  soixante -douze  livres 
dix  sols  de  rente  perpétuelle  au  principal  au  denier  vingt 
de  vingt-cinq  mille  quatre  cens  cinquante  livres;  laquelle 
grosse,  numérotée  7440^.  a  été  inventoriée  pièce  unique  de  la 
présente  cote,  cy  .  .  .  • Quinze. 


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l68  lEVUE  DES  DOCUMEIfTS  HlSTOtlQIJES 

UampHation  en  parchemin  d'un  contrat  passé  derssr 
M*  Picquais,  qui  en  a  gardé  minute,  et  son  confinère,  notsîres  â 
Paris,  le  aS  avril  i77i,poruntconsdtuti<mparMM.  les  dé- 
vots des  marchands  et  Écherins  de  cette  Tille  en  exécmioct  de 
redit  du  mois  de  février  1770,  au  profit  du  sîesr  âcy 
Joseph  Gombaux,  bourgeois  de  Paris,  pour  la  roite  appar- 
tenir à  ceux  des  créanciers  des  bâtiments  du  Roj  au  prafe 
desquels  il  en  serait  passé  déclaration  par  ledit  aîoir  Goo- 
bauz  de  cent  vingt  mille  livres  de  rente  perpétuelle  as^ignéh 
sur  les  aydes  et  gabelles  au  principal  au  dernier  vingt-ciaq 
de  trois  millions  de  livres,  en  mai^  de  laquelle  ampUMàtm 
numérotée  1 154,  est  l'expédition  d'un  acte  passé  devant  kcfic 
M*  Picquais  le  i3  mai  1771,  contenant  déclaration  par  leA 
sieur  Gombaux  que  dans  ledit  contrat  il  appartient  aïKfit  feo 
sieur  Drouais  cinq  cent  vingt  livres  au  principal  à  quatre 
pour  cent  de  treize  mille  livres,  cette  pièce  inventoriée  pièce 
unique,  cy Séze. 

La  grosse  en  parchemin  d'un  contrat  passé  devant  M*  Do- 
tartre  qui  en  a  gardé  minute,  et  son  confirère,  notaires  à  Paris, 
le  neuf  may  mil  sept  cent  soixante,  portant  constitution  p^ 
Jean  Marie  DarjuzoUt  caissier  des  États  de  Bretagne,  sub- 
stitue aux  pouvoirs  d'année  à  M.  de  la  Boissière,  trésorier 
général  desdits  États,  portés  par  leur  procuration  du  <fix- 
huit  février  1759»  en  conséquence  de  leur  délibération  du 
quatorze  du  même  mois,  au  profit  du  sieur  Drouais  de 
soixante  quinze  livres  de  rente  perpétuelle  au  principal  de 
quinze  cent  livres,  ensuite  de  laquelle  grosse  numérotée  4385, 
est  l'expédition  d'un  aae  passé  devant  ledit  M*  Dutartre,  le 
vingt-deux  dudit  mois  de  may,  contenant  la  ratificaticm  de 
M.  de  la  Bourdonnaye,  Procureur  Général  sindic  des  dits  états. 

Cette   pièce    inventoriée   unique   de  la    présente  cotte, 
cy Dixsq>t 

Une  liasse  de  sept  pièces.  La  première  est  la  grosse  en  par- 
chemin d'une  sentence   rendue  au   Châtelet  de  Paris,  le 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  169 

i*'  juillet  1769,  sur  le  décret  poursuivi   à  la  requête  de 
WL*  Henry  Froment,  Conseiller  du  Roy,  receveur  des  Tailles 
<ie  rilectionde  là  Marche,  sur  Nicolas  Anne  de  Lisle,  Écuyer, 
Seigneur  de  Sannois,  au  nom  et  comme  curateur  à  Tinter- 
cUction   de  Hubert  Daniel  Froment,  bourgeois   de  Paris, 
cl' une  maison  sise  à  Paris,  paroisse  Saint-Roch,  vis  à  vis  la 
petite  porte,  rues  d'Argenteuil  et  des  Moineaux,  contenant 
l^adjudication  définitive  de  ladite  maison  à  M*  Mallet,  procu- 
reur au  Châtetet,  aux  charges  et  conditions  de  l'enchère,  et 
moyennant  la  somme  de  cinquante  six  mille  livres,  cette  sen- 
tence d'adjucfication  dûment  insinuée  à  Paris  par  Caqué  le 
14  août  1769,  ensaisinée  par  le  fondé  de  Procuration  de 
Monseigneur  l'Archevêque  de  Paris,  le  huit  du  même  mois. 
Lequel  M*  Mallet  en  a  fait  sa  déclaration  audit  feu  sieur 
Drouais  le  sept  dudit  mois  de  juillet  audit  an  1769,  ensuite 
de  la  grosse  de  laquelle  sentence  est  la  quitance  dudit  sieur 
Brillon  de  Jduy,  Receveur  des  consignations,  au  feu  sieur 
Drouais,  de  la  somme  de  cinquante  trois  mille  cinq  cent 
livres^  faisant  avec  deux  mille  cinq  cent  livres  retenues  par  le 
sieur  Drouais,  conformément  à  l'enchère  pour  le  fond  d'un 
douaire,  celle  de  cinquante  six  mille  livres,  prix  de  l'adjudica- 
tion, avec  déclaration  de  la  part  du  sieur  Drouais,  que  dans 
ladite  somme  est  entrée  celle  de  douze  mille  livres  par  luy 
empruntée  de  Charles  Louis  Mouette ,  bourgeois  de  Paris, 
par  obligadon  du  douze  dudit  mois  de  juillet  passé,  sans  mi- 
nute devant  Doillot  et  son  confrère,  notaires  à  Paris,  en  marge 
de  laquelle  quittance  est  mention  dudit  M*  BoiUotque  lesdits 
douze  mille  livres  montant  de  ladite  obligation  ont  été  rem- 
boursées par  quittance,  ensuite  d'icelle  du  onze  juillet  1770,  et 
encore  autre  mention  de  M*  Bontemps  que  les  deux  mille 
cinq  cents  livres  retenues  ainsy  qu^il  est  dit  en  la  quittance 
du  receveur  des  consignations  ont  été  remboursées  par  quit- 
tance passée  en  minute  devant  ledit  M*  Bontemps  et  son 
confrère  le  8  mars  1775. 

TOME  IV  22 


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170  REVUE  ves  Dooamns  msTotiQOES 

La  deuxième  pièce  est  ie  brevet  original  de  Imdsàt  oHigi- 
don  et  quittance  étant  ensuite,  laquelle  pièce,  attends  qal 
n'en  est  pas  resté  de  minute,  est  de  la  réquisitioii  des  p«ra0 
demeurée  cy  annexée  pour  y  avoir  recours  après  avoir  éé 
de  lad.  dame  Drouais  signée  et  paraphée  en  préseoce  des 
notaires  soussignés. 

La  troisième  est  la  quittance  des  deux  miUe  cinq  cem 
livres  qui  avoient  été  retenues  OMifonnément  à  Feiidière,  et 
dont  la  mention  est  cy-dessus. 

Les  quatrième  et  cinquième  sont  extraites  de  pièces  four* 
nies  pour  la  sûreté  de  ce  payement. 

La  sixième  est  une  quittance  du  soussigné  Mercier  pov 
M.  Mongolfier,  Procureur  de  Monseigneur  F  Archevêque  de 
Paris,  en  date  du  douze  août  dernier,  de  la  somme  de 
vingt  quatre  livres,  un  sol  trois  deniers,  pour  sq>t  années  qm 
écherront  à  la  saint  Remy  prochaine,  de  dnquante-ciiiq  sob 
parisis  de  cens  et  rente  dû  sur  ladite  maison. 

La  septième  et  dernière  est  Toriginal  en  parchemin  d^me 
quittance  expédiée  par  M.  Meiault  d'Harvelay,  garde  da 
Trésor  Royal,  le  3i  juillet  1763,  enregistrée  au  coatrôk 
général  des  finances  par  M.  Clautrier,  le  trente  un  décembre 
suivant,  de  la  somme  de  mille  six  livres  pour  le  rachat  de 
rimposition  des  boues  et  lanternes  sur  ladite  maison. 

Lesquelles  pièces  ont  été  cotées  et  paraphées  par  prem^ 
et  dernière,  par  ledit  M*  Rouen,  et  inventoriées  Tune  comme 
l'autre,  pour  le  tout  sous  la  présente  cote,  cy.      Dix  huit. 

Trois  pièces  :  la  première  est  Texpédidon  d^un  acte  pas^ 
devant  M*  Fouerault  de  Pavent  qui  en  a  la  minute,  et  son 
confrère,  notaires  à  Paris,  le  6  décembre  1774,  par  lequel 
le  feu  sieur  Drouais  a  donné  à  loyer  pour  neuf  années 
consécutives  qui  commenceront  le  premier  octobre  de 
Tannée  prochaine  1776,  à  Pierre  Lecoquierre,  m^  merder,  à 
Paris,  et  à  Jeanne  Françoise  Thierry,  son  épouse,  de  Ivj 
autorisée,  lesd.  deux  maisons  se  joignant  rues  d'Argenteuil 


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PRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  I7I 

;t  des  Moineaux,  moyennant  cinq  mille  cent  quatre  vingt 
quatre  livres  de  loyer  par  an,  et  aux  autres  charges  et 
conditions  énoncées  audit  bail. 

La  deuxième  est  l'expédition  du  bail  actuellement  subsis-* 
tant  de  partie  desdites  deux  maisons  et  qui  expirera  au  pre- 
mier octobre  de  Tannée  prochaine,  fait  aux  sieur  et  dame 
Simon,  moyennant  trois  mille  quatre  cent  livres  par  an. 

La   troisième  et  dernière  est  un  écrit  du  soussigné  Leco- 
quierre  en  date  du  19  janvier  1772,  contenant  son  consen- 
tement à  ce  que  le  sieur  Drouais  demeure  propriétaire  de 
deux  croisées  dont  le  défunt  a  fait  faire  les  bois  neufs. 
Ces    trois    pièces    inventoriées    Tune    comme    l'autre, 

cy Dix  neuf. 

Une  liasse  de  quinze  pièces  qui  sont  anciens  baux  desd. 
maisons  rues  des  Moineaux  et  d'Argenteuil,  lettres,  nottes  et 
quittances  relatives. 

Desquelles  pièces  il  n'a  été  fait  aucune  description  comme 
inutile,  mais  elles  ont  été  cotées  et  paraphées  par  première  et 
dernière  par  ledit  M*  Rouen  et  inventoriées  Tune  comme 

l'autre  sous  la  présente  cote,  çy *  .  .      Vingt. 

Quatre  pièces,  la  première  est  l'expédition  en  parchemin 
d'un  contrat  passé  devant  M*  Lepot  d'Auteuil,  Tun  des  notai- 
res soussignés^  qui  en  a  minute,  et  son  confrère,  le  25  sep- 
tembre 1772,  insinuée  à  Monceaux,  le  18  décembre  suivant 
par  Hennequin,  ensaisinée  par  M.  Masso  de  la  Perrière, 
exécuteur  testamentaire  de  la  dame  son  épouse,  dame  de 
Clichy  la  Garenne,  le  24  avril  1773,  contenant  vente  par 
le  s.  Claude  Brice  Emery,  bourgeois  de  Paris,  et  d"«  Anne 
Dessoudé,  son  épouse,   audit  feu    sieur  Drouais  et   à  la 
dame  aujourd'hui  sa  veuve,  de  luy  autorisée,  de  six  cent 
soixante-trois  toises  en  superficie  de  terrein^  ayant  son  entrée 
et  largeur  sur  une  avenue  qui  aboutit  et  que  les  sieur  et  dame 
Em^ry  ont  fait  pratiquer  rue  de  Courcelles,  aux  charges  et 
conditions  énoncées  en  cette  vente  et  moyennant  la  somme 


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172  tEVUB  DBS  DOCUMENTS  HBTOUQOES 

de  quatre  mille  deux  cent  livres  de  prix  principal  qiic  \b 
sieur  et  dame  Drouais  se  sont  obligés  solidairement  de  payer, 
savoir  :  douze  cent  livres  à  Antoine  Charles  et  sa  femme,  ov 
leurs  représentants,  pour  les  causes  énoncées  en  ladite  venic, 
et  les  trois  mille  livres  à  M.  Hocque  de  Cerviilecomn^  ayant 
droit  par  transport  passé  en  minute  devant  M*  Ledoux  et  son 
confrère,  notaires  à  Paris,  le  33  janvier  1766,  de  rohfigatko 
passée  au  sieur  Joquant,  devant  ledit  M*  de  Cervilk,  k 
treize  dudit  mois  de  janvier. 

Ensuite  de  laquelle  expédition  est  celle  de  U  quittance 
dudit  M*  Hocque  de  Gerville,  de  lad.  somme  de  trois  mSk 
livres  en  date  du  26  septembre  1772,  et  ensuite  celle  d^joot 
autre  quittance  du  sq>t  octobre  suivant  donnée  par  k 
s'  Jacques  Gillet,  laboureur  à  Mousseau,  comme  tuteur  de 
Jacques  et  François  Charles,  enfants  mineurs  de  deffbnts 
Antoine  Charles,  laboureur  à  Paris,  et  Qaude  Jeanne 
Lenormand,  sa  femme,  de  ladite  somme  de  douze  cent 
livres  pour  restant  dû  et  parfait  payement  du  prix  de  l^lite 
vente. 

La  deuxième  pièce  est  l'expédition  d'un  acte  passé  devant 
ledit  M*  Lepot  d'Auteuil,  qui  en  a  minute,  et  son  confrère, 
le  25  sept.  1772,  par  lequel  les  s'  et  d*  Emery  d'une 
part,  sieur  et  dame  Drouais  d^autre  part,  par  une  suite 
de  la  vente  cy  dessus  énoncée  et  relativement  à  iceUe  ont  £ùt 
entre  eux  différentes  conventions  et  entr'autres  choses,  les 
sieur  et  dame  Emery  se  sont  obligés  de  payer,  en  l'acquit  des 
sieur  et  dame  Drouais,  les  droits  de  centième  denier,  et 
lots  et  ventes  auxquels  cette  vente  a  donné  ouverture,  même 
les  frais  de  contrat,  plus  de  faire  clore  à  leur  firais  les  six 
cent  soixante  trois  toises  de  terrein  par  eux  vendues  aux 
sieur  et  dame  Drouais  tant  dans  toute  la  longueur  du  côté  du 
nord  à  compter  depuis  la  moitié  du  puits  dont  l'autre  moitié 
donne  sur  l'avenue  jusqu'au  bout,  au  levant  dans  toute  k 
largeur,  tant  de  ce  côté  du  levant  que  pareillement  dans  toute 


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PftANÇOIS^HOBERT  DROUAIS  lyS 

la  longueur  du  côté  du  midy  à  commencer  de  Tavenue 
jusques  pareillement  au  bout,  lesquels  murs  seroîent^pareille* 
ment  mitoyens  entre  les  sieur  et  dame  Emery,  s*^  et  d* 
Drouais. 

Les  sieur  et  dame  Drouais,  à  leur  égard  par  composition 
et  à  titre  de  forfait  entre  majeurs,  se  sont  constitués  débi- 
teurs envers  les  sieur  et  dame  Emery  pour  raison  de  ces 
droits  royaux  seigneuriaux,  frais  de  contrats  et  constructions 
de  murs  de  clôture,  de  la  somme  de  trois  mille  huit  cent  livres 
à  laquelle  le  tout  a  été  fixé,  sur  laquelle  somme  de  trois  mille 
huit  cent  livres  les  sieur  et  dame  Drouais  ont  payé  comptant 
aux  sieur  et  dame  Emery  huit  cent  livres,  et  à  Tégard  des 
trois  mille  livres  de  surplus,  ils  se  sont  obligés  de  les  payer 
au  sieur  Emery,  dans  sept  mois  à  compter  du  premier  octobre 
prochain,  avec  Tintérêt  sur  le  pied  de  l'ordonnance. 

Ensuite  de  laquelle  expédition  est  celle  d^un  acte  passé  de- 
vant ledit  M*  Lepot  d^Auteuil,  le  24  mai  1773,  par  lequel  le 
sieur  Drouais  a  reconnu  que  le  sieur  Emery  a  satisfait  à 
toutes  les  charges,  clauses  et  conditions  auxquelles  il  seroit 
soumis  par  Pacte  ci  dessus  décrit  et  en  conséquence  a  payé. 
Les  deux  autres  pièces  sont  relatives  aux  remboursement  et 
délégations  contenues  par  la  vente. 
Les    quatre    pièces    inventoriées  Tune   comme    l'autre, 

cy Vingt  un. 

Une  liasse  de  vingt  quatre  pièces  qui  sont  mémoires  de  ré- 
parations, constructions  et  autres  ouvrages  faits  en  la  maison 
rued€G)urcelles,  la  plus  part  quittances,  desquelles  pièces  il 
n'a  été  fait  d^autre  description  pour  accélérer,  mais  elles 
ont  été  cotées  et  paraphées  par  première  et  dernière  et  inven- 
toriées Tune  comme  l'autre,  cy Vingt-deux. 

Quatre  reconnoissances  numérotées  15,196,  2715,  2718, 
2866,  expédiées  par  le  sieur  Micault  d'Harvelay,  garde  du 
trésor  Royal,  en  exécution  des  arrêts  du  conseil  des  dix-huit 
février  et  deux  décembre  1770,  du  même  jour,  trente  un  jan- 


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174  REVUE  DBS  DOCmcnTS   HISTOtKyJES 

vicr  1774$  pour  reaoovtUeman  dMmcriptions  saspendiKs^ 
U  première  de  dix  mille  livres  sur  la  recette  géoérale  des 
finances  de  Poitiers,  les  trois  autres  de  deux  mille  livres  cha- 
cune sur  celle  de  Riont,  desquelles  reconnoissances  les  mté- 
rêts  sont  dûs  de  la  première  à  compter  du  douze  nuars^  des 
trois  autres  à  compter  du  dix  du  même  mois,  le  voat  de 
Tannée  dernière. 

Desquelles  reconnoissances  la  présente  description  tîeodra 
lieu  de  Tinventorié  et  il  n^a  été  mis  sur  icelles  aucune  cocte  nj 
paraphe  à  la  réquisition  des  parties  pour  n'en  pcwt  gêner  la 
perception  et  renouvellement,  mais  elles  ont  été  scalement 
décrites  sous  la  présente  cote,  cy Vingt-trois. 

Huit  actions  de  la  compagnie  des  Indes  expédiées  par  le 
sieur  de  Mory  en  vertu  de  la  délibération  du  6  juin  1 770,  con- 
trôlées par  le  s'  Lecoutte,  le  tout  aux  termes  des  lettres 
patentes  du  22  avril  1770,  numérotées  25,675,  26,663, 
26,664,  26,800,  27,164,  27,986,  34,820,  34,849,  chacone 
de  deux  mille  cinq  cents  livres  productibles  de  cent  vii^- 
cinq  livres  d'intérêt  par  an  et  surmontées  chacune  de  leurs 
deux  coupons  d'intérêt  numérotés,  de  même  pour  les  six  pre- 
miers et  les  six  derniers  mois  de  la  présente  année  chaque 
coupon  de  soixante  deux  livres  dix  sob. 

Par  les  mêmes  raisons  ci-dessus  motivées  il  n'a  été  mis 
aucime  cotte  ny  paraphe  sur  ces  huit  actions,  mais  elks  (»it 
été  seulement  décrites  sous  la  présente  cotte,  cy.  Vingt>-quatre. 

Deux  pièces,  la  première  est  le  double  d'un  bail  £ait  par 
le  sieur  Ledreux,  comme  principal  locataire  du  sieur  Drouais, 
de  Tappartement  où  se  fait  le  présent  inventaire  pour  huit 
années  trois  mois  qui  ont  commencé  au  premier  1774, 
moyennant  huit  cent  soixante  livres  de  loyer  par  chaque 
année  et  aux  autres  conditions  portées  en  ce  bail  sous  seing 
privé  du  19  avril  1774. 

La  deuxième  est  une  quittance  dusieur  Ledreuxde  deux  coït 
quinze  livres  pour  le  terme  échu  le  premier  octobre  dernier- 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  lyS 

Ces    deux    pièces  inventoriées    l'une    comme    l'autre, 

cy Vingt  cinq. 

Quatre  pièces  qui  sont  provisions  accordées  au  feu  sieur 
Drouais  comme  peintre  de  TAcadémie  de  Monseigneur  le 
comte  de  Provence,  de  Madame,  et  aussi  au  sieur  Drouais 
père,  pouvant  servir  de  renseignements,  ces  pièces  invento- 
riées, cy Vingt  six. 

Une  liasse  de  sept  pièces  qui  sont  quittances  de  vingtièmes 
de  la  maison  rue  d'Argenteuil  pour  les  six  mois  de  Tannée 
dernière  et  le  premier  quartier  de  la  présente  année,  chaque 
quartier  de  quatre  vingt  dix  sept  livres  sept  sols  pour  le 
logement  des  suisses  pendant  les  premiers  six  mois  de  la 
présente  année,  ensemble  de  cent  huit  livres  pour  la  capita- 
tion  du  sieur  Drouais  et  de  son  domestique,  aussy  de  la 
présente  année  de  quarante  huit  livres,  et  trente  six  sols  et  de 
Paumone  des  pauvres,  pour  Tannée  dernière  de  vingt  six  sols. 
Ces    sept    pièces    inventoriées    Tune    comme    Tautre, 

cy Vingt  sept. 

Une  liasse  de  trente  cinq  pièces  qui  sont  :  différentes  autres 
quittances  et  décharges  en  faveur  desd.  succession  et  commu- 
nauté dont  il  n'a  été  fait  d'autre  description  et  qui  ont  été 
seulement  cottées  et  paraphées  par  première  et  dernière  et  in- 
ventoriées pour  le  tout  sous  la  présente  cote,  cy.  Vingt  huit 

Deux  pièces  :  la  première  est  un  état  des  dépenses  faites 
par  le  s'  Lutton  pour  la  dame  Drouais,  depuis  le  décès, 
pour  les  objets  y  portés  ;  la  deuxième  est  un  compte  arrêté 
entre  eux,  le  douze  du  présent  mois,  des  objets  que  ledit  feu 
sieur  Drouais  et  le  sieur  Lutton  touchoient  en  commun,  dans 
lequel  la  dépense  portée  au  premier  état  a  été  défalquée  et 
suivant  lequel  il  résulte  que  mad*  Drouais  a  payé  au  sieur 
Lutton  pour  reliquat  et  solde  de  ce  compte  onze  cent  cin« 
quante  deux  livres  seize  sols  deux  deniers. 

Ces    deux    pièces   inventoriées    Tune    comme    Tautre, 
cy Vingt  neuf. 


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176  REVUE  DBS  DOCCMEKTS  HBTOtlQDES 

Sept  pièces  :  U  pctmiire  est  un  état  de  ce  qoi  est  da  am 
succession  et  communauté  notamment  par  te  Roy,  madf  U 
Dauphine,  M.  te  comte  de  Provence,  par  Monsieiir,  M.  k 
comte  d^ Artois  et  divers  particuliers,  cet  état  £ak  par  it 
dame  Drouais,  ainsi  qu'elle  le  dédare,  avec  U  plus  grande 
exactitude  qu'elle  a  pu  y  mettre,  mais  sans  néanmoins  es 
garantir  la  fidélité  dans  toutes  ses  parties,  attendu  qui! 
y  en  a  qu'elle  a  simplement  mis  de  mémoire  et  sur  lesqœb 
elte  peut  se  tromper  pour  te  plus  ou  le  moins, 
aussi  qu'aucuns  des  articles  sont  portés  suivant  les  \ 
en  demande  et  peuvent  être  susceptibles  de  règlement,  pour- 
quoi ladite  veuve  Drouais  se  réserve  d'après  plus  ample  véri- 
fication et  les  éclaircissements  qu'elle  pourra  se  procoFer 
d'augmenter  ou  diminuer  cet  état  conformément  i  Ul  venté 
et  aux  règlements  qui  pourroient  être  faits,  néanmrâis 
comme  cet  état  est  la  boussote  de  l'acdft  pour  plus  grande 
régularité  cet  état  est  demeuré  ci  annexé  à  la  réquisition  des 
parties,  et  i  la  dame  Drouais  ;  signé  :  A.-F.  Doré. 

Les  six  autres  pièces  sont  mémoires  au  soutien  de  cet  Etat 
dont  il  n'a  été  fait  d'autre  description  vu  que  les  résumés 
sont  portés  en  l'état  cy  annexé,  et  seulement  cottées  et  para- 
phées et  inventoriées  par  première  et  dernière,  cy.    Trente. 

Quatre  pièces  qui  sont  mémoires  dûs  par  lesd.  conuno* 
nauté  et  succession,  la  première  au  sieur  Edmond,  tailleur, 
montant  en  demande  à  trois  cent  sept  livres  dix  sept  sok. 

Le  deuxième  au  sieur  De  Bretonne,  médecin,  i  cinq  cent 
soixante  quatre  livres. 

Le  troisième  à  la  d"*  Doré  en  recette  et  dépense  que 
le  sieur  Drouais  faisoit  pour  elle,  la  recette  montant  à  trois 
mille  huit  cent  soixante  dix  huit  livres,  la  dépense  à  la  somme 
de  deux  mille  neuf  cent  quatre  vingt  une  livres  onze  sols, 
partant  le  reliquat  à  celle  de  huit  cent  quatre  vingt  seize 
livres  neuf  sols. 

Et  le  quatrième  au  sieur  Laurent,  plombier,  à  cent  quinze 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  I77 

livres  dix  neuf  sols  cinq  deniers  en  demande  et  réglé  à  côté 
à  cent  cinq  livres  douze  sols. 

Ces    quatre    pièces  inventoriées    Tune  comme    Tautre , 

cy Trente  un. 

Une  liasse  de  six  quittances,  la  première  du  sieur  Bur- 
gières,  prêtre  de  Saint  Roch,  dé  deux  cent  quatre  vingt  sept 
livres  dix  sols,  la  deuxième  de  la  femme  Longuet,  épicière, 
de  deux  cent  seize  livres  huit  sols,  la  troisième  du  sieur 
Faguare  pour  le  sieur  de  Launay,  juré  crieur,  de  cent  qua- 
rante six  livres  dix  sols,  la  quatrième  du   sieur  Thenaut, 
vicaire  de  Saint  Roch,  de  trois  cent  livres,  la  cinquième  du 
sieur  Gillet  pour  crespes    de  neuf  livres   quinze  sols,   la 
dxième  et  dernière  :  état  d'autres  dépenses  relatives,  mon- 
tantes à  vingt  sept  livres  dix  sols,  le  tout  pour  le  convoy  du 
sieur  Drouais  et  Tannuel  que  la  piété  de  la  dame  veuve 
Drouais  Ta  engagée  à  faire  dire  en  Téglise  Saint  Roch  pour 
se  conformer  à  l'intention  de  son  mari,  montant  ensemble  à 
neuf  cent  quatre  vingt  dix-sept  livres  treize  sols. 

Lesquelles  pièces  ont  été  cotées  et  paraphées  par  première  et 
dernière  et  inventoriées  Tune  comme  l'autre,  cy.  Trente  deux. 
Neuf  pièces  qui  sont  mémoires,  états,  nottes  de  dépenses 
faites  par  la  dame  Drouais  depuis  le  décès,  pour  deuil  et 
autres  objets,  dont  il  y  auroit  la  distinction  à  faire  de  ce  qui 
peut  être  personnel  à  la  dame  veuve  Drouais  pour  son  deuil 
d'avec  celui  de  ses  enfants,  ce  qui  entraîneroit  dans  un  trop 
grand  détail,  et  ces  pièces  ont  été  seulement  inventoriées  par 

première  et  dernière,  cy Trente  trois. 

La  dame  veuve  Drouais  déclare  qu'il  est  dû  au^  dites 
communauté  et  succession,  savoir  :  des  contrats  de  rente 
viagère  ci-devant  tontine,  trouvées  en  nature  par  le  recolle- 
ment sous  la  cote  vingt-sept,  depuis  le  premier  janvier 
dernier. 

De  la  rente  de  quatorze  livres  sur  le  sieur  Veron  en  com- 
mun, depuis  le  i**"  avril   1773. 

TOME    IV  23 


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I7K  tEVUE   DES   DOCOMEKTS  HISTOIUQUES 

Sur  la  charge  de  potier  d*étain,  cent  huh  livres. 

Des  cent  cinquante  livres  de  rente  par  les  aydes  et  gàbdia 
depuis  le  premier  janvier  dernier. 

Par  les  locataires  de  la  maison  rue  des  Moineaux,  en  com- 
mun, cinq  cent  vingt  huit  livres  suivant  le  détail  fait  en  Fâii 
qu*elle  en  a  représenté  et  indépendamment  de  detix  cent 
quatre  vingt  quatorze  livres  dû  par  la  dame  Ladnville, 
ancienne  locataire,  ledit  état  inventorié,  cy-    TrenteH|aatrc 

De  la  rente  pour  conversion  d*actions  des  fermes  invento- 
riée sous  la  cote  six  du  présent  inventaire  i  cooipier  do 
premier  octobre  dernier. 

De  celle  inventoriée  sous  la  cote  sept,  depuis  le  premier 
janvier  dernier,  de  celle  pour  annuités  inventoriée  sous  la 
cote  huit,  de  même  de  celle  pour  effets  de  la  guerre,  sous  la 
cote  neuf  demeure,  de  celle  pour  effets  de  cinquante  millions 
sous  la  cote  dix  de  même  demeure  des  rentes  invenuxnées 
sous  les  cotes  douze,  treize,  quatorze,  quinze,  seize  et  dix 
sept,  aussi  depuis  le  premier  janvier  dernier. 

Les  loyers  de  la  maison  rue  d'Argenteuil  du  terme  cou- 
rant, tous  suivant  le  bail  inventorié  cote  dix  neuf,  que  ceux 
qui  subsistent  des  anciens  baux  inventoriés  cote  vingt. 

Comme  aussi  que  lesd.  communauté  et  succession  doi- 
vent indépendamment  des  pièces  inventoriées  i  François 
Glaise,  domestique,  ses  gages  depuis  le  premier  juilkl  der- 
nier, à  raison  de  cent  vingt  livres  par  ^née. 

Il  a  été  vaqué  à  ce  que  dessus  jusqu'à  neuf  heures  scumées 
par  double  vacation  à  la  réquisition  des  parties  pour  finir; 
ce  fait,  ne  s'étant  plus  rien  trouvé  à  dire,  déclarer  ni  com- 
prendre au  présent  inventaire,  recollement  fait  des  papiers  qui 
se  sont  trouvés  régulièrement  cottes  et  paraphés  tout  le  con- 
tenu en  y  celui  a  été  laissé  du  consentement  dudit  sieur 
Lutton  en  sa  dite  qualité  en  la  garde  et  possession  de 
mad*  veuve  Drouais  qui  le  reconnoit  et  s'en  diaige  du 
tout  pour  le  représenter  ou  en  compter  quand,  à  qui  et  ainsi 


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FRANÇOIS-HUBERT   DROUAIS  I  79 

qu^il  appartiendra,  et  ont  les  parties  signé  sous  toutes  réser- 
ves et  protestations  respectives  et  de  droit  et  singulièrement 
de  la  part  de  la  dame  Drouais  sous  la  réserve  qu'elle  fait 
demander  la  garde  bourgeoise  de  ses  enfants. 

Rayé  aux  présentes  quarante  sept  mots  comme  nuls. 

État  de  ce  qui  est  du  a  feu  M.  Drouais. 
Note  des  ouvrages  faits  pour  le  Roi. 

Le  Portrait  de  mad*  la  Dauphine  en  Hébé.  .  3,ooo  1. 

Le  Portrait  de  mad®  la  C^  de  Provence  en  , 

Diane 3,ooo  l. 

Copie  en  miniature  du  feu  Roi,  pour  M.  de 

Brancas 288  1. 

Le  portrait  de  mad*  Clotilde 2,400  1. 

8,688  1. 
Pour  Monsieur. 

Le  Portrait  en  pied  de  Monsieur,  en  grand  habit  de  Tordre 
du  saint  Esprit,  sur  toile  de  7  pieds  3  pouces  de  haut,  sur 
6  de  large. 

Une  copie  du  portrait  de  Monsieur  en  pied,  pour  la 
ville  d'Angers,  sur  toile  de  7  pieds  3  pouces  de  haut,  sur  6  de 
large. 

Une  copie  du  portrait  de  Monsieur  en  pied,  sur  toile  de 

6  pieds  9  pouces  de  haut,  sur  5  de  large,  pour  M.  de  Limon. 
Une  copie  du  portrait  de  Monsieur  en  pied,  sur  toile  de 

5  pieds  9  pouces  de  haut,  sur  5  de  large,  pour  mad®  de 
Pange. 

Une  copie  du  portrait  en  pied  de  Monsieur,  sur  toile  de 

7  pieds  6  pouces  de  haut,  sur  5  pieds  3  pouces  de  large, 
pour  M.  de  Fontelle. 

Une  copie  du  portrait  en  pied  de  Monsieur,  sur  toile  de 

6  pisds  9  pouces  de  haut,  sur  5  de  large,  pour  M.  le  comte 
de  Crainai. 


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l8o  EEVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOIIQOES 

Une  copie  du  portrait  de  Monseor,  sur  une  tmk  ovak  dt 
ao,  pour  M.  D'Angcville. 
Les  prix  ne  sont  pas  encore  fixés  à  tous  ces  oayrages. 

Pour  Madame. 

Une  copie  du  Portrait  de  Mad*  en  Diane,  sur  toile  de 
40,  pour  M.  le  comte  de  Vin,  ambassadeur  de  Sarda^ne, 
cy 1,000  L 

La  bordure  du  tableau  précédent 120  L 

Une  copie  du  portrait  de  Mad%  sur  une 
toile  ovale  de  30,  pour  M.  Tabbé  Marat 3oo  L 

Une  copie  à  l'huile  du  portrait  de  Madame, 
pour  mad*  la  Duchesse  de  TEspare 3oo  1. 

Une  copie  du  portrait  de  Mad%  en  minia- 
ture, pour  mettre  sur  une  boîte,  pour  M.  Crcxnot.       288  L 

2,008  L 
Pour  mad*  la  G>mtesse  d'Artois. 

Le  portrait  de  mad*  la  comtesse  d'Artois 
sur  une  toile  ovale  de  20 i  ,200  L 

La  bordure  dudit  tableau 120  1. 

Une  copie  du  portrait  de  M*'  le  comte 
d'Artois  dans  sa  première  jeunesse  pour  ma- 
dame la  Comtesse  d'Artois 3oo  h 

Une  copie  du  portrait  de  mad*  la  comtesse 
d'Artois,  pour  envoyer  à  Turin 240  1. 

La  bordure  dudit  tableau 96  L 

Une  copie  du  portrait  de  mad*  la  Comtesse 
d'Artois,  pour  madame  Qotilde 240  1. 

La  bordure  dudit  tableau 72  L 

Une  copie  du  portrait  de  mad«  la  Comtesse 
d'Artois,  pour  Madame 240  1. 

La  bordure  dudit  tableau 96  1. 


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FRANÇOIS-HUBERT  DROUAIS  l8l 

Une  copie  du  portrait  de  mad*  la  Comtesse 
d'Artois,  avec  deux  mains,  pour  M.  le  comte    •- 

de  Veri,  ambassadeur  de  Sardaigne i,ooo  1. 

La  bordure  dudit  tableau 120  L 

Une  copie  du  portrait  de  mad*  la  comtesse 

d'Artois,  sur  un  ovale 240  1. 

La  bordure  dudit  tableau 72  1. 

Une  copie  à  l'huile  du  portrait  de  hiad* 
Clotildie,  sur  toile  de  20,  avec  des  mains,  pour 
mad*  la  comtesse  d'Artois. 

Le  prix  n'est  pas  fixé  de  cette  copie. 
Tous  ces  prix  ne  sont  pas  encore  réglés  et  sont 
par  conséquent  susceptibles  de  réduction. 

4,o36  L 
Pour  Mad*  Victoire  : 

Une  copié  du  portrait  de  mad*  Clotilde. 
Le  prix  n'est  pas  encore  fixé. 

Pour  mad*  la  Duchesse  de  Chartres  : 

Son  portrait  conunencé,  dont  le  prix  n'est  pas  fixé. 

Pour  M.  le  Prince  de  Condé  : 

Le  portrait  de  Mademoiselle 600  1. 

Une  copie  du  Portrait    de   mad*  de  Ver- 

mandois *........  240  1. 

Frais  de  voitures 48  1.' 

888  1. 
Pour  différents  particuliers  : 

Une  copie  en  pied  du  portrait  de  mad*  Du  Barry  et 
une  copie  en  miniature,  dont  les  prix  ne  sont  pas  fixés,  pour 
M.  Beaujon. 

Le  Portrait  de  mad*  de  Marcenai  avec  des 
mains  .  .  ., 600  1. 


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l8a  KETUl  DES  DOCUMENTS  HtSTOtH^CES 

Le  portrait  de  M.  de  Laval  dont  le  prix  n'est 
pas  fixé. 

Le  portrait  du  comte  de  Langear  pour 
mad*  de  Langeac 36o  L 

Le  comte  de  Langeac  doit iio  1. 

Un  portrait  d'enfant  pour  mad*  la  duchesse 
de  Grammont 720  L 

Le  portrait  de  mad«  de  Chousi 36o  h 

La  copie  du  portrait  précédent  en  miniature .        193  1. 

Mad*  du  Barri  doit  la  somme  de 10,000  1. 

Pour  différentes  copies  faites  de  nouveau 
pour  mad*  du  Barry,  et  dont  deux  ne  sont  pas 
encore  livrées  (i) I1I76  1- 

Il  est  dû  par  mad*  la  comtesse  de  Brienne  .  .        648  1. 

Une  copie  du  portrait  de  la  Reine  sur  une 
toile  ovale  de  20  sans  mains,  pour  M.  de  Limon.        240  1. 

14,416  L 

Il  est  dû  par  les  élèves  la  somme  de  ...  .       772  1. 

Plus  il  est  dû  pour  une  copie  du  Roy  pour 
M.  de  Cromot 240  L 

Plus  pour  M.  Délavai  pour  une  cc^ie  de  son 
portrait,  dont  le  prix  n'est  pas  fixé. 

Signé  et  paraphé  au  désir  de  Tinventaire  fait  après  le 
décès  du  sieur  Drouais  en  la  vacation  de  ce  jourd^huy  seize 
décembre  mil  sept  cent  soixante-quinze. 

Signé  :  A.-F.  Coré,  Le  Pot,  d'Auteuil,  Roi^n,  ces  deux 
derniers  notaires. 


(i)  Cf.  d«ot  les  Mélanges  de  littérature  et  (f histoire  recueillis  et  publiés  par  k 
Société  des  Bibliophiles  français,  Paris,  Lahart,  i856,  in^  p.  388,  le  dociuMoC  nhut 
publié  ptr  M.  le  btroo  J.  Pichon  :  Mémoire  des  ouvrages  de  peinture  conmamàfs  par 
Madaute  la  comtesse  du  Barry  à  Drouais,  peintre  du  Rof,  premier  peintre  de  Monsieur 
et  à  son  épouse,  à  commencer  en  décembre  1 768. 


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JULIETTE   RÉCAMIER 


Lettre  de  Madame  Récamîer*adressée  le  8  juillet  1817  à  Madame 
Darleus,  à  Plombières.  Elle  est  relative  à  la  maladie  de  Madame  de 
Staél.  Cette  dernière,  partie  pour  Tltalie  à  la  fin  de  181 3,  avait,  au 
mois  de  février  suivant,  marié,  à  Pise,  sa  fille  Albèrtine  de  Staël  avec 
le  duc  de  Broglie.  Revenue  à  Paris  dans  les  derniers  jours  de  18 16,  sa 
santé  ne  fit  dès  lors  que  décliner.  Madame  Récamier,  à  l'époque  où 
elle  écrivit  la  lettre  que  je  vais  publier,  habitait,  à  Mont  rouge,  le  pavil- 
lon  de    La  Vallière,  qui  appartenait  à  Amaury-Duval,  membre  de 
l'Académie  des  Inscriptions.  Elle  avait  auprès  d'elle  sa  cousine  Madame 
de  Dalmassy,  alors  fort  malade  (i). 

8  juillet  18 17. 

Mon  silence  n'auroit  pas  besoin  d'excuse  auprès  de  vous, 
Madame,  si  vous  saviés  combien  je  suis  tristement  occupée 
de  la  double  inquiétude  que  me  donne  la  santé  de  Mad.  de 
Staël  et  celle  de  ma  cousine  Mad.  Dalmassy,  qui  souffre  d'une 
maladie  aussi  douloureuse  qu'inquiétante.  Vous  comprendrés 
mieux  que  personne  le  chagrin  que  j'en  dois  éprouver.  Sans 
ces  tristes  circonstances  j'aurois  eu  probablement  le  bonheur 
de  vous  voir  cette  année,  mais  j'ai  voulu  au  moins  me  rappel- 
1er  à  votre  souvenir  et  vous  écrire  à  Plombière  où  j'ai  trouvé 
tant  de  plaisir  à  vous  voir. 

(i)  Souvenirs  et  correspondance  tirés  des  papiers  de  Madame  Récamier  (par 
Madame  Lenormant,  sa  nièce);  Paris,  Michel  Lévy,  1866,  2  vol.  in-S,  t.  I,  p.  298  à  3oo, 


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184  lEVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

La  situation  de  Mad.  de  StaSl  est  toujours  ta  m&ne,  sans 
dangers  imédiats  mais  sans  espérance  de  guérisoo.  Son  ima- 
gination est  aussi  bien  malade.  Il  est  impossible  de  la  Toir 
sans  être  navré  de  son  état.  Elle  ne  voit  plus  qae  ses  aoûs 
intimes  et  ne  peut  même  pas  les  voir  long  tems  de  saite.  Mjîs, 
au  milieu  de  toutes  ses  douleurs,  elle  conserve  toaîoiirs  h 
grâce  de  son  esprit.  Ce  soin  de  plaire,  dans  une  situatk»  oc 
il  seroit  si  naturel  de  n^ctre  occupé  que  de  soi,  a  quelqiK 
chose  de  si  attendrissant  qu'il  est  impossible  de  ne  pas  es 
être  ému.  Elle  est  soignée  de  la  manière  la  plus  toudiansc 
par  tout  ce  qui  Tentoure,  et  particulièrement  par  M"*  Rindal 
et  Mad.  de  Broglie.  Je  vous  donne  tous  ces  détails,  sadwnf 
combien  votre  amitié  s'y  intéresse. 

M'  Ballanche,  que  j'attends  depuis  long  tems,  n'est  poîar 
encore  arivé  (i). 

Le  duc  de  Laval  (2)  m'a  bien  recommandé  de  vous  paria 
de  lui.  Soyez  bien  persuadée  que  tout  ce  qui  a  eu  le  bonheur 
de  vousconnoitre  ne  vous  oublîra  jamais,  et  recevez,  my  dcar 
Madame,  l'assurance  de  l'attachement  le  plus  vrai. 

J'attends  M*"  Balanche  pour  le  manuscrit. 

J.  R. 

A  Madame,  Madame  Darleus,  à  Plombières. 

Madame  de  Staél  ne  survécut  que  six  jours  â  cette  lettre.  Le 
14  juillet  1817,  vers  midi,  Adrien  de  Montmorency  et  la  duchesse  de 
Luynes  vinrent  à  Montrouge  annoncer  à  Madame  Récamier  la  mort 
de  son  illustre  amie  (3). 

Je  dois  la  communication  de  cette  intéressante  lettre  à  Tobligeanoe 
de  mon  ami  M.  Alfred  Bovet. 

(t)  BtlUnche,  ayant  perdu  ton  père  le  30  octobre  1816,  était  parti  pour  L700.  D  en 
retint  à  Paris  que  dans  le  conrant  de  Tété  de  1817-  (Sonvenfr^,  1. 1,  p.  396-7.) 
(3)  Adrien  de  Montmorency. 
(3)  Souvenirs,  t.  I,  p.  3oo. 


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LOUIS,   DUC   DE  BAR 


Robert,  duc  de  Bar,  mourut  en  141 1,  laissant  de  Marie  de  France, 

Bile  du  roi  Jean,  quatre  fils  (  i  ) ,  Edouard,  Louis,  Charles  et  Jean ,  et 

cinq  filles.  Edouard  succéda  à  son  père,  et  fut  tué,  avec  son  frère  Jean, 

à  la  bataille  d'Azincourt  [zS  octobre  141 5).  Le  duché  de  Bar  échut  alors 

à  Louis,  évèque  de  Langres,  puis  de  Châlons.  Ce  prélat  avait  été  créé 

cardinal,  en  1397,  P^^  Tanti-pape  Benoît  XIII,  puis  mis  au  rang 

des  cardinaux-prêtres  par  Alexandre   V.   Il  avait   représenté  le  roi 

Charles  VI  au  concile  de  Pise  en  1409,  et  le  Pape  en  France  et  en 

Allemagne.  En  141 9  il  devint  évèque  de  Verdun  et  céda  son  duché  de 

Bar  à  son  neveu  René,  fils  de  Louis  II,  duc  d'Anjou  et  roi  de  Naples  ; 

mais  il  n'en  garda  pas  moins  le  titre  de  duc  et  le  gouvernement  du 

Barrois,  comme  le  prouve  la  pièce  suivante,  empruntée  au  cabinet  de 

feu  M.  Alfred  Sensier. 

Loys,  par  la  grâce  de  Dieu  cardinal  duc  de  Bar,  seigneur 
de  Cassel,  à  nostre  amé  Warin  de  Chappy,  nostre  prévost 
de  Clermont,  salut.  Nous  voulons  et  vous  mandons  que 
vous  baillez  et  délivrez  à  nostre  amé  le  prieur  de  Beauchamp 
un  millier  d'alevin,  de  la  pesche  de  noz  estangs  de  vostredicte 
prévosté  et  en  rabatant  de  ce  en  quoy  nous  povons  estre 
tenus  audit  prieur.  Et  avecques  ce  baillez  et  délivrez  à  icelui 
prieur  huit  pièces  de  gros  marrain  que  nous  lui  avons  donné 
pour  refaire  son  estang,  à  prandre  ledit  marrain  en  noz  bois 
prez  de  Longchamp  à  son  plus  grant  prouffit  et  à  nostre 
moins  de  donmiage.  Et  par  rapportant  ces  présentes  et  [en] 
présance  de  nostre  clerc  juré  de  Clermont  de  la  valeur  dudit 

(I)  Us  deux  fils  aînés,  Henri  et  Philippe,  ayaient  été  tués  en  1396  à  la  bataille  de 
Nioopoli,  en  Hongrie. 

TOME  W  24 


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l86  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

alevin,  avec  quictance  dudit  prieur,  nous  voulons  que  vœ 
soyez  et  demourez  quicte  envers  nous  de  la  valciir  dofit 
alevin  par  ceulx  à  qui  et  comme  il  appartiendra  sans  contre- 
dit. Donné  en  nostre  chastel  de  Clennont  le  zzim*  jour  dt 
janvier  Tan  mil  cccc  et  dix-neuf  (i). 


En  la  présence  de  moy  Bertrand  Normant,  clerc  juré  des 
boix,  par  vertu  de  ce  mandement  ledit  greffier  a  baillé  et 
délivré  audit  prieux  de  Belchampz  la  somme  de  ung  millier 
de  carpaille,  allevains,  vendus  et  pressiez  la  somme  de  dix- 
sept  livres  tournois,  lesdits  carpaille  et  allevins  issies  de  b 
pescheriez  de  Testang  du  Jar  de  Qermont,  peschés  ou  mob 
de  février  ini*  et  dix-neuf. 

NORMANT. 

Louis,  cardinal  et  duc  de  Bar,  mourut  à  Varennes,  dans  le  Clennoa- 
tois,  le  23  juin  1430,  et  fut  enterré  dans  la  cathédrale  de  Verdun  (i)* 

(I)  1410,  n.  i. 

(3)  a.  Art  dt  vér{/ltr  les  Dates  et  Dictionnaire  de  Morcri. 


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LOUIS  XIV 


l^ettre  au  lieutenant  de  police  La  Reynie  pour  lui  ordonner  de  faire 
recevoir  Jacques  Villery  maître  imprimeur  et  libraire  de  sa  bonne 
viUe  de  Paris. 

Mons''  de  la  Reynie,  m'ayant  esté  représenté  que  le  nommé 

Jacques  Villery  a  toute  la  suffisance  et  Texpérience  requise 

pour  estre  receu  Imprimeur  et  libraire  de  ma  bonne  ville  de 

Paris,  je  vous  fais  cette  lettre  pour  vous  dire  que  je  désire  que 

vous  le  fassiez  recevoir  maître  de  cet  art  en  la  manière  acous- 

tumée,  nonobstant  l'arrest  de  mon  conseil  de  Tannée  1667 

portant   deffenses  de  recevoir  aucun  maitre  imprimeur  et 

libraire,  et  sans  tirer  à  conséquence,  voulant  d'ailleurs  que 

ledit  arrest  de  mon  conseil  soit  ponctuellement  exécuté.  Sur 

ce,  je  prie  Dieu  qu'il  vous  ayt,  Mons'  de  la  Reynie,  en  sa 

sainte  garde.  Escrità  Versailles  le  xxiin*  novembre  1673. 

Louis. 

COLBERT. 

A  Mons'  de  la  Reynie,  conseiller  en  mes  conseils,  maitre 
des  requestes  ordinaire  de  mon  hostel,  lieutenant  général  de 
police  à  Paris. 


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CHARLES   PARROCEL 


Charles  Parrocel,  né  à  Paris  le  6  mai  1688  (1),  était  fils  de  Joseph 
Parrocel ,  célèbre  peintre  d'histoire  et  de  batailles.  Il  perdit  soa  pèie 
en  1704  et  devint  élève  de  Boulogne  ;  mais,  dominé  par  un  caractère 
aventureux,  il  s'engagea  en  lyoS  dans  un  régiment  de  cavalerie. 
Racheté  par  sa  mère,  il  se  remit  au  travail  et  passa  en  Italie  (  171 2'. 
Revenu  à  Paris  il  fut  admis  â  l'Académie  le  22  février  1721  {i^sur  on 
tableau  représentant  un  combat  d'infanterie  et  de  cavalerie.  D  fat 
nommé  adjoint  à  professeur  le  3i  janvier  1744  et  professeur  le  3o  oao- 
brc  1745.  Charles  Parrocel  accompagna  Louis  XV  dans  ses  campagnes 
de  1 744  et  1 745  et  il  assista  à  la  bataille  de  Fontenoy .  Il  fit  pour  le 
château  de  Choisy  un  tableau  de  cette  mémorable  victoire.  Cest  au 
sujet  de  cette  toile  qu'il  écrivit  la  lettre  suivante  à  M .  de  Toumehem  (3)  : 

Monsieur, 

Vous  m'avés  premis  d'avoir  recoures  à  vous  dans  mes  be- 
soins. Sur  cette  assurance  je  prent  la  liberté  de  vous  repré- 
senter que  ma  maladie  et  mon  déménagement  ont  prodi- 
gieusement dérangé  mes  [pet]ites  finances  et  consommée  au 
delà  du  premier  compte  que  vous  m'avez  fait  donner  sur  les 
ouvrages  de  Choissy.  La  teste  n'est  point  libre  dans  cette 
situation  et  j'ose  vous  supliere  pour  la  rassurer  de  m'accor- 

(i)  II  eut  pour  ptrrtin  le  peintre  Ourlet  de  La  Fosse.  (Cf.  Diciionmaire  de  Jil.) 

(2)  Archipes  de  fart /lançais, 

(3)  Cette  lettre  fiait  ptrtie  de  It  collection  de  M.  le  comte  Chartes  Borromée,  de  Mil». 


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CHARLES  PAItROCEL  189 

er  un  à-compte  d'un  miller  d^écus.  J'ay  repris  vigoureu- 
sment  Fouvrage  et  je  compte  estre  en  état  de  donner  mon 
3.bleau  de  la  bataille  de  Fonteneoy  avant  la  Saint  Louis. 

Je  suis  avec  un  profond  respect, 

Monsieur, 

Votre  très  humble  et  très  obéiseant  serviteur, 

C.  Parrocel. 

Des  Gobelins,  ce  17  février  1748. 

A    Monsieur,  Monsieur  de  Tournehem,  directeur-général 
des  Bastiments  du  Roy,  en  son  hôtel,  à  Paris. 

En  tête  on  lit  : 

A  Monsieur  Coipel.  Songer  à  luy  dans  la  première  distribu- 
tion. Ce  22  febvrier  1748. 

Charles  Parrocel  était  paresseux  et  adonné  è  l'ivrognerie  (i).  De  là 
ses  fréquents  besoins  d'argent.  Il  logeait  aux  Gobelins,  et  plusieurs  de 
ses  tableaux  ont  été  reproduits  en  tapisserie.  Il  mourut  le  24  mai  1752. 
Son  œuvre  est  peu  considérable,  et  le  Louvre  ne  possède  pas  de  tableau 
de  cet  artiste. 

1)  Abeeedario  de  Mariette. 


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NAPOLÉON  I" 


La  correspondance  de  Napoléon  comprend,  à  là  date  du  i8  «>ût  1807, 
quatorze  lettres  de  ce  souverain  (  i  ).  En  voici  une  quinzième  adressée 
par  l'Empereur  à  sa  mère  :  elle  est  remarquable  par  son  ton  impérieux 
et  par  les  renseignements  précis  qu'elle  donne  sur  Fattitude  de  Napolécm 
à  regard  de  sa  famille  (2), 

Madame,  j'approuve  fort  que  vous  alliez  à  votre  campa- 
gne, mais,  tant  que  vous  serez  à  Paris,  il  est  convenable  que 
vous  diniez  tous  les  dimanches  chez  Tlmpératrice  où  est  le 
dîner  de  famille.  Ma  famille  est  une  famille  politique.  Moi 
absent,  Tlmpératrice  en  est  toujours  le  chef.  D'ailleurs  c'est 
un  honneur  que  je  fais  aux  membres  de  ma  famille.  Cela 
n'empêche  pas  que,  me  trouvant  à  Paris,  toutes  les  fois  que 
mes  occupations  me  le  permettraient,  je  n'aille  diner  chez 
vous. 

Votre  bien  affectionné  fils, 

Napoléon. 

A  Finckenstein,  le  18  août  1807. 

(1)  Tome  XV,  p.  83^. 

(2)  La  kttr«  n'ett  que  tigaée.  L'origiiul  est  actudleiiMiit  ca  ma  poatesaioa. 


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TABLE  DES  PIÈCES  INÉDITES 


CONTENUES  DANS  CE  VOLUME 


Adresses  illustrées  au  xviii®  siècle. 

—  Notes  et  reproductions,  p.  5y. 

Alienor  de  Guyenne. — Charte  d'elle, 
p.  83. 

Angers.  —  Pièce  du  cardinal  Balue, 
p.  97. 

Angletbrre.  —  Pièces  sur  la  captivité 
de  Jean  d'Orléans,  comte  d'Angou- 
lême,  p.  18.  —  Quittance  du  comte 
de  Suffolk,  p.  25.  —  Lettre  de 
Marguerite,  auchesse  de  Somerset, 

E.  26.  —  Pièce  de  Talbot,  p.  32.— 
cttre  de  Richard  Cromwetl,  p.  44. 

—  Charte  d'Alienor  de  Guyenne, 
p.  84.  —  Avènement  de  la  reine 
Elisabeth  et  portrait  de  cette  prin- 
cesse, p.  II 3-1 16. 

Angoulêmb  (Jean  d'Orléans,  comte 
d*).  —  Lettres  de  lui  et  notes  le 
concernant,  p.  20  et  suiv. 

Baboude  la  Bourdaisi&rb  (Philibert). 

—  Lettres  et  fragments  de  ses  négo- 
ciations, p.  10 1  et  suiv. 

Balue  (le  cardinal  Jean).  —  Pièce  de 
lui,  p.  97. 

BARiRE  (Bertrand).  —  Lettre  de  lui, 
p.  95. 

BtAUCHAUP  (prieuré  de).  —  Don  fait 
au  prieur  par  le  cardinal  de  Bar, 
p.  1^5. 


Belgique.  —  Pièce  de  Gérard  van 
Opstal,  p.  i3. 

Berton  (Pierre-Montan).  —  Acquit 
donné  par  lui,  p.  10. 

Billaud-Varenne.  —  Lettre  de  lui, 
p.  95. 

Bonaparte  (Letizia).  —  Lettre  à  elle 
adressée,  p.  190. 

Bretagne.  —  Lettre  d'une  jeune 
Nantaise  à  Robespierre,  p.  88.  — 
Pièce  de  Guillaume  Cnauvin,  p. 
100. 

Brunoy.  —  Fêtes  données  par  le  comte 
de  Provence  en  1776,  p.  9. 

Carretto  (Fabriziodi),  grand-maître 
de  Rhodes.  —  Lettre  de  lui,  p.  i . 

Catherine  de  Méoicis.  —  Lettres 
d'elle,  p.  49,  52,  54. 

Chaptal.  —  Lettres  de  lui,  p.  i3i. 

Charles  VIII,  roi  de  France.  —  Let- 
tre de  lui,  p.  39. 

Chauvin  (Guillaume).  —  Pièce  de  lui, 
p.  100, 

Clergé.  —  Dispense  accordée  par  le 
cardinal  Balue,  p.  97.  —  Pièce  de 
Guillaume  Chauvin   sur  un  reli- 

3uaire,  p.  100.  —  Lettres  de  Babou 
e  la    Bourdaisière  pendant  son 
ambassade  à  Rome,  relatives  au 


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192 


REVUE  DES   DOCUMENTS   HISTOWQCES 


pape  Ptul  I V,  p.  ioi-ia6.  —  Pièces 
sur  la  destruction  de  Tabbaye  de 
Quny,  p.  i3i.  —  Bulle  du  pape 
Honorius  III,  p.  134. 

Cluny  (abbaye  de).  —  Documents  sur 
sa  destruction,  p.  i3i. 

CoMiDiB-rriajENNS.  —  Paiement  fait 
aux  acteurs  pour  des  fêtes  données 
à  Brunoy,  p.  9. 

Q>iiSB.  —  Lettre  de  Babou  de  la 
Bourdaisière  sur  ua  évéqoe  de 
Nebia,  p.  124. 

Cromwcll  (Olivier).  —  Annonce  de 
sa  mort,  p.  44. 

Cromwkll  (Richard).  — -  Lettre  de 
lui,  p.  44. 

DoDART  (Denis).  —Son  testament,  p. 
6a. 

Drouais  (François-Hubert).  —  Inven- 
taire après  sa  mort,  p.  i35. 

Doi«ots  (Jean  d'Orléans,  comte  de).  — 
Pièces  de  lui  ou  à  lui  adressées, 
'p.  ai,  26,  32. 

EusABBTH,  reine  d'Angleterre.  — 
Lettre  la  concernant,  p.  1  i3-i  16. 

Espagne.  —  Lettres  de  Babou  de  ta 
Bourdaisière  et  de  Henri  II  sur  le 
projet  de  mariage  de  Philippe  H 
avec  Elisabeth  d'Angleterre,  p.  114- 
116. 

Flbury  (le  cardinal  dc|.  —  Lettre 
du  grand  Frédéric  à  lui  adressée, 

François  I«',  roi  de  France.  —  Let- 
tres à  lui  adressées,  p.  i . 

FRiDÉRic  II,  roi  de  Prusse.  —  Lettre 
de  lui,  p.  78. 

Henri  II,  roi  de  France.  —  Lettres 
de  lui,  p.  io5  et  suiv. 

Honorius  III,  pape.  —  Bulle  de  lui, 
p.  134. 

Imprimerie.  —  Lettres  de  Louis  XIV 
accordées  à  un  imprimeur,  p.  187. 

Italie.  —  Lettres  de  Henri  II  et  de 
Babou  de  la  Bourdaisière  sur  le 
pape  Paul  IV  et  la  cour  romaine, 
p.  101  et  suiv. 


jANsimsTKS.  —  Pièce  les 

p.3i. 

La  CoNDAMiifE.  —  Pièce  de  Im.  p.  4^ 
La  Rochelle.  —  Lettre  da  cafdn. 

de  Richelieu  sur  le  siège  de  ctst 

ville,  p.  99- 
Laubardkmont  (Jean*Martia  àc^  — 

Lettre  de  lui,  p.  93. 
LscLERC  (Emmanuel),   —  Lettre  de 

lui,  p.  47. 
Librairie.  —  Lettres  de  Loois  XIV 

accordées  à  un  libraire,  p.  187. 

I^NGUEviLLC  (^François  II  d*Orlé8i&. 

duc  de\  —  Pièce  sur  ses  funérailles. 

p.  7. 
Lorraine.  —  Lettre  du  cardîiuI-dEC 

de  Bar,  p.  i85. 
LouDUN.  —  Lettre  de  Laubardemoet 

sur  les  possédées  de  Loudun,  p.  90. 
Louis  XrV,  roi  de  France,  —  L^trc 

de  lui,  p.  187. 
Louis  XV,  roi  de  France.  —  Estampe 

sur  son  maris^,  p.   14.  —  Pièce 

signée  par  ses  mies,  p.  43. 
Louis  XVI,  roi  de  France,  —  Décret 

pour  sa  déchéance,  p.  40. 
Louis  XVIIl,  roi  de  France.  —Piè« 
•     signée  par  lui,  p.  9.  —  Sa  protes- 
tation en  i8i5,  p.  76. 
Louis,  cardinal-duc  de  Bar.  —  Pièce 

de  lui,  p.  i85. 
Lyon.   —  Lettre  de   Leckrc  surk 

siège  de  cette  ville,  p.  47. 

Mantes.  —  Pièce  de  Gérard  van  Ops; 
tal  sur  une  table  d'autel  destinée  à 
Téglise  des  Célestins  de  Mantes, 
p.  II. 

Marie  ùe  MiDicis.  —  Lettre  de  Ri- 
chelieu à  elle  adressée,  p.  99. 

Marie  Lectinska,  reine  de  Frmce. 
—  Estampe  sur  son  mariage,  p.  14* 

MA2ARIN  (le  cardinal).  —  Lettre  de 

Richard  Cromwell  a  lui  adressée, 

P-  44- 
MÉDEaME.  —  Lettre  d'Antoine  Petit, 

p.  36.  —  Testament  de  Denis  Do- 

dart,  p.  62. 


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TABLE   DES   PIECES  INEDITES 


193 


ONTMORKNCY  (Guillaumc  de).  —  Let- 
tre de  lui,  p.  7. 

.I3S1QUE.  —  Pièce  sur  les  fêtes  de 
Brunoy,  p.  10. 

ANTES.  —  Lettre  d'une  jeune  Nan- 
taise à  Robespierre,  p.  88. 

APOLéoN  I«^.— Lettre  de  lui,  p.  190. 

foRMANDiE.  —  Lettre  du  comte  d'An- 
goulème  ,  datée  de  Cherbourg , 
p.  iZ, 

>psTAL  (Gérard  van).  —  Traité  passé 
par  lui,  p.  II. 

)rléanaîs.  —  Lettres  de  Jean  d'Or- 
léans, comte  d'Angoulême,  de  Du- 
nois,  de  Charles  d'Orléans,  p.  18 
et  suiv.  —  Lettre  d'Antoine  Petit , 
p.  36. 

Orléans  (Charles,  duc  d').  —  Pièces 
de  lui,  p.  21,  28. 

Paris. — Traité  de  Gérard  van  Opstal 
avec  Pierre  Touzet,  juge  et  garde 
en  la  monnaie  de  Paris,  p.  11.  — 
Adresses  illustrées  de  marchands 
parisiens,  p.  57.  —  Lettres  d'im- 
primeur et  libraire  à  Paris,  p.  187. 

Parrocel  (Charles).  —  Lettre  de  lui, 
p.  188. 

Paul  IV,  pape. — Documents  le  con- 
cernant, p.  101  et  suiv. 

Peinture.  —  Inventaire  après  le  dé- 
cès de  François-Hubert  Drouais, 
p.  i35,  —  Lettre  de  Charles  Parro- 
cel, p.  188. 

Petit  (Antoine).  —  Lettre  de  lui, 
p.  36. 

Philippe  II,  roi  d'Espagne.  —  Lettre 
le  concernant,  p.  1 14-1 16. 

PiGALLE  (J.-B.).  —  Lettre  de  lui, 
p.  87. 

Protestantisme.  —  Lettre  de  Cathe- 
rine de  Médicis,  p.  54. 

Prusse.  —  Lettre  du  grand  Frédéric, 
P-77- 


Rabelais  (François).  —  Quittance  de 
lui,  p.  35. 

René,  duc  d'Anjou.  —  Dispense 
d'œufs  à  lui  accordée  par  le  cardi- 
nal Balue,  p.  97. 

RÉVOLUTION  française.  —  Lettre 
d'une  jeune  Nantaise  à  Robespierre, 
p.  88.  —Lettre  de  Barère^  Bil- 
laud-Varenne  et  Robespierre , 
p.  95.  —  L'abbé  Sicard  sauvé  des 
massacres  de  septembre,  p.  127. — 
Destruction  de  l'abbaye  de  Cluny, 
p.  i3i. 

Rhodes.  —  Fabrizio  di  Carrctto, 
grand  maître,  p.  i. 

Richelieu  (le  cardinal  de).  —  Lettre 
de  Laubardemont  à  lui  adressée, 
p.  93.  —  Lettre  de  lui,  p.  99. 

Robespierre  (M aximilien).  —  Lettre 
d'une  jeune  Nantaise,  à  lui  adressée, 
p.  88.  —  Lettre  de  lui,  p.  95. 

RocHECHOUART  (Frauçois  de).  —  Let- 
tre de  lui,  p.  7. 

RoMME  (Gilbert).  —  Lettre  de  lui, 
p.  128. 

Saint-Maixent.— Privilèges  accordés 
à  l'abbaye  par  Alienor  de  Guyenne, 
p.  84. 

Sculpture.  —  Pièce  de  Gérard  van 
Opstal,  p.  1 1 .  —  Lettre  de  Pigalle, 
p.  86. 

Sicard  (l'abbé).  — Lettre  de  lui,  écrite 
pendant  les  massacres  de  septembre, 
p.  127. 

Somerset  (Marguerite ,  duchesse  de). 
—  Lettre  d'eue,  p.  26. 

Sorcellerie.  —  Lettre  de  Laubarde- 
mont sur  les  possédées  de  Loudun, 
p.  90. 

SuFFOLK  (Guillaume,  comte  de).  — 
Pièces  de  lui,  p.  21,  25. 

Talbot  (Jean).  —  Pièce  de  lui,  p.  32. 


TOME  IV 


25 


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TABLE  DES  FAC-SIMILE 


CONTENUS  DANS  CE   VOLUME 


AdRKSSES  illustrées  au  XVIII*   SIKCLE. 

—  Trois  reproductions,  p.  58. 

Aliknor  de  Guyenne.  —  Charte  d'elle, 

p.  84. 

Anooi'l^mk  {Jean  d'Orléans,  comte  d'). 

—  Signature,  p.  23. 

BALUK(le  cardinal  Jean).  —  Signa- 
turc,  p.  98. 

Carretto  (Fabrtxio  di).  —  Signature, 
p.  6. 

Chauvin  (Guillaume).  —  Signature, 
p.  100. 

Cromwell  (Olivier).  —  Sceau  privé, 
p.  46. 

Cromwell  (Richard).   —  Signature, 

p.  45. 
DoDART  (Denis).  —  Signature,  p.  71. 

Henri  II,  roi  de  France.  —  Signature, 
p.  120. 

HoNORius    III,    pape.    —    Charte, 
p.   134. 

Jansénistes.  —  Profession  de  foi  en 
1806,  p.  3i. 

Laubardemont  (Jean-Martin  de).  — 
Signature,  p.  94. 

Louis  XVI,  roi  de  France.  —  Décret 
pour  sa  déchéance,  P-  4i* 


Louis  XVIII,  roi  de  France.  —  Si 
protestation,  p.  76. 

Louis,  cardinal-duc  de  Bar.  —  Sigaa- 
ture,  p.  i85. 

Marte  Lbczinska,  reine  de  Fnoce- 

—  Estampe  la  représentant ,  p.  Jt- 

Montmorency    (Guillaume  de).  - 

Signature,  p.  8. 
Opstal  (Gérard  van).  —  Sigoatœt 

p.  i3. 

Orléans  (Charles ,  duc  d*).  —  S^ 
ture,  p.  29. 

Parrocel  (Charles).  —  Lettre,  p.  i^ 

PiGALLE  (J.-B.).  —  Signature,  p.  5; 

Rabelais   (François).  —   QuitoïKt 

p.  35. 
Richelieu  (le  caidinal  de).  —  Ltttrt 

p.  99.  " 

Robertbt.  —  Signature,  p.  120. 

Rochechouart  (François  de).  —Si- 
gnature, p.  8. 

SiCARD  (l'abbé).  —  Lettre,  p.  iiS- 

Somerset  (  Marguerite,  duchesse  ai- 

—  Signature,  p.  28. 

SuFFOLK  (Guillaume,  comte  de)-  " 
Signature,  p.  26. 

Talbot  (Jean).  —  Signature,  p.  33. 


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INDEX  DES  ARCHIVES 

DES  BIBLIOTHÈQUES  PUBLIQUES 

ET  DES  COLLECTIONS  PARTICULIÈRES 

D^OU    PROVIENNENT    LES    PIECES    PUBLIEES    DANS    CE    VOLUME 


Bibliothèque  nationale. 

Manuscrit  du  comte  d'Angoulème, 
p,  ig.  —  Pièce  du  comte  d'Angou- 
lême,  p.  29.  —  Lettre  de  Char- 
les VIII,  p.  39.  —  Négociations  de 
Babou  de  la  Bourdaisière,  p.  loi 
et  suiv. 

A/,  le  comte  Charles  Borromée. 

Lettre  de  Charles  Parrocel,  p.  188. 

M.  Fernand  Calmettes. 

Adresses  illustrées  au  xyiii®    siècle, 
p.  58. 

M.  Jacques  Charavay. 

Lettre  de  Barère,  Billaud-Varenne  et 
Robespierre,  p.  95. 

M.  Etienne  Charavay. 

Lettre  de  Fabrizio  di  Carretto ,  p.  i . 

—  Lettre  de  Guillaume  de  Mont- 
morency et  François  de  Roche- 
chouart,  p.  7.  —  Pièce  sur  les 
fêtes  de  Brunoy,  p.  9.  —  Pièce  de 
Gérard  van  Opstal,  p.  11.  —  Image 
sur  le  mariage  de  Louis  XV,  p.  14. 

—  Pièce  sur  les  Jansénistes  en 
1806,  p.  3i.  —  Lettre  d'Antoine 
Petit,  p.  36.  —  Lettre  de  Leclerc, 
p.  47.  —  Testament  de  Denis  Do- 
dart,  p.  62.  —  Lettre  de  Louis  XIV, 
p.  187.  —  Lettre  de  Napoléon  I*', 
p.  190. 


M.  Benjamin  Fillon. 


Quittance  de  Rabelais,  p.  35. 
chéance  de  Louis  XVI,  p. 


-Dé- 

.  .  40  — 
Lettre  de  R.  Cromwell,  p.  44.  — 
Lettres  de  Catherine  de  Médi- 
cis,  p.  49.  —  Protestation  de 
Louis  XVIII,  p.  76.  — -  Lettre  du 

§rand  Frédéric,  p.  77.  —  Charte 
'Alienor  de  Guyenne,  p.  84.  — 
Lettre  d'une  jeune  Nantaise  à  Ro- 
bespierre, p.  88.  —  Lettre  de  Lau- 
bardemont,  p.  93.  —  Pièce  du  car- 
dinal Balue,  p.  97.  —  Lettre  de  Ri- 
•  chelieu,  p.  99.  —  Pièce  de  Guil- 
laume Chauvin,  p.  100.  —  Lettres 
de  Henri  II,  p.  io5,  114.  —  Lettre 
de  Tabbé  Sicard,  p.  127.  —  Lettres 
deChaptal,p.  i3i.  —  Honorius  III, 
p.  134. 

M.  Eugène  Minoret, 

Lettres  du  comte  d'Angoulême,  p.  23, 
24.  —  Lettre  du  comte  de  Suffolk, 
p.  25.  —  Lettre  de  Marguerite  de 
Somerset,  p.  26.  —  Pièce  de  Talbot, 
p.  32. 

M.  Alfred  Sensier. 

Lettre  de  Charles  d'Orléans,  p.  28. 
—-  Lettre  de  Pigalle,  p.  86.  —  Let- 
tre du  cardinal  de  Bar,  p.  i85. 

M.  Maurice  Toumeux. 

Inventaire  après  le  décès  de  François- 
Hubert  Drouais,  p.  i35. 


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REVVE 

:>ES  DOCVMENTS 

HISTORIQVES 

SVITE    DE    PIÈCES    CVRIEVSES    ET    INEDITES 
PVBLlésS  AVBC 
DES  NOTES   ET  DES   COMMENTAIRES 
PAR 

ETIENNE    CHARAVAY 

ARCHIVISTE  PALiOGRAPMK 
CINQUIÈME     ANNÉE 


PARIS 

4.  LEMERRE  ÉDITEVR  C.  MOTTEROZ    IMPRIMEVR 

a?  PisMge  CboUeul  Rue  du  Dragon  3i 

1878 


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REVUE  ::..::.. 

DES  •*•    •    .     ••• 

DOCUMENTS   HISTORIQUES '*' 

ANTOINE  DE  CHABANNES 

COMTE  DE  DAMMARTIN 

Depuis  les  traités  de  Conflans  et  de  Saint-Maur  (5  et  29  octobre  1465), 
qui,  au  prix  de  sacrifices  momentanés,  brisèrent  la  Ligue  du  bien  public 
et  sauvèrent  la  monarchie  française,  jusqu'à  la  mort  du  duc  Philippe 
le  Bon  (i5  juin  1467),  la  paix  avec  la  Bourgogne  ne  fut  pas  ouverte- 
ment rompue. 

Le  comte  de  Charolais,  qui,  maintes  fois  du  vivant  de  son  père, 
s*était  montré  Tennemi  de  Louis  XI,  n'était  pas  homme  à  respecter  la 
foi  des  traités.  Son  caractère  emporté  et  son  humeur  belliqueuse 
allaient  se  trouver  directement  aux  prises  avec  Tesprit  prudent  et  rusé 
et  le  tempérament  éminemment  politique  du  Roi  de  France.  A  peine 
Louis  XI  eut-il  été  informé  officiellement  de  Tavénement  du  nouveau 
duc,  qu'il  se  prépara  à  la  lutte.  Il  fît  réunir  son  artillerie,  plaça  des 
garnisons  sur  les  marches  de^  Bretagne  et  envoya  le  comte  de  Dam- 
martin  avec  plusieurs  compagnies  sur  les  frontières  des  pays  de 
Luxembourg  et  de  Liège.  Antoine  de  Chabannes,  comte  de  Dam- 
martin,  avait  été,  à  l'époque  de  la  Praguerie,  ardent  partisan  du  Dau- 
phin. U  avait  rejoint  ce  prince  assiégé  dans  Niort  et  Tavait  empêché 
de  capituler  (i).  Plus  tard  il  avait  secondé  fidèlement  Charles  VII  dans 
ses  entreprises  contre  son  fils  rebelle  et  avait  été  chargé  d'aller  occuper 
le  Dauphiné.  Louis  XI,  à  son  avènement,  dépouilla  de  ses  biens  son 

ancien  ami  et  le  bannit  du  royaume,  a  Comme  il  se  trouva  grand  et 

(0  Cf.  Les  vies  de  mettre  Jacques  et  Antoine  de  Chabannes,  tous  deux  grands  mais 
très  de  France,  par  le  sieur  Du  Plessis  ;  Paris,  Libert,  1617,  in-n,  p.  3i. 

TOME  V  I 


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2  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

roi  couronné,  dit  Comm^rnes  (  i  ),  d'entrée  ne  pensa  qu'eux  ' 
mais  tost  \uj  en  vint  le  dommage,  et  quand  et  quand  la 
Aussi  par  le  traité  de  Conâans  il  rendit  au  comte  de  Dammartia  les  1 
.q\\.'il  avait  confisqués  et  lui  confia  cent  lances.  Dès  lors  Antoine  de  Q» 
-*  tî^^n^el.  fut  un  des  plus  fidèles  serviteurs  de  Louis  XI.  Il  renaît  d*ém 
..o^ grand- -maître  de  France  (23  avril  1467)  lorsqu'il  fut  cfaar;^  àt 
' l'Uiït^ 'itir.tts  frontières  liégeoises. 

Charles  le  Téméraire  avait,  dès  son  avènement,  vu  se  révolter  cooce 
lui  les  Gantois  et  les  Liégeois.  Il  pacifia  d'abord  Gand  et  mardta  es- 
suite  contre  les  Liégeois  qui  avaient  chassé  leur  évèqne  et  venaîest  de 
prendre  la  ville  d'Huy  (2).  Ces  derniers  étaient  alliés  de  Louis  XI  qui 
chargea  Dammartin  et  Tévèque  de  Langres  d'essayer  de  rétablir  la  paix 
entre  le  duc  et  ses  sujets.  Les  ambassadeurs  attendirent  vainement  à  Re- 
thel  le  moment  favorable  pour  entrer  en  négociation.  Ni  les  Boorgai- 
gnons  ni  les  Liégeois  ne  montrèrent  dlempressement  à  accepter  la  mé- 
diation de  la  France.  On  accusait  Louis  XI  de  fomenter  Tinsurrectioa. 
Charles  le  Téméraire  entra,  le  23  octobre  1467,  sur  les  terres  des 
Liégeois  et  assiégea  Saint-Tron.  Les  Liégeois,  venus  au  secours  de  cettt 
place,  furent  battus,  le  28,  à  Bruystein,  et  le  i*' novembre,  Saint-Troa 
se  rendit  à  discrétion.  On  rasa  ses  fortifications.  Cest  peu  après  oes 
événements  que  le  comte  de  Dammartin,  alors  à  Louches,  en  Artois, 
écrivit,  le  12  novembre  1467,  la  lettre  suivante  à  Louis  XI  (3).  Mandé 
par  son  souverain  qui,  trahi  par  le  duc  d'Alençon  et  attaqué  par  k 
duc  de  Bretagne,  voulait  fiûre  justice  de  sas  vassaux,  il  répond  qu'il  va 
se  rendre  aux  ordres  du  Roi. 

Sire,  le  plus  humblement  que  je  puis  me  recommande  à 
vostre  bonne  grâce.  Et  vous  plaise  savoir  que  je  receuz  uncz 
lectres  lundi  neufviesme  jour  de  ce  moys  qui  vous  a  pieu  moy 
rescripre,  escriptes  le  premier  jour  dudict  mois,  contenant 
que  incontinent  ces  lectres  vehues  je  montasse  à  cheval  et 
que  je  vensisses  devers  vous,  toutes  aultres  choses  lessées. 
Et  pareillement  m'a  rescript  mons'  le  seneschal  de  Poitou. 
En  semblable  sustance,  Sire,  incontinent  vos  lectres  rcceues, 
je  me  suis  délibéré  d*acomplir  vostre  commandement  et  ay 

(1)  Mémoires,  liv.  I,  ch.  X. 

(2)  Mémoires  de  Commjrnes,  Uy.  II,  chtp.  II. 

(3)  Cette  lettre  fait  partie  de  ma  collection  personnelle  de  documenu  sur  le  règne  de 
Louis  XI. 


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ANTOINE  DE  CHAEANNES  3 

assemblé  tous  les  cappitaines  (i)  pour  avoir  advis  en  vos 
affiedres  de  par  deçà,  où  j'ay  eu  beaucoup  à  besoigner  pour 
les  mectre  en  ordre  au  mieuk  qui  m*a  esté  possible,  car, 
comme  je  vous  ay  dernièrement  rescript  par  Merlin  et  par 
Bosrodon,  tous  les  cappitaines  estoient  esbais  et  troublés 
pour  mon  allée  devers  vous,  en  disant  qu'il  ne  savoient  que 
faire  et  que  ne  leur  aviés  riens  fait  savoir  de  vostre  voulunté 
et  qu'il  estoient  délibérés  de  venir  devers  vous,  ce  qui  ne  se 
povoit  pas  bien  faire  pour  ceste  heure  à  vostre  avantage  à 
mon  advis,  veu  que  encores  ne  scet  on  si  le  duc  de  Bour- 
guogne  aceptera  les  trêves  ou  non,  se  que  Je  cuide  qui  fera,  et 
les  dissimulations  qu'il  en  fait  jusques  ycy  je  cuide  que  c'est 
pour  ce  qui  scet  que  vous  gens  sont  sur  les  champs  tant  deçà 
la  rivière  que  delà,  affin  que  le  peuple  ait  cause  de  soy  plain- 
dre. J'ay  assemblé  tous  les  cappitaines  avant  que  je  soye 
party,  et  ne  bousgeront  du  pais  jusques  à  tant  qu'il  sauront 
novelles  de  vous  et  aussi  si  la  trêve  se  tiendra  ou  non. 
J'ay  mis  le  meilleur  ordre  que  j'ay  peu,  en  manière  que  je 
cuide  qui  le  tiendront,  et  ay  fait  qui  se  conduiront  par  Sale- 
zart  jusques  à  tant  qu'il  aient  novelles  de  vous,  lequel  se  con- 
duit très  bien  et  le  voy  en  bonne  et  grant  affeccion  de  vous 
servir  et  tous  les  aultres   semblablement.  J'ay  ordonné  à 
Pierre  Aubert  que  incontinent  qui  saura  que  la  trêve  sera 
prise  qu'il  en  renvoyé  les  francs  archîers  en  leurs  maisons. 
II  n'est  homme  qui  en  puisse  venir  à  bout,  tant  font  de  maulx, 
et  partout  là  où  il  passent,  il  gastent  tout.  Sirç,  je  m'ejn  vois 
detiré  devers  vous  et  n'arresteré  que  je  n'y  soye,  et  ay.  or- 
donné à  mon  lieutenant  qui  s'en  viengne  après  moy  avecques 
,  la  compagnie  tout  bellement. 

Sire,  vous  me  rescriptes  l'autre  jour  que  vous  aviés  sceu 
que  je  tenois  aucuns  officiers  de  Mons'  de  Bourguogne  et  que 
je  les  feisses  délivrer,  eulx  et  leurs  biens.  Je  ne  sache  point 

(i)  Il  avait  sons  ses  ordres  les  capitaines  Salazar,  Etienne  de  VignoUes  et  Robert  de , 
Conigan.  (Cf.  Le  cabinet  du  roi  Louis  XI,  édit.  Cimber  et  Danjou,  p.  la.) 


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4  RBVUE  DES  DOCmOEim  BSTOtlQUES 

qu'il  y  ait  nulz  des  oflSders  de  Mons*  de  Bom^oogne  déms 
ny  arrestés.  Il  est  bien  vray  que  le  seigneur  de  Tcman  csa 
arresté,  comme  je  vous  ay  fait  savoir  plusieurs  fois,  ct^  po« 
ce  que  en  vos  lectres  n'estoit  point  fait  mendon  de  lui,  fa; 
différé  i  le  délivrer  jusques  adce  que  je  sceussez  plus  am- 
plement de  vostre  vouloir,  non  obstant  que  je  Tay  kssé  à 
Rethel  et  ay  ordonné  à  Salezart  que  si  les  trêves  sont  qui  k 
délivre  et  qu'il  en  envoyé.  Si  vostre  plaisir  est  qui  «oh  ptœ 
toust  délivré,  mandez-le  moy  et  je  le  feray  délivrer  uxonû- 
nent,  en  priant  Dieu,  Sire,  qui  vous  doint  bonne  vie  et  lon- 
gue. Sire,  il  a  couru  ung  bruit  de  par  deçà  que  ceuk  de 
Cintron  (i)  cestoient  renduz  aux  Bourguignons,  mais  j'ay 
depuis  veu  unez  lectres  que  le  bailly  de  Lyon  (2)  a  rescriptes 
à  Salezart  qui  dit  le  contraire  et  que  le  siège  n'est  point  m- 
corez  fermé  de  tous  coustés,  car  les  Liégeois  entrent  et 
saillent  quant  il  veuUent  Escript  à  Louche  (3)  le  xn«  jour 
de  novembre  (4). 


Au  Roy  mon  souverain  seigneur. 

(i)  Stint-Tron.  Au  moment  où  Dtmmartin  écrivait  cette  lettre,  Saint-Tron  s'était  de- 
pait  dooxe  joart  rendu  aux  Bourguignons. 

(a)  François  Rayer,  bailli  de  Lyon,  ambassadeur  de  Lx>uis  XI  auprès  des  liégeoit.  H 
avait  assisté  à  la  bataille  de  Bruystein.  (Cf.  Commynes,  Ht.  II,  chap.  II.) 

(3)  Canton  d'Ardres,  département  du  Pas-de-Calais,  i  3o  kil.  de  Saint-Omer. 

(4)  La  signature  seule  est  de  la  main  du  comte  de  Dammartin. 


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ANTOINE  DE  CHABANNES  5 

Lre  capitaine  Sale^art^  dont  Dammartin  parle  si  favorablement  dans 
a  lettre,  s'appelait  Jean  de  Salazar.  Il  était  de  Biscaye  et  était  venu 
Ml  France  en  1439.  Charles  VII  le  prit  à  son  service  et  Tenvoyà 
iix  L^an^edoc  avec  le  Dauphin.  Véritable  routier,  il  rançonna  les 
copulations  et  se  fit  donner  de  grosses  sommes  d*argent  pour  quitter 
le  I^anguedoc.  Il  épousa,  en  1441,  Marguerite  de  La  TrémoiUe,  dame 
de  Saint-Fargeau,  fille  naturelle  de  Georges  de  La  Trémoille,  devint 
conseiller  et  chambellan  du  Roi,  fut  un  des  meilleurs  lieutenants  du 
comte  de  Dammartin  et  mourut  à  Trojes  le  12  décembre  1479.  Il  fut 
enterré  dans  Téglise  du  prieuré  de  Macherets  près  Méry-sur-Seine.  Un 
de  ses  ûls,  Tristan,  qui  devint  évéque  de  Meaux  et  archevêque  de  Sens, 

éleva  à  son  père,  dans  Téglise  Saint-Étienne  de  cette  dernière  ville,  un 

magnifique  monument  (i). 


\i>  Bibl.  nat,  cabinet  des  titres,  dossier  Sala^ar,  —  Tristan  de  Salazar  assista  au  con- 
cile de  Pise,  ainsi  que  le  constate  la  pièce  suivante  qui  appartenait  4  la  collection  de 
M.  B.  FiUon: 

«  Nos  Tristandus  de  Salaxar,  ndseratJone  diviot  Seoonensis  arctnepiscopits,  GalHanim 
et  Germanie  primas,  certifficamus  omnibus  qnibns  interest  aut  interesse  poterit  Tacasse 
et  fuisse  occupatos  pro  concilio  Pisano  universatis  ecclesie  indito  Pisis  et  illi  interfuisse 
et  Inseruisse  a  die  secnnda  menais  augusti  anni  presentis  millesimi  quingenteaimi  unde»- 
cimi  usque  ad  hune  présentera  diem  apparidonis  Domini  sextam  januarii  dicti  anni,  et 
ista  asserimus  pro  veritate  et  medio  juramcnto  fore  et  esse  Tera.  In  quorum  fidem  et 
teorimonium  omnium  et  singolonun  premissomm  bas  présentes  manu  nostra  propria 
signavimos  et  per  Nicolaum  Richer,  presbiterum,  secretarium  nostrnm,  subsignari 
fecimus  die  et  anno  suprascriptis. 

«  TaiSTANDUs  DS  Salazar,  Senonensis  episcopus.  » 

«  N.  RiCUER.   » 


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1 


MICHEL  DE  L'HOSPITAL 


Le  chancelier  de  Frtnce  Michel  de  L'Hospital,  après  crotr, 
huit  années,  lutté  pour  empêcher  la  guerre  civile,  quitta  li  Cor 
en  i568  et  se  retira  arec  sa  femme,  Marie  Morin  (i),  dans  sa  terre  éi 
Vignay,  située  i  quatre  lieues  d*Étampes.  Cette  même  année  il  scka 
la  terre  de  Vert-le-Grand,  sise  près  d'Arpajon  (a).  Cest  dans  ce  àawB 
lieu  qu'était  le  chancelier  lorsqu'il  reçut  la  noavelle  du  massacre  de  ii 
Saint-Barthélémy.  Sa  fille  Madeleine  (3),  restée  à  Paris,  loi  oaài 
aussitôt  qu'elle  avait  été  sauvée  par  la  puissante  intercession  d'AsBt 
d'Esté,  duchesse  de  Guise.  Lliospital  lui  répondit,  le  aSaoûtiSri, 
lendemain  du  massacre,  la  lettre  suivante,  admirable  de  fermeté  et  de 
résignation  (4). 

Ma  fille,  j'ay  vcu  ce  que  m'cscrivés  et  voy  bien  la  tcmpestt 
qui  tombe  sur  ma  maison,  s'il  ne  plait«à  Dieu  la  destourner. 
Ccst  ce  qu'il  a  promis  aux  siens.  Faiaes  comme  avés  en- 
commencé  et  vous  aidés  de  tous  bons  moiens  pour  la  saul- 
vcté  de  vostrc  mère,  mary,  vos  et  vos  enfans»  (5)  car  ;c  « 
vois  pas  qu'il  soit  fort  besoîng  de  vous  cmploier  pour  moy 
ne  que  y  puissiés  riens  prouffiter.  J'escris  à  la  roine  et  à  ma- 
damme  de  Savoie.  (6)  Vous  les  ferés  présenter  dextremant  et 

(I)  L*Ho«pita]  avtit  épousé,»  i537,  Marie  Mono,  fill«  du  lievteoaot  criimiMl  iaa 
Morin.  (CC  nne  lettre  du  chancelier  Poyet  à  ce  raiet  dans  VImpemtaire  éet  ëMtogrf^ 
et  des  documents  historiques  composant  U  coiUctiom  de  M,  Benjamin  PUUm,  v  3iS4 

(s)  Cf.  Nouvelles  recherches  historiques  sur  U  vie  H  tes  ouvrages  dm  ckâMcetitrée 
LHospilal,  par  A.-H.  Taillandier;  Pari»,  Didot,  1861,  in-8,  p.  aji.  -  li.Tiininfi«f 
donne  4  cette  terre  le  nom  de   Valgrand  et  dit  qu'elle  s'appelle  anjoardlwi  Yai-^  I 
Grand,  La  lettre  dn  chantier  qne  |e  pnbtte  prouve  qu'an  xn*  tiède  ce  dernier  toa 
était  ntité.  ) 

(3)  Elle  éuit  mariée  i  Robert  Hnrault  de  Beletbat,  maître  des  ttqmèm,  qn  iT<i<  ^ 
bratié  le  protettantitme.  De  là  le  danger  qu'elle  courut  pendant  le  massacre. 

(4)  Collection  de  M.  Alfred  Sensier. 

(5)  Parmi  ces  enfants  éuit  le  filleul  même  du  chaniclier,  Micbd  Hurtnlt,  qui  Wô" '^^ 
la  bibliothèque  de  son  grand-père  et  derint  maître  des  requêtes  au  ParicBcnt  de  fin»* 

(6)  Marguerite  de  France,  fille  de  François  I»,  qui  airait  eu  L*Hoapitil  poor  P»**»^ 
de  son  Conseil. 


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MICHEL  DE  l'hÔSPITAL  7 

près  tenir  celle  de  madite  dame  de  Savoie.  J'escris  aussi  à 
£Qadame  de  Nemours  (i)  pour  la  remercier  très  humblemant. 
Vous  verres  les  letres.  Je  me  recommande  à  vous,  priant  le 
Segneur  vous  consoler  et  redresser  en  tous  vos  afiaires.  De 
Verlegrand  ce  xxv  d'aoust  1572. 

'  Vostre  bon  père 

M.  DE   LOSPITAL. 

A  Mademoiselle  de  Belesbat,  ma  fille. 

Michel  de  L'Hospital,  au  dire  des  historiens,  résidait  dans  sa  terre 
du  Vignay  au  moment  de  la  Saint-Barthélémy.  N'y  a-t-il  pas  erreur 
dans  cette  assertion  ?  car  la  lettre  ci-dessus  prouve  que  le  chancelier 
était,  le  25  août,  à  Vert-le-Grand.  Avait-il,  au  reçu  de  la  nouvelle, 
quitté  le  Vignay  ?  Il  semble  difficile  d'admettre  ce  voyage,  alors  que  des 
cavaliers  de  mauvaise  mine  rôdaient,  dit-on,  autour  de  la  maison  du 
chancelier.  Quoi  qu'il  en  soit,  L'Hospital  ne  dut  la  vie  qu'à  l'interven- 
tion de  Catherine  de  Médicis.  Réfugié  auprès  de  son  gendre  et  de  sa 
fille  à  Belesbat,  il  adressa  des  épitres  latines  à  Marguerite  de  France 
et  à  la  duchesse  de  Guise,  pour  raconter  à  l'une  les  horribles  événe- 
ments qui  venaient  de  ^'accomplir  et  rendre  grâces  à  l'autre  de  sa  géné- 
reuse protection  {2). 

(i)  Anne  d*Este,  dach^esse  ;de  Guise. 

(2)  a.  Œuvres  complètes  de  Michel  L'Hospital,  éd.  Dufey;  Parit,  BouUand,  1825, 
3  vol.  in-S,  t.  ni,  p.  499.  —  La  pièce  adressée  à  la  duchesse  de  Savoie  contient  ce  pas- 
.  Bage  touchant  sur  le  danger  que  courut  la  fille  de  UHospiul  : 
Filia  Parisiam  casu  qu«  vencrat  urbem, 
Imprudens  subitis  oppressa  tumultibus,  Annas  est 
JEstensis  servau  fide.  Nam  sezus  et  «Us 
Nulliprœsidio  fbit  in  discrimine  tanto. 

Uépttre  i  la  duchesse  de  Guise  (p.  491)  commence  ainsi.  : 

Anna,  mihi  natis  h«c  de  tribus  una  superstes 
Vivit  adhuc,  vivitque  tuo  servata  reccnti 
Munere,  dum  tota  codes  flagraret  in  urbe  : 
Proterea  nec  spes  occurreret  ulla  saintis. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE<X)THA 

(1763-1767) 


Les  origiiuux  des  lettres  qu'on  Ta  lire  appartietinent  aux  archives 
ducales  de  Gotha,  et  c'est  en  préparant  la  noureUe  édhioa  de  la  Coms- 
fondmict  Uttérmhre  (dont  deox Tohmes  d^  ont  para),  que  M.  M anrioe 
Tourneuz  en  a  eu  oonnainance.  Il  a  pu  obtenir  de  les  fiûre  oopier  a 
m*a  communiqué  celles  qui  présentaient  quelque  intérêt  an  point  de 
vue  de  l'histoire  des  lettres  ou  des  mœurs.  Plusieurs  d'entre  elles  ne 
renferment  que  des  protestations  de  dévouement  ou  des  roeux  pour  la 
santé  de  la  ûunille  prindère,  et  leur  âimination  n'atténuera  en  rien  k 
mérite  de  celles  que  nous  avons  conservées. 

Sauf  la  neuvième  tt  la  vingt  et  unième,  toutes  ces  kccres  sont  adres- 
sées à  la  duchesse  Louise^Dorothée,  née  le  10  août  1710,  mariée  k 
17  septembre  1729  au  prince  héréditaire  devenu  duc,  sous  le  nom  de 
Frédéric  III,  le  23  mars  i733,  et  morte  le  22  octobre  1767;  le  destina- 
taire des  deux  autres  est  le  prince  héréditaire  Ernest,  plus  tard 
duc  Ernest  II  de  Saxe-Gotha,  mort  en  1804. 

Bien  qu'il  fût  d'origine  bavaroise  (étant  né  à  Ratisbonne),  Grimm  con- 
tracta de  bonne  heure  et  conserva  de  tout  temps  les  relations  les  {dus 
étroites  avec  la  cour  de  la  petite  ville  où  il  devait  mourir  le  23  dé- 
cembre 1807.  Avant  d'en  être  le  ministre  plénipotentiaire  il  en  fut  k 
représentant  officieux  et  son  zèle  allait  même,  ainsi  qu'on  le  verra  par 
deux  lettres  fort  plaisantes,  jusqu'à  se  diarger  d'acheter  des  perruques 
poudrées  et  des  pou/s. à  la  considération. 

Ce  n'est  point  mon  habitude  de  publier  ici  des  correspondances  si 
longues  ;  je  sais  que  la  variété  est  indi^>ensable  dans  un  recueil  tel  que 
la  Revue  des  documents  historiques.  Seulement  je  ferai  observer  que 
toutes  ces  lettres  de  Grimm  ont  des  sujets  si  divers,  que  chacune  con- 
stitue à  elle  seule  un  ensemble.  Pour  rendre  cette  observation  plus  sen- 
sible j'ai  &it  précéder  chaque  lettre  d'un  sommaire  des  faits  qu'elk 
contient. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  9 

I 

LETTRE    DU    3l    JUILLET    lyÔS 

d'aXEMBERT  a  LA   COUR    DE    PRUSSE.    —   JUGEMENT    SUR   CE    PHILOSOPHE. 

ESTAMPES    DE    M.    DE    CARMONTELLE.     —     PETIT    CATECHISME    DE 

irOLTAlRB. 

Madame 

Je  ne  me  ferai  jamais  à  Texcès  de  bontés  dont  votre  Altesse 
Sérénissime  m'accable.  J^en  reçois  les  témoignages  avec  tant 
d^  )oie,  tant  de  regrets,  tant  de  confusion,  tant  de  reconnais- 
sance^ que  mon  cœur  ne  suffit  pas  pour  contenir  les  divers 
sentimens  qui  Tagitentet  le  troublent.  Vous  mettez,  Madame, 
dans  vos  bienfaits,  une  sorte  de  délicatesse  inconnue  même 
aux  âmes  bienfaisantes,  et  qui  vous  rend  maîtresse  de  tous  les 
coeurs.  Je  ne  puis  me  rappeller  les  bontés  dont  votre  Altesse 
m'a  comblé  pendant  le  peu  de  momens  que  j'ai  eu  le  bonheur 
de  passer  à  sa  cour,  sans  éprouver  une  espèce  d'attendrisse- 
ment douloureux  dont  mon  cœur  est  oppressé.  Mes  yeux  se 
remplissent  de  larmes  toutes  les  fois  que  je  mets  le  nom  de 
votre  Altesse  Sérénissime  sur  mes  paquets;  jugez,  Madame, 
si  je  suis  en  état  de  recevoir  les  lettres  dout  vous  daignez 
m'honorer,  et  si  je  puis  soutenir  la  pensée  que  votre  Altesse 
-  dispose  en  ma  faveur  d'un  moment  de  loisir  si  nécessaire  à 
votre  santé,  après  tous  les  devoirs  que  vous  vous  imposez 
pour  le  bonheur  de  vos  sujets.  Je  n'oublierai  de  ma  vie  la  joie 
que  votre  Altesse  a  montrée  du  succès  de.  ses  bontés  et  je  ne 
puis  y  penser  sans  pleurer  comme  un  en&nt.  J'ai  honte  de 
tant  de  faiblesse;  mais  il  y  a  une  grande  douceur  à  s'en  con- 
fesser à  votre  Altesse.  Vous  êtes  bien  digne,  Madame,  de  faire 
des  heureux;  mais  que  votre  Altesse  détourne  ses  yeux  de 
dessus  moi,  car  je  reste  accablé  sous  le  poids  de  vos  bontés, 
et  il  m'est  douloureux  de  penser  que  je  passerai  ma  vie  sans 

TOME  V.  2 


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10  tEVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

donner  à  votre  Altesse  une  preuve  d'attachement  et  de  zèk. 

J'ai  abusé,  Madame,  de  vos  bontés  en  vous  importonani 
successivement  de  quatre  paquets  pour  le  plus  grand  et  le  fias 
aimable  des  mortels.  Je  supplie  votre  Altesse  Sérénissime  de 
me  pardonner.  Cela  n'arrivera  plus,  et  ces  paquets  lui  scrc»xt 
envoyés  désormais  directement  par  un  homme  qui  est  chargé 
ici  de  ses  commissions.  Je  voudrais  bien  que  la  confiance  me 
revint  un  peu;  il  faudrait  pour  cela  être  aussi  sûr  de  Tindul- 
gence  du  Roi  que  de  celle  de  votre  Altesse,  et,  comme  je  crob 
ravoir  déjà  dit,  aussi  souvent  que  je  me  mets  à  travailler,  je 
vois  ses  grands  yeux  bleus  que  je  n'ai  jamais  vus,  fixés  sur 
moi,  et  cela  me  trouble. 

M.  d'Alembert  m'a  écrit  de  Charlottenbourg  du  i6.  Il  me 
mande,  ce  que  je  savais  déjà,  que  votre  Altesse  Séraùssime  a 
tout  fait;  qu'il  avait  prévenu  M.  d'Argens  et  M.  de  Catt  de 
mes  desseins,  et  que  tous  deux  lui  avaient  dit  que  le  Roi  ne 
prendrait  pas  de  correspondant  avant  Thiver,  attendu  les 
affaires  dont  il  était  accablé.  Je  dois  encore  à  votre  Altesse 
d'avoir  changé  les  résolutions  du  Roi  à  cet  égard. 

Au  reste  le  Philosophe  ajoute  :  c  Je  ne  vous  parle  point  de 
ce  Prince,  si  ce  n'est  pour  vous  assurer  qu'il  est  encore  au 
dessus  de  sa  gloire  et  de  sa  réputation,  et  plus  aimable  encore 
qu'il  n'est  grand.  Il  n'y  a  point  de  bontés*  dont  il  ne  m'acca- 
ble, ni  de  bien  qu'il  ne  voulut  me  faire.  On  ne  saurait  éprou- 
ver plus  d'agrémens  que  j'en  éprouve  à  sa  Cour,  de  sa  part  et 
de  celles  de  toutes  les  personnes  qui  l'approchent.  Cela  ne 
m'empêchera  pas  de  venir  rechercher  ma  chaumière  dans  six 
ou  sept  semaines;  mais  j'emporterai  au  fond  de  mon  cœur  le 
souvenir  de  ses  vertus  et  de  ses  bontés.  » 

Je  ne  suis  pas  étonné  que  le  Roi  en  soit  enthousiasmé. 
M.  d'Alembert  est  fort  gai,  fort  polisson,  faisant  de  bons  contes 
qui  doivent  grandement  divertir  le  Roi.  C'est  après  Voltaire 
de  tous  les  Philosophes  celui  qui  a  le  plus  de  réputation  à 
Paris  et  dans  le  pays  étranger.  A  peine  sorti  de  l'enfance  il  a 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  II 

eu  la  réputation  d'un  grand  géomètre,  ce  qui  l'a  fait  recevoir 
de  très  bonne  heure  de  l'Académie  des  Sciences.  Le  discours 
préliminaire  de  l'Encyclopédie  est  de  lui,  et  ce  morceau  a  eu 
un  grand  succès.  Ses  autres  ouvrages  de  littératures  qu'il  a 
recueillis  sous  le  titre  de  Mélanges  en  quatre  volumes,  ont  eu 
moins  de  succès,  et,  si  j'ose  confier  ma  pensée  à  votre  Altesse, 
je  n^en  fais  pas  un  grand  cas;  je  n'y  trouve  ni  le  génie  de 
Diderot,  ni  le  talent  de  Buffon;  cependant  sa  réputation  a 
toujours  été  en  augmentant,  et  votre  Altesse  sait  ce  que  l'Im- 
pératrice de  Russie  a  voulu  faire  pour  lui  et  les  bontés  du  Roi 
de  Prusse.  Ce  monarque  lui  fait  depuis  dix  ans  une  pension 
de  douze  cent  livres  qui  a  été  toujours  exactement  payée 
pendant  la  guerre. 

M.  d'Alembert  passe  pour  être  fils  naturel  de  la  célèbre 
Madame  Tencin,  sœur  du  cardinal.  Sa  mère  n'a  jamais  voulu 
le  voir;  une  pension  viagère  de  douze  cent  livres  était  tout 
son  patrimoine.  Il  est  vrai  que  ses  besoins  sont  fort  bornés  de 
ce  côté-là,  et  que  ses  moeurs  sont  d'un  vrai  Philosophe.  Il  n'a 
jamais  quitté  sa  nourrice  qui  est  la  femme  d'un  honnête  vitrier 
de  la  rue  Michel-le-Comte,  et  toute  son  ambition  du  côté  de 
l'argent  s'est  réduite  à  en  avoir  assez  pour  faire  du  bien  à  cette 
honnête  et  pauvre  famille. 

Il  se  proposait  à  son  retour  de  Berlin  de  passer  par  Gotha 
et  de  faire  sa  cour  à  votre  Altesse  Sérénissime,  et  je  l'avais 
assuré  qu'il  serait  accueilli  avec  la  bonté  que  votre  Altesse 
sçait  si  bien  accorder  au  mérite  ;  mais  je  vois  avec  peine  qu'il 
passera  à  Gotha  à  la  fin  du  mois  d'août,  précisément  dans  le 
temps  où  votre  Altesse  sera  partie  pour  ses  Etats  d'Altem- 
bourg. 

Vous  trouverez.  Madame,  dans  le  premier  paquet  encore 
quelques  estampes  de  M.  de  Carmontelle  (i)  qui  sera  bien 

(i)  Louis  Carrogis,  dit  Carmontelle,  né  à  Paris  le  i5  août  17 17,  mort  dans  la  mimt 
ville  le  36  déc.  1806.  Il  était  lecteur  du  duc  d'Orléans;  ses  Proverbes  étaient  estimés,  et 
on  prisait  beaucoup  son  taleth  d*aqua-fortiste.  (Cf.  Dictionnaire  de  Jal). 


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ta  tEVUB  DB  DOCUMEim  «STORfQqn 

heureux  de  tout  ce  que  votre  Altesse  a  la  bonté  de  me  maa- 
der  pour  lui.  Il  est  dans  ce  moment-ci  à  vingt  lieues  d'ici  avec 
M.  le  duc  de  Chartres  (i).  Il  s'était  bien  promis  de  me  donner 
tout  ce  qu'il  y  aurait  de  gravé  de  ses  profils,  et  les  bontés  de 
votre  Altesse  ne  le  feront  pas  chaîner  d'avis.  Jusqu'à  présent 
il  n'y  en  a  pas  d'autres  de  gravés.  On  ne  peut  les  acbcser 
parceque  ce  sont  les  personnes  mêmes  qui  les  font  graver  et 
qui  les  donnent  à  leurs  amis,  et  comme  ils  en  donnent  à 
M.  de  Carmontelle  un  certain  nombre  d'exemplaires,  ilen  fû 
présent  à  son  tour  à  ceux  à  qui  il  croit  faire  plaisir. 

Je  suis  peu  édifié  de  la  conduite  du  bon  apôtre  (2).  Je  crains 
que  votre  Altesse,  justement  irritée  de  son  pieux  entêtement, 
ne  lui  ôte  le  droit  de  faire  passer  ses  ordres  à  son  pauvre 
profane  (3),  et  le  pauvre  profane  souffrirait  ainsi  de  rentète» 
ment  du  bon  apôtre.  Ce  pauvre  profane  supplie  votre  Altesse 
Sérénissime  de  lui  conserver  ce  nom;  il  le  chérit,  puisqu'il  le 
tient  des  bontés  de  votre  Altesse.  Je  prends  la  liberté  de 
joindre  à  cette  lettre  un  petit  cathéchisme  du  grand  apôtre 
Voltaire  (4).  Il  se  trouve  très  heureux  de  contribuer  à  l'édifica- 
tion de  votre  Altesse. 

Il  supplie  votre  Altesse  de  le  souffrir  à  ses  pieds  et  de  per- 
mettre qu'il  se  dise  pour  toute  sa  vie  avec  le  plus  profond  res- 
pect et  l'attachement  —  oserai-je  achever?  —  le  plus  tendre 

Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 

Grimm. 

A  Paris  le  3i  juillet  1763. 

(I)  tonit-Philippe-Joseph  d'Orlétnt,  dit  plot  Urd  Philippe  Égalité, 
(a)  Ce  sobriqaet  qai  reTJent  plasieurt  fois  dtas  ces  lettres  désignet  )e  pense,  le  btroa  de 
Sbadnitz  qui  avait  représenté  la  duchesse  de  Gotha  à  Paris  quelques  années  auparavant. 

(3)  Griram  hii-mlme. 

(4)  CéUéehism*  de  VhoiuUte  homme  ou  Dialogue  entre  un  caloyer  et  un  homme  de 
bien.  Réimprimé  dans  toutes  Iss  éditions  complètes  de  Voltairt, 


! 


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GXIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE'OOTHA  l3 

II 

LETTRE    DU    22    SEPTEMBRE     I763 

RlGltSTS  DB    d'aLEMBERT   DE   n'aVOIR   PAS    ÉTÉ   A   OOTHA. 
ESSAI    SUR    LES  MIRACLES  PAR  VOLTAIRE. 

Madame 

Le  billet  ci-joint,  que  M.  d'Alembert  vient  de  m'envoyer, 
prouvera  à  votre  Altesse  Sérénissime  le  regret  que  ce  Philoso- 
phe a  eu  de  ne  point  faire  sa  cour  aune  Princesse  dont  il  a  en- 
tendu tous  les  jours  l'éloge  dans  la  bouche  du  Héros  du  siècle. 
En  arrivant  à  huit  heures  du  soir  à  Gotha,  il  apprit  que  votre 
Altesse  partait  le  lendemain  à  cinq  heures  du  matin  pour 
Altembourg  avec  toute  sa  cour;  il  n'osa  plus  faire  aucune 
démarche  pour  se  présenter.  C'est  le  seul  regret  qu'il  ait  rem- 
porté de  son  voyage  d'Allemagne,  qui  est  d'ailleurs  en  tout 
point  le  plus  agréable  qu'un  sage  ait  jamais  fait,  sans  excep- 
ter celui  de  la  Reine  de  Saba  et  celui  des  Mages  à  l'étable  de 
Bethléhem.  Je  vois  par  l'essai  sur  les  miracles  que  Milord 
Maréchal  envoie  à  votre  Altesse(i)  que  vous  travaillez  toujours, 
Madame,  à  votre  édification.  J'en  bénis  Dieu  et  le  bon  ange 
de  votre  Altesse  Sérénissime.  Ce  bon  ange  siège  dans  la  bonne 
tête  qui  gouverne  la  plus  belle  âme  d'une  grande  et  adorable 
Princesse  dont  un  grand  Roi  parle  sans  fin  et  sans  cesse. 
C'est  un  morceau  bien  sagement  et  bien  profondément  rai- 
sonné que  celui  de  David  Hume.  Il  me  semble  aussi  que  la 
traduction  qu'on  envoie  à  votre  Altesse  Sérénissime  est  beau- 
coup meilleure  que  celle  qui  a  été  imprimée  il  y  a  quelques 
années. 

Je  viens  de  faire  partir  à  l'adresse  de  votre  Altesse  quelques 

(1^  Les  Questions  sur  les  mirmçlcs  de  Voltaire  doQt  Grimm  parle  plus  loin  ne  pamren^ 
qu'en  lyôS.  J'ignore  donc  quelle  est  la  brochure  transmise  à  la  duchesse  par  George 
Keith,  connu  sous  le  nom  de  Milord  Maréchal  et  qui  resta  jusqu'à  sa  mort  l'ami  de  Fré- 
déric et  d(  Roosstan. 


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14  tEVUB  DCS  DOCUBIENTS  HISTOtIQUES 

livres  et  une  boete  contenant  un  portrait  en  profil.  Comme '}c 
Tai  fait  encadrer  sous  verre,  je  ne  dormirai  tranquillemem 
que  lorsque  le  bon  apôtre  m'aura  mandé  par  ordre  de  votre 
Altesse  que  cette  boete  est  arrivée  en  bon  état.  J'ai  pris  pour 
cela  toutes  les  précautions  possibles,  et  remets  le  reste  à  r^rec 
à  la  providence. 

Je  lui  remets  aussi  la  plume  du  très-excellent  apôtre  de  U 
plus  adorable  souveraine,  afin  quelle  l'inspire  et  lui  donne  le 
louable  dessein  de  m'écrire;  mais  je  crains  que  le  bon  apôtre 
ne  soit  resté  à  Gotha. 

Je  vous  supplie,  Madame,  de  me  soufirir  à  vos  pieds.  U 
faut  bien  permettre  que  depuis  le  grand  Frédéric,  le  plus 
grand  des  Mortels,  jusqu'au  petit  Frédéric  de  la  rue  de  Luxem- 
bourg, le  plus  petit  des  honmies,  tout  adore  votre  Altesse 
Sérénissime. 

Agréez,  Madame,  le  profond  respect  et  l'attachement 
étemel 

Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 

Grimm. 

A  Paris  le  22  septembre  1763. 

III 

LETTRE    DU    20    OCTOBRE    lyÔS 

rORMATION  d'uni  COMPAGNIB  POUR  REMBOURSER  LES  PRINCES  ET  ÉTATS 
DE  l'empire  de  leurs  FOURNITURES  DE  FOURRAGES.  —  ENVOI  Z>KS 
PORTRAITS  DE  DIDEROT  ET  DE  TRONCHIN. 

Madame 

J'ai  reçu  la  lettre  dont  votre  Altesse  Sérénissime  m'a  ho- 
noré le  3  de  ce  mois.  Il  faut  bien  souffrir  que  votre  Altesse,  à 
peine  de  retour  de  ses  Etats  d'Altembourg,  «nploie  les  pre- 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  l5 

jociiers  momens  à  m'écrire;  il  y  a  longtemps  que  votre  Altesse 
lie  met  point  de  bornes  à  ses  bontés.  M.  le  Marquis  de  Cas- 
trîes  (i)  a  vu,  Madame,  ce  que  vous  avez  eu  la  bonté  de  me 
mander  sur  la  personne  à  laquelle  il  s'intéresse.  Il  aura  lui- 
même   l'honneur   de  témoigner  sa  reconnaissance  à  votre 
Altesse  Sérénissime.  M.  Gelly,  c'est  le  nom  delà  personne  en 
question,  m'a  écrit  à  cette  occasion  une  lettre  que  je  joins  ici; 
il  m'a  remis  aussi  ce  petit  mémoire  sur  le  bruit  qui  a  couru 
qu'une  compagnie  s'était  formée  ici  pour  rembourser  les 
Princes  et  Etats  de  l'Empire  de  leurs  fournitures  de  fourages. 
Ce  bruit  parait  fondé.  On  dit  qu'il  y  a  Aine  compagnie  qui 
achète  toutes  les  prétentions  de  fourages  liquidées  et  non 
liquidées,  et  qui  paye  huit  sols  par  ration  pour  la  cession  de 
tout  droit.  Ce  que  je  sçais,  c'est  qu'un  sous-fermier  de  cette 
compagnie  a  dit  à  une  personne  de  distinction  dont  je  letiens^ 
qu'il  achèterait  six  sols  la  ration  de  tout  Prince  ou  Etat  d'Al- 
lemagne qui  voudrait  lui  vendre  ses  prétentions  et  qu'il  y 
gagnerait  deux  sols  par  ration,  parceque  la  Compagnie  comp- 
tait en  donner  huit  sols.  Or  si  cela  est,  il  est  bien  plus  court 
de  s'addresser  à  la  compagnie  même.  La  formation  de  cette 
compagnie  parait  assez  indécente  et  même  incroyable;  mais 
les  choses  les  plus  incroyables  ne  sont  pas  souvent  les  moins 
vraies.  Celle-ci  pourrait  influer  sur  M.  Gelly;  car  si  le  conseil 
de  votre  Altesse  jugeait  convenable  de  traiter  avec  cette  com- 
pagnie et  de  préférer  un  payement  convenu  et  effectif  à  un 
payement  éloigné  et  incertain,  sa  mission  n'aurait  plus  d'objet. 
Ce  que  je  sçais  c'est  que  la  reconnaissance  de  Monsieur  de 
Castries  n'en  perdra  rien  de  sa  force,  et  si  votre  Altesse  Séré- 
nissime a  des  ordres  à  faire  passer  à  M.  Gelly,  ou  qu'elle 
désire  de  plus  grands  éclaircissemens  sur  cette  compagnie,  je 
m'acquitterai  de  tout  avec  le  zèle  que  je  dois  sentir  et  qui  ne 
peut  finir  qu'avec  ma  vie. 

(i)  Chtrle»-Eagtae-Gabriel  de  La  Croix,  marquis  de  Castries,  maréchal  de  France 
eo  1783,  n*  X737,  m.  iSoi. 


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i6  iBVUB  DIS  DOcaimrrs  msrotiQCES 

M.  d'AJembert  a  été  bien  touché  des  bontés  de  ▼OCR  ^ 
et  il  vous  supplie.  Madame,  d*agréer  son  profond  respect.  Je 
pensetoujours  que  ce  ne  sera  pas  la  dernière  fois  qull  WÊn 
été  à  Berlin,  et  qu'il  pourra  r^arer  le  malheur  qu^il  a  eu  de 
manquer  Toccasion  de  faire  sa  cour  i  ime  Princesse  dom  i  a 
entendu  Téloge  pendant  trob  mois  de  suite  dans  la  bouche  ds 
héros  du  siècle. 

Votre  Altesse  trouvera  dans  le  premier  paquet  encore  oc 
exemplaire  du  profil  du  Philosophe  Diderot  (i).  Ce  prc^  n'est 
pas  un  ouvrage  de  M.  de  CarmcHitelle;  c'est  nxM  qui  Taî  fnt 
faire  et  qui  possède  la  planche.  Ainsi  j'en  peux  foomir  à 
votre  Altesse  le  nombre  qu'elle  désirera.  Jusqu'à  présent  k 
Philosophe  ne  m'a  pas  permis  d^en  donner  id,  et  )e  me  s» 
conformé  à  ses  ordres  pour  ne  poim  efifaroucber  sa  modestie. 
Dans  ce  paquet  il  se  trouve  aussi  l'estampe  du  docteur 
Tronchin  que  M.  le  Controlleur  général  a  fût  faire  (2). 

Je  supplie  votre  Altesse  de  me  souffrir  à  ses  pieds,  oà  je 
serai  toute  ma  vie,  où  mon  re^)ect,  mon  attachement  et  la  re- 
connaissance me  retiennent  également.  Ma  santé  un  peu  al- 
térée depuis  deux  ou  trois  jours  ne  me  permet  point  de  parler 
aujourd'hui  à  Madame  la  Grande  Maîtresse  ni  d^elle  ni  de  sa 
Souveraine  qui  est  de  mon  cœur. 

Je  suis  avec  un  profond  respect 
Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humUe  et  trè&obéissant  serviteur 

GaofM. 

A  Paris  le  20  octobre  1763. 

(I)  11  s'agit  dt  Tcttampe  gravie  par  Chena,  «Taprèt  la  pdiitare  de  Jarand.  Elle  a  été 
reproduite  à  i'eâa-forte  par  M.  Rajoo,  pour  nne  édition  de  te  IMigitun  (la  piniclie  a  été 
égarée  après  quelques  épreuves  d*essai),  et  sur  ader  par  M.  DdaaMy,  pour  les  (Bkmv 
complètes^  éd.  Assézat  et  Toumeux. 

(a)  rignore  à  quel  portrait  Grimm  fait  aUnaion  :  le  cabiaet  des  EatMipea 
que  cdui  de  Léotard  gravé  par  OaUlard  et  à  la  manière  noire  ptr'J.  Wataoa. 


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GRIMM   ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  I7 

IV 

LETTRE    DU     1^'    NOVEMBRE     lyÔS 

Et^VOI     DES    LETTRES    DE    PRéDÉRIC    H    ET    DE    CATHERINE    II   ADRESSÉES  A 
d'aLBMBERT.    —    AURORE   BORÉALE  OBSERVÉE  EN   FRANCE. 

Madame 

Après  la  plus  belle  résistance  du  monde,  M.  d'Alembert  a 
consenti  à  ce  que  j'envoyasse  à  votre  Altesse  Sérénissime  la 
lettre  du  grand  Roi  votre  dévoué  frère  et  celle  de  Tlmpératrice 
des  Russes;  mais  il  a  exigé  et  pris  ma  parole  que  votre  Altesse 
ne  permettrait  à  qui  que  ce  soit  de  les  copier.  En  conséquence 
je  les  ai  transcrites  moi-même,  et  me  suis  trouvé  très  flatté 
d'être  le  répondant  de  la  Souveraine  que  j'adore.  Le  Philo- 
sophe d'Alembert  m'a  fait  sentir,  indépendamment  d'autres 
raisons,  que  ni  le  Roi  très  Philosophe  ni  l'Impératrice  ne 
trouverait  peut-être  pas  bon  de  voir  courir  ces  lettres,  et  je 
serais  assurément  au  désespoir  de  lui  causer  à  cet  égard  la 
moindre  tracasserie;  je  n'en  aurais  pas  même  voulu  pour  moi, 
mais  l'envie  de  faire  ma  cour  à  votre  Altesse  Sérénissime  l'a 
emporté. 

J'ai  reçu  la  lettre  dont  votre  Altesse  m'a  honoré  le  i8  du 
mois  passé.  Il  faudra  bien  m'accoutumer  à  recevoir  ces  mar- 
ques de  la  bonté  de  la  Souveraine  de  mon  cœur.  Elles  me 
sont  délicieuses  malgré  le  remords  qu'elles  excitent  en  moi; 
je  ne  puis  voir  votre  Altesse  prendre  la  plunie  pour  m'écrire 
sans  me  sentir  le  cœur  serré;  il  est  vrai  que  le  moment  qui 
suit  cette  image  est  délicieux  et  fait  toujours  couler  mes  larmes. 
Madame,  il  y  a  aujourd'hui  un  an  que  je  partis  de  Marbourg 
pour  aller  me  mettre  aux  pieds  de  votre  Altesse  Sérénissime. 
Si  je  calcule  bien,  cette  lettre  sera  remise  à  votre  Altesse  le 
jour  que  je  repartis  de  Gotha.  Quelle  suite  de  jours  sacrés  pour 
moi,  je  vais  célébrer!  Vos  bontés  ont  épuisé  nia  sensibilité; 

TOME  V.  3 


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i8  lEvuE  DBS  Doancsrrs  histomodcs 

mon  bonheur  était  trop  grand  pour  pouvoir  en  jouir,  il  ne 
m'en  reste  qu'un  souvenir  qui  me  remplit  de  la  pi  as  dooccdes 
satisfaaions  et  d'une  reconnaissance  au  delà  de  TexpressiofL 

Que  je  suis  charmé  du  succès  de  Boufferié  (i)  et  de  sgd 
maître  et  de  leur  heureux  voyage  I  J'ai  fait  passer  à  M.  de  Car* 
montelle  à  Fontainebleau,  où  il  est  avec  M.  le  doc  de  Chartres, 
les  témoignages  de  bonté  de  votre  Altesse  Sérénissime.  Il  ne 
dépendra  pas  de  moi  qu'il  ne  les  mérite  par  tout  ce  qu'il  ima- 
ginera de  plus  propre  à  les  mériter. 

Il  est  vrai,  Madame,  que  le  jour  même  que  votre  Altesse  a 
observé  une  aurore  boréale,  nous  l'avons  vu  en  FraïKx  et, 
suivant  ce  qui  me  revient,  d'une  manière  très-remarquable. 
Un  de  mes  amis  revenant  de  Fontainebleau  à  Paris  a  eu  tout 
le  tems  de  la  bien  observer.  Il  prétend  qu'elle  a  été  très-forte 
à  différentes  reprises,  qu'il  y  a  eu  aussi  quelques  intermittences, 
et  qu'elle  a  duré  en  tout  jusqu'à  environ  dix  heures  et  demie. 
Je  ne  sais  si  ces  observations  s'accorderont  avec  celles  de 
Gotha.  Quant  à  cette  fleur  d'arbrisseau  singulière  que  votre 
Altesse  m'a  fait  la  grâce  de  m'envoyer,  plusieurs  persomies 
entendues  à  qui  je  l'ai  montrée  doutent  qu'elle  puisse  être 
filée.  Cependant  on  m'assure  qu'il  y  a  en  ce  pays-d  une  es- 
pèce de  chardon  qui  produit  un  duvet  à  peu  près  semblable 
et  qu'on  file.  Je  ne  doute  point  qu'on  ne  put  du  moins  mêler 
celui  de  votre  Altesse  avec  d'autres  matières,  et  le  rendre  ainsi 
propre  à  la  filature.  Il  est  évident  qu'il  doit  être  très-bon  pour 
faire  des  couvre-pieds,  des  robes  ouattées,  etc.  En  Lorraine 
on  fait  une  étoffe  d'écorce  d'arbre  dont  j'ai  vu  des  habits,  ce 
qui  y  paraît  bien  moins  propre  que  cette  fleur  d'arbrisseau. 

Il  m'a  été  confirmé  de  nouveau  depuis  ma  dernière  lettre 
qu'il  s'était  formé  une  compagnie  qui  achetait,  à  raison  de 
huit  sols  par  ration,  les  prétentions  de  fourages  des  Princes  et 
Etats  de  l'Empire.  On  m'a  assuré  que  cette  compagnie  n'était 
point  autorisée  par  le  Ministère  à  qui  l'état  des  finances  du 

(i)  J'ignore  sll  t\^i  d'an  nom  réel  on  d*an  sobriquet. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  I9 

royaume  ne  permettait  pas  encore  de  songer  au  rembourse- 
ment des  Princes  d'Allemagne.  Auquel  cas  il  parait  toujours 
qu*on  ferait  une  excellente  affaire  en  vendant  à  cette  compa- 
gnie ses  prétentions  argent  comptant,  quoi  qu'au  prix  modique 
de  huit  sois  par  ration. 

Je  supplie  votre  Altesse  dej  recevoir  avec  sa  bonté  ordi- 
naire les  assurances  du  profond  respect  et  de  l'étemel  attache- 
ment avec  lesquels  son  profane  sera  toute  sa  vie 
Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 
Grimm. 
A  Paris  le  premier  novembre  1763. 


LETTRE  DU   21    NOVEMBRE    I763 

MARIAGE     DU    COMTE     DE     SCEY    AVEC    MADEMOISELLE     DE    GRAMONT.     — 
PORTRAIT  DU  PHILOSOPHE.  —  COMPTE  RENDU  DU  SALON  PAR  DIDEROT. 

Madame 

Si  la  Divinité  voulait  en  user  avec  les  hommes  comme 
votre  Altesse  Sérénissime,  il  n'y  aurait  jamais  eu  aucune  dis- 
pute ni  sur  sa  bonté,  ni  sur  ses  autres  attributs.  Vous  com- 
blez. Madame,  de  vos  bontés  le  dernier  de  vos  serviteurs;  j'ai 
beau  crier  avec  remords,  en  voyant  les  traces  de  cette  main 
auguste  et  chère  :  non  sum  dignus,  non  sum  dignus,  je  vois 
toujours  les  paquets  de  votre  Altesse  me  venir  chercher  dans 
mon  réduit.  Sans  doute,  Madame,  que  vous  croyez  me  devoir 
quelque  consolation  dans  un  tems  où  je  célèbre  l'anniversaire 
des  jours  que  j'ai  eu  le  bonheur  de  passer  aux  pieds  de  votre 
Altesse.  Ah  que  ce  mois  de  novembre  est  différent  de  Tautre  \ 
J'espère,  Madame,  que  mes  paquets  arrivent  régulièrement 
le  neuvième  jour  à  Gotha.  J'ai  grand  soin  en  les  adressant  à 


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30  REVUS  DES  DOCUMENTS  mSTOlK^TES 

Messieurs  d'OIenschlager  à  Francfort^  de  les  faire  afiranckk, 
et  je  me  flate  que  ce  n'est  pas  de  mes  paquets  que  votre 
Altesse  aperçoit  le  retard.  J'ai  déjà  fait  avertir  le  secrétaire  de 
M.  le  Prince  de  Soubise  de  se  servir  de  cette  adresse  de 
M'*  d'Olenschlager.  J'avertirai  de  même  M.  de  Poyanne  et 
M.  de  Lugeac.  Cest  ce  que  je  connais  ici  (k  plus  dévoue  à 
votre  Altesse  Sérénissime.  Peut-être  serait-il  à  propos  qu*<m 
ordonnât  de  la  part  de  votre  Altesse  à  Messieurs  d'Olenscfala- 
ger  d*avoir  grand  soin  des  lettres  qui  leur  seront  adressées. 

Il  est  vrai,  Madame,  que  M.  le  comte  de  Scey  vient  d'é- 
pouser en  Franche  Comté  Mademoiselle  de  Gramont  qui  a  de 
la  naissance,  de  la  fortune,  de  la  jeunesse  et  de  la  i>eauté. 
C*est  ce  que  m'a  dit  Madame  la  Marquise  de  Castries  qui  en 
passant  par  cette  province  s'est  presque  trouvée  de  la  noce. 
On  dit  que  nous  ne  le  verrons  pas  à  Paris  tout  de  suite. 

Je  me  veux  un  mal  infini  de  n'avoir  pas  songé  à  présentera 
Monseigneur  le  Prince  héréditaire  le  portrait  du  Philos<^bc 
La  seule  chose  qui  puisse  me  consoler  de  n'avoir  pas  songé 
à  ce  moyen  de  faire  ma  cour  à  S.  A.  S.  c'est  que  passant  par 
les  mains  de  votre  Altesse  ce  portrait  acquerra  un  nouveau 
prix.  Je  lui  ai  lu  Tarticle  de  la  lettre  de  votre  Altesse  qui  le 
concerne.  Je  voudrais.  Madame,  que  vous  puissiez  entendre 
tout  ce  qu'il  a  dit  là  dessus.  Il  est  bien  naturel  que  mes  amis 
sçachent  de  quel  prix  est  le  sufirage  de  votre  Altesse  Sérénis- 
sime. Je  prétend  que  comme  il  n'a  jamais  occasion  de  se 
louer,  quelqu*envie  qu'il  en  ait,  il  reçoit  les  éloges  des  autres 
avec  un  grand  plaisir;  mais  que  Téloge  de  la  Princesse  que  le 
premier  homme  du  siècle  met  au-dessus  de  tout,  lui  paraît 
plus  flatteur  que  tous  les  éloges  ensemble. 

Votre  Altesse  daigne  me  tracer  un  beau  tableau  en  nous  fai- 
sant voyager  par  Gotha  à  Berlin.  Pourquoi  faut-il  qu'un  si 
beau  rêve  ne  soit  qu'un  rêve!  Je  suis  bien  sûr  que  le  Philosophe 
bonhomme  emporterait  de  Gotha  les  bontés  de  la  Souveraine 
des  cœurs,  et  qu'il  mériterait  celles  du  Philosophe  couronné. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE   SAXE-GOTHA  2  I 

Le  secrétaire  des  G>mmandemens  de  celui-ci  me  mande  que  la 
Description  du  Sallon  a  été  trouvée  excellente  (i).  Jesçavais 
bien  que  le  goût  de  votre  Altesse  se  rencontrerait  avec  celui 
du  grand  Roi,  Si  par  la  suite  ayant  un  peu  mieux  mérité  ses 
bontés,  votre  Altesse  veut  faire  venir  à  sa  Majesté  Penvie  de 
voir  le  Philosophe,  j'ose  vous  assurer,  Madame,  que  nous 

n'avons  pas  besoin  de  géographe  pour  sçavoir  par  quelle  route 

il  faut  prendre. 

Sous  peu  de  jours  je  compte  être  en  état  de  rendre  un  compte 

exact  à  votre  Altesse  de  cette  Compagnie  qui  veut  acheter  les 

prétentions  des  Princes  de  TEmpire. 

Je  mets  aux  pieds.  Madame,  le  profond  respect  avec  lequel 

je  serai  toute  ma  vie 

Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 

Grimm. 

A  Paris,  le  21  novembre  1763. 


VI 

LETTRE   DU    28   NOVEMBRE    1 703 

QUESTION    DES    FOURRAGES.    —    LE    MARQUIS    DE    CASTRIES 
APPROUVE    LE  RACHAT. 


Madame 

Suivant  les  informations  que  j'ai  prises  je  ne  puis  douter 
qu'il  n'y  ait   des  gens  ici  qui  proposent  d'acheter  argent 

(i)  Le  compte   renda  par  Diderot  du  salon  de  1763. 


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22  REVUE  DES  DOCUMBNTS  HISTOUQCCS 

comptant  les  prétendons  des  Princes  et  Etats  de  l'Empire.  Us 
ne  demandent  qu'à  recevoir  les  originaux  des  billets  de  liqui- 
dation et  s'engagent  à  payer  six  semaines  après.  Je  leur  ai  fait 
dire,  sans  nommer  personne^  qu'ils  devaient  sendr  que  cette 
extradition  des  papiers  originaux  ne  pouvait  avoir  lieu  qu'en 
échange  de  lettres  de  change  payables  à  six  semaines  de  date, 
mais  duement  acceptées  par  quelque  solide  maison  de  com- 
merce. Il  ne  faudrait  pas  autrement  s'embarquer  avec  des 
gens  dont  la  probité  n'est  pas  autrement  bien  établie.  Au  resfee, 
ils  n'offrent  que  six  sols  pour  la  ration  de  fourage  que  le  Roi 
a  passée  à  quinze  sols  dans  ses  billets  de  liquidation;  mais 
comme  votre  Altesse  Sérénissime  a  très-bien  observé^  l'argent 
comptant  est  d'un  grand  contre-poids  quand  il  n'y  a  de  l'autre 
côté  que  des  espérances  vagues  et  éloignées  que  l'état  des 
finances  du  Royaume  ne  permettra  pas  de  longtemps  de  réa- 
liser. 

Si  votre  Altesse  Sérénissime  daigne  donner  une  nouvelle 
marque  de  bonté  à  son  très-humble  profane  en  l'honorant  de 
ses  ordres,  je  tacherai  de  mériter  cette  nouvelle  grâce  par  mon 
zèle.  Il  faudrait  pour  cet  effet  être  muni  des  papiers  originaux 
au  plutôt  possible,  pour  pouvoir  les  montrer  et  entrer  en 
négociation,  et  si  ces  papiers  ne  pouvaient  pas  être  envoyés 
tout  de  suite,  il  me  faudrait  en  attendant  une  note  détaillée  des 
différentes  livraisons  faites  par  les  sujets  de  votre  Altesse,  où 
l'on  aurait  soin  de  marquer  à  chaque  article  ce  qui  est  liquidé 
et  ce  qui  ne  l'est  pas.  Car  il  y  a  d'autres  gens  qui  proposent 
même  de  traiter  sur  des  articles  qui  ne  sont  pas  liquidés.  Je 
crois  bien  que  leurs  offres  seraient  extrêmement  minces,  et 
qu'il  faudrait  procéder  dans  cette  négociation  avec  beaucoup 
de  prudence  et  de  précaution,  mais  comme  il  n'en  coûte  rien 
d'écouter  de  pareilles  propositions,  il  n'en  faudrait  n^liger 
aucune. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain  c'est  que  toute  cette  affaire  est  ac- 
tuellement en  fermentation  ici,  et  je  crois  qu'il  faut  saisir  le 


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GRIMM  ET  LA  COUR   DE   SAXE-GOTHA  23 

moment  sans  perte  de  tems.  Je  sais  encore  de  science  cer- 
taine que  la  maison  de  Waldeck  est  entrée  en  négociation  avec 
les  gens  en  question.  Je  serai  instruit  des  progrès  de  cette  né- 
gociation. Si  ces  gens-là  entrent  une  bonne  fois  en  payement, 
ce  sera  un  préjugé  favorable  pour  eux.  Les  prétentions  de  la 
maison  de  Waldeck  vont  à  huit  millions. 

M.  le  Marquis  de  Castries  est  si  éloigné  de  désapprouver 
les  idées  de  votre  Altesse  à  cet  égard  que  c'est  lui-même  qui 
m'a  donné  un  des  premiers  l'éveil  sur  cette  compagnie. 

S'il  a  désiré  de  procurer  vos  bontés,  Madame,  à  ce  M.  Gelly, 
qu'il  connaît  pour  un  digne  homme,  ce  n'est  point  du  tout  au 
préjudice  de  ce  que  les  intérêts  de  votre  Altesse  pourraient 
exiger.  Je  laisse  à  M.  de  Castries  à  parler  à  votre  Altesse  Séré- 
nissime  de  sa  reconnaissance.  La  seule  chose  qu'il  désirerait, 
ce  serait  que  votre  Altesse  voulut  accorder  à  M.  Gelly  le  titre 
de  son  agent  avec  une  lettre  pour  M.  le  duc  de  Prasiin,  sans 
appointemens  et  sans  affaires,  parceque  la  simple  qualité  d'a- 
gent d'une  Cour  d'Allemagne  suffirait  à  M.  Gelly  pour  remplir 
ses  vues  d'un  autre  côté  et  le  faire  réussir  dans  des  projets  qu'il 
a  formés  pour  son  avancement.  J'ai  osé  promettre  à  M.  de 
Castries  qu'à  moins  de  quelque  raison  particulière  que  nous  ne 
pourrions  sçavoir,  votre  Altesse  se  prêterait  volontiers  à  lui 
donner  cette  marque  de  bonté. 

Il  ne  me  reste,  Madame,  que  le  tems  et  l'espace  de  porter  à 
vos  pieds  les  hommages  de  celui  que  votre  Altesse  a  accablé 
sous  les  poids  de  ses  bontés  sans  bornes,  et  de  vous  sup- 
plier d'agréer  le  profond  respect  avec  lequel  je  serai  toute  ma 
vie. 

Madame,  de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

Grimm. 

A  Paris  le  28  novembre  1 763. 


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14  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOEIQUES 

VII 

LETTRE   DU    29   DÉCEMBRE    I763 
MALADIB  DB  LA    DUCHES».  —  FROTBSTATIOia  DS  I^TOOCMiarr. 

Madame 

Si  je  ne  sçais  comment  mériter  tant  de  bontés  dont  votre 
Altesse  Sérénissime  ne  cesse  de  me  combler,  je  n'ai  pas  du 
moins  à  me  reprocher  de  n'en  pas  sentir  vivement  tous  les 
accessoires  qui  les  rendraient  sans  prix  si  elles  n'étaient  inesti- 
mables en  elles-mêmes.  Comment  se  peut-il,  Madame^  que  née 
dans  un  rang  à  qui  Tamitié  parait  étrangère,  votre  Altesse 
en  connaisse  tous  les  charmes  et  toutes  les  douceurs  ?  Vous  êtes 
comme  l'homme  de  génie  qui  peint  d'inspiration  des  situations 
dont  il  n'a  jamais  rien  éprouvé  de  semblable;  tous  les  senti- 
mens  honnêtes,  quoiqu'étrangers  à  votre  condition,  trouvent 
place  dans  votre  grande  ame.  Si  mon  ami  Diderot  avait  été 
malade  à  mon  insu  il  aurait  fait  comme  votre  Altesse;  il 
m'aurait  écrit  une  longue  lettre  afin  de  me  laisser  toute  ma  sé- 
curité, et  il  ne  m'aurait  parlé  de  sa  maladie  qu'à  la  fin  et  après 
m'avoir  prouvé  son  rétablissement.  Encore  une  fois.  Madame, 
comment  pouvez-vous  connaitre  cette  délicatesse  et  ces  mena- 
gemens  que  l'égalité  et  l'intimité  de  l'amitié  apprennent  seules 
à  employer?  Lorsque  je  suis  arrivé  à  la  fin  de  la  lettre  dont 
votre  Altesse  m'a  honoré,  l'inquiétude,  la  joie,  la  reconnais- 
sance se  sont  saisies  de  moi  et  j'en  ai  éprouvé  un  attendrisse- 
ment qui  m'a  fait  fondre  en  larmes.  J'ose  vous  conjurer. 
Madame,  de  donner  vos  premiers  soins  à  votre  conservation, 
comme  nous  y  donnons  nos  premiers  vœux.  J'ose  vous  le  de- 
mander, non  seulement  pour  ces  rejettons  de  votre  auguste 


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GROIM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  25 

maison  dont  vous  êtes  l'ame  et  l'exemple,  non  seulement  pour 
cette  cour  qui  vous  adore,  non  seulement  pour  ce  peuple  qui 
n'a  pas  besoin  de  se  rappeller  la  misère  de  tant  d'autres  peuples 
gouvernés  sur  des  principes  différejis,  pour  vous  bénir  et  pour 
demander  au  Ciel  dans  la  simplicité  de  son  cœur  la  conserva- 
tion de  sa  Souveraine  avant  d'avoir  sollicité  celle  de  ses  pro- 
ches et  de  ses  amis;  mais  aussi  pour  moi  qui  voudrais  partager 
avec  vos  sujets  la  douceur  de  prier  pour  votre  Altesse  Séré- 
nissime,  et  qui  donnerais  pour  cette  douce  erreur  toutes  les 
vérités  qui  l'ont  détruite.  J'ose  me  flatter  que  cette  fièvre 
n'aura  pas  eu  de  suite.  Moi  pauvre  exilé,  je  remets  tous  mes 
intérêts  entre  les  maiçs  de  M.  Sulzer,  et  comme  ils  sont 
confondus  avec  les  siens  j'espère  qu'il  m'en  rendra  bon 
compte.  ^ 

M.  le  Marquis  de  Castries  a  été  très-sensible  à  la  lettre  dont 
votre  Altesse  Sérénissime  l'a  honoré.  Si  M.  le  Baron  de  Zuck- 
mantel  à  son  passage  ne  parle  pas  à  votre  Altesse  de  son  atta- 
chement, il  n'aura  pas  bonne  mémoire.  Quant  à  moi.  Madame, 
je  n'ose  en  charger  un  si  illustre  voyageur;  je  me  suis  contenté 
de  lui  dire  que  votre  Altesse  m'avait  mis  dans  le  cas  de  ne 
jamais  penser  sans  confusion  aux  bontés  dont  elle  m'a  comblé. 
Ce  que  vous  avez  la  bonté  de  me  dire  sur  cette  inscription,  doit 
l'augmenter  encore. 

Agréez,  Madame,  au  commencement  de  la  nouvelle  année 
les  hommages  du  plus  profond  respect,  du  plus  parfait  dé- 
vouement, de  la  reconnaissance  la  plus  vive  et  la  plus  juste  : 
tout  usage  qui  me  ramène  aux  pieds  de  Votre  Altesse  Sérénis- 
sime m'est  trop  sacré  pour  être  négligé.  Je  supplie  votre 
Altesse  non  de  me  conserver  ses  bontés,  mais  d'y  mettre  des 
bornes  ;  je  supplie  aussi  votre  Altesse  de  me  dire  une  fois 
qu'elle  est  bien  convaincue  que  je  lui  suis  uniquement  et  en- 
tièrement dévoué,  et  que  les  vertus  de  votre  grande  âme  me 
sont  aussi  présentes  que  si  j'avais  le  bonheur  d'en  être  le  spec- 
tateur journalier.  Puisse  ce  spectacle  être  éternel,  comme  le 

TOME  V.  4 


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I 


l6  RIVUE  DIS  DOCUMENTS   HISrOIIQiaS 

souvenir  n'en  périra  jamais,  aussi  kmgtems  qa'il  y  aura  ées 
âmes  sensibles  et  vertuoises. 

Je  suis  avec  le  plus  profond  respect 

Madame,  de  votre  Altesse  Sérénissime, 
le  très  humble  et  très  obéissant 

Giuiiii. 

A  Paris,  le  39  décembre  1763. 


VIII 

LETTRE   DU   25   JUIN    I764 

BRUIT    d'un    EMPOISONNElflNT  DE    TnÈùiMK,    U, 
ntVOI  DB  DéOOUPURBS  DE  soie  AMI  HI»Sa. 

Madame 

Je  ne  puis  laisser  partir  ce  paquet  sans  avoir  l'hcooeor  de 
dire  à  votre  Altesse  Sérénissime  que  m^étant  trouvé  fe  jour  da 
départ  de  M.  le  Marquis  de  Castries  pour  les  eaux  de  Bar^  â 
diner  chez  lui,  j*ai  eu  la  satisfaction  d'y  rencontrer  M.  le  cocnte 
de  Scey  que  je  n'avais  pas  eu  l'honneur  de  voir  depuis  U 
guerre.  M.  le  Comte  de  Schombei^  s'y  trouva  aussi,  et  il  est 
très  aisé  de  deviner  quel  fut  le  sujet  fiavori  de  notre  entretien. 
M.  le  Comte  de  Scey  m'a  fort  recommandé  de  le  mettre  aux 
pieds  de  votre  Altesse  Sérénissime,  et  je  l'ai  fort  assuré  qu'il 
n'avait  pas  besoin  de  m'en  prier  et  que  je  ne  négligerais  point 
une  si  belle  occasion  de  faire  ma  cour  à  votre  Alt^se.  Rien  ne 
prouve  mieux  l'attachement  de  tous  ceux  que  le  sort  a  conduits 
à  Gotha  pendant  la  dernière  guerre  que  la  joie  qu'ils  ont  de  se 
rencontrer  sans  se  connaitre  ;  ils  se  croient  liés  d'amitié  les  uns 
aux  autres  par  un  sentiment  commun  qui  les  attache  à  votre 
Altesse. 

Il  s'est  répandu  ici  un  bruit  ces  jours  derniers  que  le  grand 


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ORIliM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  27 

Frédéric  s'était  presque  empoisonné  en  buvant  d'une  limonade 
qui  avait  séjourné  dans  un  vase  où  il  s'était  formé  du  verd 
de  gris,  qu'il  en  avait  été  extrêmement  incommodé,  mais  qu'il 
était  aussi  parfaitement  rétabli.  Nous  avons,  M.  D'Alembertet 
moi,  des  lettres  de  Berlin  postérieures  à  la  date  de  cet  accident, 
et  ces  lettres  n'en  font  aucune  mention.  Cela  me  fait  espérer 
que  ce  n'est  qu'un  faux  bruit  ou  du  moins  une  nouvelle  fort 
exagérée.  Il  serait  bien  cruel  et  bien  extraordinaire  que  le  héros 
et  l'ami  de  votre  Altesse  finit  ainsi.  J'ai  la  confiance  que  son 
sort  sera  unique  en  tout,  et  comme  c'est  un  miracle  qu'il  ait 
survécu  à  tant  de  travaux  et  à  tant  de  dangers,  j'espère  qu'il 
fournira  la  plus  longue  comme  la  plus  belle  carrière. 

Je  viens  de  lui  envoyer  un  recueil  de  découpures  de  mon 
ami  Huber(i)  de  Genève  dans  lequel  on  renferme  ces  morceaux 
pour  les  voir.  J'ai  prié  M.  de  Catt,  quand  le  Roi  les  aura  vues 
assez,  de  les  envoyer  avec  Je  verre  à  la  Princesse  de  l'Europe 
que  sa  Majesté  estime  et  considère  le  plus.  Ainsi  j'espère  que 
votre  Altesse  verra  arriver  ces  découpures  en  temps  et  lieu,  et 
qu'après  avoir  satisfait  sa  curiosité,  elle  aura  la  bonté  de  me 
les  renvoyer  à  Paris  où  l'auteur  compte  en  disposer.  Monsei- 
gneur le  Prince  héréditaire  qui  aime  les  arts  ne  sera  pas  fâché 
de  voir  des  productions  d'un  talent  unique. 

Je  ne  puis  assez  exprimer.  Madame,  combien  je  suis  vive- 
ment et  profondément  touché  des  bontés  de  votre  Altesse 
Sérénissime  dont  mon  ami  et  l'excellent  apôtre  de  la  Souve- 
raine des  cœurs  me  fait  un  détail  que  je  regarderai  comme 
l'épitaphe  la  plus  glorieuse  que  je  pourrai  jamais  mériter.  Il 
est  certain  que  lorsque  le  sort  disposera  de  moi,  il  disposera 
de  l'homme  malheureusement  le  moins  nécessaire  à  votre 
Altesse,  mais  de  celui  de  tous  qui  vous  est  le  plus  entièrement 

(i)  Jean  Hubcr,  né  à  Genève  en  1733,  mort  en  1790,  s'est  rendu  célèbre  par  Tart 
prodigieux  avec  lequel  il  découpait  sur  le  vélin  des  figures  grotesques  et  nommément 
celle  de  Voltaire  dans  la  familiarité  de  qui  il  éuit  admis.  Il  a  fait  également  d*après  le 
patriarche  des  croquis  pleins  d'humour  et  de  finesse  dont  quelques-uns  ont  été 
gravés. 


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a8  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISIOKIQtBS 

dévoué.  Daignez  en  agréer  les  assurances  ainsi  que  leprolood 
respect  avec  lequel  je  serai  toute  ma  vie 

Madame,  de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  scrvîtcn: 

GtmM. 

A  Paris  le  a5  juin  i764. 


IX 

LETTRE   DU    l3    DÉCEMBRE    I764 

d£cOUPURBSDC  RUBER.  —  BNYOI  DU  PORTRAIT  DO  JVUlfS  MOSART.  GROIM 
DEMANDE  POUR  CET  EXFANT  LA  PROTICTION  DK  LA  DOCRBSSS  ET  OC 
SON   FILS.   —  PCniTURR  ÉLUDOmiQUI. 

Au  duc-héritier. 
Monseigneur 

Je  viens  [de]  causer  une  sensible  joie  à  ce  bon  vieux  Prési- 
dent (i)  en  lui  disant  ce  que  votre  Altesse  Sérénissime  a  bien 
voulu  me  demander  à  son  sujet  dans  la  lettre  dont  elle  ma 
honoré.  Il  voudrait  que  les  Princes  en  France  fussent  aussi 
bien  élevés  qu'à  Gotha  et  moi  qui  suis  sensible  à  la  gloire  de 
ma  patrie  et  qui  ai  tant  de  raisons  d'aimer  la  France,  je  le  vou- 
drais bien  aussi.  Il  voudrait  bien  aussi,  avant  de  mourir, 
avoir  le  bonheur  de  faire  sa  cour  à  votre  Altesse  en 
ce  pays-ci,  et  je  Tai  assuré  que  ce  n'est  [pas]  moi  qui  m'y 
opposerai. 

Je  suis  charmé.  Monseigneur,  de  savoir  enfin  les  décou- 
pures arrivées  sans  accident  à  Gotha;  j'espère  qu'on  n'aura 
pas  oublié  ce  double  verre  qui  est  nécessaire  pour  les  bien 
voir  et  qui  les  fait  paraitre  avec  avantage,  surtout  à  la  lumière. 

(1)  Le  pritidcnt  HtoaoU  qui  t?tit  tlort  toixtnte-dix-neuf  «ns. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  29 

Je  m'en  tiens  au  jugement  que  votre  Altesse  Sérénissime  en  a 
porté,  il  confirme  le  mien.  Le  grand  Frédéric  n'a  pas  eu  le 
temps  de  les  bien  voir;  il  n'a  vu  que  de  la  patience,  un  morceau 
de  vélin,  des  ciseaux.  Il  nous  aurait  fallu  auprès  de  lui  une 
main  habile  pour  présenter  ces  diflférens  morceaux  avec  art 
sans  en  accabler  le  Roi  ;  alors  il  en  aurait  pu  sentir  le  mérite. 
Son  aimable  Chambellan,  Monsieur  d'Edelsheim,  eût  été  bien 
cet  homme-là,  mais  je  n'ai  osé  m'adresser  à  lui.  Je  me  suis 
adressé  à  M.  de  Cattet  je  m'y  tiens.  Celui-ci  veut  que  je  lui 
obtienne  son  pardon  d'avoir  osé  écrire  à  Madame  la  Duchesse 
en  lui  envoyant  ces  découpures,  et  j'ai  pardonné  au  nom  de 
son  Altesse  Sérénissime;  on  peut  compter  qu'elle  souscrira 
toujours  à  un  acte  de  bonté. 

Quant  aux  frères  aine  et  cadet,  votre  Altesse  me  permettra 
de  réparer  un  peu  la  brèche  que  j'ai  faite  à  ma  réputation  de 
discrétion.  Tout  ce  que  je  sais  c'est  que  j'ai  vu  acheter  des 
contredanses,  que  j'ai  passé  une  journée  entière  à  parler  avec 
délices  d'une  cour  à  laquelle  je  suis  attaché  à  tant  de  titres 
divers,  où  je  ne  puis  faire  un  pas  sans  rencontrer  mes  dieux  ; 
que  je  suis  charmé  de  savoir  ces  contredanses  entre  les  mains 
de  Madame  la  Princesse,  que  je  suis  vivement  touché  du 
souvenir  .dont  S.  A.  S.  m'honore  et  qu'il  faut  que  vous 
me  permettiez.  Monseigneur,  de  me  mettre  à  ses  pieds  et 
de  présenter  mon  respect  à  Monseigneur  le  Prince  au- 
guste. 

Ce  n'est  pas  tout.  Dans  l'église  romaine  on  s'adresse  à  la 
mère  pour  obtenir  les  grâces  du  fils;  moi,  fidèle  à  la  foi  de  mes 
pères,  je  ne  veux  pas  de  cette  [cascade,  mais  je  veux  obtenir 
une  grâce  de  la  plus  respectable  des  mères  par  un  fils 
qui  l'adore  et  qui  à  son  exemple  daigne  me  combler  de 
bonté. 

Votre  Altesse  a  peut-être  entendu  parler  de  petits  enfans 
que  leurs  talens  pour  la  musique  et  particulièrement  pour  le 
clavecin  ont  fait  admirer  de  tout  Paris  l'hiver  dernier;  leur  por- 


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3o  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOKIQUES 

trait  sera  joint  au  premier  paquet.  Ces  enCans  se  trouYent  à 
Londres  depuis  le  mois  d'avril.  Quoiqu'arrivés  beaucoup  trc^ 
tard,  ils  ont  bien  fait  leurs  affaires  dans  le  commencementi  ils 
ont  été  appelés  chez  la  Reine  deux  ou  trois  fois,  et  le  petit 
virtuose  va  lui  dédier  un  livre  de  sonates  composées  par  son 
ordre.  Mais  toute  la  belle  saison  est  une  saison  absolument 
morte  à  Londres;  le  père  a  eu  d'ailleurs  une  maladie  con^dé- 
rabie,  il  a  pensé  mourir,  et  il  lui  a  fallu  trois  mois  pour  se  ré- 
tablir. Il  s'agit  donc  de  réparer  cet  hiver  les  pertes  de  Pété,  et 
le  projet  du  père  est  de  donner  par  souscription  un  concert  à 
chaque  assemblée  chez  Madame  Comelys  in  Soho  square.  Or 
le  duc  d'York,  père  du  Roi,  est  un  des  principaux  membres  de 
cette  assemblée,  et  si  S.  A.  R.  voulait  protéger  ces  en£ans  qui 
s'appellent  Mozart,  leur  concert  serait  sans  doute  agréé  par  toute 
l'assemblée  et  leur  sort  se  trouverait  fait.  Aauellement  j'ai  la 
ferme  confiance  en  vos  bontés.  Monseigneur,  que  vous  enga- 
gerez la  plus  heureuse  et  la  meilleure  des  mères,  la  première 
fois  qu'elle  écrira  à  Madame  la  Princesse  de  Galles,  d'écrire 
un  mot  en  faveur  de  ces  enfans  et  de  prier  S.  A.  R.  de  les  re- 
commander à  son  fils  le  duc  d'York.  J'ai  encore  la  ferme  con- 
fiance que  votre  Altesse  me  pardonnera  cette  importunité 
et  me  la  fera  pardonner  par  la  Souveraine  que  j'adore.  En  me 
gâtant  par  un  excès  de  bonté,  elle  m'a  accoutumé  à  regarder 
Gotha  comme  les  dévots  regardent  le  ciel,  c'est-à-dire  comme 
un  lieu  de  refuge  et  d'asyle  dans  tous  mes  besoins.  Vous 
avez.  Monseigneur,  imité  son  exemple;  vous  m'avez  gâté 
comme  elle,  il  faut  bien  que  votre  Altesse  en  souffre,  et  que 
je  puisse  me  vanter  de  vous  devoir  tous  les  jours  davantage. 
J'abuse  même  par  cette  longue  lettte  du  loisir  dont  votre  Al- 
tesse me  laisse  disposer.  Je  vais  donc  finir  bien  vite  en  vous 
suppliant  de  souffrir  que  je  me  mette  aux  pieds  de  LL.  AA. 
SS.  vos  augustes  parens.  J'attends  avec  impatience  une  épitre 
de  ce  cher  apôtre  pour  être  instruit  de  leur  santé.  Je  supplie 
aussi  votre  Altesse  après  m'avoir  accordé  ses  bontés  gratuite- 


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1 


GRIMM   ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  3l 

e 

ment,  de  me  les  conserver  et  d'agréer  le  profond  respea  avec 
lequel  je  serai  toute  ma  vie 

Monseigneur 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur 

Grimm.  ' 
A  Paris  le  i3  décembre  1764. 

Tout  ce  que  je  sais  de  la  peinture  éludorique  c'est  que  les 
tableaux  se  peignent  sous  Teau.  De  cette  manière  ils  conser- 
vent, dit-on,  une  fraicheur  singulière;  la  poussière  ni  la 
moindre  ordure  n'en  peut  approcher,  la  couleur  et  l'huile 
seuls  restent  sur  la  toile,  et  tout  ce  qui  est  étranger  ne  peut 
toudier  la  toile,  au  lieu  que  sur  le  chevalet  elle  est  exposée 
à  la  poussière  qui  s'imprègne  avec  les  couleurs. 

Quand  un  tableau  est  fini  ainsi,  on  le  tire  de  l'eau  et  on  lui 
donne  une  façon  de  feu  à  peu  près  comme  à  l'émail,  mais  pas 
aussi  forte,  à  ce  que  je  crois  (i). 

X 

LETTRE  DU    26    JANVIER    1766 

DÉCOUPURES  DE  HXJBER.  —  MÉDIOCRE  SUCCÈS  QU'sLLES  ONT  EU  AUPRÈS 
DU  GRAND  FRÉDÉRIC.  —  LES  HOMMES  DE  GÉNIE  SONT  FAITS  POUR  ÊTRE 
JUGÉS  ET  NON  POUR  ÊTRE  JUGES  :  TÉMOIN  DIDEROT.  —  SA  CORRSS* 
PONDANCB  EST  TROP  SÉRIEUSE  POUR  LE  ROI  DE  PRUSSE.  —  DÉSIR  JDE 
CELUI-CI  d'attirer  HELVÉTIUS  A  SA  COUR. 

Madame 

Je  suis  pénétré  de  tout  ce  que  votre  Altesse  Sérénissime  a 
la  bonté  de  me  dire  dans  la  lettre  du  lo  de  ce  mois;  mon 

(1)  Lm  reBfldgtttmeQtt  têcbnlqaet  BaoqutAt  sur  ce  procédé  qoi  fut  ettayé  vert  U 
mèm%  temps  que  la  peinture  à  U  cire  et  dont  le  secret  est  aujourd'hui  perdu.  Le  seul 
artiste  de  ulent  qui  en  ait  fait  usage  est  Gabriel  de  Saint-Aubin  qui,  au  salon  du  Cotisée 
«  1776,  entoytit  dtsjixés  par  la  peinture  éludorique. 


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3  a  RCVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

cœur  en  sent  tout  le  prix,  mais  ma  bouche  ne  sait  où  trourer 
les  expressions. 

J'ai  fait  passer  à  Monsieur  Tronchin  les  remarques  de 
M.  Sulzer,  et  j'attends  sa  réponse;  )e  suis  curieux  de  voir  ce 
qu'il  me  dira.  Quant  à  moi  ignorant,  j'avoue  que  )e  suis  en- 
tièrement de  Tavis  de  M.  Sulzer.  J'approuve  infiniment  oc 
cataplasme  de  pommes  de  Borsdorf.  Si  les  médecins  n'avaicss 
jamais  employé  que  de  ces  remèdes  qu'on  appelle  remèdes  de 
bonne  femme,  ils  auraient  fait  beaucoup  moins  de  maL  J'ai 
la  ferme  confiance  que  par  ce  régime  doux  M.  Sulzer  parvien- 
dra au  but  que  nous  désirons  avec  tant  d  ardeur,  surtout  si 
votre  Altesse  daigne  le  seconder  par  un  peu  de  modération  dans 
le  travail  et  dans  l'application.  S'il  a  pu  voir,  sans  se  fâcher, 
deux  pages  d'écriture  en  faveur  d'un  homme  que  deux  lignes 
de  votre  Altesse  Sérénissime  rendraient  également  heureux,  il 
est  certainement  très-indulgent;  or  plus  l'indulgence  est  grande 
d'un  côté,  plus  la  crainte  d'en  abuser  Test  de  l'autre.  Je  me 
flate  que  le  retour  du  printemps  vers  lequel  nous  avençoos 
insensiblement  achèvera  cette  guérison  tant  souhaitée  et  nous 
rendra  une  joie  pure  et  sans  mélange  avec  le  parfait  rétablis- 
sement de  votre  Altesse  Sérénissime. 

J*ai  mandé  à  mon  ami  Huber  son  succès  auprès  de  votre 
Altesse.  Il  le  dédommagera  du  succès  médiocre  de  Potsdam, 
dont  au  reste  il  avait  des  pressentimens,  car  il  ne  s^est  pr^ 
qu'avec  peine  à  ma  proposition  et  il  m'avait  prédit  que  le  Roi 
regarderait  ses  ouvrages  comme  des  misères  difficiles.  Le  peu 
d'impression  qu'ils  ont  fait  sur  le  héros  du  siècle  ne  me  fait 
pas  changer  d'avis  sur  leur  mérite,  et  l'approbation  de  votre 
Altesse  me  confirme  dans  mes  idées.  Les  hommes  de  génie 
sont  faits  pour  être  jugés  et  non  pour  être  juges.  Quand  mon 
ami  Diderot  veut  me  rendre  compte  de  quelque  chose  qu'il  a 
lu  ou  de  quelque  fait  historique,  je  lui  dis  :  souvenez- vcms  que 
Dieu  vous  a  fait  créateur  et  non  rapporteur,  ainsi  dites  des 
choses  et  jamais  des  faits,  et  lorsqu'il  persiste  à  vouloir  conter. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  33 

je  dis.  Messieurs,  voilà  qui  est  fort  beau,  n'est-il  pas  vrai,  eh 
bien,  il  n'y  a  pas  un  mot  de  vrai.  La  plupart  du  temps  j'ai 
raison  et  nous  rions.  L'homme  de  génie  de  Potsdam  n'a  vu 
que  du  vélin  découpé  avec  patience,  et  n'a  pas  daigné  y  regar- 
der mieux.  Si  j'y  laissais  regarder  Denis  Diderot,  il  y  verrait 
cent  choses  qui  n'y  ont  jamais  été  et  nous  tournerait  la  tête 
par  ses  récits. 

La  confiance  que  je  dois  à  tant  de  titres  aux  bontés  de  votre 
Altesse  Sérénissime  me  fait  avouer  avec  la  même  naïveté  que 
je  crains  n'avoir  pas  réussi  jusqu'à  présent  auprès  du  Héros 
par  mon  travail.  Il  ne  m'arrive  que  ce  que  je  mérite  pour 
avoir  eu  une  ambition  trop  démesurée.  J'ai  été  séduit  par  les 
bontés  de  votre  Altesse,  je  devais  prévoir  que  je  n'éprouve- 
rais point  cette  indulgence  de  la  part  d'un  homme  supérieur 
qui  a  autant  de  raisons  que  votre  Altesse  pour  être  difficile  en 
fait  d'ouvrages  d'esprit,  mais  qui  n'a  pas  cette  habitude  de 
bonté  et  l'indulgence  qui  vous  rend.  Madame,  la  souveraine 
des  cœurs.  Il  est  juste  avec  moi,  il  n'y  a  rien  à  dire.  Ce  que  je 
comprends  par  les  mots  que  M.  de  Catt  me  jette  de  temps  en 
temps,  c'est  que  ce  travail  est  en  général  trop  sérieux  pour  le 
Roi  qui  aimerait  mieux  ne  recevoir  que  de  simples  bulletins 
où  il  y  eut,  outré  la  notice  des  livres  nouveaux,  des  anecdotes 
de' toute  espèce  et  propres  à  amuser.  Or  il  m'est  impossible  de 
me  prêter  à  cet  arrangement.  Outre  que  je  craindrais  de  chan- 
ger la  forme  de  cette  correspondance,  telle  que  votre  Altesse 
a  daigné  l'approuver,  j'ai  une  aversion  invincible  pour  le  mé- 
tier d'écrivain  d'anecdotes;  il  faut  qu'elle  soit  bien  forte 
puisque  je  ne  puis  la  vaincre  en  faveur  du  premier  homme  du 
siècle  auquel  ma  vanité  serait  si  contente  de  plaire.  Il  est  deux 
sortes  d'anecdotes.  Les  unes  sont  curieuses  et  intéressantes, 
mais  un  honnête  homme,  aussi  longtemps  qu'il  n'est  que  sim- 
ple particulier,  ne  peut  et  ne  doit  en  mander  de  cette  espèce;  il 
faut  avoir  un  caractère,  être  ministre  pour  être  autorisé  à  faire 
ce  métier.  Ily  a  d'autres  anecdotes  qui  composent  l'histoire 
TOME  v.  5 


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34  I8VQK  DBS  Docmnrrs 

scandaleuse  de  Paris  qui  pourraknt  coittribiier  à  «nmer  ss 
Majesté,  et  qu'on  pourrait  nunder  sans  se  compromettre. 
Mais  jamais  je  ne  vaincrai  ma  répugnance  i  cet  égard.  J'écooit 
la  plupart  du  temps  ces  sortes  d'histoires  avec  la  plus  grande 
indifférence,  quoique  j'en  connaisse  les  acteurs,  cela  ne  me 
reste  pas  trois  minutes  dans  la  tête,  et  s'il  était  questioD  de  me 
racheter  la  vie,  il  me  serait  impossible,  je  oxms,  de  me  résou- 
dre à  écrire  de  pareilles  misères.  Je  suis  donc  réduit  à  crwidre 
que  je  ne  pourrai  jamais  remplir  l'objet  d'un  Roi  que  aes  ta- 
lens  et  ses  glorieux  exploits*  devaient  me  rendre  troproilov* 
table  pour  ambitionner  le  difficile  bonheur  de  lui  plairt.  Ce 
qui  me  console  c'est  de  penser  qu'il  n'a  qu'à  jetti^  mes  paqwia 
au  feu  sans  les  lire;  il  doit  être  exposé  à  en  recevoir  souvoit 
de  pareils. 

Je  sens.  Madame,  en  faisant  ce  long  dâail  combien  je  m'oib 
blie  et  combien  les  bontés  de  votre  Altesse  m'ont  gâté«  Je  paria 
à  votre  Altesse  de  mes  craintes  avec  aussi  peu  de  dtscréôûQ 
qu'à  mon  ami  le  plus  intime.  Peut-être  je  me  les  exagère  on 
peu;  j'ai  cependant  dans  la  tête  qu'il  n^y  a  point  de  milieu  avec 
le  grand  Frédéric;  ou  l'on  réussit  beaucoup,  ou  l'on  déplaît; 
or  certainement  je  n'ai  pas  réussi  supérieur^nent.  U  m'a 
pourtant  donné  une  marque  de  bonté  il  y  a  deux  mots;  c'est 
l'unique  que  j'en  aie  reçue  jusqu'à  présent,  et  il  faut  que  je  la 
confie  à  votre  Altesse  en  la  suppliant  d'en  garder  le  secret 
jusqu'à  ce  que  la  chose  soit  publique. 

Il  a  envie  de  faire  venir  M.  Helvétius  soit  pour  pass^  quel- 
que temps  avec  lui,  soit  pour  y  rester  si  cela  lui  convenait.  U 
sçavait  que  j'étais  lié  avec  M.  Helvétius,  et  il  m'a  fait  charger 
de  cette  commission  en  me  faisant  écrire  par  M.  Catt  que  c'é- 
tait un  moyen  sûr  de  lui  Caire  grandement  ma  cour.  Je  n'ai 
pas  eu  de  peine  à  déterminer  M.  Helvétius  à  un  voyafe  si 
flatteur,  et  j'ai  mandé  à  M.  de  Catt  que,  quant  au  prcqet  dt  k 
fixer  entièrement  à  Berlin,  ce  ne  pouvait  être  que  l'ouvrage  du 
Roi  même.  Sa  Mi^té  m'a  £ût  dire  depuis  qu'elle  était  Gon* 


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0RBOI  ET  LA  COmt  DE  SAXE«GOTHA  35 

lente  de  ma  façon  de  n^ocier.  C'est  quelque  chose  que  d'avoir 
réussi  dans  le  phis  petit  point. 

Nous  attendons  actuellement  une  réponse  pour  savoir  en 
quel  temps  M.  Helvétius  devra  se  mettre  en  route.  J'ima- 
gine que  ce  sera  vers  le  mois  d'avril,  à  moins  que  les  noces  du 
Prince  de  Prusse  ne  retardent  le  voyage  philosophique.  J'ai 
déjà  osé  prévenir  M.  Helvétius  que  son  chemin  le  mènerait 
parGottei,  et  que  votre  Altesse  Sérénissime  serait  sûrement 
bien  aise  de  recevoir  en  passant  ses  hommages.  Vous  voye^, 
Madame,  jusqu'où  va  ma  témérité;  mais  le  Philosophe  sera 
encore  plus  agréable  au  Roi  si,  en  arrivant,  il  peut  se  vanter 
d'avoir  vu  une  Princesse  que  le  grand  Roi  chérit  et  houpre 
avec  tant  de  raison. 

Je  supplie  votre  Altesse  de  me  pardonner  ce  long  et  énorme 
bcvardage,  de  me  conserver  ses  bont^  qui  font  ma  consolation 
et  ma  gloire,  et  d'agréer  avec  le  profond  respect  avec  lequel 
îe  zGtai  toute  ma  vie 

Madame, 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très-humble  et  très  obéissant  serviteur 

Grimm. 

A  Paris  le  126  janvier  1765. 


'  I^tTttE  DO  7  MARS    I765 

LE  DOCTEUR  TRONCHIN.  —  RAPPORTS  DE  GRIICM  AVEC  LE  GRAND  FRiéDéRIC. 
—  MILORD  MARÉCHAL.  —  LES  LETTRES  DE  LA  MONTAGNE  DE  J.-J. 
RÔUS^AÛ.  —  SÉVÈRE  JUGEMENT  SUR  CE  PHILOSOPHE.  *—  LES  CONTES 
MMtAUX  Bft  MARMOifTKL.  -^  DÉPAirr  d'hBLVÉTIUS. 

Madame, 
it  SBtè  honoré  de  dtvtx  lettres  de  ma  souveraine  si  adcMrée 


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36  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

et  si  digne  de  l'être.  Elle  ne  vent  point  que  je  Tempedie  de 
m'écrire.  Hélas,  qui  mieux  que  moi  peut  sentir  le  bonhcBr 
de  recevoir  des  témoignages  de  ses  bontés,  qui  peut  ea 
mieux  connaître  le  prix  ?  Je  remporte  une  viaoire  sur  moi- 
même  aussi  souvent  que  je  supplie  votre  Altesse  Sàxnis- 
sime  d'y  mettre  des  boraes.  Cest  bien  contre  le  vœu  de 
mon  cœur  que  je  fais  ces  instances  ;  je  sens  trop  combien  il 
m'en  coûterait  d'être  privé  de  ces  lettres  précieuses.  Je  ne 
formerai  donc  plus  de  demandes  contre  mes  propres  intérêts; 
c'est  à  M.  *^lzer  à  régler  le  noml^^  et  la  longueur  des  lettres 
qui  me  sont  destinées  ;  j'en  charge  son  âme  et  sa  copscicnce, 
et  je  me  nourrirai,  en  attendant,  de  la  douce  espérance  que  ses 
soins,  secondés  par  les  approches  de  la  belle  saison,  nous 
ôteront  toute  inquiétude  sur  les  yeux  de  votre  Altesse. 

J'ai  fait  partir  sur  le  champ  la  lettre  dont  votre  Altesse 
Sérénissime  a  bien  voulu  honorer  le  docteur  Tronchin.  Si 
j'avais  le  droit  des  remontrances,  j'en  aur^ûs  fak  à  votre 
Altesse  sur  les  dix  louis  qu'elle  m'ordonne  de  lui  faire  payer. 
J'aurais  bien  des  choses  à  dire  sur  la  disproportion  de  la  ré- 
compense  d'avec  le  service;  mais  votre  Altesse  ne  ferait  aucun 
cas  de  mes  remontrances;  il  vaut  donc  mieux  se  taire  et 
obéir.  Comme  je  n'ai  encore  aucune  nouvelle  de  Messieurs 
D'Olenschlajer  sur  le  crédit  qu'ils  doivent  m'établir,  j'ai 
ajouté  ces  dix  louis  au  mémoire  de  la  correspondance  que 
j'ai  l'honneur  d'adresser  à  votre  Altesse  Sérénissime. 

Avec  quelle  bonté.  Madame,  vous  daignez  vous  occuper 
de  ma  position  vis  à  vis  du  héros  philosophe.  J'en  suis  pé- 
nétré. Je  vois  bien  que  c'est  à  moi  à  rassurer  votre  Altesse, 
comme  si  cette  affaire,  vous  touchait  directement.  Je  supplie 
donc  votre  Altesse  d'abord  de  croire  que  j'ai  la  tête  assez 
bien  faite;  que  j'aurais  été  infiniment  vain  d'avoir  réussi 
supérieurement  avec  le  héros,  mais  que  je  ne  suis  pas  pour 
cela  malheureux  d'avoir  eu  un  médiocre  succès,  que  cela  ne 
m'a  pas  encore  tracassé  un  quart  d'hrare,  si  ce  n'est  pour 


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GfiIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-<K)THÂ  Sy 

étudier  et  chercher  les  moyens  qui  sont  en  mon  pouvoir 
pour  plaire  mieux.  Il  se  peut  que  je  m'exagère  un  peu  mes 
mauvais  succès.  Mes  craintes  n'ont  d'autre  fondement  que 
quelques  mots  jettes  de  temps  en  temps  par  M.  Catt,  quel- 
ques conseils  trop  vagues  pour  être  utiles,  sur  la  manière  de 
rendre  ces  feuilles  plus  agréables  au  Roi.  J'en  conclus  donc 
qu'elles  ne  le  sont  pas  infiniment;  j'en  conclus  aussi  que  ces 
conseils  sont  la  plupart  du  temps  dictés  par  le  Roi  même, 
car  son  lecteur  ne  voit  mes  feuilles  que  par  occasion.  Quoi 
qu^il  en  soit,  je  trouve  tout  simple  que  le  héros  ne  soit  pas 
content,   et  impossible  d'y  remédier.  Je  ne  puis  déranger 
une  forme  que  votre  Altesse  a  approuvée  depuis  si  longtemps, 
qui  convient  à  la  Reine  de  Suède  depuis  cinq  ans  et  qui  a 
trouvé  l'approbation  de  l'Impératrice  de  Russie,  qui  m'a  or- 
donné l'année  dernière  de  lui  envoyer  cette  correspondance. 
En  changeant  de  forme  et  de  ton,  je  risquerais  de  déplaire  à 
tout  le  Nord  sans  peut-être  réussir  davantage  auprès  du  héros, 
car,  quoi  qu'il  en  arrive,  il  est  décidé  que  je  ne  me  résoudrai 
jamais  à  mander  les  petits  contes,  les  petites  tracasseries,  les 
petites  historiettes  de  Paris,  que  mes  prédécesseurs  ramassaient 
souvent  dans  les  caffés,  mais  que  je  ne  pourrais  y  chercher 
et  moins  encore  écrire,  quand  il  serait  question  de  me  sau- 
ver la  vie.  Je  sais  cependant  très  bien  que  le  Roi  aime 
beaucoup  ces  bagatelles,  et  cela  me  parait  très-naturel  dans 
un  homme  qui  a  besoin  de  délassement  et  d'amusement 
après  s'être  occupé  toute  la  journée  d'affaires  d'État.  Je  sais 
aussi  que  j'ai  avec  lui  le  tort  ou  la  tache  originelle  qui  ne 
s'efface  pas,  d'être  allemand;  si  je  portais  un  nom  français, 
j'aurais  bien  plus  beau  jeu.  Que  faire  donc?  L'impossible 
pour  plaire,   d'en  épier,  étudier  les  moyens,  et  attendre 
tranquillement  le  bon  ou  le  mauvais  succès.  Je  n'ai  confié  mes 
inquiétudes  à  qui  que  ce  soit,  mais  votre  Altesse  me  permet 
d'ouvrir  mon  cœur  avec  une  entière  confiance.  Faut-il  tout 
dire?  C'est  sans  doute  le  meilleur  moyen  de  répondre  à  votre 


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38 

généreuse  hoati.  Ce  qm  me  tranquilitic  ikns  tcmt  ctâ^  cte 
que  depuis  Yingt  mois  que  j'ai  rhonneur  de  hà  Mtktmu  am 
correspondance  je  n'ai  reçu  aucune  aorte  de  récompoK. 
Je  désire  d'être  encore  dix  ans  <ians  celte  positiofK  pam 
que  la  moindre  récompense  suffirait  pour  me  rendre  abù- 
beureux  avec  l'idée  de  n'avoir  pas  réussi^  au  liai  qà*k  préMSt 
fe  me  di%  si  je  déplais^  k  pis  aller,  c'est  qu'il  fcat  noon  n- 
dotage  au  feu  sans  le  lire  ;  et  cette  idée  me  rassure  coticra- 
ment. 

Il  faut  que  je  Tavoue  ingénument  i  votre  Ahene  que  et 
n'est  ni  Thonneur  d'adresser  mes  feuilles  au  premier  homoK 
de  TEurope,  ni  mes  succès  en  Russie  et  en  Suède,  mais  uaî- 
quement  vos  bontés,  Madame,  et  celles  de  Madanir  la  Pria- 
cesse  héréditaire  de  Hesse  Darmstadt  qui  m*ODt  fiait  comiaocr 
jusqu'à  présent  un  travail  en  lui  même  ingrat  et  qui  rend 
toute  autre  occupation  impossible.  J'avoue  que  j*aî  été  pte 
d^une  fois  tenté  d'essayer  mes  forces,  d^oublier  les  ouvrages 
des  autres  pour  voir  si  j'en  pourrais  faire  à  mon  tour;  je  me 
dis  qu'il  faut  du  moins  l'avoir  essayé  pour  acquérir  le  droit  de 
ne  rien  faire  ;  mais  cette  correspondance  sans  cesse  reaaissanie 
m'en  ôte  absolument  les  moyens  et  le  loisir  indiq>ensabfe|  et 
quand  il  m*a  passé  par  la  tête  d'y  renoncer,  parceque  loat 
enfin  passe  par  la  tête,  j'ai  vu  que  les  bontés  de  votre  Altesse, 
qui  n'ont  jamais  connu  de  bornes,  ont  fait  une  si  profonde 
impression  sur  mon  cœur  que  je  ne  pourrais  rompre  ua 
commerce  dont  tous  les  avantages  sont  de  mon  c6té  sa» 
renoncer  presque  i  tout  le  bonheur  et  à  tout  l'agrément  de 
ma  vie.  Effrayé  par  cette  idée,  j'ai  laissé  agir  ma  paresse,  j'ai 
dit  que  la  chimère  n^est  qu'une  chimère,  que  la  calomnie  et 
la  persécution  sont  souvent  la  récompense  de  ceux  qui  éori« 
vent  pour  le  Public,  et  qu'une  couronne  de  lauriers  ne  vaut 
pas  une  ligne  de  votre  Altesse. 

Vous  voyez,  Madame,  avec  quelle  confiance  je  sais  abuser 
de  vos  bontés  et  faire  de  toutes  mes  pensées  une  entière  coo- 


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QMIIM  BT  LA  COUm  DE  SAJCS-OOTHA  3g 

fession  à  votre  Altesse.  Oui^  je  sais  que  Milord  Maréchal  est 
Vami  du  Roi  et  celui  de  M.  Rousseau,  et  si  j'avais  écrit  à 
Milord,  j'aurais  respecté  son  amitié  ;  mais  j'écris  pour  le  Roi, 
et  ^  ne  lui  dois  que  la  vérité,  c'est  à  dire  ce  qui  me  parait 
vrai,  car  nous  en  sommes  tous  là.  J'espère  aussi  que  le  Roi 
daignera  ne  me  pas  savoir  mauvais  gré  de  ma  franchise,  et 
ne  me  pas  fiadre  de  tracasserie  ;  j'en  ai  la  confiance.  Il  n'a 
jamais  rien  montré  de  mes  feuilles  à  M.  D'Alembert,  pendant 
qu'il  était  là  bas  ;  c'est  une  délicatesse  que  j'ai  bien  sentie  ;  je 
compte  qu'il  en  usera  avec  M.  Helvétius  de  même,  et  qu'il 
n'en  sera  pas  plus  tenté  de  me  compromettre  avec  Milord 
Maréchal^  qui  ^t  un  des  dignes  hommes  que  j'aie  connu. 

M.  Helvétius  part  le  14.  Il  portera  à  votre  Altesse  les  lettres 

de  la  campagne  (i).  L'exemplaire  est  un  peu  endommagé  au 

dos,  mais  je  suis  encore  bien  heureux  de  l'avoir  trouvé.  Je  ne 

sms  pas  étonné  que  votre  Altesse  n'ait  rien  trouvé  d'atroce 

dans  les  lettres  de  la  montagne  ;  il  faut  être  Genevois  pour  en 

sentir  la  méchanceté  ;  mais  il  n^est  pas  moins  vrai  que  dans 

ces  lettres  toute  la  constitution  genevoise  est  démolie  avec  un 

artifice  d'autant  plus  condamnable  que  l'auteur  prend  le  ton 

de  bon  citc^en  et  de  désintéressement  ;  il  n'en  n'est  pas  moins 

constant  que  la  pauvre  petite  république  est  depuis  deux 

mois  et  demi  dans  un  état  de  conbustion  qui  fait  pitié,  et  que 

ce  livre  aura  détruit  pour  quelque  temps  le  bonheur  et  la 

tranquillité  publiques,  car  la  méfiance  et  la  jalousie  semées 

entre  les  différens  ordres  de  l'État  les  tourmenteront  d'autant 

plus  que  les  objets  en  sont  chimériques,  et  qu'il  n'existe 

aucun  grief  réel  :  quand  cet  esprit  de  vertige  s'empare  des 

hommes,  ils  sont  ordinairement  très  près  des  grandes  cala^ 

mités.  Les  têtes  sages  de  Genève  pensent  ainsi.  Dieu  soit  en 

aide  à  la  pauvre  république.  Je  suis  convaincu  que   si 

M.  Rousseau  avait  écrit  ce  livre  contre  le  canton  de  Berne, 

10  Lettres  écrites  de  la  Campagne  (par  J.-R.  Tronchin).  Proche  Genève,  176$,  in-8 


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40  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOtIQDES 

il  aurait  couru  le  risque  de  perdre  la  tête  sur  un  échafiud; 
mais  il  savait  bien  que  les  vingt  cinq  tyrans  de  Goièvci  s 
entreprenants  et  si  redoutables  dans  ses  lettres,  étaient  dkc- 
tivement  de  pauvres  gens  sans  crédit  et  sans  pouvoir  aux- 
quels on  pouvait  se  jouer  sans  crainte. 

La  première  partie  de  ses  lettres  m*a  fort  amusé.  La  dis- 
sertation sur  les  miracles  est  unique  pour  les  folies  et  Ton- 
ginalité  dont  elle  est.  J'ai  dit  que  par  un  hazard  oniquc 
Tauteur  en  avait  attesté  une  autre  fois  juridiquement.  Je  sais 
que  rÉvêque  d'Atmecy  s'avisa,  il  y  a  trente  ou  quarante  ans, 
de  faire  je  ne  sais  plus  quel  miracle,  qu'on  fit  signer  une  dé- 
position à  tous  les  témoins  oculaires  du  prodige,  et  que 
M.  Rousseau,  élevé  alors  en  Savoie  dans  la  religion,  se  trouva 
au  nombre  de  ces  témoins.  Il  n*y  a  en  cela  aucune  mau- 
vaise foi,  mais  seulement  un  hazard  bien  plaisant. 

Je  conviens  aussi  avec  votre  Altesse  que  les  plus  gran<b 
philosophes  tombent  dans  des  sophismes,  et  voilà  pourqiu>i 
je  fais  dans  le  fait  si  peu  de  cas  de  l'art  du  raisonnement  ; 
je  n'y  vois  qu'un  instrument  à  double  tranchant;  mais  je 
pardonne  tous  les  sophismes,  pourvu  qu'on  les  fasse  de 
bonne  foi.  C'est  la  première  qualité  que  j'exige  dans  un 
écrivain  ;  la  mauvaise  foi  me  révolte.  Je  vois  du  moins  dans 
les  écrits  de  Voltaire,  de  Hume,  un  but;  je  vois  dans  les 
écrits  de  M.  Rousseau  un  grand  talent,  mais  une  mauvaise 
foi  continuelle;  il  me  mène  par  des  chemins  tortueux  et  cou- 
verts ;  je  ne  me  trouve  jamais  en  sûreté  avec  lui.  Où  veut-il 
me  mener  ?  Je  n'en  sais  rien,  il  n'en  sait  rien  lui-même. 
Tout  ce  qui  lui  importe  de  me  persuader,  c'est  que  je  suis 
malheureux  et  malheureux  sans  ressource:  car  quand  je 
veux  m'amender  et  suivre  ses  conseils,  il  me  crie  bien  vite 
qu'il  n'en  est  plus  temps  et  que  la  cause  du  genre  humain  est 
désormais  désespérée.  Eh  ma  foi,  c'est  bien  là  de  la  folie  qui 
peut  amuser  quelquefois,  mais  ce  n'est  pas  là  le  ton  du  philo- 
sophe qui  instruit  et  éclaire.  J'aime  à  voir  de  temps  en  temps 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  41 

faire  les  armes  à  un  habile  maître  d'escrime  qui  sait  manier 
répée  avec  une  dextérité  et  une  habileté  peu  communes, 
mais  je  n'estime  guères  un  honmie  qui  ne  sait  faire  d'autre 
usage  de  son  épée.  Si  M.  Rousseau  devient  jamais  Pape,  il 
rayera  de  la  suite  des  sept  sacremens  de  Téglise  romaine 
celui  de  la  pénitence  ;  il  ne  voudra  jamais  que  les  hommes 
puissent  se  repentir  avec  fruit. 

On  vient  de  me  dire  qu'il  parait  un  nouvel  ouvrage  de 
M.  Rousseau  intitulé  des  Princes  (i).  Je  suis  au  désespoir, 
Madame,  de  n'être  pas  à  portée  de  procurer  ces  ouvrages  un 
peu  de  bonne  heure  à  votre  Altesse  ;  mais  l'inquisition  des 
livres  est  si  grande  en  ce  pays-ci  depuis  environ  dix  huit  mois 
que  nous  ne  recevons  tous  ces  livres  intéressans  que  fort  tard 
et  qu'on  ne  saurait  les  avoir  pour  de  l'argent.  On  m'avait  offert 
les  lettres  de  la  Montagne  pour  douze  francs,  il  y  a  environ 
quinze  jours.  J'avoue  que  j'ai  hésité  de  payer  le  quadruple 
du  prix  véritable,  et  j'ai  bien  fait  puisque  votre  Altesse  les  a 
enfin  reçues  d'ailleurs.  Par  la  même  raison  je  n'ai  pas  voulu 
envoyer  la  nouvelle  édition  des  Contes  moraux  de  M.  Mar- 
montel  en  3  vol.  in-S**,  ornée  de  figures  (2).  Il  n'y  a  que  cinq 
contes  nouveaux  et  on  la  vend  trente  livres.  J'attendrai  un 
ordre  exprès  de  votre  Altesse  Sérénissime  s'il  faut  les  faire 
partir. 

Je  frémis  à  l'aspect  de  cet  énorme  bavardage.  Je  supplie 
au  moins  votre  Altesse  Sérénissime  de  croire  que  je  ne  suis 
pas  aussi  prolixe  avec  le  héros  philosophe;  il  ne  m'a  pas  assez 
gâté  pour  cela.  C'est  vous,  Madame,  qui  ressentez  les  incon- 
véniens  d'une  bonté  à  laquelle  vous  n'avez  jamais  mis  de 
bornes.  Je  supplie  donc  votre  Altesse  de  n'écouter  jamais 
avec  moi  que  son  cœur  plein  d'indulgence  et  de  bienfaisance 
et  de  me  pardonner  tous  mes  écarts.  Je  regarderai  bien  frère 

(i)  Rousseau  n'a  rien  publié  sous  ce  titre. 

|2)  Les  trois  planches  de  Gravelot  ont  depuis  quelques  années  donné  une  haute  valeur 
i  cette  édition. 

TOME  V.  6 


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43  REVUE   DES  DOCIMENTS  HISTOSIQISS 

Helvétius  entre  les  deux  yeux,  puisqu'ils  aunnit  k  boohcnr 
de  voir  votre  Altesse. 

Je  suis  avec  un  très  profond  respect 
Madame 

de  votre  Altesse  Sérënîssime 

le  très  humble  et  très  obâssant  scfviiem 

Grimm. 

A  Paris,  le  7  mars  1765. 

M.  Helvétius  sera  chargé  d'une  tête  bien  frisée  pour 
Madame  la  Princesse.  Il  part  avec  un  jeune  comte  de  Poelnîtz 
qui  a  déjà  eu  l'honneur  de  faire  sa  cour  à  votre  Altesse. 

XII 

LETTRE   DU    l5   AVRH.    I765 

hOHHK  RiCCPTION  FAITS  A   HELVinUS  PAR  LA  DUCHSSSX. 
RAPPORTS  DK  QKIMM  AVEC  PRÉOlkRlC  IL 

Madame 

J^ai  reçu  la  lettre  dont  votre  Altesse  Sérénissime  m'a  honoré 
le  6  de  ce  mois,  avec  ce  doux  frémissement  que  j'éprouve 
toujours  lorsque  j'apperçois  les  gages  précieux  de  la  borné  et 
de  la  bienveillance  de  la  Souveraine  que  j'adore.  Votre  âme 
sublime  réunit  en  elle  tout  ce  que  la  raison  et  la  bienfaisaoce» 
ornées  de  leurs  augustes  attributs,  ofirent  de  plus  beau  et  de 
plus  consolant  pour  Thumanité,  et  si  cet  excès  de  bonté,  qui 
se  répand  sur  moi^  me  remplit  de  confusion,  je  puis  me  van- 
ter du  moins  que  personne  au  monde  n'en  connait  mieux  le 
prix  que  moi. 

J'ai  reconnu  cette  bonté  adorable  dans  la  réception  que 
votre  Altesse  a  faite  au  bon  Helvétius  et  dont  il  est  vivement 
touché.  Il  en  parle  avec  la  surprise  d'un  homme  qui  voit  pour  la 
première  fois  la  raison  éclairée  et  la  véritable  bonté  réunies 
au   rang  souverain.  J^ai  assez'' bonne  opinion  de  lui  pour 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  43 

croire  qu'après  avoir  vu  et  connu  le  grand  homme  auprès  de 
qui  il  doit  être  dans  ce  moment  ci,  il  n'en  conservera  pas 
moins  le  souvenir  attendrissant  et  plein  de  charmes  de  la 
grande  Princesse  qui  règne  sur  tous  les  cœurs  de  ses  sujets  et 
de  ceux  qui  n'ont  pas  le  bonheur  de  Têtre. 

Ce  que  votre  Altesse  présume  de  son  succès  auprès  du  grand 
Roi  me  fait  encore  un  sensible  plaisir,  car  j'ai  craint  quelque- 
fois que  sa  simplicité  et  sa  bonhommie  mises  en  parallèle  avec 
le  sémillant  du  Philosophe  d'Alembert  ne  fussent  exposées  à 
quelque  comparaison  défavorable  près  d'un  monarque  vif 
comme  le  salpêtre,  d'une  vue  perçante  comme  Taigle  qu'il 
porte  sur  sa  poitrine  et  que  je  crois  peu  capable  de  revenir 
d'une  première  impression.  Le  bon  Helvétius  n'a  pas  été 
lui-même  exempt  de  cette  inquiétude,  et,  connaissant  votre 
bonté.  Madame,  je  lui  ai  dit  que  personne  ne  pouvait  le 
conseiller  plus  sûrement  que  votre  Altesse  Sérénissime. 

J'ose  cependant  vous  supplier.  Madame,  de  me  permettre 
de  ne  point  suivre,  quant  à  moi,  vos  conseils  à  l'égard  du 
grand  homme  de  Postdam.  Votre  Altesse  sentira  bien  ai- 
sément que  ce  n'est  pas  de  l'argent  que  je  cherchais,  mais  un 
prix  bien  dîflKrent  que  j'osais  ambitionner.  Si  je  voulais  de 
l'argent,  mon  auguste  débiteur  me  parait  en  assez  bonne 
contenance  et  assez  solvable  pour  que  j'attende  sans  impa- 
tience le  prix  de  mon  travail;  il  est  d'ailleurs  trop  exact 
dans  les  plus  petites  choses  pour  que  je  le  soupçonne  jamais 
d'oubli  en  aucun  cas.  Bien  plus,  je  sens  qu'en  me  payant  il 
m'ôterait  toute  tranquillité.  Je  ne  sais  à  quel  point  j'ai  réussi 
auprès  de  lui;  j'ai  lieu  de  croire  que  mon  succès  est  médiocre, 
et  je  ne  pouvais  recevoir  de  l'argent  sans  déplaisir  qu'au  cas 
que  j'eusse  eu  autant  de  bonheur  que  de  zèle.  Je  me  flatte. 
Madame,  que  vous  sentirez  la  justesse  de  ces  raisonnemens 
et  que  Votre  Altesse  daignera  ne  point  s'inquiéter  d'une  si- 
tuation qui  n'a  rien  d'inquiétant  pour  moi  et  qui  le  devien- 
drait réellement  du  jour  où  j'aurais  reçu  de  l'argent  sans  être 


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44  REVUE  DES  DOCUimrrS  mSTOUQUES 

en  même  temps  bien  assuré  d^avoir  rempli  les  vues  de  Sa 
Majesté. 

M.  Catt  me  demande  dans  sa  dernière  lettre  si  j'ai  des 
nouvelles  de  la  santé  de  Tincomparable  Emilie,  notre  grande 
et  digne  Duchesse.  Le  respect,  la  crainte^  dit-il,  de  lui  ravir 
des  instans,  m'empêchent  de  me  mettre  à  ses  pieds  et  de  lui 
dire  qu'on  parle  bien  souvent  d'elle  et  qu'on  Thonore  infi- 
niment. 

J'ai  rhonneur  d'envoyer  id  à  votre  Altesse  Scrénissinoe  ob 
papier  singulier  qui  court  depuis  quelque  temps  en  manus- 
crit à  Paris.  Lorsqu'il  parvint  à  ma  connaissance,  je  balançai 
quelque  peu  sur  le  parti  que  j'avais  à  prendre  ;  je  me  résolus 
enfin  d'en  avertir  M.  Catt,  qui  me  pria  bien  vite  de  Êaire  l'im- 
possible pour  lui  en  envoyer  une  copie  :  c'est  ce  que  j'ai  fait. 
J'en  joins  une  à  ce  paquet,  mais  je  ne  prétends  pas  au  mérite 
d'avoir  aidé  à  répandre  ce  morceau  d'éloquence.  Votre  Ahesse 
saura  mieux  juger  que  moi  de  quelle  main  part  cet  écrit  et 
quel  peut  être  son  but 

J'en  demande  très  humblement  pardon  à  Madame  la  Prin* 
cesse,  mais  j'ai  ri  de  bon  cœur  de  l'avanture  de  cette  pauvre 
tête  que  j'avais  vue  si  bien  frisée  ;  et  par  un  mouvement  très 
blâmable,  je  me  réjouis  même  de  Taccident,  en  marmottant 
entre  les  dents  que  si  S.  A.  S.  avait  daigné  m'honorer  de  ses 
ordres,  j'aurais  pris  des  précautions  pour  l'emballage  qui  au- 
raient mieux  garanti  cette  pauvre  tête.  Je  vais  faire  passer  au 
grand  Tronchin  ce  que  votre  Altesse  a  la  bonté  de  me  dire 
à  son  sujet. 

Je  mets  à  vos  pieds  le  profond  et  j'ose  dire  le  tendre  respect 
avec  lequel  je  serai  toute  ma  vie. 
Madame, 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

GaiMM. 

A  Paris,  le  i5  avril  1765. 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE->GOTHA  45 

XIII 

LETTRE  DU   9   MAI    I765 

JUGEMENT  SUR  JEAN-JACQUES  ROUSSEAU  BT   LES   PHILOSOPHES.  — 
PROFESSION  DE  FOI  DE  GRIMM  A  l'ÉGARD  DE  CES  DERNIERS. 

Madame 

On  est  bien  heureux  d'être  chargé  de  vos  ordres.  Le  zèle 
tient  lieu  de  mérite,  et  la  bonté  de  votre  Altesse  Sérénissime 
devient  ingénieuse  à  trouver  un  prix  aux  attentions  les  plus 
simples.  J'ai  fait  part  à  M.  Bretet  de  son  succès  auprès  de 
votre  Altesse;   c'est  la  récompense  la  plus  flatteuse  qu'un 
artiste  puisse  obtenir.  La  mienne  Test  bien  davantage  ;  car 
votre  Altesse  daigne  me  remercier  du  bonheur  que  j'ai  de 
servir  la  souveraine  que  j'adore,  bonheur  qui  est  pour  moi 
d'un  prix  si  inestimable,  que  ne  pouvant  servir  votre  Altesse, 
en  choses  phis  importantes,  j'ose  me  flatter  que  le  titre  de 
son  commissionnaire  de  babioles  ne  me  sera  du  moins  ja- 
mais ôté. 

Je  reconnais  encore  la  bonté  de  ma  divine  souveraine  dans 
ce  qu'elle  me  dit  au  sujet  de  Jean-Jacques  Rousseau,  et  je  re- 
çois bien  cette  déclaration  comme  la  marque  la  plus  flatteuse 
de  son  estime. 

Hélas,  il  me  parait  que  je  n'ai  pas  besoin  d'être  excité  à  la 
franchise,  moi  qui  fais  depuis  onze  ans  le  mauvais  métier  de 
juger  tout  à  tort  et  à  travers  devant  la  princesse  du  monde 
la  plus  éclairée,  moi  qui ,  entraîné  par  la  rapidité  d'un  tra- 
vail périodique  et  toujours  à  recommencer,  suis  obligé  de  me 
laisser  aller  dans  tous  mes  jugements  à  une  première  impres- 
sion sans  pouvoir  l'approfondir,  moi  enfin  à  qui  la  plume 
tomberait  des  mains  du  moment  que  votre  Altesse  ne  vou* 
drait  plus  m'accorder  l'indulgence  dont  je  ne  puis  me  passer, 
Le  suffrage  dont  votre  Altesse  honore  les  ouvrages  de  mon 


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46  UVn  DB  DOGUMEMTS  tflSlOWHJn 

ancien  Jean<Jacques  serait  un  nouveau  modf  de  me  rendre 
circonspect  et  timide^  mais  comme  la  liberté  fait  le  seul  mé- 
rite de  mon  travail,  je  n*en  ferai  rien.  Tai  aussi  ia  présomp* 
tion  de  croire  que  si  je  pouvais  m^expliquer  et  m'étendre  sor 
ce  sujet  dans  ce  cabinet  où  j'ai  été  une  fois  aux  pieds  de  vocr 
Altesse  et  où  je  voudrais  toujours  être,  peut^<tre  on  trouve- 
rait  mes  idées  beaucoup  plus  d'accord  avec  celles  de  la  Sou- 
veraine que  j'adore  qu^on  n'avait  cru.  Car  assurément  œ 
n'est  pas  k  talent  que  je  conteste  à  l'homme  le  plus  âoqoent 
et  i  la  plume  la  plus  séduisante  du  siècle;  je  ne  sois  pas 
même  étonné  de  la  prodigieuse  impression  que  ces  taleos  ont 
faite  sur  le  plus  grand  nombre  des  personnes  les  plus  éclai- 
rées; car  enfin  le  plus  grand  nombre  lit  pour  s'amuser,  et 
quelle  lecture  plus  intéressante  que  celle  d'un  homme  éloquent 
qui  porte  ses  idées  sur  tous  les  grands  objets,  et  qui  lors  même 
qu'il  s'égare  sait  toujours  attacher  par  la  manière  dont  il  sait 
les  présenter.  C'est  donc  sûrement  moi  qui  ai  ton  quand 
Rousseau  n'est  pas  de  mon  goût  ;  mais  c'est  que  je  n'ainoe 
qu'un  philosophe  de  bonne  foi  qui  cause  avec  moi  paisi- 
blement, qui  m'instruise  sans  affectation,  qui  ne  gronde  pas 
toujours,  parcç  qu'enfin  le  gronder  ne  sert  à  rien,  et  pour 
tout  dire  c'est  que  je  suis  trop  des  amis  de  Montaigne,  de 
Gcéron  et  de  Voltaire  pour  m'accomoder  d'une  autre  ma- 
nière. Il  est  vrai  qu'aussi  souvent  que  je  voudrai  voir  le  phi- 
losophe en  spectacle  et  sur  les  trétaux,  je  donnerai  à  Jean- 
Jacques  la  préférence  ;  mais  c'est  que  je  n'aime  pas  les  tré- 
taux  longtemps  ni  pour  y  être,  ni  pour  y  voir  les  autres. 

La  subtilité  est  encore  une  qualité  que  je  ne  puis  supporter 
ni  dans  le  commerce  du  monde,  ni  dans  les  livres,  à  moins 
qu'on  n'en  ait  assez  pour  me  la  dérober  entièrement  Voilà, 
Madame,  le  croquis  de  ma  profession  de  foi  que  je  dépose 
devant  l'autel  de  la  bonté  et  de  la  sagesse  qui  s'est  faite  diair 
comme  le  verbe,  et  noosM'avons  vue  et  son  image  nous  est 
toi^eurs  présente.  Si  ce  n'est  pas  ainsi  que  dit  S^  Jean,  c'est 


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61IMM  ET  LA  COUlt  DE  SAXE-GOTHA  47 

ainsi  que  je  dis,  moi  qui  n'aspire  pas  aux  honneurs  de  T  apos- 
tolat mais  bien  à  l'avantage  de  conserver  le  nom  du  pauvre 
profane. 

Je  suis  bien  aise  que  cette  fois-ci  les  prêtres  aient  eu  tort  et 
que  Jean-Jacques  soit  dans  son  asile  ;  mais  je  suis  fâché  que 
sa  tranquillité  empêche  votre  Altesse  de  voir  un  des  hommes 
les  plus  singuliers  du  siècle.  J'ai  souvent  pensé  que  quand 
toute  la  terre  lui  aurait  manqué,  il  aurait  trouvé  du  repos  et 
de  la  protection  à  Gotha,  et  cette  idée  est  consolante  pour 
rhumanité  et  pour  la  philosophie.  Je  désire  cependant  qu'il 
ne  contente  la  curiosité  de  votre  Altesse  qu'en  voyageant  li- 
brement et  lorsque  le  cœur  lui  en  dira. 

Le  mien  me  dit  à  tous  les  instants  de  porter  aux  pieds  de 
votre  Altesse  les  hommages  du  profond  respect  et  de  l'atta- 
chement sans  bornes  avec  lequel  je  serai  toute  ma  vie, 

de  votre  Altesse  Sérénissime, 
le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Grimm. 

A  Paris,  le  9  mai  1765. 

Point  de  nouvelles  de  Potsdam  depuis  le  1 1  avril. 


XIV 

LETTRE  DU   3o  NOVEMBRE    I765 

DfVOl  A  BBRLIN  d'uNE  TÉTE  FRISÉE  POUR  LA  PRINCESSB. — 
PERSÉCUTION  CONTRE  J.-J.  ROUSSEAU. 

Madame, 
Ce  paquet  a  été  retardé  par  une  indisposition  qui  m'est 
survenue  et  qui  m'a  mis  hcw's  de  combat  pendant  une  quin- 
awine  de  jours.  Au  moment  où  je  vais  le  fermer,  je  reçois  la 


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48  REVUE  D6S  DOCUMENTS  HISVOtlQCES 

lettre  dont  votre  Altesse  Sér6iissime  m'a  honoré  le  aS  de  a 

mois. 

J'attends  M.  de  Bentink  qoe  votre  Altesse  a  daigné  cfaar^ 
d'une  lettre  pour  moi  ;  je  le  recevrai  avec  tout  le  respea  qst 
je  dois  au  porteur  de  vos  ordres,  Madame,  ec  avec  tous  ks 
soins  que  je  rendrai  toujours  à  tous  ceux  qui  ont  qaelqw  pirt 
dans  les  bontés  de  votre  Altesse.  Ce  que  je  regretterai  le  plos 
dans  cette  occasion,  c'est  de  n'être  pas  i  portée  de  comritner 
efficacement  à  l'agrément  du  séjour  de  Paris. 

J'ai  un  double  intérêt  à  me  bien  acquitter  des  ordres  àoBX 
Madame  la  Princesse  veut  bien  m'honorer  ;  le  premier  est 
l'envie  extrême  que  j'ai  de  lui  faire  ma  cour,  le  second  est  k 
désir  de  me  venger  de  n'avoir  pas  été  employé  la  première 
fois.  Ainsi  je  veux  que  ma  tête  qui  ne  voyagera  pas  dans  une 
saison  plus  favorable  que  celle  qui  a  accompagné  le  philoso- 
phe Helvétius,  je  veux  que  cette  tête  efiTace  toutes  les  têtes  fri- 
sées du  continent,  et  je  vais  travailler  en  conséquence.  Votre 
Altesse  me  dira  que  cette  jactance  serait  moins  dq^lacée  après 
le  succès  dont  je  me  flatte  auprès  de  Madame  la  Princese. 
Cela  est  vrai,  mais  il  faut  bien  pardonner  quelque  chose  à  xm 
homme  piqué. 

Dans  le  sublime  dictionnaire  des  Marchandes  de  modes  où 
appelle  considération  les  petits  paniers  qui  ont  seccédé  aui 
grands,  et  qui  soutiennent  les  robes  sans  donner  aux  femmes 
l'air  d'avoir  des  paniers.  Rien  ne  sera  plus  facile  que  démet- 
tre dans  la  caisse  une  considération.  Depuis  le  petit  opéra  co- 
mique d'Isabelle  et  Gertrude  nous  avons  des  bonnets  de 
femmes  qu'on  appelle  des  Gertrudes.  Je  ne  puis  me  dispenser 
de  mettre  ici  cette  petite  érudition,  pour  prouver  à  Madame  la 
Princesse  que  je  ne  suis  pas  aussi  indigne  de  sa  confiance 
qu'elle  le  croit  peut-être. 

Vous  verrez,  Madame,  dans  ces  feuilles  un  précis  des  tra- 
casseries qui  ont  occasionné  le  voyage  de  M.  Rousseau.  Une 
de  mes  premières  pensées  a  été  que  le  désir  de  votre  Altesse 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTMA  49 

Sérénissime  de  voir  cet  homme  célèbre  sera  satisfait.  Cepen- 
dant M.  Hume  a  voulu  me  soutenir  hier  qu'il  allait  droit  en 
Angleterre  sans  passer  à  Berlin.  Il  est  actuellement  à  Stras- 
bourg où  il  a  été  reçu  à  merveille,  mais  on  dit  que  la  cour  ne 
veut  point  le  protéger  contre  le  décret  du  Parlement  et  qu'elle 
ne  lui  accorde  la  tolérance  qu'autant  que  le  Parlement  de 
Paris  laissera  dormir  ce  décret  qui  a  fait  tant  d'honneur  à 
notre  siècle  éclairé. 

Si  M.  Rousseau  a  jamais  le  bonheur  d'arriver  à  Gotha,  je 
sais  bien  ce  que  je  ferais  à  sa  place,  c'est  que  je  n'en  sortirais 
de  ma  vie.  Votre  Altesse  ne  refuserait  pas  un  asile  permanent 
à  un  écrivain  qui  a  tant  d'attraits  pour  elle.  Vous  auriez  la 
gloire.  Madame,  d'avoir  recueilli  un  célèbre  infortuné  ;  il  au- 
rait le  bonheur  de  voir  tous  les  jours  la  vertu  et  la  bonté  as- 
sises au  rang  souverain,  spectacle  bien  propre  à  diminuer  son 
humeur  contre  le  genre  humain. 

J'ai  été  dans  de  grandes  inquiétudes  sur  la  santé  de  votre 
Altesse.  Je  suis  un  peu  rassuré  ;  mais  à  deux  cens  lieues  on 
s'alarme  aisément.  Je  supplie  donc  le  bon  apôtre  de  la  Sou- 
veraine adorée  de  ne  point  garder  un  rigoureux  silence  ;  je  ne 
lui  demande  un  signe  de  vie  que  deux  fois  par  mois. 
Je  suis,  avec  un  très  profond  respect, 

Madame, 

de  votre  Altesse  Sérénissime, 
le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

Grimm. 

A  Paris,  le  3o  novembre  1765. 

Je  supplie  instamment  son  Altesse  Sérénissime  d'ordonner 
au  bon  apôtre  de  me  mander  si  ma  feuille  signée  N*  19  est 
arrivée  comme  les  autres.  J'ai  des  raisons  pour  désirer  de  sa- 
voh-  ce  fait. 

TOME  V.  '  .7 


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5o  EEVUE  DES  DOCUMOrTS  HISTOtIQCES 

XV 

LETTU  DU   25    DÉCEMBltE    IjÔS 

tLOam  DK  M.  BSIfTINCX.  —  MORT  DU  DAUFRIN  :  SSS  DOOflÈltKS  PABOLES 
A  SON  FILS  LE  DUC  DC  BDUU.  —  ARRlvis  DK  J.-J.  ROUSSEAU  A  FARIS 
d'où  il  doit  repartir  bientôt  pour  l'aNCLETERRE  AVEC  HUME.  ^ 
JUGEMENT  SUR  CE  DERNIER  iCRIVAIN,  AUQUEL  LES  AKGLAiS  PRÉFntEKT 
WALPOLS  ET  ROBSRTSON. 

Madame, 

J'ai  été  honoré  en  huit  jours  de  deux  lettres  de  la  Souve- 
raine que  j*adore.  La  première  m'a  été  apportée  par  milord  et 
M.  Bentink  ;  sa  date  m'a  rappelé  une  époque  où  j'ai  eu  rhon- 
neur  de  faire  ma  cour  à  votre  Altesse  Sérénissime.  Il  y  a  trob 
ans  de  cela  ;  je  n'oublierai  de  ma  vie  un  bonheur  qui  a  passé 
comme  un  songe.  J'ai  trouvé  M.  Bentink  fort  aimable  ;  il  ma 
parlé  avec  tant  d'intérêt  de  votre  Altesse,  il  m'a  paru  avoir  si 
bien  senti  le  prix  du  séjour  de  Gotha,  il  en  a  parlé  si  bien  et 
si  sainement  que  cela  aurait  suffi  pour  faire  sa  fortune  dans 
mon  esprit  ;  mais  tous  ceux  à  qui  je  l'ai  fait  connaître  ont 
rendu  justice  à  son  mérite  et  sont  convenus  que  c'est  un  des 
plus  aimables  anglais  que  nous  ayons  possédés  en  ce  i>ays-ci. 
Je  ne  doute  point  qu'il  ne  s'y  plaise  en  peu  de  temps,  et  je 
m'estimerai  bien  heureux  si  je  puis  contribuer  à  l'agrément 
de  son  séjour  par  moi  et  par  mes  amis.  La  mort  de  Mon- 
sieur le  Dauphin  (i)  a  ramené  tout  le  monde  à  Paris  et  à  Ver- 
sailles ;  l'hiver  ne  sera  pas  bruyant  ni  dansant,  mais  la  société 
n'en  sera  peut-être  que  plus  agréable  pour  les  gens  rai- 
sonables.  Ce  Prince  est  mort  avec  une  grande  fermeté  et  une 
grande  tranquillité  d'âme.  On  fait  courir  dans  le  public  une 
exhortation  qu'il  a  faite  avant  de  mourir  à  M.  le  duc  de 

0)  Louis,  fils  dt  Louis  XV,  né  à  VereaiUet  le  4  septembre  1729,  mort  à  Foataiiieble» 
le  20  décembre  1763. 


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GRIMM   ET  LA  COUR   DE   SAXE-GOTHA  5l 

Berry  (i)  que  le  Roi  vient  de  nommer  Dauphin  de  France.  II 
faut  que  je  transcrive  cette  exhortation  pour  votre  Altesse. 

«  Mon  fils,  je  vais  payer  le  tribut  à  l'humanité.  Je  ne  sais 
si  le  Ciel  vous  réserve  de  longs  jours.  Vous  devez  faire  des 
vœux  pour  la  conservation  de  ceux  du  Roi  ;  mais  si  la  dis- 
tance d'âge,  qui  est  entre  lui  et  vous,  vous  met  à  la  portée  de 
lui  succéder  un  jour,  souvenez-vous  et  n'oubliez  jamais  qu'il 
n'y  a  de  différence  entre  vous  et  vos  sujets  que  l'avantage  que 
la  Providence  vous  donne  de  contribuer  à  leur  bien  et  de  vous 
occuper  sans  cesse  de  leur  bonheur.  » 

Voilà  des  principes,  Madame,  qu'on  inculque  aux  Princes 
de  la  maison  de  Gotha  depuis  qu'ils  respirent  et  qu'ils  voient 
pratiquer  sous  leurs  yeux  ;  ainsi  ils  n'auront  pas  besoin  de  la 
leçon  du  Prince  que  la  France  vient  de  perdre. 

Le  paquet  de  Madame  la  Princesse  venait  de  partir  à 
l'adresse  de  votre  Altesse  Sérénissime,  lorsque  j'ai  reçu  la 
lettre  dont  votre  Ahesse  m'a  honoré  le  1 2  de  ce  mois.  Il  ne 
m'a  donc  pas  été  possible  d'y  ajouter  une  Gertrude,  et 
S.  A.  S.  n'y  trouvera  qu'une  considération  avec  la  tête  frisée. 
Je  fais  des  vœux  pour  que  cette  précieuse  tête  arrive  à  bon 
port  et  remplisse  parfaitement  les  vues  de  S.  A.  S.  et  qu'elle 
me  procure  l'honneur  d'exécuter  les  ordres  de  Madame  la 
Princesse,  à  laquelle  je  supplie  votre  Altesse  de  me  permettre 
de  présenter  mon  profond  respect  avec  l'instruction  ci-jointe 
que  j'ai  tâché  de  commenter  et  d'expliquer  et  par  conséquent 
d'embrouiller  peut-être  davantage,  comme  c'est  le  sort  des 
commentateurs. 

M.  Rousseau  est  arrivé  ici  le  17  en  habit  arménien;  la 
Cour  lui  a  accordé  un  passe-port  pour  se  rendre  en  Angle- 
terre, et  le  Parlement  ne  cherchera  pas  à  faire  exécuter  le  dé- 
cret de  prise  de  corps  pendant  le  peu  de  temps  qu'il  sera  ici. 
Il  partira  dans  les  premiers  jours  du  mois  prochain  avec 
M.  Hume.  Je  doute  qu'il  soit  heureux  en  Angleterre.  Il  a 

0  Depuis  roi  sous  le  nom  de  Louis  XVI. 


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53  REVUE  DIS  DOCtTMENTS  HISTOIUQDSS 

toute  sa  vie  touraé  le  dos  au  bonheur.  Je  ne  le  blâme  pas  de 
n'avoir  pas  été  à  Berlin  ;  il  n  y  aurait  pas  été  bien  ;  mais  je  k 
plains  de  n'avoir  pas  été  à  Gotha  ;  peut-être  aurait-U  senti  k 
bonheur  d'y  vivre,  et  qu'il  se  serait  enfin  écrié  :  portmm  «- 
vent  !  Je  reconnais  Tâme  de  ma  Souveraine  dans  les  offres 
généreuses  qu'elle  lui  a  faites.  Que  je  le  plains  de  n'en  avoir 
pas  profité  !  Je  parierais  ma  tête  qu'il  ne  sera  pas  heur»ix  m 
Angleterre. 

M.  Hume  s'est  chargé  de  l'y  conduire,  et  puis  il  nous  re- 
viendra le  printemps  prochain  pour  vivre  ici  en  particolier, 
après  avoir  été  attaché  à  Tambassade.  Je  crois  qu^il  passera  la 
plus  grande  partie  de  sa  vie  en  France  où  il  a  reçu  l'accueil  k 
plus  distingué.  C'est  un  bien  bon  et  digne  homme.  Sa  con- 
versation n'est  pas  brillante  ni  fort  légère,  il  ne  cause  pas 
beaucoup  de  suite,  mais  il  dit  son  mot  et  l'on  voit  qu'il 
entend  avec  finesse.  Il  a  d'ailleurs  de  la  sérénité.  Le  com- 
merce des  femmes  lui  a  été  plus  agréable  que  celai  des 
hommes  ;  mais  aussi  toutes  les  jolies  femmes  se  le  sont  arra- 
ché ici,  et  en  vérité  c'est  une  chose  incompréhensible,  ci 
qu'on  n'aurait  jamais  pu  prévoir.  I^es  Anglais  m'ont  souvent 
paru 'étonnés  de  cette  fantaisie  ;  on  a  voulu  faire  voir  sans 
doute  que  ce  n'est  plus  à  la  philosophie,  mais  aux  philo- 
sophes français  qu'on  en  veut,  car  on  ne  peut  pas  dire  que 
M.  Hume  ait  écrit  moins  librement  qu'eux.  Quant  aux  An- 
glais, ils  se  fâchent  quand  nous  leur  disons  que  M.  Hume  est 
un  des  premiers  hommes  de  leur  nation,  premièrement 
parce  qu'il  est  écossais,  et  puis  ils  prétendent  qu'ils  ont  beau- 
coup mieux  que  cela.  Ils  font  par  exemple  grand  cas  d'un 
M.  Walpole,  fils  du  célèbre  ministre,  que  nous  possédons 
ici,  mais  qui  est  presque  toujours  tourmenté  par  la  goutte,  et 
par  conséquent  peu  répandu.  Ils  disent  encore  que  M.  Hume 
écrit  mal  et  platement,  et  que  son  compatriote  Robertson  a 
bien  un  autre  stile. 

Je  supplie  votre  Altesse  Sérénissime  de  croire  que  je  n'ai 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAZE-OOTHA  53 

pas  attendu  ce  moment  pour  chercher  à  avoir  ces  lettres  sur 
les  miracles  (i)  et  à  en  faire  hommage  à  votre  Altesse.  J'y 
réussirai  peut-être  avec  le  temps.  Les  occasions  sont  difficiles 
et  rares.  Lorsqu'on  tente  de  feire  venir  ces  brochures  par  la 
poste,  le  paquet  est  souvent  arrêté  et  supprimé,  et  les  bonnes 
gens  ont  perdu  beaucoup  de  chiffons  de  cette  manière  qui  au- 
raient pu  leur  servir  à  faire  leur  cour  à  votre  Altesse  et  à 
prouver  leur  zèle  ;  mais  ce  zèle  ne  se  ralentira  que  lorsqu'ils 
auront  réussi. 

Que  j'aime  les  détails,  Madame,  que  vous  daignez  me  don- 
ner de  la  vie  du  saint  et  grand  apôtre  de  votre  Altesse.  Je  lui 
pardonne  son  silence  puisque  son  temps  est  si  bien  employé. 
Sous  les  yeux  de  votre  Altesse  il  est  impossible  de  respirer 
sans  se  sentir  gagné  par  cette  douce  activité  qui  porte  le  bon- 
heur et  le  bien-être  dans  l'âme  des  autres.  Que  j'envie  les  oc- 
cupations du  saint  homme. 

M.  Bentink  m'a  parfaitement  rassuré  sur  la  santé  de  votre 
Altesse;  je  supplie  donc  le  sage  Esculape  de  Gotha  de  ne  pas 
détruire  ma  tranquillité.  Je  m'en  suis  rapporté  au  récit  de 
M.  Bentink  avec  d'autant  plus  de  sécurité  qu'il  ignore  sans 
doute  à  quel  point  ce  récit  était  intéressant  pour  moi,  et  qu'il 
ne  m'aurait  pas  caché  les  fâcheux  détails  ;  heureusement  il 
ne  m'en  a  dit  que  de  satisfaisants. 

Je  renouvelle  mes  vœux  pour  votre  Altesse  Sérénissime 
à  la  fin  de  cette  année,  et  je  porte  les  honmiages  de  mon  pro- 
fond respect  à  vos  pieds  avec  cette  foule  de  sujets  qui  vous 
adore  et  qui  ne  connaît  de  bonheur  ni  de  joie  qu'autant  que  le 
ciel  nous  accorde  la  conservation  des  jours  précieux  de  votre 
Altesse.  C'est  donc  proprement  faire  des  vœux  pour  nous 
lorsque  nous  en  faisons  pour  votre  conservation.  Daignez, 
Madame,  y  concourir  par  les  soins  les  plus  assidus.  Daignez 

(i)  n  8*agit  des  lettres  de  Voltaire  publiées  d'abord  séparémeot  puis  collectivement 
jNeachitel,  1765,  in-8)  et  réimprimées  dans  les  diverses  éditions  de  ses  œuvres  sous  le 
titre  de  Questions  sur  tes  mirdeUs. 


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54  WEVim  DES  DOCUMENTS  HISTOUQCES 

conserver  aux  souverains  un  modèle  à  suivre,  et  au  genre 
humain  la  consolation  de  voir  un  coin  de  la  terre  où  1»  sou- 
verains r^ardent  leurs  sujets  comme  leurs  enfants  et  vivent 
avec  eux  dans  cette  douce  et  sainte  union.  Puisse  ina  faible 
voix  se  faire  entendre  au  milieu  des  bénédictions  que  toutes 
les  bouches  prononcent  ;  puisse-t-elle  percer  jusqu'à  Tânic  de 
la  Souveraine  que  j'adorerai  toute  ma  vie  et  à  laquelle  je  ne 
penserai  jamais  sans  la  plus  tendre  émotion,  sans  le  plus 
doux  frémissement. 

Je  supplie  votre  Altesse  de  me  conserver  ses  bontés  et 
d'agréer  le  profond  respea  avec  lequel  je  suis, 

Madame 

de  votre  Altesse  Sérénissime, 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

X  GitIMM. 

A  Paris  le  25  décembre  1765. 


XVI 

LETTRE   DU    20  JANVIER    I766 

ENVOI  DB  LA  DISPUTE  SUR  LES  MIRACLES.  —  UVRB  SDR  LA  OOIFFURE  AVEC 
VINGT-HUIT  ESTAMPES.  ^  TRONCHIN  EST  NOMMÉ  PREMIER  MiDECIN  DU 
DUC   D'ORLiANS. 

Madame, 

J'ai  enfin  attrappé  un  exemplaire  de  la  dispute  sur  les  mi- 
racles. J'ai  l'honneur  d'en  envoyer  ici  le  commencement  à 
votre  Altesse  Sérénissime  sous  cachet  volant  à  l'adresse  du 
Roi  de  Prusse.  Je  pense  que  ce  monarque  ne  sera  pas  fâché 
de  s'édifier  par  cette  lecture  si  vous  daignez,  Madame,  lui  en 
faire  part  ;  mais  cela  dépendra  absolument  de  votre  Altesse 
et  de  son  bon  plaisir.  Si  vous  aimez  mieux  garder  ces  feuilles, 
il  me  sufl&ra.  Madame,  d'en  être  informé;  alors  le  premier 


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GRIMM  ET  LA   COUR  DE  SAXE-GOTHA  55 

exemplaire  sera  pour  le  Roi  de  Prusse  ou  pour  votre  Altesse 
suivant  le  sort  qu'aura  eu  celui-ci.  Je  suis  bien  fâché  que  ces 
feuillets  soient  si  rares  et  le  patriarche,  qui  rend  ses  hommages 
à  votre  Altesse  au  sujet  de  la  nouvelle  année,  aurait  bien  dû 
ajouter  à  sa  lettre  les  lettres  de  M.  Covelle  et  compagnie. 

Je  ne  m'applaudis  pas  encore  de  mes  succès  auprès  de  Ma- 
dame la  Princesse  ;  il  faut  que  je  sache  auparavant  le  succès 
de  cette  tête  lorsqu'elle  aura  subi  un  rigoureux  examen.  Je 
suis  bien  fâché  de  n'avoir  pas  reçu  un  peu  plus  tard  les  ordres 
de  Madame  la  Princesse.  Il  vient  de  paraître  un  livre  qui 
m'aurait  dispensé  sans  doute  d'envoyer  ma  tête.  Ce  précieux 
livre  intitulé  l'art  de  la  Coeflfure  des  Dames  françaises  contient 
vingt-huit  coeffures  différentes  avec  autant  de  têtes  gravées  et 
enluminées  qui  les  représentent  au  mieux  (i).  On  m'assure 
que  ce  livre  est  très  difficile  à  avoir,  mais  je  ferai  l'impossible 
et  je  le  payerai  au  poids  de  l'or,  pour  le  procurer  à  Madame  la 
Princesse.  L'exemplaire  que  j'ai  vu  est  destiné  par  l'auteur  à 
rimpératrice  de  Russie.  J'y  ai  vu  avec  un  secret  mouvement 
de  vanité  que  ma  tête  frisée  est  représentée  par  la  sixième 
figure  du  livre  et  regardée  par  son   illustre  auteur  comme 
une  des  têtes  les  mieux  coeflFées  et  du  meilleur  goût. 

Les  protégés  de  votre  Altesse  Sérénissime  réussissent  au 
mieux  et  se  trouvent  déjà  répandus  dans  la  meilleure  compa- 
gnie de  Paris.  M.  Bentink  se  rappelle  avec  un  grand  plaisir 
le  séjour  de  Gotha.  Il  prétend  que  s'il  y  était  resté  encore  huit 
jours,  il  se  serait  regardé  comme  attaché  à  votre  Altesse  Sé- 
rénissime depuis  vingt  ans.  Vous  jugez.  Madame,  que  ces  sen- 
timents ne  lui  nuisent  pas  dans  mon  esprit. 

Mon  travail  a  un  peu  souffert  par  mes  indispositions  et  j'en 
suis  un  peu  écrasé  dans  ce  moment.  Je  m'en  remets  à  la  bonté 

(i)  Livre  d'estampes  de  fart  de  la  coeffiire  des  dames  françoi ses  gravées  sur  ^s  aesstns 
originaux  d'après  mes  accomodages  avec  le  traité  en  abrégé  d'entretenir  et  conserver  les 
cheveux  naturels,  par  le  «eur  Legros,  coiffeur  des  dames.  A  Paris,  aux  Quinze- Vingts 
iT^^f'pctit  iQ-4e,  six  plant  et  vingt-huit  t£tes  gravées,  le  tout  non  signé.  Volume  très-rare 
et  très-cher. 


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56  KEVUB  D8S  DOCOMnrrs  histouques 

et  à  rindulgence  de  votre  Altesse,  ei  je  ne  prendrai  que  le 
temps  indispensable  pour  réparercette  brèche.  Souffrez  aussi, 
Madame,  que  je  vous  confie  votre  santé  comme  le  plus  pré- 
cieux de  mes  biens  et  que  je  supplie  votre  Altesse  d'en  prendre 
les  soins  les  plus  suivis.  J'ai  la  ferme  confiance  qu'eUe  se 
raffermira  au  retour  de  la  belle  saison  de  manière  à  ne 
nous  laisser  plus  aucune  inquiétude.  Vous  êtes  faite^  Ma- 
dame, pour  porter  le  calme  et  la  joie  dans  tous  les  cœurs,  et 
non  pas  les  soucis  ni  le  noir  chagrin. 

M.  Tronchin  est  nommé  premier  médecin  de  M.  le  Doc 
d'Orléans.  Il  sera  ici  à  la  fin  du  mois. 

Je  suis  avec  un  très  profond  respea. 

Madame, 

de  votre  Altesse  Sérénissime, 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

Grimm. 
A  Paris  le  20  janvier  1 766. 

Je  viens.  Madame,  de  montrer  le  beau  livre  de  la  Coefiure 
des  Dames  françaises  à  quelques  femmes  de  ma  connaissance. 
Elles  ont  trouvé  toutes  ces  coeffîires  qu'on  y  propose  pour 
modèle  de  très  mauvais  goût  et  d'aucun  usage  ;  elles  pré- 
tendent que  c'est  un  excellent  livre  quand  on  veut  se  coeffer 
comme  les  filles  qui  courent  les  rues.  Elles  ont  voulu  m'arra- 
cher  les  yeux  quand  je  leur  ai  soutenu  que  la  tête  frisée  était 
dans  ce  livre  ;  car  c'est  elles  qui  me  l'ont  fait  friser  et  arran- 
ger, et  elles  prétendent  avoir  le  goût  le  plus  sûr  et  le  plus 
noble.  Je  suis  un  peu  humilié  de  tout  l'étalage  que  j'ai  fait  de 
ce  livre  à  Madame  la  Princesse,  et  je  supplie  votre  Altesse 
Sérénissime  de  m'accorder  l'indulgence  nécessaire  pour  que 
la  confusion  que  j'éprouve  ne  tourne  pas  à  mon  entière  ruine 
dans  l'esprit  de  Madame  la  Princesse.  J'enverrai  cependant 
ce  mauvais  livre  si  elle  me  l'ordonne. 


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GRIMM  ET   LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  5  7 

XVII 

LETTRE   DE  JANVIER    I766 
ENVOI   DES   DIX  VOLUMES  DE  V EtlCyclopédie .  —  DÉPART  DE  J.-J.  ROUSSEAU 
AVEC    HUME    POUR    l' ANGLETERRE.    —     ON    DÉSAVOUE    LE    DISCOURS    DU 
DAUPHIN   A  SON   FILS.   —    ACHAT  DE  LA   BIBLIOTHÈQUE   DE   DIDEROT  PAR 
l'impératrice  de  RUSSIE. 

Madame, 
A  Pinstant  où  je  fermé  ce  paquet,  je  reçois  la  lettre  dont 
votre  Altesse  Sérénissime  m'a  honoré  le  lo  de  ce  mois.  La 
lettre  de  crédit  de  mille  livres  établie  chez  Messieurs  Fourton 
et  Baur  l'a  précédée  de  plusieurs  jours.  J'ai  mille  grâces  à  ren- 
dre à  votre  Altesse  de  cet  arrangement  qui  me  sei'a  très  com- 
mode, et  dont  je  vais  user  dès  à  présent.  Les  deux  notes  ci- 
jointes  montent  ensemble  à  387  1.  6  s.  que  j'irai  toucher  un 
de  ces  jours  chez  Messieurs  Fourton  et  Baur  sur  ma  lettre  de 
crédit,  au  moyen  de  quoi  les  articles  dans  ces  deux  notes  se 
trouveront  liquidés. 

Votre  Altesse  verra  qu'un  de  ces  articles  sont  les  dix  vo- 
lumes de  VEncydopédie  absolument  achevée  qui  viennent 
de  partir  à  l'adresse  ordinaire.  Il  ne  se  trouve  pas  encore  un 
seul  exemplaire  de  ces  dix  volumes  dans  le  public  de  Paris. 
Je  n'ai  même  pu  voir  celui  qu'on  a  expédié  à  votre  Altesse 
Sérénîssime  ;  on  m'a  simplement  promis  qu'il  serait  exact  et 
complet.  Ainsi  votre  Altesse  en  jouira  vraisemblablement 
longtemps  avant  qu'il  soit  connu  à  Paris;  et  comme  on  ne 
peut  prévoir  ce  qui  peut  être  ordonné  à  l'égard  de  ce  livre  en 
France,  je  me  suis  dépêché  de  le  faire  expédier  à  votre  Altesse 
dès  que  j'ai  sçu  qu'il  y  avait  possibilité.  Il  me  reste  encore 
deux  souscriptions  de  Gotha  pour  le  même  ouvrage  entre  les 
mains,  sur  lesquels  je  vais  prendre  les  ordres  du  grand  et  bon 
apôtre  à  la  maladie  duquel  je  prends  le  plus  vif  et  le  plus  ten- 
dre intérêt 

J'ai  aussi  été  indisposé  à  deux  reprises  différentes,  assez 
pour  être  obligé  de  discontinuer  mes  occupations  ;  et  je  n'ai 
TOME  V.  8 


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58  uvuc  DB  Docmcnrrs  msnNtiQiiss 

cependant  jamais  moins  eu  le  temps  d'être  mabde  que  m 
hiver.  J'ose  me  flatter,  Madame,  et  ]t  prends  la  plus  ferae 
confiance,  que  comme  notre  gloire  et  notre  ambition  coosisteir 
à  imiter  de  loin  vos  vertus,  votre  Altesse  voudra  bien  usa 
nous  donner  Texemple  d'une  santé  affermie  et  inaltér&bk. 
C'est  le  but  de  tous  nos  vœux,  ce  d<Ht  être  celui  de  tous  vos 
soins.  Vous  ne  pouvez  ignorer.  Madame,  à  quel  point  voi 
jours  sont  précieux,  et  le  plus  grand  de  tous  vos  bienfés 
envers  nous  est  celui  de  travailler  i  leur  conservati<Hi. 

Je  plains  M.  Rousseau  de  n'avoir  pas  connu  le  bonheurqm 
l'attendait  à  Gotha.  Tous  ceux  qui  connaissent  TAngletent 
prétendent  qu'il  n*y  sera  point  heureux,  parce  que  dans  une 
nation  toujours  occupée  de  ses  afhires  et  de  sa  législatioa,  k 
métier  de  faiseur  de  livres  surtout  en  langue  étrangère  n  est  pas 
aussi  brillant  qu'en  France  où  tout  ce  qui  occupe  et  chtnse 
l'oisiveté  générale  est  reçu  avec  transpon.  D'ailleurs  on  n'est 
pas  à  Londres  au  courant  de  Paris  comme  en  Allemagne  et 
en  Suisse,  et  c'est  une  grande  privation  pour  ceux  qui  oc 
vivent  que  de  fumée  et  de  gloire.  Quoiqu'il  en  soit.  M-  Roosr 
seau  a  pris  la  route  de  Londres  le  4  de  ce  mois  ;  ses  procec* 
teurs  qui  avaient  accordé  le  passeport  n'ont  pas  été  cooteos 
du  bruit  qu'a  fait  son  séjour  ici.  On  lui  a  reproché  l'indiscré- 
tion de  s'être  promené  tous  les  jours  à  une  certaine  heure  sar 
le  boulevard  en  habit  arménien  et  d'avoir  eu  Tair  de  braver 
le  décret  de  prise  de  corps  ;  aussi  lui  a-t-on  fait  dire  de  partir, 
sans  quoi  il  serait  arrêté.  Je  conviens  qu'il  n'aurait  pas  vu  laot 
de  monde  à  Gotha  qu'à  Paris  ;  mais  aussi  il  n'aurait  pas  été 
exposé  à  ces  désagrémens. 

La  Galette  de  France  a  publiquement  désavoué  le  discours 
de  M.  le  Dauphin  à  son  fils  qui  a  passé  pour  authentique 
pendant  quelques  jours.  Elle  lui  en  a  substitué  un  autre  qui  ne 
vaut  pas  celui  que  j'ai  eu  l'honneur  d'envoyer  à  votre  Altesse. 

La  négociation  du  père  de  L.  est  absolument  tombée  (i)' 

(I)  Alliuioo  doQt  te  Mot  m'éduppt. 


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GUMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  69 

Il  me  semble  que  son  ami  à  qui  il  a  rendu  visite  l'année  der- 
nière, a  changé  du  blanc  au  noir  dans  le  courant  de  cette  né- 
gociation et  ne  s'est  plus  absolument  soucié  de  la  terminer. 
Si  votre  Altesse  pouvait  lui  faire  entendre  raison  sans  se 
compromettre  et  sans  compromettre  ceux  en  faveur  desquels 
elle  daignerait  faire  cette  démarche,  je  peûse  que  nous  en 
serions  fort  aise  ;  mais  nous  sommes  fiers,  et  après  nous  être 
prêtés  à  tout  avec  beaucoup  d'ehvie  de  finir,  et  avoir  été  re-» 
jettes,  nous  ne  voulons  plus  faire  aucune  démarche,  et  nous 
avons  raison. 

Votre  Altesse  Sérénissime  me  parle  de  l'argent  de  mes  dé- 
comptes ;  il  y  a  déjà  près  d'un  mois  que  je  ne  l'ai  touché.  Si 
votre  Altesse  juge  à  propos  de  me  faire  établir  un  crédit,  je 
voudrais  bien  que  ce  fut  par  le  canal  de  Messieurs  d'Olen- 
schlagerde  Francfort  auprès  de  Messieurs  Fourton  et  Baur 
ici.  M.  Baur  est  de  mes  amis^  et  nous  arrangeons  nos  petites 
affaires  sans  embarras  et  sans  perte  de  temps  pour  moi  Je  ne 
me  servirai  de  ce  crédit  que  dans  le  cas  des  commissions  et  pour 
n'être  point  obligé  de  tenir  note  des  déboursés.  Parmi  ces 
commissions,  je  ne  compte  pas  celles  de  diamans  qui  seraient 
trop  considérables  et  pour  lesquelles  votre  Altesse  est  en 
usage  de  faire  payer  M.  Bretet  directement  après  l'arrivée 
des  pièces. 

Je  viens  de  recevoir  une  lettre  de  Russie  qui  me  fait  un  sen- 
sible plaisir.  J'en  aurai  encore  un  très  grand  d'en  parler  à 
votre  Altesse  Sérénissime  en  fermant  cette  lettre  et  avant  d'en 
avoir  parlé  à  qui  que  ce  soit.  L'Impératrice  a  reçu  mon  tra- 
vail jusqu'à  présent  avec  beaucoup  de  bonté.  Mon  ami  Diderot 
était  dans  le  cas  de  vendre  sa  bibliothèque  ;  l'éducation  de  sa 
fiUe  rendait  ce  sacrifice  nécessaire.  Il  m'a  passé  par  la  tête  de 
l'offrir  à  l'Impératrice  de  Russie.  Sa  Majesté  Impériale  me 
fait  répondre  qu'elle  l'accepte  au  prix  de  quinze  mille  livres 
que  j'avais  fixé  et  à  la  condition  que  M.  Diderot  la  garde  jusqu'à 
ce  que  sa  Majesté  en  ordonne  autrement.  Elle  ajoute  aussi 


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6o  tEVUE  DCS  DOCUMEKTS  inSTt>HQnES 

tous  les  ans  mille  livres  qui  doivent  être  employées  à  Fiog- 
mentation  de  la  bibliothèque  ;  il  est  clair  que  cette  biUio- 
thèque  restera  toute  sa  vie  i  la  disposition  de  mon  m 
Diderot.  J'en  tremble  de  joie  et  je  ne  scais  trop  ce  que  jam 
Je  vais  avoir  le  plaisir  de  lui  annoncer  quand  j'aurai  ferme 
ce  paquet.  Cen  est  un  des  plus  sensibles  que  je  pouvais  rea- 
voir. J'aurai  Tbonneur  d'envoyer  à  votre  Altesse  la  Icttrt 
que  rimpératrice  m'a  fait  écrire  i  ce  sujet.  On  ne  sanrtit 
donner  à  un  bienûût  une  tournure  plus  agréable. 

Les  dernières  lettres  de  Suisse  disent  que  tout  est  rac- 
commodé à  Neufchâtel  et  que  J.  J.  Rousseau  y  poam 
rester. 

XVIII 

LETTRE  DU   24   rÉVRISt    I766 

EKTOt   DB  DKUX   EXCUPUOlUn  DB  CtMCYCLOt^tMOK. 
MODBS  USrrÉES  ▲   LA  COUR  DB  FRJLRCB. 

Madame, 

J'ai  été  honoré  de  deux  lettres  de  votre  Altesse  Sérénissimc 
à  peu  de  jours  de  distance,  et  en  conséquence  des  ordres 
qu'elles  m'ont  apj>ortés  j'ai  fait  expédier  sur  le  champ  te 
deux  exemplaires  de  V Encyclopédie,  et  me  suis  fait  rembour- 
ser de  mes  frais  sur  ma  lettre  de  crédit,  suivant  la  note  que  je 
joins  i  cette  lettre. 

Je  suis  bien  touché  de  tout  ce  que  votre  Altesse  a  la  bonté 
de  me  dire  de  la  part  de  Madame  la  Princesse.  J'ai  d'abord 
l'honneur  de  la  satisfaire  sur  l'article  important  des  barbes 
par  le  mémoire  ci-joint.  Quant  aux  paniers,  la  Reine,  Ma- 
dame la  Dauphine  et  Mesdames  de  France  n'ont  pas  voulu 
s'en  défaire  ;  ainsi  ils  ont  conservé  leur  empire  à  la  cour; 
mais  à  Paris  on  n'en  porte  plus  guères  qu'un  jour  de  grande 
cérémonie,  comme  la  mariée  ferait  le  jour  de  son  mariage, 
mais  toutes  les  autres  assistantes  à  la  cérémonie  ne  seront 
qu'en  considération.  Sur  les  théâtres  on  ne  voit  plus  de  pa- 


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GRIMM   ET  LA  COUR  DE  SAXE-OOTHA  6l 

nicrs  dans  la  tragédie  et  fort  rarement  dans  la  comédie.  Mais 
ce  qui  les  a  ruinés  de  fond  en  comble,  c^est  qu'il  n'était  pas 
honnête  autrefois  de  faire  une  visite  sans  panier,  et  qu'on  ne* 
pouvait  aller  que  chez  ses  plus  intimes  amies  sans  ce  vêtement 
ample  et  roide,  et  qu'aujourd'hui  on  peut  aller  partout  et 
même  chez  les  Princesses  très  honnêtement,  non-seulement 
en  considération ,  mais  sans  aucun  panier  et  sans  considé- 
ration. 

Je  suis  bien  humilié  de  m'être  tant  pressé  d'annoncer  l'ou- 
vrage de  M.  Le  Gros.  Toutes  nos  dames  m'ont  démontré 
clair  comme  le  jour  que  les  coëfifures  de  ce  grand  homme  sont 
d'un  goût  détestable  et  absolument  contraire  à  la  manière 
de  se  coëffer  des  dames  de  Paris.  Si  malgré  cet  humiliant 
aveu.  Madame  la  Princesse  désire  d'avoir  ce  livre,  j'aurai 
rhonneur  de  le  lui  envoyer  ;  mais  j'attends  à  ce  sujet  de  nou- 
veaux ordres  de  votre  Altesse  Serénissime. 

Nous  possédons  ici  M.  le  comte  de  Werthern  depuis 
quelques  semaines.  Vous  mettez,  Madame,  le  comble  à  vos 
bontés  en  me  donnant  des  nouvelles  de  Madame  la  Grande 
Maîtresse  et  en  me  promettant  d'avoir  les  soins  les  plus  suivis 
d'une  santé,  l'objet  de  tous  mes  vœux  et  le  but  de  tous  ceux 
que  vos  sujets  adressent  au  ciel.  J'ai  la  plus  ferme  confiance 
que  cette  santé  qui  nous  est  si  précieuse  se  raffermira  de 
plus  en  plus,  et  que  mes  yeux  se  fermeront  avant  de  voir  un 
Etat  heureux  et  sagement  gouverné  redemander  au  ciel 
dans  les  pleurs  et  dans  le  deuil  ce  qu'il  ne  pourra  -jamais 
lui  rendre. 

Votre  Altesse  doit  a^oir  reçu  la  correspondance  sur  les 
miracles  jusqira  là  douzième  lettre  inclusivement.  Puisque 
vous  en,  faites,  Madame,  le  sacrifice  au  grand  Frédéric,  il 
doit  une  chandelle  à  votre  Altesse  pour  avoir  travaillé  à  son 
édification,^'autant  que  je  ne  serai  pas  en  état  peut-être  de 
remplacer  ces  lettres,  car  elles  sont  excessivement  rares  et  on 
tf  en  a  tiré  qu'un  très  petit  nombre.  Mais  si  votre  Altesse  mé 


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6%  BEVUE  DES  DOCtaONTS  HBTOEiQIIES 

l^ordonne,  j€  les  ferai  copier  i  Im  nuin.  Je  sais  vraimem  bia 

fiché  que  la  négociation  en  soit  restée  li  et  qull  n^y  ait  pas 

même  d'apparence  i  la  voir  renooée. 

Je  supplie  votre  Altesse  d^agréer  le  profond  respect  et  Tat- 

ucbement  inaltérable  avec  lesquels  je  serai  toute  nu  vie. 

Madame, 

de  votre  Altesse  Sérénissime, 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteui, 

Grimm. 
A  Paris,  le  14  février  1 766. 

XIX 

LETTtE  DU    17  JUILLET    I766 
itictstiTi  d'apprendiue  l'anolais.  —  stnHEiuoRrri  ds  L'rrAuxif  fouk 

LA    MUSIQUE.    •*    KÂPHmrS   DC    QaiMJI    ATtC    LS    PRINCB    HÉMÉJKTÂmM 
DE    SRUNSWICS. 

Au  duc  héritier. 
Monseigneur, 

J'espérais  de  jour  en  jour  pouvoir  annoncer  à  votre  Altesse 
Sérénissime  le  départ  du  fameux  cachet;  mais  c'est  une  race 
insupportable  que  celle  des  artistes.  Ce  sont  des  gens  sans  fai 
ni  loi  ;  on  ne  peut  jamais  compter  sur  ce  qu  ils  disent.  Je  me 
flatte  du  moins  que  le  mien,  pour  m'avoir  fait  damner  dqiuis 
un  mois,  exécutera  les  ordres  de  votre  Altesse  supâieu- 
rement.  C'est  un  homme  fort  employé  et  qui  passe  pour 
avoir  beaucoup  de  goût  et  de  talent.  Des  artistes,  plus  célèbres 
que  lui,  le  font  travailler,  et  vendent  ensuite  sur  leur  propre 
nom  fort  cher  les  ouvrages  qu'ils  lui  ont  fait  faire.  Il  m'a 
demandé  quinze  louis  ;  mais  j'espère  avec  douze  me  tirer  de 
ses  pattes. 

Voilà  un  beau  projet.  Monseigneur,  que  celui  d'étudio' 
l'anglais ,  et  si  la  ferveur  abandonnait  tous  ceux  qui  l'ont 
formé,  je  suis  persuadé  que  votre  Altesse  ne  l'abandonnerait 
pas.  Je  voudrais  bien  aussi  avoir  le  temps  d'étudier  un  peu 


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GRIICM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  63 

davantage  cette  langue  ;  mais  il  faudrait  êû*e  plus  libre,  et 
vraisemblablement  je  mourrai  avant  d'avoir  exécuté  aucun 
des  cinquante  cinq  projets  favoris  que  j'ai  formés.  Quant  à  la 
musique,  je  crois  bien  qu'un  homme  habile  rendra  l'anglais,  le 
français,  l'allemand  chanteurs  ;  mais  jamais  ces  langues  n'au- 
ront Tavantage  de  l'italien.  C'est  la  langue  d'Apollon,  auprès 
de  laquelle  toutes  les  autres  ne  sont  qu'un  jargon  lourd  et 
barbare.  Je  suis  persuadé  que  lorsque  les  belles  anglaises 
repasseront  à  Gotha  pour  s'en  retourner  du  Carlsbad  à  Lon- 
dres^ votre  Altesse  sera  en  état  de  les  saluer  en  anglais  et 
d'entendre  ce  que  la  jeune  chantera. 

Nous  n'avons  plus  de  Prince  héréditaire  à  fêter.  Ainsi  ce 
serait  à  votre  tour,  Monseigneur.  Celui  de  Brunswic  nous  a 
fait  espérer  de  le  revoir  au  mois  de  décembre  à  son  retour 
d'Italie  ;  mais  ce  sera  pour  peu  de  temps.  Votre  Altesse  a 
donné  à  toutes  les  Princesses  héréditaires  l'exemple  de  me 
combler  de  bonté.  Tout  ce  qui  porte  cette  épithète  m'est  fa- 
vorable. Le  Prince  héréditaire  de  Brunswic  nommément  a 
bien  suivi  l'exemple  de  votre  Altesse.  J'ai  eu  le  bonheur  de 
le  voir  souvent.  Tout  son  séjour  n'a  été  à  la  vérité  qu'un  en- 
chaînement de  fêtes  et  de  repas  ;  mais  enfin  il  s'est  trouvé 
quelques  jours  de  repos  que  ce  Prince  a  eu  la  bonté  de  me 
donner.  Ces  jours  là  j'avais  l'honneur  de  diner  à  son  petit 
couvert  et  l'occasion  de  le  mieux  connaître  que  si  je  Tavaîs  vu 
deux  mois  de  suite  dans  le  tourbillon  du  monde  et  des  fêtes. 
Je  ne  pense  pas  sans  la  plus  vive  satisfaaion  au  soin  que 
prennent  nos  Princes  en  Allemagne  depuis  quelque  temps  de 
s'instruire  et  de  cultiver  leur  esprit.  Il  en  résultera  à  la  longue 
de  grands  avantages  pour  eux  et  pour  leurs  sujets,  et  le  siè- 
cle de  l'Allemagne  en  deviendra  d'autant  plus  brillant  qu'on 
prend  plus  de  précaution  dans  d'autres  pays  à  arrêter  les 
progrès  de  la  raison. 

Vous  me  permettez.  Monseigneur,  de  prendre  toujours  le 
plus  tendre  intérêt  à  tout  ce  qui  regarde  votre  gloire  et  de 


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64  REVUE  DIS  DOCUMBIfTS  HISTOMQOES 

faire  les  vœux  les  plus  ardeiis  pour  le  boabettr  de  votre  Al- 
tesse Sérénissioie. 
Je  suis  avec  un  profond  respea 

Monseigneur 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très  humble  et  très  obâssant  sqvitem 

GUMM. 

A  Paris,  le  17  juillet   1766. 

Votre  Altesse  me  permet  de  présenter  mon  respectueia 
hommage  i  Madame  la  Duchesse.  Taurai  Thonneur  d'écrire 
à  S.  A.  S.  le  premier. 

XX 

LETTltE   DU   28  JOTN    1 767 

MAOVAItS    SANTi    Dl    LA     CRANI>C»  DUCHSSSB.    —    MORT    D*OIf     PltSCK  M 
PRUSSE     rr     DC     L'iMPiRATRICK    d'aLLBMACNK.     —     SON     OPimOH    SOR 

Bélisaire. 

Madame, 
En  fermant  ce  paquet,  je  reçois  la  lettre  dont  votre  Akcs» 
Sérénissime  m*a  honoré  le  20  de  ce  mois,  et  qui  m'afflige 
sensiblement.  Je  vois  que  la  santé  de  la  Souveraine  que  mon 
cœur  adore,  a  été  exposée  i  de  nouvelles  attaques,  et  je  ne  me 
ferai  jamais  à  cette  idée. Que  les  absens  sont  à  plaindre!  Rien 
ne  les  rassure  sur  leurs  inquiétudes  ;  personne  ne  les  partage; 
ils  n'ont  pas  la  douceur  de  les  communiquer  à  ceux  qui  ont 
un  intérêt  commun.  Je  suis  charmé.  Madame,  du  rôle  de  ce 
bon  apôtre  ;  mais  que  j'aurais  été  heureux  de  le  partager 
avec  lui,  et  d'être  assis  au  pied  du  lit  de  votre  Altesse  !  J'es- 
père qu'il  aura  la  charité  de  me  rassurer  incessamment  sur 
rentier  rétablissement  d'une  santé  qui  nous  est  aussi  précieuse 
à  Tun  qu'à  l'autre  ;  c'est  tout  ce  que  je  puis  lui  accorder.  Dans 
cette  lettre  précieuse  que  je  tiens  depuis  un  moment  dans 
mes  mains,  je  lis  un  passage  dont  il  faut  que  je  me  plaigne. 
Vous  dites.  Madame,  que  je  vous  ai  tenu  rigueur  depuis  tant 


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6RIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  65 

de  temps,  et  il  faut  que  j'observe  à  votre  Altesse  que  c'est  à 
moi  qu'on  a  tenu  rigueur  à  Gotha.  Depuis  mon  avant  der- 
nière lettre  jusqu'à  la  dernière  que  votre  Altesse  a  honoré 
d'une  réponse,  il  s'est  écoulé  un  long  espace,  pendant  lequel 
je  n'ai  pas  reçu  le  moindre  signe  de  vie,  je  ne  dis  pas  de  la 
Souveraine  que  j'adore,  car  je  ne  reçois  jamais  ses  marques 
de  bontés  sans  quelque  remords,  mais  ni  de  cet  excellent  apô- 
tre ni  de  qui  que  ce  soit.  Mon  coeur  en  a  souffert ,  et  je  ne 
m'en  suis  pas  vanté.  Enfin  le  bon  apôtre  n'a  rompu  son 
silence  que  pour  me  donner  quelques  inquiétudes  sur  la  santé 
de  votre  Altesse  que  je  ne  vois  que  trop  confirmées  par  la 
lettre  qui  vient  de  m'arriver.  Qu'il  verse  donc  du  baume  sur 
la  blessure  quUl  m'a  faite ,  en  me  confirmant  les  plus  heu- 
reuses  nouvelles  d'une   parfaite    convalescence  1   J'aime  à 
croire  que  le  mauvais  temps  qu'il  n'a  cessé  de  faire  jusqu'à 
ces  jours  derniers  est  la  principale  raison  de  ce  qui  cause  mes 
inquiétudes.  Je  vois  que  le  temps  a  été  aussi  constamment 
froid  à  Gotha  qu'à  Paris  ;  mais  comme  le  chaud  lui  a  enfin 
succédé  je  me  flatte  que  votre  Altesse  en  éprouvera  aussi  les 
plus  heureux  effets.  Je  me  mets  aux  pieds  de  Monseigneur  le 
Duc  et  des  enfants  de  cette  auguste  branche  de  la  maison  de 
Saxe  qui  réside  à  Gotha,  et  aux  pieds  de  cette  femme  unique 
qui  mérite  si  bien  le  nom  d'amie  incomparable,  pour  les  re- 
naercier  de  tous  les  soins  qu'ils  ont  eu  le  bonheur  de  rendre  à 
votre  Altesse  Sérénissime.  Si  l'attachement  le  plus  pur,  le  plus 
tendre,  le  plus  juste  peut  retenir  en  ce  monde,  votre  Altesse  ne 
le  quittera  jamais.  Nous  serions  trop  de  malheureux  ;  cette 
réflexion.  Madame,  doit  vous  attacher  à  la  vie,  et  vous  faire 
redoubler  de  soins  pour  une  santé  si  précieuse  à  tant  de  monde. 
J'ai  été  touché  de  la  mort  du  jeune  Prince  de  Prusse.  J'en 
avais  oui  dire  mille  biens,  et  entre  autres,  que  son  oncle  l'ai- 
mait infiniment.  Voilà  cette  maison  nombreuse  réduite  à  peu 
de  têtes  ;  il  faut  espérer  que  le  Prince  de  Prusse  donnera 
des  Princes  à  l'Etat.  Pour  la  bonne  Impératrice  défunte,  je 

TOME   V.  9 


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66  Rivmc  D»  oocuifiirrs  hisiosiqibs 

pense  bien  conunc  votre  Aliesae.  On  peut  <kmc  mauiir  qad- 
quefoîs  à  propos  pour  soi  et  pour  les  autres.  Si  j'avmis  llmi- 
neur  d'être  le  directeur  de  la  conscience  de  rEmpcreor, 
comme  les  Princesses  catholiques  ne  lui  réussissent  pas,  je 
lui  conseillerais  de  faire  la  conversion  d\me  princesse  pio- 
testante  et  de  Tépouser.  Il  me  semble  qu'il  est  décide  ob 
à  peu  près  dans  notre  sainte  communion  qu'on  peut  aller  à 
la  messe  quand  il  s'agit  de  partager  pour  le  bien  du  nMXMk 
le  fardeau  d'une  couronne  impériale.  Si  j'ai  tort,  je  supplie  k 
bon  apôtre  de  me  redresser. 

Je  suis   toujours  chagrin,  Madame,  quand  mes  idées  ne 
s'accordent  pas  avec  celles  de  votre  Altesse,  d'autant  que  la 
nature  de  mon  travail  ne  me  permet  pas  de  développer  les 
miennes  avec  le  conège  nécessaire  à  leur  soutien.  Ce  que  je 
pense  de  Bélisaire  peut  tenir  à  des  idées  générales   sur  la 
morale  que  je  crois  de  toutes  les  sciences  la  moindre  advancée. 
Si  j'avais  le  bonheur  d'être  mis  aux  pieds  de  votre  Altesse 
dans  ces  momens  délicieux  qu'on  donne  à  une  conversatiofl 
instructive,  je  plaiderais  ma  cause  avec  toute  son  étendue,  et 
je  renoncerais  à  mes  idées  à  cet  égard,  ou  je  les  ferais  agréer 
de  votre  Altesse.  Mais  je  suis  à  deux  cents  lieues  dans  mon 
réduit,  tournant  tristement  mes  yeux  vers  Gotha,  et  obligé 
toujours  de  parler  et  de  juger  de  tout  à  tort  et  à  travers. 

Je  connais  votre  générosité.  Madame,  et  je  suis  sur  que 
votre  Altesse  me  plaint  et  me  pardonne  ;  mais  je  ne  pardonne 
pas  que  la  souveraine  de  mon  cœur  me  dise  qu'elle  gagne 
dans  l'éloignement.  Elle  ne  peut  ni  ne  doit  penser  ainsi.  Ce 
serait  faire  la  satyre  de  tous  ceux  qui  lui  sont  attadiés,  ^  qui 
savent  bien  pourquoi.  Je  mets  i  vos  pieds.  Madame,  rhom- 
mage  du  profond  respect  avec  lequel  je  suis 

de  votre  Altesse  Sérénissime 

le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur  et  profane 

Grimm. 
A  Paris  le  s8  juin  1767. 


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6RIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXfi-QOTHA  67 

Id  s'âiréte  la  corre^xmdanoe  de  Grimm.  Malgré  ses  bavardages  et 
compliments  hyperboliques  elle  présente  un  véritable  intérêt  litté* 
raire,  et  ]t  crois  qu'il  était  utile  de  la  publier. 

I^  mort  de  la  grande-duchesse  ne  diminua  pas  la  faveur  de  Grimm 

k  la  cour  de  Saxe-Gotha.  Grimm  n'adulait  pas  moins  le  fils  que  la 

mère.  Aussi  quand  le  nouveau  duc  voulut  élever  à  la  mémoire  de  sa 

mère  un  monument  digne  d'elle,  il  s'adressa  à  Grimm.  Celui-ci  saisit 

avec  empressement  cette  occasion  de  manifester  de  nouveau  sa  recon- 

aaissaoce  envers  la  grande-duchesse.  Il  choisit  un  sculpteur,  peu  appré- 

.cié  de  ses  compatriotes,  Laurent  Guiard,  et  lui  fit  signer  par-devant 

notaire  un  traité  dont  M.  Maurice  Tourneux  a  également  retrouvé  la 

minute  et  que  je  publie  avec  le  fac-similé  du  dessin  lavé  à  l'encre  de 

Chine  que  Guiard  avait  annexé  à  cette  pièce. 

Gmard  était  né  à  Chaumont-en-Bassigny;  il  achevait  son  apprentis- 
sage de  forgeron  quand  Voltaire  se  rendant  à  Cirey  l'aperçut  occupé  à 
dessiner  un  cheval;  il  fut  frappé  de  son  intelligence  et  de  son  goût  et 
obtint  qu'on  lui  fît  prendre  des  leçons  chez  im  peintre  nommé  Lallier 
qu'il  quitta  bientôt  pour  entrer  chez  un  ornemaniste,  Landsmann, 
élève  de  Bouchardon  aîné.  Il  vint  ensuite  à  Paris  chez  Edme  Bouchar- 
don  qui  développa  ses  talents  sans  se  douter  qu'il  favorisait  l'essor 
d'un  rival.  En  effet,  Guiard,  qui  avait  obtenu  en  1760  le  grand  prix  de 
aculpture,  Uit  chargé  par  Bouchardon  du  modèle  de  la  statue  équestre 
de  Louis  XV,dont  il  avait  reçu  la  commande.  Guiard  réussit  trop  bien. 
Le  roi  vit  par  hasard  ce  modèle  et  se  montra  flatté  de  l'élégance  que 
le  sculpteur  avait  donnée  au  cavalier.  M"®  de  Pompadour  voulait  que 
Guiard  exécutât  seul  ce  qu'il  avait  si  bien  conçu.  Mais  Bouchardon 
l'emporta  et  M.  de  Marigny  obtint  de  Guiard  qu'il  brisât  ce  modèle. 
Nagler  prétend  néanmoins  que  les  débris  en  furent  conservés  et  qu'on 
put  le  reconstituer.  Guiard  partit  pour  Rome;  mais  au  lieu  d'y  rester 
quatre  ans,  il  y  subit  une  sorte  d'exil  et  y  demeura  quatorze  ans  pen- 
dant lesquels  il  fit  pour  le  financier  Bouret  de  nombreuses  copies 
d'après  l'antique.  Après  une  phase  de  découragement  tel,  qu'il  voulut  se 
laisser  mourir  de  faim,  il  rentra  à  Paris  en  1767  et  eut  le  chagrin  de 
voir  repousser  par  l'Académie  une  statue  de  Mars  qu'il  lui  présentait 
pour  sa  réception.  Il  venait  d'être  agréé  par  l'infant  Ferdinand  de 
Parme  et  habitait  encore  Paris  lorsque  Grimm  entra  en  pourparlers 
avec  lui.  Guiard  dut  solliciter  de  la  cour,  à  laquelle  il  était  atta- 
ché, une  autorisation  que  d'Argental,   chargé  d'affaires  du  duc  de 
Panne,  transmit  à  Grimm  dans  les  termes  les  plus  élogieux  pour 
l'artiste. 


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68  REVISE  DES  DOCtTMENTS  HISTOHIQUES 

Voici  cette  lettre  contresignée,  ainsi  que  le  dit  factc  noCarié,  pc 
les  parties  intéressées  : 

Paris,  ce  27  may  1769. 

Le  S' Guiard  est  chargé,  Monsieur,  du  Mausolé  de  la  Du- 
chesse de  Gotha.  Cet  ouvrage  ne  pouvait  être  confié  à  des 
mains  plus  dignes  de  remplir  les  vues  du  Prince  Auguste  qui 
Ta  ordonné;  le  sieur  Guiard  est  vraiment  homme  de  génie-, 
attaché  au  service  de  Plnfant,  il  a  demandé  à  NL  le  Marque 
de  Felino  son  ministre  la  permission  d'employer  à  l'entre- 
prise en  question  des  travaux  qu'il  doit  de  préférence  à  la 
cour,  à  la  quelle  il  s'est  engagé.  Le  respect  de  cette  ccHir  pour 
la  mémoire  d'une  très-grande  princesse,  luy  a  fait  obtenir, 
sans  hésiter,  la  permission  qu'il  a  demandé,  mais  il  a  désiré 
que  je  vous  certiâasse  un  feit  qui  était  par  lui  mône  bien 
vraisemblable  et  j'ai  fait  avec  empressement  l'occasion  de  vous 
renouveller  les  assurances  de  tous  les  sentimens  que  je  vous 
ai  voués  depuis  longtemps,  et  avec  les  quels  j'ai  Thonneur 
d'être.  Monsieur,  votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 

"  D'argental. 
Contrôlé,  le  neuf  mars  1770.  Reçu  treize  sols. 
Ensuite  se  trouve  cette  mention  : 

Certifié  véritable,  signé  et  paraphé  au  désir  de  l'acte  passé 
devant  les  notaires  à  Paris  soussignés,  ce  jourd'huy  neuf  mars 
mil  sept  cent  soixante  six. 

Grimm.  ^  Guiard.  —  Rouen.  —  Le  Pot  d^Auteuil.  - 

Cette  permission  obtenue,  Gnmm  se  fit  donner  par  le  baron  de 
Franckenberg,  ministre  d'Etat  du  duc  de  Saxe-Gotha,  un  pouvoir  ea 
règle  dont  voici  le  texte  : 

Silvius-Frédéric-Louis,  Baron  de  Franckenberg,  ministre 
d'Etat  de  son  Altesse  Sérénissime  Monseigneur  le  Duc  de 


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A>rtét'  i/f'j-  /.WitiitrrtU  Ar.r/ff^^tr^   T  Vf*   f*t/ 


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GRIMM  ET  LA  COUR  DE  SAXE-GOTHA  69 

Saxe-Gotha  et  Altenbourg,  chargé  des  ordres  particuliers  de 
sa  dite  Altesse  Sérénissime  pour  l'objet  ci-dessous. 

Constituons  et  autorisons  par  la   présente   procuration 
M.  Prédéric-Melchior  Grimm, secrétaire  des  commandements 
de  Monseigneur  le  duc  d'Orléans,  demeurant  à  Paris,  rue 
Sainte  Anne,  paroisse  Saint  Roch,  pour  traiter  et  passer  con- 
vention avec  M.  Guiard,  sculpteur  de  sa  majesté  très-chré- 
tienne et  premier  sculpteur  de  S.  A.  R.  l'Infant  Duc  de  Parme, 
concernant  le  monument  funèbre  qu'il  doit  exécuter  et  qui 
doit  être  érigé  à  la  mémoire  de  feu  S.  A.  S.  mad*  la  Du- 
chesse de  Saxe  Gotha  et  Altenbourg,  conformément  au  modèle 
que  ledit  M.  Guiard  a  envoyé  à  la  cour.  En  foi  de  quoi  nous 
avons  signé  la  présente  procuration  de  notre  main,  et  y  avons 
fait  apposer  le  sceau  de  nos  armes. 

Fait  à  Ronnebourg  le  dix  août  mil  sept  cent-soixante-neuf. 

Ensuite  se  trouve  cette  mention  : 

Certifié  véritable,  signé  et  paraphé  au  désir  de  l'aae  passé 
devant  les  notaires  à  Paris,  ce  jourd'huy  neuf  mars  mil  sept 
cent-soixante-dix. 

Signé  :  Grimm,  Rouen  et  Le  Pot  d'auteuil, 

ces  deux  derniers  notaires. 

Le  traité  entre  Grimm  et  Guiard  ne  fut  signé  que  le  9  mars  1770. 
En  voici  le  texte  : 

Pardevant  les  Conseillers  du  Roy,  notaires  au  Châtelet  de 
Paris,  soussignés. 

Fut  présent  M.  Frédéric  Melchior  Grimm,  secrétaire  des 
commandements  de  S.  A.  S-  Monseigneur  le  Duc  d'Orléans 


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70  UTui  DIS  DocuMnrrs  msrotiQoss 

et  nommé  dq>uis  consdller  de  légatkm  de  S.  A.  S.  Mûq» 

gneur  le  duc  de  Saxe  Gotha  et  AJtenboui^  demeorant  à  I^ 
ris,  me  Saint  Anne,  paroisse  Saint-RodL,  an  nom  et  comme 
fondé  de  pouvoir  sous  signature  privée  de  scmi  KxrrnfTKC 
M' Silvius  Frédéric  Louis  Baron  de  Franckenberg,  ministrt 
d'État  de  son  Altesse  Sérénissime  Monseigneur  le  Duc  de  Sas 
Gotha  et  Altenbourg,  chargé  des  ordres  particuliers  de  sai 
A.  S.  pour  Tobjet  cy-après,  ledit  pouvoir  daté  de  Ronebouig. 
le  dix  août  mil  sept  cent-soixante-neuf,  et  contrôlé  i  Paris 
par  I^anglois  ce  jourd'huy,  lequel  est  demeuré  cy-anoexé 
après  avoir  été  du  s'  Grimm  certifié  véritable  signé  et  para- 
phé, en  présence  des  notaires  soussignés. 

Ledit  sieur  Grimm  audit  nom,  d'une  part. 

Et  sieur  Laurent  Guiard,  sculpteur  du  Roi  et  de  S.  A.  R- 
Monseigneur  le  Duc  de  Parme,  demeurant  à  Paris,  rae  de 
Richelieu,  paroisse  Saint  Eustachc  d'autre  part. 

Lesquels  sont  convenus  de  ce  qui  suit,  savoir  : 

Ledit  s'  Guiard,  moiennant  le  prix  ci  après  et  sous  Fasso- 
rance  de  Texécution  de  tout  ce  qui  va  être  spécifié,  promet  et 
s'oblige  de  faire  le  Mausolée  de  S.  A.  S.  madame  la  Duchesse 
de  Saxe  Gotha,  décédée  au  mois  d'octobre  mil  sept  cent- 
soixante-sept. 

Le  Mausolée  sera  en  marbre  ajrant  principalement  deax 
statues,  Tune  qui  représentera  cette  Princesse  assise  qui  s'cà- 
dort  du  dernier  sommeil,  la  tête  penchée  en  arrière  dans  des 
cyprès,  et  Tautre  la  Thuringe,  s'empressant  de  s'approcher 
de  la  Princesse  en  luy  prenant  le  bras  gauche,  le  baisant  et 
arrosant  de  ses  larmes  cette  bienfaitrice  si  r^rettée.  Ces  deux 
statues  auront  chacune  au  moins  six  pieds  de  propcMtion  en 
marbre  blanc,  et  deux  pouces  de  plus,  s'il  le  faut  pour  le  bien 
de  Touvrage. 

Le  Mausolée  aura  pour  décoration  une  chapelle,  compo- 
sée d'un  Arc  de  Triomphe  soutenu  par  deux  colonnes  adossé 
sur  son  entablement,  suivant  les  desseins  de  Tordre  corin- 


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QltlMU  ET  LA  COUm  DE  SAXErOOTHA  Jl 

thien  que  le  sieur  Guiard  en  a  envoyé  et  dont  le  croquis  est 
resté  cy  annexé  après  avoir  été  des  parties  signé  et  paraphé 
en  .présence  des  notaires  soussignés. 

L'ouverture  ou  la  largeur  de  ce  Mausolée  sera  de  neuf 
pi^db  neuf  pouces  au  plus,  pied  de  Roy,  la  hauteur  et  la  pro* 
fondeur  étant  abandonnées  à  la  convenance  dudit  sieur 
Guiard. 

La  voûte  sera  en  stuc  comme  les  anciens  faisaient  ou  è 
dâfaut  de  stuc  en  plâtre  durci,  le  tout  sculpté  et  exécuté  avec 
p^ection  en  conformité  du  dessin  ci  annexé. 

L'ensemble  de  l'architecture  pourra  avoir  quinze  à  dix- 
huit  pieds  de  haut,  et  de  la  profondeur  à  proportion,  le  tout 
dépendant  dudit  sieur  Guiard,  excepté  la  largeur  ci-dessus 
marquée. 

Les  dites,  statues  seront  en  marbre  blanc,  les  colonne? 
d^autre  marbre  de  couleur  ainsi  que  les  cyprès  et  le  fond  de 
Tarcade  de  la  chapelle,  qui  pourra  avoir  quatre  à  six  pieds 
d'enfoncement,  même  plus  s'il  le  faut,  pour  le  brillant  de 
l'ouvrage. 

Le  prix  de  tous  lesquels  marbres  sera  à  la  charge  du 
s*^  Guiard,  comme  il  sera  dit  cy  après. 

La  statue  de  la  Princesse  sera  d'un  bloc  de  Marbre,  et  celle 
de  la  Thuringe  d'un  autre,  et  peut-être  encore  d'un  autre 
petit  bloc,  pour  raporter  la  draperie  et  le  bras  qui  tiendra  la 
main  dç  la  Princesse. 

La  statue  de  la  Princesse  sera  d'un  seul  morceau,  mais  la 
figure  qui  représentera  la  Thuringe  sera,  à  cause  du  bras  que 
la  princesse  luy  donnes,  de  deux  morceaux. 

Pour  ces  différentes  décorations  il  sera  employé  les  mar- 
bres que  le  sieur  Guiard  jugera  à  propos,  ledit  sieur  Guiard 
se  chargeant  de  les  choisir  lui-même  à  Carrare  en  se  rendant 
de  Paris  à  Parme. 

Ce  Mausolée  et  tout  ce  qui  est  cy  dessus  exprimé  sera 
exécuté  à  Parme  et  à  Carrare  par  le  sieur  Guiard,  qui  partira 


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Jt  RBVCE  DBS  DOCmOIfTS  HISTOUQOES 

pour  ritalie  au  plos  tard  dans  k  courant  du  mob  de  tnaj 
de  cette  année,  s^obligeant  de  mettre  le  toot  i  fin  dans  lea»- 
rant  de  trois  années  à  compter  de  ce  jourd'huy ,  étant  d'aiUears 
observé  que  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Panne,  dont  le 
sîeur  Guiard  est  sculpteur,  a  trouvé  bon  que  le  sieur  Goiard 
se  charge  dud.  monument  et  Texécute  préféraUemcnr  i 
toute  autre  entreprise  «  ainsy  qu'il  appert  par  une  lettre 
écrite  par  son  ministre  plénipotentiaire  à  la  Cour  de  France, 
M.  le  Comte  Dargental,  à  M.  Grimm  du  vingt-sqit  may  mil 
sept  cent  soixante^ieuf,  laquelle  dûment  controllée  i  Pms 
par  Langlois  ce  jourd'huy  est  resté  cy  annexé  après  avoir  été 
des  parties  pareillement  signé  et  paraphé  en  présence  des 
notaires  soussignés. 

S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Saxe  Gotha  sera  tena 
de  faire  prendre  le  tout  à  Parme,  de  fournir  les  fnis  des 
caisses  et  emballages,  à  ce  nécessaires,  d'agréer  deux  ouvriers 
qui  seront  au  choix  du  sieur  Guiard  pour  aller  poser  cet  ou- 
vrage en  place  à  Gotha,  et  de  faire  donner  audit  sieur  Gmtfd 
tous  les  secours  et  ustensils  nécessaires  en  cette  occasion,  i 
laquelle  pose  et  mise  en  place,  le  sieur  Guiard  se  trouven 
pour  y  présider  et  la  diriger. 

Les  caisses  et  emballages  et  journées  d'ouvriers  à  complu 
de  leur  départ  de  Parme  pour  aller  à  Gotha  et  retour  à  Panne, 
voyages  et  transports,  ainsy  que  les  firais  et  déboursés  que 
le  sieur  Guiard  pourra  birt  pour  son  voyage,  et  pendant 
son  séjour  i  Gotha,  pour  assbter  à  cette  pose,  seront  à  li 
charge  de  S.  A.  S.  sans  diminution  du  prix  ci-après  accordé, 
et  sera  le  traitement  du  sieur  Guiard  et  des  deux  ouvriers  de 
son  choix  stipulé  et  fixé  à  sa  réquisition  par  ladite  cour  de 
Gotha  dès  que  le  monument  sera  en  état  d'être  transporté  à 
sa  destination. 

Le  sieur  Guiard  veillera  avec  la  plus  grande  attention  et 
exactitude  à  ce  que  les  emballages  soient  bien  faits,  de  façon 
qu'il  ne  puisse  arriver  aucun  événement  pendant  le  trans- 


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GRnm  ET  LA  coût  DE  SAXE-GOTHA  ji 

port  de  Parme  à  Gotha  à  l'ouvrage  transporté,  par  le  deffaut 
d'avoir  été  emballé  tel  qu41  convient  pour  éviter  les  risques 
du  transport. 

Lorsque  Touvragesera  arrivé  il  sera  désemballéen  la  pré- 
sence du  sieur  Guiard  pour  présider  à  la  pose  et  nûse  en 
place,  suivant  qu'il  est  ci-dessus  énoncé. 

Ledit  sieur  Grimm  audit  nom  en  vertu  du  pouvoir  cy 
annexé   a  pour  sa  dite  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Saxe 
Gotha  irrévocablement  fixé  avec  le  sieur  Guiard  le  prix  de  ce 
mausolée  à  ouvrager  à  la  somme  de  quarante  mille  livres, 
argent  de  France,  sur  laquelle  somme  le  sieur  Guiard  recon- 
naît avoir  à  l'instant  reçu  du  sieur  Grimm  des  deniers  qu^il 
déclare  lui  avoir  été  remis  par  ordre  de  S.  A.  S.  Monseigneur 
le  Duc  de  Saxe  Gotha,  deux  mille  cinq  cent  livres  en  espèces 
sonnantes  d'or  et  d'argent  et  ayant  cours,  à  lui  ci-devant  comp- 
tées et  délivrées,  dont  le  sieur  Guiard  quitte  et  décharge  au- 
tant S-  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de  Saxe  Gotha;  et  à 
l'égard  des  trente  sept  mille  cinq  cent  livres  restant  des  qua- 
rante mille  livres,  le  sieur  Grimm  oblige  S.  A«  S.  Monsei- 
gneur le  Duc  de  Saxe  Gotha  de  les  payer  au  sieur  Guiard 
sans  aucun  intérêt  seulement  en  argent  de  France,  sans  d'au- 
cuns papier,  billets  ny  effets,  de  telle  nature  quUls  soient  et 
quelques  cours  qu'ils  puissent  avoir,  nonobstant  toutes  auto- 
rités et  choses  à  ce  contraires,  en  cinq  payements,  savoir  : 
le  premier  de  la  somme  de  deux  mille  cinq  cents  livres  dans 
le  courant  du  mois  de  may  prochain,  et  huit  jours  avant  celuy 
que  le  sieur  Guiard  aura  pris  pour  son  départ  pour  l'Italie 
d'après  ce  qui  a  été  cy-devant  convenu. 

Le  deuxième  de  dix  mille  livres  par  MM.  les  frères  Boissier, 
Lamande  et  compagnie,  banquiers  à  Gênes,  pour  la  valeur 
d'autant  des  marbres  que  le  sieur  Guiard  aura  choisis  pour 
le  monument  et  jusqu'à  concurrence  de  ces  dix  mille  livres, 
qui  seront  payées  entre  les  mains  et  sur  les  quittances  des 
fournisseurs  de  Carare  et  aussitôt  les  fournissements  desdits 

TOME  V.  lO 


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74  Kirat  on  DOcoMiim  utrotiVMs 

marbres,  qui  ta  moyeo  de  ce  se  trouveront  aoqtmpHr 
S.  A.  S.  à  luy  appartenir  en  toute  propriété* 

Et  dans  le  cas  où  l'achat  des  marbres  n'irait  pas  à  cxK 
somme  de  dix  mille  livres  le  sieur  Grimm  audit  oom  «Uge 
sa  dite  A.  S.  de  feire  payer  à  Fuis  à  Tordre  du  S^  GmsI 
l'argent  qui  sera  nécessaire  pour  parfaire  cette  aociime4e  dk 
mille  livres  et  ce  aussitôt  après  que  le  payement  aura  clé  fà 
aux  fournisseurs  des  marbres  de  leur  valeur,  supposée  dan 
ce  cas  ttre  oKHndre  de  dix  mille  livres,  partout  si  ïcar  valeor 
est  de  dix  mille  livres,  ou  plus,  il  n'y  aura  rien  à  payer  i  oa 
égard  à  Paris. 

Le  troisième  payement  de  cinq  mille  livres  dans  une  anaéc 

Le  quatrième  de  dix  mille  livres  dans  deux  années,  ces  ra- 
sième  et  quatrième  paiemeotsà  Paris,  au  sieur  Guiard  ou  i 
son  ordre  ou  son  fondé  de  procuration,  et  le  tout  à  ojmpiti 
du  mois  que  le  sieur  Guiard  doit  pardr  pour  Fltalie  d'qvfe 
la  convention  cy  devant,  ou  seulement  du  jour  du  dépan  s'il 
le  retarde  et  en  justifiant  toutes  fins  par  le  sieur  Guiard  par 
un  certificat  de  son  excellence  M.  le  Marquis  de  Felnio,  et  de 
tout  autre  ministre  d'État  de  S.  A.  R.  Monseigneur  Tlitfim 
duc  de  Parme,  que  ledit  monument  est  avancé  à  prc^xiftioo 
des  trois  années  dans  le  délai  desquelles  ledit  s'  Guiard  s'est 
engagé  cy-devant  de  le  livrer. 

Et  le  cinquième  et  dernier  payement  de  dix  mille  livres  qui 
complettera  les  quarante  mille  livres  de  même  à  P^uîs,  « 
aussitôt  que  le  Mausolé  sera  parti.de  Parme  pour  être  trus* 
porté  i  Gotha. 

Lesquels  différents  payements  seront  fixés  et  n^^>rouvero&t 
aucun  retard,  sous  tel  prétexte  que  ce  puisse  être. 

Si  le  sieur  Guiard  se  trouvait  en  état  d'achever  ledit  mo- 
nument dans  un  terme  moins  long  que  les  trois  années  qu'il 
s'est  réserviées,  tes  susd.  <fix  mille  livres  restant  saroat 
également  payées,  aussitôt  après  le  départ  du  Mausolée  de 
Parme,  en  sorte  que  la  somme  entière  de  quarante  nulle 


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1 


GRIMM  ET  LA  CQUR  DE  SAXE-GOTHA  7S 

rves  se  trouve  ^ayét  lorsque  le  monument  sera  en  route. 

Au  payement  desquelles  quarante  mille  livres  dans  les 
rfnes  et  de  la  manière  sus-fixés,  le  sieur  Grimm,  audit  nom 

en  vertu  du  pouvoir  cy  annexé,  aflfecte  et  hypothèque  tous 
s  biens  présents  et  à  venir  de  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc 
e  Saxe  Gotha. 

Car  ainsy  a  été  convenu  et  arrêté  entre  le  sieur  Grimm  au- 
it  nom  et  le  sieur  Guiard. 

Elysant  les  parties  domicile  pour  l'exécution  des  présentes, 
avoir  le  sieur  Grimm  pour  S.  A.  S.  Monseigneur  le  Duc  de 
iaxe  Gotha  en  la  demeure  à  Paris  dudit  sieur  Grimm,  le 
ieur  Guiard  à  Paris,  en  sa  demeure  ci-devant  déclarée  ou  à 
Parme^  en  celle  quMl  occupera,  auxquels  lieux  nonobstant, 
promettant,  obligeant,  renonçant,  etc. 

Fait  et  passé  à  Paris  en  l'étude  Fan  mil  sept  cent  soixante 
dix^  le  neuf  mars  avant  midy,  et  ont  signé. 


Çi^_ 


Sur  le  croquis  annexé  à  l'acte  de  devis  et  marché,  se  trouve  cette 
mention  : 

«  Signé  et  paraphé  au  désir  de  Tacte  d'arrangement  passé 
«  devant  les  notaires  soussignés  ce  jourd'huy  neuf  mars  mil 
«  sept  cent  soixante-dix. 

Grdim,  Guiard,  Rouen. 


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76  tt^trr  t^ES  nOCI?MWTS  KTSTOiWJlS 

Je  reproduis  aimi  les  piniplicf  de  Gnmm  m  «It  Gtitafé. 


J'ignore  pour  «{udle  oiuse  le  mausolée^  ob^ec  éc  t&at  4c  dimrclici, 
de  soins  et  de  déj>tnf^%,  ne  fut  pAs  ojécul^.  Il  n'en  suèiâtt  ^ne  11 
modèle,  «  composé  avec  génie^  »  dit  Manette  (t),  et  coiaenré  att|Mr^ 
d'hui  dans  le  Muscc  Uucal  de  Gotha. 

Laurent  Guianl  mourut  à  Carnirc  k  Ji  mai  tjSS,  aprti  ne  WfW 
en  France  exigé  par  lérecuon  à  rahbaire  ée  CliirvaitK  d*Ba  mapo* 
ment  consacré  à  samt  Bernard, 


<i)  Hêxitttt,  AbecedsriP,  L  lU  p^llf' 


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/ff/'uf  i/r.^   ^^"motts-ffAy    Ai^-t^'ft^fiM'.'    fi    /'  i'fi 


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MUSIQ.UE  DE  LOUIS  XV 

Document  relatif  aux  sommes  dues  à  la  musique  du  Roi.  Il  est  signé 
par  le  cardinal  de  Polignac,  Fauteur  de  V Anti-Lucrèce.  On  sait  que  le 
R^ent  avait  réduit  le  nombre  des  exécutants  de  la  Chapelle. 

Il  est  deub  à  la  musique  du  Roy,qui  cy-devant  étoit  payé 
sur  la  cassette  de  sa  Majesté,  pour  toutte  choses  quelconques 
jusqu^au  premier  avril  mil  sept  cens  seize  la  somme  de  quatre 
vingt  mil  cinquante  huit  livres. 

Sçavoir  : 

Pour  les  voix,  2  quartiers  de  1 7 1 5  et  un  de  17 16.     60040" 

Pour  laSimphonie  de  la  Chapelle,  toutte  Tannée 
1715  et  3  mois  de  1716 18000 

Aux  petits  violons,  pour  4  mois  de  1715  et 
3  de  17 16 ^       7668 

A  M.  et  M''*  Delalande  (i)  pour  leurs  pensions, 
6mois  de  1715  et  3  mois  de  1716 2100 

Au  Bibliothéquaire  2  quartiers  de  1716  et  un 
de  1716 i5oo 

Au  trompette  anglais,  un  quartier  de  17*5  et  un 
de  17 16 750 

8oo58" 
Je  certifie  qu'il  est  deub  à  la  musique  du  Roy  la  somme  de 
quatre  vingt  mil  cinquante  huit  livres  pour  l'entier  paye- 
ment de  la  cassette,  jusqu'au  premier  avril  mil  sept  cens 
seize.  A  Paris,  ce  9  may  17 16. 

LE  CARD*-   DE   POLIGNAC 
Au-dessous  on  lit  ces  mots  de  la  main  du  Régent  : 
Il  faut  expédier  une  ordonance  de  la  ditte  somme. 


0)  Michel-Richard  de  Ltlande,  le  plos  habile  oompoeiteor  desoo  temps  pour  It 
que  religieuse,  éuit  alors  surintendant  de  la  roasiqne  du  Roi.  Sa  femme,  Anne  Rebel 
était  une  excellente  cantatrice. 


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CX)NSTANTIN-XAVIER  DE  CHÉNIER 


L'historien  Louis  de  Chémer  eut  de  U  belle  Greoqae  i 
Santi  rHomika  quatre  fils^  Constantiii-XaTier,  Louis-ScuTeiir,  Amàti 
et  Marie-Joseph.  Constantin,  né  i  G>nstantinople  en  1760,  fit  de  brd- 
lantes  études  i  Parts  et  obdnt,  ca  1778,  le  prix  dlK>nne«r  de  rUai- 
vetiité.  n  SttÎTit  U  carrière  diploinatiqQe  et  fut  consul  eu  «firen  bcox. 
Des  quatre  frères,  André,  une  des  gloires  Uttéraires  de  la  Fmce^ 
mourut  le  premier.  Le  plus  Jeune,  Marie-Joseph,  l'auteur  de  Chu 
les  /X,  termina  sa  vie  à  Paris  le  10  îanrier  181 1,  â  l'âge  de  47  aas. 
Une  tendre  amitié  l'unissait  à  Constantin-Xarier,  qui,  plein  de  res- 
pect pour  la  mémoire  de  son  frère,  rédigea,  le  19  janvier  i8ii,U 
dédarau'on  suivante  relative  à  la  succession  de  Marie^oseph. . 

Je  soussigné  Constantin-Xavier  de  Chénier^i  fils  aîné  de 
M .  Louis  de  Chénier  et  de  M**  Elisabeth  Sancti  L'Hcmaco, 
atteste  et  certifie  à  tous  qu'il  appartiendra  la  dédaratioii  sui« 
vante: 

Après  avoir  perdu  mon  frère  André  de  Chénier,  mon 
père,  ma  sœur  et  ma  mère,  )'ai  perdu  nnm  frère  Marie- 
Joseph  de  Chénier;  il  ne  me  reste  plus  qu'à  remplir  envers 
lui  les  derniers  devoirs  qu'il  m'a  falhi  remplir  envers  tous 
mes  parents,  qu'à  rendre  un  honmiage  étemel  à  stm  illustre 
mémoire,  à  exécuter  ses  désirs  et  à  respecter  ses  intentions, 
qu'il  aurait  manifestées  lui-même  par  un  acte  authentique, 
si  Dieu  lui  en  avait  laissé  la  force  en  ses  derniers  jours,  et 
s'il  n'en  avait  pas  été  détourné  par  une  respectable  amie,  con- 
fidente et  compagne  assidue  de  tous  ses  maux  et  de  ses  lon- 
gues souffrances  depuis  douze  années,  et  jusqu'à  son  dernier 
soupir,  malheureuse  par  sa  perte,  et  ne  voulant  hériter  de 
lui  que  du  désir  ardent  de  voiries  hommes  heureux.  Je  sou- 
haite partager  avec  tous  ses  amis  les  tristes  restes  de  ma  vie. 
Messieurs  Daunou,  Amault,  Andrieux,  Picard,  Regnaolt, 
Perceval,  Allard,  m'ont  souvent  été  désignés  par  lui  pour  la 


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GONSTANTIN-XAVm  DE  CHiNDER  79 

personnes  qui  lui  étaient  chères.  Souvrat  il  me  disait  que 
tout  ce  qu^il  possédait  au  inonde  ne  suffirait  point  pour 
témoigner  sa  reconnaissance  à  M.  Portai,  qui,  depuis  douze 
ans,  soutenait  sa  vie  chancelante,  et  à  ctttt  respectable  amie 
qui,  depuis  seize  ans  d'amitié  la  plus  constante  et  la  plus 
fidelle,  ia  plus  noble  et  la  plus  généreuse,  adoucissait  ses 
maux  par  sa  pr^ence  auprès  de  lui.  Voulant  donc  suppléer  à 
ce  que  le  temps  fixé  par  la  main  divine  ne  lui  a  point  permis 
de  faire,  je  prie  M.  Portai  et  Messieurs  ses  amis,  ci  dessus 
désignés^  de  vouloir  bien  agréer  un  hommage  de  sa  recon- 
naissance et  de  la  mienne.  Je  prie  M.  Amault,  désigné  par 
mon  irère  éditeur  de  tous  ses  ouvrages,  de  vouloir  bien,  en 
agréant  ce  choix,  joindre  ce  témoignage  d'amitié  à  Thommage 
touchant  et  solennel,  plein  de  noblesse,  de  franchise,  d'élo- 
quence et  de  générosité  dont  il  a  bien  voulu  honorer  sa  mé- 
moire. Je  prie  sa  noble  et  respectable  amie  Madame  Marie- 
Louise-Eugénie  Le  Beau  de  L'Esparda  de  Maisbnnave  de 
vouloir  bien  regarder  comme  une  propriété  indivisible  et 
irrévocable  les  manuscrits  de  mon  frère  Marie-Joseph  de 
Chénier  qui  lui  ont  été  donnés  par  lui-même,  une  montre 
par  lui  donnée  et  son  portrait  peint  par  Du  Creux  :  le  tout 
joint  è  quelques  livres  et  autres  effets  déposés  hors  de  chez 
lui  avec  les  indications  nécessaires  pour  les  reconnaître  et  les 
recevoir,  par  lui*même  remises  à  la  dite  dame  à  Teffet  de  rem- 
plir les  engagements  contractés  dans  les  derniers  temps  de  sa 
maladie,  pour  Textraordinaire  de  ses  dépenses. 

Voulant,  en  outre,  unir  toute  ma  reconnaissance  à  celle 
dont  mon  frère  était  pénétré  pour  une  amitié  si  tendre  et  si 
constamment  touchante,  je  déclare  que  je  reconnais  la  dite 
dame  Marie-Louise-Eugénie  Le  Beau  de  TEsparda  de  Mai- 
sonnave,  en  la  qualité  de  sœur,  pour  remplacer  et  repré- 
senter, dans  ma  famille,  ma  sœur  chérie,  Hélène-Christine 
de  Chénier,  ci-devant  comtesse  de  La  Tour  Saint- Ygest, 
décédée  à  Tlsle  de  France,  laissant  un  fils  né  en  mil  sept 


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8o  tIVUB  DES  DOCDMENTS  HISTOKIQCIBS 

cent  qaatrevingt-seize^  âgé  de  treize  ans.  J'institue  ou  dke 
dame  Marie-Louise-Eugàiie  Le  Beau  de  TEsparda  de  Mai- 
sonnave^  ma  seule  et  unique  héritièie  ât  tous  mes  biens 
meubles  et  immeubles  présents  et  ayenir,  pour  en  jouir  con- 
jointement avec  moi,  jusqu'au  dernier  instant  de  ina  vk, 
pour  en  jouir  après  moi  indivisiblement  et  sans  ^t^cnne 
réserve  pendant  tout  le  cours  de  sa  vie,  que  Dîeu^  n^rniUe 
longtemps  conserver  ;  et  puisqu'il  nous  faut  tous  subj^Ja  kx 
de  sa  Divine  Majesté,  pour  les  transmettre  à  M.  de  LÀ  Tour, 
mon  neveu,  fils  de  ma  chère  soeur  Hélène-Christiae  dt 
Chénier,  ci-devant  comtesse   de  La  Tour,  né  à  Tlsk  de 
France  en  mil  sept  cent  quatrevingt-seize,  âgé  aujounThui 
de  treize  ans,  lequel,  après  les  époques  indiquées  d  dessus, 
en  conservera  la  propriété  indivisible  et  perpétuelle,  pour 
lui  et  pour  ses  descendants.  Telle  est  la  déclaration  de  ma 
volonté  ferme  et  stable,  au  nom  tt  en  présence  de  Diai 
créateur  et  conservateur  de  tout  ce  qui  existe.  Tel  est  rhom- 
mage  sincère  que  mon  cœur  rend  à  la  mémoire  de  mcm 
illustre  frère  et  de  mon  plus  tendre  ami,  Marie-Joseph  de 
Chénier,  que  je  viens  d'avoir  le  malheur  de  perdre  et  qu'une 
longue  maladie  vient  d'enlever  à  sa  famille,  i  la  France  et  au 
monde.  En  témoignage  de  quoi  j'ai  signé  le  présent  acte  et 
madame  Marie-Louise- Eugénie  de  l'Esparda  de  Maisonnave, 
a  signé  avec  moi,  pour  témoigner  son  approbation  et  l'ac- 
ceptation par  elle  de  toutes  les  dispositions  qu'il  convient 
Je  l'ai  en  même  temps  scellé  de  mon  sceau  accoutumé.  Fait 
triple,  pour  être  l'un  des  triples  conservés  entre  mes  mains, 
un  second  remis  à  madame  Marie-Louise- Eugénie  de  l'Es- 
parda de  Maisonnave  et  conservé  par  elle  \  et  un  troisième 
laissé  également  i  la  disposition  de  la  dite  dame,  pour  le 
déposer  où  bon  lui  semblera,  afin  d^en  constater  l'authenti- 
cité. Paris  le  dix-neuf  janvier  Tan  mil  huit  cent-onze. 

Constantin-Xavier  de  Chénier. 


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GERARD  DE  NERVAL 


Lettre  écrite,  en  1 841 ,  à  Madame  Alexandre  Dumas,  alors  que  Gérard 
venait  de  sortir  de  la  malsonde  santé  du  docteur  Blanche.  C'est,  à  mon 
avis,  un  document  fort  curieux  pour  la  biographie  de  Gérard  de  Nerval. 

Le  9  novembre. 
Ma  chère  Madame, 

J'ai  rencontré  hier  Dumas  qui  vous  écrit  aujourd'hui.  Il 
vous  dira  que  j'ai  recouvré  ce  que  Ton  est  convenu  d'appeler 
raison,  mais  n'en  croyez  rien;  je  suis  toujours  et  j'ai  tou- 
jours été  le  même,  et  je  m'étonne  seulement  que  l'on  m'ait 
trouvé  changé  pendant  quelques  jours  du  printemps  der- 
nier. L'illusion,  le  paradoxe,  la  présomption  sont  toutes 
choses  ennemies  du  bon  sens,  dont  je  n^ai  jamais  manqué  I 
Au  fond  j'ai  fait  un  rêve  très-amusant  et  je  le  regrette.  J'en 
suis  même  à  me  demander  s'il  n'était  pas  i^lus  vrai  que  ce 
qui  me  semble  seul  explicable  et  naturel  aujourd'hui.  Mais, 
comme  il  y  a  ici  des  médecins  et  des  conmiissaires  qui  veil- 
lent à  ce  qu'on  n'étende  pas  le  champ  de  la  poésie  aux  dépens 
de  la  voie  publique,  on  ne  m'a  laissé  sortir  et  vaquer  défini- 
tivement parmi  les  gens  raisonnables  que  lorsque  je  suis 
convenu  bien  formellement  d'avoir  été  malade,  ce  qui  coû- 
tait beaucoup  à  mon  amour  propre  et  même  à  ma  véracité. 
Avoue!  avoue!  me  criait-on,  comme  on  faisait  jadis  aux 
sorciers  et  aux  hérétiques,  et,  pour  en  finir,  je  suis  convenu 

TOME  v.  it 


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I 


Sa  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

de  me  laisser  classer  dans  une  affection  définie  par  les  doc- 
teurs et  appelée  indifféremment  Théomanie  ou  Démonomanie 
dans  le  dictionnaire  médical.  A  Taide  des  définitions  incluses 
dans  ces  deux  articles,  la  science  a  le  droit  d'escamoter  oo 
réduire  au  silence  tous  les  prophètes  et  voyants  prédits  par 
l'Apocalypse,  dont  je  me  flattais  d'être  l'un  !  Mais  je  mt 
résigne  à  mon  sort,  et  si  je  manque  à  ma  prédestination, 
j'accuserai  le  docteur  Blanche  d'avoir  subtilisé  l'Esprit  divin. 
Je  vous  trouve  bien  heureuse  d'être  en  Italie  à  l'heure  qu'il 
est.  J'ai  voulu  faire  un  petit  voyage  jusqu'à  la  mer,  pour 
profiter  au  moins  des  dernières  feuilles  de  l'automne^  mais 
le  mauvais  temps  m'a  fait  vite  revenir  à  Paris.  Voici  Dumas 
à  la  veille  de  grands  succès  ;  on  l'applaudit  déjà  depuis  un 
mois  comme  aux  plus  beaux  temps  du  drame  moderne,  et 
cela  est  de  bon  augure  assurément  (  i).  Que  je  voudrais  pouvoir 
me  réchauffer  encore  à  ce  rayon,  je  me  trouve  tout  déso- 
rienté et  tout  confus  en  retombant  du  del,  où  je  marchais 
de  plain  pied  il  y  a  quelques  mois.  Quel  malheur  qu'à  défetut 
de  gloire  la  société  actuelle  ne  veuille  pas  toutefois  noœ 
permettre  l'illusion  d'un  rêve  continuel.  Il  me  sera  resté  du 
moins  la  conviction  de  la  vie  future  et  de  la  sympadiie 
immortelle  des  esprits  qui  se  sont  choisis  ici  bas  :  c'est  en 
associant  toujours  Dumas  et  vous  à  mes  pensées  dans  les 
instants  dangereux  de  ma  maladie,  que  je  me  suis  convaincu 
de  mon  attachement  pour  vous  deux  et  du  besoin  que  j'ai 
de  croire  que  vous  m'avez  conservé  toute  votre  amitié. 

GéRARa 
A  Madame^  Madame  Alexandre  Dumas. 

(!)  Cett  probablemeot  une  allusion  à  U  pièce  de  Dumas,  wii  Mariage  sous  Lomis  XK. 


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ABBAYE  DE  SAINT-MAIXENT 


Charte  de  1244(11.  s.)  en  langue  vulgaire  de  TAunis.  Cest  une  vente 
faite  par  Isoréd'Aitré(i)  à  Pierre,  abbé  de  Saint-Maixent,  de  certaines 
pièces  de  terre  sisesà  Agerne,  aujourd'hui  la  Jarne,  près  de  La  Rochelle. 

Je  dois  la  communication  de  cet  important  document  à  Pobligeance 
de  M.  Benjamin  Fillon. 

Ge  Isorez  Daitrè  fois  assaver  a  toz  ceaus  qui  ceste  présente 
chartre  verront  et  oiront  que  ge,  ob  lotrei  et  ob  la  volunté 
de  Willelme  Ysore,  clerc,  et  de  Johan  Isore,  mes  filz,  et  de 
Aye,  femme  au  dit  J.  Isore,  mun  fil,  la  quaus  Aye  fut  fille 
fahu  Isembert  Berenger  (2),  chevaler,  ai  vendu  à  sire  Père, 
abbé  de  Seint  Maissent,  un  harbergement  et  lo  troil  qui  i 
est,  et  treis  peces  de  vignes  que  ge  aveie  en  Agerne;  li  quaus 
harbergemenz  est  en  Agerne  joste  lo  grant  chemin  par  ont 
iom  vait  d' Agerne  à  Seint  Johan  d'Angele  (3)  entre  Tarber- 


(i)  Aitré.en  Aonis,  chitdlenie  qui  relevait  du  château  de  La  Rochelle.  La  famille  Isoré 
ou  Ysoré  était  une  des  pluf  anciennes  du  Poitou;  elle  a  produit,  au  xviii*  si^Ie,  cet  Ytoré, 
marquia  de  Plumartin,  prototype  du  Mauprat  de  George  Sand. 

(a)  D'une  funille  de  chevalerie  du  Poitou  et  de  TAunis. 

(3)  S*int-JeaD-d*Angély. 


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84  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

gcment  Aimeri  Joffrei  et  rarbergement  Arnaut  de  Fessac; 
et  dau  dites  vignes  est  une  pece  à  la  croiz  d^Ageme  dont  est 
une  partie  on  fe  fahu  Savari  de  Mauleon  (i)  et  Tautre  partie 
on  fe  Wilielme  de  Fessac,  la  quaus  pece  est  près  d'Ageme 
et  duret  de  lonc  des  lo  grant  chemin  dessus  dit  juqua  la  vigne 
de  Fabbaie  de  Buzeis  (2}  qui  fut  plantée  on  terres  au  cha- 
pelain d'Ageme  joste  la  veie  per  ont  iom  vait  de  la  dite  croiz 
vers  la  Jarrie  (3),  einssi  cum  li  fossez  que  ge  i  hai  fait  faire 
ou  en  levet  et  dot  vers  les  autres  vignes  qui  sunt  au  des- 
sus; et  Tautre  pece  est  on  fe  Girart  de  Mairentanoes  josse 
lo  dit  chemin  entre  la  vigne  Chafaut  et  la  vigne  Brotonea; 
et  Tautre  pece  est  la  treille  qui  est  davant  lo  troil  et  }oste  la 
terre  Père  Gaschet. 

Icestes  III  peces  de  vignes  et  lo  davant  dit  harbei^ement  ob 
lo  troil  qui  i  est  avon  otrée  ge  et  mi  fil  et  ma  bruz  dessus 
nomé  à  tenir  et  à  aver  durablement  au  davant  dit  abbé  et  à  ses 
successors  et  à  lor  commandement  à  faire  tote  lor  vokinté, 
c  livres  de  tornes  meinz  x  livres  que  li  davant  diz  abbes  men 
dona  et  paia,  et  ge  m'en  tene  per  bien  paiez.  Et  ge  e  les  meies 
choses  quauque  part  que  eles  seient  somes  tenu  à  garir  aa 
davant  dit  abbé  et  à  ses  successors  et  à  lor  comandement 
contre  tôt  gent,  aus  us  et  au  costumes  de  Lenor  de  Chas- 
telaillon  (4))  lo  davant  dit  harbergement  et  lo  dit  troil  et  les 
dites  vignes  francs  et  quittes  et  délivrés  de  tôt  homenage  lige 
et  plain  et  de  toz  em  paitremenz  qui  fait  i  sereient  par  chison 
de  mei  et  dau  meins  et  d'autres  devers,  sans  xv  sols  de  cens 
qui  devent  estre  rendu  chascun  an  per  lo  dit  harbergement 
à  Aimeri  Joffrei  et  à  ses  paroners  et  sau  lo  complant  et  gardes 
et  recez  et  garcages  qui  devent  estre  rendu  au  segnors  dau 

(I)  Guerrier  illottre  et  troubadour,  prince  de  TtlmoQt,  connétible  d'Angleterre,  mort 
en  ia33. 
(a)  Abbtye  de  Bazaj,  sur  Itt  bords  de  U  Loire,  diocèee  de  Nantes. 

(3)  La  Jarrie,  près  de  La  Rochelle. 

(4)  Andeooet  contâmes,  datant  d'Aliénor  d'Aquitaine,  qui  régissaient  les  terres  vXaim 
dans  U  baronnie  de  Chatelaillon,  jadis  la  principale  de  TAnnis. 


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ABBAYE  DE  SAINT-MAIXENT  85 

davant  diz  fez  ou  à  lor  comandement  dau  dites  vignes,  ceu 
est  assaver  io  quint  de  la  vendenge  dau  vignes  qui  sunt  on 
fez  fahu  Savars  et  Girard  davant  diz,  et  lo  quart  de  la  ven- 
denge daus  autres  vignes  por  complant.  Et  avom  renuncié 
ge  Ysorez  et  ge  W.  et  ge  J.  si  fil  davant  dit  et  ge  Aye  dessus 
dite  a  exception  de  non  nombrée  pecune  et  de  menor  pris  et 
à  tote  force  et  à  tote  aine  de  leis  et  de  canon  et  à  totes  noveles 
institucions  et  à  toz  privilèges  et  à  totes  costumes  qui  nos 
poîreent  ainer  à  venir  contre  icest  fait,  et  avon  juré  de  nostre 
plain  gré  sor  lo  seint  Evangile  que  jamais  contre  iceste  vende 
ne  contre  la  ténor  de  ceste  chartre  ne  vendron  ne  autre  por 
nos,  et  que  ge  Aye  on  dites  choses  vendues  reins  ne  deman- 
derai por  oscle  ne  por  mariage  ne  por  autre  choses.   Et 
por  ceu  que  ceste  chose  seit  plus  ferme  et  plus  estable  sire 
Pères,  par  la  graice  Deu  adonques  evesques  de  Saintes,  saela 
et  conferma  à  la  requeste  dau  parties  iceste  présente  chartre 
de  'sun  saea.  Ceu  fut  fait  Tan   de  l'incarnation  Jehu  Crist 
M.  ce.  et  xLHi,  on  meis  de  marz. 


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LE  FILS  DE  CAMILLE  DESMOULINS 


Camille  Desmoulins  n'eut  de  sa  cbannante  femme  LucOe  Dnplcaszs 
qu'on  fils  auquel  il  aralt  donné  le  nom  d'Horace.  Après  la  mort  tragi- 
que de  ses  parents»  cet  enûmt  fut  recueilli  par  sa  grand'mire.  Madame 
Duplessis,  qui  le  fit  élever  avec  soin.  La  pièce  suivante,  recueillie  par 
feu  M.  Alfred  Sensier,  en  esc  un  témoignage.  Madame  Duplessb  pro- 
teste contre  la  vente,  ordonnée  par  le  Domaine,  des  effets  provenant 
de  Camille  Desmoulins.  Elle  réclame  pour  l'orphelin  le  lit,  la  biblio- 
thèque, les  papiers  et  les  manuscrits  du  père.  La  pétition  est  af^jée 
d*une  apostille  autographe  de  Fréron,  signée  par  plusieurs  conven- 
tionnels. 

Au  Comité  de  législation. 

La  citoyenne  Duplessis^  tutrice  d'Horace  Desmoulins, 
orphelin  de  Camille  Desmoulins,  réclame  pour  ce  jeune  in- 
fortuné le  lit  paternel  et  la  bibliothèque  de  son  père.  Ces 
objets,  aussi  urgens  pour  subvenir  i  ses  besoins  que  pour 
Futilité  de  son  éducation,  ne  peuvent  lui  être  refusés.  Déjà 
la  veuve  du  citoyen  Roucher  (i)  a  éprouvé  cet  aac  de  justice  ; 
la  bibliothèque  de  son  époux  lui  a  été  laissée  comme  objet 
de  secours. 

Les  papiers  de  famille  et  les  manuscrits  de  Camille  sont 
aussi  réclamés  par  le  jeune  pupile«  Cette  propriété  privée 
ne  peut  aussi  lui  être  déniée  :  elle  lui  apprendra  à  connoitre 
les  auteurs  de  ses  jours. 

Ces  demandes,  appuyées  par  le  malheur  respectable  et  la 
justice,  seront  sans  doute  accordées  avec  plaisir  par  les  collè- 
gues de  Camille. 

Diaprés  ces  considérations,  la  citoyenne  Duplessis  soUi* 
cite  la  suspension  de  la  vente  des  effets  de  Camille,  avant 

0)  Le  po€te  décapiié  avec  André  Chénier. 


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LE  FILS  DE  CAMILLE  DESMOULINS  87 

que  le  Comité  ait  pris  les  demandes  de  son  pupille  en  con- 
sidération. 

Paris,  le  28  pluviôse  Pan  3*  de  la  République  françoise 
une  et  indivisible  (i). 

BORDEVEIX  V*  DUPLESSIS. 

Nous  appuyons  avec  le  plus  vif  intérêt  la  demande  de  la 
citoyenne  Duplessis,  belle-mère  de  notre  infortuné  collègue 
Camille  Desmoulins,  martyr  de  la  liberté.  La  justice  et  Thu- 
inanité  réclament  en  faveur  de  son  fils  :  nous  prions  le  Co- 
mité de  législation  de  vouloir  bien  accorder  un  sursis  à  la 
vente  de  la  bibliothèque,  des  manuscrits  et  du  lit  pateniel. 
Ce  sursis  est  d'autant  plus  urgent  que  l'enlèvement  et  la 
vente  de  ces  objets  doit  avoir  lieu  demain. 

Paris,  ce  3o  pluviôse  an  3*  de  la  République  une  et 

indivisible. 

Les  représentans  du  peuple, 

Fréron.  —  C.  Alex.  Ysabeau.  — Tallien.  —  F.  Aubry. 

Laurent.  —  Niou. 

Recommandé  par  le  représentant  du  peuple  soubsigné, 

Leblanc.       Rovère. 

Le  Comité  de  législation  fit  droit  à  cette  requête  par  l'arrêté  suivant  : 

Vil  la  pétition  de  la  citoyenne  Duplessis,  tutrice  d'Horace 
Desmoulins,  fils  de  Camille  Desmoulins,  ex-député  à  la  Con- 
vention nationale,  tendante  à  faire  surseoir  à  la  vente  du  lit 
et  de  la  bibliothèque  du  dit  Camille,  et  réclamant  ces  objets 
pour  subvenir  aux  besoins  de  cet  enfant  et  à  son  éducation. 

Les  Comités  des  finances,  section  des  Domaines  et  de  lé- 
gislation, arrêtent  qu'il  sera  sursis  à  la  vente  du  lit  et  de  la 
bibliothèque  ayant  appartenu  à  Camille  Desmoulins  jusqu'à 
ce  que  la  Convention  nationale  ait  statué  définitivement. 

Ce  2  ventôse  an  3*  de  la  République  une  et  indivisible. 

Pour  copie  prise  sur  la  minutte  déposée  au  Comité  de 
législation. 

(I)  i8  lévrier  1795. 


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JEAN   ET   LCXJIS  DUBOIS 

PEINTRES  DU   ROI  AU  XVII*  SIÈCLE 


Ambroise  Dubois,  un  des  peintres  les  plus  câèbres  de  réeole  àe 
Fontainebleau,  veuf  en  1S99,  se  remaria,  à  Paris,  le4mars  1601, irec 
Françoise  de  Hoef,  qui  appartenait  à  une  fiuniUe  d'artistes.  Il  eutd'eik 
trois  fils  :  Jean,  né  à  Fontainebleau  le  s3  février  1604;  Antuîne,  né  k 
5  décembre  i6o5,  et  Louis,  dont  on  ignore  la  date  de  naissance  (i). 

Jean  et  Louis  suivirent  la  carrière  de  leur  père  et  tous  deux  enrest, 
par  brevet  royal  du  36  oaobre  1644,  la  charge,  soin  et  entretenemegf 
des  peintures  exécutées  dans  le  ch&teau  de  Fontainebleau  par  fini  Am- 
broise Dubois  (a).  Le  14  juillet  16S1  Jean  resta  seul  chargé  de  cet 
office  (3).  Il  avait,  dès  le  26  octobre  i635.  obtenu  de  son  oode  Otode 
de  Hoey  la  cession  du  brevet  de  cooservateur  des  peintures  du  chiteto 
de  Fontainebleau  (4].  U  avait  aussi  épousé,  à  Paris,  le  i3  avril  1643, 
Marie  Oultrebon.  Il  en  eut  Jean,  baptisé  le  18  mai  1645,  et  Louis, 
baptisé  le  16  avril  1646  (5}.  Tous  deux  furent  peintres  :  on  t  peu  <k 
rensdgnemenu  sur  eux.  On  sait  cependant  que  Jean  obtint  de  son 
père,  le  31  février  1674,  la  cession  du  brevet  de  gardien  des  peintores 
de  Fontainebleau. 

Les  détails  biographiques  sur  Louis  manquent  absolument  Tai  dé 
couvert  la  minute  du  contrat  de  mariage  de  cet  artiste;  ce  docucoent 
m'a  appris  que  Louis  Dubois  était  peintre  du  Roi.  Je  le  publie  inté- 
gralement; il  porte  la  sigiuture  du  père  et  celle  du  fils,  qu'on  trou- 
vera reproduites  en  fiic-simile.  Le  contrat  fut  passé  à  Fontaine- 
bleau, le  17  septembre  1670,  par-dtvant  M*  Ratault,  notaire. 

Furent  présents  Louis  Dulxùs,  peintre  du  Roy,  demeurant 

(I)  Cf.  DicHomutire  de  Jal. 
(3)  Ajnbroite  Dubois  était  mort  eo  février  1614. 
<3)  ArcktPft  de  Fart  frtmçaiSy  t.  III,  p.  346. 
i4)  DictiomMMire  6c  Jal. 
5)  n  c«t  taot  doute  pour  parrain  ton  oncle  Looit. 


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JEAN   ET  LOUIS  DUBOIS  89 

à  Fontainebleau,  fils  de  noble  homme  Jean  Dubois,  peintre 
et  vallet  de  chambre  ordinaire  de  Sa  Majesté,  ayant  Tentre- 
tenement  des  peintures  du  chasteau  dudict  Fontainebleau, 
et  de  deffunte  damoiselle  Marie  Outrebon,  jadis  sa  femme, 
dudict  sieur  Dubois,  son  père,  assisté  à  Tefifect  des  présentes, 
d'une  part. 

Et  Martin  Jamin,  jardinier  du  Roy  et  concierge  de  la 
maison  de  la  fontaine  et  escuries  de  la  Reyhe  au  chasteau 
dudict  Fontainebleau,  y  demeurant,  au  nom  et  comme  stî- 
pullant  pour  Saincte  Jamin,  sa  fille  et  de  deffunte  Antoinette 
de  Caen,  jadis  sa  femme,  à  ce  présente  et  de  son  consente- 
ment, pour  elle  et  en  son  nom,  d'autre  part. 

Lesquels,  en  la  présence ,  de  Tadvis  et  consentement  de 

leurs  parens  et  amis  cy  après  nommez,  qui  sont  Louis  Jamin, 

oncle  paternel,  et  Gilles  Paulmier,  sieur  d'Orgemont,  cy- 

devant  vallet  de  garde  robbe  du  Roy,  cousin  issu  de  germain 

du  mesme  costé  de  ladicte  Saincte  Jamin,  ont  recogneu  et 

confessé  avoir  faict  et  accordé  entr'eux,  de  bonne  foy,  le 

traicté  de  mariage  qui  ensuit,  sçavoir  est  que  ledict  s''  Martin 

Jamin  a  promis  bailler  et  donner  ladicte  Saincte  Jamin,  sa 

fille,  audict  s'  Dubois  fils,  qui,  de  sa  part,  la  promet  prendre 

à  femme  et  légitime  espouze,  et  ledict  mariage  faire  et  solem- 

niser  en  face  de  nostre  mère  saincte  Eglise,  sy  Dieu  et  elle  y 

consentent  et  accordent,  pour  estre  les  futurs  espoux,  comme 

ils  seront  uns  et  communs  en  tous  biens  meubles  acquests  et 

conquests,  immeubles,  suivant  et  au  désir  de  la  coustume  de 

Melun,  ne  seront  néantmoings  subjects  aux  debtes  et  hypo- 

tecques  Pun  de  l'autre  faictes  et  créés  avant  la  cellébration 

dudia  mariage ,  ains  sy  aucunes  d'icelles  seront  payées  et 

acquittées  par  celuy  du  costé  duquel  elles  procedderont  et 

sur  ses  biens,  sans  que  l'autre  ny  ses  biens  en  soient  tenus, 

se  prendront  lesdicts  futurs  espoux  aux  biens  et  droicts  à 

chacun   d'eux  appartenans    par  les   successions   desdictes 

deffuntes,  leurs  mères,  concistans,  ceux  de  ladicte  future 

TOME  V.  12 


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go  REVUE   DES  DOCUMENTS   HISTORIQUES 

espouze  en  Ut  moitié  d'une  maison  seize  à  la  Brosse»  ptfnmse 
d'HeriCy,  aplicqué  la  totalité  à  chambre  basse,  chambre 
haulte  et  grenier  dessus,  au  logement  d'un  vigneron,  fournil, 
escurie  et  autres  apartenances,  couverte  de  thuille,  plus  en 
la  moitié  d'un  grand  presoir  à  bras  garni  de  tous  sa  usten- 
silles  pour  le  faire  tourner  et  n^vailler,  plus  en  la  moitié 
d'une  fouUerie  et  cave  dessoubs,  ladicte  foullerie  garnie  de 
deux  grandes  cuves,  bagnoire  et  rondeaux  servant  à  Tutilité 
de  la  vendange,  plus  en  la  moitié  d'un  petit  clos  enfermé  de 
murs  à  costé  de  ladicte  maison  où  il  y  a  demi  arpent  de 
vignes,  plus  et  en  la  moitié  de  deux  arpens  de  vignes  en 
plusieurs  et  diverses  pièces,  le  tout  scitué  audia  lieu  de  la 
Brosse  et  revenant  à  ladicte  future  espouze  par  la  succession 
de  ladicte  deffunte  Antoinette  de  Caen,  sa  mère,  attendu  les 
advantages  que  ledict  s'  Jamin  et  ladicte  defiunte  sa  femme 
ont  faict  à  leurs  autres  enfans.  Comme  aussy  en  favair  dudia 
futur  mariage  ledict  s'  Jamin  père  s'oblige  de  donner  ausdicts 
futurs  espoux  à  cause  de  sadicte  fille  en  advancement  d'iKÂrie 
sur  sa  succession  future,  la  veille  de  leurs  espouzaiiks,  la 
somme  de  quatre  cens  livres  en  meubles  et  linge  suivant 
l'estimation  qui  en  sera  faiae  à  Tamiable  entre  les  parties. 
De  plus,  en  considération  dudict  mariage  ledict  s'  Jamin 
père  s'oblige  de  fournir,  la  veille  desdictes  espouzailles,  et 
mettre  ez-mains  dudict  futur  espoux  une  démission  escrite 
en  parchemin  par  luy  passée  ce  jourdhuy  par  devant  le  no* 
taire  soubsigné,  de  laquelle  ne  seroit  resté  minutte  chés  luy, 
de  sa  charge  de  concierge  de  la  maison  de  la  fontaine  et 
escuries  de  la  Reyne  audict  chasteau  de  Fontainebleau,  jardin 
et  parc  en  deppendant,  remplie  du  nom  dudia  futur  espoux, 
pour,  en  vertu  d'icelle,  se  faire  pourveoir  et  recevoir  à  ses 
frais  et  despens  en  ladiae  charge,  le  plustost  que  ce  pourra, 
mesme  de  luy  délivrer  dans  ladiae  raille  des  espouzailles  le 
brevet  de  la  susdicte  charge  accordé  par  le  Roy  en  faveur 
dudia  s"*  Jamin  père  le  vingt-cinq  janvier  M  VF  quatorze 


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JEAN  ET  LOUIS  DUBOIS  9I 

fiigné  Louis  et  plus  bas  de  Loménie,  au  bas  duquel  est  la 
réception  d^iceluy  Jamin  en  datte  du  mesme  jour  signé 
Sébastien  Zamet. 

Ledict  futur  espoux  a  doué  et  doue  sadicte  future  espouze 
de  la  somme  de  mil  livres  de  douaire  préfîx  pour  une  fois 
payer  à  l'advenir  et  prendre  par  elle  quand  il  aura  lieu  géné- 
rallement  sur  tous  et  chacuns  les  biens  meubles  et  immeu- 
bles présens  et  advenir  d'iceluy  futur  espoux  qu'il  en  a  dès 
à  présent  chargez,  affectez,  obligez  et  hypotecquez  à  fournir 
et  faire  valloir  ledict  douaire  duquel  ladicte  future  espouze 
jobira  au  terme  de  la  coustume  dudict  Melun. 

Le  survivant  desdicts  futurs  espoux  aura  et  prendra  par 
préciput  des  biens  meubles  de  ladicte  future  communauté 
tels  qu'il  voudra  choisir  réciprocquement  jusques  à  la  somme 
de  deux  cens  livres  tournois,  suivant  la  prisée  de  Pinventaire 
et  sans  iceus,  ou  ladicte  somme  en  deniers  comptans  au  choix 
dudict  survivant.  Sera  loisible  à  ladicte  future  espouze  de 
renoncer  ou  accepter  ladicte  communauté  et  en  y  renonceant 
reprendra  franchement  et  quittèrent  ce  qu'elle  aura  apporté, 
luy  aura  esté  donné  en  mariage,  luy  sera  advenu  et  escheu 
par  succession,  donnation  ou  autrement,  mesmes  sesdicts 
douaire  et  préciput  tels  que  dessus,  sans  estre  tenue  d'au- 
cunes debtes  de  ladicte  communauté,  encores  qu'elle  y  eust 
parlé,  s'y  feust  obligée  ou  y  eust  esté  condamnée,  dont  elle 
sera  acquittée  et  indemnisée  par  et  sur  les  biens  dudict  futur 
espoux,  pour  quoy  elle  y  aura  hypotecque  du  jour  et  datte 
du  présent  contract  de  mariage.  S'il  est  vendu,  allienné  ou 
rachepté  aucuns  héritages  ou  rentes  appartenant  en  propre  à 
l'un  ou  l'autre  desdicts  futurs  époux,  remploy  sera  faict  des 
deniers  en  provenant  en  achapt  d'autres  héritages  ou  rentes 
pour  sortir  mesme  nature  de  propre  à  celuy  auquel  les  choses 
auront  esté  vendues,  alliennées  ou  racheptées.  Et  si,  au  jour 
de  la  dissolution  dudict  mariage  ledict  remploy  ne  se  trou- 
voit  faict,  les  deniers  s'en  reprendront  sur  les  biens  de  ladicte 


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9«  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

future  communauté,  et  sy  il  ne  suffisent  à  i'esgard  de  ladiœ 
future  espouze,  ce  qui  s'en  deffaudra  sera  repris  sur  les  pro- 
pres et  autres  biens  dudict  futur  espoux,  car  ainsy  est,  etc^ 
chacun  en  droit,  etc. 

Fait  et  passé  audict  Fontainebleau  en  la  maison  dudia 
s'  Duboys  père  Tan  M.VI^  soixante-dix,  le  dix-sepdesme  jour 
de  septembre  après  midy  cs-présences  de  Qaude  Saizy, 
maistre  chirurgien,  et  Louis  Thion,  clerc,  demeurants  audia 
Fontainebleau,  témoins.  Et  ont  signé. 


^'^(^f-'^^'Q^  ^(^Ji^ 


M.  Jamyn.  Saincte  Jamyn.  Jamtn. 

Paulmier.  Thion.  Saizt. 

•Ratault, 


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FRANÇOIS-JOSEPH  TALMA 


Cette  lettre  de  Talma  à  Vedel,  récemment  nommé  caissier  du 
Théâtre- Français,  a  été  écrite  sur  un  ton  badin.  Le  grand  tragédien 
était  alors  en  représentation  à  Lyon,  où  il  obtenait,  comme  d'ordi- 
naire, le  plus  éclatant  succès.  Il  constate  plaisamment  son  triomphe  et 
les  bénéfices  de  son  directeur;  puis  il  aborde  ces  malheureuses  ques- 
tions d'argent  qui  lui  causèrent  tant  d'ennuis.  Talma  avait  le  goût  de 
la  dépense  et  il  ne  sut  jamais  équilibrer  son  budget.  Il  enregistrait,  à  la 
vérité,  ses  dettes  avec  une  conscience  digne  d'éloge,  mais  il  ne  les 
payait  jamais.  On  verra  dans  la  lettre  que  je  publie  plus  loin  qu'il 
faisait  volontiers  des  billets,  tout  comme  un  négociant. 

Cest  à  la  collection  d'un  écrivain  sur  le  théâtre,  M.  Edmond  de 
Manne,  que  j'emprunte  cette  intéressante  épître  de  Talma. 


Lyon,  ce  i5  octobre  1824. 

Mon  cher  ami,  nous  avons  appris,  Caroline  et  moi,  avec 
un  bien  grand  plaisir  que  vous  aviez  enfin  obtenu  de  suc- 
céder à  ce  pauvre  Cormeille.  Nous  le  savions  déjà  avant 
votre  lettre,  et  par  les  papiers  et  par  des  voyageurs  venant 
de  Paris.  Je  n'ai  que  le  regret  de  ne  pas  avoir  été  là  pour 
vous  donner  ma  voix,  car,  lorsque  le  gendre  de  Martin  vint 
me  parier,  je  lui  avais  déclaré  que  si  vous  vous  mettiez  sur 
les  rangs,  je  vous  la  donnerais,  ce  que,  du  reste,  il  trouva 
très-juste.  Allons,  mon  cher  ami,  à  la  besogne;  une  caisse 


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94  REVUE  DES  DOCUMENTS  fUSTOtlQUBS 

et  une  femme  &  surveiller,  ce  n'est  pas  une  petite  chose.  Je 
tftcherai  de  féconder  Tune  ;  chargez-vous  de  féconder  Fautre; 
enflons-les  chacun  de  notre  côté.  A  propos  d'enflure,  je 
ne  m'en  acquite  pas  mal  ici,  non  pas  avec  Caroline^  mss 
avec  la  caisse  de  Singier.  Il  gagnera  une  cinquantaine  de 
mille  francs  à  mon  voyage,  tous  (rais  faits.  Aussi  je  jooc 
cinq  fois  par  semaine;  il  veut  absolument  m'arracber  vin^ 
représentations,  et  pour  çft  il  faut  que  je  reste  jusqu'au  24 
de  ce  mois,  et  je  ne  sais  trop  comment  m'arranger  avc£ 
Paris.  Mon  congé,  daté  du  13  de  septembre^  ne  doit,  par  h 
clôture  qui  a  eu  lieu,  commencer  que  du  jour  de  la  réoorer- 
turc  des  spectacles,  c'est-à-dire  du  24  septembre,  ex  je  n'ar- 
riverai que  le  28,  pour  jouer  le  3o,  s'il  est  possible*  Mas 
je  vous  avoue  que  cela  me  sera  bien  pénible  après  un  voyage 
de  1 16  lieues  par  de  mauvais  chemins.  Je  n'aurai  qu'un  jov 
de  repos,  qui  ne  me  reposera  pas,  car  vous  savez  ce  que 
c'est  qu'une  arrivée.  Si  la  pièce  nouvelle  fait  autant  d'ai^ent 
qu*on  le  dit,  est-ce  qu'on  ne  pourrait  pas  me  donner  rqm 
jusqu'au  i*'  ou  a  novembre?  Voyez  donc  cela,  mon  dicr 
ami.  Ne  pourriez- vous  pas  dire,  vers  le  20  de  ce  mois,  que 
vous  avez  reçu  une  lettre  de  moi,  que  j'arrive  le  24  a  Bninoî, 
où  je  me  reposerai  quelques  jours,  et  que  je  reprendrai  mon 
service  le  i*'  ou  le  2  novembre.  Je  sais  bien  qu'ils  cherdifr- 
ront  à  avoir  une  représentation  de  moi  pour  la  fin  du  mois, 
mais  tâchez,  mon  cher  ami,  de  les  détourner  de  cet  espoir. 
Au  reste  écrivez-moi,  courrier  par  courrier,  ce  que  vous 
pensez  de  cela,  et  conseillez-moi  dans  cette  circonstance.  Je 
recevrai  encore  votre  lettre  à  temps,  si  vous  m'éaiviez  sur 
le  champ.  Puisque  vous  tçnez  la  caisse  maintenant,  mon 
cher  ami,  j*ai,  je  crois,  laissé  à  ce  pauvre  CormeiUe  mon 
reçu  pour  ma  subvention  de  septembre  payée  en  oaobre. 
Je  le  suppose  du  moins  ;  c'est  ce  que  je  fais  toutes  les  fob 
que  je  vais  en  voyage;  je  lui  donne  mes  reçus  d'avance. 
Voyez  cela.  J'avais  adresse  chez  lui  pour  la  fin  de  ce  mds 


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FRANÇOIS-JOSEPH   TALMA  gS 

pour  7  mille  francs  de  billets,  mais,  comme  leur  échéance 
n'est  qu'au  3o,  j'arriverai  encore  assez  à  temps  pour  vous 
donner  l'argent.  Au  reste,  s'il  y  en  avait  quelques-uns  qui 
dussent  échoir  un  peu  plutôt,  ce  que  je  ne  présume  pas, 
faites^moi  le  plaisir  de  les  payer,  comme  fesait  Cormeille, 
puisque  le  montant  vous  en  sera  remis  le  28.  Dites-moi  donc 
qui  vous  remplace  au  secrétariat?  Quand  revient  Lafon; 
quand  ses  épanchements  de  famille  finissent-ils  ?  Et  cette 
pauvre  Duchénois,  comment  va-t'elle  ?  Quand  sera-t'elle  en 
état  de  reprendre  son  service  ?  L'opération  qu'on  dit  qu'elle 
a  subie  m'inquiète.  Nous  n'avons  point  de  ses  nouvelles,  et 
nous  ne  savons  que  penser. 

Adieu,  mon  cher  ami,  voilà  bien  des  points  sur  lesquels 
il  faut  que  vous  me  répondiez,  et  vous  n^avez  pas  un  .moment 
à  perdre  pour  que  je  reçoive  votre  lettre. 

Caroline  et  moi,  nous  vous  embrassons  de  tout  notre 
cœur* 

A  vous. 

Talma. 


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JEAN-HENRI   D'ANGLEBERT 


Jetn^Henn  d*Anglebert,  davedaiste  de  la  dumbre  de  Loub  XIV, 
publia  à  Paris,  en  1689,  l'ouvrage  suivant  :  Pièces  de  da»edn  apte  If 
manière  de  les  jouer^  diverses  chaames,  ouvertures^  et  autres  airs  de 
Monsieur  deLulljr  mis  sur  cet  instrument,  quelques  fugues  pour  rorgue, 
et  les  principes  de  t accompagnement.  En  tête  de  ce  livre  se  trouvait  k 
portrait  de  Tautear,  peint  par  Mignard  et  gravé  par  Vermetden.  Cest 
tout  ce  qu'on  sait  de  ce  contemporain  de  Lulli.  Void  une  quittance  de 
lui  que  j'emprunte  à  la  collection  de  feu  M.  Alfred  Sensier. 


En  ia  présence  des  notaires  au  Chastellet  de  Paris  soubz- 
signez  Jean-Henry  d^Anglebert,  ordinaire  de  la  musique  de 
la  chambre  du  Roy  pour  le  clavesin,  demeurant  à  Paris  rue 
de  TArbre-Sec,  parroisse  Saint  Germain  TAuxerois,  a  con- 
fessé avoir  receu  comptant  de  noble  homme  Pierre  Turlin, 
conseiller  du  Roy,  trésorier  général  de  son  argenterie,  la 
somme  de  soixante  livres  au  dit  d' Anglebert  ordonnez  estrc 
payée  pour  son  payement  de  Tentretenement  qu'il  a  faict  du 
clavesin  durant  le  ballet  de  la  naissance  de  Vénus,  de  laquelle 
somme  de  soixante  livres  il  se  tient  contant  et  en  quitte  le 
dit  sieur  Turlin,  trésorier  susdit,  et  tous  autres,  promettant, 
obligeant,  renonceant,  etc.  Faia  et  passé  à  Paris  es  estudes 
Tan  mil  six  cens  soixante  cinq  le  dernier  jour  de  juillet  et  a 
signé. 


i^l/hij^y0h:f 


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OKOur:    D  KXï:c:uTioN    inc    m  ad  ami-:    roi.ani> 


\^  ^QM^Uc^tliJU^ 


TRIBUNAL    CRIMINEL 

Bcvolulionnaîre    établi  par  Ja  Loi   du   lo 
mars  1793^  Fan  2«.  de  la  République, 


L'exécuteur  des  Jugemens  criminels  ne 
fera  faute  de*  se  rcndr0j^^^^<4^2j^%.<,.v.^^ 
jy^fl'^  à  la  Maison  de  JusoSc  pour  y  mettre 
à.  exécution  le  jugement  qui  condamne /^t^-<^_>^ 

à  ïa  peine  de    Ç(c<nJ^Z5^ 


J>xécation  aura  lieu  à       09'0-i/Xj>  faeurea  ^^^  ^ 
^y^-^v-'^Ja  place  d« /î^^.^^^,,,^:^ 


rAc<na3ateur  mibJic. 

_       _  e 


..T..™.  „  H^ku.^J.ff'^ 


Revue  des  Documc.Us  historJc^ucSy  tj  Vf^^rtrf.'  ;.'   - 
•        •  '-  t      "  '  '    '  ' 

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MADAME   ROLAND 

ET   LES 

HÉBERTISTES 


Parmi  les  documents  révolutionnaires  recueillis  par  feu  M.  Alfred 
Sensier  figuraient  plusieurs  ordres  d'exécution.  Les  formules  étaient  im- 
primées, en  ne  laissant  en  blanc  que  les  noms  et  Theure.  Quand  une 
condamnation  était  prononcée,  on  remplissait  l'imprimé  et  on  remettait 
l'ordre  à  Fouquier-Tinville,  qui  apposait  au  bas  sa  redoutable  signa- 
ture. Suivant  le  nombre  des  condamnés,  on  se  servait  du  papier  in-8  ou 
in-4. 

Je  reproduis  en  fac-similé  les  ordres  d'exécution  de  Madame  Roland 
et  des  Hébertistes.  Le  premier  est  in-8  et  le  second  in-4. 

Madame  Roland,  traduite  devant  le  tribunal  révolutionnaire,  le 
8  novembre  1793,  comme  complice  des  Girondins,  fut  condamnée  à 
mort.  Le  lendemain  elle  fut  conduite  à  Téchafaud  avec  Lamarche,  le 
directeur  de  la  fabrication  des  assignats  ;  pendant  le  trajet,  elle  opposa 
un  calme  et  une  sérénité  remarquables  aux  injures  et  aux  huées  de  la 
populace,  et  elle  ne  s'occupa  qu'à  relever  le  courage  de  son  compagnon, 
abattu  par  l'approche  de  la  mort. 

Hébert  fut  arrêté  le  i3  mars  1794,  mis  en  jugement  le  22  et  con- 
damné le  24,  avec  dix-huit  de  ses  partisans,  parmi  lesquels  le  général 
Ronsin,  l'imprimeur  Momoro,  le  fameux  Anacharsis  Cloots,  Vincent, 
le  secrétaire  général  du  ministère  de  la  guerre,  etc.  L'ordre  d'exécution 
portait  d'abord  Hébert  et  dix'-huit  autres  conspirateurs,  mais  cette  for- 
mule était  irrégulière  et  on  dut  inscrire  en  marge  les  noms  de  tous  les 
condamnés.  On  mentionna  aussi  qu'il  faudrait  trois  voitures  pour  le 
transport. 


TOBiE  V.  l3 


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ARMAND  CARREL 


Après  la  révolution  de  i83o,  Armand  Carrel,  qui  avait  signé  la  pro- 
tesution  des  journalistes  et  puissament  contribué  au  renversement  de 
Charles  X,  fut  chargé  d'une  mission  dans  l'Ouest  de  la  France.  C'étaîL 
à  vrai  dire,  une  mission  délicate  et  toute  de  confiance,  que  celle  de  visi- 
ter cette  Bretagne,  restée  si  fidèle  aux  idées  ro]ralistes  et  qui  devait  ccrt 
foncièrement  hostile  au  nouveau  gouvernement.  Carre!  accomplit 
consdencteusement  son  devoir  et  commença  par  le  département  de  h 
Loire*Inférieure;  puis  il  passa  dans  le  Morbihan,  C'est  de  Vaimes  qu'il 
adressa,  le  1 5  août  i83o,  un  rapport  à  Casimir-Périer,  chargé  du  minis- 
tère de  rinténeur.  Ce  document,  dont  l'original  £ut  partie  de  la  col- 
lection de  M.  B.  Fillon,  est  des  plus  curieux  par  les  détails  qn'U 
renferme  sur  les  populations  de  l'Ouest,  qui  étaient  alors,  comme  la- 
jourd'hui,  profondément  divisées  en  libéraux  et  en  royalistes,  pleins 
d*animosité  les  uns  contre  les  autres.  Carrel  montre  un  grand  e^t 
de  modération  et,  tout  en  laissant  voir  ses  préférences,  il  conseille  une 
politique  d'apaisement  et  insiste  sur  la  nécessité  de  traiter  avec  beaucoup 
de  ménagement  les  prêtres  de  l'Ouest,  qui  ne  sont  pas  aussi  fanatiques 
qu'on  croit  et  qui  se  conduiront  bien,  s'ils  sont  assurés  des  bonnes  dis- 
positions ou  au  moins  de  l'indifférence  du  gouvernement  à  leur  égud. 

A  monsieur  le  commissaire  provisoirement  chargé  du 
Ministère  de  Tintérieur. 

Vannes,  le  i5  août  i83o. 

Monsieur  le  commissaire, 

Ma  tournée  dans  le  département  de  la  Loire-Inférieure  est 
achevée.  J'ai  laissé  ce  département  dans  le  provisoire  comme 
il  y  était  quand  j'y  arrivai.  En  l'absence  du  nouveau  préfet. 


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ARMAND  CARREL  99 

M.  de  S*  Aignan,  je  n^ai  pas  été  assisté  par  les  autorités 
comme  j'aurais  pu  Têtre.  Les  anciens  fonctionnaires  m'ont 
généralement  pris  pour  un  homme  qui  venait  préparer  leur 
destitution  et  j'ai  souvent  été  traversé,  bien  loin  d'être  aidé 
par  eux  dans  les  démarches  qui  devaient  m'instruire  de  Tétat 
du  pays  :  cette  crainte  de  leur  part  n'a  rien  d'étonnant  et  je 
ne  m'en  plains  pas.  II  était  jusqu'à  un  certain  point  dans  la 
nature  de  la  mission  que  je  remplis  de  les  inspirer.  Je  veux 
seulement  que  vous  sachiez  que  beaucoup  de  données  m'ont 
manqué.  Au  reste,  tous  les  renseignements  qui  m'ont  été 
refusés,  on  a  dû  les  adresser  à  M.  de  Saint-Aignan.  Par  une 
voie  ou  par  l'autre  l'administration  sera  donc  informée. 

Comme  j'ai  eu  l'honneur  de  vous  le  dire  dans  ma  précé- 
dente, l'autorité  militaire  est  prépondérante  dans  le  départe- 
ment de  la  Loire-Inférieure  et  surtout  à  Nantes.  Il  en  sera 
ainsi  tant  que  durera  l'absence  du  préfet  et  cela  est  mauvais 
parce   que   la  lutte  est  finie  et  l'établissement  régulier  des 
choses  doit  commencer.  L'autorité  civile,  telle  qu'elle  était 
constituée  à  Nantes  à   mon   départ,  était  d'ailleurs  assez 
d'accord  avec  l'autorité  militaire  et  le  négoce  nantais  sur  les 
mesures  à  suivre,  c'est-à-dire  sur  la  convenance  et  la  haute 
habileté  qui  peuvent  être  à  ne  rien  faire  du  tout,  faire  en  sorte 
que  le  peuple  n'entende  parler  de  rien,  ne  sache  que  tard 
ou  incomplètement  ce  qui  se  passe,  n'entende  rien  aux  ques- 
tions-, voilà  le  chef-d'œuvre  de  la  politique  aux  yeux  de  tout 
ce  monde.  Ce  sont  les  traditions  de  l'Empire  et  du  gouverne- 
ment de  la  Restauration  qui  passent  au  service  de  l'ordre 
de  choses  actuel.  On  se  fait  un  monstre  du  peuple  Breton. 
On  croit  que  le  seul  moyen  d'obtenir  sa  tranquillité,  c'est  de 
le  tromper  ou  de  le  laisser  dans  l'ignorance,  comme  cela  s'est 
pratiqué  depuis  trente  ans.  L'esprit  négociant  étroit,  dur, 
égoïste,  est  généralement  ami  de  ces  moyens  de  gouverne- 
ment; reste  à  savoir  si  c'est  par  eux  qu^on  voudra  consolider  . 
la  Révolution  de  i83o, 


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lOO  KEVCE  DES  DOCDMENTS  HISTOItfQOES 

J'aurais  désiré  que  les  quatre  ou  dnq  grandes  inâoenoes 
du  chef-lieu  s'entendissent  pour  adresser  à  la  popuiatioa  des 
campagnes  une  proclamation  expliquant  simpleaicnt  ks 
événements  de  Paris  et  rassurant  leur  esprit  sur  le  retour  de 
couleurs  qui  nécessairement  rappellent  dans  ce  pays  de  mau- 
vais tems.  Il  n'y  a  eu  qu'une  voix  contre  ma  proposition.  Oc 
a  trouvé  que  dire  aux  paysans  :  n'ayez  pas  peur  du  drapeau 
tricolore,  ce  serait  leur  dire  :  armez-vous  contre  lui;  que  rap- 
peler la  première  révolution  et  le  régime  impérial  pour  £aire 
sentir  la  différence  des  hommes  et  des  temps,  ce  serait  réveilla- 
la  Vendée  et  la  chouannerie,  comme  s'il  suffisait  de  nooimer 
ces  époques  pour  exaspérer  la  population;  qu'enfia,  dire  que 
la  religion  catholique  a  été  proclamée  le  culte  de  la  majorité 
des  Français  ce  serait  annoncer  de  nouvelles  persécutions 
contre  elle.  Les  hommes  de  l'Empire  et  ceux  de  la  Restaura* 
tion  éprouvent  une  difficulté  égale  à  comprendre  le  bien  qu'on 
peut  faire  avec  la  presse.  On  leur  dit  en  vain  que  le  système 
qui  vient  de  triompher  par  la  Presse  doit  gouverner  aujour- 
d'hui par  la  Presse;  que  la  Presse  bien  maniée  suffit  pour 
lutter  ici  contre  l'influence  des  prêtres;  qu'il  est  facile  de  pré- 
voir ce  que  diront  les  Prêtres  et  quelques  nobles  influents 
pour  nuire  à  l'ordre  de  choses  actuel  et  qu'à  tout  on  peut 
répondre  par  de  bonnes  et  sages  instructions  tirées  à  grand 
nombre,  répandues  et  affichées  partout.  On  vous  répond 
gravement  que  les  affiches  ameutent  le  monde,  Tinquiètent, 
le  font  causer,  et  que  cela  est  dangereux.  Ne  pas  faire  causer, 
c'est  là  le  mot  d'ordre  de  nos  gens  prétendus  prudents;  faire 
une  révolution  à  la  sourdine  et  gouverner  sans  bruit  pour 
que  le  peuple  ne  s'inquiète  pas,  voilà  ce  que  j^entends  recom- 
mander partout.  Il  faut,  je  crois,  sinon  d'autres  hommes,  au 
moins  une  impulsion  fort  différente  de  celle  qu'ont  reçue  les 
fonaionnaires  des  précédents  gouvernements. 

Ce  que  l'autorité  ne  veut  pas  faire  ici,  l'industrie,  les  spécu- 
lations privées  le  font.  On  imprime  à  Nantes  de  petites  feuilles 


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ARMAND  CARREL  lOI 

résumant  les  nouvelles  de  Paris  et  que  des  colporteurs  vont 
répandre  dans  les  campagnes  en  y  gagnant  beaucoup  d'argent. 
L'autre  jour,  comme  j'entrais  dans  le  bourg  de  Coiron  sur  la 
Loire,  un  de  ceux  qui  se  sont  montrés  les  plus  remuants 
dans  l'arrondissement  de  Savenay,  je  vis  un  de  ces  colpor- 
teurs apporter  ses  feuilles;  les  paysans  les  lui  arrachaient,  leur 
-  argent  à  la  main.  J'ai  vu  la  même  chose  au  petit  bourg  de 
Nore,  dans  l'arrondissement  de  Châteaubriant.  Le  petit  nom- 
bre de  pièces  officielles  que  j'ai  vues  affichées  dans  les  villages 
non  seulement  étaient  lues,  mais  respectées.  Peut-être  dans 
toute  cette  population  qu'on  peint  comme  si  formidable  à 
Tordre  de  choses  actuel,  n'y  a-t-il  pas  une  seule  de  ces  affiches 
déchirées.  J'ai  parcouru  à  pied  et  à  cheval  les  arrondissements 

de  Paînibeuf,  de  Savenay,  de  Châteaubriant.  J'ai  causç  av£C 

I  z  •*  •  •  • 
des  gens  de  toute  classe;  les  bourgeois  partout  comprcilàîwif' 

que  la  Révolution  de  Paris  était  un  grand  avantagcpoyirjeujjir 
Les  paysans  n'avaient  qu'un  mot,  c'est  qu'ils  voulaient  rester 
en  paix  et  que  c'était  assez  d'avoir  fait  deux  fois  la  guerre. 

J'ai  vu  des  villages  tout  entiers  qu'on  désignait  comme 
libéraux^  les  paysans  paraissaient  avoir  une  grande  animosité 
contre  d'autres  villages  leurs  voisins  et  qu'ils  disaient  entière- 
ment royalistes.  Presque  tous  les  villages  riverains  de  la  Loire 
ou  des  affluents  sont  dans  le  premier  cas.  Ils  ont  arboré  les 
couleurs  aussitôt  que  Nantes.  J'entendais  les  habitants  dire  : 
«  Les  Chouans  ont  leurs  armes  qu'on  leur  a  laissées  depuis 
»  quinze  ans;  nous,  nous  n'en  avons  pas;  mais  si  nous  en 
»  avions  nous  n'aurions  pas  besoin  qu'on  vienne  à  notre 
»  secours  ;  nous  mettrions  les  Chouans  à  la  raison.  »  Par  tout 
ce  que  j'ai  vu,  je  ne  crois  pas  exagérer  en  disant  que  dans  le 
département  de  la  Loire-Inférieure  la  population  est  mi-partie 
de  gens  attachés  aux  idées,  aux  habitudes  de  l'ancien  régime, 
et  de  gens  plus  industrieux,  plus  à  portée  des  villes  ou  des 
grandes  communications  et  qui  sont  arrivés  au  degré  de 
civilisation  que  supposent  nos  institutions.  Il  m'a  semblé  que 


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lOl  REVUE   DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

les  uns  et  les  autres  étaient  également  flattés  de  Fidée qai 
Tavenir  ils  pourraient  nommer  leurs  maires  et  conseiikT^ 
municipaux.  Chacun  profitera,  suivant  son  opinion^  de  octe 
liberté  nouvelle.  J  ai  trouvé  aussi  que  les  pa^^sans  plus  avancés, 
hommes  et  femmes,  n'étaient  guère  moins  attachés  à  leon 
prêtres  que  les  plus  arriérés.  Il  faut  traiter  avec  beaucoup  de 
ménagement  les  prêtres  de  TOuest.  Ils  ne  sont  pas  aus»  fana- 
tiques qu'on  le  croit.  Id,  ils  ont  de  véritables  ouailles;  loir 
ministère  plait  et  plaira  longtemps  encore  à  la  populat}<». 
Pour  peu  qu'ils  soient  assurés  des  bonnes  dispo^doos  ou 
seulement  de  l'indiflFérence  du  gouvernement  à  leur  ^anL 
ils  se  conduiront  bien.  Les  prêtres  sont  intrigants  et  méehtnis 
par  nécessité,  là  où  ils  pensent  que  leur  existence  n'a  plus  de 
xacÎQçsrdans  les  idées  de  la  population.  J'ai  été  fort  heureux 
*  de'ptofuvoir  assurer  partout  aux  pieux  Bretons  que  leurs  prè- 
'  itfeaf  9èràiçnt  toujours  payés  par  TÉtat.  Dans  le  boui]g  de  Is 
Mieillerare,  arrondissement  de  Chfiteaubriant,  j'ai  entendu  un 
curé  prêcher  ses  paroissiens  tout  à  fait  dans  le  sens  des  der- 
niers événements.  Cela  est  d'autant  plus  remarquable  qu'il  y 
a  dans  les  environs  un  couvent  de  Trapistes  très  influent 
Au  sujet  de  ce  couvent,  j'ai  entendu  avec  plaisir  plusieurs 
paysans  faire  la  remarque  que  les  bons  religieux  attiraient  à 
eux  toute  l'industrie  du  pays  environnant.  Ils  fabriquent  de 
grossières  étoffes,  des  meubles,  des  ustensiles  de  tcxites  sortes 
qu'ils  vendent  fort  bien;  ils  cultivent  une  grande  étendue  de 
terrain  et  fournissent  de  fruits  et  de  légumes  les  marchés  de 
plusieurs  villages.  Les  paysans  sentent  qu'il  vaudrait  mieux 
que    ces    bénéfices    fussent    faits    par   eux    que    par   des 
moines. 

L'ex-Roi  aussi  bien  que  son  fils  se  sont  faits  le  plus  grand 
tort  aux  yeux  de  leurs  partisans  par  leur  lâcheté.  On  est 
brave  avant  tout  en  Bretagne  et  l'on  ne  conçoit  pas  que  les 
princes  se  soient  laissés  chasser  de  Paris,  aient  abdiqué  au 
bout  de  trois  jours  et  aient  demandé  un  sauf  conduit  quand 


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ARMAND  CARREL  Io3 

ils  pouvaient  se  faire  jour  avec  les  troupes  qui  les  accompa- 
gnaient encore.  Le  résultat  de  cela  est  excellent.  Cest  que 
Charles  X  et  le  duc  d'Angoulên^e  sont  complètement  dépopu- 
larisés en  Bretagne.  On  rougirait  de  lever  l'étendard  en  faveur 
de  ces  indignes  fuyards.  Les  plus  opposés  au  système  actuel 
ne  peuvent  se  rattacher  qu'au  duc  de  Bordeaux,  mais  dans 
quel  avenir  ?  Un  prince  de  lo  ans  n'est  guère  en  état  de  sou- 
lever la  Bretagne.  Les  anciens  chefs,  ceux  qui  raisonnent, 
avouent  que  cette  idée  les  tue  et  qu'ils  ne  voient  absolument 
rien  à  faire. 

Tous  ces  renseignements,  je  les  tiens  de  la  population 
même  et  non  des  autorités.   Je  les  ai  recueillis  dans  deux 
villages  où  l'on  me  montrait  les  maisons,  les  églises,  les  cou- 
vents brûlés  dans  lai  dernière  guerre  et  dont  les  ruines  n'ont 
pas  été  relevées.  Partout  on  ajoutait,  nous  voulons  la  paix, 
qu'on  nous  laisse  seulement  tranquilles.  Quant  aux  autorités, 
)'ai  tiré  peu  d'elles.  Les  anciens  fonctionnaires  en  général  ont 
intérêt  à  peindre  comme  formidable  le  pays  qu'ils  adminis- 
traient.   C'est  une  manière  de  dire  qu'eux   seuls   peuvent 
modérer  l'esprit  des  habitants  et  qu'il  faut  les  laisser  en  place. 
Mais  il  y  a  fort  peu  de  localités  où  l'on  tienne  réellement  aux 
anciens  fonctionnaires.  Les  hommes  du  système  qui  vient  de 
tomber  ont  généralement  manqué  d'intégrité  et  le  peuple  s'en 
est  bien  aperçu.  On  n'a  rien  fait  pour  le  peuple;  on  l'a  laissé 
dans  sa  nf^isère  pour  qu'il  fut  ignorant  et  dans  l'ignorance 
pour  qu'il  fut  docile.  Plus  d'un  paysan  m'a  dit,  en  me  mon- 
trant des  cicatrices  de  l'ancienne  guerre.  «  On  nous  avait 
»  promis  que  nous  serions  exempts  d'impôt,  qu'on  nous 
»  placerait   et    qu'on  élèverait  nos  enfants,  que  tout  serait 
»  pour  rien  et  que  nous  serions  heureux  :  on  ne  nous  a  pas 
»  tenu  parole.  Jamais  nous  n'avons  tant  payé  d'impôts,  et  les 
»  droits  sur  le  sel,  le  tabac,  les  boissons  ont  encore  augmenté 
»>  depuis  Bonaparte.  » 
Si  l'on  travaille  activement  au  bien  matériel  du  peuple 


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I04  UVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQDES 

Breton  on  raffeaionnera  i  tout  jamais  au  nouTd  ordre  de 
choses  et  tous  les  éléments  de  prospérité  y  sont. 

Depuis  que  j'ai  visité  les  divers  arrondissements  de  b 
Loire  Inférieure,  plusieurs  des  premiers  fonctionnaires  om 
dû  être  remplacés.  Les  sous-préfets  de  Paimbeuf  et  de  Cbâ- 
teaubriant  m'ont  paru  se  condamner  eux-mêmes.  Le  premia- 
est  un  homme  d'esprit  qui  connaît  fort  l»en  le  pays  et  qui,  je 
dois  le  dire,  m'a  fourni  des  renseignements  vrais.  J'ai  regret 
qu'il  se  soit  compromis  sous  la  dernière  adminbtratioa  de 
manière  à  ne  pouvoir  plus  servir.  Celui  de  Châteaulxiant, 
M.  de  Boispéan,  est  un  royaliste  aussi  aveugle  que  loyal; 
comme  il  est  fort  riche,  il  n'a  pas  eu  besoin  de  pressurer  le 
pays,  et  les  hommes  de  toute  opinion  Testiment.  Celui  d'An- 
cenis  m'a  dit  qu'il  servirait  volontiers  encore.  Je  crois  dans 
tous  les  cas  qu'on  ne  peut  se  dispenser  de  lui  demander  un 
rapport  sur  la  conduite  qu'il  a  tenue  quand  le  général  De^- 
nois  vint  faire  sonner  le  tocsin  à  Ancenis  et  voulut  soulever 
le  pays. 

Le  jeune  sous-préfet  de  Savenay  doit  avoir  ses  notes  au 
ministère;  je  ne  puis  rien  dire  de  lui,  sinon  qu'il  paraît  fort 
intelligent.  Quant  à  la  Préfecture,  elle  a  tout  à  fait  besoin 
suivant  moi  de  la  présence  de  M.  de  Saint- Aignan.  Ce  n'est 
pas  que  le  département  dans  son  ensemble  puisse  causer 
quelque  crainte.  Mais  ce  n'est  pas  tout  que  la  tranquillité 
d'un  département  aussi  beau,  aussi  important  par  sa  situa- 
tion ;  il  faut  encore  que  dès  le  début  il  soit  jeté  franchement 
et  par  une  main  sure  dans  la  bonne  route.  Monsieur  de 
Saint-Aignan  me  paraît  donc  ne  pouvoir  être  remplacé 
dans  ce  premier  moment  par  personne. 

Il  se  présente  relativement  aux  anciennes  pensions  ven- 
déennes une  question  assez  délicate.  Le  gouvernement  actuel 
reconnaîtra-t-il  tous  les  services  rendus  à  l'ancienne  famille? 
A  Paris  et  au  milieu  d'une  atmosphère  toute  libérale  la  néga- 
tive peut  paraître  presqu'obligée.  Ici,  je  ne  serais  pas  de  cet 


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ARMAND  CARREL  I05 

avis.  Il  conviendrait  peut-être  que  le  gouvernement  se  fit 
adresser  au  plutôt  un  rapport  sur  les  titres  de  chacun  des 
pensionnaires.  Les  Vendéens  des  premières  guerres  sont  des 
vieillards,  presque  tous  honnêtes  et  dont  la  mort  enlève  quel- 
qu'un tous  les  jours;  ceux-là  ne  sauraient  être  bien  à  charge 
et  il  y  aurait  de  la  dureté  à  leur  enlever  de  petites  pensions 
de  5o,  de  80,  de  100  fr.  qui  leur  aident  doucement  à  mourir. 
Quant  à  ceux  dont  les  titres  datent  de  1 81 5,  il  y  aurait  plus 
d'une  radiation  à  faire.  Il  n'y  a  eu  guère  que  d'assez  mauvais 
sujets  qui  aient  pris  parti  dans  la  dernière  Vendée  et  il  y  en 
a  eu  de  recompensés  pour  de  véritables  assassinats  et  des  vols 
à  faire  pendre.  Ceux  là  pourraient  être  dépossédés  sans  que 
leurs  voisins,  qui  les  connaissent  pour  ce  qu'ils  sont,  en  mur- 
murassent.  Il  y  a  certainement  une  distinction  à  faire  et  je 
crois  qu'une  enquête  confiée  à  des  hommes  surs  mettrait  le 
gouvernement  à  même  de  trancher  cette  difficulté  à  la  satis- 
faction du  plus  grand  nombre. 

J'ai  été  étranger  à  tous  les  mouvements  administratifs  du 
chef  lieu  de  la  Loire  Inférieure;  je  n'en  puis  donc  parler. 
Mes  observations  se  sont  bornées  au  pays,  aux  habitants,  et 
je  suis  loin  de  donner  ici  tous  les  détails  que  j'ai  pu  recueillir. 
Ils  sont  rassurants.  J'ai  quitté  la  Loire  Inférieure  et  je  suis 
maintenant  dans  le  Morbihan,  c'est-à-dire  que  je  suis  passé 
d'un  centre  d'inertie  à  un  centre  d'activité.  Le  nouveau  préfet 
du  Morbihan,  M.  Lorois,  est  arrivé  en  même  tems  que  moi. 
J'attends  beaucoup  de  son  zèle  et  de  la  grande  connaissance 
qu'il  a  du  pays.  Je  trouve  en  lui,  ainsi  que  dans  le  brave  et 
excellent  général  Fabre,  autant  d'empressement  à  m'informer 
que  j'en  ai  peu  trouvé  dans  le  département  de  la  Loire  Infé- 
rieure. Cela  tient  peut-être  à  ce  que  j'ai  été  annoncé  par  le 
ministère  dans  le  Morbihan,  tandis  que  dans  la  Loire  Infé- 
rieure j'ai  manqué  de  cette  recommandation.  Suspect  aux 
autorités,  je  n'ai  pas  pu  être  aussi  utile  dans  ce  département 
que  je  l'aurais  été,  mieux  adressé  ou  plus  connu.  Tous  mes 
TOME  V.  14 


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I06  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOftIQUES 

efforts  pour  foire  concevoir  que  le  ministère  avait  voric 
s'écUirer  par  mes  yeux  et  non  pas  gêner  dans  leors  tftrS»- 
tions  les  imictionnairesi  ont  été  inutiles,  et  le  préfet  fnr 
intérim  a  du  même  vous  écrire  que  par  sa  noimnaiioD  c 
Fétat  tranquille  du  département,  ma  mission  iUxit  âtvaat 
tans  objet;  je  n'en  ai  pas  jugé  ainsi  et  }e  continue  mec 
voyage, 

J'ai  déjà  assez  vu  le  Morbihan  pour  avoir  une  idée  des 
différences  qui  peuvent  exister  entre  ce  département  et  cdui 
de  la  Haute  Loire.  La  présence  du  général  Fabre  y  vaut  ptos 
que  je  ne  saurais  dire.  Je  vais  partir  pour  les  arrondissemenis. 
Je  passe  par  Auray,  séjour  des  Cadoudal,  et  jt  saurai  sUs 
sont  partis  suivant  les  ordres  du  gouvernement. 


C<i        ^  ^  ■»  J»l  •  6^^  éi<^^^  ^ÀLè^^' 


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ACADÉMIE  DE  PEINTURE 


Lettre  au  surintendant  des  Bâtiments  du  Roi  signée  par  Gazes,  direc- 
teur de  TAcadémie  de  peinture,  Nicolas  Cpustou,  chancelier,  et  Res- 
tout,  Natoire,  G)ypel,  J.  Du  Mont,  Leroy,  Le  Clerc  et  Lépicié,  profes- 
seurs, pour  lui  représenter  Tétroitesse  de  Tescalier  de  TAcadémie  et  lui 
indiquer  les  moyens  de  remédier  à  ce  grave  inconvénient. 


Monseigneur, 

L'Académie  Royale  de  Peinture  et  de  Sculpture  qui  a  eue 
rhonneur  de  vous  faire  ses  très  humbles  représentations  au 
sujet  de  son  escalier  aussi  étroit  que  dangereux,  prend  la 
liberté  de  vous  observer  qu'il  seroit  aisé  d'y  remédier  sans 
occasionner  la  moindre  dépense  à  sa  Majesté.  Les  deux  pièces 
où  vous  eûtes  la  bonté  de  vous  faire  conduire  lorsque  Votre 
Grandeur  fit  la  distribution  des  prix,  servent  de  logement  à 
un  balayeur,  et  appartenoient  cy-devant  à  l'Académie.  Elles 
ne  sont  séparées  de  sa  salle  d'Assemblée  que  par  une  cloison; 
en  lui  remettant  ces  deux  pièces,  Elle  s'ouvriroit  un  passage 
dans  le  salon,  et  jouiroit  du  grand  escalier  dont  on  ne  feroit 


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io8  KEvœ  Des  documekts  histomques 

usage  que  pour  les  Assemblées  et  pour  le  Public  k  jour  à  i 
saint  Louis,  lequel  }om  la  foule  est  si  tumultueuse  poorrr 
Pexposition  des  Prix,  qu'il  est  amyé  plusieurs  fois,  que  éc 
particuliers  ont  été  blessés,  et  des  dames  insultées  en  descc- 
dant  ou  montant  ledit  escalier. 

Ces  raisons,  Monseigneur,  nous  font  e^>éFer  que  tocs 
voudrés  bien  nous  favoriser  de  votre  puissante  protectioac 
donnant  vos  ordres  pour  l'exécution  de  notre  demande. 

Nous  sommes  avec  un  très  profond  respea 
Monseigneur 
Vos  très  humbles  et  très  obéissans  serviteurs 

GucES.  —  CoDSTOU.  —  Restoct.  —  Natoœe. 
—  CoTPEL.  —  J.  De  Mont.  —  Loot.  — 
Le  Clerc.  —  Lépicié,  secrétaire. 

A  TAcadémie,  ce  27  février  1745. 


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ETIENNE  BALUZE 


Lettre  du  savant  Etienne  Baluze  à  Colbert,  dont  il  était  le  bibliothé- 
caire. On  avait  saisi  à  Nantes  des  livres  contrefaits  et  on  les  avait  dé- 
posés dans  la  bibliothèque  de  Colbert.  Baluze,  ne  sachant  que  faire  de 
ces  livres,  consulta  le  lieutenant  de  police  La  Reynie,  qui  l'engagea  à  re- 
mettre les  volumes  au  syndic  des  libraires.  Baluze  rendit  compte  à  Colbert 
de  l'opinion  de  M.  de  La  Reynie  et  demanda  Pautorisation  de  conserver 
pour  la  bibliothèque  du  ministre  un  exemplaire  de  chaque  ouvrage  (i). 


A  Paris,  le  4  mars  1681. 

En  exécutant  le  commandement  de  Monseigneur,  je  vis 
hyer  M.  de  la  Reynie,  que  je  n'avois  pas  peu  trouver  chez 
luy  les  jours  précédens,  pour  luy  demander,  suivant  Tinten- 
tion  de  Monseigneur,  quelle  conduite  il  falloit  tenir  pour  les 
livres  confisquez  à  Nantes  qui  ont  esté  portez  dans  la  biblio- 
thèque de  Monseigneur.  Il  me  dit  que  l'usage  estoit  de  mettre 
ces  sortes  de  livres  confisquez  entre  les  mains  du  S3mdic  des 

(1)  Ayant  acquis  cette  lettre  de  Baluze,  je  Tai  remise  à  M.  Léopold  Dellsle  qui  l'a  r^iq- 
tégrée  dans  le  fonds  Colbert»  d'où  elle  venait  tralsçqiblablement 


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I  lO  ItEVUE   DES  DOCUMENTS  HlSlOtiQCES 

libraires,  qui  rend  ceux  qui  sont  contre£ùts  i  ceux  au  pré- 
judice desquels  ils  ont  esté  contrefiaits,  et  les  autres  demeureK 
au  proât  de  la  chambre  des  libraires,  pour  fournir  aux  des- 
penses de  leur  communauté,  qu'il  £alloitque,  si  MooseigDear 
le  trouvoit  bon,  j'envoyasse  quérir  le  syndic  et  luy  renûsst 
ces  livres.  Je  supplie  très  humblement  Monseigneur  de  me 
marquer  ce  qu'il  veut  que  je  fasse  sur  ce  suject. 

Monseigneur  m'ayant  £ut  llionneur  de  me  dire  qu'il  escn<> 
roit  à  M.  de  Marie  touchant  la  personne  de  mon  frère,  je 
prends  la  liberté  de  luy  envoyer  encore  le  mémoire  cj  )cisa 
pour  servir  en  cas  que  le  premi^que  j'ay  eu  Humeur  de  lay 
donner  se  trouvât  égaré. 

E.  Baluze. 

Au  cas  que  Monseigneur  m'ordonne  de  remettre  ces  livres, 
j'en  retiendray  un  exemplaire  de  chascun  pour  sa  bU>lk>- 
thèque. 

En  marge  de  la  première  question,  Golbert  a  écrit  ces  mots  : 

Il  faut  exécuter  ce  que  M.  de  la  Reynie  vous  a  dit 

Il  a  mu  km  en  marge  du  post-tcriptum. 


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LOUIS-ANTOINE  DE  PARDAILLAN  DE  GONDRIN 


DUC  D»ANTIN 


REPARATIONS  DES  CHATEAUX   DE  VERSAILLES  ET   DE  MARLY 


Le  duc  d'Antîn,  fils  lé^time  de  la  marquise  de  Montespas,  ce  modèle 
légendaire  du  courtisan,  d'abord  peu  en  faveur  auprès  de  Louis  XIV, 
parvint,  après  la  mort  de  sa  mère,  à  entrer  dans  les  bonnes  grâces  du 
souverain.  Il  remplaça,  en  1708,  comme  directeur  général  des  bâti- 
ments, Mansart,  décédé  le  1 1  mai.  Cest  en  cette  qualité  qu'il  adressa, 
le  3  et  le  8  juillet  1708,  au  Roi  les  deux  rapports  suivants,  qui  donnent 
d'intéressants  détails  sur  les  réparations  qu'on  faisait  alors  aux  châteaux 
de  Versailles  et  de  Marly.  Les  réf>onses  autographes  de  Louis  XIV  sont 
en  marge. 


A  Fontainebleau, 
le  5™'  juillet  1708. 
Il  faut  retrancher  le  Sire 
de  vos  lettres  (1). 


Bon. 


Sire,  je  commencerai  par 
rendre  compte  à  votre  Ma- 
jesté des  papiers  du  sieur 
Gabriel,  contrôleur  de  vos 
bâtimens  (2).  Quand  on  leva 
le  selé  je  les  remis  au  sieur 
Marchant,  homme  de  bien, 
pour  en  faire  l'extrait  pandant 


(0  Cette  observation  me  fait  penser  que 
c«  rapport  est  peut-être  le  premier  que  le 
duc  d'Aniin  ait  adressé  à  l-ouis  XIV. 


(3)  Jacques  Gabriel^  né  en  1667,  archi- 
tecte du  Roi,  puis  inspecteur-général  des 
bâtiments,  jardins,  arts  et  manuûictures, 
mourut  en  1742. 


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Godgle 


lit 


lETIX  DB  DOCUMEHTS  HISTORIQCES 


Je  ne  doutte  pas  que  ce 
qu*il  faut  réparer  ne  soit 
achevé  quelque  temps  devant 
mon  arrivée. 


Bon. 


J'en  suis  fort  aise. 


Bon. 


mon  absance.  Je  les  ay  exa- 
minCi  et  n'y  ayant  trouvé 
aucune  preuve  ny  indice  de 
prévarication,  je  les  ay  remis 
au  dit  sieur  de  Gabriel  pour 
pouvoir  continuer  Texercicc 
de  sa  charge. 

J  ay  visité  toutes  les  répa- 
rations du  château. 

Le  grand  salon  de  dessus 
la  commédie  sera  dans  la 
perfexion  vers  le  25  du  mois. 
Ily  a  fallu  plus  de  réparation 
que  Ton  n'avoit  cru^  une 
poutre  de  dessous  Tappar- 
tement  de  M'  de  Bouillon 
s'étant  trouvée  rompue. 

Le  cabinet  des  bijous  sera 
fini  dans  la  semaine;  ii  est 
très  bien  réparé. 

On  travaille  sans  relâche  à 
la  chapelle  et  au  grand  salon 
qui  est  devant  la  tribune. 

Je  ne  me  suis  point  con- 
tante du  raport  du  skur 
Lamber  et  de  tous  ses  cfaar- 
pantiers;  j'ay  feit  découvrir 
les  poutres  du  bout  de  la 
gallerie  du  cÊté  du  grand  ap- 
partement ;  elles  sont  bonnes 
et  saines,  à  la  réserve  de 
celle  qui  forme  Takove  de 
M.    le  Comte,    qui  a  bessc 


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LOUIS-ANTOINE  DE  PARDAILLAN  DE  GONDRIN 


Il3 


Bon. 


Bon. 


Vous  pouriés  oster  le  ré- 
servoir, si  le  parterre  va 
d'ailleurs. 


Bon. 


Bon. 


pour  être  trop  foible.  On  la 
va  changer. 

J 'ay  été  à  Trianon  pour  voir 
le  second  bureau  de  Boul  (3)  ; 
il  est  aussy  beau  que  l'autre  et 
siet  à  merveille  à  cette  cham- 
bre ;  le  petit  jardin  est  d'une 
beauté  et  d'un  parfum  extra- 
ordinaire. 

J'ay  été  à  la  ménagerie;  la 
porcion  du  balcon,  que  l'on 
refait,  sera  achevée  cette  se- 
maine. 

La  pompe  qui  foumissoit 
autres  fois  le  petit  réservoir, 
qui  faisoit  aller  le  parterre  et 
la  G)ur,  est  innutile  depuis 
longtemps,  et  le  bâtiment  en 
tombe.  J'attens  les  ordres  de 
votre  Majesté  pour  le  faire 
défaire.  On  en  tirera  du 
cuivre  et  du  plom. 

En  venant  icy  j'ay  passé 
à  Paris  pour  voir  chez  Guil- 
lemar  les  deux  commodes, 
qu'il  fait  pour  la  chambre  de 
votre  Majesté  à  Marly  ;  il  n'y 
a  plus  que  les  tiroirs  à  faire  ; 
elles coutront  Siofr.  la  pièce. 

Je  vais  continuer  la  visite 
de  tous  les  anvirons  de  Ver- 


TOME  V. 


(3)  André-Charles  1«'  Boulle,  ébéniste  du 
Roi,  le  plus  célèbre  des  artistes  de  ce  nom» 
né  vers  1642,  mort  le  a8  février  1733. 

i5 


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"4 


J'en  suis  persuadé- 


REVUE  DES  DOOmENTS  HISTORIQCES 

sailles  et  m'dSorcer  de  nar- 
quer  à  votre  Majesté  le  m- 
cère  désir  que  )  ay  de  U 
servir  et  de  luy  donner  des 
preuvesd'unc  reconnaissance 
que  diffidllement  je  pourrœ 
exprimer. 


A  Versailles,  le  3  de  juillet  1708. 


Ce  lundy. 


Ne  mettes  plus  Sire,  à  la 
teste  de  vos  lettres.  Je  vous 
Tay  desjà  mandé. 


Je  suis  bien  persuadé  de 
vostre  joie  sur  la  première 
nouvelle  de  Gand.  La  prise 
de  la  citadelle  et  celles  de 
Bruges  vous  en  donneront 
une  plus  parfaine. 


Sire,  je  supplie  votre  Ma- 
jesté de  me  permettre  d'in- 
terrompre un  moment  k 
compte  que  j'ay  à  lui  randrc 
de  mon  employ,  pour  luy 
faire  mes  très  humbles  com- 
plimens  sur  Theureuse  nou- 
velle que  j'appris  hier  en  ar- 
rivent de  la  prise  de  Gand  (i). 
G>mme  je  connois  la  consé- 
quance  de  cette  place,  par 
le  haut  et  le  bas  des  rivières, 
j'en  ay  une  joie  bien  sandble. 
II  seroit  à  souhaiter  que  les 
affaires  du  roy  d'Espagne  luy 
permissent  de  soulager  cette 

(I)  Cette  ville  avait  été  prise,  le  5  jailkt. 
ptr  le  doc  de  Bourgogne. 


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LOUIS-ANTOINE  DE  PARDAILLAN  DE  GONDRIN  Il5 

ville  de  toutes  sortes  d'im- 
pôts, pour  le  présent.  La  fa- 
cillité  ou  la  très  grande  diffi- 
culté de  sa  garde  dépandent 
de  Paffexion  des  bourgeois 
dans  ce  temps-cy. 

Bon.  Avant  de  partir  de  Ver- 

sailles, j'ay  vu  les  deux  brè- 
ches du  grand  escallier  ra- 
commodées ,  et  Vernansal  (2) 
commencera  lundy  à  pindre; 
cette  réparation  et  toutes  les 
autres  générallement  seront 
finies  le  20. 
Je  fus   ansuite  visiter  les 

Bon.  pépinières  de  Gally,  du  Me- 

risier et  de  Bally  que  je  trouvé 
Ce  naist  pas  mon  affaire.       en  très  bon  état.  Je  fus  aussy 

à  Pontally,  qui  n'est  pas  de 
même. 

Je  me  rendis  de  là  à  Marly, 
sur  la  nouvelle  que  j'avois 
eu  la  veille  au  soir  d'une 
grosse  poutre  cassée  au  garde 

Bon.  meuble  du  commun  n^  49. 

M.  de  Cotte  (3)  avoit  pris  les 
devans  avec  Ober,  charpan- 
tier,  pour  voir  ce  qu'il  y  avoit 
à  faire.   Elle  sera  remise  la 

(2)  Guy-Louis  l»  Vernansal,  peintre  du 
Roi,  né  en  i639,  mort  en  1729. 

(3)  Robert  de  Cotte,  architecte  du  Roi, 
intendant  et  ordonnateur-général  des  bâti- 
mento,  jardins,  arts  et  manufactures,  né 
en  i656,  mort  le  14  joillet  1735. 


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1 16  REVUE  DES  DOCtnCENTS  mSTOIK^TES 

semaine  qui  vient  avec  oae 
col<Hine  au  milico^,  à  cansede 
sa  grande  pc^tée  et  de  » 
grande  diarge  ;  comme  et 
n'est  qu'un  garde  meabfe, 
cela  ne  duxiuera  en  rien. 

B<m.  Je  fus  ensuite   à   la  ma- 

diine,  et  )e  commencé  par  k 
r^ard  du  îongleor.  Je  ne  s<n 
point  d'admiration  de  taot  œ 
que  je  vois;  les  bontez  de  votre 
majesté  pour  moi  me  font 
paroitre  toutes  vos  magnîfi- 
cances  comme  si  je  ne  les 
avois  jamais  vues  ;  et  k  soin 
et  Tordre,  que  je  trouve  par 
tout,  mérite  toute    sorte  de 
louange. 

Pour  me  délasser  du  beau 
je  passai  à  Madrid  ;  c'est  une 
franche  retraite  i  hyboux, 
et  tout  à  faut  abandonné. 
J'y  trouvé  M.  le  cardinal 
de  Janson  (4)  ;  il  est  en  fon 
bonne  santé,  quoyque  qu'il  se 
plaigne  du  sommeil. 

Bon.  Je  fus  de  là  à  la  savon- 

nerie. Cette  belle  manufac- 
ture est  sur  k  point  àt  sa 
chute;  je  fairai  dez  ce  matin 
ce  qu'il  faut  pour  la  soutenir, 

(4)  ToBMtiiit  dt  Fortin,  cardim]  de 
Janson,  triqat  de  Betarait,  grand  anaS- 
nicr  d€  France,  né  Ter*  id3o,  mort  k 
H  mars  1713. 


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LOUIS-ANTOINE  DE  PÂRDAILLAN  DE  GONDRIN 


117 


Bon. 


Bon. 


Bon. 


suivant  l'état  que  votre  Ma- 
jesté a  réglé. 

Je  finis  ma  journée  par  la 
pépinière  du  Roule.  Morlet 
est  un  homme  fort  antandu  ; 
tout  ce  qui  dépent  de  lui  est 
en  fort  bon  ordre.  Nous  ver- 
rons ensemble  ce  que  Ton 
pourra  faire  pour  en  diminuer 
la  dépance,  les  faux  frais  en 
étant  trop  considérables. 

J'oubliois  de  dire  à  votre 
Majesté  que  les  lieux  à  Marly, 
dont  j'ay  eu  Thonneur  de  lui 
parler  dans  ma  dernière  lettre 
et  que  Ton  m'avoit  pro- 
posé comme  un  ouvrage  de 
200  francs,  auroient  monté  à 
plus  de  mille  ;  ainsi  on  ne  les 
faira  pas.  On  redoublera  les 
soins  pour  éviter  les  malpro- 
prêtez. 

Je  vais  travailler  tout  de 
suite  à  tout  ce  qui  regarde  le 
département  de  Paris,  dont 
j'aurai  l'honneur  de  vous 
randre  compte  samedy  ou 
dimanche. 


A  Paris,  le  8  de  juillet  1708. 


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MADAME  DE  STAËL 


A  U  première  nouvelle  des  massacres  de  septembre,  Madame  de  Ssaêl 
quina  la  France  (i)  et  te  réfugia  à  Coppet,  près  de  son  père,  I>e  là  elle 
fit  les  plus  grands  efforts  pour  sauver  ses  amis  et  leur  procurer  un  asile 
sûr.  Elle  s'intéressait  surtout  à  l'évéque  d'Autim,  Talleyrand»  alors  en 
Angleterre,  où  il  était  sous  le  coup  d'une  expulsion  presque  immédiate. 
Elle  conçut  le  projet  de  faire  venir  Talleyrand  auprès  d'elle,  en  Suisse^ 
mais,  auparavant,  elle  voulut  savoir  si  le  gouvernement  helvéck]ue  y 
consentirait.  C'est  ce  qu'elle  demanda  à  une  dame  dans  la  lettre  sui- 
vante, datée  de  Nyon,  le  25  novembre  1793. 

Ce  25  9»«,  Nion. 

Que  vous  êtes  bonne,  Madame,  et  que  j'aime  cet  ensemble 
de  carartère  qui  élève  au  même  degré  l'esprit  et  le  cœur.  Je 
ne  sais  que  par  vous  qu'il  m'est  permis  d'espérer  la  liberté 
î-  des  malheureux  prisonniers;  c'est  par  vous  seulement  que 
je  saurai  leur  délivrance  et ,  depuis  que  vous  vous  y  inté- 
ressez, sans  me  raisonner,  j'y  crois  plus.  Je  vais  vous  con- 

(1)  Le  a  teptembre  1793,  dans  U  soirée,  le  ministre  des  afiûres  ârangèrcs.  Le  Bnn, 
trtntmh  à  KUnad,  procureur  de  U  Commane,  un  billet  de  rambMsadhce  de  Saède, 
demandant  qae  son  départ  fût  proté^  Madame  de  StaCL,  arrêtée  an  rnooent  oè  elle 
sortait  de  Paris,  fat  traduite  à  la  barre  da  conseil  de  la  Commone,  et  obtint  an  pniafport 
«  TU  son  état  de  grossesse  ».  (Cf.  Catalogue  d'une  importsmie  collectnm  de  DooBmemts 
oMiûgrapktt  et  historiques  sur  la  Révolution  française,  publié  par  mon  père  en  1S62, 
p.  45.) 


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MADAME  DE  STAËL  I  ig 

sulter  sur  un  point  délicat  et  secret.  J'ai  un  ami,  i'év.  d'Au- 
tun,  qui  ne  seroit  pas  bien  vu  dans  le  canton  de  Bernes.  Si 
je  m'établissois  dans  la  principauté  de  Neufchatel  pourrois- 
je  le  recevoir  chez  moi  sans  compromettre  sa  sûreté  d'aucune 
manière.  Je  désire  extrêmement  de  donner  asyle  chez  moi 
à  Tun  de  mes  meilleurs  amis,  mais  ma  fierté  pour  lui  m'a 
détournée  jusques  à  présent  de  le  laisser  venir  ici,  et  c'est 
un  des  motifs  qui,  malgré  mille  autres  considérations,  me 
fait  p>enser  au  voyage  d'Angleterre.  Je  voudrois  bien  que 
votre  réponse  fut  favorable,  mais,  dans  tous  les  cas,  je  vous 
demande  le  secret.  Vous  avez  bien  raison,  Madame,  de  re- 
gretter Monsieur  Bailly  (i).  Il  étoit  un  des  plus  honnêtes  hom- 
mes de  France,  mais  si  vous  aviez  connu  M*"  de  la  Fayette, 
vous  ne  l'approuveriez  pas  aussi  constament;  mais  sa  destinée 
vous  remueroit  davantage.  Il  a  été  plus  loin  en  tout  sens. 
Quel  sort  cependant  est  réservé  aux  premiers  amis  de  la  li- 
berté en  France.  En  relation  presque  avec  tous,  chaque  jour 
j'éprouve  une  nouvelle  peine  et  le  mot  de  Brutus  revient 
souvent  à  ma  pensée.  Adieu.  Si  nos  deux  solitudes  étoient 
rapprochées.  Madame,  il  'me  semble  que  j'apprendrois  à 
goûter  la  mienne  et  souvent  à  m'en  enorgueillir. 

Cette  démarche  fut  sans  résultat,  et  Talleyrand  s'embarqua  pour  les 
États-Unis  le  3  février  1794.  Après  un  an  de  séjour  à  Philadelphie,  il 
revint  en  Europe,  demanda  au  gouvernement  français  la  révocation  de 
la  sentence  de  bannissement  portée  contre  lui,  et  demeura,  en  atten- 
dant, à  Hambourg,  puis  à  Amsterdam.  Madame  de  Staël  ne  restait  pas 
inactive;  à  force  d'instances  elle  obtint  que  la  Convention,  sur  la  pro- 
position de  Chonier,  rayât  Talleyrand  de  la  liste  des  émigrés,  le  4  sep- 
tembre 1795.  Celui-ci,  après  avoir  rempli  une  mission  secrète  auprès 
du  gouvernement  prussien,  revint  à  Paris  au  mois  de  mars  1796. 

Pendant  ce  temps  Madame  de  Staôl,  toujours  retirée  à  Coppet,  publia 
son  livre  ;  De  V influence  des  passions  sur  le  bonheur  des  individus  et 
des  nations.   Elle  correspondait  activement  avec  ses  amis.  Un  d'eux, 

(i)  Bailly  avait  été  décapité  le  10  novembre  1793. 


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I30  lEVUB  DES  DOCOMEinS  mSTORrQUBS 

Alexandre  de  Lanetl^  décrété  d'aocosatk»  avec  Liftyctte^STUt^ 
avec  lui  et  avait  subi  une  captirité  de  trois  années  en  Anmcfae.  Mb 
en  liberté,  il  s'était  retiré  2  Londres,  en  décembre  179S,  mnis  avait  été 
expulsé  par  Pitt.  Il  vint  alors  à  Hambourg,  d'où  il  donna  de  aes  nou- 
velles 2  Madame  de  Stati.  Celle-ci  lui  répondit,  de  Coppec,  le  24  no- 
vembre 1 796,  une  lettre,  qui  témoigne  d'une  vive  et  ancienne  tendresse 
pour  Alexandre  de  Ijmerh,  mais  qui  est  surtout  importante  par 
les  idées  politiques  qu'elle  renferme.  Madame  de  Staâ  se  proooooe 
d'une  £ifon  absolue  pour  le  gouvernement  républicain  et  contre  le  prin- 
cipe de  l'hérédité. 

Ce  document,  où  Madame  de  Staél  exprime  ses  opinions  avec  tam 
de  netteté  et  d*énergie,  m'a  été  gracieusement  communiqué  par  mon 
ami  M.  Alired  Bovet. 

C,  ce  24  novembre. 

Pourquoi,  mon  cher  Alexandre,  pourquoi  ne  nous  sœnmes* 
nous  pas  toujours  aimés;  il  me  semble  que  tout  auroit  été 
mieux.  Je  suis  bien  sûre,  du  moins,  que  naon  âme  dévouée, 
incapable  de  se  détacher  la  première,  enthousiaste  de  Fespoîr 
de  réunir  les  premiers  et  les  derniers  jours  de  la  vie  sous  l'em- 
pire d'un  même  sentiment,  je  suis  sûre  que  ce  caraaère  vous 
auroit  mieux  convenu  à  la  longue  que  votre  succession 
d'amies.  Ce  passé  et  tous  les  passés  sont  Tobjet  étemel  de  la 
plus  douloureuse  méditation:  N'est-il  donc  pas  possible  que 
cette  vie  serve  à  une  autre  et  tant  de  réflexions  cruelles  ne 
produiront-elles  qu'une  stérile  douleur?  Ce  qui  est  vrai,  du 
moins,  c'est  que  le  souvenir  a  plus  d'action  sur  moi  que  sur 
personne.  Après  huit  années,  votre  lettre,  votre  écriture  ont 
réveillé  des  traces  que  ces  longs  siècles  de  révoluticms 
n'avoient  point  encore  effacées.  J'ai  fait  venir  Théodore  (i); 
je  lui  ai  confié  ce  qui  m'étoit  persoimel;  j'ai  cherché  votre 
frère,  j'ai  voulu  consulter  votre  firère,  c'est  votre  frère  à  qui 
j'ai  demandé  de  me  servir;  c'est  vous  que  je  remercie. 

Vous  me  questionnez  sur  ma  position  en  France;  je  crois 
que  je  la  braverai,  mais  elle  est  très  mauvaise.  On  m'y  accuse 

(I)  Théodore,  comt«  de  Ltmetli,  frère  d'Alextodre,  était  akrt  réfugié  en  Saitse. 


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MADAME  DE  STAËL  121 

de  correspondance  avec  les  émigrés,  et,  quoique  je  sois  très 
sincèrement  d^avis  de  la  République,  cela  ne  suffit  pas  à  ceux 
qui  veulent  qu^on  appartienne  plus  aux  hommes  qu'aux  cho6^, 
et,  dans  cette  affidre,  ce  sont  les  choses  et  point  du  tout  les 
honunes  que  j'aime.  Nous  serions  donc  bien  aisément  d'ac- 
cord, si  j'étois  assez  heureuse  pour  vous  voir.  Je  me  réunis 
bien  à  vous  dans  le  grand  principe  de  la  propriété,  mais 
je  ne  sais  pas  si  les  deux  degrés  d^élection  ne  donnent  pas  le 
même  résultat  que  la  condition  de  propriété.  Cest  une  ques- 
tion à  examiner.  S'il  étoit  vrai  qu'un  mode  d'élire,  qui  ne 
fit  pas  une  classe  à  part  des  propriétaires,  les  amennat  tou- 
jours dans  les  places,  ne  seroit-il  pas  plus  adroit  d'avoir  tout 
combiné  de  manière  qu'on  choisit  habituellement  des  proprié- 
taires sans  avoir  prononcé  à  l'avance  qu'on  ne  choisiroit 
jamais  qu'eux.  Cest  un  problème  politique  qu'il  faut  analyser; 
mais  certainement  le  but  est  incontestable.  Le  gouv.  ne  peut 
aller  que  par  l'aristocratie  des  meilleurs;  mais,  ce  qui  m'at- 
tache à  la  const^itution  actuelle,  c'est  la  répugnance  que  j'aurois 
au  rétablissement  de  l'hérédité,  sous  quelque  forme  que  ce 
soit.  J'étois  contré  sa  destruction,  par  ce  que  rien  ne  peut 
valoir  les  maux  que  nous  avons  soufferts;  mais  maintenant, 
n'y  auroit-il  pas  quelque  chose  de  stupide  à  remettre  le  sort 
à  la  place  du  choix,  à  rassembler  des  éléments  de  considéra- 
tion tellement  divisés,  tellement  épars,  qu'on  n'en  peut  plus 
frapper  l'imagination  des  hommes,  enfin  à  recréer  par  le 
raisonnement  ce  que  d'autres  veulent  rétablir  par  fanatisme. 
Et  j'arrive,  alors,  à  mes  idées  les  plus  vives,  l'intérêt  de  mes 
amis.  Comment  nous  autres,  premiers  amis  de  la  liberté, 
désignés  comme  les  auteurs   de  la  première  révolution, 
comment    pourrions-nous    rester    en    équilibre    entre    la 
République  et  la  Monarchie  de  Condé.  Comment  nous  flat- 
ter jamais  d'être  plus  forts  que  deux  fanatismes,  et  n'est-il 
pas  plus  raisonnable  de  se  rallier  à  la  République,  de  la  di- 
riger au  lieu  de  s'y  soumettre,  d'enter  sur  elle  la  justice  et 

TOME  V.  i6 


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133  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOUQUES 

rhumanité^  d'être  bien  plus  fondateur  que  ceux  qui  Foot 
créée,  de  faire  aimer  ce  qu'ils  ont  fait  haïr.  Je  vois  là  une 
belle  place  d'une  autre  manière;  je  vois  un  jour  d'éclat  et  des 
revers  et  de  la  duperie,  et  la  liberté  périssant  dans  vos  maios 
par  la  nécessité  de  se  servir  des  aristocrates  pour  contenir 
les  républicains.  Je  vous  demande  encore  d'y  penser,  oKm 
cher  Alexandre.  Vous  avez  une  tête  et  un  caractère  à  part, 
et  votre  décision  dans  cette  belle  question  aura  une  grande 
influence  sur  les  honnêtes  gens,  et,  par  conséquent,  sur  U 
France. 

Quant  à  Taffaire  des  contumaces,  je  la  crois  indispensable. 
Nouvellement  encore,  indépendament  de  l'exemple  de  M.  de 
Montesquiou  (i)  et  de  Tév.  (2),  auquel  j^ai  eu  le  bonheur  de 
contribuer,  les  administrateurs  de  Longwy  ont  été  considérés 
comme  contumaces,  et  la  question,  agitée  en  général  dans 
l'ass.,  passera  dans  six  mois.  Je  voudrois  que  les  premier 
qui  adresseront  une  pétition  ou  viendront  se  livrer  d'eux 
mêmes,  fussent  très  intéressants,  et  cependant  moins  marquants 
que  vous.  Si  ces  malheureux  Latour-Maubourg  et  Bureau 
de  Pusy  (3)  étoient  libres,  ils  seroient  excellents  pour  marchff 
les  premiers  et  faire  décréter  le  principe.  Penser  à  cela  ;  le 
pis  de  tout  seroit  que  la  demande  fut  faite  par  Du  Mourier 
et  C*.  Je  sais  que  vous  avez  tout  tenté  pour  M.  de  La  Fayette; 
j'essaye  de  mon  côté  ce  que  je  puis,  qui  est  bien  peu.  Nos 
amis  en  France  ne  Foublienr  pas,  et  les  puissances  auront  la 
honte  peut-être  de  se  le  laisser  demander  par  la  France.  Mais 
concevez-vous,  ou  plutôt  qui  peut  mieux  concevoir  que  vous, 

<i)  Anoe-Pierre,  marquis  de  Montesqniou-FéteDiâc,  décrété  d'accusation  le  9  ao^cm* 
bre  179s,  s'était  réfugié  dans  la  petite  ville  de  Bremgartea,  canton  de  Zurich,  n  avait 
été,  en  1795,  rayé  de  la  liste  des  émigrés. 

(s)  Il  s'agit  ici  do  Tévêque  d*Antun.  Ta1leyrand>Périgord^  que  Madame  de  S<a£I  iTait, 
comme  on  Va  vu  plus  haut,  fait  rayer  de  la  liste  des  émigrés.  La  baronne  devait  bteotôi 
contribuer  à  la  fortune  politique  de  cet  homme  d'État,  en  le  désignant  à  Barrss  pour  rem- 
plir le  poste  de  ministre  des  affaires  étrangères. 

(3)  La  Tour-Maubourg  et  Bureaux  de  Puzy  partageaient  alors  U  captivité  de  La  Fayette 
dans  la  forteresse  d'Olmutz.  Ils  ne  furent  mis  en  liberté  qu'en  1797. 


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MADAME  DE  STAËL  123 

ce  que  doit  soufirir  ce  malheureux  homme.  Quels  longs  jours 
d^étemelles  années.  Ah  I  que  de  douleurs  autour  de  nous  et 
sur  nous.  Je  me  persuade  toujours  que,  si  j'avois  été  M"*"  de 
Simiane,  M.  de  La  Fayette  ne  seroit  pas  là.  Je  crois  à  la  toute 
puissance  de  l'amour,  maintenant  que  j'ai  vingt-huit  ans, 
comme  le  premier  jour  où  je  vous  ai  vu.  Il  peut  tout,  ou  se 
conserver  ou  s'inspirer.  Je  vous  plains  bien  d'être  à  Ham- 
bourg, comme  je  me  plains  d'être  en  Suisse,  et,  toute  femme 
que  je  suis,  j'aimerois  mieux  de  bons  dangers  que  cette  vie  là. 
Avez-vous  lu  un  livre  de  moi  sur  les  passions,  qui  vous  inté- 
ressera, je  crois,  dans  vos  loisirs.  Je  l'ai  envoyé  à  Laus. 
chés  Sirskind  (?)  pour  le  faire  réimprimer.  Ne  savez- vous  rien 
d'Edouard   Valkiers.   Ricé  n'a  jamais   voulu   m'écrire  ce 
qu^étoit  devenu  ce  malheureux  homme ,  qui  a  rendu  mille 
services  généreux  à  mes  amis.  Répondez-moi  toujours  ici, 
soit  que  je  me  lance  dans  l'abime,  soit  que  je  reste  sur  cette 
plage  déserte.  Si  je  vis,  je  recevrai  votre  lettre,  et,  si  je  vis 
aussi,  elle  me  fera  du  plaisir.  Je  vous  le  dis  aujourd'hui  qu'il 
n'y  a  plus  que  la  jouissance  de  le  dire,  j'ai  eu  pour  vous  le 
plus  véritable  sentiment,  et  je  m'en  ressouviens  dans  mon 
amitié  présente.  M.  de  St.  est  conservé  amb.  (i).  Il  n'a  pas 
encore  l'oidre  de  retourner  en  France.  Adieu,  mon  cher 
Alexandre,  parlez  de  moi  à  vos  amis  D.  et  M.  Instruits  par 
l'expérience,  nous  abjurerons  toutes  les  dissentions  de  société. 
Si  tout*  est  utile  dans  la  nature,  ne  vous  reviendra-t-il  pas 
quelque  bien  de  tant  de  peines.  Serons-nous  un  jour  réunis. 

L'année  suivante,  Madame  de  Staël  revint  en  France,  d'où  bientôt 
l'exila  de  nouveau  Bonapjarte,  qui  redoutait  son  influence  et  n'ad- 
mettait pas  ses  principes  politiques.  Alexandre  de  Lameth,  au  con- 
traire, servit  le  régime  nouveau.  Peu  après  le  i8  brumaire  il  entra 
dans  l'administration  comme  préfet  des  Basses-Alpes. 

(i)  Le  baron  de  Staél,  ton  mari,  ambassadeur  de  Suède  en  France. 


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LOUISE-MARIE  DE  FRANCE 


D<s  dix  enfants  que  Louis  XV  eut  de  sa  femme,  Marie  f  rcrimka, 
le  dernier  fut  une  fille,  Louise-Marie,  née  au  château  de  Versailles  le 
1 5  juillet  1737.  Elevée  à  Tabbaye  de  Fontevrault,  vouée,  pendant  nnt 
maladie  grave,  à  la  Sainte  Vierge,  elle  rapporta,  à  la  Cour,  des  senti- 
ments dt  piété  et  des  pratiques  religieases  qui  lui  firent  prendre  en 
dégoût  les  divertissements  et  les  plaisirs  du  monde.  D'aiUeors,  la  fiToor 
scandaleuse  de  la  Du  Barry  ne  devait-elle  pas  inspirer  i  œne  pieuse 
princesse  le  désir  de  s'éloigner  de  cette  société  corrompue,  où  son  père, 
par  ses  indignes  amours,  donnait  l'exemple  d'une  aénile  débanche  ? 
Aussi,  le  1 1  avril  J770,  Louise-Marie  de  France  entra  au  couvent  des 
Carmélites  de  Saint-Denis;  elle  fut  désormais  samr  Thérèse  de  SmM- 
Augustin  |i).  Le  10  septembre  suivant  eut  lieu  la  cérémonie  de  la 
prise  d'habit  (a);  le  lendemain  la  nouvelle  Carmélite  devint  maîtresse 
des  novices.  Elle  prononça  ses  vœux  le  i*'  octobre  1771  (3).  Le  27  00- 

(0  Dit  prit  l«  iKMi  dt  Tkérèm  à  castt  et  tt  ditotioa  à  otcu  «Oit»,  tl  ctlii d«  SéM- 
AuguUin^  ptrot  qnt  U  prieore  t*éuit  proposé  de  donner  le  nom  dn  topérienr  di  Coivcst, 
Tabbé  Aofnttin  Bertin,  à  It  première  poemltnte  qa  il  amènerait.  {ÇL  Vit  de  Madame  , 
UmisfMarie  de  Frayée  par  l'abbé  Pn>7«t.)  Dès  lor»,  elle  tifna  too^oart  9œm-  Tkérète 
dt  Séimà'AMgmêtiUi  anpararant  tHe  aifnaH  Lomi$e'Métrie, 


{t\  a.  Di»eomr$ prtmoncé,  U  10  septembre  /770.  dams  réglise  des  religiemses Cârmè- 
tues  de  Saimt'^Denù,  pour  U  prise  d'habit  de  Madame  Lomise-^arie  de  Praace,  par 
messire  Maitkias  Ffmeet  de  La  RiHète,  ancien  Mqne  de  Trojres;  Paria,  ia|ïr.  de 
S.  Deaprci,  1770,  in^— Ce  diacoort  {Bibl.  mat.,  Ln«  laçSS)  porte  rapprobatk»  wi- 
vanu,  que  je  reproduit,  parce  qu'elle  montre  combien  rentrée  de  cette  fiUe  de  LouitXV 
dans  un  couvent  éuit  considérée  comme  une  espèce  d'eipiation  des  scandales  de  la  Coir  : 

«  J*ai  In  par  ordre  de  Monteigneor  le  Chancelier  un  Manutcrk,  intHnM  :  Dwoeowpwr 
la  prise  ^kabit  de  btadame  Loma^^lAau  sa  FaAM».  On  ne  pcat  trop  ^plaadir,  et  an 
iuatas  éloges  dûs  à  l'héroïque  démarcha  de  cette  Auguste  Princesse,  et  an  zèk  du  PréUt, 
qui  s'empresse  de  les  publier;  iU  doÎTent  singulièrement  Intéresser  les  vrai»  Fidèles,  dus 
ces  temps  malheureux,  où  la  Religion  a  encore  plus  besoin  des  grands  exemples  qui  subjf 
guent  et  qui  sont  rares,  que  d'écrits  lamineux  que  Ton  discute  et  qui  abondent. 

•  A  Paris,  ce  18  septembre  1770. 

«  BotnLLsaoT,  Curé  de  S.  Gerv^is.  • 

(3)  Cf.  Discours  prouoncé,  le  mardi  f  octobre  777/,  en  tégiise  des  Religieuses 


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LOm^-MARIB  DE  FRANCE  125 

vembre  1773  elle  fut  élue,  à  runanimité,  prieure  pour  trois  ans  (i). 
Louis  XV  vmait  souvent  visiter  sa  fille;  il  avait  même  alloué  au  cou- 
vent une  somme  de  vingt-quatre  mille  livres  pour  l'indemniser  des 
frais  que  ses  visites  pouvaient  occasionner.  La  Carmélite  essayait, 
chaque  fois,  de  ramener  son  père  à  la  Religion  et  surtout  de  lui  foire 
renvoyer  la  Du  Barry,  si  odieuse  aux  princesses  (2).  Mais  l'impression 
produite  sur  l'esprit  du  Roi  par  les  remontrances  de  sa  fille,  aussi  bien 
que  par  les  terribles  sermons  de  Tabbé  de  Beauvais,  était  trop  vite 
effacée  par  les  sourires  enchanteurs  et  les  caresses  savantes  de  la  belle 
comtesse.  Cependant,  quand  la  petite  vérole  eut  atteint  le  Roi  (3)  et  que 
la  gravité  du  mal  fut  évidente,  le  comte  de  Provence  fit  prévenir 
Madame  Louise.  Il  chargea  de  ce  soin  l'abbé  du  Temey,  confesseur  de 
la  princesse  (4)  et  lui  écrivit,  à  cet  effet,  la  lettre  suivante  (5)  : 

Carmélites  de  S.  Denyt,  pour  la  cérémonie  de  la  prise  du  poile  de  profession  de 
Madame  Louise^Marie  de  France^  par  messire  Armand  de  Roquelaure^  évêque  de  Senlis; 
Paris,  Lottin  aîné,  1771^111-4. 

(1)  Cf.  Vie  de  la  révérende  mère  Térèse  de  Saint-Augustin^  Madame  Louise  de  France^ 
fille  de  Louis  XV^  religieuse  carmélite  du  monastère  de  Saint^Denis  de  Taris,  par  une 
religieuse  de  ia  communauté  rétablie  à  Paris  en  1807  et  tran^férét  à  Autun  en  i838; 
Autan,  1857,  2  yol.  in-13.  —  Cet  ouvrage,  qui  résume  et  complète  celui  de  Tabbé  Proyart, 
contient  des  documents  nouveaux  et  rectificatifiB. 

{3)  Cf.  La  Du  Barry  par  Edmond  et  Jules  de  Concourt  ;  Paris,  Charpentier,  1878,  in-i3, 
p.  173  et  SUIT. 

(3)  V.  Revue  des  documents  historiques,  t.  I,  p.  1 52  et  suiv. 

<4)  L'abbé  Conrbon  du  Temey,  confesseur  de  Madame  Louise,  était  à  la  gauche  de  la 
princesse  lors  de  la  prise  d'habit.  Uabbé  Proyart  a  publié  deux  lettres  de  sœur  Thérèse  de 
Saint-Augustin  à  lui  adressées  et  relatives  à  cet  abbé.  En  voici  une  autre  i  Amelot  sur  le 
même  personnage  : 

«  J.  M.  ce  3i«  mars  1780. 
«  Je  vous  remercie,  Monsieur,  de  m'avoir  répondu  aussi  promtemen^  que  vous  avez 
fait  au  sujet  de  Tabbé  du  Terney,  mais  vous  ne  me  répondez  point  sur  les  livres  qui  s'im- 
priment. Ce  seroit  une  grâce  qui  luy  feroit  bien  plaisir  et  qu'il  mérite  par  sa  sience,  ses 
talents  et  ses  traveaux,  quoy  qu'il  n'ayes  jamais  voulu  que  son  nom  paroisse  et,  par  consé- 
quend,  ce  seroit  un  plaisir  aussi  que  vous  me  feriez.  Il  a  la  plus  belle  bibliotèque  du  monde, 
ce  qui  l'y  rendroit  encore  plus  sensible,  et  je  suis  persuadée  du  désir  que  vous  avez  de 
n'obliger.  Soyez-le  aussi,  je  vous  prie.  Monsieur,  de  mes  sentiments  pour  vous. 

«  Sr  Thérèse  de  S^  Augustin,  R.  c.  i.  >• 

•  Monsieur,  Monsieur  Amelot,  ministre  et  secrétaire  d'état,  à  Versailles.  » 
L'abbé  du  Temey  avait,  en  effet,  une  bdle  bibliothèque,  qui,  après  son  décès,  fut  vendue 
le  17  décembre  1 787.  Il  possédait  un  recueil  de  Prières  à  sainte  Thérèse  par  Madame  Louise, 
qui  fut  acquis  par  Villenave  et  qui  est  actuellement  entre  mes  mains.  Je  publierai  pro- 
chainement cet  intéressant  document. 

(5)  Le  fac-sitïAllè  que  je  publie  montre  que  cette  lettre  du  comte  de  Provence  est  d'une 
écriture  plus  grosse  que  son  écriture  ordinaire.  Quand  le  comte  était  pressé,  il  en  était 


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J 


LOUISE-MARIE  DE  FRANCE  I29 

à  sa  communauté,  elle  sut  en  soutenir  éilergiquement  les  intérêts  contre 
le  Roi  soji  neveu.  Louis  XV avait  laissé  par  testament  à  chacune  de  ses 
filles  une  pension  de  200,000  livres.  Madame  Louise,  obéissant  au  vœu 
de  pauvreté  qu'elle  avait  fait,  renonça  tout  d'abord  à  la  succession  de 
son  père,  mais  elle  revint  bientôt  sur  cette  détermination,  pressée  par 
le  besoin  de  se  procurer  l'argent  nécessaire  à  la  reconstruction  de 
l'église  de  son  couvent.  Elle  adressa,  au  mois  de  septembre  1776,  un 
mémoire  à  Louis  XVI,  pour  exposer  sa  situation  et  réclamer  la  pension 
que  lui  avait  constituée  son  père  (i). 

Je  tne  trouve  dans  un  cas  bien  singulier,  mon  cher  neveu, 
et  j*en  appelle  tout  simplement  à  vôtre  justice.  Premièrement 
on  répend  dans  le  publique,  les  gens  point  instruits  à  ma 
louange,  les  autres  à  ma  condanation,  que  j'avois  renoncé 
aux.  rentes  que  le  feu  Roy  m^a  laissez  par  son  testament.  Ja- 
mais je  ne  m'en  suis  occupée,  pensant  que,  si  je  n'y  avols  pas 
de  droit,  j'avois  renonces  à  bien  autres  choses,  que,  si  j'y  avois 
droit,  vous  y  pourvoiriez,  et  que  je  ne  devois  pas  en  parler. 
Mais  voicy  le  cas  où  je  me  trouve.  Lors  que  vous  vinte  la 
i*"*  fois,  vous  me  parlâte  qu'il  devoit  y  avoir  un  testament. 
Je  vous  dit  que  vous  alliez  faire  un  héritage,  et  cela  je  vous 
le  dit  dans  la  meillieure  foy  du  monde.  Dans  ces  malheureux 
moments  l'âme  ne  va  pas  chercher  de  tournure,  et.  Dieu 
merci,  dans  auqu'un  moments  de  ma  vie  ce  n'a  été  la  marche 
de  la  mienne.  Vous  me  répondite  :  Quel  héritage?  et  je  vous 
répliqué,  pensant  que  le  roy  nous  làissoit  des  biens  fonds  : 
s'il  y  a  un  testament,  sûrement  c'est  pour  ses  enfants;  ainsi 
vous  héritez  de  ma  part,  s'il  est  entérieur  à  ma  sortie  du 
monde.  Tout  bonnement,  vous  me  répondite  :  Ha  oui;  et  je 
vous  assuré  que  je  n'y  avois  pas  de  regret.  Il  ce  trouve  que 

(i)  Cette  pièce  a  déjà  été  publiée  par  M.  Ed.  de  Barthélémy,  mais  sur  un  texte  un  pea 
différent  de  celui  que  je  possède.  Cest  pourquoi  j'ai  cru  devoir  réimprimer  ce  document 
d'après  l'original  et  avec  son  orthographe  irrégulière.  La  signature  Louise,  placée  par 
M.  de  Barthélémy  au  bas  de  ce  mémoire,  est  invraisemblable,  car,  à  cette  époque,  la 
princesse  ne  signait  plus  que  de  son  nom  de  carmélite. 

TOME  V.  17 


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l3o  KEVUE   DES  DOCUMENTS   HISTOtIQUES 

toujours  les  religieuses  acquèreot  les  pentîons  viagères  que 
leurs  laissent  leurs  pires  et  mères  en  nioiiraiit.DernièraDeDt 
nous  avons  l'exemple  d'une  femme  qui  a  laissé  une  pentioQ 
de  i5oo  livres  à  sa  fille  carméiittc.  Icy  nous  en  avons  a» 
qui  a  eu  400  livres  i  la  mort  de  sa  mère.  Il  y  a  eu  des  procest 
porté  à  divers  parlement  pour  juger  des  procest  que  des 
maisons  religieuses  ont  eu  parce  qu'elles  rédamoient  ces 
rentes,  et  ils  ont  toujours  été  jugez  en  Caveor  des  maisons 
religieuses,  soit  qu'on  leurs  adjugeât  la  pention  entière,  soit 
qu'on  n'en  adujgeat  qu'une  partie,  trouvant  que  la  tendresse 
paternelle  des  pères  et  mères  avoient  poussé  leurs  libéralités 
trop  loing  et  que  cela  pouvoit  léser  les  familles.  Cest  ordi- 
nairement les  maisons  religieuses  qui  réclament,  ^  non  la 
religieuse,  parce  que,  par  le  veu  de  peauvretés,  la  rente  via- 
gère est  i  la  maison  et  non  à  elle.  Mais  je  me  trouve  dans  k 
cas,  mon  cher  neveu,  de  réclamer  moy-mêmc,  non  obstant 
mon  veu  de  peauvreté,  premièrement,  parcequc  par  a  veu 
même  si  vous  avez  pris  ce  que  je  vous  dit  pour  une  rctwn- 
tiation,  je  n'étois  pas  plus  libre  de  renoncer  que  d'aquérir 
des  biens  fonds;  secondement,  vous  sentez  bien  que  la  maison 
vis  à  vis  de  vous  n'ose  pas   réclamer.  D  allicur,  en  étant 
prieure  depuis  avant  la  mort  du  roy,  d'autres  que  moy  nt  k 
peut  réclamer,  et  les  rentes  que  le  feu  roy  a  eu  la  bonté  d'accor- 
der à  la  maison  sur  l'abbaye  de  S^  Germain  des  Prés  et  la  pen- 
tion de  24000  livres  qu'il  a  eu  la  bonté  de  luy  donner  pour 
les  dépenses  que  ma  famille  pouvoit  occ»ioner  ky^  lors- 
qu'elle y  viendroit,  feroit  penser  à  bien  du  monde  que  je  suis 
insatiable.  Mais  c'est  au  nom  de  l'ordre  entier  que  je  le  re- 
clame, et  voicy  mes  raisons. 

Nous  avons  beaucoup  de  maisons  de  nôtre  ordre.  Lors 
que  je  me  fis  carmélitte,  il  y  en  avoit  plusieurs  qui  étoient 
destinées  pour  leurs  peauvretés  à  estre  détruittes.  Le  feu  roy 
me  promit  qu'on  n'en  détruiroit  auqu'unes  rt  qu'il  pourvoi- 
roit  à  leurs  donner  de  quoy  vivre.   En  conséquence  il  donna 


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LOUTSE-MARIE  DE  FRANCE  l3l 

ordre  à  M*"  le  cardinal  de  Luynes  de  donner  une  somme  de 
36,ooo  livres  sur  les  communautés  religieuses,  payables  en 
6  années,  pour  commencer.  Vous  m'avez  réitérés  la  même 
promesse.  Depuis  quelques  tems  on  répand  que  ce  ne  sera 
que  ma  vie  durant.  La  grâce  seroit  petitte.  Je  ne  suis  pas 
étemelle  et  il  n'y  avoit  pas  d'apparence  dans  ce  tems  là  que 
je  pu  résister  longtems  à  la  rigueur  de  nôtre  règle.  Mais  la 
grâce  fut  entière.  Il  me  promit  aussi  de  faire  accommoder 
nôtre  église  et  donna  ordre  à  M.  Bertin,  ministre,  pour  ce 
que  cela  couteroit.  Vous  m'avez  réitérez  la  même  promesse  et 
donnez  les  mêmes  ordres  à  M.  Bertin  ;  mais  je  vous  avoiie 
que  je  n^ait  fait  encore  auqu'une  démarche  sur  Tarticle, 
parce  qu'ayant  fait  dresser  des  plants,  quoy  qu'il  n^y  a)rt  rien 
que  d'absolument  nécessaire  pour  la  surtés  de  l'église,  dont 
le  portail  menace  ruine,  et  pour  y  adapter  les  chandelliers 
que  le  feu  pape  m'a  envoyé  à  nôtre  église.  La  somme  m'a 
paru  trop  forte  pour  en  faire  la  demande  sur  les  lots  de  lot- 
teries  non  réclamé,  vôtre  trésort  royal  trop  chargez  pour  vous 
demander  un  pareil  présent,  et  j'ay  gardée  mes  plants  en  me 
confiant  en  la  providence,  qui  a  toujours  si  bien  servis  cette 
maison,  en  vos  bontés  pour  elle  et  en  votre  amitié  pour  moy. 
Mais  aujourd'huyque  la  justice  est  pour  moy,  je  vient  vous 
réclamer  la  rente  que  le  roy  m'a  laissé.  S'il  avoit  voulu  m'en 
frustrer,  il  m'auroit  désigné  dans  son  testament.  Il  étoit  fait 
avant,  et  on  ne  fait  pas  sa  fille  religieuse  sans  penser  de 
quelle  façon  elle  est  comprise  dans  le  testament.  Si  c'étoit  des 
biens  fonds,  tout  étoit  dit.  Donnez-moi  la  rente  en  totalités 
ou  en  partie.  Je  n'ait  rien  à  vous  prescrire  là  dessus.  Quel- 
ques droits  que  puisse  avoir  la  maison  ou  l'ordre,  elle 
recevera  toujours  comme  bienfait  de  vôtre  part,  ainsi  que  moy, 
ce  que  vous  lui  adjugerez.  Je  ne  craind  plus  de  charger 
vôtre  thrésor  royal  parceque  ce  sera  une  dette,  et  ma  retraitte 
luy  a  assez  épargné,  puisque  de  plusieurs  millions  que  je 
dépençois,  tout  est  réduit  à  24,000  livres,  les  rentes  de  la 


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iSa  tevue  ks  docoments  hktouqdcs 

maisons  étant  sur  les  biens  edésiastiqnes,  et  nôtre  église 
sera  rd>ftti,  nos  cloîtres  réparés,  qu'il  fout  presque  rq>reiKkt 
sous  œuvres,  l'humidité  de  plusieurs  conduits  de  la  ckeraes» 
qui  ont  été  plusieurs  années  rompu,  sans  pouvoir  estre  réparé, 
parce  que  la  maison  étoit  trop  pauvre,  mais  qui  le  soms  à 
présenti  et  Tordre  entier  sera  rétabli.  Je  ne  serai  plus  daœ 
le  cas  de  vous  importuner,  tantôt  pour  une  maison,  tantôt 
pour  une  autre.  J'ose  vous  dire  que  cet  ordre  le  mérite  par 
luy*meme.  C'est  le  plus  florissant  de  vôtre  Royaume  par  sa 
régularités,  sa  ferveur  et  sa  catholicités.  Lorsque  S*"  Thérèse 
le  réforma,  cefeut  dansla  vUe  d'obtenir  Textirpation  de  Tbé- 
résie  de  Calvin  dans  le  royaume  de  France.  Ses  œuvres  en 
font  foy;  elle  en  parle  dans  son  livre  du  chemin  de  la 
perfeaion,  et  ce  fut  après  cette  réforme  qu'Henry  IV  devint 
victorieux  de  la  ligue  et  catolique.  C'est  un  assez  grand  ser- 
vice qu'elle  vous  a  rendu.  D'allieur,  en  mettant  cette  rente 
entre  les  mains  de  nos  supérieurs,  leur  spécifiant  que  c^est 
pour  raccommoder  l'église  et  le  cloitre  de  la  maison  des  Car- 
mélittes  de  S^  Denis,  dont  vôtre  tante  est  religioise,  et  relever 
les  peau vres  maison  des  Carmélittes  de  la  réforme  de  S^  Thé- 
rèse en  France,  et  ce  ma  vie  durant,  il  n'y  aura  pas  à  craindre 
de  rendre  celle  de  S^  Denis  trop  riche,  ny  que  j'aye  auqu'une 
propriété.  Ce  sera  après  cela  à  Dieu  à  voir  combien  d'années 
il  jugera  à  propos  de  faire  jouir  l'ordre  de  ce  bienfait.  Je  vais 
sur  quarentesans;  il  n'y  a  pas  à  parier  pour  beaucoup,  ayant 
été  élevée  d'une  façon  si  opposée  au  genre  de  vie  que  je 
mène,  et,  si  jusqu'à  présent  ma  santé  s'i  est  plustôt  fortifié 
qu'affoibli,  je  regarde  cela  plus  tôt  comme  une  preuve  de  la 
religion  et  de  la  puissance  de  Dieu  que  comme  un  bail  de 
longue  vie.  Mais,  quelqu'elle  soit,  mon  cher  neveu,  longue 
ou  courte,  elle  sera  toutte  employé  à  vous  témoigner  aux 
pieds  des  autels  ma  vive  reconnoissance  de  vos  bienfaits  et 
ces  vœux,  j'espère,  par  la  miséricorde  du  Seigneur  ne  se 
borneront  pas  à  mon  tombeau  et  ils  seront  appuyé  de  ceux 


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LOUISE-MARIE  DE  FRANCE  l33 

d'une  multitude  dç  fervantes  carméUttes  qui  ne  cesseront  ny 
dans  le  tems  tant  que  l'ordre  subsistera  et  à  jamais  dans  le 
ciel  d'obtenir  touttes  les  grâces  que  vous  méritez  et  dont  le 
royaume  aura  besoin. 

Louis  XVI  transmit  le  mémoire  de  Madame  Louise  au  garde  des 
sceaux  Hue  de  Miroménil  et  il  prit  soin  de  transcrire  de  sa  main  le 
passage  du  testament  de  Louis  XV  qui  concernait  la  pension  de  ses  filles 
et  dont  voici  le  texte  : 

Je  veux  que  mes  filles  aient  chacune  deux  cent  mille  livres 
de  pension,  leur  maison  et  table  payées,  et  que  celle  qui  sur- 
vivra aux  autres  en  jouisse  de  trois  cent  mille  livres. 

A  Versailles,  le  six  janvier  mil  sept  cent  soixante  six. 

Madame  Louise,  instruite  aussitôt  de  la  remise  de  son  mémoire  au 
garde  des  sceaux,  écrivît,  le  19  septembre  1776,  à  celui-ci  pour  lui 
recommander  ses  intérêts.  Elle  traita  la  question  en  femme  pratique  et 
expérimentée,  qui  connaît  ses  droits  et  sait  les  faire  valoir. 

J.  M.  ce  19*  7**"  1776. 

Je  suis  ravie,  Monsieur.  Je  vient  d'apprendre  que  c'étoit 
à  vous  que  le  roy  avoit  confié  mon  mémoire  et  le  testament 
du  feu  Roy  pour  consulter  nôtre  affaire,  car  je  crois  ma  cause 
juste  et  j'ay  des  preuves  de  vôtre  justice.  Et  puis,  je  ne  sçait 
si  je  me  flatte,  mais  je  suis  assurée  que  vous  avez  une  envie 
particulière  de  me  faire  plaisir.  Hors  donc,  monsieur,  je  ne 
vous  reppetteré  pas  ce  qu'il  y  a  dans  mon  mémoire.  Ce  ne 
seroit  que  me  rendre  ennuieuse;  mais  j'y  adjouteray  quelques 
particularités  bien  essentielles,  selon  moy.  Premièrement 
vous  este  à  portée  de  savoir  tous  les  arrest  des  parlements 
qui  ont  été  rendues  en  pareilles  affaires.  Si  la  somme  est  plus 
forte  que  les  autres,  cela  est  par  la  dignités  du  testateur,  et  je 
croy  que  celle  du  roy  seroit  blessée  si  on  disoit  que  la  somme 


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|34  REVUE   DES  DOCUMENTS  IIISTX>UQCES 

est  trop  forte.  Lorsque  M"*  de  Sens  mourut,  elle  laissa  à 
M**  l'abbesse  de  Beaumont-lès-Toars  une  rente  d'envîn» 
3oooo  livres,  sans  que  M**  le  O  de  la  Marche  al^ua  les  pen- 
dons qu'elle  avoit  déjà  du  Roy  et  de  sa  Camille  et  Ta  toujours 
payez.  Et  je  vous  dirai  qu'il  ne  peut  estre  de  roy  qui  ayt  ùk 
sa  fille  religieuse  à  si  bon  marché.  Jadis  il  y  a  eu  des  filles 
de  France  qui  Tont  été.  Cétoit  des  droits  à  Tinfini  qu'cm  a 
donné  non  seulement  à  leurs  maisons,  mais  aux  villes  où 
elles  étoient  situés.  Icy  je  suis  venue  dans  une  maison  pauvre^ 
qui  n^a  rien  demandés  que  de  quoy  vivre.  Le  roy  eut»  à  la 
vérité,  la  bonté  de  dotter  la  maison  de  1450  s^ticr  de  bled 
évalué,  annés  communes,  à  25ooo  livres  de  rentes,  mais  il  n*en 
a  rien  coûté  â  Tetat  du  tout,  puisque  c'est  sur  l'abbaye  de 
S^  Germain,  et  que  les  frais  que  le  roy  n'a  pas  pu  nous  re- 
mettre, c'est  nous  qui  les  avons  payez.  Il  adjouta,  k  la  vérité, 
un  pcntion  de  24000  livres,  mais  en  disant  que  c^étoit  pour 
payer  les  frais  que  pouvoit  causer  ma  famille,  parce  qu'on  ne 
pouvoit  prévoir  que  ce  qui  est  arrivé  arriva  si  tôt  et  que  touttes 
les  fois  qu'il  alloit  à  Compile  et  en  revenoit  nous  luy  don- 
nions à  diner  et  à  touttes  sa  suitte  et  quelqu'autres  fois  dans 
Tannée,  et  qu'il  n'y  avoit  pas  de  repas  qui  ne  passât  2  ou 
3ooo  livres.  Il  avoit,  sans  doute,  son  testament  en  viie,  car  3 
me  promit  qu'il  ne  laisseroit  auqu'unes  de  nos  61    maisons 
détruire,  et  qu'il  pourvoiroit  à  leurs  donner  du  secour  en 
conséquence.  Ce  fiit  pour  commencer  qu'il  nous  fit  donner 
36,ooo  livres  sur  le  bureau  des  communautés  religieuses, 
6000  livres  par  ans.  Le  Roy  m'a  réitéré  la  même  promesse; 
voicy  une  belle  occasion.  Nôtre  revenue,  malgré  toutte  l'éco- 
nomie que  nous  y  pouvons  mettre,  ne  peut  suffire  à  rétablir 
nôtre  église,  cloître  et  réfectoires.  Nous  avons  bien  fait  les 
autres  réparation.  D'allieur  nous  aimons  mieux  assister  nos 
pauvres  maisons.  Tout  i  l'heure  nous  avons  été  obligé  d'em- 
prunter loooo  livres  pour  en  aider  une,  qui  étoit  dans  le  plus 
grand  besoin  .  Au  fait.  Monsieur,  car  j'ay  confiance  en  vous 


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LOUISE-MARIE  DE  FRANCE  l35 

et  je  suis  persuadée  que  vous  n'en  ferez  pas  mauvais  usage, 
j'ay  bien  épargnée  à  l'état,  par  ma  retraitte,  le  fond  de  ces 
200000  livres.  Depuis  près  de  sept  ans  que  je  suis  icy,  vous 
sentez.  Monsieur,  combien  cette  affaire  est  intéressante  pour 
nôtre  maison  et  notre  ordre,  car,  malgré  le  détail  que  je  viens 
de  vous  faire,  nos  graves  réparations  faites,  nous  pourrions 
nous  en  passer,  mais  nos  pauvres  maisons  y  trouveront  leurs 
subsistances.  N'est-il  pas  honteux  que  les  Carmélittes  de 
Compiègne,  sous  les  yeux  du  roy,  dont  la  tante  est  du  même 
ordre,  soient  à  faire  une  queste  quand  la  cour  y  va.  Ne»» 
leurs  donnerions  des  rentes,  et  ces  renies^  ao»  les  jdacaifais 
sur  le  roy. 

Je  voudroîs,  Monsieur,  que  vous  me  répondiez  et  que,  si 
vous  aviez  quelqu'objections  à  faire,  vous  me  le  mandiez, 
parce  que  j'auroispeutestre  encore  quelques  objections  à  vous 
répliquer  aussi  ;  mais  je  vous  avoue  que,  depuis  le  28  août 
que  cette  affaire  est  entamée  et  que  je  n'en  entend  pas  parler, 
cela  me  tien.  Je  n'ait  point  recherchés  cette  fortune  pour  nôtre 
ordre;  j'ay  attendus  deux  ans  é  demi  et  j'aurois  encore  atten- 
dus, si,  par  les  engagements  que  j'ay  pris  par  le  veu  de 
peauvreté,  je  pouvois  estre  libre  de  renoncer.  Je  vous  avoue. 
Monsieur,  que  je  suis  dans  une  grande  peine,  j'en  ait  eu  une 
bien  sensible  d'estre  obligée  de  réclamer,  mais  je  n'ait  pu  me 
taire  plus  longtems.  On  ne  peut  objecter  que  ce  sera  contre 
mon  veu  de  peauvreté,  puisque  ce  ne  sera  pas  moy  qui  les 
toucherez,  que  je  n'en  aurai  pas  un  mouchoir  de  plus  à  ma 
disposition,  mais  Tordre  entier  en  sera  rétabli,  cet  ordre  si  fer- 
vent, si  attachez  à  ses  maîtres,  qui  toujours  est  au  pieds  des 
autels  à  prier  pour  la  prospérités,  cet  ordre,  qui  est  si  pauvre  et 
si  nombreux  qu'a  cela  prêt  de  5  ou  6  maisons,  elles  n'ont  pas, 
Tun  portant  l'autre  4  à  5  milles  livres  de  rentes.  Vous  voyez. 
Monsieur,  qu'encore  il  me  faudra  vieillir  pour  assurer  du  pin 
à  touttes.  D'allieursles  Carmélittes  de  S'  Denis  ne  feront  pas 
les  distributions  sans  le  conseil  de  leurs  visiteurs  et  supé- 


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|}6  tEVUE  DBS  DOCUMEW  I S  mSTOtlQUES 

rieurs.  Ainsi  il  n*est  pas  i  craindre  la  mauTaise  manotemîoo. 
Elles  sonts,  ainsi  que  tout  Tordre,  trop  soumises  à  leurs  so- 
périeurs  pour  cela« 

Pour  ce  qui  est  de  moy,  Monsieur,  pour  qui  je  ne  doute 
pas  que  tous  tous  intéressez  beaucoup,  jugez  quelle  sera  ma 
joye  d'estrela  cause  du  reflorisement  de  mon  ordre,  de  n'estre 
plus  à  charge  au  roy  et  à  luy  demander,  tantôt  pour  une  mai- 
son, tantôt  pour  une  autre.  Je  luy  suis  souvent  importune. 
Je  diminue  pourtant,  le  plus  que  je  peu,  et  avec  tout  cda  3 
meurt  de  fin.  Enfin,  Monskur,  faut-il  tous  faire  ma  confes- 
sion entière,  cette  aSàirt  m'occupe  telmentque  je  sent  qu'dle 
a  beaucoup  pris  sur  ma  santé«  Vous  direz  que  j'ai  tord,  mais 
que  voulez-vous;  j*ai  le  coeur  sensible.  Se  sonts  touttes  mes 
sœurs  qui  seront  tirés  de  peines,  si  Taffaire  réussit.  J'en  ap- 
pelle. Monsieur,  à  vôtre  bon  cœur.  Je  sçait  combien  il  est 
sensible;  je  luy  remet  tous  mes  intérest  Vous  jugez  aisément 
quelle  sera  ma  reconnoissance.  Je  ne  craind  pas  de  vous  le 
dire  ;  c'est  le  plus  grand  service  que  vous  puissiez  jamais  me 
rendre. 

S'  Thérèse  de  S*  Augustin  R.  C  i. 

Le  garde  des  sceaux,  consulté  par  le  Roi,  sollicité  par  Madame  Louise, 
résolut  de  demander  l'avis  des  hauts  dignitaires  du  Parlement.  Il 
envoya  le  mémoire  au  premier  président  Omer  Joly  de  Fleury,  en  le 
chargeant  de  prendre  l'opinion  des  avocats-générmox.  Il  lui  recom- 
manda le  secret  le  pins  absolu.  Le  premier  président,  qui  habitait  alors 
sa  maison  de  campagne,  accusa  réception  du  mémoire,  le  24  septembre 
1776,  dans  les  termes  suivants  : 

Monseigneur, 

J^ay  reçu  la  lettre  à  double  enveloppe  et  sur  la  seconde,  pour 
moy  seul,  dont  vous  m'avez  honoré,  ensemble  le  mémoire 
et  le  billet  particulier,  aussy  pour  moy  seul,  qui  yétoitjoint. 

Vous  me  prescrives.  Monseigneur,  par  ce  billet  le  secret 


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LOUISE-MARIE  DE  FRANCE  iSy 

sur  ce  mémoire,  et  J'ose  vous  asseurer  qu'il  sera  inviolable- 
ment  gardé. 

Vous  me  faites  en  même  tems  l'honneur  de  me  demander 
par  votre  lettre  mon  avis,  et  celuy  de  MM.  les  Avocats  Gé- 
néraux sur  ce  mémoire;  et  il  ne  me  sera  pas  difficile  d'en  con- 
férer avec  mon  neveu,  qui  est  avec  moy  à  Fleury. 

Mais  M.  Seguier  et  M.  d'Aguesseau  sont  chacun  de  leur 
costé  à  des  campagnes  différentes,  et  come  dans  ce  moment 
j'ignore  celles  qu'ils  habitent  actuellement,  je  ne  puis  le  sça- 
voir  qu'en  écrivant  à  Paris  pour  m^en  informer. 

Dans  ces  circonstances,  Monseigneur,  je  prends  la  liberté 
devons  observer  que,  lorsque  je  seray  instruit  du  lieu  où  ils 
sont  précisément,  je  ne  pourray  avoir  leur  avis,  sans  leur 
écrire  pour  leur  envoyer  à  chacun  en  particulier  ce  mémoire 
de  votre  part,  et  leur  recommander  aussy  le  même  secret  de 
votre  part. 

Ainsi  je  vous  supplie.  Monseigneur,  de  vouloir  bien  me 
marquer  si  vous  m'authorisés,  dans  ce  cas,  à  leur  écrire  et  à 
leur  addresser  ce  mémoire,  afin  de  les  mettre  à  portée  de 
m'envoyer  leur  avis,  pour  avoir  ensuite  l'honneur  de  vous 
en  faire  part. 

J'ay  celuy  d'être,  avec  un  profond  respect. 

Monseigneur, 

Votre  très  humble  et 

très  obéissant  serviteur 

JoLY  DE  Fleury 

A  Fleury,  le  24  7*~  1776. 

En  tête  on  lit  ces  mots  de  la  main  de  Miroménil  : 

18  8*^  1776.  Répondu  de  ne  point  écrire,  d'attendre  le  re- 
tour de  ces  Messieurs,  et,  en  attendant,  de  m'envoyer  toujours 
son  avis. 

Envoie  une  addition  au  mémoire  à  consulter,  telle  que  Ma- 
dame Louise  la  désire. 

TOBiE  V.  18 


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iJ8  tKVOT  DBS  ooanmn»  hwtowiqoes 

Ctfirf—  ■ 1 — ■ '*"  UaàameLoaacmcitgmàeàa 

sceaux  était  actiTC.  MiroœénU,  pour  gagner  du  temps,  ol^ectt  que  ks 
ncanoes  retarderaient  la  réponse  des  gensdu  Roi.  U  princesse  le  tançt 
Tcrtement  dans  la  lettre  du  i3  oaobre  : 

J*M.cei3  8^i77Ô 
Je  vous  renume.  Monsieur,  de  votre  exactitude  à  m'écriie, 
car  j'ay  reçu  votre  lettre  hier,  comme  vous  me  l'avicr  pro- 
mise» mab  ie  dc  m'attendois  pas  à  ce  que  vous  me  mander, 
d'autant  plus  que  lorsque  je  vous  dit  que  les  vacances  poa- 
voient  retarder  la  réponce  des  gents  du  roy,  vous  n»e  répon- 
dîtes que  non  ;  s'il  faut  attendre  la  S' Martin,  cela  sera  un 
peu  dur  pour  une  affaire  où  le  cœur  du  roy  est  le  juge 
principal  et  le  bienfaiteur  dont  nous  attendons  tout.  Quoy 
que  notre  cause  soit  bonne,  nous  ne  voulons  pas  aller  à  luy 
par  procédés.  Nous  luy  représentons  nos  droits,  les  volontés 
du  feu  roy  et,  j'ose  dire,  ce  qu'il  se  doit  à  luy  même,  et  j'ose 
vous  dire.  Monsieur,  que  ma  retraite  a  déjà  plus  épaijBé  à 
l'étot  que  le  fond  delà  rente  qui  Im'est  laissé.  Si  vous  en  êtes 
curieux.  Monsieur,  je  vous  le  conterai  aisément;  vous  n'avei 
qu'à  m'en  demander  la  note  parce  que  je  hâtai  le  moment 
de  ma  retraite  pour  éviter  les  augmentations  qu'on  aUoit  faire 
à  notre  maison  et  qui  ont  augmenté  depuis  encore.  Avez  vous 
du  moins  eu  la  complaisance,  ainsi  que  vous  me  l'aviez  pro- 
mis, demandera  ceux  à  qui  vous  avez  confie  le  Mémoire, 
que  la  dette  n'a  rien  coûté  au  père,  et  que  la  pention  n'a 
pas  Heu  comme  je  vous  l'ai  démontré;  cela  est  dans  U  venté. 
Je  conte  que  vous  voudrez  bien  me  répondre  le  plus  tôt  pos- 
sible. Recevez,  Monsieur,  mes  remerciements  pour  le  pois- 
son; nous  en  avons  déjà  reçi  «n  envoy,  aab  j'aimctois 
mieux  ne  manger  que  du  poisson  pourri  et  pouvoir  tirer 
notre  ordre  de  la  pauvreté  où  U  est.  Recevez  aussi.  Monsieur, 
les  assurances  de  mes  sentiments  pour  vous, 

S'  Thérèse  de  S'  Augustin,  R.  C  i. 
Monsieur,  monaeur  le  garde  des  sceaux, 
à  Fontainebleau. 


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LOUISE-MARIE  DE  FRANCE  iSq 

Madame  Louise  ent  gain  de  cause  et  obtint  les  fonds  nécessaires  à  la 
reconstruction  de  Téglise  de  son  couvent  Elle  chargea  de  cette  opéra- 
tion Mique,  premier  architecte  du  Roi,  mais  elle  lui  fit  promettre  qu'on 
ne  travaillerait  jamais  les  dimanches  et  fêtes.  «  Il  vaut  mieux,  dit-elle, 
qu'on  soit  un  an  de  i^us  à  bâtir  et  qu'on  observe  les  préceptes  de  Dieu 
et  de  FÉglise(i).  »  Depuis  1779  elle  était  redevenue  simple  religieuse, 
mais  elle  avait  été  tout  aussitôt  nommée  dépositaire  et  chargée»  comme 
telle,  du  temporel  et  de  tous  les  soins  économiques  de  k  communauté. 
Aussi  s'occupa-t-elle  activement  de  tous  les  détails  qu'entraînait  cette 
construction.  Les  deux  lettres  suivantes  qu'elle  adressa  à  Mique  donne- 
ront une  idée  des  tracas  que  lui  causa  ce  grand  travail. 

J.^M.  ce  lo*  X^  1783. 

Je  ne  saurois  vous  dire,  Monsieur,  la  peine  où  je  suis  de 
voir  notre  pauvre  église  qui  va  rester  là,  malgré  qu'elle  est 
si  avancé.  Je  vient  d'en  écrire  à  M'  d^Angiviller.  Je  vous  as- 
sure qu'un  pauvre  qui  seroît  dans  la  nie,  à  qui  on  donneroit 
un  gitc,  ne  seroit  pas  plus  aise  que  moy,  lors  que  nous  ren- 
trerons dans  nôtre  église.  Enfin,  Monsieur,  aidé  moy  à  sor- 
tir de  peine.  M.  de  Marville  n'est  point  venu.  Je  n'ose  l'en 
prier,  à  cause  du  froid  et  de  sa  goutte.  Tâchez  de  le  voir, 
lorsqu'il  ira  'à  Versailles,  et  soyez  persuadé.  Monsieur,  du 
plaisir  que  j'aurois  de  vous  devoir  l'accélération  de  nôtre 
sortie  de  prison,  car  je  ne  peut  appeller  cela  autrement. 
S'  Thérèse  de  S*  Augustin,  R.  C.  i. 

Monsieur,  Monsieur  Mique,  premier  architeque 
du  Roy,  à  Versailles. 

J.  M.  ce  12*  aoust  1785. 

Vous  direz.  Monsieur,  que  je  n'ait  que  de  mauvaises  nou- 
velles à  vous  apprendre.  Il  s'en  faut  de  trois  pouces  que 
notre  S' Ciboire  rentre  dans  le  tabernacle  et  encore  la  dou- 
blure en  bois  et  la  coulisse  n'i  étoient  pas,  lorsqu'on  l'a  me- 

(1)  et  Vie  de  Louise-Marie  de  France,  par  l'abbé  Proyart. 


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I40  lETUE  DES  DOCCMEIfTS  HBTOtlQCES 

surë^  et  il  Cnit  qa*il  poisse  tenir  s  S^  Ciboires  dans  k  taber- 
nacle soQtcnt,  parce  qu'on  n'attend  pas  qu^îl  n'y  ayt  plss 
dliostîs  de  consacré  pour  en  consacrer.  Si  vous  ne  venez  pas 
Toirnfiirt  tniîhrnr,  jt  ne  sçah  pas  comment  toot  cela  ira.  Je 
croê  Des  Q!^«t**  an  désespoir.  Je  n'ait  pas  cm  loy  parler 
avant  de  roos  avoir  écrit.  On  ne  peut  pas  dire  qu'il  Cnit  re- 
fûre  les  S^  Gboîrcs.  Noos  en  avons  trois  £3rt  beauXf  et  il  nous 
les  fuit  grands,  la  communauté  étant  nombreuse,  et  laoom- 
mnnion  fréquente*  Cela  est  réeliement  désoUant  ;  on  prend 
touKs  les  précautions,  i  ce  qu^îl  paroît,  et  après  les  mesures 
nesitroovempas. 

S'  THQtftSE  DE  9  AuGcsmc,  R.  C  L 

Monsieur^  Monsieor  Micpie^ixcmier  architeqiie 
do  Roy,  i  Vcrsailks. 


I  1780,  r^i^  te  terminée  cm  17^4, 
provre  li  secowle  lettre  <le  Mirtiinf  Ijoûe,  S  restait  < 
parties  à  parlvre.  Sœmr  Thérèse  de  Snat-Angostia  sorfécut  pes  à 
racbèreskettt  de  soo  œwrre.  EQe  noorvt  i  Saint-Denis  le  33  déoe»- 
bre  1797,  soupirant  après  le  del,  bcmeme  de  momir,  cnmme  si  elle 
prcTOTut  qv'dle  cdMqjpaît  à  rhorrcor  d*assîstcr  à  k  nûoedesafesâk 
et  de  li  BOMTcine  (t. 


FhT— .  aè^  et  véeakt  de»  Otfveft,  4e  licsfR»- 
et  FiMoe  avec  ^i\^mL  et  anal.  M.  4e  BtoMl. 

et  tmèi  XV. 


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JACQUES-GEORGES  DE  CHAUFEPIÉ 


Jacques-Georges  de  Chaufepié,  né  à    Leuwarden,    en   Hollande, 
le  9  novembre  1702,  appartenait  à  une  famille  protestante,  d'origine 
française.    Il  embrassa  la  carrière  évangélique  et  fut  successivement 
pasteur  à  Flessingue,  à  Delft  et  à  Amsterdam.  Versé  dans  la  langue 
anglaise,  il  traduisit  une  partie  de  l'Histoire  du  Monde^  de  Samuel 
Shuckford,  et  de  VHistoire  universelle^  et  écrivit  une  Vie  de  Pope, 
Mais  l'ouvrage  qui  a  conservé  le  souvenir  de  son  nom  est  le  Nouveau 
Dictionnaire  historique  et  critique,  que  Chaufepié  publia,  en  quatre 
volumes  in-folio,  de  lySo  à  1756,  pour  servir  de  supplément  au  Dic- 
tionnaire de  Bayle.   La  lettre  suivante,  écrite  à  un  savant  français, 
le  27  avril  175 1,  est  toute  relative  à  ce  grand  ouvrage,  dont  les  pre- 
miers volumes  venaient  de  paraître.  Chaufepié  y  donne  d'intéressants 
détails  sur  le  plan  qu'il  a  suivi  et  répond  aux  reproches  que  lui  avaient 
adressés  certains  critiques. 

Malgré  ses  travaux  bibliographiques  et  historiques,  Chaufepié  n'en 
fut  pas  moins  un  pasteur  zélé.  Il  a  laissé  quatre  volumes  de  sermons  : 
le  premier  volume,  publié  en  1754,  porte  ce  titre  :  Sermons  destinés 
à  prouver  la  vérité  de  la  religion  chrétienne  par  Vétat  du  peuple  juif. 
Chaufepié  mourut  à  Amsterdam,  le  3  juillet  1786. 


Monsieur  et  très  honoré  Frère 

Je  ne  puis  vous  dire  à  quel  point  je  suis  sensible  à  la 
manière  pleine  de  candeur,  de  franchise  et  de  bienveillance 
avec  laquelle  vous  me  prévenez.  Il  y  a  longtemps  que  j'avois 
Testime  la  plus  parfaite  pour  votre  mérite  et  pour  vos  talens, 
plus  d'une  de  vos  productions  avoit  fait  sur  mon  esprit  une 
impression  des  plus  vives  :  éprouver  ensuite,  sans  avoir 


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143  tBVUE  DES   DOCUMENTS  HISTOKIQUES 

aucun  droit  de  s'y  attendre^  une  bonté  de  cœar  et  une  géné- 
rosité d'âme  proportionné  aux  lumières  de  Tesprit  de  votre 
part,  c'est  ce  qui  excite  en  moi  des  sentimens,  que  je  puis 
diffidllement  exprimer.  Il  me  semble  même  que  )e  puis  juger 
de  votre  caraaère  de  manière  à  me  persuader  que  vous 
n'aurez  pas  de  peioe  à  ajouter  foi  i  ce  que  je  vous  cfiraii  que 
dans  ce  petit  exorde,  il  n'entre  pas  l'ombre  d'intérêt  d'Auteur, 
celui  de  tous,  je  vous  proteste,  qui  me  tient  le  moins  au  cœur. 
Je  suis  devenu  auteur  de  l'ouvrage  qui  paroit,  pour  ainsi  dire 
malgré  moi,  comme  ma  préface  vous  le  fera  bien  sentir,  quand 
vous  la  lirez.  En  m'y  déterminant,  je  n'ai  pas  compté  de 
plaire  à  tout  le  monde,  et  je  me  suis  attendu  à  des  critiques 
dont  plusieurs  seront  incontestablement  bien  fondées;  jt  sois 
dans  la  résolution  d'en  profiter,  quand  même  elles  seront 
désagréablement  assaisonnées,  mais  je  vous  avoue.  Monsieur^ 
avec  toute  la  franchise  dont  est  capable  un  homme,  quf  est 
l'ennemi  juré  de  toute  dissimulation,  que  j'ai  une  aversion 
si  déclarée  pour  toute  dispute  ou  querelle,  que  je  ne  puis  me 
résoudre  à  entrer  en  lice  avec  ceux  qui  m^attaqueront,  quand 
ils  me  diroient  toutes  les  injures  imaginables.  Je  me  flatte 
qu'il  y  aura  parmi  les  gens  de  lettres  des  personnes  assez 
équitables,  pour  prendre  mon  parti  quand  je  serai  injuste- 
ment mal-traité;  mais  j'ai  pris  la  ferme  résolution  de  garder 
le  silence,  et  de  ne  point  troubler  mon  repos,  parce  qu'il  y  a 
des  gens  de  mauvaise  humeur. 

Je  ne  ferois  aucune  difficulté.  Monsieur  et  très  honoré 
Frère,  de  me  charger  de  dresser  moi-même  un  extrait  de 
mon  ouvrage,  pour  vous  en  épargner  la  peine,  mais,  outre 
que  je  n'ai  jamais  travaillé  pour  aucun  journal,  et  que  je  ne 
serois  pas  en  état  d'indiquer  les  fautes  que  je  puis  avoir  fait, 
de  fortes  raisons  ne  me  le  permettent  pas.  Je  souhaitterois 
d'être  à  portée  d'avoir  une  conversation,  pour  vous  les  com- 
muniquer, je  me  persuade  que  vous  les  approuveriez;  je  ne 
puis  les  confier  au  papier,  mab  comptez  sur  la  plus  pure  sin- 


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JACQUra-GEOlK^fiS  DE  CHAUFEPTÉ  148 

cérité  à  cette  ^rd,  et  qu'il  n'y  a  qu'une  espèce  iTimpowîbî- 
lité,  qui  m'empêche  de  tous  satisfaire.  Je  vous  dirai  en  même 
tems  que  dans  ma  Pré£ace  je  rends  un  compte  si  exact  de 
mon  travail,  qu'avec  la  facilité  que  tout  le  nK>nde  vous  con- 
noit,  TOUS  n'aurez  pas  de  peine  à  faire  vous  même  un  extrait; 
et  fe  serai  charmé,  que  vous  ne  soyez  gêné  en  rien  en  le  fai- 
sant, peimtadé  que  je  trouverai  en  vous  un  juge  intègre,  «t 
non  un  censeur  malin.  Peut^tre  mon  ouvrage  <léplaît*il  à 
certaines  gens,  parce  qu'au  lieu  d'attaquer  la  Religion,  je  Tai 
défendue  quand  Toccasion  s'est  présentée.  Ne  seroit-ce  pas 
aussi  (ceci  entre  nous)  qu'on  est  tombé  sur  quelques  endroits, 
ou  j'ai  relevé  l'Auteur  de  la  Henriade,  je  m'en  rappelle  deux, 
l'Article  de  Clark  (Samuel)  et  cehii  de  Camoëns  auxquels  j'ai 
fait  quelques  additions,  et  j'ai  trouvé  M.  de  Y.  dans  mon 
chemin^,  je  conçois  que  cela  peut  indisposer  quelques  per- 
sonnes dans  vos  quartiers.  Du  reste  Messieurs  vos  Gazettiers 
Littéraires  ont  raison  d'appeller  mon  ouvrage  une  Compila- 
tion^ c'est  le  titre  que  M.  Bayle  lui-même  a  donné  à  son 
Dictio9maire;  son  Continuateur  ne  doit  prétendre  à  rien  de 
plus.  Que  cette  compilation  soit  des  plus  fautives,  c'est  ce 
qu'il  faut  prouver,  et  c'est,  si  jt  l'ose  dire,  ce  qui  demande  du 
tems  et  un  examen  assez  approfondi.  Qu'il  y  ait  des  fautes,  il 
n'en  6iut  pas  douter,  et  je  serois  fort  étonné  qu'on  me  prouvât 
qu'il  n'y  en  a  point.  Voyez,  je  vous  prie,  ce  -que  dit  M.  Bayle 
dans  V Histoire  des  ouvrages  des  Sopans,  mai  1704,  p.  116, 
tft  vous  serez  convaincu  que  quand  on  founûroit  uae  liste  de 
deux  ou  trois  cens  fautes,  on  n'auroit  encore  pas  fait  un  grand 
exploit.  Combien  plus,  quand  on  n'allègue  aucune  preuve, 
comme  vous  me  faites  l'honneur  de  me  le  marquer,  et  qu'on 
se  borne  à  produire  un  article  ou  deux  dans  une  gazette 
littéraire,  qui  ne  peuvent  ^tre  que  des  moins  considérables,  et 
des  moins  propres  à  faire  juger  de  mon  travail,  peut-être 
même  ne  sont  ils  pas  de  moi,  car  je  ne  prétends  pas  être 
responsable  de  ceux  qin  sont  traduits  de  l'Anglais,  je  ne  m'en 


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144  REVUE  DES  DOCOlffiNTS  HlSTCHtlQUES 

constitue  pts  le  défenseur.  Je  vous  avoue  que  sur  un  loge- 
ment aussi  précipité  que  celui  dont  vous  me  parlez,  )e  ne  pub 
m'empecher  de  soupçonner  quelque  motif  secret.  Vous, 
Monsieur,  qui  êtes  sur  les  lieux,  et  qui  connoissez  les  masqnes, 
vous  èxts  mieux  i  portée  d'en  juger  que  moi.  Les  libraires 
intéressez  dans  mon  ouvrage,  ayant  souhaitté  d^en  procurer 
le  débit  en  France,  y  ont  envoyé  les  feuilles  à  mesure  qu'on 
les  a  imprimées,  et  ont  obtenu  l'entrée  de  Touvrage;  M.  Tabbé 
Sallier,  qui  en  a  été  le  censeur,  m'a  fait  faire  par  le  canal  de 
M.  de  Larrey,  ministre  de  notre  République  à  la  Cour  de 
France,  un  compliment  fort  gracieux  sur  mon  ouvrage  :  les 
journalistes  de  Trévoux,  peu  favorables  ordinairement  aux 
Auteurs  Protestans,  et  surtout  à  un  Auteur,  dcmt  il  y  a  de 
l'apparence  que  la  qualité  ne  leur  étoît  pas  inconnue,  ont 
parlé  de  mon  Dictionnaire^  Novembre  1749^  p.  11418,  a  428, 
en  ces  termes  :  Nous  pouvons  bien  remarquer  en  payant,  que 
ce  Dictionnaire^  dont  nous  opons  pujusquà  la  lettre  G,  est 
extrêmement  curieux,  et  quapec  quelques  attentions  (surtout 
celle  de  retrancher  les  déclamations  puériles  contre  les 
catholiques)  on  pourroit  en  faire  un  livre  excellent.  Il  y  a 
plus;  la  compagnie  des  libraires  de  Trévoux  a  fait  des  efforts 
réitérez  auprès  du  feû  Chancelier  et  auprès  de  son  successeur 
pour  obtenir  un  privil^  d'imprimer  mon  ouvrage;  n'ai-je 
pas  eu  lieu  de  penser,  que  s'il  n'est  pas  excellent,  il  n'est  pas 
non  plus  absolument  méprisable. 

Je  rougis.  Monsieur,  de  parler  tant  de  moi-même,  mais 
votre  lettre  m'en  impose  Tobligadon,  elle  me  met  même  dans 
la  nécessité  de  continuer,  pour  vous  donner  en  gros  une  idée 
de  mon  travail.  Mon  Dictionnaire  consiste  en  deux  choses 
principales.  Premièrement,  il  y  a  les  articles,  que  les  traduc- 
teurs Anglois  de  Bayle  ont  ajouté  dans  leur  traduction  :  il  a 
été  question  de  les  rassembler  et  de  les  traduire  en  François  : 
c'étoit  là  ce  que  je  me  proposois  presque  uniquement,  quand 
je  me  suis  engagé  à  ce  travail.  Mais  je  m'aperçus  bien-tôt 


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JACQiœS-OBOKGCS  DE  CHAUPE1>lé  145 

qa'il  y  avoit  autre  chose  à  faire,  et  qu'un  grand  nombre  des 
articles  de  ces  messieurs  de  Londres  étoient  faits  fort  à  la 
hâte,  et  qu'il  y  avoit  bien  à  y  refaire,  qu'il  auroit  même  fallu, 
pour  vous  dire  la  vérité,  en  retrancher  bon  nombre,  mais  je 
n'en  étois  pas  le  maître,  et  d'ailleurs  je  courrois  risque  de 
m'attirer  les  auteurs  Anglois  sur  les  bras.  Je  pris  donc  le 
parti  de  suivre,  selon  mon  pouvoir,  ces  quatre  choses. 
I.  D'ajouter  soit  dans  le  corps  des  articles  traduits  de  l'An- 
glois,  soit  dans  les  remarques  des  Faits  oubliez  ou  n^igez  ; 
j'en  indique  uYi  bon  nombre  dans  ma  Préface  :  en  voici 
quelques  uns  :  Anaximène,  orateur,  Anne  Comnene,  Aratus 
de  Soles,  Archimède,  Archytas,  Barronius,  Bqyle,  Ber- 
nardin  de  Sienne,  Empedocle,  S^  Ephrem,  Ferrari  (Ottavio), 
Herodien,  etc.  2.  De  donner  des  éclaircissemens  sur  les  faits 
rapportez  par  les  Auteurs  anglois;  voyez  entre  autres,  les 
articles  Abbadie,  S^  Agobard,  Belon,  Blake,  Callimaqtu, 
Collifîs  (Antoine),  S^-  Epiphane,  Eusebe  de  Césarée,  etc. 
3.  Quelquefois  j'ai  pris  la  liberté  de  critiquer  mes  Auteurs  : 
Voy.  Acace  de  Berée;  Anastase  le  Bibliothécaire,  Bqyle, 
Blake,  Camoëns,  Dacier  (Anne),  Epimenide^  etc.  4.  J'ai  fait 
ici  et  là  des  réflexions  sur  ce  que  ces  Messieurs  rapportent 
d'autres  auteurs,  V.  Abraham,  Arria,  Clarck  (Samuel), 
Donne^  etc.  Vous  concevrez  sans  peine.  Monsieur,  que  je  n'ai 
pu  faire  tout  ce  que  f  aurois  souhaitté,  et  ce  qui  auroit  peut 
être  été  nécessaire;  mais  je  ne  prétends  point  être  responsable 
du  travail  des  Anglois,  si  je  Tai  amélioré  à  quelques  égards, 
je  me  flatte  qu'on  doit  m'en  tenir  compte  :  mon  premier 
dessein  étoit  de  le  donner  tel  qu'il  étoit,  et  je  me  suis  trouvé 
engagé  sans  le  savoir  à  une  tâche  plus  pénible,  que  je  n'avois 
dessein  d'entreprendre,  et  dont  je  me  suis  repenti  plus  d'une 
fois  de  m'être  chargé.  La  seconde  partie  de  mon  travail  est 
le  fruit  de  mes  recherches  particulières,  ce  sont  des  articles 
entièrement  de  ma  façon.  Je  ne  pense  nullement  qu'ils  soient 
tous  également  bons:  ceux  de  M.  Bayle  le  sont  ils?  mais  je 
TOME  V.  19 


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146  tEVUF  DES  DOCUMESCTS  HISTOUQUES 

crois  pouvoir  espérer  que  les  personnes  judidoises  et  ilnpa^ 
dales  en  trouveront  quelques  uns,  qui  ne  leur  paraîtront  pas 
indignes  de  leur  attention;  et  que  surtout  la  suite  de  mon 
ouvrage  surpassera  à  divers  ^ards  ce  que  j'ai  donné,  omrt 
qu'en  général  les  articles  des  Anglois  sont  plus  intéressans, 
je  crois  qu'on  en  trouvera  de  ma  Caçon,  qui  mériteront  quel- 
que approbation.  J'ai  suivi  autant  qu'il  m'a  été  possible  k 
plan  de  M.  Bayle,  de  discuter  et  d'éclaircir  les  Faits  dans  les 
remarques,  d'y  examiner  les  sentimens,  de  faire  quelquefob 
des  digressions  ou  des  espèces  de  petites  disserutions  sur  de 
certaines  matières.  Par  exemple  dans  l'article  d'Anastas»  h 
qui  est  des  Anglois,  j'ai  ajouté  une  digression  sur  la  pré- 
tendue correction  des  Evangiles,  faite  par  son  wdre  sdon  la 
chronique  de  Victor  de  Tunune  ;  dans  leur  article  (TArrtû 
j'en  ai  fait  une  sur  le  suicide  :  dans  les  suivans  tous  entiers 
de  moi,  j'ai  combattu,  dans  celui  de  l'abbé  de  Baisser,  k 
sentiment  de  M.  Morin  sur  la  non4mmolation  (pardonnez 
moi  cette  expression  baroque  qui  abr^)  des  vicdmes 
humaines;  dans  celui  de  Louis  Boitnn,  j'ai  attaqué  son  sys- 
tème sur  le  règne  des  Israélites  en  Egypte;  dans  celui  de 
Dédale,  je  réfute  celui  de  l'abbé  Pluche  sur  l'origine  de 
l'Idolâtrie  :  dans  celui  d'Elie  je  fais  l'apologie  de  ce  pro- 
phète contre  M.  Bayle;  dans  celui  de  Hartsoeker,  je  combats 
ses  intelligences  Plastiques.  Voilà  Monsieur,  un  détail  qui 
n'a  rien  de  fort  amusant,  mais  vous  l'exigez  en  quelque 
façon,  je  le  termine  par  la  Note  de  quelques  articles  qui  me 
paroissent  passables,  tels  sont  celui  des  Adamites,  où  fai 
mis  à  profit  les  excellentes  recherches  de  feû  M.  de  Beau- 
sobre  :  Adalberl,  Albon  (Jacques  d'),  maréchal  de  S^  André  ; 
Armand  de  Vileneupe,  Amphictyons,  Barbier  (Daucour)^ 
Bardanes,  Bardesanes,  les  deux  Boivin,  Borel,  Brisson 
(Barnabe),  Callinus,  Cassien  (Jules),  Cro^e  {la) ^  E testas, 
Dédale,  Echebar,  Elie,  Euhemere,  Eusiathe,  Foporin,  Fer- 
nier  (Vincent),  Florrus  (Luc.  Ann.),  Fontaine  (La),  Gallus 


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JACQUES-GEORGES  DE  CHAUFEPIÉ  147 

(Cornélius),  Gondebaud,  trois  articles  des  Gracques,  Hari" 
soeker,  Rincmar  de  Reims,  Huniade,  Hus  (Jean),  etc.  Je  vous 
indique;  Monsieur,  ce  que  je  me  rappelle  sur  le  champ,  parce 
que  je  me  trouve  peu  de  loisir,  ayant  à  monter  en  chaire 
deux  fois  en  quatre  jours.  Il  y  a  peut  être  d'autres  articles 
qui  valent  ceux  là,  mais  je  crois  qu'en  les  examinant  on 
pourra  y  prendre  une  idée  de  mon  travail  particulier,  qui 
avec  mes  additions  à  celui  des  Anglois  est  tout  ce  dont  je 
suis  responsable.  Je  souhaitte  ardemment,  Monsieur,  que 
votre  tems  et  vos  occupations  vous  permettent  d'examiner 
un  peu  à  fond  mon  ouvrage,  je  compte  que  j'y  profiterai,  en 
connoissant  les  défauts  dont  vous  me  ferez  appercevoir,  et 
par  la  justice  que  vous  me  rendrez  sur  ce  qu'il  y  aura  de  bon; 
j'ose  me  flatter  que  vous  voudrez  bien  opposer  un  jugement 
aussi  accrédité  que  le  vôtre,  à  un  jugement  précipité,  du 
moins  tâcher  d'empêcher  qu'on  ne  me  juge  sans  connois- 
sance  de  cause.  Permettez  moi  de  vous  le  demander  instam- 
ment comme  une  preuve  de  l'amitié  que  vous  m'offrez  si 
généreusement,  et  que  je  me  ferai  un  devoir,  comme  un 
plaisir,  de  cultiver  avec  soin.  Soyez  persuadé  que  si  je  puis 
manquer  de  lumières,  je  ne  manquerai  jamais  du  côté  du 
cœur;  et  que  je  serai  toujours  avec  l'estime  la  plus  parfaite, 
et  l'attachement  le  plus  sincère 

Monsieur  et  très  honoré  Frère 


^J.fA.d»^u 


Amsterdam,  le  27  avril  176 1. 

Permettez  moi  de  vous  prier  de  me  communiquer  ce  qui 
se  passera  dans  vos  Quartiers  sur  tout  ceci.  J'espère  que 
vous  trouverez  que  cette  curiosité  m'est  pardonnable. 


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ANNE   D'AUTRICHE 


Lft  lettre  tmvifite  boqs  transporte  aa  temps  de  la  Fronde^  an  moaKJt 
même  où  échoua  tristement  cette  révolte  des  Princes  contre  Tautorité 
royale.  C'est  le  a  juillet  i65i  que  Turenne  attaqua,  dans  le  ^ubourg 
Saint- Antoine,  l'armée  du  pnnce  de  Condé.  La  Reine  et  son  }eune  fils 
étaient  alors  logés  à  Saint-Denis,  dans  le  courent  des  Ursalioes.  Pendant 
le  combat  Anne  d'Autriche  était  tm  pied  des  autels,  assistée  de  si 
fidèle  confidente,  Madame  de  Motterille  (t).  On  Tenait  lui  donner  des 
nouvelles  de  la  bataille,  lui  apprendre  tour  à  tour  la  mort  de  Saint* 
Mégrin,  tué  dans  une  rue  étroite  où  il  avait  imprudemment  enga^'  ks 
Chevau-légers  du  Roi,  et  celle  du  jeime  Mancini,  neveu  bico-aimé 
du  cardinal  Maxarin.  Justement  émue  par  ces  tristes  notirelles,  elle 
souffrait  et  priait,  soutenue  par  Tespoir  du  triomphe.  Mais  fînter- 
▼ention  des  Parisiens  et  surtout  de  la  grande  Mademoiselle  sauva  k 
prince  de  Condé  et  son  armée.  Alors  la  Reine  s'occupa  de  secourir  ks 
soldats  blessés  qu'on  avait  de  tous  côtés  apportés  à  Saint-Denis.  Voilà 
ce  que  Madame  de  Motteville  raconte  à  ce  sujet  : 

«  On  fit  une  infirmerie  de  la  Halle  et  de  la  grande  salle  de  TAbbare; 
mais  on  eut  de  la  peine  à  trouver  assez  de  paille  pour  les  coucher,  et 
des  bouillons  pour  les  nourrir.  J'étois  logée  dans  la  grande  chambre 
au  dessus  de  cet  appartement,  foute  de  logis  ;  je  n'avois  pas  eu  le  loisir 
d'aller  coucher  dans  le  monastère  des  filles  de  Sainte-Marie,  où  elles 
n'étoient  pas,  et  que  la  Reine  m'avoit  fait  marquer  le  soir  précédent. 
Ainsi  il  m'y  fallut  demeurer  encore  la  nuit.  Le  lendemain,  sortant  de 
cette  chambre,  je  passai  dans  cette  salle,  où  je  vis  beaucoup  de  blessés, 
dont  la  plus  grande  partie  se  mouroient;  mais  quasi  tous  demandoient 
à  manger  avec  une  avidité  non  pareille,  et  pas  un  ne  pensoit  à  son 
salut.  Ce  tableau  de  la  misère  humaine  me  fit  £ure  quelques  lamen- 

(i)  Madame  de  Motteville  parle  du  coavent  des  Carmélites.  N*est-ce  pas  an  iAfSMi 
memorim,  car,  d'après  la  Uttra  qoa  ic  poMit,  Aaoa  d'Aacricbe  était  dws  les  VmJÛao,} 


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ANNE  D  AUTRICHE  I49 

tationssur  le  malheur  de  la  guerre  ;  mais  enfin  il  n'est  rien  dans  Tuni- 
vers  que  le  Seigneur  n^ait  fait  :  il  tire  sa  gloire  de  tout,  et  en  toutes 
choses  il  faut  toujours  dire  :  Gloria  in  excelsis  Deo  (i).  » 

Le  3  juillet  Anne  d* Autriche,  toujours  logée  aux  Ursulines,  écrivit  à 
la  révérende  Mère  supérieure  de  ce  couvent,  pour  s'excuser  sur  la  né- 
cessité des  temps  d'avoir  occupé  son  monastère.  Voici  le  texte  de  cette 
intéressante  lettre  : 


Révérende  mère  supérieure,  vous  pouvez  croire  que  sans 
une  grande  nécessité  je  n'aurois  jamais  consenty  à  prendre 
vostre  maison,  mais  m'estant  rencontrée  dans  un  logement  très 
incommode,  et  n'en  ayant  pu  trouver  d'autre  que  celuy-là  où 
je  me  pusse  mettre,  j'ay  esté  contrainte  d'y  aller,  et  le  Roy 
mesme  s'y  est  aussy  voulu  accommoder,  affin  de  n'estre  pas 
esloigné  de  moy.  J'auray  grand  soin  d'empescher  qu'on  n'y 
gaste  quoy  que  ce  soit,  et  pour  l'hospitalité  que  vous  nous 
donnez  de  si  bon  cœur  vous  pouvez  vous  asseurer  qu'en 
eschange  je  vous  donneray  en  toutes  rencontres  des  marques 
effectives  de  ma  bonne  volonté  et  de  mdn  estime.  Je  me 
recommande  cependant  à  vos  bonnes  prières  et  à  celles  de 
vostre  Communauté,  et  finis  par  celle  que  je  fais  à  Dieu  qu'il 
vous  ayt,  Révérende  mère  supérieure,  en  sa  sainte  garde. 
Escrit  en  vostre  monastère  à  Saint-Denis  le  3  juillet  i652. 


A  la  Révérende  Mère  supérieure  des  Ursulines  de  Sainct- 
Denis. 

Il)  Mémoires,  coll.  Michaud,  t.  XXIV,  p.  438. 


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LOUIS-MARCELLIN  DE  FONTANES 


ET  CHATEAUBRIAND 


En  i8o3,  Chateaubriand,  que  son  Génie  dm  Christianisme  avait 
rendu  célèbre,  fut  invité  à  une  fête  que  le  ministre  de  rintérîenr, 
I^ucien  Bonaparte,  donnait  à  son  frère  le  premier  consul,  â  Toccastoa 
de  l'adoption  du  G>ncordat  par  le  Corps  législatif.  Il  se  rendit  à  cette 
invitation,  hommage  rendu  à  sa  personnalité  naissante,  et  il  eut  avec 
Bonaparte  une  entrevue  et  une  conversation  dont  il  a  eu  soin  de  nous 
conserver  les  détails  (i).  Bonaparte  parla,  en  termes  sententiéux,  de 
rÉgypte,  des  Arabes,  du  Christianisme,  et  Chateaubriand  se  borna  à 
écouter.  Il  paraît  que  l'écrivain  ne  déplut  pas  au  premier  consul, 
soigneux  de  rallier  à  lui  les  royalistes  et  les  catholiques.  C'était  un 
coup  de  fortune;  Fontanes,  le  prot^é  de  madame  Bacdodii,  Élisa 
Bonaparte,  et  qu'une  liaison  déjà  ancienne  attachait  à  Chateaubriand, 
pressa  son  ami  d'accepter  la  place  de  premier  secrétaire  à  l'ambassade 
de  Rome.  Élisa,  qui  étendait  sa  foveur  aux  amis  de  ses  prot^és,  se 
joignit  à  Fontanes.  Chateaubriand  —  du  moins  Fassure-t-il  —  résista 
à  ces  flatteuses  instances,  et  il  ne  céda  que  devant  Tintenrention  de 
Tabbé  Emery,  qui  considérait  Facceptation  du  poste  offert  comme 
favorable  aux  intérêts  de  la  religion. 

(0  Mémoires  d^OutrcTowite,  t.  Il,  p.  a3o-3i. 


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PONTANES  ET  CHATEÂOBRIÂND  l5l 

Chateaubriand  partit  donc  pour  Rome,  où  sa  femme  et  une  amie 
dévouée,  Madame  de  Beaumont,  déjà  mourante,  devaient  venir  le 
rejoindre.  Il  précédait  le  cardinal  Fesch,  ambassadeur  auprès  du 
saint-siége.  Après  avoir  assisté,  à  Milan,  à  un  dîner  de  gala  donné  par 
le  vice-président  de  la  République  cisalpine,  M.  de  Melzi,  à  loccasion 
du  baptême  d'un  fils  de  Murât,  il  arriva,  le  27  juin  i8o3,  dans  la  ville 
étemelle.  Le  i*'  juillet  il  fut  présenté  à  Pie  VII.  «  Un  volume  du 
Génie  du  Christianisme  était  obligeamment  ouvert  sur  sa  table.  » 
Chateaubriand,  qui  nous  a  conservé  ce  détail  (i),  aurait  pu  rappeler 
qu'il  avait  eu  soin  d'envoyer  son  ouvrage  au  Pape,  le  28  septembre  1802; 
en  raccompagnant  d'une  lettre  conçue  en  des  termes  remarquables, 
qu'il  est  bon  de  reproduire  ici  (2)  : 

«  Très  saint  Père, 

«  Ignorant  si  ce  foible  ouvrage  obtiendroit  quelque  succès,  je  n'ai  pas 
osé  d'abord  le  présenter  à  Votre  Sainteté.  Maintenant  que  le  suffrage 
du  public  semble  le  rendre  plus  digne  de  vous  être  offert,  je  prends 
la  liberté  de  le  déposer  à  vos  pieds  sacrés.  Si  Votre  Sainteté  daigne 
jetter  les  yeux  sur  le  quatrième  volume,  elle  verra  les  efforts  que  j'ai 
faits  pour  venger  les  autels  et  leurs  ministres  des  insultes  d'une  fausse 
philosophie  ;  elle  y  verra  mon  admiration  pour  le  Saint-Siège  et  pour 
le  génie  des  pontifes  qui  l'ont  occupé  ;  elle  me  pardonnera  peut-être 
d'avoir  annoncé  leur  glorieux  successeur,  qui  vient  de  fermer  les  plaies 
de  l'Église.  Heureux  si  Votre  Sainteté  agrée  l'hommage  que  j'ai  rendu 
à  ses  vertus,  et  si  mon  zèle  pour  la  cause  de  la  Religion  peut  me 
fnérîter  sa  bénédiction  paternelle. 

«  Je  suis  avec  le  plus  profond  respect 
«  De  Votre  Sainteté, 
«  Le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 

«  De  Chateaubriand.  » 

d  Paris,  ce  28  septembre  i8oa.  » 

Chateaubriand  s'était  annoncé  d'avance,  comme  on  le  voit,  et  c'était 
sans  doute  le  quatrième  volume  du  Génie  du  Christianisme  qui  figurait 
sur  la  table  du  Souverain  Pontife. 

(i)  Mémoires  et  Outre-Tombe,  t.  H,  p.  342. 

(3)  Cette  lettre,  que  j'ai  déjà  publiée  dans  \  Amateur  S  Autographes,  t.  Vllf,  p.  3^ 
(aonée  1869),  fait  partie  de  la  collection  de  feu  M.  Veydt,  de  Bruxelles.  Elle  porte  la 
mention  de  la  réponse  du  Pape  :  «  R.  9  febbraio  i8o3.  >* 


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ibt  tETCE  ocs  MxmarTs  uisnMBQtxs 


:  le  ttoéMMtrt  d*aaiba9mfeic  flût  à  «lâirrcr  <les  pflHC-fKKts, 
cofiayciuc  besogne  q«i  incombait  à  sa  iboctioci.  Le  cardiiiai  Fcsài 
n  uAut  pas  l'ecntare  de  aoo  sobordoooé,  et.  ea  cebm  il  était  TrainKfli 
di&cùe,  car  Chateaubriand  arait  une  beQe  ef  grande  écrirore,  à  b 
OMaière  de  œUes  du  grand  sàède;  le  cardinal  prisait  peut-être  davao- 
cage  la  regulicre  calligrapliie  d'on  expéditioiuiairc,  à  lagiiefle  ressem- 
blait peu,  il  £iut  rarooer,  récrïtare  de  son  secrétaire  {i\.  Ce  dè£nEt 
D*ctatt  pas  grare  ;  mais  l'indépendance  de  caractère  de  Chateaobriaai 
l'ctait  bien  datantage.  Chateaubriand  ne  s'arisn-t-il  pas  d*aBer  pnsesier 
tes  homoi^ri  à  rex-roi  de  Sardaigne!  Grande  £ntte  pour  un  diplo- 
mate, ainsi  qu'il  le  reconnut  lui-oième.  On  crut  généralemcst  qu'us 
aae  si  maladroit  serait  soiri  d'une  révocation  immédiate.  «  On  écrrrit 
de  Rome  à  Paris  mes  effit>]rables  sottises,  dit-il  ;  heureosexnent^  î'arais 
a&ire  à  Bonaparte  ;  ce  qui  devait  me  noyer  me  saura  {^' .  > 

Ce  qui  le  sauva^  ce  fut  llnterventioo  paissante  de  Footanes  et  de  sa 
protectrice.  Footanes,  courtisan  consommé,  assoupli  à  toutes  les  néces- 
sités, savait  que  son  ami  avait  l'envie  de  Touloir  p»ar^ire  et  troorait 
sans  doute  sa  oKxleste  et  obscure  siruation  an-dessous  de  son  mérite. 
Il  lui  écrivit,  le  4  oaobre  i8o3,  une  longue  lettre  où  il  lui  donna  de 
sages  conseils.  Il  fit  un  éloge  pompeux  du  génie  du  premier  ooosuL 
•  Ce  personnage  extraordinaire,  s*écna-t-il,  changera  et  réformera  k 
monde.  »  Il  £iut  donc  s  attacher  à  sa  fortune  :  Fontanes  y  est  rôolo 
et  il  veut  entraîner  son  ami.  Chateaubriand  avait  enroyé  un  camée  à 
la  femme  de  Bonaparte  :  Fontanes  approuve  cette  dâicate  attention, 
et,  lui  qui  savait,  par  expérience,  combien  puissante  était  à  la  cour 
naissante  Tinfluence  féminine,  il  ajoute  :  «  Soignes  sa  bienveiUanoe.  • 

10  vendémUire  ou  4  ocu>bre  an  12  ou  i8o3. 

Cette  lettre,  mon  cher  atni^  sera  moins  triste  que  la  pre- 
mière. Je  crois,  qu'avec  une  circonspection  soutenue*»  tous 
détruirez  les  fausses  idées  qui  vous  ont  nui,  mais,  de  grâce, 
consultez  plus  désormais  votre  intérêt  que  votre  sensibilité. 
Soyez  en  garde  contre  votre  cœur  et  vos  habitudes.  La 
franchise  d'un  ancien  gentilhomme  breton  ne  vaut  rien  au 
Vatican.  Les  cardinaux  ne  ressemblent  point  au  Père  Aubrr- 

(1)  Mémoires  d'Omtre-T^jmbt.  l.  II,  p.  xm. 
,1)  td  ,  p.  145. 


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FONTANES  ET  CHATEAUBRIAND  l53 

On  VOUS  a  reproché  le  bruit  et  l'envie  de  paraître.  Eh  bien  ! 
il  vous  en  coûtera  si  peu  de  vous  taire,  puisque  la  renommée 
parie  pour  vous  !  Les  hommes  qui  écrivent,  dit-on,  ceux  qui 
ont  obtenu  de  la  réputation  littéraire,  sont  tentés  de  se 
croire  le  centre  de  tout.  Montrez  que  cette  ridicule  manie 
ne  vous  a  jamais  atteint.  Cette  observation,  qui  vient  d'en 
haut,  a  pu  être  vraye  plus  d'une  fois,  mais  ni  vous,  ni  moi 
n'avons  mérité  qu'on  nous  en  fit  l'application.  Nous  savons, 
avec  toute  l'Europe,  qu'un  seul  homme  peut  en  être  au- 
jourd'huy  le  centre,  le  lien  et  le  moteur. 

Je  n'ai  pas  besoin  de  vous  représenter  que  le  Pape  est 
plutôt  dans  ce  siècle  le  Vice  Consul  que  le  Vice-Dieu. 
Heureusement  le  consul  veut  ce  qui  est  utile  et  glorieux. 
Je  me  rassure  donc  et  je  crains  peu  les  efforts  destructeurs 
de  l'anarchie  et  de  l'athéisme  réunis.  Les  hommes  religieux 
trouvent  le  consul  trop  philosophe,  les  philosophes  au 
contraire  trop  religieux,  les  républicains  trop  monarchiste, 
les  monarchistes  trop  républicain  ;  ils  ont  tous  ton,  mais  leur 
erreur  prouve  que  le  consul  est  au  plus  haut  degré  Thomme 
de  tous  les  partis  et  de  toutes  les  circonstances  où  la  fortune 
Ta  placé.  Trop  de  piété  soulèverait  les  philosophes,^  trop  de 
philosophie  les  chrétiens,  trop  de  monarchie  les  républicains, 
trop  de  démocratie  toute  la  France.  Je  crois  fermement, 
depuis  le  i8  brumaire,  que  ce  personnage  extraordinaire 
changera  et  réformera  le  monde  :  il  sera  une  grande  époque 
historique.  Attachons-nous  fortement  à  la  destinée  de  celui 
qui  mènera  toutes  les  autres.  Au  reste,  ce  n'est  pas  chez  moi 
une  affaire  de  calcul,  mais  d'instinct  et  d'admiration.  Je  sais 
combien  sur  cet  article  et  sur  bien  d'autres  nos  sentimens  se 
rapprochent. 

Le  ministre  (si  Ton  peut  croire  à  un  ministre)  n'est  pas  contre 
vous  (i).  Je  l'ai  vu  deux  fois  cette  semaine,  et  je  le  quitte 
dans  ce  moment.  Il  jure  que  tout  cela  n'aura  point  de  suites 

(i)  Talleyrand  était  alors  ministre  des  relations  extérieures. 

TOME  V.  20 


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i54  REvm  Hs  Docmicirrs  uBrotiQUEs 

flkheuaes^  que  tout  s'appaiscra,  et  qu'il  n'y  aurak  id  qu'ioc 
seule  faute  irréparable,  celle  du  découragement,  Gankz^Toos 
bien  de  vous  rebuter.  Prouvez  qu'avec  un  grand  talent  et  une 
belle  imagination  il  est  très  facile  de  vaincre  les  gens  mé<Bo» 
cres  dans  leur  petite  science.  Dissimulez  et  montrez  cet  e^pn/ 
de  suite  dont  le  Cardinal  de  Richelieu  trouvait  Comeilk 
incapable.  Faites  mieux  que  le  grand  Corneille  ea  sacham 
réussir,  même  dans  les  petites  choses.  U  y  a  longtemps, 
mon  cher  ami,  qu'une  guerre  sourde  est  dédarée  entre  ks 
puissances  littéraires  et  les  puissances  politiques.  Les  sdences 
exactes  n'importunent  point  :  un  bon  géooKtre,  un  bon  chi- 
miste peut  d'ailleurs  ctre  un  sot;  mab  les  arts  de  la  pensée 
sont  plus  redoutables  par  leur  influence.  Les  hommes  d'état 
caressent  qudquefois  les  grands  écrivains,  mais  ils  les  aiment 
peu.  Je  ne  connais  qu'Auguste  qui  ait  vraiment  aimé  ks 
grands  portes  et  les  grands  historiens  de  son  temps.  Mais 
Auguste  était  un  homme  de  goût,  un  excellent  juge  comme 
César.  Si  vous  mettez  à  part  cet  exemple,  les  talens  littéraires 
ont  toujours  donné  de  l'ombrage,  et  même  sous  Louis  qua- 
torze, qui  les  procréait  en  les  tenant  à  qudque  distance. 
Voyez  conmie  il  punit  Radne  d'un  acte  de  courage  et  de 
patriotisme   envers  sa  condescendance  pour   Madame  de 
Maintenon.  N'exila-t-il  pas  aussi  l'auteur  de  Tdémaque? 
Vous  qui  (fevez  recueillir  l'héritage  de  Fénelon,  instruisez- 
vous  à  son  écok.  Songez  qu'il  faut  vous  faire  pardonna 
l'édat  de  votre  renommée.  Le  maître  a  lu  votre  mémoire. 
U  le  trouve  bien  rédigé,  mais  il  n'en  accepte  pas  toutes  les 
observations.  Je  vois  pourtant  que  cette  lettre  a  produit  un 
bon  effet.  Je  vous  le  répète,  si  on   pouvait  croire  au  mi- 
nistre, je  serais  absolument  rassuré.  T.  est  plus  aimable 
que  sur.  C'est  l'homme  qui  sait  le  mieux  plaire,  et  le  moins 
servir.  Je  ne  lui  ai  pas  la  moindre  obligation,  et  il  aurait  pu 
et  du  m'être  utile  plus  d'une  fois,  mais  je  lui  trouve  tant 
de  grâces  que  je  lui  pardonne  tout.  S'il  vous  sert  (comme  il  le 


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FONTANES  ET  CHATEAUBRIAND  l55 

dit),  je  vais  l'aimer  de  tout  mon  cœur.  Vous  sentez  que  ce 
n'est  pas  le  moment  de  solliciter  une  gratification.  Mais 
Foccasion  favorable  pourra  revenir;  elle  ne  sera  pas  né- 
gligée. Je  n'ai  point  vu  le  cy^devant  secrétaire  de  légation. 
Je  sais  même  bien  certainement  que  V ex-ambassadeur  (i) 
ne  vous  a  pas  été  favorable.  Le  camée  annoncé  à  Ma- 
dame Bon...  (2)  n'était  pas  encore  reçu  ces  jours-ci.  Soignez 
sa  bienveillance.  Tout  me  persuade  que  vous  lui  devez  plus 
d'un  remerciment.  Elle  a  de  la  bonté,  de  la  grâce,  et,  quoique 
toute  puissante,  elle  parait  fidelle  à  ses  anciens  amis.  Sa  con- 
duite envers  Le...  me  donne  pour  son  caractère  une  haute 
estime.  Lucien  vient  d'acheter  le  tableau  d'Atala  exposé  à 
Pavant  dernier  sallon.  C'est  lui  même  qui  me  Ta  dit;  vous 
en  seriez-vous  douté?  Veut-il  rendre  à  vos  ouvrages  la  bien- 
veillance qu'il  vous  a  refusée?  Nous  le  verrons.  Adieu,  mon 
bon  ami.  Je  vous  renouvelle  les  assurances  de  la  plus  tendre 
et  de  la  plus  inviolable  amitié. 

FoNTANES. 

L'heure  me  presse.  Je  ne  puis  recopier  cette  lettre 
pleine  de  ratures  et  de  barbouillages.  Je  me  suis  apperçu 
en  la  finissant  que  je  l'avais  commencée  par  le  revers  de 
la  page.  Pour  vous  y  reconnaître,  suivez  les  numéros. 

Chateaubriand  goûta-t-il  ces  conseils  et  sut-il  se  plier  aux  exigences 
de  sa  situation  diplomatique?  Il  h'en  eut  guère  le  loisir.  Un  grand 
chagrin  Tassaillit.  Madame  de  Beaumont,  qui  était  venue  redemander 
au  climat  de  Rome  une  santé  perdue,  expira  le  4  novembre.  Chateau- 
briand l'assista  à  son  lit  de  mort  (3).  Il  semble  qu'il  prit  alors  en  dé- 
goût et  Rome  et  ses  fonctions.  Le  29  novembre  il  fut  nommé  ministre 
de  France  dans  le  Valais.  Avant  de  quitter  l'Italie,  il  voulut  visiter 

(1)  Cacaalt,  prédécesseur  du  cardinal  Fesch. 
(3)  Joséphine. 

(3)  Mémoires  d>  Outre-Tombe,  p.  362.  —  Fontanes  écrivit  une  lettre  de  condoléances  à 
Chateaubriand  (p.  269). 


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|56  REVUE  DES  DOCUMENTS  HlSTOtlQUES 

Napks,  doot  il  repartît  le  ai  janTier  1804  (i).  Re?ena  à  Pirîs,  û  se 
disposait  à  te  rendre  à  son  noaTeaa  poste,  et  le  18  mars  1804  il  alk, 
suivant  la  coutume,  prendre  congé  du  chef  de  TÉtat.  H  trouTa  que 
Bonaparte  avait  Tair  sombre,  presque  fiuxmche,  et  il  en  fut  vîrenieat 
frappé.  Deux  jours  après  édau  la  noureUe  de  l'exécution  du  doc 
d'Enghien.  Chateaubriand,  iustemcnt  indigné  de  cet  assa^nat  poli- 
tique, refusa  de  servir  plus  longtemps  un  tel  maître  et  il  envoya  9 
démission  à  Talleyrand.  Malgré  les  reproches  de  Madame  Baocîodii 
et  les  terreurs  folles  de  Fontanes  (a),  il  persista  dans  sa  décision  et  E 
se  lirra  dès  lors  tout  entier  à  ses  travaux  littéraires. 


(t)  Col  à  Roat,  ptadatt  ec  premier  cnti  de  vie  pvbKqae,  q«c  Ckateaabrâad  oùêçêl 
le  prolet  d'écrire  •••  Mémoirtt. 

{%)  •  Mâdeaie  Becdodd  M<  ^  iMVtt  cris  en  appranat  ce  qa*cUc  appelait  aa  ddkiMi: 
tUt  n'eiToya  dwrchcr  et  om  it  lea  plot  vifi  reproche*.  M.  de  Foaftaaee  deriBC  presqae  faa 
de  pearaa  prenier  annaot  :  il  merépatait  faiUM avec  toaics  tes  pcraemetqaii 
altacMe».  •  [Mémoértt  éTOmtrf  Tombe,  t.  U,  p^  »S6.) 


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PACIFICATION  DE  LA  VENDÉE 
1800 

CONVERSATION 

ENTRE   UN  OFnClER  ENVOYÉ  PAR  LE  GÉNÉRAL  HEDOUVILLE 

BT 

MM.   DE  CHÂTILLON  ET  DE  BOURMONT 


Ce  document,  qui  se  trouve  aux  Archives  du  Ministère  de  la  Guerre, 
n'avait  pas  été  originairement  destiné  à  la  publicité.  Il  était  resté  inédit 
jusqu'ici.  Il  ne  paraît  même  pas  qu'aucun  des  nombreux  historiens  qui 
ont  écrit  sur  les  guerres  de  la  Vendée  et  de  la  Chouannerie,  et  particu- 
lièrement sur  la  pacification  de  1800,  l'ait  connu.  Il  mérite  de  l'être.  Ce 
n'est  pas  qu'il  révèle  des  faits  nouveaux,  mais  il  éclaire  d'une  certaine 
lumière  la  situation  des  insurgés,  les  espérances,  les  prétentions  et,  grâce 
à  sa  nature  confidentielle,  les  sentiments  secrets  d'une  partie  de  leurs 
chefs,  au  moment  où  se  discutaient  les  conditions  de  la  pacification  (i). 

On  croit  généralement  chez  les  royalistes,  aussi  bien  que  parmi 
leurs  adversaires,  que  cette  pacification  fut  l'œuvre  exclusive  de  Bona- 
parte, Premier  Cons^l,  qui  l'aurait  imposée  par  le  double  ascendant 
de  la  force  dont  il  s^était  saisi  au  1 8  brumaire  an  VIII  (9  novembre  1 799) , 
et  des  mesures  de  justice  et  d'humanité  dont  il  aurait  pris  l'initiative 
en  feveur  des  contrées  de  l'Ouest.  M.  Thiers  lui-même  a  contribué  à 
accréditer  cette  opinion.  La  vérité  est  que  le  général  Hédouville  (2), 

(1)  Je  dois  la  commonicttion  de  cet  important  docoment  à  M.  L6on  de  la  Sicotière, 
•éoateor,  bien  connu  du  public  érudit  par  ses  travaux  liistoriques.  Les  notes  explica* 
tites  sont  également  dues  à  M.  de  la  Sicotière. 

(3)  HiDouviLLE  (Gabriel-Tbéodore-Josepb,  comte  d*),  né  en  1745,  en  Lorraine,  d*nne 
ancienne  famille  ;  capitaine  au  moment  de  la  Révolution  ;  maréchal  de  camp  à  l'armée 
^  Nord  ;  traduit  devant  le  tribunal  révolutionnaire  (1793),  et  acquitté  ;  chef  de  l'état-major 


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l58  KEVUB  DES  DOCUMENTS  HISTOMQUES 

qui  oommaiidait  en  chef  rarmée  d'AngleteiTe  (derenue  plus  tard 
rarmée  de  l'Oaest),  avait,  antérieurement  au  i8  brumaire,  entamé  des 
n^odations  avec  quelques-uns  des  che£i  royalistes,  par  llntermédiaiit 
de  la  vicomtesse  de  Tu  rpin*Crissé  (  i  ),  déjà  mêlée  aux  pacifications  de  1 795 
et  1796  et  qull  avait  connue  i  cette  époque;  le  jour  même  du  iS  bru- 
maire, elle  était  en  conférence  avec  lui,  au  quartier  général  d'Angers,  et, 
le  lendemain,  Hédouville  annonçait  au  Gouvernement  qui  venait  d'être 
renversé,  ce  premier  succès.  La  vérité  est  aussi  que  cet  esprit  «  sage,  conci- 
liant et  fidèle  t,  pour  employer  les  expressions  de  M.  Thiers,  ne  put  arri- 
vera ses  finsqu'avec  d'extrêmes  difficultés.  Nous  ne  parlons  passeukment 
de  celles  que  lui  opposaient  les  sentiments,  les  intérêts  ou  les  pr^ugés 
des  cheCi  royalistes,  mais  de  la  résistance  opiniâtre  des  administrations 
révohitioniudres,  hostiles  en  général  â  ses  plans  de  pacification,  des 
menées  du  ministre  de  la  police,  Fouché,qui  fiusait  cause  commune  avec 
elles  (2),  et  surtout  des  impatiences,  des  colères  même  du  Premier 
G>nsul,  qui  menaçaient  à  chaque  instant  de  tout  rompre.  Les  critiques 
les  plus  dures,  les  soupçons  les  plus  humiliants  ne  lui  furent  pas  épar^ 
gnés.  11  dut  se  brouiller  avec  Clarcke,  son  ancien  ami,  trop  docile  exé- 
cuteur des  volontés  du  maître.  Il  eut  même  à  défendre  Hiooneor  de  si 
parole,  dont  on  ne  voulait  pas  tenir  compte  au-dtsras  de  lut  II  finit  par 
être  disgracié,  par  suite  même  de  sa  fidélité  à  l'accomplir,  et  par  être 
remplacé  dans  ton  commandement  par  le  général  Brune«  anqud  3 

de  HodM  (179S-1796)  et  mOé,  eo  cette  qualité,  à  U  pariJcatioii  ;  commiweire  ennor- 
dinaire  à  Saint-Domiiifiie  (1798}  ;  chef  de  Tannée  d'Angleterre  (1799)  ;  steatenr; 
ambauadeor  à  Salat-Pétertboarg  (1801);  ministre  plénipocentiaire  près  la  Coaftdé- 
ration  dn  Rhin  ;  pdr  de  France  (1814)  ;  mort  à  La  Footaioe,  près  Arpaioa, 
le  3i  mars  i8s5.  Par  «ne  sinfilarité  aaees  renarqnaUt,  ee  fet  le  oomt»  dt  BoonBont, 
son  ancien  adversaire  «n  Vendée,  qni  prononça  aoa  élofe  fiuièbre,  k  10  jntn  tnivaax, 
devant  la  Chambre  des  Paire. 

Un  de  ses  fHres  eut  moins  de  bonbenr.  •  Senrier  et  Hédonville  cadet,  raconte  Napo* 
léon  {Mémorial  de  Saimte^Héièneij  marchaient  de  compagnie  pour  émigrer  en  Espagne. 
Une  patrouille  les  rencontre.  HédonvUle,  pins  Icône,  plos  leste,  frandnt  la  firootière,  se 
croit  très  hoareai  et  va  végéter  misérablement  ea  Espagne.  Serwier»  obligé  de 
rebroosser  chemin,  revient  à  sa  garnison,  désolé.  U  continoe  de  servir,  et  devient 
maréchal.  • 

(1)  Jeanne-âisabeth  de  Bongars,  vicomtesse  de  Tnanii-Catssi ,  née  i  Riqoler  eo 
Rivière,  en  1769,  morte  à  La  Roche,  près  Angrie,  à  Tige  de  85  ans.  (Cf.  Dia.  kist.  de 
Msine'et'Loire ,  par  Célcstin  Port;  —  Méwioires  secrets  et  inédits  pour  serpir  i 
fkittoire  eontewiporaime,  pnbUés  par  Beandiamp  ;  Paris,  i8a5,  in-^,  t.  H.) 

(3)  Les  Mémoires  pnbliéa  sons  le  nom  de  Fonché  (Le  Ronge,  1814,  s  voL  in-8)  ne 
sont  pas  de  M,  mais  ont  été  rédigés  en  partie  snr  aea  notes,  fl  est  cnriesz  de  Ty  voir 
s'attribuer  dans  les  négociations,  dont  n  s*agit  ici,  nn  HHe  de  conciliation  et  dlramaniié 
que  déflMntent  tristement  Isa  docnamta  anthtntiqaes  qoi  ont  passé  sons  nos  yens. 


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PjUSFICATION  DB  LA  VENDÉE  iSg 

cfMUeaût  à  rester  adjoint  comme  chef  d'état-major,  afin  de  travailler 
îusqtili  la  an  à  assurer  Fexécution  de  ses  plans  pacifiques  et  aussi  des 
engagements  qu'il  avait  pris  personnellement  vis-à-vis  des  insurgés.  Il 
lui  revient  donc  une  grande  part  dans  la  pacification  de  i8oo.  Sa 
patience  et  sa  modération  contribuèrent  puissamment  à  un  résultat 
que  le  génie,  la  force  et  les  mesures  habiles  et  réparatrices  de  Bona- 
parte n'auraient  pas  suffi  pour  conquérir,  sans  une  grande  effusion  de 
sang.  «  Ce  succès  vous  était  bien  dû  »,  lui  écrivait  le  général  Dupont, 
directeur  du  dépôt  de  la  guerre  ;  «  jouissez-en  comme  d'une  victoire 
qu'aucune  action  de  guerre  ne  peut  efiacer  (i).  » 

Parmi  les  chefs  royalistes  avec  lesquels  Hédouville  avait  à  traiter, 
se  trouvaient  le  comte  de  Châtillon  et  le  comte  de  Bourmont. 
Le  premier  commandait  les  insurgés  de  la  Haute  Bretagne  et  du 
Bas  Anjou  (rive  droite  de  la  Loire),  et  la  hardie  surprise  de 
Nantes,  dans  la  nuit  du  28  vendémiaire  (20  octobre  1799),  lui  avait 
donné  ime  grande  popularité  dans  son  parti  (2);  le  second,  ceux 

(I)  Lettre  da  6  pluvidse  ao  VIII. 

Autre  de  Lacuée,  i5  pluviôse  :  •  Je  ne  pais  toas  exprimer  le  plaisir  que  je  ressens  à 
^oos  Toir  Tengé  d'une  manière  si  belle  et  si  complète.  On  a  voulu  vous  ;iuire  et  l*on  n*a 
fiait  que  fûre  ressortir  votre  gloire.  Tout  ce  qu'il  7  a  de  probe  et  de  sensé  vous  rend  jus- 
tice, et  si  vous  l'obtenez  de  vos  contemporains,  que  sera-ce  de  la  postérité  ?  » 

Autre  de  Milscent,  ancien  lieutenant  au  présidial  d'Angers  ;  président  de  l'Assemblée 
des  communes,  en  1789  ;  membre  de  la  Constituante  et  du  Corps  législatif;  élu  maire 
d'Angers  en  179a  ;  mort  président  de  chambre  à  la  Cour  d'appel.  (V.  ce  nom  dans  le 
Dictionnaire  historique,  géographique  et  biographique  de  Maine -et' Loire,  par 
M.  Célestin  Port)  : 

« Que  de  peines  vous  avez  éprouvées,  citoyen  général,  pour  atteindre  le  but  désiré  ! 

combien  votre  position  a  été  délicate  et  périlleuse  1  Qu'il  a  fillu  de  courage,  de  poli- 
tique, de  méditation,  de  secret,  pour  sortir  victorieux  d'une  négociation  que  la  situa- 
tion des  esprits,  la  malveillance,  l'opinion  militaire  hérissoient  de  pièges  et  de  difficultés  ! 
Mais  votre  génie  s'est  élevé  au-dessus  de  tous  les  obstacles,  et  vous  n*avez  vu  que  les 
intérêts  de  l'humanité.  Dénonciations,  calomnies,  menaces  anonymes,  bruits  absurdes, 
déclamations  populaires,  réclamations  déplacées,  vous  avez  tout  bravé,  tout  apaisé,  tout 
vaincu.  Il  ne  reste  contre  vous  que  la  rage  impuissante  des  méchants ,  mais,  citoyen 
général,  qu'elle  est  honorable  la  haine  des  ennemis  de  la  patrie  1...  »  {it  pluviôse.) 

(3)  Chatillon  (Godet,  comte  de),  originaire  d'Amiens,  suivant  quelques-uns,  mais  plus 
probablement  du  pays  Nantais  ;  simple  sous-lieutenant  avant  la  Révolution  ;  émigré  ; 
blessé  dangereusement  à  l'attaque  des  lignes  de  Wissembourg  ;  passé  en  Angleterre  ; 
enrôlé  dans  l'expédition  de  Quiberon,  n'ayant  demandé  ni  rang  ni  grade,  mais  son  pas- 
sage et  un  fusil  ;  prisonnier  et  évadé  ;  président,  en  1796,  du  Conseil  royal  des  armées 
d'Aniou  et  de  Bretagne  ;  arrêté  encore,  à  la  fin  de  l'an  V,  sur  les  côtes  du  Finis- 
tère, avec  les  deux  frères  de  Ravenel  ;  évadé  sans  doute  de  nouveau;  en  1799,  nommé, 
malgré  lui,  commandant  en  chef  de  l'armée  de  la  Haute  Bretagne  et  du  Bas  Anjou, 
en  remplacement  de  Scépeaux.  Après  la  pacification,  il  s'attacha,  ce  semble,  à  la  per* 


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l6o  Rives  DES  DOCUXCNTS  HISTORIQUES 

da  Maine  (i);  U  prise  du  Mtiis(i3  Teodémiaiie  —  i5  octobre)  «vât 
marqué  l'caverture  de  sa  campagne. 

Tous  deux  avaient  pris  part  au  congrès  de  Pooancé  (déœmbre  1799'. 
Châtilkm  en  avait  même  été  le  promoteur,  n  ifj  était  constamment 
montré  Civorable  à  la  paix.  Bourmont  tenait  la  plume.  H  indiniii 
davantage  vers  la  résistance.  Il  fut  toutefois  un  des  dél^ués  chargés  de 
négocier  avec  Hédouville.  Un  dur  ultimatum  du  Premier  Coosol 
[B  niv6se  —  39  décembre]  rompit  brusquement  ks  conlérences. 

Elles  lurent  presque  aussitôt  renouées  par  llntermédîaire  de  la  TÎcom- 
tesse  de  Turpin-Crissé.  Hédouville  avait  même  eu,  dans  rintenrale, 
une  entrevue  secrète  avec  Châtillon  (2).  Lacuée,  envoyé  par  le  Preoôer 
Consul,  Tencourageait  2  continuer  ses  eficvts  pacifiques,  soit  qu'il  eât 
reçu  des  instructions  particulières  en  ce  sens,  soit  qu'il  fât  entré  de 
lui-même  dans  ces  vues. 

De  nouvelles  conférences  s^ouvrirent  i  Candé,  le  ao  nivôse  (10  jan- 
vier 1800)  (3).  Frotté  n'y  assistait  pas.  S<m  absence  laissait  aux  p»tî- 
sans  de  la  paix  une  plus  grande  liberté  d'action,  et  l'abbé  Bemier, 
appelé  par  les  che£i  royalistes  et  toujours  revêtu  du  titre  àt  Commis- 

MNUM  d«  Locieo  Bontptrtt,  It  suivit  à  rétraaatr,  et  Q  m  mnàn  rcttri  ca  Firuoe 
avec  loi,  qa'en  181 5.  (Bw^sphie  wioÂcme^  1816;  —  Biùgrspkie  lUMr;  —  Db 
CbàtelUer,  Hist.  de  U  RépoL  m  Brttsgne,  VI,  189  ;  -  Mémoires  de  U^  U  wiam^ 
tet$e  de  Turpém^Crissé,  dast  les  Mémoires  secrets  H  ùtédits,  |mbU6a  ptr  Pwiihiwp) 

NapoMon  parie  da  ChltiikM  avec  qadqst  détaO  dans  tca  Mémoires  {Œmwres  de  Nspo- 
UoH  à  Séinte-HéUne.  Cûtaot  toitt  à  la  Correspondsmce,  XXX,  4o3).  •  OrihûlMi  toA 
00  ritnx  gtmilbofiuiM  d«  aolxante  aaa,  bon,  loyal,  ayant  peu  d*etprit,  ma»  q«e^ac 
TigMor.  n  venait  de  m  marier,  ce  qui  contriboa  à  le  rendre  Sdde  à  sea  proaicaaea.  0 
habitait  alternativement  Paris,  Nantes  et  tes  tores,  n  obtint  dans  la  soite  pisaieus  griocs 
da  Premier  Consul.  Chètîlloa  pensait  qu'on  aurait  pu  oootiniier  la  giiene  de  la  Ytmàk 
quelques  mois  de  plus;  mais  qnc,depais  le  18  bnmiairc,lea  cbeft  ne  poeraiem  pta 
compter  sur  la  masse  de  la  population.  H  avouait  anasi  qw,  vers  la  in  des  csmpogms 
d'Italie,  la  répuution  da  général  Bonaparte  avait  tant  cxaKé  limaginatioii  dea  paysM 
vendéens,  qu'on  avait  été  au  mooKnt  de  laisser  là  les  droits  des  Bourbons  et  d'eavoTcr  ut 
dépuution  pour  lui  proposer  de  ae  mettre  sons  son  influence.  • 

(1)  BomuiOMT  (Louis-Augnstc-Victor,  cornu  de  Ckaishk  de),  né  au  cblteaa  de  Bo«r^ 
mont,  en  Anjou,  le  s  septembre  1773,  mort  au  même  lien,  le  S7  octobre  1846.  Les 
détails  de  sa  biographie  sont  partout 

(a)  Lettre  de  M**  de  Tnrpin-Crisaé,  1 1  nivdae  an  VOI. 

(3)  Et  non  pas  le  a3  nivCse,  ainsi  que  Tont  écrit  Beanchamp  (Histoire  de  U  gment 
de  la  Vendééi  et  ses  copistes.  Les  convocations  faites  par  Hédouville  indiquaient  le  so. 
Voici,  d*ailleurs,  une  pièce  inédite,  qui  ne  peut  laisser  de  doote  sor  ce  point: 

t  ai  nivôse  an  Vni,  vd  11  janvier  1800. 

•  Le  Uccndemeat  absolu  des  bommea  assemblée  dans  lea  cantonneoMots,  trméa  oa 
non  armés,  aura  sa  pleine  et  entière  eiécmion,  le  \f  pluvidie  inclusivement.  Alon,  tom 


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PACIFICATION   DE  LA  VENDEE  l6l 

saire  général  que  lui  avaient  donné  les  Princes,  devait  y  jouer  un 
rôle  décisif  (i),  en  amenant,  avec  plus  d'habileté  que  de  droiture, 
quelques-uns  des  chefe,  notamment  Pallu-Duparc,  d'Autichamp  et 
Châtiilon,  à  signer  séparément  (28  et  3o  nivôse  —  18  et  20  janvier)  des 
traités  que  tous  les  autres  durent  successivement  subir  à  leur  tour. 

C'est  au  moment  de  l'ouverture  de  la  conférence  de  Candé  que  dut 
être  rédigé  le  document  que  nous  publions.  Il  n'est  pas  daté.  Nous 
n'avons  pu  découvrir  la  lettre  d'envoi  qui  devait  le  renfermer.  Dans 
la  série  chronologique  dont  il  fait  partie,  il  est  placé  au  22  nivôse 
an  VIII  (12  janvier  1800). 

La  pièce,  malgré  sa  longueur,  ^t  entièrement  transcrite  de  la  main 
de  Hédouville,  ce  qui  prouve  Timportance  qu'il  y  attachait  et  le  carac- 
tère absolument  confidentiel  qu'elle  devait  conserver.  Ni  secrétaire,  ni 
aide  de  camp  n'avait  eu  communication  de  l'original,  dans  la  crainte  sans 
doute  de  quelque  indiscrétion,  et  cet  original  avait  été  détruit  ou  rendu 
à  ses  auteurs.  On  comprend  ces  précautions,  à  l'âpreté  de  quelques- 
uns  des  passages  de  cette  pièce,  surtout  de  ceux  qui  concernent  les 
Princes  et  l'Angleterre. 

Malgré  son  titre,  ce  n'est  pas  à  proprement  parler  une  «  Conversation 
entre  des  officiers  royalistes  et  un  officier  républicain  »,  mais  un  ma- 
nifeste, une  exposition  de  principes  d'une  fraction  du  parti  royaliste. 
Ni  un  interlocuteur,  ni  un  témoin,  —  s'il  eût  pu  en  assister  un  à  un 
pareil  entretien,  —  n'aurait  écrit  d'un  pareil  style.  Rien  n'y  sent 
l'effort,  le  résumé.  La  plume  y  court  avec  une  liberté,  une  abondance 
qui  trahissent  l'épanchement  le  plus  naturel. 

Châtillon  et  Bourmont  la  remirent  donc  à  Hédouville,  sans  doute  sur 

Ddividu  rentrera  au  moment  même  dans  son  domicile ,  pour  7  vivre  paisiblement, 
comme  par  le  passé,  sons  les  lois  da  Gouvernement. 

«  Et,  conformément  à  Tautorisation  donnée  au  général  Hédouville,  il  sera  envoyé 
au  Premier  Consul  un  des  habitants  de  TOuest,  chargé  d'aplanir  les  difficultés  exis- 
tantes, et,  si  cela  devenait  impossible,  la  présente  convention  serait  nulle.  Ainsi  arrêté 
entre  le  général  Hédouville  et  les  chets  soussignés,  à  Candé  : 

T.  HÉDOITVILLB. 

Le  comte  de  Bourmokt  ;  —  C.  d'AuTiCHAMP  ;  — C.  de  Suzannet  ; 
— •  Le  comte  d*Ain>iGN£  ;  ~  Sotkr  ;  —  La  Rochk  S^Andr^  ;  — 
de  Kainlis  ;  ~  Le  Comte  de  Chatillon  ;  —  d'ANDiONi.  » 

Cette  pièce  semble  bien  indiquer  une  sorte  d'entente  préexistante  entre  une  partie  des 
chefs  et  le  général  républicain,  et  laisse  aisément  pressentir  le  dénouement. 

(i)  Sa  première  lettre  à  Hédouville,  dans  laquelle  on  le  voit  déjà  se  poser  en  oracle  et 
eo  arbitre  futur  de  la  situation,  est  du  12  nivdse(a  janvier). 

TOME  V.  21 


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lôa  um  08S  DOComifTS  hstouqoes 

ton  tarhitioo  de  lai  iiire  oooiiattre  cxtctemeiit  lears  griefii  et  la» 
prétcnûoDs,  afin  qu'il  p6t  luinnéine  ks  tranmettre  aa  GonverBcmeat. 

L'avaient-ils  rédigée  cm-mémes?  On  pourrait  sappoacr  qa'cfie 
Taurait  été  par  Tabbé  Bemier,  qui  écrivait  arec  une  remarquable  ùà- 
iité  et  dont,  sous  quelques  rapports,  elle  exprime  ks  idées  peraoïi- 
nelles.  Mats  la  oonfianœ  qu'elle  manitofc  en  même  temps  dans  Tacoord 
des  che£i  royalistes  est  tout  à  £ut  contraire  â  ses  i^ans,  qui  araiem 
pour  obiet  et  qui  eurent  pour  résultat,  la  désuniofi  de  œs  mêDCs 
che€i  par  suite  de  soumissioas  particulières.  D'un  autre  cô^,  c'est  dans 
les  divisions  de  d'Autichamp  et  surtout  de  Palhi-Daparc  qu*l  exerçait 
sa  principale  influence. 

ChâtiUon,  très-brave,  mais  trte-peu  lettré,  ainsi  qu'en  témoigne  sa 
correspondance,  n'avait  certes  pas  tenu  la  plume;  on  serak  donc 
disposé  —  mais  sans  pouvoir  rien  affirmer  à  cet  égard  —  à  y  voir  Fcenvre 
du  comte  de  Bourmont  qui,  lui,  rédigeait  Paiement  et  au  besoin  avec 
talent,  ainsi  que  le  pfx>ttve  le  Précis  de  $m  eomimrsûtim  mtee  kPratiff- 
C<m$mt,  en  octobre  1800  (t). 


CONVERSATION 

CNTKE  UN  OFFiaCR  KKV0Y£  PAR  Ll  CiffillAL  RfoOUVILLE 
rr  MM.   DB  CHATILLON  KT  DB  BOURMOlfT 

MM.  De  Chatillon  et  De  BotntMOfrr  :  -*  «  Monsieur^  avant 
de  parler  des  réponses  du  général  Hédouville  aux  demandes 
que  nous  lui  avons  faites,  nous  devons  vous  parler,  avec 
la  franchise  et  la  loyauté  qu'inspirent  ses  procédés  et  sa 
conduite. 

«  Nous  vous  jurons,  sur  notre  parole  d'honneur,  que  notre 
unique  désir  est  de  terminer  une  lutte  sanglante  de  Français 
à  Français,  et  de  voir  le  pays  que  nous  occupons,  heureux, 
même  au  détriment  de  nos  propres  intérêts;  mais  nous 
voulons  une  garantie  de  cette  nouvelle  pacification,  et  nous 
demandons  au  Gouvernement  un  acte  ostensible  qui  nous 

(I)  Publié  ptr  M.  ÉdeoM  Cbin^ty,  d1^>rèt  une  eopte  appCTtcuBt  à  U.H  dÊCde 
la  Trémoille,  dans  le  t.  I  de  la  Repme  des  Docutmeuts  kiaoriquet,  P>  97  «t  tait. 


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PACIFICATION  DE  LA  VENDEE  l63 

mette  par  la  suite  à  l'abri  des  vexations  que  pourraient  ame- 
ner de  nouveaux  événements  semblables  à  ceux  qui  nous  ont 
])our  la  plupart  forcés  à  reprendre  les  armes. 

«  Le  général  Hédouville  nous  dit  que  le  Gouvernement  ne 
traitera  pas.  Cest  cependant  le  seul  moyen  de  nous  garantir 
mutuellement  nos  intentions,  d'assurer  par  Taccord  de  tous 
les  chefe  la  remise  entière  des  armes  de  l'armée  royale  (i),  et 
de  prouver  aux  habitants  de  cette  grande  partie  de  la  France, 
qui,  à  elle  seule,  formerait  un  peuple  important,  que  le  Gou- 
vernement qui  traite  avec  eux,  assurera  leur  tranquillité  (2). 

«  Il  est  impossible  que  le  gouvernement  ne  [croie  pas  à 


(i)  Le  désarmement,  comme  on  le  voit,  n'était  pat  refusé  d'ane  manière  absolue  ;  mais 
on  n'était  pas  d'accord  sut  la  manière  de  l'opérer,  n  y  a  donc  une  certaine  exagération 
dans  le  récit  de  Beauchamp  (TV,  459),  suiri  littéralement  par  Muret  {Histoire  des  guerres 
de  C Ouest,  V,  174)  et  Crétineau-Joly  (Histoire  de  la  Vendée  militaire,  IV,  74),  d'après 
lequel  Hédouville  aurait  déclaré,  le  i3  janvier,  aux  chefe  royalistes  réunis  à  Candé, 
«  qoe  le  Premier  Consul  consentirait  mime  à  ce  que  les  royalistes  conservent  leurs 
armes,  pourvu  que  cette  clause  reste  secrète,  et  que  pour  l'honneur  delà  République 
diacutt  des  chefs  s'engage  à  mvoyer  ostensiblement  vingt  mauvais  fusils  dans  chacune 
des  villes  chefs-lieux  de  département  »,  et  les  chefs,  ceux-là  même  qui  étaient  le  plus 
Êivorables  à  la  paix,  auraient  unanimement  rejeté  cette  proposition.  II  existe  toutefois  une 
protesution  de  d*Autichamp  et  de  ses  principaux  ofBciers,  en  date  du  3  janvier 
(i3  nivôse),  contre  le  désarmement  :  c  Nous  ne  pouvons,  disaient^ils,  nous  prêter  à  cette 
m«sure,  sans  compromettre  i  la  fois  notre  existence  et  la  sûreté  personnelle  des  habi- 
tants. >  Le  même  jour,  Bemier  écrivait  à  Hédouville  dans  le  même  sens,  une  lettre  des 
pins  habiles.  Tout  fiit  Inutile.  Le  Premier  Consul  fut  inexorable  sur  ce  point.  Il  avait  écrit 
à  Hédouville,  le  i5  nivôse  (5  janvier)  :  «  Quant  à  l'article  du  désarmement,  le  Premier 
Consul  n'entend  pas,  quel  que  soit  le  mal  que  cette  mesure  pourra  produire  d'abord,  biaiser 
sur  cet  objet.  Il  faut  que  le  désarmement  soit  réel  et  entier.  > 

(3)  Le  21  nivôse  (t  i  janvier),  c'est-à-^ire  le  jour  même  ou  la  veille  de  l'envoi  de  cette  pièce, 
lo  Premier  Consul  adressait  aux  généraux  la  défense  la  plus  formelle  «  de  correspondre 
avec  les  chefs  des  rebelles,  en  aucune  manière  et  sous  quelque  prétexte  que  ce  fdt.  » 
Hédouville  n'en  continua  pas  moins  ses  négociations.  Mais  le  commandant  de  Dinan, 
Mattat,  ayant,  quelques  jours  après,  conclu  un  traité  particulier  avec  Pontbnand^fut  puni 
de  quinze  jours  d'arrêts  :  *  Vous  êtes  puni  d'avoir  voulu  bien  faire  »,  lui  disait  à  cette 
occasion  son  supérieur  immédiat,  tout  en  lui  promettant  ses  bons  offices  auprès  du  général 
en  chef  pour  tâcher  d'obtenir  sa  grâce.  (Lettre  du  17  février.) 

Un  des  chefs  les  plus  brillants  de  l'ancienne  Vendée,  du  Pérat,  avait  eu,  lors  des  négo- 
ciations de  1795,  un  mot  qui  mérite  d'être  rappelé  :  les  représentants  du  Gouvernement 
d'alors,  moins  fiers^  s'étonnaient  que  la  Vendée  fit  di£Bculté  de  traiter  avec  la  Répu- 
blique qu'avalent  reconnue  tous  léa  rois  dé  TEoropa  :  «  Est-ce  que  ces  gens-l&  sont  Fran- 
çais ?  »  interrompit  du  Pérat. 


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164  REVUE  DBS   DOCUMENTS  HISTOtIQUES 

Texistence  d'une  armée  royale.  Nos  succès,  notre  unioa,  la  dis- 
cipline de  nos  soldats,  notre  organisation,  bien  différente  de 
ce  qu'elle  était  dans  la  première  guerre,  où  les  Chouans; 
toujours  décousus,  ont  agi  séparément,  commandés  par  des 
chefs  qui  ne  s*entendaient  pas,  qui  avaient  peu  de  moyens, 
peu  de  ressources,  et  qui  jamais  ne  sont  sortis  de  leurs  ar- 
rondissements respectifs.  Aujourd'hui,  ce  qui  se  voit  a  sur- 
passé mon  espérance  :  la  facilité  de  nous  réunir,  les  coups 
d'audace  qui  nous  ont  réussi,  le  secret  qui  a  présidé  à  nos 
opérations, une  organisation  qui  a  fort  peu  coûté, etqui  va  être 
complétée,  la  certitude  de  votre  faiblesse,  l'assurance  de  ne 
jamais  manquer  de  vivres  et  de  munitions,  notre  manière  en> 
fin  d'administrer  le  pays  et  de  nous  conduire  envers  ceux 
mêmes  qui  nous  sont  désignés  comme  Jacobins  et  nos  enne- 
mis, et  nos  prisonniers,  toutes  ces  raisons  donnent  à  notre 
parti  une  consistance  qu'il  est  impossible  de  nier  (i),  et  (nous 
le  répétons)  le  seul  moyen  de  faire  rentrer  à  l'instant  tout 
dans  Tordre,  c'est  d'entendre  les  propositions  des  chefs  réu- 
nis par  l'organe  de  deux  ou  trois  d'entre  eux,  et  d'assurer 
par  un  traité  les  justes  réclamations  que  chaque  parti  se  croit 
en  droit  de  faire. 

c  On  tend  une  main  secourable  à  des  Vendéens  (2);  on  ne 
doit  pas  dédaigner  de  traiter  avec  un  parti  qui  va  toujours 
croissant,  et  dont  les  chefs  se  sont,  mutuellement,  engagés  à 


(0  L41  pdntnrc  qot  fbat  id  l«t  chcfi  roytiittet  de  leun  forces  et  de  leurs  ressouces 
est  «ssarémtiit  cEtgérée.  Il  est  juste  toutefois  de  recoaaahrc  que  riasiirrectkiQ,  noo  pes 
sealemcnt  dans  rOuest,  mais  dans  ane  partie  do  reste  de  la  France,  avait  pris  dans  ks 
derniers  mois  da  goarememeot  dn  Directoiref  des  proportions  fort  sérieoses.  n  fitat  SToir 
étudié  lef  Archires  de  la  Guerre  pour  se  faire  une  idée  de  ce  qu'il  j  avait  d'indisdplioe 
et  de  désertion  dans  les  troapes  de  l'intérieur,  de  confusion,  de  désarroi  et  trop  souvoit 
de  détestables  passions  dans  les  administrations  civiles.  Mais  un  ûût  considérable  venait 
de  se  passer,  dont  CbAtillon  et  Bourmont  ne  tiennent  pas  id  compte  :  c'était  l'avéoe- 
ment  de  Bonaparte  au  gouvernement  et  la  concentration  entre  ses  mains  babiks  et 
redouubles,  de  toutes  les  forces  du  pays. 

(3)  Nous  ne  savons  qudles  sont  les  mesures  au  profit  de  certains  Vendéens  auxquelles 
il  est  ùàt  ià  allusion;  des  mesures  individuelles  probablement. 


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PACIFICATION   DE  LA  VENDÉE  l65 

ne  jamais  entendre  à  des  propositions  partielles  (i).  Nous 
devons  donc  désirer  de  savoir  quelles  sont  les  instruc- 
tions formelles  du  Gouvernement.  Qui  nous  garantirait  au- 
trement les  mesures  que  prendra  le  général  Hédouville  ?  Qui 
de  nous  pourrait  se  fier  aux  conventions  faites  en  vertu 
d'une  grande  latitude  de  pouvoirs  confiée  aujourd'hui  au  Gé- 
néral, et  révoquée  demain  ? 

«  Nous  sommes  donc  tous  intéressés  à  ce  que  cette  opéra- 
tion soit  plus  sûre  et  plus  prompte,  à  ce  qu'elle  soit  avouée 
du  Gouvernement.  Nous  sommes  las  de  faire  la  guerre  et  de 
£aire  couler  le  sang  français  pour  les  puissances  coalisées  et 
les  Anglais  que  nous  détestons  comme  de  vils  assassins. 
Nous. avions  un  but;  il  nous  serait  difficile  peut-être  d*en 
approcher  sans  employer  leur  secours  ;  nous  sommes  Fran- 
çais, et  nous  répugnons  à  faire  le  malheur  de  notre  patrie 
pour  eux  qui  ne  veulent  que  la  déchirer  et  amener  la  dissolu- 
tion de  la  France  en  mettant  les  armes  à  la  main  à  la  moitié 
de  ses  enfants  contre  l'autre  moitié  (2).  La  gloire  de  notre 

(1)  Les  soumissions  partielles,  qui  allsient  se  succéder  à  quelques  jours  de  là,  donnèrent 
un  triste  démenti  à  ces  prévisions. 

(s)  Appréciation  très-remarquable  des  vues  et  des  intentions  secrètes  du  Gouvernement 
anglais.  Nous  retrouverons  plus  loin  l'expression  des  mêmes  antipathies.  Il  est  certain  que 
la  nation  anglaise  avait  accordé  aux  émigrés  français  la  plus  généreuse  hospitalité,  que 
son  Gouvernement  avait  largement  subventionné  les  insurrections  de  l'Ouest  ;  mais  les 
vieilles  rancunes,  les  défiances  nationales  persistaient  chez  beaucoup  d'insurgés.  Le 
sentiment  patriotique  était  plus  fort  chez  eux  que  la  reconnaissance  pour  l'étranger. 
Puisaye  cherchait  inutilement  à  dissiper  ces  préventions.  Ses  opinions  constitutionnelles 
qui  l'inclinaient  vers  le  système  anglais,  et  son  entente  même  avec  le  Gouvernement  de 
la  Grande-Bretagne  étaient  une  des  causes  des  défiances  qu'il  rencontrait  dans  son 
propre  parti.  On  lit,  dans  les  propositions  remises  par  Charette  aux  délégués  de  la 
Convention,  lors  du  traité  de  la  Jaunaye  (février  lygS),  cette  déclaration  remarquable  : 

•  Art.  V.  —  Si  néanmoins  une  puissance  ambitieuse  et  rivale  tentait  ouvertement 
c  d'usurper  le  trône,  les  braves  habitants  de  la  Vendée  n'oubllraient  pas  qu'ils  sont 

•  Français.  Ils  prennent  l'engagement  solennel  de  mourir  comme  tels.  »  (Savary,  Guerres 
des  Vendéens  et  des  ChouanSy  IV,  336.)  Dans  ses  explications  à  ses  ofiiciers,  à  l'occa- 
sion de  ce  traité,  il  parlait  des  •  desseins  perfides  des  Anglais  sur  le  trône  de  France  i. 
(Beauchamp,  III,  129.)  L'année  suivante,  Charette  était  fait  prisonnier  et  mis  à  mort  ; 
nne  de  ses  dernières  paroles  était  une  malédiction  contre  les  Anglais  :  •  Voilà  donc  où 
ils  m'ont  conduit  !  »  L'afiiure  de  Quiberon  avait  laissé  autant  de  ressentiments  contre 
les  Anglais  chez  les  royalistes  que  chez  les  républicains.  Un  peu  plus  Urd,  et  lors  de  la 


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iG6  KEvn  MS  DOCtwEifn  nsrotiQCEs 

pttrie  nous  toodie  «vaut  tout.  L«  ooovdk  réfolotioD  nous 
promet  on  ordre  de  choses  stabk  (i),  et  nous  sommes  tous 
persuadés  qu'on  doit  âdre  la  paix  dans  llméricur  pour 
l'avoir  au  dehors. 

«  Du  moment  où  Tarmistice  aura  lieu,  nous  rassemblerons 
nos  divisions  le  phis  loin  possible  de  vos  cantonnemens.  En 
les  rassemblant  par  divisions,  nous  sommes  plus  sûrs  de 
leur  sou£Ber  le  même  e^rit  et  de  les  contenir,  qu'en  tes  réu- 
nissant par  compagnies,  dont  les  capitaines  ne  méritent  pas 
tous  la  même  confiance  de  notre  part;  mais  nous  donnons 
notre  parole  que  la  division  de  IL  de  Bourmont  ne  se  )€in^ 
dra  pas  à  celle  de  M.  de  Chfttitton,  ceUe<i  à  celle  de  Geoi]ges, 
etc.,  et  qu'elles  ne  feront  aucun  mouvement  îosqu'an  dernier 
des  huit  jours  convenus  pour  se  prévenir  réciproquement  de 
la  cessation  des  hostilités. 


pfiSciHoi  éê  i9o*,  «i  tTmf%  te»  ém  Uttit*  4%  Ttkké  1 
U  est  vrai,  4*avoir  dMrdié  à  m  oMttre  à  l'uiMoa  en 
Prtmitr  Cootal,— dct  récrImiMtffoiit  pin  Tiiw  tucori  :  ■  Je  tait  désolé,  plat  qv'écoafié,» 
écrivait-a  à  IMouTilk,  la  ii  ploTMac  aa  vm  (i«  ft?riei),  cda  la  réûtaoce  àt 
BOC.  Otorgn  at  WwnL  Ob  tait  q«l  les  WÊtat,  VAa^tmm  m  la  dinteole  paa.  EDe  A 
ottteflMat  qM  laor  oppotitloa  araéa  capêclMfa  aa  noiai  50f«oa  Uummu  d'Ctre,  A  Toa* 
trartf  4a  la  iinipipii,  aar  laa  htét  4m  Ihia.  Vogà  la  lUIa  m  nièae  pnaiPa  qa>ik 
•'agit  q«a  po«r  alla.  Cowant,  aprèa  cala,  aa  paa  oorrlr  laa  joêk  ?  •  Ea  iSi5,  ! 
■aaifiacaét  à  Vé§ud  ém  Anglaia,  qai  croiaaiaBt  aar  la  aftia  ^faiiiaai,  dTéfilu  i 
rnbara,  Hiêtoir*  dm  ComtmèéU  tt  et  rEmpin,  ZO,  56i  ;- Marat,  V,  44^ Bafia,  qq «b 
qaalla  éaargiqaa  réalataact,  à  la  ■■coaii  Raataanttaa,  laa  dMfc  iindlMi  oppmhitm 
êmx  tiifaacaa  ém  troapaa  aWéai,  qa*ila  arrtièraat  sor  la  ttoûta  éa  laart  CBatasacoKaiv 
avac  qvai  élaa  Ut  protaatèfam  oaatra  la  maaaot  d*aa  diiaiBihfiniiat  da  paya  |Martf» 
V,  5ao).  BoanMMit,  dam  aa  oonvttaatioa  avac  la  Preariar  Goatol  foa  UÊm  avoaa 
fappatéa,dtvait  taab  la  ailaia  lanfaga  :  •  Je  voaa  dcoae  bm  parok  qaa  f%  a*aÉaa  ai  FA*- 
trklMBi  rAaglatarta.  »  Noaa  poarriaaa  malt^ttar  ka  citatioat  ca  ea  ataa.  La  déliai  aftka 
da  CMmioa  at  da  Saaiawat  a'aat  doao  paa  iaoMe.  Céda  déctaratiaa  a'ca  «al  pal 
Biolst  fartéraaaaata,  dam  Ita  tanasa  at  laa  dicomiaaoea  oè  cAa  en  faite  et  qui  ae  par- 
■Mneat  pas  d'en  taapectar  la  tiacérM.  Ella  téaioigae  aaaai  d>Me  iwajawf  qa^aaaaaa 
poarraiant  taxer  dlwpnidaace,  daat  la  diacrétka  de  Hédoavillaet  da  OoavamaaBast.  La 
diTnlgatloB  d'âne  paraMe  pièce  adrait  créé  i  ChitfOoo  et  à  BDonaaat  da  fraadea  difr 
collet  Tit-è-iHt  da  TAnglctaiTa,  dat  Priacea  at  d'âne  pmrttù  da  laart  aoria,  daaa  la  caa  oè 
let  hotUVtét  anraiaat  été  rapriaai. 

(1)  n  n'y  a  pat  trace,  dant  cette  pièce,  de  la  courtiaanerie  obaéqakaaa  door  la  Pfeaaief 
Contai  était  déjà  roblet.  Sa  panoane  ett  même  Itiaaée  en  dibort,  ttee  aaa  eérttiae 
affectation.  L'abM  BtfBiér  était  0OIM  féatrté  on  plot  habile  < 


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rAcmcATioif  DK  Lh  virow  167 

«  Pendant  rjurmistice,  noua  ferona  poursuivre  nous-mêmes 
les  fuyards,  les  voleurs  et  ceux  qui  ne  s'étant  pas  rendus 
à  leurs  rassemblemens,  pourraient  inquiéter  les  communi- 
cations et  nuire  à  la  sûreté  des  routes.  Il  y  a  peine 
de  mort  (et  deux  exemples  ont  été  déjà  faits)  pour  ceux 
qui  arrêteraient  une  voiture,  un  voyageur,  et  pilleraient 
Thabitant 

n  II  sera  donc  inutile  de  faire  la  correspondance  des  can- 
tonnemens  par  détachemens  qui  ne  pourraient  qu'inspirer 
de  la  méfiance  aux  babitans  de  la  campagne.  Quelques 
hommes  su£Sront  donc,  et  ils  seront  protégés,  escortés  s'il  le 
faut,  dans  leur  marche,  par  tous  les  partis  royalistes  qui 
pourraient  se  rencontrer  sur  leur  passage* 

«  Pourquoi  le  général  Hédouville  refuse-t-il  d'adhérer  à 
l'invitation  que  nous  lui  avons  faite  d'arrêter  la  marche  des 
troupes  dirigées  sur  les  départements  de  l'Ouest?  Si,  pen- 
dant l'armistice,  les  troupes  arrivent  et  sont  réparties,  vous 
sentez  que  nous  ne  pouvons  pas,  commençant  à  traiter,  voir 
doubler  les  forces  qui  pourraient,  si  la  paix  n'a  pas  lieu,  nous 
être  nuisibles,  et  mettront  même,  pendant  la  cessation  d'hos- 
tilités, le  désavantage  et  l'infériorité  de  notre  côté. 

«  Nous  désirerions  que  le  général  Hédouville  pût  deman- 
der au  Gouvernement  d'arrêter  la  marche  de  ces  troupes  aux 
environs  de  Paris,  ou  si  elles  Tavaient  déjà  dépassé,  qu'il  veuille 
bien  les  laisser  stationner  aux  premières  limites  de  son  com- 
mandement. On  évitera  par  ce  moyen  la  méfiance  inséparable 
de  la  répartition  dans  les  cantonnemens.  Autrement,  la  mal- 
veillance en  augmentera  le  nombre;  les  chouans  croiront 
qu'on  veut  les  soumettre  en  parlant  de  paix  et  les  accabler 
après  qu'ils  se  seront  rendus.  L'espace  de  huit  jours  convenu 
pour  s'avertir,  en  cas  de  reprise  d'armes,  suffirait  pour  or- 
donner la  marche  de  ces  troupes  et  les  faire  arriver  à  leur 
destination  primitive. 

«  Pendant  l'armistice,  nous  désirerions  qu'il  ne  fût  fait  de 


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l68  MTOB  DES  DOCUlfEinS  HBTORIQOES 

part  et  d'autre  aucune  prodamatioiL  Nous  le  procnettoos  de 
notre  côrë.  Cette  guerre  de  plume,  pour  n'être  pas  aussi  dan- 
gereuse que  Tautre,  ne  fait  quelquefois  pas  nooins  d*eflfet,  et 
il  est  à  souhaiter  qu'au  moment  de  redevenir  un  même  pcor 
pie,  on  oublie  des  dénominations  odieuses,  r^>étées  par  les 
deux  partis,  et  qui  ne  pourraient  qu'aigrir  des  esprits  dispo- 
posés  à  la  paix  (i). 

«  Sitôt  Tarmistice  conclu,  je  promets  que  nos  rassemble- 
mens  resteront  inmiobiles  et  ne  se  rapprocheront  pa^des 
limites  que  se  seront  fixées  les  cantonnemens  républicains. 
Nous  y  entretiendrons  la  police  la  plus  sévère,  et  nous  ferons 
marcher  sur  les  fuyards  et  sur  de  mauvais  sujets  qui  pour- 
raient par  un  coup  de  fusil  détruire  en  un  instant  l'harmonie 
qui  doit  régner  pendant  la  suspension. 

«  Je  vous  jure  que  j'ai  Thorreur  de  la  guerre  que  je  fus. 
Lorsque  je  suis  venu  dans  ce  pays,  il  était  à  moitié  insurgé 
par  les  vexations  de  quelques  administrations.  Vos  troupes 
marchaient,  le  péril  était  pressant;  j'ai  fait  insurger  Tautre 
moitié  pour  sauver  le  tout;  mais  à  présent  je  mets  tout  mon 
bonheur  dans  la  certitude  de  la  paix.  J'ai  vu  séquestrer, 
vendre  mes  biens;  je  n'ai  plus  rien;  je  préférerais  être  réduit 
à  la  nécessité  de  mendier  mon  pain  que  d'aller  demander  des 
secours  à  l'Angleterre  et  aux  Princes  (a).  Tai  près  de  60  ans. 
Je  n'ai  plus  longtemps  à  vivre;  mais  je  veux  finir  mes  jours 


(I)  L'obttTTatioo  était  jotte.  Hédourilk  avut  déjà  défendu  i  ses  divitioaiiaires  de 
faire  des  proclamations,  dont  il  sentait  le  danger.  Le  général  Grignj,  qui  corn- 
mandait  à  Nantes,  éluda  cette  défense  par  an  orxlre  général  des  pins  ▼ioleots,  dœ 
Hédourille  se  montra  très-blessé.  Par  ordre  des  Consuls .  en  date  dn  24  nÎTdse 
14  janvier),  il  fat  mis  aui  arrêts  pendant  quinze  jours,  en  punition  de  sa  désobéissaace. 
Le  général  FaTr«aa  subit  la  m€mt  peine. 

Quant  aux  appellations  injurieuses,  il  était  plus  difficile  d'en  empêcher  rempioi<  Oa 
sait  que,  lors  des  pacifications  précédentes,  le  nom  de  Prèrts  égarés  avait  remplasé 
celui  de  Brigands  donné  aux  Vendéens  et  au  Cboaans. 

{!)  Chàtillon  et  Bourmont  se  montrent  ici  asseï  durs  pour  les  princes  de  la  maisea 
de  Bourbon.  Le  débarquement  sur  les  côtes  de  France  du  comte  d'Artois  et  du  doc  de 
Bourbon,  depuis  si  longtemps  promis  et  toujours  eo  vain,  avait  été  la  dernière  esp6- 


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PACIFICATION   DE   LA   VENDEE  169 

dans  ma  patrie;  on  me  fusillera  plutôt  que  de  me  forcer  d'en 
sortir. 

«  Croirîez-vous  que  ceux-là  même  qui  nous  faisaient  le 
plus  de  mal  avant  la  guerre  étaient,  la  plupart,  ceux  qui  nous 
avaient  servis  et  alimentés  pendant  la  première  guerre  ?  Ils 
sont  actuellement  réfugiés:  ils  entourent  les  généraux  pour 
demander  des  troupes  et  des  cantonnemens,  et  cependant 
quelques-uns  de  ces  hommes  nous  servent  encore  et  nous 
envoient  des  villes,  à  Tabri  de  leur  jacobinisme  reconnu,  les 
effets  que  nous  leur  demandons  (i).  Ceux  qui  sont  restés 
chez  eux  n'ont  éprouvé  aucun  mauvais  traitement;  ceux  qui 
reviennent  sont  accueillis.  J'ai  toujours  cherché  à  me  faire 
estimer,  même  de  mes  ennemis.  » 

L'officier  ENVOYÉ  par  le  général  Hédouville. —  «A  cette 
longue  discussion  sur  les  deux  articles  :  traiter  de  la  paix 
et  arrêt  de  la  marche  des  troupes,  je  me  suis  constamment 
renfermé  dans  les  termes  de  la  réponse  du  général  Hédouville  : 

«  Le  Gouvernement  ne  traitera  pas;  il  ne  reconnaîtra 
«  jamais  d'armée  royaliste. 

«  Il  veut  donner  et  non  faire  la  paix;  il  acceptera  la  sou- 
c  mission  de  chacun  des  chefs;  mais  il  ne  reconnaîtra  jamais 
«  leur  réunion. 

rance  des  insurgés ,  et  cette  espéraoce  venait  de  leur  être  enlevée.  Les  pins  vaillants  et 
les  pins  fidèles  d'entre  eux  étaient  profondément  ulcérés. 

Le  vieux  Châtillon  semble  ici  parler  seul  :  c  J*ai  près  de  soixante  ans...  »  Dans 
d'autres  passages  de  cette  Conpersatiotty  on  trouve  aussi  la  parole  prise  au  singulier. 
Nous  en  publions  le  texte,  y  compris  le  titre,  avec  une  fidélité  scrupuleuse. 

(i)  Les  réfugiés  étaient  le  principal  objet  de  la  défiance  et  de  la  haine  des  royalistes, 
et  ne  justifiaient  que  trop  ces  dispositions  par  leur  acharnement  à  provoquer  contre 
eux  toutes  les  rigueurs  possibles,  c  J'ai  à  vaincre ,  »  écrivait  Hédouville  au  Ministre 
de  la  Guerre,  le  3o  frimaire  (21  décembre),  c  pour  parvenir  à  une  pacification  solide,  les 
préventions  des  insurgés,  l'intolérance  des  réfugiés  et  des  administrations  civiles,  qui  ont 
excité  les  haines  et  les  divisions  par  des  persécutions  et  des  mesures  acerbes  qui  n'ont 
pu  qu'alimenter  cette  guerre,  et  l'ardeur  de  mes  soldats  provoquée  par  les  propos  d'une 
grande  partie  de  leurs  oflSciers  qui  ne  veulent  que  combattre....  »  L'asile  donné  aux 
réfugiés  dans  certaines  villes  avait  même  été  un  des  prétextes  dont  les  insurgés 
avaient  cherché  à  couvrir  leurs  tentatives  sur  elles 

TOME  V.  2  a 


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170  RBTUB  DBS  DOCUMENTS  HISTDftIQOES 

«  II  n'entend  non  plus  Caire  aucun  échange  de  prisonniers. 

«  Le  général  Hédouville  ne  peut  ni  ne  doit  arrêter  la  mar- 
«  che  des  troupes;  mais  il  promet  qu'elles  ne  seront  pas  ré- 
«  parties  tant  que  durera  Tarmlstice.  On  peut  s'en  rapporter 
«  pour  Texécution  de  tous  les  articles  accordés  par  lui^  à  sa 
«  parole,  parce  qu'il  n'agira  que  d'après  les  ordres  et  ks 
«  pouvoirs  qui  lui  ont  été  donnés  par  le  Gouvernement.  » 

La  sécheresse  étudiée  de  la  réponse  de  1  officier  et  les  guillemets 
même  qui  raccompagnent  indiquent  assez  que  HédouTille  avait  voulu, 
vts-iHYis  des  chefs,  se  renfermer  dans  les  termes  rigoureux  des  instruc- 
tions qu'il  avait  reçues  du  Gouvernement,  tout  en  leur  laissant  h 
liberté  et  peut-être  en  leur  facilitant  les  moyens  de  plaider  eux- 
mêmes  leur  cause  devant  lui. 

Assurément,  cette  Conversation  prétendue  n'ofire  pas  Tintérét  puissant 
Je  celles  du  Premier  Consul  avec  d'Andigné  [décembre  1799'  et  avec 
Eiourmont  (oaobre  1 800},  où  se  manifestent  d'une  façon  si  saisissante 
la  finesse  italienne  et  l'efirayant  absolu  de  son  caractère,  et  qui  sont 
deux  des  pages  les  plus  curieuses  de  son  autobiographie  (1).  Telle  qu'elk 
est  cependant,  elle  les  complète  ;  elle  a  ajouté  pour  nous  plus  d'un 
trait  à  la  ph3rsionomie  d'une  époque  trop  peu  connue,  de  quelques- 
uns  des  hommes  qui  y  ont  joué  un  rôle  considérable,  et  nous  serions 
heureux  que  cette  impression  fût  partagée  par  les  lecteurs  de  la  Reme 
des  Documents  historiques. 

(I)  Li  coQTcrutioa  avec  d'Andigné  a  été  pnbliéc  par  Morec  |X,  i58^  et  par  Oétincao- 
Juljr  (IV.  66);   cclk  avec  Bounnont,  dant  la  Reruedes  Documents  historiques  (1,07. 


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CH.-AUG.    VON    HARDENBERG 


Charles- Auguste  de  Hardenbcrg,  né  le  3i  mai  lySo  à  Essenroda, 
en  Hanovre,  était,  comme  tel,  sujet  de  TAngleterre.  Riche  et  intelli- 
gent, il  fut,  dès  1 770,  nommé  conseiller  de  chambre,  et,  en  1 778,  créé 
comte.  Il  épousa  une  femme  d'une  haute  naissance  et  d'une  rare  beauté. 
Le  prince  de  Galles,  fils  du  roi  Georges  III,  étant  venu  étudier  à 
Gœttingue,  distingua  cette  femme  et  s'en  fit  aimer.  Hardenberg, 
dit-on,  surprit  les  deux  amants  en  flagrant  délit  d'adultère,  et,  après 
cette  désagréable  aventure,  quitta  le  Hanovre  et  se  mit  au  service  du 
duc  de  Brunswick.  Il  devint  ministre  du  margrave  de  Baireuth  et 
d'Anspach,  et,  quand  ces  principautés  furent  réunies  à  la  Prusse, 
en  1791,  il  conserva  sa  place.  En  1795,  il  signa  la  paix  avec  la  Répu- 
blique française.  Frédéric-Guillaume  III,  à  peine  roi,  appela  auprès 
de  lui  Hardenberg,  qui,  dès  lors,  exerça  une  grande  influence  sur  les 
affaires  politiques  de  sa  nouvelle  patrie.  En  août  1804,  enfin,  il  rem- 
plaça au  ministère  Haugwitz,  son  antagoniste,  et  ne  fut  renversé  que 
par  la  victoire  d'Austerlitz.  Après  la  bataille  d'Iéna,  il  revint  aux 
affaires,  mais  il  dut  se  retirer  lors  de  la  conclusion  du  traité  de 
Tilsit. 

Hardenberg  était  véritablement  dévoué  aux  intérêts  de  sa  patrie 
d'adoption  ;  impuissant  à  prévenir  les  désastres  qui  accablèrent  la 
Prusse,  il  n'en  chercha  pas  moins  à  atténuer  les  conséquences  par  tous 
les  moyens  possibles.  Il  opposa  une  résistance  désespérée  aux  vain- 
queurs, qu'il  considérait,  non  sans  raison,  comme  des  oppresseurs 
détestés.  Ce  patriotisme  déplut  à  Napoléon,  qui  imputa  au  ministre 
prussien  toutes  les  entraves  que  rencontra,  pendant  les  années  i8o5, 
1806  et  1S07,  sa  politique  conquérante.  Aussi  Hardenberg,  renvoyé  du 
ministère,  abandonné,  à  regret,  par  son  souverain,  se  réfugia-t-il  sur 
les  frontières  de  Russie.  Puis,  préoccupé  de  ses  intérêts  matériels, 
il  résolut  de  se  rendre  dans  ses  propriétés  de  Franconie.  Il  vint  donc 
à  Tilsit,  et  sollicita  à  Berlin  les  passeports  qui  lui  étaient  nécessaires. 
Mais  la  peur  qu'avaient  inspirée  les  triomphes  militaires  de  Napoléon 
était  si  forte,  qu'on  n'osa  pas  faire  droit  à  la  demande  de  Hardenberg, 
sans  avoir  pris  auparavant  les  ordres  de  l'Empereur.  C'est  dans  ces 
circonstances  que  l'ancien  ministre  fit  appel  à  la  généreuse  intervention 
du  grand-maréchal  du  palais  de  Napoléon.  Duroc  avait  été  à  Berlin, 
en  180 5,  un  des  envoyés  chargés  de  négocier  avec  le  roi  Frédéric- 


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lyi  REVUE   DES  DOCtmEKTS   HlSTOftlQUES 

GutlUttmc  ks  coaditions  de  la  ptix.  Il  aTÛt  alors  trahë  somrent  aT«c 
le  comte  de  Hardenberg,  qui  s'était  moatrc  peu  âiTorable  aux  préten- 
tions françaises.  Grand-maréchal  du  palais,  il  était  dcrenu  le  conseîlkr 
et  le  confident  le  plus  intime  de  Napoléon.  Ces  considérations  diverses 
poussèrent  Thomme  d*État  à  écrire  à  Duroc  une  longue  lettre,  dont 
.  l'original  est  actuellement  en  mes  mains.  Hardenberg,  après  aroir 
exposé  l'objet  de  sa  demande,  explique  sa  conduite  politique  i  regard 
de  la  France.  Il  proteste  contre  les  calomnies  répandues  sur  son 
compte  et  se  défend  d'avoir  été  le  boute-feu  de  la  guerre  et  l'ennemi 
passionné  de  la  France.  Il  condamne  le  sjrstème  de  neutralité  qui  a 
longtemps  prévalu,  malgré  lui,  dit->il,  et  que  les  historiens  lui  om 
imputé.  11  parle  avec  admiration  du  grmnd  NapolécH^  qui,  sur  de  £iui 
rapports.  Ta  mal  jugé,  et  il  implore  sa  généroaté  en  Êiveor  de  sa 
malheureuse  patrie.  Ce  document  précieux,  resté  inconnu  iusqu'id, 
présente,  comme  on  le  voit,  un  puissant  intérêt  pour  l'histoire  des 
rapports  diplomatiques  entre  la  France  et  TAllemagne. 

A  Tihit,  le  8  de  juin  180}^. 
Monsieur  le  Grtnd  Maréchal, 

Aucun  événement  n*a  pu  altérer  Testime  et  la  confiance 
que  vous  m'avez  inspirées,  et  je  regretterai  toujours  que  la 
pénible  position  dans  laquelle  je  me  trouvai  en  i8o5  et 
la  gêne  inséparable  de  la  place  que  j'occupai  alors,,  m'aient 
empêché  de  constater  davantage  toute  l'étendue  de  ces  scn- 
timens  et  de  me  les  concilier  de  votre  part,  ainsi  que  je 
Paurois  désiré.  Toutefois  j'espère  pouvoir  assez  compter  sur 
les  sentimens  dont  Votre  Excellence  m'a  honoré,  j>our  oser 
les  réclamer  à  l'égard  de  mes  petits  intérêts  particuliers. 

Depuis  la  paix  de  Tilsit,  respectant  les  volontés  de  Sa 
Majesté  l'Empereur  et  Roi,  j*ai  entièrement  quitté  le  service 
de  Prusse.  D'abord,  je  me  suis  retiré  dans  les  Euts  de 
S.  M.  1.  de  toutes  les  Russies,  et  espérant  ensuite  de  pouvoir 
retourner  chez  moi,  je  suis  venu  ici  à  Tilsit.  La  nécessité 
que  je  me  rende  à  mes  terres  dans  la  moyenne  Marche,  à 
Berlin,  en  Saxe,  en  Franconie,  dans  le  royaume  de  West- 
phalie,  où  tous  les  vassaux  ont  été  cités  decomparoitre  sous 
peine  de  perdre  leurs  droits,  dans  les  pays  d'Hannovre  et 


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CHARLES-AUGUSTE,   PRINCE  DE  HARDENBBRG  lyS 

de  HoUstein,  devient  de  jour  en  jour  plus  urgente.  J^ai  des 
possessions  dans  ces  contrées  et  de  grandes  pertes  à  réparer, 
des  relations  de  famille,  des  obligations  et  des  devoirs  à 
remplir.  Mais  on  croit  avoir  besoin  à  Berlin  d'une  autori- 
sation expresse  de  S.  M.  l'Empereur,  pour  m'accorder  les 
passeports  que  j'ai  demandés.  J'ai  de  la  peine  à  compren- 
dre ce  refus.  Suis-je  donc  suspect  ?  Je  ne  désire  que  d'aller 
librement  vaquer  à  mes  afiEaires  particulières,  et  en  m'éloi- 
gnant  de  la  Cour  n'est-ce  pas  donner  la  preuve  la  plus 
évidente  que  je  n'ambitionne  aucune  espèce  d'influence  dans 
les  affaires  publiques  ? 

J'aurai  les  plus  grandes  obligations  à  Votre  Excellence,  si 
elle  veut  bien  m'obtenir  de  S.  M.  Impériale  et  Royale,  un 
ordre  à  ses  généraux,  commandans  et  gouverneurs,  de  me 
laisser  aller  librement,  où  mes  occupations  l'exigent. 

Pardon,  Monsieur  le  Grand  Maréchal,  si  j'entre  dans 
quelques  détails  sur  ce  qui  me  concerne.  Je  ne  puis  m'em- 
pêcher  de  céder  au  besoin  de  m'expliquer  envers  vous,  sur  les 
objets  qui  ont  rapport  aux  relations  qui  existèrent  entre  nous. 
S.  M.  Imp**  et  Royale  m'a  méconnu.  Elle  n'a  pas  daigné 
me  recevoir  et  m'approfondir  à  Tilsit  et  je  suis  mal  jugé, 
parce  qu'Elle  a  manifesté  son  mécontentement  à  mon  égard, 
parce  qu'un  devoir  inséparable  de  la  place  que  j'ai  occupé, 
me  défend  de  lever  le  voile  qui  couvre  la  vérité,  de  repous- 
ser les  calomnies  et  de  rectifier  les  erreurs  répandiies  sur  mon 
compte  en  Allemagne.  Il  ne  me  reste  qu'à  me  résigner, 
lorsqu'on  me  prête  des  sentimens  et  des  systèmes  politiques, 
des  affections  et  des  baines,  que  je  n'eus  jamais,  lorsqu'on 
cite  des  faits  absolument  faux,  ou  qu'on  les  dénature,  lorsqu'on 
me  dépeint  comme  le  Boutefeu  de  la  guerre,  comme  le  par- 
tisan aveugle  de  l'Angleterre,  comme  l'ennemi  passionné  de 
la  France.  Ce  sera  à  l'historien  impartial,  qui  puisera  un 
jour  aux  sources,  à  donner  un  tableau  fidèle  des  événemens 
auxquels  j'ai  eu  quelque  part  et  de  leurs  causes,  à  ranger  à 


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174  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTOMQUES 

leur  place  les  libelles  et  les  apologies  et  k  distinguer  le  vrai 
du  faux. 

Zâé  Prussien,  même  avant  d'avoir  été  adopté  comme  tel 
et  dès  ma  jeunesse,  où  je  vis  briller  les  éminentes  qualités  de 
Frédéric  de  leur  plus  bel  éclat,  je  n'ai  jamais  eu  en  vâe, 
depuis  que  je  fus  au  service  de  Prusse^  que  la  gloire  et  le 
bien  être  de  cet  Etat.  D'ailleurs  les  Hannovriens  qui  pen- 
soient,  quelque  pût  être  leur  6délité  envers  leur  souverain, 
pouvoient-ils  se  trouver  heureux  des  liens  qui  les  unis* 
soient  à  l'Angleterre,  qui  si  souvent  leur  avoit  attiré  les 
plus  cruels  revers,  sans  aucune  compensation.  Personne  n'a 
plus  blâmé  que  moi,  la  guerre  entrqmse  en  1792  par  la 
Prusse,  terminée  par  la  Paix  de  Bâle  dont  je  fus  Tinstrumem. 
Je  ne  cacherai  pas  qu'il  y  a  eu  des  momens,  où  j'ai  crû  que 
la  Prusse  devoit  se  déclarer  contre  la  France,  mais  ce  furent 
ceux  où  rhonneur,  la  sûreté  et  l'indépendance  de  FEtat 
l'exigeoient.  Et  comment  appréhenderois-je  d'être  désap- 
prouvé des  François  dont  Thonneur  est  la  passion,  ou  même 
par  le  souverain  éclairé,  qui  a  choisi  Honneur  et  Patrie  pour 
devise  de  Tlnstitution  la  plus  distinguée  de  son  Empire  ? 
Frédéric  —  ou  mettons  le  grand  Napoléon  à  sa  place  —  au- 
roient  ils  vu  tranquillement  par  exemple,  entrer  la  Hollande, 
toute  la  ligne  du  Rhin,  le  pays  d'Hannovre,  les  Embouchures 
de  l'Elbe  et  du  Weser  sous  la  domination  de  la  France, 
sans  y  mettre  des  empêchemens,  ou  sans  pourvoir  à  leur 
propre  sûreté  et  indépendance  par  des  arrangemens,  qui  en 
eussent  été  les  gages  ?  Se  seroient-ils  alliés  à  la  France,  du 
tems  de  la  Convention  ou  du  Direaoire,  ou  sans  s'être 
assurés  de  maintenir  et  d'étendre  la  gloire  et  le  bonheur  de 
l'Etat  ?  Jusqu'en  1804,  je  n'eus  cependant  aucune  véritable 
influence  dans  tout  ce  qui  concerna  la  politique  du  cabinet 
Prussien,  et,  même  après  avoir  été  chargé  du  Portrfeuille, 
mon  activité  a  toujours  été  circonscrite  et  entravée  par  tant 
d'obstacles,  qu'on  me  fait  certainement  le  plus  grand  tort 


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CHARLES-AUGUSTE^   PRINCE  DE   HARDENBERG  IjS 

en  jugeant  des  opinions  et  du  système  à  moi,  par  ce  qui  s'est 
fait  et  a  été  publié  de  la  part  de  ce  Cabinet.  Je  n'ai  jamais 
varié  dans  Topinion,  que,  depuis  longtems,  la  Prusse  auroit 
dû  se  prononcer  décisivement  et  avec  énergie,  soit  pour  la 
France,  soit  contre  elle,  et  qu'en  prenant  sans  cesse  de  foibles 
demi-mesures,  en  cherchant  son  salût  dans  une  neutralité 
précaire,  dans  les  cajoleries  prodiguées  tantôt  à  un  parti,  tan- 
tôt à  l'autre,  elle  courroit  infailliblement  à  sa  perte.  En 
i8o5,  ce  ne  fut  pas  ma  faute,  que  nous  ne  nous  alliâmes  pas 
à  la  France.  J'y  travaillai  avec  zèle  lorsque  vous  fûtes 
envoyé  à  Berlin,  Monsieur  le  Grand-Maréchal,  et  ce  fut  bien 
malgré  moi,  que  notre  négociation  prit  un  caractère  de  va- 
cillation et  d'inconséquence,  qui  nous  reconduisit  à  cette 
neutralité  chimérique,  plus  insoutenable  que  jamais,  dans  le 
moment  où  le  choc  terrible,  entre  la  France  et  la  Russie, 
l'Autriche  et  l'Angleterre  coalisées,  alloit  avoir  lieu.  Que 
n'avons  nous  pu  réussir  alors  à  prévenir  tant  de  malheurs, 
en  nous  unissant  de  bonne  foi  ;  que  n'avons  nous  alors 
formé  un  système,  qui  eut  été  suivi  fidèlement  et  avec  con- 
séquence !  Venons  à  ce  qui  a  particulièrement  causé  le  mé- 
contentement de  S.  M.  Imp**  et  Roy^*  contre  moi.  Ma 
conduite  après  le  passage  dans  le  pays  d' Ansbach  et  mon  refus 
momentané  de  voir  Votre  Excellence  et  M.  de  Laforest.  Il 
faudroit  bien  connoitre  la  situation  infiniment  pénible  dans 
laquelle  je  me  trouvois,  pour  me  juger.  Le  Roi  s'étoit  décidé 
pour  la  neutralité,  nous  avions  refusé  le  passage  aux  Autri- 
chiens et  aux  Russes  ;  la  plus  grande  partie  de  notre  armée 
avoit  été  opposée  à  ceux-ci  pour  l'empêcher.  Je  vous  le  de- 
mande. Monsieur  le  Grand  Maréchal,  pouvions  nous 
•'accorder  aux  François  sans  détruire  un  système  que  je  suis 
bien  loin  de  défendre  ?  Nous  aviez  vous  parlé  du  passage  de 
vos  troupes  ?  Avoit-il  été  question  dans  nos  négociations  des 
arrangemens  de  1796  et  1800?  Des  explications  sur  ce 
point  auroient  difficilement  amené  une    convention  sem- 


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176  REVOE  DES  DOCUMENTS  HISTOtIQUES 

blable,  parce  qu'elle  n^étoit  goéres  possible  dans  notre  situa- 
tion absolument  différente,  mais  elles  auraient  peut-être 
décidé  notre  alliance  (i).  Le  malheureux  événement  eût  lieu. 
La  Prusse,  l'amie  de  la  France,  en  pleine  n^odation  pour 
resserrer  ses  liaisons  avec  elle,  vit,  sans  un  concert  quelcon- 
que, partir  le  coup  qui  attaquoit  à  la  fois  son  honneur  et  son 
indépendance,  du  côté  d'où  elle  l'attendoit  le  moins.  Cette 
mesure  peut  avoir  été  nécessairement  liée  aux  plans  de  S.  M. 
r  Empereur,  mais  il  n'est  pas  possible  qu'on  eut  mérité  son 
estime  et  sa  confiance,  en  l'envisageant  avec  indifférence. 
Rien  de  plus  injuste  toutefois,  Monsieur  le  Grand-Maréchal, 
que  de  m'imputer,  comme  l'ont  fait  les  Pamphlétaires,  des 
vlies  assez  rétrecies,  pour  n'avoir  écouté  dans  cette  occurencc 
que  mon  attachement  pour  une  province,  qui  sans  doute  y 
a  tous  les  titres  imaginables,  mais  dont  le  sort  ne  pouvoir 
m'aveuglcr  sur  ce  que  je  devois  à  l'Etat  en  général.  Je  re- 
fusai pendant  plusieurs  jours  de  vous  voir  et  M.  de  Laforêt, 
mais  je  vous  reçus,  du  moment  où  vous  me  fîtes  savoir  que 
vous  aviez  été  munis  d'ordres  de  S.  M.  Imp**.  Ce  ne  fut 
qu'avec  douleur,  croyez  moi,  que  je  mis  dans  ma  conduite 
cette  rigueur  apparente,  rendue  indispensable  par  les  circon- 
stances. Elle  n'étoit  pas  à  moi.  Vous  m'auriez  bien  méconnu, 
si  vous  n'aviez  distingué  dans  tous  mes  procédés,  dans  les 
excuses  que  je  vous  fis,  quand  j'eus  l'honneur  de  vous  revoir, 
dans  les  messages  dont  sans  doute  le  Chev.  de  Bray  s'est  ac- 
quitté, tous  mes  regrets  et  toute  mon  estime.  Et  si  S.  M. 
Imp**  et  Roy'*  a  été  offensée,  ne  compteroit-EUe  pour  rien, 
que  je  n'ai  agi  qu'au  nom  d'un  Etat  dont  elle  a  tiré  la  ven- 
geance la  plus  complette  par  ses  victoires  ? 

(1)  n  t'tgit  ici  de  la  violttion  dn  territoire  d*Antpacfa  par  le  corps  d'armée  da  maréctel 
Bemadotte.  Les  provincet  d'Anspach  et  de  Baireaih  n'avaient  pas  été  comprises  dans  la 
neatraUté  da  nord  de  TAIIemagne  par  la  convcntioo  consentie  par  la  Prusse  dans  te 
dernière  guerre.  Cest  pourquoi  Napoléon  avait  fait  traverser  ces  territoires  à  tes  troupes. 
Quoi  qu'il  en  soit,  cette  violation  fut  une  des  causes  de  la  rupture  de  la  Prusse  avec 
la  France.  (Cf.  Histoire  du  Consulat  et  de  r  Empire,  par  Thiers,  t.  VI,  p  soo  et  suif  | 


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CHARLES-AUGUSTE,   PRINCE   DE   HARDENBERG  I77 

D'un  côté  le  funeste  événement  d'Ansbach,  de  Tautre, 
les  instances,  les  prévenances,  les  représentations  de  TEmpe- 
reur  Alexandre,  firent  sortir  le  Roi  de  ce  système  de  neutra- 
lité auquel  il  avoit  si  fortement  tenu  jusqu'alors. 

La  G>alition,  à  peine  formée,  succomba  sous  le  grand  gé- 
nie de  son  puissant  adversaire,  sans  que  la  Prusse  y  prît 
part;  De  tous  les  partis  elle  s'abandonna  encore  au  plus 
mauvais,  au  parti  mitoyen,  et  le  même  négociateur,  qui  en  août 
avoit  été  contraire  à  l'alliance,  la  conclut  en  décembre,  dans 
des  circonstances  et  sur  des  bases  beaucoup  moins  avantageu- 
ses, pour  la  rompre  en  1 806  et  pour  en  perdre  non  seule- 
ment le  fruit  mais  pour  précipiter  TEtat  dans  l'abyme  où  il 
se  trouve  et  pour  l'y  abandonner.  Dès  lors  je  fus  méconnu 
de  S.  M.  Imp**  et  Roy**.  Si  j'avois  conservé  le  ministère, 
comptez,  Monsieur  le  Maréchal,  que  les  liaisons  formées 
n'auroient  pas  été  aussi  légèrement  rompues.  Je  me  retirai, 
quoique  le  Roi  ne  voulut  pas  accepter  ma  démission,  et  je  fus 
absoliunent  étranger  à  l'inconcevable  levée  de  bouclier  de 
1806.  Je  fus  saisi  d'étonnement,  lorsqu'absent  de  Berlin,  j'en 
appris  la  nouvelle  inattendue.  Je  n'ai  pas  eu  la  moindre 
part  à  tout  ce  qui  a  été  concerté  et  résolu  à  cet  égard,  ni  aux 
délibérations  et  résolutions  qui  suivirent  la  malheureuse 
campagne.  Ce  ne  fut  qu'au  prîntems  1807,  que  le  Roi  me 
replaça  à  la  tête  des  affaires.  Tout  étoit  déjà  perdu,  mais 
pouvois-je  me  refuser  à  cette  vocation  dans  le  moment  de 
la  détresse  et  du  malheur  ?  J'acceptai  par  obéissance,  par  de- 
voir, par  patriotisme,  par  attachement  pour  un  souverain 
dont  les  intentions  pures  auroient  été  dignes  d'un  plus  heu- 
reux sort.  Nous  ne  pouvions  nous  détacher  de  la  Russie. 
L'Empereur  Alexandre  travailloit  à  resserrer  de  plus  en  plus 
les  liens  qui  lui  attachoient  le  Roi  et  il  étoit  appuyé  par  l'ami- 
tié, par  la  reconnoissance  et  la  nécessité.  Nous  étions  au  milieu 
de  ses  nombreuses  armées.  Elles  n'empêchèrent  pas  notre 
perte  !  S'il  m'avoit  été  permis  d'approcher  à  Tiisit  de  Sa 

TOME  v.  23 


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ryS  lEVOi  DES  documents  msrotfQuss 

Mafesté  rEmpereur  Napoléon^  je  o'aaitHs  pas  craint  de  lui 
fiûre  ma  confession  politique,  sa  nsaocun  dégoisemeat.  Je  )m 
aurois  parlé  avec  le  respect  dû  au  plus  grand  homme  du  siè- 
cle, mais  avec  cette  franchise  qu'inspire  le  Nil  canscire  tibi  et 
qui  entraine  la  conviction.  Avec  sa  grande  penétratîcHi,  D 
m'auroit  mieux  jugé,  que  sur  les  apparances.  J 'aurois  coo* 
juré  Sa  Majesté  de  traiter  la  Prusse  vaincue,  mais  ancienac 
amie  de  la  France,  avec  cette  générosité  qui  est  le  partage 
des  grandes  âmes,  de  rendit  au  Roi  et  â  ses  sujets  leur  exis^ 
tence  et  leur  bonheur  et  de  se  complaire  plus  aux  homma- 
ges et  aux  efifets  de  la  reconnoissance,  qu'à  ceux  de  la  pure 
soumission.  J'aurois  prouvé  qu'un  Mbiistre  loyal  ^  bonncte 
homme,  jaloux  de  l'honneur  etd^  intérêts  du  Prince  et  de 
l'Etat  qu'il  sert,  est  aussi  le  plus  digne  <k  confiance  et  le  plus 
fidèle  gardien  de  leurs  relations  extérieures;  je  Taurob  été  de 
celles  qui  se  seroient  formées  entre  la  FVance  victcnriettse  â  la 
Prusse  régénérée  par  le  Vainqueur. 

Cest  dans  le  sein  de  la  Probité  et  de  la  Bienveillance  qae 
je  dépose  le  contenu  de  cette  lettre  • 

J'ai  l'honneur  d'être,  avec  la  plus  haute  considération, 

p.  s.  Pardonnez,  si  je  ne  vous  ai  pas  donné,  peut  être,  les 
titres  qui  vous  sont  dûs,  ignorant  leschangemens  qui  peuvent 


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CHARLES-AUGUSTE,   PRINCE   DE   HARDENBERG  17g 

avoir  eu  lieu  et  que  j'apprendrai  avec  joye,  comme  tout  ce 
qui  augmentera  votre  bonheur  et  contentement. 

Ce  qu'il  adyint  de  cette  lettre,  je  Tignorc.  Il  est  probable  que  Duroc, 
sollicité  par  un  ennemi  vaincu,  intervint  auprès  de  son  maître,  car 
Hardenberg,  au  dire  de  ses  biographes^  se  fixa  dans  son  domaine  de 
Tempelhof,  situé  non  loin  de  Berlin.  Il  n'y  séjourna  pas  longtemps. 
Noouné  chancelier  d'État,  en  iSio,  il  s'occupa,  avec  le  plus  ardent 
patriotisme,  à  relever  la  fortune  de  son  pays  par  des  réformes  inté- 
rieures. C'est  à  lui  que  la  Prusse  doit  Tabolition  complète  du  servage 
des  paysans.  Hardenberg  eut  la  joie  de  contribuer  à  la  ruine  de 
Napoléon  et  de  voir  son  pays  délivré  de  l'occupation  étrangère,  et  la 
France,  à  son  tour,  écrasée  et  conquise.  Il  lut  un  des  signataires  du 
traité  de  Paris,  et  Frédéric-Guillaume  data  de  cette  capitale  le  décret 
qui  élevait  Hardenberg  à  la  dignité  de  prince.  Devenu  le  plus  grand 
homme  d'État  de  la  Prusse,  il  coopéra  à  tous  les  actes  politiques  qui 
eurent  lieu  en  181 5  et  dans  les  années  suivantes.  Il  assista  à  tous  les 
congrès  ;  sa  dernière  œuvre  fut  de  signer  un  concordat  avec  le  saint- 
siège.  En  revenant  de  Rome,  il  tomba  malade  à  Pavie  et  alla  mourir 
à  Gènes  le  26  novembre  182a. 

Hardenberg  a  laissé  des  Mémoires  qui  sont  restés  longtemps  inédits 
dans  les  archives  de  TÉtat  à  Berlin.  Un  historien  éminent,  Leopold 
von  Ranke,  les  a  récemment  publiés,  avec  des  preuves  à  Tappui  (i). 
Les  derniers  événements  ont  ramené  Fattention  sur  le  chancelier  de 
Frédéric-Guillaume  III,  qui  a  tant  fait  pour  Tindépendance  et  la  gloire 
de  la  Prusse.  On  le  considère  comme  un  des  précurseurs  de  l'unité 
allemande,  et  on  .étudie  avec  soin  sa  vie  et  ses  actes.  On  s'occupe 
même  de  recueillir  sa  correspondance,  dont  la  publication  complétera 
les  Mémoires^  qui  s'arrêtent  à  la  paix  de  Tilsii. 

(1)  Denkwûrdigkeiten  des  Staatskan\lers  Fûrsten  von  Hardenberg^  herausgegeben 
von  Leopold  von  Ranke;  Leipzig,  Duncker  et  Humblot,  1877,  5  vol.  in-8.  Le  5«  volmn 
est  consacré  aux  documents  ou  pièces  annexes  (Actenstûcke),  dont  le  dernier  est  une 
lettre  de  Hardenberg  au  Roi,  du  2  janvier  1808. 


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HARDOUIN    DE    PEREFIXE 


Lettre  de  rarcherèque  de  Paris,  Hardooin  de  Perefixe,  aax  reii- 
gieuses  de  Port-Royal  des  Champs.  Elle  faix  partie  de  la  coUectioa  de 
feu  M.  L.  Veydi. 

A  Paris,  ce  17  février  1669. 

Mes  chères  Soeurs, 

Il  y  a  longtems  que  si  vous  aviés  pu  vous  résoudre  à  rendre 
une  parfaite  et  entière  soumission  aux  ordres  du  Saint-Si^ 
comme  vous  faites  à  présent,  vous  auriés  receu  de  moy  le 
mesme  traitement  que  vous  en  recevez  aujourd'hui.  Je  loue 
Dieu  de  tout  mon  cœur  de  ce  qu'enin  vous  êtes  entrées  dans 
cette  disposition,  qui  me  donne  lieu  de  vous  faire  connoistre 
que  dans  tout  ce  qui  s'est  passé  entre  vous  et  moy  je  ne  me 
suis  jamais  proposé  autre  chose  que  de  vous  obliger,  comme 
je  le  devois,  à  rendre  aux  Constitutions  des  Souverains 
Pontifes  une  obéissance  aussi  entière  et  aussi  véritablcf  que 
vous  me  témoignez  la  rendre  présentement  Comme  je  me 
prometz  que  vous  persévérerez  toujours  dans  ce  sentiment, 
je  vous  puis  asseurer  qu'oubliant  bien  volontiers  tout  le  passé, 
je  n'auray  pas  plus  de  joye  que  de  vous  témoigner  à  Tavenir 
que  je  suis. 

Mes  chères  Sœurs, 

Vostre  très  affectionné  serviteur, 

Hardooin,  Ar.  de  Paris. 

A  nos  chères  sœurs,  nos  chères  sœurs  les  Religieuses  de 
Port  Royal  des  Champs,  à  P.  R.  des  Champs. 


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PIERRE-NARCISSE   GUERIN 


Pierre-Narcisse  Guerin,  le  peintre  dcMarcus  Sextus^  fut  nommé  en 
1822  directeur  de  l'École  de  Rome.  Il  avait  refusé  ce  poste  en  181 6,  à 
cause  du  mauvais  état  de  sa  santé;  il  l'accepta  en  1822  dans  l'espoir  de 
terminer  en  Italie  son  tableau  de  la  Mort  de  Priant,  Guerin  vint  donc 
s'établir  à  Rome,  qu'il  avait  déjà  habité  en  i8o3  (i).  Il  appartenait  à 
l'Institut  depuis  181 5  et  était  âgé  de  quarante-huit  ans. 

Guerin,  accablé  par  les  soucis  de  la  direction  de  l'École,  usé  par  les 
dîners  et  les  réceptions  que  lui  imposait  sa  position  officielle,  soumis 
aux  exigences  d'une  santé  de  jour  en  jour  plus  chancelante,  ne  termina 
pas  son  tableau.  En'revanche,  il  fit  graver  par  Richomme  (2)  son  Andro- 
maque^  et  par  Forster  (3)  sa  Didon.  Ce  travail,  qu'il  surveillait  de  loin, 
ne  laissa  pas  que  de  lui  causer  des  ennuis.  Richomme  était  découragé 
et  laissait  inachevée  son  œuvre.',Guerin  s'en  plaignit  amèrement  dans 
une  lettre  adressée,  le  24  janvier  1826,  à  son  ami  M.  Bourdon,  «  rue 
de  Bellefond,  n»  20,  à  Paris.  »  En  même  temps,  il  faisait  les  plus 
grands  éloges  du  talent  et  de  la  patience  de  Forster. 

Rome,  le  24  janvier  1826. 

Je  trouve  en  effet,  mon  cher  Bourdon,  que  Ton  n'écrit 
guère  plus  de  Paris  que  de  Rome.  Les  paresseux  se 
trouvent  partout,  et,  en  effet,  c'est  l'état  naturel  de  l'honmie. 
Loin  de  vous  accuser  cependant,  je  vous  remercie,  mon 

(i)  Guerin  avait  obtenu,  en  1797,  le  grand  prix  de  peinture;  mais  il  n'avait  visité 
ritalie  qu'en  i8o3.  (Cf.  une  lettre  de  lui  à  Gérard,  écrite  à  cette  époque,  dans  les  Archives 
de  r Art  français,  t.  II,  p.  177. 

(a)  Richomme  (Joseph-Théodore),  né  à  Paris  le  38  mai  1785,  grand  prix  de  Rome  en 
180 5,  membre  de  rinstitut  le  16  septembre  1^26,  mort  à  Paris  le  23  septembre  1849. 

(3)  Forster  (François),  né  au  Locle  (Suisse)  le  22  août  1790,  grand  prix  de  Rome  en 
1814,  membre  de  l'Institut  le  14  septembre  1844,  mort  le  s^.  juin  1873. 


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l8a  ItEVUE  DES  DOCUMENTS   HtSTOUQOES 

cher  ami,  des  détails  que  vous  me  domiez  sur  quelques- 
unes  de  ipes  affaires,  non  qu'ils  soient  de  nature  i  me 
satisfaire  ;  mais  il  vaut  toujours  mieux  savoir  i  quoi  s*en 
tenir. 

Vous  avez  craint,  dites-vous,  de  tourmenter  ma  conva- 
lescence. Soyez  sans  inquiétude  à  cet  ^ard.  Je  puis  dire 
être  tout  à  fait  bien  en  ce  moment,  et  vous  en  jugerez  si 
je  vous  dis  qu'aujourd'hui  même  je  viens  de  faire  à  pied 
une  promenade  de  plus  de  trois  lieues.  Le  temps  étoit 
superbe,  le  del  épuré  par  deux  mois  de  pluies  continuelles 
et  six  jours  de  fortes  gelées.  Cest  danse»  promenades  soli- 
taires au  milieu  de  l'inculte  et  sauvage  campagne  de  Rome, 
c'est  entre  le  cours  sinueux  du  Tibre  et  des  roches  volcaniques 
qui  s'élivent  près  de  ses  bords  que  Ion  ne  sauroit  regretta 
les  rives  de  la  Seine;  mais  de  retour  dans  sa  chambre  et  le 
soleil  une  fois  couché!...  mais  quoi  ?  N'avons-nous  pas  la 
Mariani?  la  Catalani?  les  bals?  le  carnaval  et  le  miserere? 
Oui,  mais  nous  n'avons  pas  trois  ou  quatre  amis  de  cœur  à 
rassembler  autour  d'une  petite  table  ou  d'un  bon  feu,  et, 
quand  je  me  suis  étourdi  chez  moi  ou  chez  lesautresau  milieu 
de  trente  convives,  je  ne  me  couche  ni  moins  fatigué  ni  plus 
satisfait.  Eh  bien  quand  donc  me  soustrairai-je  à  ce  genre  de 
vie  qui  me  convient  si  peu  ?  Je  n'en  sais  rien,  absolument 
rien.  Le  tems  me  l'apprendra.  En  attendant,  il  emporte  mes 
cheveux  et  je  ne  puis  lui  arracher  une  plume. 

Parlons  d'affaires.  Vous  voudriez  que  je  fusse  à  Paris 
pour  faire  marcher  les  miennes.  Je  pense  que  je  n'y  pourrois 
guère  plus  que  vous.  Ainsi,  de  près  ou  de  loin,  il  faut  se 
déterminer  à  prendre  patience,  ou  enrager.  C'est  ce  qui 
m'arrive  assez  souvent  en  pensant  au  peu  de  conscience, 
au  peu  de  délicatesse  de  certaines  personnes  qui  n'ont  tout 
juste  d'honneur  que  ce  qu'il  en  faut,  comme  on  dit,  pour 
n'être  pas  pendus.  Heureux  encore  quand  ces  malhonnêtes 
gens  ne  sont  point  des  gens  malhonnêtes. 


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PIERRE-NARCISâE  GUERIN  l83 

Je  viens  d^exhaler  ma  bile  ;  je  devrois  parler  de  sang  froid. 
M.  Rîchomme  n'a  point  encore  repris  sa  planche  d'Andro- 
maque.  Il  est,  dites-vous,  découragé.  C'étoit  cependant  assez 
de  ma  part,  il  me  semble,  d'attendre  pendant  un  an  que  le 
courage  lui  revînt,  car  il  y  a  tout  juste  ce  temps  qu'il  a 
cessé  d'y  travailler.  Au  lieu  <le  se  décider  à  quelques  retou- 
ches, il  me  propose  d'en  demeurer  propriétaire  en  me  rem- 
boursant le  prix  total  qu'il  avoit  consenti.  Je  pense  bien  que 
ce  seroit  peut-être  le  seul  moyen  de  voir  cette  planche  terminée 
et  même  assez  promptement,  mais  je  n'accepterai  cependant 
pas  cette  proposition  directement  contraire  aux  vues  qui 
m'ont  toujours  guidé  et  souvent  si  mal  réussi,  en  faisant 
graver,  celles  de  pouvoir  diriger  l'exécution  des  planches  de 
manière  à  ce  que  la  réputation  du  tableau  n'en  souffrit  pas. 
Je  sais  que  mes  intérêts  en  souffriront  plus  longtems,  mais 
ces  messieurs  m'ont  tellement  accoutumé  à  l'abnégation  à 
cet  égard  que  je  ne  dois  guère  faire  entrer  ce  motif  en  ligne 
de  compte.  J'attendrai  donc  et,  sur  votre  avis,  lui  laisserai  le 
printemps  pour  revenir  à  l'exécution  de  ses  engagemens  et  à 
des  procédés  plus  délicats,  mais,  passé  ce  tems,  je  crains  bien 
que  la  patience  ne  m'échappe  et  que,  de  gré  ou  de  force,  je 
ne  lui  fasse  rendre  la  planche  dans  l'état  où  elle  est  restée. 
Quand  à  traiter  directement,  cela  m'est  tout  à  fait  impossible. 
Je  ne  me  sens  pas  la  force  de  me  contraindre  assez  pour  que 
des  vérités  dures  ne  viennent  se  placer  malgré  ;noi  sous  ma 
plume.  Vous  aurez  donc  encore,  mon  cher  Bourdon,  tout 
Peimui  des  suites  de  cette  négociation,  et  je  sens  par  moi- 
même  combien  l'accomplissement  de  cette  commission  est 
un  sacrifice  fait  à  l'amitié. 

Vos  instances  en  ma  faveur  n'ont  guère  eu  plus  de  succès 
à  ce  qu'il  paroit  auprès  de  MM.  Girard  et  Jazet.  Leurs 
ouvrages  dévoient  être  terminés  sous  six  mois  après  mon 
départ  et  il  y  en  a  trente-neuf  que  je  suis  absent.  Mais  qui 
ne  sait  que  cette  qualité  d'absent  est  le  plus  grand  tort  que  l'on 


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184  lETUE   DES   DOCUMENTS  IflSTOUQUES 

puisse  avoir?  Au  moins  ne  risque-t-on  pas  d'être  battu; 
c'est  encore  quelque  chose.  Poursuivez  cependant  ces  Mes- 
sieurs, si  vous  en  avez  le  courage.  Obsédez-les;  c'est  le  seul 
moyen  d'en  obtenir  quelque  chose. 

Comme  il  faut  cependant,  en  raison  du  mélange  élémen- 
taire du  bien  et  du  mal  qui  fut  exister  et  se  mouvoir  toutes 
choses  ;  comme  il  faut,  dis-je,  qu'il  se  trouve  des  compen- 
sations, j'espère  les  trouver  dans  le  talent  et  les  procédés 
du  loyal  Forster.  Il  m'a  envoyé  une  épreuve  de  Didon,  et 
cette  planche  me  paroit  marcher  aussi  rapidement  qu'il  est 
possible.  Il  y  a  déjà  une  quantité  de  parties  qui  font  préjuger 
que  cène  estampe  lui  fera  le  plus  grand  honneur.  La  tcte 
de  Didon  surtout  m'a  paru  parfaite;  mais  on  ne  peut  se 
dissimuler  l'extrême  difficulté  d'amener  l'effet  de  <xx  ouvrage 
i  la  douceur  et  à  la  clarté  qui  en  forment  les  deux  condi- 
tions principales.  Il  faut  pour  cela  une  justesse,  une  dr- 
conspexion  de  moyens  qui  me  paroissent  déjà  un  peu 
transgressés  dans  plusieurs  parties.  Je  lui  adresse,  à  cet 
égard,  les  réflexions  que  l'examen  réfléchi  de  l'épreuve  m'a 
suggéré.  Elles  portent  en  grande  partie  sur  les  ombres  de 
la  figure  d'Énée  qui  me  paroissent  avoir  trop  de  ton  et  pas 
assez  de  transparence.  Je  me  suis  longuement  étendu  sur 
les  raisons  qui  me  paroissent  motiver  ces  observations  criti- 
ques et  me  suis  permis  de  dire  de  quelle  manière  je  m'y 
prendrois  pour  les  rectifications  ou  corrections  à  faire. 
M.  Forster  a  trop  de  jugement  et  trop  de  désir  de  bien  faire 
pour  se  formaliser  de  ce  que  probablement  M.  Richôme 
appeleroit  des  leçons,  mais  si  vous  vous  apperceviezcq>endant 
que  cela  lui  eut  causé  quelque  déplaisir,  faites  m'en  part 
aussitôt,  car  j'en  aurois  un  r^et  extrême  et  m'empresse- 
rois  de  réparer  le  mal.  S'il  vous  montre  les  épreuves  de  sa 
planche,  dites -lui  franchement  si  mtes  observations  vous 
paroissent  justes  ou  non;  si  déjà  le  ton  du  fond,  celui  des 
ombres,  des  chairs  de  l'Énée,  des  demi-teintes  des  contours 


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PIERRE-NARCISSE  GUERIN  l85 

d'Âscagne  ne  sont  pas  déjà  trop  poussés  de  vigueur.  Je 
pense  que  cela  vous  fera  le  même  effet  qu'à  moi  ;  et ,  en 
cherchant  à  me  rendre  compte  des  vigueurs  possibles  à 
ajouter,  j'ai  cru  reconnoitre  qu'elles  ne  suflSroient  pas  pour 
détruire  celles  qui  sont  déjà  trop  fortes.  Je  le  dis  à  M.  Fors- 
ter,  malgré  cette  forte  correction  à  faire,  je  ne  suis  point 
inquiet  du  succès  de  la  planche  néanmoins,  et  recom- 
mandez-le lui  aussi.  Cela  devient  un  motif  de  plus  d'user 
d'une  grande  circonspection  dan3  l'emploi  du  noir  pour  un 
effet  de  cette  nature. 

Parlons  maintenant  de  vous.  Vous  voilà  déjà  livré  aux 
contrariétés  théâtrales ,  et  les  portes  de  la  scène  vous  sont 
jusqu'à  ce  moment  déniées.  Sans  doute,  vous  vous  serez  permis 
de  laisser  pressentir  -votre  opinion  et  n'aurez  point  voulu 
sacrifier  à  celle  du  jour.  Aussi  le  passeport  vous  a-t-il  été 
refusé.  Je  vous  plains  d'avoir  affaire  avec  des  administra- 
tions de  théâtres,  des  censeurs  et  de  toute  espèce  de  gens 
qui  ne  connoissent  de  juste  que  ce  qui  convient  à  leur  intérêt 
en  flattant  l'opinion  dominante.  Écrivez  toujours  néanmoins 
suivant  votre  [conscience,  car  il  vaut  mieux  être  tourmenté 
pour  elle  que  par  elle. 

Rien  de  nouveau  dans  ce  pays  :  des  meurtres  comme  à 
l'ordinaire  ,  peut-être  même  davantage ,  malgré  l'année 
sainte  ;  peu  d'étrangers ,  si  ce  n'est  de  longues  figures  an- 
glaises. Nous  n'avons  point  encore  vu  passer  M''  C.  La- 
vigne  et  son  frère  (i).  Ils  sont  sans  doute  encore  en  Sicile. 
Mais  si  les  littérateurs  sont  rares  parmi  les  voyageurs,  nous 
avons  en  revanche  une  multitude  d'artistes,  ou  pour  mieux 
dire  d'étudians  qui  viennent  chercher  à  Rome  un  brevet 
d'habiles  gens  qu'ils  retournent  ensuite  faire  viser  par  les 
sots  de  notre  pays.  Cela  est  fort  commode,  mais  pour  une 
réputation  de  courte  durée;  tant  pis  pour  eux. 

A  l'égard  des  estampes  que  je  vous  ai  demandé,  mon 

(i)  Casimir  Delavigne,  malade,  voyageait  alors  en  Italie  avec  son  frère  Germain. 
TOME  V.  24 


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|86  REVlîE  DES   DOCCMKNTS   HISTORIQUES 

cher  Bourdon,  vous  voyez  qu'il  n'y  faut  pas  comprendre 
TAndromaque.  Je  désire  même  que  vous  m'envoyiez  de 
suite  ce  que  vous  aurez  recueilli ,  car  la  personne  qui  les 
désire  va  partir  dans  le  courant  du  mois  prochain.  Voas 
pourriez  donc,  pour  qu'elles  m'arrivassent  promptement,  les 
confier  à  un  courrier  de  Roschild.  Voici,  à  cet  égard,  où 
vous  pourrez  vous  adresser  pour  en  donner  la  commission  : 
chez  M.  Delanchy^  rue  Beaurepaire,  n*  22,  ou  chez  le  por- 
tier de  M.  Roschild,  en  le  chargeant  de  les  remettre  au  cour- 
rier de  Naples,  et  avec  l'adresse  de  M.  Narcisse  Pouleur,  à 
Rome,  pour  m'être  remises. 

Adieu,  mon  cher  ami  ;  j'ai  fait  une  si  longue  lettre  qu'il  ne 
me  reste  plus  que  le  tems  de  vous  prier  de  faire  agréer  à 
vos  dames  mes  hommages  bien  affectueux  et  l'expression  du 
désir  que  j'ai  de  les  revoir.  Quant  à  vous,  vous  devez 
penser  si  ce  désir  augmente,  et  celui  de  retrouver  le  plus  ancien 
et  le  plus  affectionné  de  mes  amis  est  le  plus  fréquent  de 
ceux  qui  me  reviennent  au  cœur. 


Deux  ans  plus  tard,  Guerin,  toujours  à  Rome,  accusa  réception  d'une 
épreuve  de  la  gravure  de  sa  Didon.  Il  n'épargna  pas  les  compliments  à 
Forster,  tout  en  regrettant  cependant  quelques  imperfections  de  détail 
dans  cette  belle  œuvre.  Guerin  parle  aussi,  non  sans  amertume,  du  pro- 
chain Salon  et  de  la  décadence  de  Tart.  Cétait  cependant  de  son  atelier 
qu'avait  surgi  la  nouvelle  école.  ^ 

Rome,  le  16  février  1828. 

L'attente  d'une  autre  lettre  que  me  promettoit  la  vôtre  du 
14  nov.  ou  d'une  réponse  à  celle  que  je  vous  adressai  le  27 


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PIERRE-NARCISSE  GUERIN  ,187 

et  qui  contenoit  une  épreuve  retouchée  pour  Forster  ;  une 
suite  de  petits  dérangemens  et  surtout  la  pernicieuse  habitude 
de  remettre  au  lendemain  ce  qu'il  faudroit  faire  au  moment 
même,  tels  sont,  mon  cher  Bourdon,  les  motifs  qui  ont 
différé  ma  réponse  à  votre  dernière  précitée  et  dans  laquelle 
vous  me  donnez  le  compte  de  ma  situation  financière  par 
rapport  à  ce  dont  vous  avez  bien  voulu  vous  charger.  Que 
la  totalité  de  mes  intérêts  n^a-t-elle  été  dans  vos  mains  ?  Mais 
ce  qui  est  fait  est  fait.  Cest  seulement  une  cruelle  leçon. 
Dieu  veuille  qu'elle  me  profite  et  me  rende  plus  circonspect 
à  Tavenir. 

Votre  compte  est  aussi  clair  que  possible.  Je  sais  aussi 
par  une  lettre  de  M.  David,  qui  va  jusqu'au  22  janvier,  qu'il 
a  tout  réglé  avec  mon  précédent  fondé  de  pouvoirs  et  que 
vous  lui  avez  remis  pour  mon  compte  18000  francs.  Vous 
pourrez  continuer  à  lui  verser  les  fonds  qui  vous  rentreront 
par  la  vente  de  mes  gravures,  sauf  à  conserver  de  quoi  faire 
face  aux  dépenses  que  cet  objet  ou  d'autres  nécessiteront.  Je 
me  fais  conscience  et  me  reproche  souvent  de  vous  trans- 
former ainsi  en  marchand,  vous  qui  n'avez  pas  plus  que 
moi  le  goût  du  commerce.  Mais  que  voulez- vous  ?  il  est  dit 
que  je  dois  être  à  charge  à  mes  amis,  et  c'est  une  raison  pour 
que  cela  porte  plus  sur  vous  que  sur  d'autres. 

Je  n'ai  point  le  terrain  que  vous  me  conseilliez  d'acheter  ; 
il  s'est  vendu  trop  cher.  Je  désirerois  bien  que  Coustin  veillât 
à  ce  que  les  constructions  qu'on  y  doit  faire  ne  portassent 
plus  préjudice  à  ma  propriété.  Je  ne  doute  pas  de  sa  bonne 
volonté  à  cet  égard,  mais  faites-moi  cependant  le  plaisir  de 
lui  en  rafifraichir  la  mémoire  en  me  rappelant  à  son  souvenir. 

Vous  voilà  bien  près  du  terme  de  l'exposition.  Cela  vous 
importe  peu,  à  la  vérité,  puisque  vous  n'y  avez  rien  mis. 
Par  les  journaux,  les  lettres  particulières  et  les  rapports  des 
voyageurs,  nous  la  connoissons  presqu'aussi  bien  que  si 
nous  l'avions  vue,  ou  du  moins  nous  pouvons  en  avoir  une 


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l88  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

assez  juste  idée,  mais  qui  n'est  guère  satisfaisante  pour  ceux 
qui  ont  la  conscience  de  l'art,  Tamour  du  bon  et  du  beau. 
Au  surplus  c'est  la  faute  du  siècle,  car  tout  marche  dans  k 
même  sens,  c'est-à-dire  à  rebrousse  poil  de  la  conscience. 
N'importe,  conservons  la  comme  dédommagement  et  pour 
notre  satisfaction. 

Cette  lettre  commencée,  j*en  viens  de  recevrâ*  une  de 
Forster  dans  laquelle  étoit  incluse  une  épreuve  de  la  Didoo 
à  peu  près  terminée.  Je  ne  sais,  vu  la  direction  actuelle  du 
goût,  comment  réussira  cette  planche;  mais  elle  me  paroit 
l'une  des  meilleures  qui  aient  été  faites,  au  moins  de  celles 
que  je  connois.  J'espère  que  sa  réussite  dans  tous  les  cas  ne 
pourroit  être  contestée  que  par  des  gens  dont  le  goût  passera 
de  mode  parce  que,  comme  vous  me  le  disiez,  le  bon  ne 
cessant  jamais  de  Têtre  on  finit  par  y  revenir.  Cependant  il 
seroit  encore  mieux  sous  le  double  rappon  de  l'intérêt  et  de 
la  réputation  que  Ton  voulut  en  convenir  de  suite. 

A  la  satisfaction  que  j'éprouve  en  examinant  cette  belle 
estampe  se  mêle  cependant  le  regret  que  la  retouche  du  del 
n'ait  pu  se  faire.  Il  est  resté  beaucoup  trop  sombre  dans 
toute  la  partie  qui  a  été  reprise  et  les  taches,  à  ce  que  je 
vois,  n'ont  pu  disparoître.  Taches  pour  taches,  j'aurois 
préféré  qu'au  moins  la  valeur  de  la  teinte  locale  y  eut  été 
ramenée  en  éclaircissant.  Malheureusement  il  n'est  plus  temps. 
Le  tirage  doit  être  en  train,  peut-être  même  avancé  ;  ainsi, 
mon  cher  Bourdon,  n'en  parlez  pas  à  Forster,  qui  s'afiBige- 
roit  inutilement  de  mon  regret.  Il  doit  être  fatigué  au  dernier 
point  d'un  travail  de  si  longue  haleine,  et  je  serois  désolé 
moi-même  de  troubler  un  repos  dont  il  a  si  grand  besoin  et 
qu'il  a  si  honorablement  acquis.  J'ai  cru  remarquer  même 
que  cette  fatigue  s'est  fait  sentir  dans  les  dernières  retouches, 
qui  n'ont  été  opérées  dans  beaucoup  de  parties  que  foiblemcnt, 
sous  le  rapport  de  la  vivacité  de  l'effet.  Ainsi,  par  exemple,  les 
piqués  de  bruns  auroient  pu  être  plus  fermes  et  plus  nets, 


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PIERRE-NARCISSE  GUERIN  189 

comme  aussi  quelques  lumières  plus  vives  et  plus  brillantes. 
L'extrême  douceur  qu'il  a  cherché  et  qu'il  a  su  si  bien  mettre 
dans  l'ensemble  comme  dans  les  parties  de  cette  belle  gra- 
vure» l'a  un  peu  retenu  ;  il  a  craint  la  sécheresse,  la  dureté, 
et  cela  lui  a  fait  perdre  un  peu  de  brillant,  de  netteté.  Je  le 
répète,  mon  cher  Bourdon,  gardez  ces  observations  pour 
vous  par  la  double  raison  qu'il  n'est  plus  tems  (je  ne  devrois 
peut-être  pas  moi-même  les  faire)  et  que  si  jamais  traduction 
a  pu  satisfaire  l'auteur  de  l'original,  c'est  bien  certainement 
celle-là.  Je  désire  que  le  public  en  soit  aussi  content  que 
moi,  que  moi  qui  suis  la  partie  la  plus  intéressée. 

La  publication  de  cette  planche  va  encore  vous  dévorer 
bien  du  tems.  Ce  sont  des  détails  et  des  soins  à  n'en  plus  finir, 
et  je  ne  puis  vous  soulager  dans  aucun.  Il  est  même  de 
certaines  prévoyances  que  je  devrois  avoir  et  qui  n'arrivent 
que  trop  tard  à  mon  esprit.  Vous  avez  cependant  un  antécé- 
dent, la  publication  de  l'Andromaque,  qui  devra  vous  gui- 
der, soit  que  vous  jugiez  qu'il  faille  procéder  absolument  de 
la  même  manière,  soit  que  vous  trouviez  des  améliorations  à 
y  ajouter.  Vous  déciderez  tout  cela  avec  Forster,  et  tout  ce 
que  vous  ferez  sera  bien  fait.  Vous  comprenez  que  les  mêmes 
personnes  à  qui  j'ai  offert  des  épreuves  de  l'Andromaque 
devront  en  avoir  aussi  de  la  Didon. 

Vu  le  très  petit  nombre  d'épreuves  avant  la  lettre,  tachez 
d'en  réserver  le  plus  possible  et  de  n'en  donner  surtout  aux 
marchands  qu'avec  la  condition  d'en  prendre  le  double  avec 
la  lettre.  Nous  avons  fait  une  chose  fort  honorable  de  rame- 
ner les  avant-la-lettre  au  nombre  fixe  de  cent;  mais  pour 
profitable,  je  ne  le  crois  pas.  Celui  qui  veut  rester  coq  dans  le 
pays  des  renards  finit  par  en  être  le  dindon.  Cependant  tout 
cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  faille  revenir  sur  notre  première 
détermination  :  soyons  honnêtes  gens  quand  même. 

Vous  ne  m'avez  pas  rappelé  le  nombre  d'épreuves  stipulé 
entre  Forster  et  moi.  Je  ne  me  rappelle  pas  même  la  somme 


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igO  REVUE  DES  DOCUMENTS  HISTORIQUES 

convenue.  Voyez  combien  ma  mémoire  est  devenue  mau* 
vaise  I  Je  vais  lui  répondre  très-incessamment;  heureux  de 
n'avoir  qu^à  me  louer  de  son  talent,  de  son  zèle,  de  tous  ses 
procédés.  Celui-ci  m'aura  dédomagé  amplement  de  ce 
que  j'ai  eu  à  souffrir  avec  tant  d'autres. 

Adieu,  mon  cher  ami.  Je  me  porte  mieiu,  quoique  toujours 
souffrant  de  mes  rhumatismes  ;  mais  je  prends  ce  mal  en 
patience.  Le  Carnaval  a  été  jusqu^à  ce  moment  assez  beau 
et  toujours  très-bruyant*  C'est  ici  une  fièvre,  un  délire;  ils 
étourdissent  leur  misère. 

Rappelez-moi,  je  vous  prie,  au  souvenir  de  Madame 
Bourdon  et  de  sa  sœur,  en  leur  faisant  agréer  mes  a&c» 
tueux  hommages,  et  croyez-moi  votre  bien  dévoué. 

Gderin. 

En  1828,  Guerin  céda  son  poste  k  Horace  Veraet.  H  retint  à  Paris 
et  fut  créé  baron  par  Charles  X.  Cependant,  sa  santé  s'afiaiblissait  de 
plus  en  plus.  Au  commencement  de  Tannée  i833,  cédant  à  une  idée  de 
malade,  il  partit  pour  Rome  avec  son  successeur  Vernet,  qui  était  venu 
passer  quelques  jours  à  Paris.  C'est  peu  après  son  arrirée  dans  la  ville 
étemelle  que  Guerin  écrivit  à  son  ami  Bourdon  la  lettre  suivante  : 

Rome,  le  6  avril  i833. 
Mon  cher  Bourdon, 

Je  vous  prie  avant  de  vous  entretenir  d'autre  chose,  de 
vouloir  bien  remettre  chez  M.  Tresse,  notaire,  rue  des 
Petits-Champs,  près  le  passage  Choiseul,  la  somme  de  cinq 
cents  francs  que  m^a  avancé  ici  M.  Bodinier  (i)  et  dont  il 
se  remboursera  par  ime  traite  de  la  même  somme  sur 
M.  Tresse.  Vous  m'obligeriez  que  cette  somme  soit  remise 
avant  la  fin  d'avril.* 

Je  vous  ai  renvoyé  le  23  du  mois  dernier  la  quittance 
relative  à  la  légion  d'honneur.  J'attends  la  lettre  que  me 

(I)  Un  de  tes  élèvet. 


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PIERRE-NARCISSE  GUERIN  IQI 

promettent  vos  trois  lignes  dans  Tenveloppe.  Si  votre  tems 
vous  permet  de  la  faire  longue,  tant  mieux  ;  sinon  je  vous 
excuse  d'avance,  parce  que  je  sais  toute  la  difficulté  de  trouver 
le  moment  opportun.  Moi-même,  qui  n'ai  rien  à  faire,  je 
ne  parviens  que  très  difficilement  à  écrire  quelques  lignes. 
Aussi  ne  reçois-je  que  des  plaintes  de  tous  côtés.  Qu'y 
faire?  je  ne  puis  me  changer.  M.  David  (i),  Annette  et 
Cogniet  (2)  m'ont  écrit;  ce  sont  trois  réponses  que  je  ne 
voudrois  pas  faire  languir  et  qui  n'ont  que  de  l'attrait  pour 
moi;  aussi  vais-je  les  faire  au  premier  jour. 

Comme  mon  voyage  a  été  un  essai  pour  ma  santé,  il  est 
bon  que  je  continue  à  vous  dire  que  son  influence  est  toujours 
favorable.  Vivant  plus  à  l'air,  je  me  sens  moins  souffrant  et 
plus  fort.  Je  ne  suis  contrarié  que  par  des  rhumes  de  tête  que 
je  dois  aux  vents  de  mars.  Maintenant  que  le  tems  se  calme 
et  que.  la  chaleur  du  printems  se  fait  sentir,  je  serai  sans 
doute  plus  constamment  mieux.  C'est  ce  que  j'éprouve  depuis 
quelques  jours  ;  point  de  retour  de  crachement  de  sang 
depuis  mon  départ. 

L'on  vit  ici  dans  une  sphère  d'activité  que  je  ne  partage 
guère,  bien  que  je  sois  dans  le  tourbillon;  mais  je  ne  m'y 
agite  pas.  C'est  un  travail  de  visites,  de  cartes,  de  soirées,  de 
diners  à  n'en  plus  finir,  car  la  foule  des  étrangers  est  grande, 
et  parmi  eux  se  trouve  un  plus  grand  nombre  de  Français 
qu'à  l'ordinaire.  Pâques  va  nous  faire  raison  de  tout  ce  fracas 
et  Rome  reprendra  son  immobilité  accoutumée.  Une  très 
jolie  dame  (malheureusement  fort  souffrante  par  son  état  de 
grossesse)  m'a  demandé  si  je  pouvois  lui  donner  de  vos 
nouvelles.  C'est  Madame  des  Graviers,  qui  voyage  ainsi  que 
son  mari  en  société  de  M.  et*  Madame  de  Perceval.   J'ai 


(i)  Sans  doote  le  sculpteur  David  d'Âogers,  auquel  il  légua  le  tableau  de  la  Mort  de 
Priam, 

(s)  Léon  Cognietf  un  de  ses  élàves  favoris. 


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193  REVUE  DES  DOCUMENTS  HtSTOUQUES 

promis  que  si  je  recevois  quelque  lettre  de  vous,  je  satisferois 
à  son  désir. 

Comme  je  ne  vais  jamais  où  va  tout  le  monde,  par  crainte 
de  la  fouie,  je  n'ai  point  vu  les  cérémonies  de  la  Semaine 
sainte.  Je  les  connais  d'ailleurs  d'ancienne  date,  et  c'est 
toujours  la  même  chose,  c'est-à-dire  égards  pour  les  grands 
personnages,  et  force  bourades  pour  les  pauvres  plébéiens. 
J'irai  cependant  demain  voir  la  Bénédiction  papale  dans  la 
place  de  S^Pierrc.  Si  vous  ne  la  voyez,  vous  la  recevrez 
comme  moi,  car  elle  est  pour  toute  la  terre;  c'est  un  des 
plus  beaux  spectacles  de  Rome. 

Vous  êtes  sans  doute  nK>ins  occupés  du  salon  à  Paris  que 
nous  ne  le  sommes  id,  et  cela  parce  que  vous  pouvez  le 
voir.  Nous  en  sommes  réduits  aux  chinions  très  divei^entes 
et  quelquefois  assez  saugrenues  de  Messieurs  les  Journalistes. 
Nous  voyons  bien  quel  est  le  saint  qu'on  encense  maintenant, 
mais  il  nous  semble  (bien  que  de  loin)  que  les  parfums  dont 
on  l'enivre  ne  sont  pas  toujours  de  première  qualité,  et  que 
souvent  l'encensoir  lui  va  heurter  le  nez.  Bien  heureux  qui 
n'a  que  des  amis  adroits. 

Je  devrois  bien  vous  parler  un  peu  de  mes  affaires;  mais 
je  ne  vois  rien  de  très  urgent  à  vous  dire,  et  j'attends  là  dessus 
ce  que  vous  aurez  à  me  mander.  Je  vous  avois  parlé  d'achats 
de  rentes,  mais  il  faut  que  je  sache  ce  que  vous  aurez  pu 
rassembler  de  fonds  avant  de  prendre  un  parti  à  cet  égard. 
Il  me  semble  aussi  que  le  cours,  élevé  comme  il  est,  est  pea 
déterminant.  Nous  en  reparlerons  quand  je  saurai  la  quotité 
que  je  pourrois  y  employer. 

Cogniet  m'a  parlé  des  craintes  que  mon  voyage  avoit 
inspirées  à  Forster%  J'y  reconnois  la  sollicitude  de  son  amitié 
pour  moi,  mais  rassurez-le  complettement.  Je  suis  déjà  bien 
mieux  qu'à  Paris,  et  je  ne  pense  pas  qu'avec  de  la  prudence 
il  puisse  m'en  arriver  mal.  Faites-lui  mille  amitiés  et  répétez- 
lui,  je  vous  prie,  ce  que  je  lui  ai  dit  avant  de  partir,  c'est  de 


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PIERRE-NARCISSE  GUERIN  ig3 

ne  pas  mettre  de  discrétion  à  prendre  chez  vous  ce  que  je  me 
trouve  lui  devoir  sur  notre  compte  d'épreuves,  pour  peu  qu'il 
en  aie  le  désir  ou  le  besoin. 

Adieu,  mon  cher  ami.  Je  vous  souhaite  le  tems  que  nous 
avons  en  ce  moment;  il  est  admirable,  mais,  dussent  mes 
vœux  être  exaucés,  je  ne  crois  pas  que  votre  ciel  de  Long- 
champs  puisse  valoir  celui  de  notre  Villa  Borghese. 

Mille  affectueux  complimens  à  vos  Dames.  Beaucoup 
d'amitiés  à  David,  si  vous  le  rencontrez, à  G>gniet,  à  Husson, 
à  mes  cousines (i),  enfin  à  ceux  dont  je  sais  l'affection.  Je  vous 
embrasse  de  cœur. 

GuERIN. 

Toute  la  famille  Vernet  est  très  bien.  Horace  fera  proba- 
blement le  voyage  d'Alger  vers  la  fin  de  ce  mois.  Cette  fois, 
je  le  laisserai  prendre  la  mer  sans  moi,  tout  intéressante  que 
puisse  être  cette  excursion. 

Les  espérances  de  Guerin  ne  se  réalisèrent  pas.  Le  mal,  qui  paraissait 
vaincu,  accabla  de  nouveau  le  pauvre  artiste,  qui  mourut  à  Rome  le 
i6  juillet  i833,  à  l'âge  de  cinquante-cinq  ans.  L'auteur  de  Marcus 
Sextus  et  de  Didon  fut  inhumé  dans  l'église  Saint-Louis  des  Français, 
où  on  lui  a  élevé  un  monument,  qui  se  compose  d'un  buste  du  peintre 
et  d'un  bas-relief  représentant  l'Immortalité  montrant  le  papillon  de 
l'âme  à  l'Histoire,  qui  inscrit  sur  ses  tablettes  les  titres  des  œuvres 
principales  de  Guerin  (2).  Au-dessus  du  bas-relief  on  lit  simplement 
ces  mots  : 

PIERRE    OUERIN 

peintre  français 

né  à  Pans  le  i3  mars  1774,  mort  à  Rome  le  16  juillet  i833. 

Au-dessous  du  bas-relief  est  gravée  cette  inscription  : 

A  sa  mémoire 
ses  parents,  ses  amis,  ses  élèves. 

(1)  C'est  à  CM  cousines  que  Guerin  légua  sa  petite  fortune. 
(3)  Cf.  Archives  de  l'Art  français,  t.  V,  p.  35. 

TOME  V.  2  5 


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TABLE  DES  PIECES   INÉDITES 


CONTENUES   DANS   CE   VOLUME 


Albmbert  (Jean-Lerond  d').  —  Por- 
trait de  lui  par  Grimm,  p.  lo. 

Allemagne.  —  Lettres  de  Gritnm, 
p.  8  à  66.  —  Lettre  du  prince  de 
Hardenberg,  p.  1 70. 

Anglkbert  (Jean-Henri  d*).  —  Quit- 
tance de  lui,  p.  96. 

Anolbterre.  — Jugement  de  Grimm 
sur  David  Hume,  p.  Si.  —  Départ 
de  Rousseau  pour  Londres,  p.  58. 

Anne  d'Autriche,  reine  de  France. 
—  Lettre  d'elle,  p.  148. 

Antin  (le  duc  d').  —  Lettres  à 
Louis  XIV,  p.  III. 

Argrital  (le  comte  d*).  —  Lettre  à 
Grimm,  p.  68. 

Arpajon.  —  Lettre  du  chancelier  de 
L'Hospital,  datée  de  Vert-le-Grand 
près  Arpajon,  p,  7. 

Bailly  (J.-S.).  —  Regrets  de  Madame 
de  Staél  sur  sa  mort,  p.  119. 

Baluzs  (Etienne).  —  Lettre  de  lui, 
p.  109. 

Bayle  (Pierre).  —  Lettre  de  Chaufe- 
pie  sur  le  supplément  à  son  diction- 
naire, p.  141. 

BouLLE  (André-Charles  I»').  —  Cité 
dans  une  lettre  du  duc  d' Antin, 
p.  ii3. 

BouRMONT  (le  comte  de).  —  Conversa- 
tion avec  un  officier  du  général 
Hédouville,  p.  157. 

Bretagne.  —  Mission  d'Armand  Car- 
rel  dans  ce  pays,  p.  98. 

Carmontelle  (Louis).  —  Ses  estam- 
pes, p.  II. 


Carrbl  (Armand).  —  Lettre  de  lui, 
p.  98. 

Catherine  II,  impératrice  de  Russie. 
—  Achète  la  bibliothèque  de  Dide- 
rot, p.  59. 

Chateaubriand  (le  vicomte  de).  — 
Lettre  à  Pie  VII^  p.  i5i.  —  Lettre 
de  Fontanes  à  lui  adressée,  p.  i52. 

Chatillon  (Godet,  comte  de).  — 
Conversation  avec  un  officier  du 
général  Hédouville,  p.  157. 

Chaufepié  (Jacques-Georges  de).  — 
Lettre  de  lui,  p.  141. 

Chenier  (Constantin-Xavier  de).  — 
Déclaration  relative  à  la  succession 
de  son  frère  Marie-Joseph,  p.  78. 

Chenier  (Marie-Joseph  de).  —  Sa 
succession,  p.  78. 

Clergé.  —  Charte  sur  l'abbaye  de 
Saint-Maixent,  p.  83.  —  Lettres  de 
Louise-Marie  de  France,  p.  1 24.  — 
Lettre  d'Hardouin  de  Perefixe,  p. 
180. 

Coiffure.  —  Livre  sur  Tart  de  la 
coiffure  des  dames  françaises,  p.  55. 

CoLBERT  (J.-B.).  —  Lettre  de  Baluze 
à  lui  adressée,  p.  109. 

Dammartin  (Antoine  de  Chabannes, 
comte  de).  —  Lettre  à  Louis  XI, 
p.  I. 

Desmoulins  (Camille).  —  Pièce  con- 
cernant son  fils,  p.  86. 

Diderot  (Denis''.  —  Son  compte  rendu 
du  salon  de  1 763,  p.  aï.  —  Sa  bi- 
bliothèque achetée  par  Catherine  II, 
p.  59. 


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i(>6 


RE>'UE   DES   DOCUMENTS   HISTORIQUES 


de 


Dubois  (Jean],  peintre.  -  Figure  dans 
le  contrat  de  mariage  de  son  fils, 
p.  89, 

Dubois  (Louis),  peintre*  —  Son  con- 
trat de  mariage,  p.  87. 

Domoc  (Michel).  —  Lettre  dn  prince 
de  Hardenberg,  à  lai  adressée, 
p.  17a. 

Du  TnifiY  (l'abbé  Conrbon).  — 
Lettre  de  Marie-Louise  de  France 
sur  lui,  p.  laS.  —  Lettre  du  comte 
de  Provence  à  lui  adressée,  p.  136. 

FotrrAmsBLKAU.  ^  Contrat  de 
riage  de  Louis  Dubois,  p.  87. 

FoMTAMBS  (Louis-Marcellin  de). 
Lettre  de  lui,  p.  i5i. 

FonsTBB  (Francis).  —  Lettres 
Guérin  sur  lui,  p.  184. 

FiuuicuffBaRO  (Silyius-Fréd.«Louis, 
baron  de),  ministre  d^Etatde  Saxe* 
Gotha.  ->  Pouvoir  donné  à  Gnmm, 
p.  68. 

Fainiaic  II,  roi  de  Prusse.  —  Cité 
dans  les  lettres  de  Grimm,  p.  27, 
33,  36. 

GiiuaD  DB  Natal.  —  Lettre  de  lui, 
p.  81. 

Gauoc  (le  baron  de).  —  Lettres,  p.  8 
i  66.  —  Traité  avec  Guiard  liour 
le  mausolée  de  la  duchesse  de  Saxe* 
Gotha,  p.  69. 

GuBRiN  (Pierre-Narcisse).  —  Lettre 
de  lui,  p.  181. 

GuiARD  (Laurent),  sculpteur.  —  Sa 
biographie,  p.  67.  —  Lettre  du 
comte  d'Argental  sur  lui,  p.  68.  — 
Traité  avec  Grimm  pour  le  mauso- 
lée de  la  duchesse  de  Saxe-Gotha, 
p.  69. 

HiBERT  (Fr.-René).  —  Son  ordre 
d'exécution,  p.  97. . 

HiDOtJviLLB  (le  général).  —  Docu- 
ment concernant  son  attitude  dans 
la  pacification  de  la  Vendée,  p.  i  bj, 

Hblvctius  (Cl.-Adrien).  —  Cité  dans 
les  lettres  de  Gnmro,  p.  34, 89, 4a. 

HuBXR  (Jean).  — >  Ses  découpures,  p. 
27,  3a. 


HoMB  (David).  —  Cité  dans  les  lettres 
de  Grimm,  p.  49.  —  Jugement  de 
Grimm  sur  lui,  p.  5a. 

JoLT  DE  Flsurt  (Omcr).  »  Lettre  de 
lui,  p.  i36. 

La  Fatkttb  (le  marquis  de).  —  Let- 
tre de  Madame  de  Staâ  sur  hL 
p.  laa. 

LALAima  (Michel*Richard  de),  surin- 
tendant de  la  musique  de  Louis  XV. 
—  Son  traitement,  p.  77. 

Lamcth  (Alexandre  de).  —  Lettre  de 
Madame  de  Staél  à  lui  adressée. 

p.   130. 

L'Hos^rrAL  (Michel  de).  —  Lettre  de 
lui,  p.  6. 

LiBRAmiB.  —  Lettre  de  Baluse,  p.  109. 

Lotns  XI,  roi  de  France.  —  Lettre  du 
comte  de  Dammartin  à  lui  adressée, 
p.  I. 

Louis  XIV,  roi  de  France.  —  Lettre 
du  duc  d'Antin  i  lui  adressée, 
p.  1 1 1 .  —  Lettre  d'Anne  d'Autridic 
pendant  la  Fronde,  p.  149. 

Louis  XV,  roi  de  France.  —  MusiqBe 
de  sa  chambre,  77.  —  Lettres  de 
sa  fille  Louise-Marie  de  France, 
p.  1 34.  —  Lettre  du  comte  de  Pro- 
vence sur  sa  mort,  p.  136.  —  Ré- 
clamations sur  son  testament, 
p.  139. 

Louis  XVI,  roi  de  France,  —  Lettre 
de  Louise-Marie  de  France  à  loi 
adressée,  p.  139. 

Louis  XVIII,  roi  de  France.  —  Let- 
tre sur  la  mort  de  Louis  XV,  p.  126. 

Louis,  dauphin  de  France,  fils  de 
Louis  XV.  —  Sa  mort,  p.  5o. 

Louisb-Marib  de  France,  fiUe  de 
Louis  XV.  —  Lettres  d'elle,  p.  124- 

Lyon.  —  Représentations  données 
par  Talma  dans  cette  ville,  p.  94. 

Marly.  —  Lettres  du  duc  d'Antin, 

p.  m. 
MBAtJx.  —  Acte  de  l'évêque  Tristan 

de  Salaxar,  p.  5. 


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TABLE   DES   PIECES   INEDITES 


197 


MiQUE,  architecte.  —  Lettres  de  Ma- 
rie-Louise de  France  à  lui  adres- 
sées, p.  iSg. 

MiROMéNiL  (Hue  de).  —  Lettre  de 
Marie-Louise  de  France  à  lui  adres- 
sée, p.  i33,  i38. 

Mozart  (W.-A.).  —  Son  séjour  à 
Londres,  p.  29. 

MusiQUE.  —  Lettre  de  Grimm  rela- 
tive à  Mozart,  p.  29.  —  Etat  des 
sommes  dues  à  la  musique  de 
Louis  XV,  p.  77.  —  Quittance  de 
d'Anglebert,  p.  96. 

Napoléon  I«^  —  Lettre  de  Fontanes 
le  concernant,  p.  1 52.  —  Pièce  sur 
la  pacification  de  la  Vendée,  p.  i  Sj. 

—  Lettre  du  prince  de  Hardenberg, 
p.  172, 

Paris.  —  Pièce  sur  l'Académie  de 
peinture,  p.  107.  —  Lettre  de  l'ar- 
chevêque Haraouin  de  Perefixe, 
p.  180. 

PBiNTtjRE  (Académie  de).  —  Lettre 
au  surintendant,  p.  107. 

PsiNTURt.  —  Lettres  du  baron  Gue- 

rin,  p.  181. 
Perefixb  (Hardouin  de).  —  Lettre  de 

lui,  p.  180. 
PiRiER  (Casimir).  —  Lettre  d'Armand 

Carrei  à  lui  adressée,  p.  97. 

Pie  vu,  pape.  —  Lettre  de  Chateau- 
briand a  lui  adressée,  p.  i5i. 

PoLiGNAc  (le  cardinal  Melchior  de).— 
Etat  des  sommes  dues  à  la  musique 
du  Roi,  p.  77. 

PoRT-RoYAL  DES  Champs.  —  Lettre 
d^Hardouin  de  Perefixe  aux  reli- 
gieuses de  ce  couvent,  p.  180. 

RivoLtmON  FRANÇAISE.  —  Pièce  sur 
le  fils  de  Camille  Desmoulins,  p.  86. 

—  Ordres  d'exécution  de  Madame 
Roland  et  des  Hébertistes,  p.  97. 

—  Lettres  de  Madame  de  Staél, 
p.  118. 

RiCHOMME  (Théodore).  —  Lettre  de 
Guerin  sur  lui,  p.  i83. 

Roland  (Madame).  —  Son  ordre 
d'exécution,  p.  97. 


Rousseau  (J.-J.).  —  Ses  Lettres  de 
la  Montagne,  p.  39.  —  Jugement 
de  Grimm  sur  lui,  p.  40,  45.  — 
Persécutions  contre  lui,  p.  48.  — 
Son  passage  à  Paris,  p.  5 1 .  —  Son 
départ  pour  Londres,  p.  58. 

Russie.  —  Catherine  II  achète  la  bi- 
bliothèque de  Diderot,  p.  59.  — 
Lettre  du  prince  de  Hardenberg 
sur  l'empereur  Alexandre,  p.  172. 

Saint-Denis.  —  Lettre  de  Marie- 
Louise  de  France  sur  le  monastère 
des  Carmélites  de  Saint -Denis, 
p.  128  et  suiv.  —  Lettre  d'Anne 
d'Autriche  à  la  supérieure  des  Ur- 
sulinesde  Saint-Denis,  p.  148. 

Saint-Maixeht  (abbaye  de).  —  Charte 
de  1244,  p.  83. 

Salazar  (Jean  de).  —  Notice  sur  lui, 
p.  5. 

Salazar  (Tristan  de),  arch.  de  Sens. 
^  Pièce  de  lui,  p.  5. 

^axe-Gotha  (Louise-Dorothée,  du- 
chesse de).  —  Lettres  de  Grimm  à 
elle  adressées,  p.  8  à  66. 

Saxe-Gotha  (Ernest  IL  duc  de).  — 
Lettres  de  Grimm  à  lui  adressées, 
p.  28. 

ScuLPTtjRE.  —  Tombeau  de  la  du- 
chesse de  Saxe-Gotha  par  Guiard, 
p.  67. 

Sens.  —  Acte  de  l'archevêque  Tristan 
de  Salazar,  p.  5. 

Stael  (Madame  de).  —  Lettres  d'elle, 
p.  118. 

Talleyrand  (le  prince  de).  —  Lettre 
de  Madame  de  Staël  à  son  sujet, 
p.  118. 

Talma  (Fr.-Jos.).  —  Lettre  de  lui, 
p.  93. 

Tronchin  (le  docteur).  ■—  Cité  dans 
les  lettres  de  Grimm,  p.  36,  56. 

Vendée.  —  Lettre  d'Armand  Carrel, 
p.  08.  —  Pièce  sur  la  pacification 
de  la  Vendée,  p.  1 57. 

Versailles.  —  Lettre  du  duc  d'Antin, 
p.  III. 


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INDEX  DES  ARCHIVES 
DES  BIBLIOTHÈQUES  PUBLIQUES 

ET  DES  COLLECTIONS  PARTICCLIÈRES 
d'où    proviennent    les    pièces    PUBLIEES   DANS    CE    VOLUME 


Archipts  du  Ministère  de 
la  Guerre. 

Pièce  relative  à  U  pacificadon  de  la 
Vendée,  p.  157. 

Bibliothèque  nationale. 
Lettre  de  Baluxe,  p.  109. 

M.  Alfred  Bopel. 
Lettre  de  Madame  de  Staél,  p.  120. 

Af.  Etienne  Charavay. 

Lettre  du  comte  de  Dammaitin,  p.  i . 

—  Music^ue  de  Louis  XV,  p.  77.  — 
Constantm- Xavier  de  Chenier, 
p.  78.  ^  Jean  et  Louis  Dubois» 
p.  08.  —  Académie  de  peinture, 
p.  107.  —  Le  duc  d'Antin,  p.  11 1. 
^  Louise-Marie  de  France,  p.  124. 

—  Hardenberg,  p.  171. 

M.  Benjamin  Fi  lion. 

Charte  sur  Saint-Maizent»  p.  83.  — 
Lettre  d* Armand  Cairel,  p.  97.  — 
Jacques  -  Georges  de  Chaufepié , 
p.  141. 


M.  Ed.  de  Manne. 
Lettre  de  Talma,  p.  93. 

M.  de  la  Sicotière. 

Pièce  relative  à  la  pacification  de  la 
Vendée,  p.  157. 

Archives  de  Saxe-Gotha. 
Lettres  de  Grimm,  p.  8  à  66. 

M.  Alfred  Sensier. 

Lettre  de  Michel  de  LHospittl,  p.  6. 
^  Pièce  sur  le  fils  de  Camille  Des- 
moulins, p.  86.  —  Quittance  de 
d'Anglebert,  p.  96.  —  Ordre  d'exé- 
cution de  Madame  Roland  et  des 
Hébertistes,  p.  97. 

M.  Maurice  Toumeux. 

Lettres  de  Grimm,  p.  8  à  66.  —Traité 
de  Guiard,  p.  67. 

M.  Laurent  Vejrdt. 

Lettre  de  Chateaubriand,  p.  i5i.— 
Lenre  d'Hardouin  de  Perefixe. 
p.  180. 


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TABLE  DES  FAC-SIMILE 


CONTENUS   DANS  CE   VOLUME 


Anqlebbrt  (Jean-Henri  d').  —  Signa- 
ture, p.  90. 

Annb  d'Autriche.  —  Signature, 
p.  149. 

Antin  (le  duc  d).  —Signature,  p.  1 14. 

Carrsl  (Armand).  —  Signature, 
p.  106. 

CHAtiFBPié  (Jacques-Georges  de).  — 
Signature,  p.  147. 

Dammartin  (Antoine  de  Chabannes, 
conate  de).  —  Signature,  p.  4. 

Dubois  (Jean),  peintre.  —  Signature, 
p.  92. 

Dubois  (Louis),  peintre.  —  Signa- 
turc,  p.  92. 

Franckenberc  (  Silvius  -  Frédéric  - 
Louis,  baron  de),  —  Signature, 
p.  69. 

Grimm  (le  baron  de).  —  Signature, 
p.  75. 

GuBRiN  (Pierre-Narcisse).  —  Signa- 
ture, p.  1 86. 


GuiARt}  (Laurent).  —  Dessin  du  tom- 
beau de  la  duchesse  de  Saxe- 
Gotha,  p.  69.  —  Signature,  p.  75. 
—  Modèle  du  tombeau  de  la 
duchesse  de  Saxe-Gotha,  p.  76. 

Hardenberg  (le  prince  de).  —  Signa- 
ture, p.  178. 

Hubert  (Fr.-René).  —  Son  ordre 
d'exécution,  p.  97. 

L'HospiTAL  (Michel  de).—  Lettre,  p.  7. 

Louis  XIV,  roi  de  France.  —  Parafe, 
p.  117. 

Louis  XVIII,  roi  de  France.  —  Let- 
tre, p.  127. 

Louise-Marie  de  France.  — Signature 
comme  princesse,  p.  1 24.  —  Lettre 
comme  carmélite,  p.  1 28. 

Perefixe  (Hardouin  de).  —  Lettre  de 

lui,  p.  180. 
Roland    (Madame).    —    Son    ordre 

d'exécution,  p.  97. 

Saint-M  AIXENT  (Abbaye  de). —  Charte 
de  1244,  p.  84. 


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